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Ésaïe
Dictionnaire Biblique Bost Westphal

1°. Lévite (Esdras 8.19) voir Shérébia.

2°. Prophète hébreu, fils d’Amots. On n’a que fort peu de notices positives sur sa vie et sur sa personne. Son nom signifie aide de Dieu. D’après une tradition, son père aurait été frère du roi Amatsia, et lui-même aurait été de la famille royale. Plusieurs circonstances nous font croire qu’il avait reçu, dans sa jeunesse, une éducation distinguée ; son style orné et majestueux, qui décèle une grande étendue de connaissances, et ses relations avec la cour viennent à l’appui de la tradition. Il commença les fonctions de prophète vers la fin du règne d’Osias, probablement la dernière année de ce roi, si, comme on peut le croire, le chapitre 6 indique la consécration d’Ésaïe ; et il les poursuivit sous les règnes de Jotham, d’Achaz et d’Ézéchias. Il paraît même (d’après 2Ch. 32.32), qu’il a survécu à ce dernier, et, selon une tradition des Juifs et de l’ancienne Église chrétienne, il aurait vécu jusqu’à l’époque de Manassé, qui l’aurait fait mettre à mort. Il aurait donc fourni une carrière prophétique de plus de soixante ans (mort d’Osias 756, avènement de Manassé 698 ou 97), et aurait atteint un âge fort avancé, au moins quatre-vingt-dix ans ; la tradition même lui en donne cent vingt, et porte qu’il aurait été scié en deux par les ordres de Manassé ; le passage de Hébreux 11.37, semble se rapporter à cette tradition et la confirmer. Ésaïe demeura toujours à Jérusalem, où il était marié, et où il avait au moins deux enfants (Ésaïe 7.3 ; 8.3-4). Il est encore nommé comme auteur de deux ouvrages historiques, l’un sur Ozias, l’autre sur Ézéchias (2 Chroniques 26.22 ; 32.32).

La mission de ce prophète s’explique par l’histoire des règnes sous lesquels il vécut. Il devait surtout combattre le formalisme et l’hypocrisie, insister sur le sens spirituel de la loi, annoncer les terribles jugements que le peuple s’attirerait par son impénitence ; mais aussi consoler et encourager le résidu fidèle par les promesses d’un meilleur avenir, et tout particulièrement diriger leurs regards vers le Sauveur qu’il annonce à la fois comme docteur, comme victime expiatoire, et comme roi. Ses prédictions messianiques ont une si grande clarté qu’on a nommé quelquefois ce livre un cinquième Évangile ; le Nouveau Testament l’appelle le prophète par excellence, et le cite très souvent. Et déjà chez les Juifs il jouissait d’un grand crédit ; les prophètes suivants, en particulier Jérémie, s’appuient constamment sur lui.

Voici un sommaire de son contenu :

Ch. 1-12 ; prophéties contre Juda.

Ch. 13-23 ; prophéties contre des peuples étrangers, à l’exception du ch. 22.

Ch. 24-35 ; prophéties contre Juda (promulguées probablement du temps d’Ézéchias).

Ch. 36-39 ; narration des principaux événements du règne d’Ézéchias, presque identique avec 2 Rois 18-20.

Ch. 40-66. Cette seconde partie du livre a été probablement composée vers la fin de la carrière d’Ésaïe, sous le règne de Manassé. Le prophète se transporte par la pensée jusqu’aux temps de l’exil ; et sur ce terrain idéal il annonce la délivrance de la captivité de Babylone, et désigne même deux siècles d’avance, par son nom, le prince qui en sera l’instrument. Mais en même temps il porte ses regards sur une délivrance bien plus importante encore, sur la rédemption spirituelle, sur le Messie ; et, par cela même qu’ils sont très analogues, ces deux sujets apparaissent tour à tour sur le premier plan, ou semblent quelquefois se confondre l’un avec l’autre.

L’authenticité de cette dernière partie a été fortement attaquée par les rationalistes, qui sentaient combien des prophéties aussi claires, aussi détaillées, pouvaient fournir d’armes contre eux. Ils ont présenté leurs doutes sous différentes formes. L’hypothèse qui paraît réunir le plus d’opinions est celle de De-Wette et de Gesenius, qui pensent que ces vingt-sept derniers chapitres ont été composés du temps de l’exil. Mais ce système a été abondamment réfuté par Jahn, Mceller Kleinert, Hengstenberg (Christologie), Hsevernick, etc.

Contre l’authenticité on allègue :

1°. que l’auteur semble avoir vécu dans le temps de la captivité, puisqu’il la suppose constamment ; pour lui Jérusalem est détruite, la Judée désolée, le peuple de Dieu rejeté. Mais il est très ordinaire que les prophètes se transportent dans l’avenir et le décrivent comme s’ils l’avaient sous les yeux. C’est ce que font Moïse (Deutéronome 32 ; Joël 1.2-15), et Ésaïe lui-même plus d’une fois dans la partie du recueil qu’on ne lui conteste pas, par exemple à l’égard de Tyr (ch. 23).

2°. On dit qu’avant d’annoncer le retour de l’exil, il aurait dû annoncer l’exil lui-même ; mais c’est ce qu’il a fait (5 et 6.11ss), et surtout au chapitre 36, avec lequel toute la dernière partie est intimement liée.

3°. On fait remarquer que le style de ces derniers chapitres est assez différent de celui des trente-neuf premiers, plus ample, plus diffus. Mais ces nuances s’expliquent facilement par l’âge plus avancé de l’auteur, par la différence des sujets, etc.

4°. On a prétendu encore relever un certain nombre de caldaïsmes. Cet argument a été réfuté par les plus habiles connaisseurs de la langue hébraïque, Ewald par exemple, qui ne saurait être suspect en pareille matière.

5°. On a même soutenu que la désignation de Cyrus par son nom est un fait sans analogie chez les prophètes. Mais cette assertion est facile à réfuter ; nous ne citerons que 1 Rois 13.2, où le roi Josias est annoncé par son nom trois siècles à l’avance.

Remarquons encore en terminant, que c’est précisément de ces vingt-sept derniers chapitres contestés par une science incrédule, que le Nouveau Testament cite le plus grand nombre de passages, en les attribuant clairement à Ésaïe.

Les commentaires les plus utiles à consulter pour l’étude de ce prophète sont celui de Calvin, celui de Gesenius qu’il ne faut lire qu’avec précaution, ceux d’Umbreit et de Hitzig, et la Christologie de Hengstenberg.