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Eusèbe - Histoire ecclésiastique - Livre Χ

Voici ce que contient le dixième livre de l’histoire ecclésiastique

I. De la paix qui nous a été accordée par l’intervention de Dieu.

II. De la restauration des églises.

III. Des dédicaces célébrées en tous lieux.

IV. Discours sur l’état brillant des affaires.

[V. Copies des constitutions impériales concernant les chrétiens.

VI. De l’exemption des clercs].

VII. De la perversité subséquente de Licinius et de sa fin tragique.

VIII. De la victoire de Constantin et ce qui arriva grâce à lui aux sujets de l’empire romain.

Chapitre I

De la paix qui nous a été accordée par l’intervention de Dieu

À Dieu, grâces soient rendues sur toutes choses, au maître absolu et au roi de l’univers ; pleine action de grâce aussi au sauveur et libérateur de nos âmes. Jésus-Christ, par qui surtout nous prions que les bienfaits de la paix à l’égard des embarras du dehors et des dispositions de l’esprit nous soient gardés fermes et inébranlables.

En même temps que ces prières, nous avons ajouté encore ce dixième livre à ceux qui précèdent de l’histoire ecclésiastique et nous te le dédierons, Paulin, toi qui es très saint à mes yeux, te proclamant le sceau de toute l’entreprise. C’est à bon droit qu’ici, dans cette dernière partie, nous placerons le discours final prononcé dans la fêle de la restauration des églises, obéissant à un esprit divin qui en quelque manière m’y invite ainsi : « Chantez au Seigneur un chant nouveau parce qu’il a fait des choses admirables : sa droite et son bras qui est saint lui ont donné le salut ; le Seigneur a fait connaître son salut, devant les nations il a révélé sa justice ».

Selon l’ordre de la parole divine chantons donc le chant nouveau pour le présent, parce qu’après les spec tacles et les récits terribles et sombres, nous avons été jugés dignes de voir un tel moment et de célébrer de si grandes choses ; beaucoup de nos devanciers, qui étaient vraiment justes et martyrs de Dieu, ont désiré les voir sur la terre et ne les ont pas vues, les entendre et ne les ont pas entendues. Mais eux, ils ont hâté leur course au plus vite et ont obtenu les biens très supérieurs dans les cieux eux-mêmes, et dans le paradis ils ont conquis les délices divines. Quant à nous, nous confessons que ces biens que nous avons obtenus sont plus grands que nous n’avons mérité ; nous sommes frappés de la grâce de la magnificence de celui qui en est l’auteur ; nous l’admirons à bon droit de toute la force de notre âme, le révérant et attestant la vérité par ces paroles de l’Écriture, où il est dit : « Venez et voyez les œuvres du Seigneur, les merveilles qu’il a opérées sur la terre : il ôte les guerres jusqu’aux extrémités du monde ; il brisera l’arc et rompra l’armure, il brûlera les boucliers dans le feu ». De cela, qui s’est manifestement accompli pour nous, réjouissons-nous, et continuons la suite de notre ouvrage.

Elle a donc disparu de la manière qui a été exposée, toute la race des impies, et elle s’est évanouie tout d’un coup delà vue des hommes, si bien que de rechef la divine parole a son accomplissement quand elle dit : « J’ai vu l’impie s’élever et se glorifier comme les cèdres du Liban ; et j’ai passé et voici qu’il n’était plus, et j’ai cherché sa place, et ne l’ai pas trouvée ». Alors du reste un jour brillant et lumineux, qu’aucun nuage n’assombrit, éclairait des rayons d’une clarté divine par toute la terre les églises du Christ. Rien n’empêchait même ceux qui étaient en dehors de notre association, sinon de jouir également des biens que Dieu nous procurait, du moins de profiter de l’influence qui en découlait et d’en avoir leur part.

Chapitre II

De la restauration des églises

Tous les hommes étaient en effet délivrés de l’oppression des tyrans et exempts des maux d’auparavant ; chacun de son côté confessait qu’il n’y avait qu’un seul Dieu véritable, celui qui avait secouru les hommes pieux. Mais, pour nous surtout qui avions placé nos espérances dans le Christ de Dieu, un contentement indicible et une joie divine s’épanouissaient en tous dans chacune des régions qui avaient été, peu avant, bouleversées par les impiétés des tyrans ; celles-ci paraissaient revivre comme après une longue dévastation qui porte la mort ; on voyait les temples se relever de nouveau de leurs ruines, et monter à une hauteur sans limite et recevoir une splendeur plus grande que ceux qui avaient autrefois été ravagés par la guerre.

Mais les empereurs les plus élevés, par des lois incessantes concernant les chrétiens, rendaient pour nous ce qui venait delà munificence de Dieu, encore plus étendu et plus grand. Les évêques mêmes recevaient personnellement de l’empereur des lettres, des honneurs et des richesses ; le texte de ces documents, il ne sera peut-être pas hors de propos, suivant l’occasion de ce récit, après en avoir traduit les paroles du latin en grec, de l’inscrire en ce livre comme sur une stèle sacrée, afin que le souvenir en soit porté à tous ceux qui viendront après nous.

Chapitre III

Des dédicaces célébrées en tous lieux

En outre de cela, le spectacle que nous avions tous désiré et souhaité, nous fut procuré. Ce furent, dans les villes des fêtes de dédicaces, des consécrations d’oratoires nouvellement bâtis, des assemblées d’évêques tenues à cette occasion, des concours de populations lointaines venues de partout, des démonstrations de charité de peuple à peuple, une union des membres du corps du Christ pour former ensemble une seule harmonie. Selon la parole du prophète, qui annonçait l’avenir d’une façon mystique : « L’os s’attachait à l’os et la jointure à la jointure », et ce que la parole prédisait d’une manière figurée s’accomplissait réellement. Et c’était une même force d’un Esprit divin qui allait dans tous les membres ; c’était en tous une même âme, la même ardeur de foi, et de tous partait le même chant pour célébrer Dieu. Oui, c’étaient vraiment des cérémonies parfaites des chefs, des fonctions sacrées des prêtres, des rites pieux de l’église, qui se ma nifestaient ici.par des hymnes et par les autres paroles qu’on entendait et qui nous ont été transmises de la part de Dieu, là par l’accomplissement des rites divins et mystiques. C’étaient encore les symboles ineffables de la passion du Sauveur. Réunis ensemble, tous les âges et les sexes, hommes et femmes, dans l’essor d’une même pensée, l’esprit et l’âme réjouis par les prières et l’eucharistie, glorifiaient Dieu l’auteur des biens. Chacun des chefs présents prononçait, selon qu’il le pouvait, des panégyriques et fêtait la réunion solennelle.

Chapitre IV

Discours sur l’état des affaires

C’est ainsi qu’un homme de ceux dont le mérite est ordinaire s’avança ; il avait composé un discours. L’église était comble ; un grand nombre de pasteurs en silence et en ordre écoutaient avec attention. L’orateur parla en présence d’un évêque tout à fait excellent et pieux ; c’était grâce à son zèle que le temple de Tyr, le plus beau de tous ceux de Phénicie, avait été activement bâti. Voici les paroles prononcées.

Discours sur l’érection des églises, adressé à Paulin, évoque de Tyr.

Ô amis de Dieu, prêtres qui portez la sainte tunique, la couronne céleste de la gloire, l’onction divine et la robe sacerdotale du Saint-Esprit ! Et toi, jeune ornement du saint temple de Dieu, tu es honoré par lui de la prudence des vieillards, tu fais voir des œuvres magnifiques et des entreprises d’une vertu qui est dans sa fraîcheur et son éclat. À loi, le Dieu qui contient le monde entier, a donné lui-même l’honneur insigne de construire et de rétablir sur la terre cette maison, pour le Christ son Verbe unique et premier-né, ainsi que pour sa sainte et pieuse épouse. On pourrait t’appeler nouveau Béséléel, constructeur d’une arche divine, ou encore Salomon, roi d’une Jérusalem nouvelle, de beaucoup supérieure à l’ancienne, ou encore nouveau Zorobabel, toi qui apportes au temple de Dieu une gloire plus grande que la première. Vous aussi, nourrissons du saint troupeau du Christ, foyer des bons discours, école de modestie, auditoire grave et pieux des enseignements de la religion.

Autrefois les signes miraculeux de Dieu et les bienfaits du Seigneur envers les hommes, nous les avons connus en écoutant la lecture des textes divins et ils nous ont permis d’adresser des hymnes et des cantiques à Dieu. Nous avons appris à dire : « Ô Dieu ! nous avons entendu de nos oreilles, nos pères nous ont raconté l’œuvre que tu as faite de leurs jours, aux jours antiques ». Mais aujourd’hui ce ne sont pas seulement des récits ni le bruit des paroles qui j nous font connaître le bras suprême, la main céleste du Dieu très bon, qui est notre roi souverain ; ce sont des œuvres, à vrai dire, ce sont nos yeux qui nous font voir que les choses d’autrefois confiées à la mémoire sont fidèles et vraies. Il est permis de chanter à nouveau l’hymne de la victoire, de proclamer bien haut et de dire : « Ce que nous avons entendu nous l’avons vu nous aussi, dans la cité du Seigneur des Vertus, dans la cité de notre Dieu ». Et de quelle cité s’agit-il ? sinon de celle qui a été récemment fondée et élevée par Dieu, « laquelle est l’Église du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité » ; au sujet de laquelle une autre parole divine fait en cette manière cette annonce : « Qu’on a dit de toi des choses glorieuses, ô ville de Dieu » ; en laquelle le Dieu de toute bonté nous a rassemblés par la grâce de son Fils unique lui-même ; et que chacun de ceux qui sont appelés chante et crie presque en disant : « Je me suis réjoui des choses qui m’ont été dites : Nous irons dans la maison du Seigneur », et encore : « Seigneur, j’ai aimé la décence de votre maison et le lieu où habite votre gloire ». Et non seulement que chacun le dise isolément, mais que tous, en masse, dans un même esprit et une même âme, nous glorifiions et bénissions en disant : « Le Seigneur est grand et tout à fait digne d’être loué dans la ville de notre Dieu, dans sa sainte montagne ». Car en effet, il est vraiment grand et sa demeure est grande, élevée, large, spacieuse, d’un éclat de beauté qui dépasse les fils des hommes. Le Seigneur est grand « qui fait seul des choses admirables » : il est grand « celui qui fait des choses grandes, incompréhensibles, glorieuses, extraordinaires et sans nombre ». Il est grand « celui qui change les temps et les siècles, qui dépose et établit les rois, qui fait lever de terre le mendiant et qui du fumier fait monter le pauvre ; il a arraché les puissants de leurs sièges et il a exalté les humbles au-dessus de la terre : il a rassasié de biens les affamés et il a brisé les bras des superbes ».

Ce n’est pas seulement pour des fidèles mais aussi pour des infidèles, qu’il a donné la preuve qui confirme la mémoire des récits anciens, l’auteur des merveilles, le grand ouvrier, le maître de l’univers, le démiurge du monde tout entier, le tout-puissant, la bonté souveraine, l’unique et seul Dieu, à qui chantons un chant nouveau, l’adressant dans notre pensée « à celui seul qui fait des merveilles, parce que sa miséricorde est éternelle, à celui qui frappe les grands rois et qui fait mourir les rois puissants, parce que sa miséricorde est éternelle ; parce que dans notre bassesse il s’est souvenu de nous et nous a délivrés de nos ennemi ».

Et ne cessons jamais de célébrer ainsi le Père de l’univers. Quant à celui qui est pour nous la cause seconde des biens, qui nous a introduits dans la connaissance de Dieu, qui est le maître de la religion véritable, le fléau des impies, le destructeur des tyrans, le redresseur du siècle, Jésus notre sauveur à nous, qui étions désespérés, ayons son nom à la bouche et vénérons-le, parce que seul, lui, le Fils très unique et très bon du Père qui est toute bonté, selon la pensée de l’amour du Père pour les hommes, il n’a pas hésité un moment à revêtir notre nature à nous qui étions gisants au fond de la corruption ; comme le meilleur des médecins, qui pour sauver les malades « regarde les maux, touche ce qui est répugnant et sur les malheurs d’autrui moissonne pour lui-même îles douleurs », il nous a sauvés, nous qui étions non seulement malades d’ulcères terribles et tourmentés par des blessures purulentes mais encore qui étions couchés parmi les cadavres, il nous a seul tirés à lui des abîmes de la mort, parce que nul autre de ceux qui sont au ciel n’avait assez de force pour procurer sans dommage le salut de tels maux. Seul donc, il a louché la corruption de notre misère profonde ; seul, il a porté le fardeau de nos souffrances ; seul, il a pris sur lui la peine de nos impiétés. Bien plus, il nous a relevés quand nous étions déjà non pas à demi morts, mais corrompus et puants dans les tombeaux et les sépulcres. Autrefois et maintenant avec le zèle de sa charité pour les hommes, contre toute espérance de qui que ce soit et même de nous, il nous sauve et il nous donne sans compter les biens du Père, lui, l’auteur de la vie, le créateur de la lumière, notre grand médecin, roi et seigneur, le Christ de Dieu.

Autrefois quand le genre humain tout entier était plongé dans une nuit ténébreuse et une ombre profonde, à cause de l’égarement produit par les démons funestes, à cause des entreprises des esprits impies, il parut une fois et il fit disparaître les liens multiples de nos impiétés comme une cire qui fondait sous les traits de la lumière qu’il était lui-même. Aujourd’hui, après cette grâce et après cette bienfaisance si grande, le diable haineux et le démon ami du mal a tout à fait éclaté et il a mobilisé contre nous toutes les puissances qui donnent la mort. D’abord, comme un chien enragé qui mord les pierres qu’on lui jette, et qui décharge sur des objets inanimés sa colère contre ceux qui le repoussent, il a tourné sa fureur bestiale contre les pierres des oratoires et les matériaux sans vie des maisons ; il nous a, ainsi qu’il le pensait en lui-même, privés d’églises. Ensuite il a lancé de terribles sifflements et ses cris de serpent, tantôt par les menaces de tyrans impies, tantôt par les constitutions blasphématoires de princes pervers. Puis, il a vomi la mort qui lui appartient et infecté les âmes qu’il avait prises par des poisons vénéneux et mortels ; il donnait tout à fait la mort par les sacrifices faiseurs de mort offerts aux idoles mortes, et il excitait entre nous toute bête à forme humaine et toutes sortes d’êtres sauvages.

D’autre part à nouveau l’Ange du grand Conseil, le grand stratège en chef de Dieu, après l’épreuve suffisante que les plus grands soldats de son royaume ont fournie avec une constance et une fermeté absolues, a paru tout d’un coup, et il a fait entrer les ennemis et adversaires dans l’obscurité et le néant, tellement qu’il sembla qu’on ne les avait jamais nommés. Pour ses amis, au contraire, et ses familiers, il les a conduits au delà de la gloire en présence non seulement de tous les hommes mais même de toutes les puissances célestes, le soleil, la lune, les astres, tout le firmament et le monde. Aussi bien, chose absolument inouïe, les empereurs les plus élevés de tous, conscients de l’honneur qu’ils recevaient de lui, d’une part crachaient au visage des idoles mortes, foulaient aux pieds les rites impies des démons, se moquaient de l’erreur antique et héréditaire, et, d’autre part, ils reconnaissaient ce Dieu unique, le bienfaiteur commun de tous et d’eux-mêmes. Ils confessaient le Christ, Fils de Dieu et roi souverain de l’univers ; ils le proclamaient sauveur sur des colonnes, inscrivant en caractères royaux pour une impérissable mémoire, ses actions justes, ses victoires contre les impies au milieu de la ville maîtresse de celles qui sont sur la terre. Aussi bien, seul parmi ceux qui furent jamais, Jésus-Christ, notre Sauveur, est non seulement proclamé par ceux qui sont le plus haut sur la terre comme un roi ordinaire, né des hommes, mais encore adoré comme Fils véritable du Dieu de l’univers et Dieu lui-même. Et c’est à bon droit. Lequel des rois, en était, jusqu’à présent, est allé à ce degré de vertu que tous les hommes de la terre entendent et prononcent son nom ? Quel roi, après avoir établi des lois aussi sages et prudentes, a pu les publier suffisamment pour être entendu de tous les hommes des confins de la terre et jusqu’à l’extrémité du monde habité ? Qui a changé les mœurs barbares et grossières des peuples farouches par ses lois douces et très humaines ? Qui, pendant des siècles entiers combattu de tous, a fait preuve d’une telle puissance surhumaine, qu’elle fleurit chaque jour et se renouvelle dans tout le monde ? Qui a fondé un peuple dont on n’a jamais entendu parler, qui n’est pas caché dans un coin du monde, mais qui se trouve sur la terre entière qui est sous le soleil ? Qui a si bien muni ses soldats des armes de la religion, que leur âme a paru plus forte que le diamant dans les combats contre leurs adversaires ? Quel roi exerce une telle puissance, dirige son armée après la mort, remporte des trophées sur les ennemis, remplit tout lieu et toute contrée, toute ville, la Grèce et le pays des barbares, des dédicaces de ses maisons royales et de ses temples sacrés, tels que les parures et les offrandes magnifiques de ce temple où nous sommes ? Elles sont vraiment vénérables et grandes, dignes d’inspirer l’étonnement et l’admiration, et comme des preuves évidentes de la royauté de notre Sauveur. Encore aujourd’hui, en effet, « il a parlé et elles ont existé; il a commandé et elles ont été réalisées ». (Qu’est-ce donc qui pouvait résister au geste du Verbe de Dieu même, souverain roi, souverain chef ?) Ces merveilles auraient besoin d’un discours spécial pour en faire à loisir et avec exactitude l’exposition et l’explication. Car le zèle de ceux qui ont travaillé n’est pas jugé tel quel par celui même qui est célébré comme Dieu, lorsqu’il regarde le temple spirituel de nous tous et lorsqu’il considère la maison faite de pierres qui vivent et se meuvent, la demeure qui est fortement et solidement établie sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre d’angle qu’ont rejetée non seulement les artisans de cette maison ancienne qui n’est plus, mais encore ceux de cette construction du plus grand nombre des hommes qui est venu jusqu’aujourd’hui, architectes méchants d’œuvres mauvaises. Mais le Père a examiné cette pierre et alors et maintenant il l’a établie comme tête d’angle de cette église qui nous est commune à tous.

Ce temple vivant d’un Dieu vivant et qui est fait de nous-mêmes, je parle du sanctuaire le plus grand et à vrai dire, digne de Dieu, dont l’intérieur est impénétrable, invisible au grand nombre, réellement saint et saint des saints, qui l’a vu et qui oserait en parler ? Qui pourrait avoir la faculté d’avancer sa tête dans ses enceintes sacrées ? sinon le seul grand-prêtre de l’univers, à qui il est permis d’examiner les secrets de toute âme spirituelle ?  Peut-être cependant est-il aussi octroyé à un autre, mais à un seul, de venir après lui dans la même œuvre ; c’est à celui qui est établi chef de l’armée qui est ici, que le premier et grand pontife lui-même a honoré du second rôle des sacerdoces d’ici-bas, au pasteur de votre divin troupeau, qui a obtenu votre peuple par élection et choix du Père, comme s’il l’avait établi son serviteur et son interprète, le nouvel Aaron ou Melchisédech, devenu l’image du Fils de Dieu qui vous demeure et vous est gardé par lui pour longtemps grâce à vos communes et unanimes prières. À lui seul, après le premier et suprême pontife, qu’il soit permis, d’une façon sinon suprême, dû moins immédiatement inférieure, de voir et d’examiner le spectacle intime de vos âmes. L’expérience et un temps prolongé lui ont donné de connaître exactement chacun de vous, et après vous avoir, grâce à son zèle et à ses soins, établis dans la beauté et la doctrine de la religion, il est, plus que tous, capable de prononcer des discours qui rivalisent avec les œuvres de ceux qu’il a édifiés avec une vertu divine.

Notre premier et grand pontife dit que « ce qu’il voit faire à son Père, le Fils le fait également » : cet autre pontife, lui aussi, après avoir levé vers le premier maître l’œil pur de l’intelligence, ce qu’il lui voit faire, il l’exécute, comme s’il reproduisait l’image de modèles et d’archétypes, et il y met toute la ressemblance qu’il est possible. Il ne le cède en rien à ce Béséléel que Dieu lui-même remplit d’un esprit de sagesse et d’intelligence et de toute autre connaissance artistique et scientifique, et appela comme ouvrier de la construction du temple selon les types célestes donnés pour symboles. C’est donc ainsi que celui-ci qui dans son âme porte lui-même l’image du Christ entier, verbe, sagesse, lumière (on ne saurait dire avec quelle grandeur d’âme, avec quelle main généreuse et inépuisable en ressources, avec quelle émulation aussi de la part de vous tous, avec quelle largesse des donateurs, qui ont tout à fait à cœur de n’être pas laissés en arrière par lui dans l’exécution de ce même projet), s’est mis à bâtir ce temple magnifique du Dieu très-haut, semblable par sa nature à l’idéal de celui qui est parlait, comme peut l’être la réalisation visible d’une chose invisible. Cet emplacement, dont il est juste de parler avant tout le reste, était encombré d’ordures de toute sorte par la malveillance des ennemis. Il ne l’a pas délaissé avec mépris et n’a pas favorisé la malice de ceux qui en étaient les auteurs ; il lui était cependant loisible d’aller ailleurs (il y avait une multitude d’autres places dans la ville) et de trouver une facilité plus grande d’exécution comme aussi d’éviter des embarras. Il se mit d’abord lui-même à l’œuvre. Son zèle donna courage au peuple entier, et de tous ayant fait une seule et puissante main, il entreprit ce premier travail. Il a pensé que cette église, qui avait à la lettre subi le siège des ennemis, qui avait été la première à la peine et avait supporté les mêmes persécutions que nous et avant nous, qui, telle qu’une mère avait été privée de ses enfants, devait jouir avec eux de la magnificence du Dieu de toute bonté.

Lors donc que le grand pasteur crut bon de rassemblera nouveau ses enfants dans un même lieu, après qu’il eut éloigné les bêtes fauves et les loups, et toute la race des animaux féroces et sauvages, quand il eut brisé les dents des lions selon le mot des divines Écritures, il fut très juste de relever aussi la bergerie du troupeau pour couvrir de honte l’ennemi et l’oppresseur, et fournir comme une réplique victorieuse aux audacieuses entreprises des impies contre Dieu. Et maintenant ils ne sont plus, les ennemis de Dieu, parce qu’ils n’étaient pas. Après avoir, pour un peu de temps, suscité des bouleversements, ils ont été bouleversés eux aussi ; puis ils ont reçu un châtiment dont on ne peut contester la justice ; ils se sont établis eux-mêmes et leurs amis et leurs maisons dans une ruine complète. Aussi bien, les faits ont proclamé dignes de créance les prédictions écrites jadis sur des colonnes sacrées ; la divine parole entre autres y affirmait comme vrai et déclarait ceci à leur sujet : « Les pécheurs ont tiré le glaive et ils ont tendu leur arc pour frapper le mendiant et le pauvre, et pour égorger ceux qui ont le cœur droit. Que leur glaive leur entre dans le cœur et que leurs arcs soient brisés. Et leur mémoire à son tour a péri avec l’écho, et leur nom a été abandonné pour le siècle des siècles », parce que dans leur maux, « ils ont crié et il n’y a eu personne qui les sauvât, [ils ont crié] vers le Seigneur et il ne les a pas exaucés, mais ils ont reçu des entraves aux pieds et ils sont tombés, tandis que nous nous sommes relevés et avons été remis debout ». Et le passage de ces prédictions qui annonçait d’avance : « Seigneur tu as dans la ville anéanti leur image », a paru vrai aux yeux, de tous. Mais ceux-ci avaient entrepris à la manière des géants une lutte contre Dieu et ils ont obtenu la même fin tragique de leur vie, tandis que les résultats de la constance pour Dieu, délaissée et méprisée des hommes, sont ce que nous voyons, selon que la prophétie d’Isaïe le proclamait pour elle : « Réjouis toi, désert altéré, exulte désert et fleuris comme un lis, et ils fleuriront, et ils exulteront, les lieux déserts. Fortifiez-vous, mains défaillantes et genoux affaiblis. Consolez-vous, vous dont l’âme est pusillanime, fortifiez-vous, ne craignez pas ; voici que votre Dieu rend et rendra justice, lui-même viendra et vous sauvera, parce que », dit-il, « une onde a jailli au désert et une vallée dans une terre altérée, et celle qui était sans eau sera changée en marécage et la source d’eau en terre desséchée ». Et ces anciennes paroles prophétiques ont été confiées aux livres sacrés ; mais ce sont tout à fait les réalités qui se présentent à nous, et non point en des récits, mais dans les choses elles-mêmes. Celle église était un désert desséché, une veuve sans défense. « Comme on coupe le bois dans une forêt, ils coupaient » ses portes « à coups de hache ; dans le même dessein ils l’attaquaient avec la cognée et le marteau » ; ils détruisaient ses livres, « mettaient en feu le sanctuaire de Dieu ; ils ont profané en le jetant à terre le tabernacle de son nom ». « Tous ceux qui passaient » la vendangeaient après en avoir franchi les haies, « le sanglier de la forêt la dévastait et la bête solitaire la dépeçait »; mais aujourd’hui par la miraculeuse puissance du Christ, lorsqu’il l’a voulu, elle est devenue « comme un lis ». C’était, en effet à dessein qu’autrefois il la châtiait ainsi qu’un père vigilant ; car « celui que le Seigneur aime, il le châtie, et il corrige le fils qu’il accueille ». Lors donc qu’elle eut été châtiée selon la mesure qu’il fallait, elle reçut d’en haut l’ordre de recommencer à se réjouir de nouveau, et elle fleurit « comme un lis » et elle embaume tous les hommes de l’odeur divine, parce que, dit-il, « dans le désert a jailli une eau », le flot de la renaissance divine par l’eau lustrale du salut, et maintenant, le désert de tout à l’heure est devenu « une région humide, et vers la terre altérée » est montée une source d’eau vive, et la force est véritablement dans les mains auparavant sans vigueur : ces travaux sont les preuves magnifiques et éclatantes de la puissance de ces mains. Mais les genoux eux aussi, débiles autrefois et sans énergie, ont reçu leur allure habituelle, et ils marchent droit devant eux dans le chemin de la connaissance de Dieu, ils se hâtent vers le troupeau familier du pasteur qui est toute bonté. Si les âmes de quelques-uns ont été engourdies par les menaces des tyrans, le Verbe sauveur ne les laisse pas sans remède. Il leur donne à elles aussi tous ses soins, les encourage à aller à la consolation de Dieu, et leur dit : « Consolez-vous, âmes pusillanimes, courage, ne craignez pas ».

La parole qui prédisait pour celle qui était devenue déserte à cause de Dieu la nécessité de jouir de ces biens, notre nouvel et excellent Zorobabel l’entendit avec une grande pénétration d’esprit après cette amère captivité et la honte de la solitude. Une méprisa pas le cadavre qui gisait sans vie. Avant toute autre chose, par des supplications et des prières il se concilia la miséricorde du Père avec le concours unanime de vous tous ; puis, ayant pris comme allié et comme coopérâtes celui-là qui seul donne la vie aux morts, il releva celle qui était tombée après l’avoir préalablement purifiée et guérie de ses maux. Il la revêtit ensuite d’une parure qui n’était pas l’ancienne d’autrefois, mais celle qu’il avait appris à connaître dans les oracles divins où il dit clairement que « la gloire de cette maison sera bien plus grande que la première ».

Il a donc délimité un emplacement de beaucoup plus grand que le premier. Du dehors, il en a protégé l’enceinte par une forte muraille qui l’entoure tout entière, de façon à ce qu’elle fût un rempart très sûr de l’ensemble. Un grand vestibule très élevé se dresse du côté des rayons du soleil levant, et il donne à ceux qui sont loin des enceintes sacrées le désir de voir ce qui est à l’intérieur ; il invite presque les étrangers à la foi à regarder vers les premières entrées. Aussi bien personne ne passe sans avoir d’abord l’âme pénétrée de douleur au souvenir de l’abandon d’autrefois et à la pensée de l’étonnante merveille d’aujourd’hui : peut-être l’évêque a-t-il espéré que celui qui est sous l’impression de ce sentiment sera attiré et poussé à entrer par l’aspect lui-même.

Au dedans, il n’a pas voulu que celui qui franchissait les portes avec des pieds souillés et non lavés foulât tout de suite l’intérieur du sanctuaire. Il a laissé entre le temple et la première entrée un espace aussi grand que possible, qu’il a entouré et orné de quatre portiques. Ceux-ci forment une figure à quatre angles et sont soutenus de tous côtés par des colonnes ; les intervalles entre celles-ci sont fermés par des barrières de bois disposées en réticule qui s’élèvent à une hauteur convenable. L’évoque a laissé vide le milieu, afin qu’on put voir le ciel et que l’air fût brillant et libre aux rayons du soleil. C’est là qu’il a placé les symboles des purifications sacrées. Il a établi, en face du temple, des fontaines qui fournissent en abondance l’eau vive où ceux qui viennent dans les enceintes sacrées peuvent se laver. Tout d’abord pour ceux qui entrent, c’est un lieu qui présente à chacun plaisir et agrément, et pour ceux qui ont encore besoin des premières notions, c’est le séjour assorti h leurs besoins, Mais il alla plus loin que ces merveilles. Au moyen de vestibules intérieurs encore plus nombreux, il ouvrit des passages vers le temple. Face aux rayons du soleil, il fit trois portes d’un seul côté ; il lui plut que celle du milieu dépassât de beaucoup les autres en hauteur et en largeur. Il la décora d’appliques d’airain réunies par des liaisons de fer, l’orna de ciselures variées en ronde bosse et, ainsi qu’à une reine, il établit les deux autres à ses côtés comme ses gardes. Ce fut ainsi de la même façon qu’aux portiques de l’un et l’autre des côtés de l’ensemble du temple il établit le nombre des vestibules. Il imagina d’y pratiquer par en haut, afin d’avoir une autre lumière plus abondante, diverses ouvertures du côté de la salle ; il les orna d’une façon variée par des travaux délicats en bois.

Quant à la salle de la basilique, il y employa des matériaux encore plus riches et précieux, et il fut dans les dépenses d’une libéralité sans réserve. Maintenant, il me semble inutile de décrire la longueur et la largeur de l’édifice, sa beauté éclatante, sa grandeur qui dépasse ce qu’on peut dire, de raconter dans ce discours l’aspect brillant des travaux, leur élévation qui atteint les cieux et les cèdres précieux du Liban qui reposent dans le haut. La divine parole elle-même n’a pas voulu en taire la mémoire : « Ils se réjouiront, dit-elle, les arbres du Seigneur et les cèdres du Liban qu’il a plantés ». Qu’est-il besoin maintenant de faire l’exacte description de l’ordonnance pleine de sagesse et d’art architectonique, de l’extrême beauté de chacune des parties ? le témoignage des yeux dispense de s’adresser aux oreilles. Après donc avoir ainsi achevé le temple il l’orna de trônes très élevés, pour l’honneur de ceux qui président, et en outre de bancs disposés avec ordre pour les gens du commun, comme il convient. Surtout il établit au milieu l’autel des saints mystères, et pour qu’il ne fût pas accessible à la foule, il l’environna d’une barrière en bois réticulé, qui vers le sommet était travaillée avec un art achevé et offrait aux regards un merveilleux spectacle. Le pavé ne fut pas non plus négligé par lui : il l’orna de marbre de toute beauté. Il songea aussi aux dépendances qui sont à l’extérieur du temple ; il fit bâtir avec art des exôdres et des salles très vastes de chaque côté. Ceux-ci se soudent au même endroit aux flancs de la basilique et s’unissent à elle par des passages situés au milieu de la maison. Les locaux utiles à ceux qui avaient encore besoin des purifications et des ablutions qui sont données par l’eau et l’Esprit Saint, notre Salomon très pacifique, après avoir édifié le temple, les fit construire, eux aussi, en sorte que la prophétie citée plus haut devînt non plus seulement une parole, mais une réalité.

Maintenant en effet, ainsi qu’il est vrai, « la gloire de cette maison est plus haute que celle de sa devancière ». Car il fallait et il était logique, après que son Pasteur et Maître eut une fois reçu la mort pour elle, après qu’il eut, à la suite de la Passion, rétabli dans l’éclat et la gloire le corps qu’il avait revêtu à cause de ses souillures à elle, après qu’il eut racheté la chair elle-même et qu’il l’eut conduite de la corruption à l’immortalité, il fallait que cette Église recueillît également les fruits des dispositions prises par le Sauveur. et parce qu’elle a reçu de lui la promesse de biens de beaucoup supérieurs à ceux-ci, elle aspire à obtenir largement et pour le siècle à venir, la gloire plus grande encore de la vie nouvelle dans la résurrection d’un corps immortel, avec le chœur des anges de lumière, . dans le palais de Dieu au delà des cieux, avec le Christ Jésus lui-même bienfaiteur universel et sauveur. Au reste, en attendant et pour le présent, celle qui était autrefois veuve et délaissée, maintenant, par la grâce de Dieu, est entourée de fleurs et devient vraiment comme un lis selon le dire de la prophétie ; puis, ayant repris la robe nuptiale et ceint la couronne d’honneur pour le chœur des danses, selon qu’Isaïe l’enseigne elle chante les actions de grâces au Roi Dieu en des paroles de bénédiction ; écoutons ce qu’elle dit : « Que mon âme soit en allégresse dans le Seigneur ; car il m’a revêtue du vêtement de salut et de la tunique de joie ; il a entoure ma tête d’une mitre comme on fait à un fiancé, et comme une fiancée, il m’a parée d’ornements. Ainsi qu’une terre qui fait croître sa fleur, ainsi qu’un jardin qui fait éclore ses semences, ainsi le Seigneur fait germer la justice et l’allégresse en présence des nations ». C’est en ces paroles qu’elle célèbre son transport. D’autre part c’est aussi en termes semblables que l’Époux, le Verbe céleste, Jésus-Christ lui-même, lui répond. Écoute ce que dit le Seigneur : « Ne crains point parce que lu as été couverte de mépris ; ne rougis point de ce que lu as été outragée. Ne le souviens plus de ce que tu as été remplie d’une honte séculaire ; oublie l’opprobre de la viduité. Ce n’est pas comme une femme délaissée et pusillanime que le Seigneur l’a appelée ; ce n’est pas non plus comme une femme haïe depuis sa jeunesse. Ton Dieu t’a dit : Je t’ai laissée pour un peu de temps et j’aurai pitié de loi dans ma grande miséricorde ; ce n’est pas avec une grande colère que j’ai détourné de toi mon visage et j’aurai pitié de toi dans une miséricorde éternelle, dit le Seigneur qui t’a délivrée. Lève-toi, lève-toi, ô toi qui as bu de la main du Seigneur le breuvage de sa colère ; carie breuvage de la pauvreté, le calice de ma colère lu l’as bu et tu l’as vidé. Et il ne s’est pas trouvé un consolateur pour toi parmi tous les enfants que tu as enfantés ; il n’y en a pas eu qui t’aient pris la main. Voici que je t’ai ôté des mains le breuvage de la pauvreté  et la coupe de ma colère, et tu ne continueras plus à la boire, et je la donnerai et la mettrai aux mains de ceux qui t’ont fait du mal et de ceux qui t’ont avilie.

Lève-toi, lève-toi, revêts ta force, revêts ta gloire, secoue la poussière, et debout. Assieds-toi, détache le lien de ton cou. Jette les yeux autour de toi et vois rassemblés tes enfants. Vois, ils ont été réunis et sont venus à toi. [Aussi vrai que] je vis, dit le Seigneur, lu en seras entourée comme d une parure, et tu t’en environneras comme d’un ornement d’épouse. Tes déserts, tes terres dévastées, celles qui sont maintenant ruinées seront trop étroites pour ceux qui habitent chez loi et lisseront chassés au loin, ceux qui te dévoraient. Ils te diront en effet à tes oreilles, tes fils que tu avais perdus : « Ce lieu m’est trop étroit, fais-moi une place « pour que j’y puisse habiter », et lu diras en ton cœur : « Qui m’a engendré ceux-ci, à moi qui suis « stérile et veuve ? qui me les a nourris à moi qui « étais seule et abandonnée ? d’où me viennent donc « ceux-ci ? » Isaïe prophétisait ces choses et elles étaient dès lapins haute antiquité, déposées dans les saints livres ; mais il fallait en quelque sorte que leur véracité fût apprise par des faits. Voilà en effet ce que le Verbe époux disait à son épouse la sainte et pure Église. Ainsi qu’il était juste, le paranymphe qui est ici, qui a dans vos communes prières à tous tendu vos mains, a relevé cette délaissée, qui gisait comme un cadavre sans espoir de la part des hommes ; il l’a ressuscitée par la volonté de Dieu, le roi souverain, par la manifestation de la puissance de Jésus-Christ, et l’ayant rendue à la vie, il l’a établie selon le plan que les saints oracles lui avaient appris.

Cela est une grande merveille et au-dessus de toute admiration, pour ceux surtout qui n’appliquent leur esprit qu’à la seule apparence des choses du dehors. Mais ce qui est plus digne d’étonner que ces prodiges ce sont les archétypes, les prototypes conçus par l’esprit, les modèles divins de ces choses, je veux, dire le renouvellement de l’édifice spirituel et vivant de Dieu dans les âmes. Le Fils de Dieu lui-même a l’ait l’âme à son image et il lui a donné partout et en tout la ressemblance avec Dieu, une nature impérissable, incorporelle, spirituelle, étrangère à toute matière terrestre, une essence douée par elle-même d’intelligence. Une fois qu’il l’eut fait sortir du néant pour l’établir dans l’être, il en a fait une sainte épouse et un temple absolument sacré pour lui et le Père. Au reste, lui-même l’avoue clairement et le déclare, lorsqu’il dit : « J’habiterai en eux et je marcherai parmi eux, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple ». Voilà ce que l’âme parfaite et purifiée était dès le commencement, étant donné qu’elle portait en elle l’image du Verbe céleste. Mais grâce à la jalousie et au zèle du démon méchant, elle est devenue, par libre choix, amie des sens et du mal. Privée de son chef divin, qui s’était retiré d’elle, elle fut facile à prendre aux embûches et confondue par ceux qui depuis longtemps lui portaient envie ; elle fut renversée par les machines et les engins des ennemis invisibles et des adversaires spirituels, et elle tomba d’une chute extraordinaire, à tel point que de sa vertu il ne restait pas debout pierre sur pierre ; elle était complètement gisante à terre, entièrement morte et tout à fait privée des connaissances naturelles concernant Dieu. Une fois tombée, celle qui avait été faite à l’image de Dieu fut ravagée, non par ce sanglier de la forêt que nous pouvons voir, mais par un funeste démon et des bêles sauvages appartenant au monde spirituel. Ils allumèrent eu elle des passions semblables aux traits enflammés de leur malice ; « ils incendièrent par le feu le sanctuaire réellement divin de Dieu et ils jetèrent par terre le tabernacle de son nom ». Puis ils enfouirent la malheureuse sous un grand amas de terre et la mirent dans une telle situation qu’il n’y avait aucun espoir de salut. Mais le Verbe son protecteur, l’éclat de Dieu et le Sauveur, après qu’elle eut enduré le juste châtiment de ses fautes à elle, la reçut à nouveau, obéissant à l’amour d’un Père très bon pour les hommes.

En premier lieu, il choisit d’abord l’âme des empereurs qui avaient le rang le plus élevé ; quant à tous les impies et pervers et aux tyrans eux-mêmes qui étaient cruels et ennemis de Dieu, il en purifia la  terre à l’aide de ceux qui étaient très religieux. Ensuite il lit paraître au jour les hommes qui étaient ses amis, qui lui avaient été consacrés autrefois pour la vie et qui se cachaient sous sa protection blottis comme dans une tempête de malheurs il les orna comme il convenait, des munificences du Père. Puis les âmes auparavant souillées et ensevelies sous les matériaux de toutes sortes et les décombres des ordonnances impies, il les fit sortir de ce qui les souillait et les en débarrassa avec des pics et des boyaux à deux pointes, c’est-à-dire avec les enseignements pénétrants de sa doctrine. Il rendit splendide et transparent le sol de notre intelligence à tous ; puis il confia le reste à ce chef tout à fait sage et ami de Dieu. Celui-ci, en homme judicieux et sagace, discerna d’ailleurs parfaitement et classa l’intelligence des âmes qui lui étaient échues, et, dès le premier jour pour ainsi dire comme jusqu’à maintenant, il n’a pas cessé de bâtir et d’employer en vous tous, tantôt l’or éclatant, tantôt l’argent éprouvé et brillant, ainsi que les pierres précieuses et de grand prix, si bien que par ses œuvres il accomplit en vous la prophétie mystique où il est dit : « Voici que je le prépare l’escarboucle pour ta pierre, et pour les fondements le saphir, et pour tes créneaux le jaspe, et pour les portes le cristal de roche, et pour ton enceinte les pierres choisies, et tous les fils seront enseignés de Dieu, et les enfants seront dans une grande paix et lu seras édifiée dans la justice ».

Oui, c’est bien selon la justice qu’il bâtit la maison, et c’est selon le mérite de tout le peuple qu’il divise les pouvoirs. Les uns, il les entoure d’une enceinte extérieure, il environne d’un rempart leur foi sans erreur. Il est nombreux et grand, le peuple qui n’est pas capable de supporter une autre édification. Aux autres, il confie les entrées de la maison et leur ordonne de veiller sur les portes et de guider ceux qui s’y introduisent ; c’est à bon droit que ceux-là sont regardés comme les propylées du temple. Quant à d’autres, il les a appuyés sur les premières colonnes du dehors qui règnent de quatre côtés autour de l’atrium ; il les a fait avancer dans les premières difficultés du texte des quatre Évangiles. Les autres, il les rattache de chaque côté de la salle de la basilique, ils sont encore catéchumènes et établis clans la période de croissance et de progrès, sans cependant être éloignés ni séparés pour longtemps de la vue des objets delà foi qui sont à l’intérieur. Parmi ceux-ci, il choisit les âmes pures, nettoyées comme l’or par un divin lavage, et ensuite il appuie les unes sur des colonnes beaucoup plus solides que celles du dehors, sur les doctrines mystiques les plus intérieures de l’Écriture ; les autres, il les fait éclairer par des ouvertures destinées à la lumière. Il orne le temple entier du seul vestibule très grand de la glorification du Dieu souverain et unique, et présente, de chaque côté du pouvoir suprême du Père, les clartés secondaires de la lumière du Christ et du Saint-Esprit. Pour le reste, dans toute la salle, il fait voir sans rien ménager et d’une façon très remarquable la clarté et l’éclat de la vérité, dans son détail. Partout et de tous côtés, après avoir choisi les pierres vivantes, fortes et résistantes des âmes, il les emploie toutes à bâtir l’édifice grand et royal, brillant, plein de lumière au dedans comme au dehors, et alors non seulement l’âme, mais le corps aussi resplendit en eux de la beauté multiple et nuancée de la pureté et de la modestie. Il ya encore dans ce sanctuaire des trônes, ainsi qu’une foule de bancs et d’escabeaux, ce sont dans ces âmes nombreuses sur lesquelles ils reposent, les dons de l’Esprit divin, comme ceux qu’on vit autrefois dans les compagnons des apôtres, sur qui paraissaient se diviser des langues semblables à du feu et qui s’arrêtaient sur chacun d’eux. Mais dans le chef de tous, ainsi qu’il est juste, repose le Christ entier, tandis que dans ceux qui sont après lui, au second rang, il ne se tient que proportionnellement selon la capacité de chacun par les divisions de sa puissance et du Saint-Esprit. Les sièges des anges aussi sont peut-être les âmes de certains qui sont donnés à chacun pour son éducation et sa garde. . Le vénérable, le grand, l’unique autel quel est-il ? sinon le saint des saints très pur de l’âme du prêtre [commun à tous. Devant lui se tient à droite le grand Pontife de l’univers lui-même, Jésus, le seul engendré de Dieu ; par lui. l’encens de bonne odeur entre tous et les sacrifices non sanglants et immatériels qui s’offrent par les prières sont reçus avec un visage joyeux et des mains tendues, et envoyés au Père du ciel et Dieu de l’univers ; lui-même l’adore le premier, et seul il départit au Père l’honneur qui est selon sa dignité, puis il lui demande de nous demeurer à tous toujours bienveillant et favorable.

Ce vaste temple que le Verbe, le grand démiurge de l’univers, se constitue dans toute la terre habitée sous le soleil, et qui forme sur la terre cette image spirituelle des voûtes célestes d’au-delà, est tel qu’en lui, par toute la création, le Père des êtres vivants et intelligents de la terre est honoré et révéré. Mais quant au pays supracéleste, aux exemplaires qui sont là des choses d’ici-bas et à ce qu’on appelle la Jérusalem d’en haut et à la montagne de Sion, la ville céleste, au-dessus du monde, qui est la ville du Dieu vivant, dans laquelle des milliers d’assemblées joyeuses d’anges, une église de premiers-nés, inscrits dans les cieux, célèbrent dans des discours divins, inévitables et inaccessibles à la raison, leur auteur et le Souverain de l’univers, aucun mortel n’est capable de le chanter, « parce que l’œil n’a pas vu, ni l’oreille entendu et il n’est pas entré clans le cœur de l’homme ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment ». Ayant donc été jugés clignes de participer à ces choses, hommes, enfants et femmes, petits et grands, tous en masse, dans un seul esprit et une seule âme, ne laissons pas de confesser et de bénir l’auteur de si grands biens pour nous, « celui qui est tout à fait propice à toutes nos iniquités, celui qui guérit toutes nos maladies, celui qui délivre notre vie de la corruption, qui nous couronne dans la miséricorde et la pitié, qui remplit de bien notre désir, parce qu’il n’a pas agi envers nous selon nos fautes et ne nous a pas rendu le prix de nos iniquités, parce que, autant le levant est éloigné du couchant, il a éloigné de nous les iniquités ; comme un père a pitié de ses fils, le Seigneur a eu pitié de ceux qui le craignent ». Ranimons la mémoire de ces choses maintenant et pour tous les âges à venir. Mais quant à l’auteur et chef de l’assemblée présente, de cette journée brillante et si éclatante, revoyons-le en esprit la nuit et le jour, à toute heure et pour ainsi dire chaque fois que nous respirons ; aimons-le et révérons-le de toute la force de l’âme, et maintenant encore levons-nous, prions-le avec des accents pénétrés, afin qu’il nous garde dans son bercail jusqu’à la fin et qu’il nous sauve, afin qu’il nous fasse atteindre le but de sa paix infrangible, inébranlable, éternelle, dans le Christ Jésus, notre Sauveur, par lequel est à Dieu la gloire dans tous les siècles des siècles. Amen.

Chapitre V

Copie des constitutions impériales concernant les chrétiens

Maintenant présentons les ordonnances impériales de Constantin et de Licinius traduites de la langue latine.

Copie des ordonnances impériales traduites de la langue latine.

Depuis longtemps déjà considérant que la liberté de la religion ne doit pas être refusée, mais qu’il faut donner à la raison et à la volonté de tout un chacun le pouvoir de traiter les choses divines selon sa préférence, nous avions ordonné aussi aux chrétiens de garder la foi de leur secte et de leur religion. Mais parce que de nombreuses et diverses conditions paraissaient clairement cire ajoutées dans ce rescrit, où une telle liberté était concédée aux mêmes, il est peut-être arrivé que certains d’entre eux ont peu après renoncé à cette observance, Alors que moi, Constantin Auguste, et moi, Licinius Auguste, nous sommes heureusement venus à Milan et avons recherché tout ce qui importait à l’utilité et à l’avantage public, entre les autres choses qui nous paraissaient utiles à beaucoup d’égards à tout le monde, nous avons décidé de placer de préférence, en premier lieu, ce qui concerne le respect et l’honneur de la divinité, c’est-à-dire de donner à la fois aux chrétiens et à tous le libre choix de suivre la religion qu’ils voudraient, en sorte que ce qu’il peut y avoir de divinité et d’être céleste nous puisse être bienveillant ainsi qu’à tous ceux qui vivent sous notre autorité. Ce jour-là donc nous avons décidé dans un dessein salutaire et très droit que notre volonté est qu’il ne soit refusé absolument à personne la faculté de suivre et de choisir l’observance ou religion des chrétiens et qu’à chacun soit accordé le droit d’attacher son cœur à cette religion qu’il croit lui convenir, en sorte que la divinité puisse nous donner en tout son soin affectueux et sa bienveillance. Ainsi, il était logique qu’il nous plût de donner ce rescrit, afin qu’après la suppression complète des conditions qui se trouvaient dans nos écrits antérieurs envoyés à ta Dévotion concernant les chrétiens, ce qui paraissait tout à fait de travers et étranger à notre mansuétude fût aboli et en même temps que maintenant, librement et simplement, chacun de ceux qui ont eu ladite détermination de garder la religion des chrétiens la garde sans être troublé. Nous ayons décidé de le signifier avec la plus grande plénitude à la Sollicitude, afin que tu saches que nous donnons une faculté libre et sans entrave auxdits chrétiens de pratiquer leur religion. Puisque ta Dévotion voit que nous leur accordons cela d’une façon absolue, elle comprend qu’aux autres aussi qui le veulent, est accordée la faculté de suivre leur observance et culte, comme il est évident qu’il convient à la tranquillité de nos temps, en sorte que chacun a le droit de choix et de pratique à sa volonté. Gela est établi par nous afin qu’il ne paraisse pas que nous restreignions pour personne ce qui est honneur ou religion.

En outre, au regard des chrétiens, nous ordonnons aussi, pour leurs locaux, où ils avaient coutume de s’assembler auparavant et au sujet desquels, dans les écrits précédemment adressés à ta Dévotion, une autre règle avait été jadis déterminée, si des gens les ont achetés de notre fisc ou de quelque autre, qu’ils les restituent à ces dits chrétiens sans argent ni répétition du prix, et que toute négligence et équivoque soit mise de côté ; et si certains ont reçu lesdits locaux en présent, qu’ils les rendent au plus tôt auxdits chrétiens. Par suite, si les acquéreurs de ces locaux, ou ceux à qui ils auraient été donnés en présent, demandent quelque chose de notre bienveillance, qu’ils aillent au tribunal du magistral local, afin que par notre générosité il soit pourvu à ce qui les concerne. Tout cela intégralement devra être remisa la corporation des chrétiens par tes soins et sans retard. Et comme lesdits chrétiens sont connus pour avoir possédé non seulement les locaux dans lesquels ils avaient coutume de s’assembler, mais d’autres encore leur appartenant, non pas à chacun d’eux, mais au domaine de leur corporation, c’est-à-dire de la corporation des chrétiens, tu ordonneras que tout cela, selon la loi exprimée plus haut, sans débat d’aucune sorte, soit restitué à ces mêmes chrétiens, c’est-à-dire à leur corporation et assemblée, la disposition énoncée plus haut étant observée sans aucune hésitation en sorte que ceux qui les restitueront sans en recevoir le prix, selon qu’il est dit auparavant, puissent, espérer de notre générosité l’indemnité qui les concerne. En tout cela, tu dois apporter à la susdite corporation des chrétiens le zèle le plus efficace, afin que notre ordonnance soit accomplie le plus rapidement possible, afin qu’aussi en cette affaire il soit pourvu par notre bonté à la tranquillité commune et publique. Par cette disposition, en effet, comme il a été dit, la bonté divine envers nous, que nous avons déjà éprouvée en beaucoup de circonstances, demeurera ferme en tout temps. Mais afin que la teneur de notre loi et désoler générosité puisse être portée à la connaissance de tous, il est logique que ce qui a été écrit par nous, affiché par ton ordre, soit publié partout et vienne à être su par tous, en sorte que personne ne puisse ignorer la loi de notre générosité.

Copie d’une autre ordonnance impériale qu’il fil de nouveau prescrivant de faire la donation à la seule Église catholique.

Salut, Anulinus, très cher à nous. C’est la forme de notre amour du bien, de vouloir que ce qui appartient à un domaine étranger, non seulement ne soit pas troublé, mais encore lui soit restitué, très cher Anulinus. C’est pourquoi nous ordonnons, lorsque cet écrit arrivera, si quelqu’une des choses ayant appartenu à l’Église catholique des chrétiens dans chaque ville ou autre lieu est actuellement retenue par des citoyens ou autres, que tu la fasses restituer sur-le-champ aux mêmes églises. Car nous avons décidé que ce qu’avaient possédé lesdites églises antérieurement soit restitué à leur domaine. Puisque ta Dévotion voit que l’ordre de notre commandement est très clair, empresse-toi pour que jardins, maisons ou quoi que ce soit qui appartenait au domaine desdites églises, leur soit rendu complètement au plus tôt, afin que nous apprenions que tu as apporté à notre ordonnance l’obéissance la plus empressée. Porte-loi bien, Anulinus, notre très cher et très aimé.

Copie de la lettre impériale par laquelle il ordonne qu’on fasse une assemblée d’évêques à Rome pour l’union et la concorde des églises.

Constantin Auguste à Miltiade, évoque des Romains, et à Marc. Comme d’importants écrits m’ont été envoyés en assez grand nombre par Anulinus, le clarissime proconsul d’Afrique, dans lesquels il est rapporté que Caecilianus, l’évêque de la ville de Carthage, est censuré en beaucoup de choses par certains de ses collègues établis en Afrique, et qu’il me paraît tout à fait pénible que, dans ces provinces que la divine Providence a de son plein gré confiées à ma Dévotion et où il y a un peuple nombreux, il se trouve du trouble pour un sujet de fort peu d’importance, si bien qu’il y aurait deux partis et des différends entre évêques, il m’a paru bon que Caecilianus lui-même, avec dix évêques de ceux qui le blâment et dix autres qu’il croira utiles à sa cause, s’embarquent pour Rome, afin qu’en présence de vous, comme aussi de Réticius, Maternus et Marin, vos collègues, à qui j’ai ordonné de venir en hâte à Rome, il puisse être entendu,, comme vous savez qu’il est conforme à la très auguste loi. Afin du reste que de toutes ces choses vous puissiez avoir la plus entière connaissance, joignant à ma lettre les copies des écrits que m’a fait parvenir Anulinus, je les ai envoyées à vos collègues susdits. Après les avoir lues, votre Fermeté jugera de quelle façon il faut trancher pour le mieux la susdite cause et la terminer selon le droit. En ce temps il n’échappe pas à votre sollicitude que je porte un tel respect à l’Église catholique légitimement établie que je ne veux pas que vous laissiez aucun schisme public ni dissension en aucun lieu. Que la divinité du grand Dieu vous garde, très cher, de longues années.

Copie de la lettre impériale par laquelle il ordonne de tenir une seconde assemblée pour faire disparaître toute discussion entre évêques.

Constantin Auguste à Chrestus, évoque des Syracusains. Déjà antérieurement lorsque certains commencèrent à se diviser d’une façon méchante et perverse au sujet de la sainte religion, de la puissance céleste et de la secte catholique, voulant couper court à leurs querelles, j’ai établi qu’en présence de l’évêque de Home, certains évêques seraient envoyés de la Gaule, comme aussi seraient appelés d’Afrique ceux qui en des partis contraires étaient acharnés les uns contre les autres, obstinément et persévéramment, afin qu’il fût possible d’obtenir en leur présence, avec la rectitude parfaite d’un discernement soigneux, ce qu’il paraissait bon de provoquer. Mais parce que certains, comme il arrive, ont oublié leur propre salut et le respect dû à la secte très sainte et ne cessent de prolonger leurs inimitiés personnelles, ne voulant pas se soumettre au jugement déjà porté et définissant que certains seulement en petit nombre ont exprimé leur opinion et leur avis, ou encore que, sans avoir auparavant examiné avec soin tout ce qu’il fallait chercher, ils se sont hâtés de prononcer le jugement d’une façon tout à fait prompte et rapide, et comme de tout cela il résulte ceci, que ceux qui devraient avoir une concorde fraternelle et unanime, sont divisés entre eux d’une façon lamentable et plutôt infâme et donnent aux hommes dont les âmes ont été étran-ères à la très sainte religion un prétexte à moquerie, il s’ensuit que j’ai à pourvoir à ce que ce qui aurait dû cesser, une fois le jugement porté, puisse aujourd’hui prendre fin lorsque beaucoup seront présents. Aussi bien, nous avons dès lors ordonné à un grand nombre d’évêques, de contrées diverses et multiples, qu’ils s’assemblassent dans la ville d’Arles aux calendes d’Août (314), et nous avons jugé bon de l’écrire de prendre, chez le clarissime Latronianus, correcteur de Sicile, la poste impériale, après t’être adjoint deux membres du second rang que tu jugeras bon de choisir, comme aussi trois domestiques qui puissent vous servir pendant la route, pour que lu le trouves le jour dit au lieu indiqué plus haut. Ceci afin que par la Fermeté, comme du reste par l’union consciente d’âme et d’esprit de ceux qui seront assemblés, ce qui a duré jusqu’ici d’une façon fâcheuse grâce à des rivalités mauvaises, tout ce qui doit être dit étant entendu par ceux qui sont actuellement divisés entre eux et à qui nous avons pareillement ordonné de se rendre là, puisse être rappelé peu à peu à la religion et à la foi qu’il faut et à l’union fraternelle. Que Dieu tout-puissant le garde en santé de nombreuses années.

Chapitre VI

Exemplaire de la lettre de l’empereur par laquelle des richesses sont données aux églises

Constantin Auguste à Caecilianus, évêque de Carthage. Comme il a plu dans toutes les provinces, dans les Afriques, les Numidies et les Maurétanies, de fournir quelque chose pour leurs dépenses à certains serviteurs désignés de la religion catholique légitimement établie et très sainte, j’ai donné des lettres au perfectissime Ursus, rationalis d’Afrique, et je lui ai indiqué qu’il ait soin de compter à la Fermeté trois mille bourses. Alors loi, lorsque tu auras fait prendre livraison de ladite somme d’argent, tu ordonneras de la donner à tous ceux qui sont préalablement inscrits dans !e bref qu’Hosius t’a envoyé. Si tu apprends qu’il manque quelque chose pour accomplir en cela mon dessein envers tous ceux-là, tu dois demander à Héraclide, le procurateur de nos biens, ce que tu sauras d’une façon positive être nécessaire ; j’ai en effet ordonné en sa présence que si la Fermeté lui demande de l’argent, il ait soin de le compter sans hésitation.

Et comme j’ai appris que certaines gens, dont l’esprit n’est pas consistant, veulent amener le peuple de l’Église très sainte et catholique à une doctrine très falsifiée et mauvaise, sache que j’ai donné de tels ordres au proconsul Anulinus comme aussi à Falricius, vicaire des préfets, qu’ils auront en Ire toutes autres choses, un soin convenable de ceci surtout, et qu’ils ne cesseront de .veiller sur ce qui se fait de pareil. C’est pourquoi, si lu vois de telles gens persévérer dans cette  folie, sans hésitation aucune, va aux juges susdits et saisis-les de cela, afin qu’ils traitent ces gens comme je leur ai ordonné oralement, Que la divinité du grand Dieu te garde de longues années.

Chapitre VII

Exemplaire de la lettre de l’Empereur par laquelle il ordonne que les chefs des églises soient exempts de toute charge publique

À notre très cher Anulinus, salut.

Comme il paraît dans la plupart des circonstances, que le mépris de la religion dans laquelle est gardé le suprême respect de la majesté très sainte et céleste, cause de grands dangers aux affaires publiques, tandis que, si on la reçoit et l’observe conformément aux lois, elle procure une grande félicité au nom romain et un bonheur extraordinaire à toutes les entreprises des hommes, par l’effet des bonnes actions accomplies pour la divinité, il a semblé bon que ceux qui, parla sainteté qui leur est un devoir et par l’assiduité à cette loi, consacrent leurs soins personnels au service du culte divin, obtiennent les récompenses des leurs propres travaux, très cher Anulinus. C’est pourquoi je veux que, dans la province qui t’est confiée, ceux qui exercent, dans l’Église catholique à laquelle préside Caecilianus, des fonctions personnelles en vue de ce culte saint, et qu’on a coutume d’appeler clercs, soient gardés une fois pour toutes exempts de toutes charges publiques, afin qu’ils ne soient pas distraits par un errement ou abus sacrilège du service dû à la divinité, mais que sans trouble ils obéissent à leurs lois. S’ils rendent un très grand culte à Dieu, il semble qu’il en découlera un très grand avantage pour les affaires publiques. Porte-toi bien, Anulinus, qui nous es très cher et très aimé.

Chapitre V [VIII]

De la persversité subséquente de Licimus et de sa fin tragique

Tels furent donc les présents dont nous favorisait la divine et céleste grâce de la manifestation de notre Sauveur ; telle aussi était l’abondance des biens qui étaient procurés à tous les hommes par notre paix ; et c’était ainsi que nos affaires prospéraient dans la joie et les réunions de fête. Mais l’envie haineuse du bien et le démon ami du mal ne pouvaient supporter la vue de ce spectacle ; ainsi même pour Licinius ce ne fut pas une leçon suffisante de prudence que ce qui était arrivé aux tyrans cités plus haut. Lui qui avait été jugé digne de posséder le pouvoir en pleine prospérité, d’avoir l’honneur du second rang après le grand empereur Constantin, ainsi que d’un mariage et de la plus haute alliance de famille, il. abandonna l’imitation des bons et se porta avec zèle à la perversité vicieuse des tyrans impies ; lui qui avait vu de ses yeux la lin de leur vie, il choisit de suivre leur sentiment, plutôt que de demeurer fidèle à l’amitié et à l’affection de celui qui était meilleur. Pénétré d’envie contre son bienfaiteur suprême, il lui fit une guerre criminelle et tout à fait indigne, sans respect poulies lois de la nature, ne gardant souvenir en son âme ni des serments, ni du sang, ni des traités. À lui, en effet, l’empereur excellent avait donné des preuves d’une véritable bienveillance. Il n’avait pas refusé d’entrer dans sa famille et lui avait accordé une union brillante, la main d’une sœur. Bien plus, il l’avait jugé digne de le faire participer à la noblesse de ses pères et au sang impérial qu’il tenait de ses aïeux ; il lui avait donné de jouir du pouvoir souverain comme à un parent et à un associé du trône impérial ; il lui avait fait la grâce décommander et de gouverner une partie, et non la moindre, des peuples soumis aux Romains. Lui, au contraire, tenait une conduite opposée. Chaque jour il ourdissait des machinations contre l’excellent prince ; il inventait toutes sortes d’embûches comme s’il eût voulu payer avec des maux son bienfaiteur. Tout d’abord, en effet, il essayait de cacher son jeu. Il faisait semblant d’être son ami ; s’appliquant à la ruse et à la fourberie la plupart du temps, il espérait pouvoir atteindre facilement son but. Mais, pour Constantin, Dieu était un ami et un vigilant gardien ; pour lui, il fit paraître à la lumière les complots machinés dans le secret et dans l’ombre, et il les confondit. Tant vaut la grande arme de la religion pour la protection contre les ennemis et la conservation du salut personnel ; protégé par elle, notre empereur très cher à Dieu échappa aux desseins de ce fourbe au nom odieux. Celui-ci voyant que ses machinations cachées ne lui réussissaient pas à son -ré, parce que Dieu rendait toute ruse et méchanceté manifestes au pieux empereur, n’étant plus au reste capable de dissimuler, il se résolut à une lutte ouverte. En même temps qu’il déclarait la guerre à Constantin, il se préparait déjà à la faire au Dieu de l’univers qu’il savait honoré parce prince. Il se mit à combattre les chrétiens ses sujets dont les dispositions n’avaient jamais causé absolument rien de fâcheux à son pouvoir. Il le fit d’abord sournoisement et lentement. Il agissait ainsi poussé par sa méchanceté native à une terrible erreur. Il ne mettait pas en effet devant ses regards le souvenir de ceux qui avaient avant lui persécuté les chrétiens, non plus que de ceux dont il avait été lui-même le destructeur et dont il avait vengé les impiétés auxquelles ils s’étaient laissés aller. Mais il s’écartait de la sage raison et tournait ouvertement son esprit à la folie ; il se décidait à faire la guerre à Dieu lui-même, comme au protecteur de Constantin, au lieu delà faire au protégé.

D’abord, il chasse tout chrétien de sa maison. Il se prive lui-même, le malheureux, de la prière qu’ils adressaient pour lui à Dieu ; ce leur est, en effet, un enseignement des ancêtres de prier pour tous. Ensuite, il ordonne que dans chaque ville les soldats soient mis à part, et chassés de leur grade, s’ils refusent de sacrifier aux démons. Et encore cela était jugé peu de chose en comparaison de mesures plus graves. Faut-il rappeler en détail chacun des actes de celui qui haïssait Dieu ? Comment cet homme hors la loi inventa des lois illégales ? Il légiféra que les malheureux qui souffraient dans les prisons ne seraient pas soulagés et ne recevraient de nourriture de personne ; que ceux qui étaient dans les chaînes, rongés par la faim, ne seraient pas l’objet de la pitié ; que personne ne serait bon simplement ; que ceux qui par nature étaient attirés à compatir au prochain ne feraient plus aucun bien. Et parmi ses lois, celle-ci était tout à fait odieuse et impitoyable, et contrecarrant toute nature civilisée ; elle établissait comme châtiment pour ceux qui avaient eu pitié, qu’ils souffriraient la même peine que ceux dont ils avaient eu pitié, qu’ils seraient enchaînés et enfermés en prison ; ceux qui avaient exercé la philanthropie étaient soumis à la même peine que ceux qu’ils avaient secourus dans leur malheur. Telles étaient les ordonnances de Licinius. Faut-il compter les nouveautés au sujet des noces ou les innovations qu’il fil concernant ceux qui quittent la vie ? Il osait ainsi abroger les antiques lois romaines, si bien et si sagement établies ; à la place il en introduisait de barbares et de féroces, lois vraiment illégales et hors la loi. Il inventait des milliers de sujets d’accusation contre le peuple soumis à sa puissance, toutes sortes d’exigences d’or et d’argent, de nouveaux arpentages de la terre, et contre les hommes qui n’étaient plus aux champs, mais qui étaient morts depuis longtemps, de profitables amendes. Combien en outre ce prince haineux pour les hommes n’imaginait-il pas de bannissements contre des gens qui n’avaient rien fait de mal ? Combien d’arrestations de personnages nobles et honorables, dont il faisait divorcer les épouses légitimes, afin de les donner à ses familiers pervers pour les outrager honteusement ? À combien de femmes mariées et de jeunes vierges ce vieillard décrépit n’insultait-il pas, pour satisfaire la convoitise désordonnée de son âme ? Mais pourquoi prolonger cette énumération ? L’excès de ses derniers actes prouve que ses premiers crimes étaient peu de chose et n’étaient rien.

À la fin, sa folie l’amena contre les évêques ; il les jugeait alors, en tant que serviteurs du Dieu souverain, comme les adversaires de ce qu’il faisait ; il leur dressait des embûches, non pas au grand jour, par crainte du prince supérieur, mais en cachette et d’une façon perfide ; il faisait périr par artifice les plus en renom de ces chefs. Le genre de mort qu’on employait contre eux était étrange, et jamais jusque-là on n’en avait entendu parler. Ce qui fut réalisé à Amasie et dans les autres villes du Pont, dépasse tout excès de cruauté. Là, parmi les églises de Dieu, les unes étaient de nouveau détruites de fond en comble, les autres étaient fermées, pour que personne de ceux qui en avaient coutume ne pût entrer pour une assemblée ni donner à Dieu les honneurs qui lui sont dus. Il ne pensait pas, en effet, qu’on fît les prières pour lui ; il imaginait cela dans sa mauvaise conscience. Il se persuadait qu’au contraire, c’était pour l’empereur ami de la religion, que nous faisions tout et que nous adressions à Dieu nos supplications. C’est pourquoi il commença à lancer contre nous sa colère. Alors parmi les gouverneurs, ceux qui étaient courtisans, persuadés qu’il, faisaient plaisir à ce scélérat, accablaient certains évoques des châtiments en usage pour les criminels. Ils étaient arrêtés et punis sans prétexte, comme on l’aurait fait pour des assassins, eux qui étaient innocents. Quelques-uns enduraient alors un tout nouveau genre de mort. Avec le glaive on dépeçait leur corps en un grand nombre de morceaux, et après ce spectacle barbare et qui fait frissonner, ils étaient jetés dans les profondeurs de la mer, comme nourriture aux poissons.

Alors recommença la fuite des hommes religieux, et de nouveau les campagnes, ainsi que les bois déserts cl les montagnes, reçurent les serviteurs du Christ. Comme cela s’accordait avec la manière de voir de l’impie, celui-ci au demeurant se mil en tête d’exciter une persécution générale. Ce sentiment prévalait en son esprit, et il n’y avait aucun obstacle à ce qu’il passât à l’action, si, très rapidement, Dieu, le défenseur dos âmes ses serviteurs, n’avait prévu ce qui allait arriver. Comme dans une obscurité épaisse et une nuit très ténébreuse paraît subitement un grand flambeau qui devient le salut de tous, ainsi, de son bras puissant, il conduisit son serviteur Constantin vers ces contrées ainsi affligées.

Chapitre VI [IX]

De la victoire de Constantin et de ce qui arriva grâce à lui aux sujets de l’empire romain

C’est à lui que du haut du ciel, comme un fruit digne de sa religion, Dieu donna les trophées de la .victoire contre les impies. Le coupable, ainsi que tous ses conseillers et amis, furent jetés tête baissée aux pieds de Constantin. Comme Licinius avait poussé les choses contre lui jusqu’à l’excès de la folie, l’empereur ami de Dieu conclut qu’il ne pouvait plus être toléré. Il concerte un sage projet, mêlant aux sentiments d’humanité la manière forte de la justice. Il décide de secourir ceux que le tyran rendait malheureux, et il commence par sauver la grande partie du genre humain en se débarrassant de fléaux peu nombreux. Il n’avait usé que de bienveillance jusque-là et avait eu pitié de cet homme qui ne méritait pas la compassion. Or cela ne profitait en rien à ce dernier ; il ne s’affranchissait point de sa malice et il laissait plutôt croître sa rage contre les peuples qui lui étaient soumis. D’autre pari, pour ceux qui étaient maltraités il ne restait plus aucune espérance de salut ; ils étaient tyrannisés par une bête terrible. Aussi bien, unissant son amour du bien à sa haine pour le mal, celui qui était le secours des gens de bien, s’avance avec son fils Crispus, l’empereur très bienveillant, et il tend un bras sauveur à tous ceux qui périssaient. Puis, comme s’ils avaient Dieu, le roi souverain, et son Fils, le Sauveur, comme guides et comme alliés, le père et le fils divisent leur armée, en forment un cercle contre les ennemis et remportent une victoire aisée. Tous leurs projets leur étaient facilités à souhait par Dieu. Alors en un clin d’œil et plus rapidement qu’on ne peut le dire, ceux qui, hier et auparavant, respiraient mortel menace, n’étaient plus, et jusqu’à leur nom, tout d’eux était oublié. Leurs images et leurs titres recevaient le déshonneur mérité ; ce que Licinius avait, de ses yeux, vu souffrir aux tyrans impies d’autrefois, il l’endurait pareillement lui-même, parce qu’il n’avait pas profité de la leçon et n’avait pas été assagi par les corrections infligées à ses voisins. Ayant pris le même chemin de l’impiété qu’eux il fut, comme eux, conduit justement au même précipice. Tandis que celui-ci gisait frappé de cette manière, celui qui se distinguait par la plénitude de la vertu de religion,’ le très grand vainqueur Constantin, ainsi que son fils, Crispus, l’empereur très aimé de Dieu et en tout semblable à son père, reprirent l’Orient, qui était pour eux un bien de famille, et rétablirent dans son unité l’ancien empire des Romains. Depuis le soleil levant toute la terre entière, dans les deux directions du nord comme aussi du midi, jusqu’aux centres les plus reculés du couchant, fut amenée sous la paix de ces princes. Elle était donc enlevée aux hommes, toute crainte de ceux qui les foulaient aux pieds. On célébrait de brillants jours de fête et d’assemblées, tout était plein de lumière, et c’était avec des visages souriants et des regards joyeux que se rencontraient ceux qui naguère baissaient les yeux. Pour eux, les danses et les chants, dans les villes comme dans les campagnes, honoraient le Dieu roi souverain avant tous les autres (car telles étaient leurs traditions), et ensuite le pieux empereur avec ses enfants aimés de Dieu. C’était l’oubli des maux anciens et l’abolition de tout souvenir d’impiété, la jouissance des biens présents et l’attente de ceux qui devaient venir encore. On déployait donc en tous lieux les ordonnances de l’empereur victorieux, qui étaient remplies de bienveillance, et les lois qui . contenaient des preuves d’une religion bienfaisante et véritable. Ainsi toute tyrannie était exterminée, et l’empire qui leur appartenait était conservé avec sécurité et sans exciter l’envie, au seul Constantin et à ses seuls enfants. Entre tous ceux d’auparavant, ceux-ci avaient fait disparaître la haine du siècle contre Dieu. Aussi, parmi les biens que Dieu leur avait sagement impartis, ils montrèrent leur amour de la vertu et leur amour de Dieu, leur piété et leur reconnaissance envers la divinité, par ce qu’ils laissaient ouvertement voir à tous les hommes.

Notes

i, 1. Voyez. Ia n. précédente. - 2. Paulin, alors évoque de Tyr, succéda dans la suite à Philogonius sur le siège d’Antioche, et mourut six mois plus tard ; il fut remplacé par Eustathe. Il sympathisait avec Arius. Eusèbe fait encore son éloge dans le Contre Marcellum, I, iv. Voy. aussi Philostorge, III, xv, et Theodoret, 1, ν. Il mourut avant le concile de Nicée, où figurèrent Eustathe d’Antioche et Zenon de Tyr. — 8. θιάσου : Eusèhe transfère aux chrétiens le nom des associations religieuses (spécialement dionysiaques, des Grecs. Cf. I, iii, 12 et 19 (θιοσώταις). - μετουσία; : l’édit de Constantin et de Licinius assurait Ia liberté de toutes les croyances.

ii, 2. βασιλεῖς οἱ ἀνωτάτω. Voy. ci-dessous, iv, 10.

iv, I. Le discours est certainement l’œuvre d’Eusèbe, qui venait de recevoir l’épiscopat. On assigne souvent la date de :315 à ce discours. M. Harnack (Chronologie, II, 108) le met en 311 et refuse d’aller au delà de 313, à cause de sa place dans l’ouvrage. Mais M, Schwaitz remarque avec raison que la construction de la basilique n’a pu commencer avant la défaite de Maximin, soit à la fin de 313, et a dû exiger plusieurs années. Les événements de 314, qui menacèrent d’amener une guerre entre Licinius et Constantin, ont pu la relarder. La dédicace n’a pas dû être possible avant 316 ou 317. Elle est antérieure à la fin de 319, au moment où Licinius prend de nouvelles mesures contre les chrétiens. Dans ce discours, Eusèbe l’unit à Constantin dans la même expression respectueuse, oἱ ἀνωτατω βασιλεῖς (16 et 60), comme plus haut (ii, 2) ; ces formules ont échappé à la revision définitive qui a condamné la mémoire de Licinius (voyez SHWARTZ, p. 1). La première phrase s’adresse au clergé en général. La tunique, la couronne et le reste doivent s’entendre symboliquement, non au sens propre, par suite d’une application figurative du costume des prêtres de l’ancienne loi décrit dans le Lévitique. —. . Ceci concerne l’assemblée. . ὁ καθεῖς : sur cette expression du N. T. et de la langue vulgaire, voy. la n. de HEINICHEN, BLASS, Grammatik des neutestamentlichen Griechisch, § 51, 5 ; J. H. MOULTON, Einleitung in die.Sprache des neuen Testaments, Heidelberg, 1911, p. 170. — . δεύτερον αἴτιον. Ce propos subordination est vivement relevé par les scoliastes dans À (Mazarinaeus de Valois) et Β. N. gr. 1434 (Medicaeus, voy. Schwartz, p. xxxvii). La note de À cherche à mettre en contradiction les paroles d’Eusèbe avec ses actes (sa signature au concile de Nicée). Même préoccupation d’établir la mauvaise loi de l’hétérodoxe dans l’annotation de Théodoret (par ex. THEOD., V, xi, 8 ; vov. Bulletin d’ancienne littérature et d’archéologie chrétiennes, II 1912, p. 68). Sur le Christ considéré comme médecin, vov. Harnack. Medizinisches aus der ältesten Kirchengeschichte, Leipzig, 1892 (T. u.U., VIII) ; In., Die Mission und Ausbreitung, 2e éd., Leipzig ; 1900, t. I, p. 94 suiv. . Le comble de gloire est atteint après avoir traversé le ciel entier. Cette phrase est une allusion à la doctrine astrologique de l’ascension de l’âme. Voy. Rev. de philologie, t. XXXVI (1912), p. 201. — τοὺς πάντων ἀνωτάτω βασιλέας: désigne ici très claire ment les plus anciens Augustes, Constantin (proclamé le 213 juillet 306) el Licinius (11 nov. 307). Maximin Daïa n’a pas été Auguste avant le commencement de 308, et Maxence s’est proclamé lui-même Auguste le 19 ou le 20 avril 308. L’expression n’est employée par Eusèbe que pour Constantin et Licinius, ii, 2; ci-dessous, 60. Elle a échappé à la revision dernière qui a condamné le souvenir de Licinius. Dans le De martyribus, iii, 5, τοῦ πάντων ἀνωτάτω (βασίλεως) désigne Dioclétien. - Cf. toute cette partie avec Panég. de Constantin, x, xvi-xvii ; Théoph., III, 63, 4-9, 30, 32. . τοῦ βίου. Dans Eusèhe, βίος a fréquemment le sens de « monde ». Voy. l’index de Schwartz, Uebersichten, p. 165. — . Cf. Vie de Const., III, xxvi.— . Cf., pour les leçons particulières de ces textes bibliques, Ecl. proph,, 103, 11, 10-18; Dém.év., VI, 21, I ; IX, 6, 2 ; XIII, 1. suiv. Description célèbre, discutée par les archéologues. Voy. ΒINGHAM, Antiq. chr., VIII, m ; KHAUS, art. Basilika, dans Real-Encycl.der chr. Altertümer, I, Fribourg, 1881); HAUCK, art. Kirchenbau dans Real-Encycl. fur protest. Theologie, t. X (Leipzig, 1901), surtout p. 782; R. DE LASTEYRIE, L’architecture religieuse en France à l’époqne romane, Paris, Picard, 1912, p. 70. Cette description est d’autant plus précieuse qu’elle est formulée dans la basilique même, devant des auditeurs qui peuvent de leurs yeux la contrôler à mesure. Cf. d’autres descripεtions d’églises chrétiennes dans Eusèbe, Vie de Const., III, xxx, xli  xlviii, l, li, lviiii ; IV, lviii. Nous avons des descriptions en quelque sorte théoriques de l’église dans la Didascalie,syr., ch. xiι = II, lνιι, 2, éd. FUNH, Paderborn, 1906 (t. 1, 158, 20), les Constitutions apostoliques, II, lνιι, 2 (I, 150, 17 V.), le Testamentum Domini, éd. RAHMANI, Mayence,1899, p. 23 et p. 153. Il faul y joindre un document épigraphique récemment découvert. L’évèque Eugène de Laodicée raconte dans son épitaphe, vers 332, qu’il a  rebâti et orné un église après la persécution : « Toute l’église j’ai rebâti de fond en comble, avec tout ce qui à l’entour l’orne, à savoir les portiques et les quadruples portiques, et les peintures, et les incrustations, et la fontaine, et le porche, et tous les travaux de tailleurs de pierre : Πᾶααν τὴν ἐκλησίαν (sic) ἀνοικοδο<μ>ήσας )απὸ θεμελίων καὶ σύμπαντα τὸν περὶ αὐτὴν κόσμον <τ>οῦτ’ ἐστὶν στοων  τε καὶ τ<ετ>τασττόων καὶ ζαφραφίω<ν> καὶ κεντήσεων κὲ ὑδρείου καὶ προπύλου καὶ πᾶσι τοῖς λιθοοικοῖς ἔργοις ». Voy. P. BATIFFOL, dans le Bul. d’anc. lillér. et d’arch. chrétiennes, 1911, p. 25 suiv., qui compare la description par Grégoire de Naziance de l’église bâtie par son père [Disc, 18, 39 ; P. G., XXXV, 1037) et la description d’une église projetée par Grégoire de Nysse ( Epist. 25 ; P G., XLVI, 1093). Dans celle inscription, στοαί désigne probablement le narthex, τετράστοα (pluriel pour le singulier sous l’influence du nom de nombre) l’atrium quadrilatéral qui précède l’église, ὑδρεῖον la fontaine de l’atrium, πρόπυλον la porte extérieure de l’édifice (cf. dans Eus., § 38, πρόπυλον μέγα), -  ὑπὸ ταῖς ἡλίου βολαῖς : l’expression désigne le levant avec ἀπὸ (SOPH., Aj., 877), avec πρὸς (EUR., Or., 1259). Le prêtre chrétien officie face à l’orient. Dans l’ancienne disposition, il faisait vis-à-vis aux fidèles ; par suite, la porte principale de l’église, qu’il regardait, était au levant. . τὸν οἶκον paraît désigner la basilique proprement dite. - . ὑπερκειμένας. La partie supérieure de la basilique était un plafond à poutres saillantes, non pas une voûte. — . D’après Heinichen, les « trônes » sont réservés aux évêques et aux prêtres (peut-être aux diacres); les bancs, au clergé inférieur. Les fidèles ne s’asseyaient pas. On voit encore au vie siècle, en Gaule, Césaire se plaindre de ce que les Arlésiennes s’étendent sur le pavé el bavardent entre elles pendant les lectures et le sermon (LEJAY, Le Rôle théologique de Césaire, Paris, 1900, p. 110); elles n’avaient donc pas de sièges. - ἐξέδρας καὶ οἴκους : le baptistère, la sacristie, d’autres dépendances, qui faisaient à cette époque de toute église chrétienne une hôtellerie, un hospice el un lieu de retraite pour des pénitents. . τὸν δὲ βασίλειον οἴκου, et § 63, plus loin, τῷ βααιλείῳ, montrent l’usage déjà fixé du nom de la basilique. Il y est fait allusion, plus haut, § 20, βασιλικῶν οἰκων αὐτου. . ὁ εἰρηνικώτατος ἡμῶν ὁ Σολομών, jeu de mots, Salomon signifiant « pacifique ». — . οἰκονομιῶν, tous les actes de la rédemption : voy. la n. sur I, i 2 (t. 1, p. 400). . Le paranymphe est ici l’évêque de Tyr, Paulin. Cf. My., ix, 15. — . τῶν ἀνωτάτω βασιλευόντων : voy. § 10. — . τῷδε ἡγεμόνι : ce chef est Paulin. . προκοπῇ. Eusèbe emploie ici à propos des catéchumènes le mot technique par equel le néo-stoïcisme désigne le progrès de l’âme. Voy. Philon. Commentaire allégorique des saintes lois, éd. ΒREHIER, III, 240, el p. xxxvii. . La dernière phrase de ce paragraphe est équivoque. Une erreur certaine serait de rapprocher αἱ τινῶν ψυχαί de ἀγγέλων. Mais faut-il rattacher τῶν. .. παραδεδομένων à ἀγγέλων ou à τινῶν ? Pour le premier sens opte Schwartz.,p. LXXVIII ; pour le second, Mc GIFFERT. Il semble que le second est le mieux adapté à la structure de la phrase. Le sens ne change d’ailleurs pas. Dans un cas comme dans l’autre. Eusèbe pense aux anges gardiens el aux prêtres et diacres, anges gardiens terrestres. Il esl possible que τῶν,. .. παραδεγμένων se rattache aux deux génitifs d’une manière générale. - . τῆς ψυχῆς est supprimé par Schwartz.

v-vii. Ce recueil de documents fut inséré par Eusèhe dans ce que M. Schwartz appelle la seconde édition, quand l’auteur résolut d’ajouter une suite aux huit premiers livres. Il forma dès lors la conclusion de l’ouvrage, comme l’édit de tolérance de Galère l’avait faite dans la première rédaction (Voy. VIII, xvii). Mais Eusèbe remania de nouveau l’ouvrage pour y insérer son discours et lui donner un dixième livre. Le recueil de documents fut reculé d’autant. Enfin, il fui supprimé, quand une dernière fois Eusèbe retoucha son œuvre et voulut y effacer le souvenir de Licinius. Ce recueil n’est donné que par les mss. AΕMRT.

v, 2 suiv. Ce document esl connu sous le nom d’édil de Milan, rendu par Constantin el Licinius, en 313. LACTANCE, De mort, pers., lviiii, nous donne le texte latin sans le prologue, à partir du § 1. Lactance el Eusèhe nous ont transmis le texte qui fut affiché à Nicomédie. Adaptations françaises dans FLEURY Hist.eccl, IX, xi.vi : BOISSIER, La fin du paganisme, Paris, 1891, t. I, p. 30 ; Duchesne, Hist. anc, t.II, p. 35; etc.; bibliographie dans GOYAU, Chronologie de l’Empire romain, p. 387, n. 8 ; G. ΚRÜGER, Handbuch der Kirchengeschichte, 1911, t. I, p. 181 ; pour les différences entre Eusèbe et Lactance, voy. l’apparat de Schwartz ; sur le caractère du document, voy. l’éτude excellente de BOISSIER, l. c. -  τοῖς τε Χριστιανοῖς : le  τε suppose que quelque chose esτ tombé. - . αἱρέσεις : le même mot traduit plus bas, § 6, condicio de Lactance. — Le rescrit dont il est question dans ces deux paragraphes est, pour les uns, l’édit d’avril 311 (VIII, xvιι, 3) ; pour les autres, un premier édiτ de Constantin rendu aussitôt après la défaite de Maxence. Ceτte dernière hypothèse explique IX, ,x, 12 (voyez la note). En tout cas, les dispositions dont il est question ici faisaient partie du texte du rescrit, comme l’indiquent les mots eux-mêmes. - 8 . Boissier paraphrase exactement : « Puisque nous l’accordons aux chrétiens, Votre Excellence comprendra bien que les autres doivent posséder le même droit. Il est digne du siècle où nous vivons, il convient à la tranquillité dont jouit l’empire, que la liberté soiτ complète pour tous nos sujets d’adorer le dieu qu’ils ont choisi, et qu’aucun culte ne soit privé des honneurs qui lui sont dus ». Fleury, qui écrit au moment de la révocation de l’édil de Nantes, condense le tout en ce contresens : « Bien entendu que les autres auront la même liberté pour maintenir la tranquillité de notre règne ». LACTANCΕ : « Quod cum isdem a nobis induit uni esse peruideas, inlellegit dicatio tua etiam aliis religionis suao uel obseruantiae potestatem similiter apertam et liberam pro quiete temporis nostri esse concessam ». Le texte grec est altéré d’après M. Schwartz qui propose d’écrire au début de la phrase : θεωρεῖς, συνορᾷ ἡ σὴ καθοσίωσις. Je reprends θεωρεῖ de la subordonnée dans la principale. D’après M. Schwartz aussi, le raisonnement du document original devait être inversé et faire sortir de la tolérance générale la tolérance particulière aux chrétiens. Il est à craindre que celte hypothèse ne soit qu’une idée de savant moderne. Voy. l’analyse plus nuancée et plus exacte de BOISSIER, l. c., p.55 suiv. - βούλνται SCUWAHTZ: βούληται τὸ θεῖον mss. — . ἵν’ εἰ. rnss., εἰ SCHWAHTZ d’après Lactance. - δίχα supprimé par Lowth. - . διαφέροντας. Cet exemple ancien du sens de « appartenir » mérite d’être noté. Sur la construction avec le génitif, voy. Glotta, II, p. 118. — παντελῶς SCUWEGLER, παντελοῦς mss. - M. Schwartz supprime αὐτῶν el ἑκαστῳ et propose de lire ἀποκαταστῆναι. - 14. προταχθέντα M, προσταχθέντα ΕΤ,.προαχθέντος; Π, προταχθέντα τοῦ σοῦ προστάγματος om. Α : praelata programmata tuo ms. de Lactance, « Vous la ferez afficher partout avec votre attache » FLEURY ; cf. IX, ix a, 9. . Anulinus était proconsul d’Afrique. Cette lettre est un exemple des dispositions prises alors relativement aux biens des églises. - . διίέφερον, voy. § 11. δίεφερον καί mss., διὲφερον SCHARTZ, διεφερόντων SCUWEGLER. - . Sur les pièces qui suivent et dont nous avons les originaux latins, voy. Duchesne, Le dossier du donatisme dans les Mélanges d’archéologie et d’histoire de l’École de Rome, X 1890, 589. - Miltiade fut pape du 2 juillet 311 au 11 janvier 314. Marc nommé avec Miltiade est inconnu. Les pièces transmises par Anulinus contenaient le Libellus ecclesiae catholicae criminum Caeciliani (AUGUSTIN, Epist.. LXXXVII.).- . Réticius, éêoque d’Autun ; Maternus, évêque de Cologne ; Marinus, évêque d’Arles. Tous trois figurèrent au concile d’Arles, en 314. — . γράμμαασιν ἐμοῖς, litteris meis ; cf. IX, ix a 7. - ἐνδέσμῳ, « légale » ; expression remarquable. L’Église est désormais rangée parmi les collegia quibus ius coeuundi lege permissum est (Dig.,I, vi, 6,12 ; cf. C. I. L, XIII, 1921, 1974). Le christianisme n’est pas religion d’État. . Le jugement auquel fait allusion Constantin est la décision du concile de Rome (2-4 oct. 313) qui confirma Caecilianus dans sa dignité. — . Sur la date du concile d’Arles, voy. GOYAU, Chronologie de l’empire romain, p. 391, n. 4. - Domitius Latronianus, auteur d’une dédicace à Licinius en qualité de corrector (Panorme, C.I.L., X, 7284). Sur le corrector, voy. A. von PHEMEHSTEIN, v°, dans Real-Encijklopädie fur kl. Philologie, de Pauly et Wissowa, IV, 1646 ; sur le cursus publicus, SEECK, ib., 1846 ; l’usage de la poste impériale par les évêques allant au concile est fréquemment attesté, voy. les références, l. c, 1861, 40, auxquelles il faut joindre le présent texte ; sur l’esprit de cette mesure prise par Constantin, voy. Duchesne, Hist. anc. de  l’Église, t. II, p. 67.

vi, 1. Le diocèse d’Afrique, depuis Dioclétien, comprenait six provinces : proconsulaire ou Afrique propre (Zeugitane), Byzacène, Numidia Cirtensis, Numidia Militiana ou Limitanea, Mauretania Caesariensis et Mauretania Silifensis. Ces divisions expliquent les pluriels employés ici, les Afriques comprenant sans doute la proconsulaire et la Byzacène. - ἐνθέσμου : voy. v. 20.- τὸν διασήμότατον (voyez IX, ix, 9) καθολικόν : le titre de rationalis était donné aussi aux chefs du service des finances (vov. IX, xi, 4) dans les provinces. - τριχιλίους φόλλεις : sur le follis, voy. SEECK, dans PAULY et WISSOWA, Realencyclopâdie der Altertumswissenschaft, VI, 2829 et sur cette dotation, ib., 2830, 43. La valeur du follis était variable, environ 250 deniers. C’était une monnaie de bronze argentée, créée par Dioclétien (J. MAURICE, Numismatique constantinienne, I. I Paris, 1908, p. xxxv,,, et suiv.). - . βρέουιον : brevis (aussi βρέβιον), listes ou tableaux, en usage dans les administrations. -  Hosius, évêque de Cordoue, personnage très influent et qui prit une part décisive aux événements religieux de l’époque. Cette partie de la lettre paraît viser les donatistes. Mais la date de cette pièce est incertaine. — Patricius est uicarius praefectorum du diocèse d’Afrique. Anulinus, proconsul, c-à-d. gouverneur de la proconsulaire, doit être nommé à part, parce qu’il est indépendant du vicaire d’Afrique et relève directement de l’empereur. Le titre de vicaire des préfets du prétoire (au pluriel) esl un souvenir de la collégialité des magistratures anciennes. En fait, le vicaire d’Afrique relève du préfet du prétoire d’Italie, résidant à Milan.

vii. Cf. Code Théod., XVI, ii, 1 ; rescrit du 31 octobre 313. Celle date et cette identification sont de Godefroy. Mais Mommsen et Meyer expriment des réserves dans leur édition (Berlin, 1905), I, 2,835, et proposent de fixer l’année du document inséré dans le Code à 319. — . ἐπυρανίου : le substantif est tombé. Christophorson, d’après v, 21, suppose δυνάμεως ; Schwartz reconstitue, comme original, diviinitatis, ueritatis, prouidentiae. - ἐνθέσμως : voy. v, 20. - . λητουργιῶν. Les charges en question étaient surtout celles des curiales, notables de chaque municipe, constitués en compagnie héréditaire, responsable de l’impôt, du recrutement, des travaux publics, assujettie à une foule de contributions et de fonctions. La situation devint assez pénible pour être considérée comme un châtiment. Licinius et peut-être Maximin Daïa avaient fait entrer dans la curie les chrétiens pour les punir de leur obstination (Eusèbe, Vie de Const, II, xxx ;édit de réparation rendu après la défaite de Licinius, fin de 323; Kübler parle à tort de Maxence). Honorius plus tard condamnera les apostats du christianisme au décurionat. Voy. KÜBLER, art. Decurio, dans PAULY et WISSOWA, Real-encycl der cl. Altertumwissenschaft, IV, 2343, 52 suiv. La conséquence de la mesure annoncée ici fut qu’on entra dans le clergé pour se soustraire aux charges de la curie. Dès le 18 juillet 320 ou 326, Constantin est obligé lui-même de défendre aux riches, qui peuvent remplir les fonctions publiques, d’entrer dans le clergé (Code Théod., XVI, ii, 3). Ses successeurs légiféreront encore sur la matière.

viii. Sur la dernière crise, qui mit tout l’Empire dans une seule main, voy. DUBUY, Hist. des Romains, VII, 28. — I. Τοιαῦτα se rapporte à la conclusion du discours de la dédicace, comme le prouvent encore les mots καὶ ὧδε... πανηγύρεσιν ἐτελεῖτο. La suite a été interrompue, parce que les mss. AEMRT ont gardé à cette place le recueil de documents qui avait disparu dans la dernière revision de cet ouvrage. Voy. plus haut, p. 321, v-vii. - 2. Cf. Vie de Constantin, I, XLIX.-  ἐπιγαμβρίας. Licinius avait épousé à Milan la soeur de Constantin, Constantia, en 313. — 8 suiv. Cf. Vie de Constantin, I, xlix suiv. — . Il s’agit des soldats qui étaient détachés au service des magistrats, bénéficiant (IX, ix a, 7), euocati (III, xx, 1), speculatores (VI, v, 3 note), frumentarii (VI, XL, 2). . voμοὺς ἀνόμους, oxymore, forme étymologique de l’antiphrase, dans la littérature classique surtout fréquente en poésie, rare en prose (ANDOCIDE, I, 67 : πίστις ἀπιστωτάτη). Eusèbe la charge encore en joignant ὁ παρανόματος. Mêmes jeux de mots au § 12.-13. ἐσχατόγηρως : exagération d’Eusèbe. Licinius mourut εn 324, à 60 ans, d’après l’Epitome d’Aurelius Victor. Les faits, dont il est question ici, se placent en 320. Tout ce morceau trahit plus de rhétorique que de connaissances précises. -. Amasie, capitale de la province appelée alors Diospontus, plus tard Helenoponlus. L’évêque, Basile, périt peut-être dans la persécution. — . Ceci laisse entendre que Licinius craignait une conspiration des chrétiens contre lui et en faveur de son collègue mieux disposé pour eux. — . Il n’y eut donc pas de persécution, à proprement parler, mais des exécutions isolées, comme celle des Quarante martyrs de Sébaste, dont nous avons le testament (O.VON GEBHARDT, Acta martyrum selecta, Berlin 1902, p. 100).

ix, 2 suiv. Voy. Vie de Constantin, II, iii. — 4. La metion de Crispus esl omise dans syr. ici et, § 6, remplacée par « ses fils aimés de Dieu et semblables en tout à leur père ». Corrections suprêmes d’Eusèbe. . Cette conclusion n’est qu’un remaniement de celle qui avait d’abord été mise à la suite du livre IX et qui célébrait la piété de Constantin et de Licinius. L’ouvrage devait se terminer sur une doxologie, probablement celle que les mss. ont conservée, les uns à la fin du livre IX, les autres au commencement du livre X. Voy. la note sur IX, xi, 8. DCE terminent en reproduisant l’édit de restitution qu’Eusèbe a inséré dans la Vie de Constantin, II, XXIV-XLII.. C’est une des ordonnances dont il esl question ici, au § 8. Voir d’autres ordonnances, ib,, XLVI, XLVIII-LX. Ces édits et la défaite de Licinius sont de 323.