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2 Corinthiens 5
Bible Annotée (interlinéaire)

Verset à verset  Double colonne 

Plan du commentaire biblique de 2 Corinthiens 5

Pourquoi nous avons toujours confiance

Nous savons que si ce corps, cette tente d’un jour, se détruit, nous avons une demeure céleste ; nous soupirons après le moment d’en être revêtus (si toutefois nous ne sommes pas trouvés nus), afin que ce qu’il y a de mortel en nous soit englouti par la vie (1-4).

Tout cela est l’œuvre de Dieu en nous ; son Esprit qu’il nous a donné en est le garant ; nous sommes donc toujours remplis de confiance, même pendant que nous sommes absents du Seigneur et que nous marchons par la foi seule ; mais nous aimons mieux quitter ce corps pour être avec le Seigneur (5-8).

Dans la vie ou dans la mort, nous nous efforçons de lui être agréables ; car il nous faut tous comparaître en jugement (9, 10).

1 Car nous savons que, si notre demeure terrestre dans cette tente est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui vient de Dieu, une maison éternelle, qui n’a point été faite par la main des hommes.

Versets 1 à 10 — Pourquoi nous avons toujours confiance

Par cette particule, l’apôtre lie intimement les pensées qui suivent à celles qui précèdent. Il a parlé (2 Corinthiens 4.17 ; 2 Corinthiens 4.18) de la gloire éternelle vers laquelle le croyant s’avance au travers de ses combats et de ses douleurs, « regardant non aux choses visibles, qui ne sont que pour un temps, mais aux invisibles, qui sont éternelles ».

Maintenant, pour faire ressortir mieux encore l’immense consolation d’une telle espérance, Paul proclame la certitude de la résurrection et de la vie éternelle ; bien plus, il rappelle que souvent le chrétien soupire après cette pleine délivrance (versets 1-4).

Voici la traduction littérale de ce verset : « Car nous savons que si notre maison terrestre de cette tente est délice (ou se dissout), nous avons de la part de Dieu une demeure, une maison qui n’est pas faite par la main (des hommes), éternelle, dans les cieux ».

Ce corps mortel (versets 6 et 8) est donc comparé à la tente du voyageur dans le désert ; la tente est déliée au signal du départ (comparer 2 Pierre 1.13 ; 2 Pierre 1.14).

Qu’est-ce que l’apôtre oppose à cette fragile demeure ? Le corps glorifié, mais encore sous une image : la tente du désert, qui abrita les Israélites dans leur voyage, rappelle à Paul une autre tente, le tabernacle, demeure de Dieu, où il manifestait sa présence et sa gloire ; or, c’est l’antitype de ce sanctuaire, c’est la demeure réelle de Dieu, maison que la main des hommes n’a pas construite (Hébreux 9.24), éternelle, dans les cieux, c’est cette demeure permanente, glorieuse, que l’apôtre oppose à notre tente actuelle, sans en préciser davantage la nature. Les versets suivants, dans lesquels il maintient constamment les mêmes images, rendent sa pensée toujours plus claire.

Ce qui fait l’ineffable consolation du chrétien, dans ses épreuves et à l’heure de la mort, ce n’est pas seulement le contraste de ces deux demeures, l’une terrestre et misérable, l’autre céleste et glorieuse ; mais encore la certitude d’être bientôt revêtu de cette dernière. Nous savons, dit Paul et encore, nous avons, dès maintenant, par notre foi.

Cette science n’émane pas de l’esprit humain, mais de la révélation du Saint-Esprit ; elle n’est donc le partage que des fidèles. Les païens aussi ont eu l’idée d’une immortalité de l’âme ; mais aucun d’eux n’en a eu la certitude, aucun n’a pu en parler comme d’une chose connue. Les croyants seuls peuvent tenir ce langage, parce qu’ils ont pour eux le témoignage de la Parole et de l’Esprit de Dieu.

2 Car aussi à cause de cela, nous gémissons, désirant avec ardeur d’être revêtus de notre demeure céleste ;

C’est-à-dire à cause de cette assurance même et du grand contraste entre les deux demeures.

Cette traduction est grammaticalement possible ; mais un grand nombre de bons interprètes rendent ainsi la pensée de l’apôtre : « Car aussi dans celle-ci (cette tente, ce corps) nous gémissons, désirant »… Ce sens est tout à fait en harmonie avec verset 4.

Grec : « D’être survêtus de notre demeure du ciel », du corps spirituel. La même pensée se retrouve, en d’autres termes (1 Corinthiens 15.53).

D’une part, ce saint désir, de l’autre, les misères de notre habitation actuelle, sont la cause de ces gémissements (ou soupirs), de cette aspiration à la glorification de tout notre être.

3 (si toutefois nous sommes trouvés vêtus et non pas nus) ;

Pour que tous ne se livrent pas à la sécurité à cause du simple fait de la résurrection, il ajoute : si toutefois nous sommes revêtus, c’est-à-dire, revêtus d’immortalité, du corps incorruptible et non dépouillés de la gloire et de la félicité.

Car la résurrection est commune à tous, mais non pas la gloire, puisque les uns ressusciteront en gloire, les autres en déshonneur : les uns pour régner, les autres pour souffrir le châtiment.
— (Jean 5.29 ; Daniel 12.2) Chrysostôme

Mais, afin que les chrétiens puissent profiter de ce sérieux avertissement, il faut qu’ils sachent ce qui leur garantit ce vêtement glorieux, ou plutôt en quoi il consiste, car c’est notre état moral sur la terre qui détermine notre état au jour du jugement ; disons mieux, ce ne sont pas là deux états, mais une seule et même chose, se prolongeant de la vie présente à la vie future.

Or, ce que c’est qu’être revêtus et de quoi nous devons l’être, c’est ce qu’une foule de déclarations de l’Écriture nous disent clairement : c’est le manteau de la justice du Sauveur (Ésaïe 61.10) ; l’habit de noce, la sainteté (Matthieu 22.11) ; Christ lui-même (Galates 3.27) ; le nouvel homme, « Christ en nous, l’espérance de la gloire » (Éphésiens 4.24 ; Colossiens 1.27 ; comparez encore Apocalypse 3.18 ; Apocalypse 16.15).

Sans ce vêtement de justice, de sainteté, qui est la vie et la gloire même, qu’aurions-nous à espérer de la résurrection et de l’immortalité ?

Le sens que nous donnons à ces paroles est celui qu’adoptent plusieurs pères de l’Église, Calvin et divers exégètes modernes.

D’autres, pressant outre mesure le contexte, les expliquent ainsi : Si, à la venue de Christ, nous sommes trouvés revêtus d’un corps, non pas nus, sans corps ; et ils entendent par là, les uns, le corps actuel, parce que, selon eux, Paul s’attendait à être transformé (1 Corinthiens 15.51) ; les autres le corps ressuscité ; d’autres enfin, le corps glorifié.

Il est vrai que ces mêmes commentateurs entendent la particule si toutefois, non comme une restriction dubitative, mais comme une affirmation : puisque (une variante à ce mot) nous serons trouvés vêtus, non pas nus, sans corps, comme des esprits purs. Et c’est à cela que se réduirait la pensée de l’apôtre ? Il semble que la grammaire et le bon sens auraient dû prévenir ces savantes rêveries et d’autres encore, auxquelles ce passage a donné lieu.

4 car nous, qui sommes dans cette tente, nous gémissons, étant chargés ; parce que nous souhaitons, non d’être dépouillés, mais d’être revêtus ; afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie.

C’est là le gémissement de la création tout entière opprimée par le poids du péché et des misères qu’il a enfantées (Romains 8.18-22) ; le chrétien lui-même y prend part, parce qu’il n’est sauvé qu’en espérance et qu’il y a pour lui ici-bas des épreuves spéciales auxquelles l’homme du monde est étranger.

Ainsi, ajoute Paul, nous souhaitons (grec : « nous voulons ») non d’être dépouillés de ce corps, car la mort en elle-même est horrible, le salaire du péché ; mais nous souhaitons d’être revêtus de notre demeure spirituelle, du corps glorifié (verset 2) ; car, par là, la « mort est un gain » (Philippiens 1.21), puisque ce qui est mortel est absorbé par la vie.

Le sens si naturel et si simple de ces paroles, expression de ce qu’éprouvent les chrétiens de tous les temps, est restreint et faussé par une interprétation selon laquelle Paul aurait exprimé, pour lui-même et pour ses lecteurs, le désir, l’espérance de ne point passer par la mort, mais d’être trouvé vivant au prochain retour de Christ. Ainsi, il serait transformé et revêtu du corps céleste sans être dépouillé en aucune manière. C’est, on l’a vu, la même explication donnée au verset 3.

5 Or celui qui nous a formés pour cela même, c’est Dieu, qui nous a aussi donné les arrhes de l’Esprit.

Ce n’est donc pas par le cours naturel des choses que l’homme parvient à cette vivante espérance de la gloire ; il doit être formé pour cela par la sanctification de l’Esprit, qui est pour lui les arrhes, le garant de son espérance (2 Corinthiens 1.22, note).

6 Étant donc toujours pleins de confiance, et sachant que, pendant que nous habitons dans ce corps, nous sommes absents du Seigneur 7 (car c’est par la foi que nous marchons, et non par la vue) ; 8 nous sommes, dis-je, remplis de confiance, et nous aimons mieux quitter ce corps, pour être avec le Seigneur. 9 C’est pourquoi aussi, soit que nous demeurions dans ce corps, soit que nous en sortions, nous nous efforçons de lui être agréables.

Quoique le chrétien ici-bas gémisse et soit chargé, quoiqu’il soupire après la délivrance (versets 2-4), il ne vit pas pour cela dans un état de découragement. Son assurance de la vie éternelle (verset 1), entretenue en lui par l’Esprit de Dieu qui le forme sur la terre pour le ciel (verset 5) soutient et ranime son courage.

De là, la conclusion de l’apôtre, deux fois répétée en ces versets : (versets 6-8) Nous sommes donc remplis de confiance. Cette confiance subsiste, bien que nous sachions qu’aussi longtemps que nous habitons dans ce corps, nous sommes absents (grec : « à l’étranger ») du Seigneur (verset 6) ; elle subsiste, bien que nous marchions par la foi et non encore par la vue (verset 7) ; elle subsiste, malgré notre désir ou plutôt à cause du désir d’émigrer de ce corps pour être (grec : « à la maison, dans la patrie ») auprès du Seigneur (verset 8).

Et, soumis à la volonté de Dieu pour le temps que nous devons demeurer ici, ou pour le moment où nous pourrons émigrer, la seule chose nécessaire, l’objet de nos efforts, c’est que nous lui soyons agréables (verset 9).

Tel est l’ordre de ces grandes et saintes pensées. Les deux termes du contraste qui les remplit, c’est l’absence ou la présence du Seigneur, la foi ou la vue. Non seulement, tant que le premier état dure, le chrétien est aux prises avec la souffrance et le péché, mais sa connaissance reste imparfaite (1 Corinthiens 13.12).

Ce voile de la chair obscurcit la vue qu’il a de Dieu, trouble sa communion avec le ciel et il ne reste au croyant que sa foi pour voir l’invisible et triompher dans la lutte (comparer Romains 8.24, note ; 2 Corinthiens 4.18, note). Mais cela lui suffit : « Nous sommes remplis de confiance », même en marchant par la foi seule. La foi est une lumière qui pénètre au-delà des bornes étroites du monde et du temps.

C’est par là même qu’elle tend avec un ardent désir vers le moment où elle sera transformée en vue et où la communion du racheté de Christ avec son Dieu et son Sauveur sera parfaite. Rien de plus sanctifiant que cette disposition : comment désirer de voir le Seigneur tel qu’il est pour lui être semblable (1 Jean 3.2), sans s’efforcer dès ici-bas de lui être agréable ?

10 Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon qu’il aura fait, soit bien, soit mal, étant dans son corps.

Grec : « Par le corps », qui est l’instrument de nos actions.

Ce jugement à subir, qui paraît être en contradiction avec Jean 3.18 ; Jean 5.24, non moins qu’avec la glorieuse assurance exprimée dans les premiers versets de ce chapitre, n’en reste pas moins universel, même pour les croyants.

Pour eux, à la vérité, l’assurance de la vie éternelle subsiste, puisqu’ils la possèdent en eux dès ce monde et que celui qui siégera comme juge est leur Sauveur ; mais, d’une part, leur jugement, à eux, sera la reconnaissance, la proclamation glorieuse de leur salut, et, d’autre part, cet acte solennel reste comme un redoutable avertissement contre toute fausse sécurité et toute espérance mal fondée.

La plus complète assurance n’est pas incompatible avec la crainte et le tremblement (Philippiens 2.12) qui poussent le chrétien à affermir sa vocation et son élection (2 Pierre 1.10). Aussi verset 10 donne-t-il la raison (car) pour laquelle « nous nous efforçons de lui être agréables » (verset 9).

11 Connaissant donc la crainte du Seigneur, nous persuadons les hommes ; et Dieu nous connaît, et j’espère que dans vos consciences vous nous connaissez aussi ;

Pénétrés de la crainte du Seigneur, nous persuadons les hommes, ayant Dieu et vos propres consciences pour garants de notre sincérité ; nous ne nous recommandons point nous-mêmes, vous donnant plutôt sujet de vous glorifier de nous auprès de ceux qui se glorifient dans les apparences ; car quoi que nous fassions, nous n’avons en vue que Dieu et votre bien (11-13).

Le mobile de notre conduite, c’est la charité de Christ, qui est mort pour tous, afin que tous, morts à eux-mêmes, ne vivent plus que pour lui. Ainsi, nous ne connaissons plus personne selon la chair, ni les hommes, ni Christ lui-même (14-16).

Si donc un homme est en Christ, il est une nouvelle créature, tout en lui est renouvelé ; et tout cela vient de Dieu, qui était en Christ et qui nous a réconciliés avec lui et nous a confié le ministère de la réconciliation, par lequel nous prions les hommes d’être réconciliés avec Dieu (17-20).

La cause efficiente de cette réconciliation, c’est le sacrifice offert pour nos péchés et qui nous met en possession de la justice (21).

Versets 11 à 21 — Sincérité et grandeur du ministère de la réconciliation

Grec : « Nous sommes manifestés à Dieu (qui connaît nos cœurs) ; j’espère que nous sommes aussi manifestés dans vos consciences ».

La crainte du Seigneur, que la pensée du jugement (verset 10) est si propre à réveiller dans les âmes, inspire à l’apôtre les sérieuses pensées qui suivent, sur la manière dont il remplit son ministère : toujours sous le regard de Dieu, qui sonde les cœurs, il s’efforce de gagner les hommes par la persuasion, de les convaincre par la douceur. Et il donne comme double garant de sa sincérité le témoignage de Dieu, à qui tout est connu et le témoignage des consciences, qui, il l’espère, ne saurait lui être refusé.

12 car nous ne nous recommandons point de nouveau à vous, mais nous vous donnons occasion de vous glorifier à notre sujet ; afin que vous puissiez répondre à ceux qui se glorifient de l’apparence et non du cœur.

Grec : « Du visage et non du cœur ».

En parlant de lui, Paul n’entend point se recommander à ses frères (2 Corinthiens 3.1 et suivants), il ne le croit pas nécessaire (verset 11) ; mais c’est afin de leur donner occasion de présenter à d’autres sa personne et son ministère sous leur vrai jour et de se glorifier de son apostolat auprès de ceux qui le méconnaissent.

Qui a-t-il en vue ? Les faux docteurs qui portent, eux, leur gloire « sur leur visage », dans des apparences trompeuses, dans ce que les hommes voient et non dans ce cœur dont Dieu seul sonde les secrets.

13 Car, soit que nous soyons hors de sens, c’est pour Dieu ; soit que nous soyons de sens rassis, c’est pour vous.

Paul, dans l’effusion de son cœur, à laquelle il donne essor dans toute la seconde partie de ce chapitre, met à nu devant ses frères tout son être et tout son ministère, avec les motifs qui l’inspirent

Quel est le sens du verset 13 ? Comme l’apôtre parle ici de ses adversaires (verset 12), la plupart des interprètes (Calvin, Olshausen, Gerlach) pensent qu’il se met à leur point de vue, afin d’expliquer les jugements divers qu’ils portent de lui, de son ministère et de la manière dont il en par lait, se louant lui-même, etc. « Les uns disent que j’ai été hors de sens, extravagant dans les élans de mon zèle, dans l’opinion que j’ai de moi ; eh bien ! C’était pour Dieu, non pour ma propre gloire, ou par de mauvais motifs. Les autres disent que j’ai été modéré, de sens rassis ; eh bien ! C’était par condescendance, par amour pour vous ». Cette interprétation nous paraît recherchée et peu motivée. Il est plus simple et plus naturel d’admettre que Paul parle à son propre point de vue.

Il a dit aux Corinthiens (verset 11) qu’il est manifesté dans leur conscience, que tout son ministère est dévoilé devant eux, qu’il ne dit point cela pour se recommander à eux, mais afin qu’ils aient occasion de le faire envisager ainsi à ses adversaires, aux faux docteurs : (verset 12) puis, pour exposer plus complètement encore les motifs de son action en ces différents moments, il ajoute : « Si je vous ai paru dépasser toutes les bornes en fait de zèle, de sévérité, c’était en vue de Dieu, pour la gloire duquel on ne peut jamais assez se dévouer ; si j’ai été doux, modéré, me faisant tout à tous, c’était par condescendance et par amour pour vous ».

Tout s’explique par l’amour de Christ qui nous presse (verset 14) Luther, qui entend ainsi ce passage, traduit : « Faisons-nous trop ? Nous le faisons pour Dieu ; sommes-nous modérés ? Nous le sommes pour vous ;«  et il commente :  »Sommes-nous sévères (tranchants) avec les gens ? Nous servons pourtant Dieu en cela ; si nous nous comportons doucement et modérément envers eux, c’est pour leur rendre service, afin que, partout, tout soit juste et bien fait ».

Au reste, dans les deux interprétations, le sens pratique reste le même.

Je suis prêt à parler et prêt à me taire, selon que le requerra la gloire de Dieu et le bien de l’Église. Je souffrirai volontiers d’être jugé insensé par le monde, pourvu que je sois insensé pour Dieu et non pour moi.
Ce passage, ajoute le réformateur, n’est pas seulement digne d’attention, mais d’une méditation assidue ; à moins que nous ne soyons animés du même esprit, les moindres achoppements ne tarderont pas à nous détourner du devoir.
— Calvin
14 Car la charité de Christ nous presse, jugeant ceci, que, si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts ;

La charité, l’amour de Christ, c’est, non pas notre amour pour lui, mais son amour pour nous (ainsi Romains 5.5 ; Romains 8.39) ; cet amour dont il nous a aimés le premier, qu’il répand dans nos cœurs par son Saint-Esprit et qui nous unit étroitement à nos frères, nous donnant la force d’accomplir tous les sacrifices pour eux. C’est là la vraie explication et la preuve (car) du verset précèdent.

Cet amour nous presse (grec : « nous tient liés, nous domine »), dit l’apôtre, surtout par la plus émouvante manifestation que Christ nous en a donnée : il est mort pour tous ; donc tous sont morts.

Dans un sens, on pourrait trouver cette conclusion en contradiction avec la doctrine scripturaire que, puisque Christ a souffert la mort pour nous, nous ne devons plus y être assujettis. La réponse à cette objection se trouve complète dans Romains 6.1-11 ; Romains 7.1-6, notes.

Précisément par sa mort pour nous, Christ a rendu possible que nous ne mourions pas dans une condamnation éternelle, mais que le vieil homme meure en nous, ou que nous mourions à nous-mêmes pour que Christ vive en nous. En Christ, la mort fut en même temps le crucifiement de toute volonté propre, il se donna tout entier à l’obéissance qu’il avait vouée à Dieu son Père (Matthieu 26.36 et suivants) ; c’est pour cela que son sacrifice fut accepté et que sa sainte vie triompha de la mort.

Maintenant, unis à lui par une foi vivante, les membres de Christ voient s’accomplir en eux les mêmes expériences que leur Chef a faites et ainsi sa mort devient, par sa puissance, la mort de tous.

15 et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux.

Ce verset explique et complète le précèdent.

Ceux qui sont morts (verset 14), qui sont affranchis de l’empire de l’égoïsme et du péché, sont les seuls qui vivent véritablement. Or, quoi de plus naturel pour eux que de consacrer cette vie nouvelle à Celui de qui ils l’ont reçue et qui leur a donné la sienne ? Paul ajoute un nouveau bienfait de leur Sauveur : sa résurrection pour eux, parce que c’est la puissance de sa résurrection qui est la source de leur vie (Romains 14.7 ; Romains 14.8 ; Galates 2.20).

16 En sorte que dès maintenant nous ne connaissons personne selon la chair ; et si même nous avons connu Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi.

Afin de rendre d’une manière plus frappante le renouvellement complet de ceux qui, morts à eux-mêmes, ne vivent plus que pour Christ qui les a sauvés, l’apôtre exprime ce fait sous deux formes qui ont quelque chose d’absolu : il ne les connaît plus selon la chair et ils sont de nouvelles créatures (verset 17).

Connaître quelqu’un selon la chair, c’est le connaître dans sa vie naturelle, selon sa position extérieure, riche ou pauvre, savant ou ignorant, Juif ou Grec (voir sur le sens du mot chair Romains 1.3, note) ; tout cela a disparu aux yeux du chrétien ; il ne connaît, ne cherche, n’aime dans ses frères que la vie nouvelle et les fruits qu’elle porte.

Afin de donner plus d’énergie encore à cette pensée, l’apôtre l’applique à Christ lui-même. On pourrait conclure de ces paroles que Paul avait connu Jésus durant sa vie terrestre, mais d’une manière tout extérieure : il ne le connaît plus ainsi. Quel profit en aurait-il ? Des milliers d’hommes, même les ennemis et les juges de Jésus-Christ, le connurent de cette manière, sans en retirer aucune bénédiction.

Sans doute « confesser Jésus-Christ venu en chair » (1 Jean 4.2 ; 1 Jean 4.3) est bien une connaissance salutaire du Sauveur, mais c’est parce que le « Dieu manifesté en chair » a été aussi « glorifié en Esprit » (1 Timothée 3.16), et parce que Celui qui est « fils de David selon la chair », a été « déclaré Fils de Dieu avec puissance, par sa résurrection d’entre les morts » (Romains 1.4)

Ainsi celui qui connaît Jésus-Christ « mort pour nos offenses«  ne le connaît pas selon la chair, parce qu’il l’adore  »ressuscité pour notre justification ». Ces deux phases de la vie de Christ sont inséparables et les paroles de l’apôtre se trouvent en parfait accord avec 1 Corinthiens 2.2.

Il y a peut-être aussi dans les paroles de l’apôtre une intention de polémique contre ses adversaires judaïsants de Corinthe qui se glorifiaient de leurs relations personnelles avec Christ ou qui élevaient les autres apôtres audessus de Paul, parce qu’ils avaient connu Christ et avaient vécu dans son intimité.

17 Si donc quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles.

On peut traduire par : nouvelle création, aussi bien que par : nouvelle créature, le mot grec ayant les deux sens.

Peut-être l’apôtre a-t-il présente à la pensée la promesse de Dieu (Ésaïe 43.18-19 ; Ésaïe 65.17 ; comparez pour la complète réalisation de cette promesse, Apocalypse 21.1-5) ; et il voit dès maintenant cette création nouvelle intérieurement accomplie en chaque croyant.

Il y a, effectivement, dans chaque chrétien une seconde création, il est une nouvelle créature. Sa vie naturelle, sur laquelle régnait le péché, a péri (verset 14), Dieu a créé en lui, par son Esprit, une vie nouvelle, dont toutes les manifestations sont opposées à celles du vieil homme, pensées, affections, désirs, besoins, joies et peines, craintes et espérances.

Virtuellement, l’apôtre peut donc dire que toutes choses ont été faites nouvelles ; car l’œuvre de Dieu, une fois commencée, n’a d’autre terme que la perfection (Philippiens 1.6 ; Éphésiens 2.10 ; Galates 6.15).

Mais pour tout cela il faut être en Christ, c’est-à-dire dans une communion vivante, intime avec lui.

18 Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui-même par Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation.

Cette vie nouvelle, ses fruits, tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes, est un don gratuit de Dieu. Et le moyen par lequel il nous a ouvert cette inépuisable source de grâces, c’est la réconciliation que lui-même a accomplie en Christ (versets 18-21).

19 Car Dieu était en Christ réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant point leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation.

Le verset 19 explique et prouve (car) le verset 18 « Tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés, car Dieu a accompli en Christ l’œuvre de la réconciliation » (voir sur le sens de ce mot Romains 5.10, note.)

Dieu était en Christ réconciliant le monde avec lui-même, exprime à la fois la plénitude de la divinité dans le Médiateur et l’action souveraine de Dieu dans l’œuvre de la réconciliation.

C’est ainsi que se rencontrent deux interprétations opposées : l’une qui fait de ces mots : Dieu était en Christ une première pensée et de ceux-ci : réconciliant le monde une seconde ; l’autre qui unit les deux phrases en une seule idée : Dieu était réconciliant en Christ, ou comme traduit M. Rilliet : « Dieu réconciliait en Christ ». Par là, la première pensée de l’apôtre disparaît tout à fait. Or il faut les conserver l’une et l’autre en les unissant.

De quelle manière se trouve réalisée l’action divine de la réconciliation en Christ ? D’ordinaire on répond : en sa mort ; et cette réponse est pleinement justifiée par le verset 21, où l’apôtre s’explique clairement, aussi bien que par tout le Nouveau Testament, qui attribue le pardon des péchés et la réconciliation au sacrifice de la croix (voir Romains 3.23-25, notes).

Mais pour que cette idée soit vraie et complète, il faut voir plus encore dans les paroles de l’apôtre : la réconciliation de l’homme avec Dieu, de Dieu avec l’homme, a eu lieu tout d’abord dans la personne même de Christ, homme et Dieu : Dieu était en Christ réconciliant le monde. Et ce n’est qu’ainsi que la mort de Jésus, chef et représentant de notre humanité, a eu toute son efficace de réconciliation auprès de Dieu et de l’homme.

Maintenant, les deux actes divins qui suivent sont, non pas coordonnés, mais subordonnés à ce premier :

  1. Ne leur imputant point leurs offenses (leurs chutes), c’est-à-dire les leur pardonnant, acte divin par lequel la réconciliation se réalise, de la part de Dieu qui rend tout son amour à des « enfants de colère » (Éphésiens 2.3), et de la part de l’homme, gagné, attiré par le pardon et l’amour.
  2. Et ayant mis en nous (apôtres) la parole de la réconciliation (verset 18, le ministère, ou « service » de la réconciliation), c’est-à-dire que Dieu lui-même a pourvu, par l’institution de l’apostolat, à ce que cette réconciliation fût annoncée au monde. De là les paroles du verset 20.

Il faut remarquer encore que ce que Dieu a réconcilié en Christ, c’est le monde, notre humanité tout entière (1 Jean 2.2). Tel est le dessein de la miséricorde divine. Paul ne dit point ici comment il se réalise envers les uns, tandis que d’autres le rendent inutile à leur égard.

20 Nous faisons donc la fonction d’ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous ; et nous supplions, au nom de Christ : soyez réconciliés avec Dieu.

Grec : « C’est donc pour Christ (à sa place, en son nom) que nous faisons la fonction d’ambassadeurs », auprès des hommes pécheurs.

Parce que c’est lui qui a mis en nous la parole de la réconciliation (verset 19).

De la part de Dieu, la réconciliation est virtuellement faite, il vous l’offre, ne la rendez pas vaine, impossible, par votre endurcissement, votre inimitié (Romains 5.10).

21 Car Celui qui n’avait point connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui.

Ce dernier verset désigne l’acte divin qui est la cause efficiente (car) de la réconciliation dont parle l’apôtre (versets 18-21). Celui qui jamais n’eut rien de commun avec le péché, dont la vie resta toujours pure et sainte, « Dieu l’a fait péché pour nous », c’est-à-dire, a vu et puni en lui le péché (Romains 8.3 ; Galates 3.13 ; comparez, sur l’expiation, Romains 3.23-25, notes). Dieu ne l’a pas « traité comme un pécheur », comme un membre de la race déchue d’Adam, ainsi que le dit la paraphrase d’Ostervald, mais il a fait que le péché, le péché de tous (pour nous) fût sur lui, en présence du jugement divin. « Il a fait venir sur lui l’iniquité de nous tous » (Ésaïe 53.6 ; comparez Romains 8.3)

Quiconque maintenant est uni à lui, un avec lui par une foi vivante, en un mot, quiconque est en lui, devient justice de Dieu (Romains 1.17, note), en est revêtu, pénétré, de sorte que cette justice, d’abord imputée comme une justification (Romains 4), devient notre nature morale, l’essence même de notre être le plus intime. En d’autres termes, Christ est devant Dieu ce que nous sommes, identifié avec le péché ; et nous devenons ce qu’il est, identifiés avec la justice parfaite de Dieu.

Par cet enseignement de l’apôtre se trouve suffisamment réfutée l’opinion qu’on a voulu fonder sur ces versets, que la réconciliation est un acte qui n’aurait lieu que de la part de l’homme envers Dieu, attendu que Dieu, tout amour et miséricorde pour le pécheur, n’a pas besoin d’être réconcilié avec le pécheur. C’est là une pure négation de la justice de Dieu, c’est lui attribuer l’indifférence à l’égard du péché. Sans doute Dieu nous a réconcilies avec lui (verset 18), mais c’est par l’œuvre de Christ, en qui Dieu était lui-même, c’est en n’imputant point le péché (verset 19), parce que ce péché était expié à ses yeux (verset 21).

Ce n’est que dans ce sens que l’on peut concevoir la réconciliation comme un acte pour la promulgation duquel un ministère est établi dans l’économie nouvelle (versets 19 et 20). Si la réconciliation n’avait lieu que du côté de l’homme, on ne pourrait prêcher autre chose sinon que Dieu a révélé son amour, en vertu de quoi la réconciliation est possible. Mais l’Église a, dès l’origine, prêché que la réconciliation a été accomplie sur Golgotha et ce n’est qu’en vertu de ce fait que la prédication a la force de consoler et de régénérer.