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Création
Dictionnaire Biblique Bost Westphal

Acte du Dieu éternel et tout puissant, par lequel il appelle à l’existence des choses visibles et invisibles, matérielles ou spirituelles (Apocalypse 4.11 ; Psaumes 148.5ss). Ce mot s’entend aussi, par extension, de l’univers, de l’ensemble des choses créées ; mais nous n’avons à le considérer ici que dans le premier de ces deux sens, c’est-à-dire comme acte créatif. L’homme, être borné et déchu, ne peut pénétrer les conseils mystérieux de l’Éternel, et découvrir par lui-même la date, le mode, ni les raisons de la formation de l’univers (Job 11.7-8). Et si quelque téméraire se permet dans son orgueil de disserter sur ces choses d’une manière contraire à la Bible, ou cherche à découvrir ce qu’il a plu à Dieu de nous cacher, l’Éternel lui-même confond son audace et le fait rentrer dans la poussière (Job 38).

Mais si par nous-mêmes nous ne pouvons découvrir les choses cachées de Dieu, nous pouvons et devons chercher à connaître ce qu’il lui a plu de nous en révéler. Pour cela nous avons deux sources d’instruction à étudier : la Bible et la nature. « Les œuvres de Dieu et la parole de Dieu sont les deux portes du temple de la vérité ; comme elles proviennent d’un même auteur souverainement sage et tout-puissant, il est impossible qu’il y ait entre elles aucune contradiction ; mais elles doivent, pour ceux qui les comprennent dans leur vrai sens, s’expliquer et se confirmer réciproquement, quoique d’une manière et par des voies différentes ». (Gaede, prof, d’hist. nat. à Liège). Et de même que les œuvres visibles de la création de Dieu nous sont données pour nous apprendre à connaître ses perfections invisibles (Romains 1.20), ainsi, c’est en prenant la Bible pour guide que nous devons étudier cette création visible et les œuvres merveilleuses de l’Éternel ; sans cela nous sommes exposés à tomber dans les systèmes les plus faux et les plus absurdes, comme il est déjà arrivé à plusieurs savants, auxquels on peut bien appliquer le reproche que Jésus adressait aux Juifs : « Vous êtes dans l’erreur parce que vous n’entendez pas les Écritures ni quelle est la puissance de Dieu » (Matthieu 22.29).

Il est une science en particulier, qui résume à elle seule presque toutes les sciences naturelles, et qui, quoiqu’elle n’existe que depuis peu d’années, remonte par ses découvertes jusqu’aux premiers âges du monde ; une science remplie d’attrait pour ceux qui en ont fait l’objet de leurs études, et qui plus que toute autre peut-être, a conduit à des résultats erronés et anti-scripturaires, ceux qui n’étaient pas soutenus par une foi ferme à la parole de Dieu. Nous voulons parler de la géologie, dont l’incrédulité a si souvent essayé de se faire une arme contre la Bible. Mais à mesure qu’elle a été mieux étudiée, et que les faits et les monuments qu’elle présente ont été examinés de plus près, l’on a reconnu que loin d’ébranler en aucune manière l’autorité de la Bible, elle n’a fait que confirmer le récit de Moïse d’une manière frappante et inattendue. C’est ainsi que les calculs remarquables du célèbre Cuvier pour connaître l’âge du monde et l’époque du déluge, ont offert un résultat qui coïncide exactement avec la Genèse (Discours sur les révolutions de la surface du globe). Mais cette science est encore dans son enfance, et s’il nous est permis de donner un conseil, nous voudrions engager ceux de nos lecteurs qui auraient à s’en occuper, premièrement à n’étudier la géologie qu’avec humilité et respect, en pensant que la nature est comme la Bible, mais pas plus que la Bible, le livre de Dieu ; ensuite à ne pas s’effrayer, ni se laisser ébranler dans leur foi, par des découvertes futures qui sembleraient en contradiction avec la révélation écrite, ou avec des systèmes cosmogoniques proposés même par des hommes pieux. Il ne peut, nous le répétons, y avoir contradiction réelle, et l’on trouvera toujours que lorsqu’il y en aurait une apparente, cela vient de ce que nous n’avons pas compris l’un ou l’autre de ces livres ; mais la vérité est une, et le Dieu fort est vérité (Deutéronome 32.4).

Après ces remarques préliminaires, l’on nous comprendra lorsque nous dirons que ce n’est qu’avec crainte et tremblement que nous osons hasarder quelques explications sur l’œuvre de la création, telle qu’elle est rapportée dans le premier chapitre de la Genèse, car ce sont là les choses difficiles et mystérieuses de l’Éternel, et connaissant à peine « les bords de ses voies » (Job 26.14), nous craignons, nous aussi, d’obscurcir son conseil par des paroles sans science ».

« Dieu créa au commencement le ciel et la terre » (Genèse 1.4). La signification propre du mot créer est : tirer du néant, faire une chose de rien ; c’est pourquoi les traducteurs de la Bible s’en sont servis pour rendre le mot hébreu bara qui n’a pas tout à fait la même portée ; mais la langue hébraïque n’en possédant point d’autre qui pût indiquer exactement l’acte par lequel Dieu produit une chose, sans la former d’une substance déjà existante, les écrivains sacrés ont dû employer ce mot bara, qui signifie proprement former, mettre en ordre (Calmet), mais dont la racine primitive semble plutôt contenir le sens de séparer, (Simonis, LExode Hebr.) C’est peut-être à cette idée que correspond l’expression française : Dieu débrouilla le chaos. En effet, nous voyons que l’œuvre des trois premiers jours, dans le récit de Moïse, est en grande partie une œuvre de séparation : Dieu sépare la lumière d’avec les ténèbres, il sépare les eaux supérieures des eaux inférieures, il sépare la terre sèche d’avec la mer, il sépare le jour d’avec la nuit. Et lorsque Moïse emploie le mot créer, cela ne signifie point toujours tirer une chose du néant, mais souvent tirer une chose d’une autre substance pour lui donner une forme nouvelle ; ainsi, par exemple, Dieu crée l’homme à son image (Genèse 1.27), et cependant il le tire de la poussière de la terre (2.7). Malgré cette double interprétation dont le mot bara est susceptible, nous savons positivement que la matière n’a pas toujours existé, qu’elle a eu une origine, car l’Esprit-Saint nous le déclare, soit (Genèse 1.1), en nous disant que les cieux et la terre ont eu un commencement (cf. 2.4), soit dans le commentaire qui nous en est donné ailleurs par le même Esprit (Hébreux 11.3 ; Psaumes 33.9). Et la sagesse de Dieu qui est, la même chose que sa parole éternelle, le verbe incréé « qui était au commencement avec Dieu et qui était Dieu », nous parle d’un temps antérieur à l’existence de notre globe, où elle était ses délices « lorsqu’il agençait les cieux et qu’il traçait le cercle au-dessus des abîmes, lorsqu’il n’avait point encore fait la terre, ni le commencement de la poussière du monde » (Proverbes 8.22-30).

« C’est donc le contexte », dit un savant professeur anglais, le docteur Pusey, « qui doit décider du sens du mot bara, et nous indiquer s’il faut le traduire par : tirer du néant, ou par : donner une nouvelle forme à une substance qui existait déjà ».

« Quoique Moïse se serve, en parlant des œuvres de Dieu, tantôt du mot bara, tantôt du mot hazah (il fit), il paraît cependant que la première de ces expressions a une énergie particulière, et ne peut s’employer que pour décrire l’action de Dieu, tandis que la seconde peut s’appliquer aussi à l’action des hommes.

« Après avoir soigneusement comparé un grand nombre de passages (Ésaïe 43.1-15 ; Nombres 16.30 ; Psaumes 104.30ss), et avoir fait une étude attentive de ce sujet, je suis arrivé à cette conclusion, que les mots créer et faire, employés en parlant de Dieu, sont synonymes, avec cette différence que la première de ces expressions est la plus forte des deux, quoique Moïse semble quelquefois les employer indifféremment : Ainsi (Genèse 1.21) Dieu créa les grands poissons ; verset 25, Dieu fit les bêles de la terre ; verset 26, faisons l’homme à notre image ; verset 27, Dieu créa donc l’homme.

M. de Rougemont (Fragments d’une Histoire de la terre, p. 113.) voit quelque chose de plus dans la manière dont Moïse se sert de ces mots ; il dit que « créer signifie former un type nouveau, tandis que faire est restreint au développement d’un type déjà existant : ainsi, dit-il, Dieu crée l’animal, l’homme (1.20-27) ; mais une fois les animaux aquatiques existants, il ne crée pas les animaux terrestres, il les fait ».

Nous ne prétendons pas décider quelle peut être la valeur de cette observation, mais nous croyons devoir ajouter en développement de l’idée de cet auteur, que les eaux et les airs contenant parmi leurs habitants des créatures qui appartiennent aux quatre grands embranchements du règne animal, les types existaient tous avant la formation des animaux terrestres, qui n’étaient pour ainsi dire qu’un développement de ceux qui avaient été créés le cinquième jour ; tandis que l’homme étant non seulement un animal plus parfait que les autres par les organes dont il était doué, mais encore le seul habitant de la terre auquel Dieu eût donné une âme de la même nature que l’Essence divine, pouvait bien être considéré, quant à son corps, comme un développement d’un type antérieur, mais quant à cette âme vivante, faite à l’image de Dieu, c’était bien réellement comme une création nouvelle ; ce qui expliquerait pourquoi la Genèse se sert des deux expressions faire et créer, quand il s’agit de l’homme.

« Ce qui est bien plus important pour l’interprétation du premier chapitre de la Genèse, c’est de savoir si les deux premiers versets contiennent une espèce d’introduction, un simple résumé de ce qui va être dit plus en détail dans le reste du chapitre, ou s’ils sont l’expression d’un acte de création distinct de ceux dont il est parlé dans les versets suivants.

« Cette dernière interprétation paraît être la véritable comme la plus naturelle. En effet, nous n’avons dans la Bible aucun autre récit d’une création primitive, et de plus il semble que le deuxième verset soit une description de la matière créée, avant l’arrangement qui en allait être fait en six jours ; ainsi la création du commencement doit être distinguée de la création des six jours ; d’autant plus que le récit de ce qui s’est passé dans chacun de ces jours est précédé de la déclaration que « Dieu dit », ou voulut l’événement qui suit immédiatement ; par conséquent il semble que la création du premier jour doit avoir commencé lorsque ces mots : « Et Dieu dit », sont employés pour la première fois, c’est-à-dire pour la création de la lumière. De même, si c’est bien là le commencement de l’œuvre des six jours, il est clair que cette création ne fait que donner une nouvelle forme, un nouvel arrangement, et pour ainsi dire, meubler d’une manière nouvelle un monde qui existait déjà, car nulle part dans le récit des six jours il ne nous est dit que Dieu fit, ou créa l’eau, ni la terre, ni les ténèbres, choses déjà existantes (résultat d’une création précédente), lesquelles il ne fait, dans les premiers jours, que séparer les unes des autres et les mettre dans un ordre nouveau ».

Nous croyons donc que le verset 4 nous parle d’une création primitive des choses matérielles, sans en indiquer l’époque qu’il ne nous importe probablement pas de savoir. Ceci n’est point une opinion nouvelle ; c’est celle de plusieurs pères de l’Église. Les uns voyaient dans les deux premiers versets de la Genèse le récit de la création d’un monde primitif ; d’autres, comme saint Augustin, Théodoret, y voyaient la première formation de la matière ; d’autres, celle des éléments ; d’autres croient que les cieux dont il est question au verset 1 sont, non le ciel atmosphérique de notre terre qui ne fut créé que le deuxième jour, mais ce qui est appelé ailleurs les cieux des cieux. Nous voyons, en effet, que quoique la Genèse emploie le même mot Shamayim pour désigner ces deux choses, la Bible les distingue ailleurs, comme Néhémie 9.6.

La racine du mot hébreu qui signifie ciel, étant le prétérit inusité shamah, être élevé, le mot shamayim signifierait les hauteurs, ou les espaces élevés, et shemé hasshamayim (les cieux des cieux), seraient les espaces infiniment élevés, ou l’immensité avec tout ce qu’elle contient, et par conséquent cette multitude innombrable d’étoiles ou de mondes, qui feraient ainsi partie de la première création, indiquée en Genèse 1.1, et que le verset 16 ne fait que rappeler en passant, en parlant du moment où le soleil devint lumineux pour la terre.

Le fameux passage de 2 Pierre 3.5-13, qui résume en quelques mots les destinées de notre planète, autorise la différente interprétation du mot cieux dans les versets 1 et 8 de Genèse 1, et montre que le ciel du deuxième jour, c’est-à-dire l’atmosphère, suit le sort de notre globe et de ses révolutions. Il est évident, en effet, que les cieux antédiluviens qui ont été détruits, ne comprenaient pas les astres, car alors le soleil, la lune, et les étoiles qui existaient avant le déluge auraient aussi péri ; la future destruction par le feu, des cieux et de la terre d’à présent, n’est donc point non plus une catastrophe qui doive envelopper tout l’univers, mais seulement une grande révolution qui doit changer l’état et l’apparence de notre globe ; un feu purifiant qui le nettoiera de sa souillure comme l’or fondu dans le creuset est dégagé par le feu des matières impures qui le ternissent ; révolution après laquelle le monde et ses habitants seront rétablis dans l’état de pureté et d’innocence, d’où le péché d’Adam les avait fait déchoir.

L’interprétation que nous venons de donner du verset 1 semble confirmée aussi par l’expression remarquable qui termine le verset 3 du deuxième chapitre : « Dieu se reposa de toute l’œuvre qu’il avait créée pour être faite ». Ne semble-t-il pas que ce passage est un de ceux dans lesquels le Tout-Puissant soulève à nos yeux un coin du voile qui nous cache la profondeur de ses conseils ? Ne semble-t-il pas nous dire qu’il avait de longue main préparé une demeure aux hommes, qu’il avait créé cette terre dans les jours d’autrefois pour être faite, c’est-à-dire pour être façonnée plus tard, de manière à ce qu’elle pût être habitée par des créatures dans lesquelles il voulait mettre son plaisir ? (Proverbes 8.31).

Il fit toutes ces choses par degrés, ajoutant une bonne chose à une autre bonne chose, jusqu’à ce qu’il jugeât que tout était très bon (Genèse 1.31), afin d’y rendre heureux des êtres formés à son image, à qui il voulait remettre la domination sur toutes les merveilles qu’il venait d’appeler à l’existence.

Quand il ne nous resterait d’autre partie de la révélation que les premiers chapitres de la Genèse, n’aurions-nous pas là une preuve éclatante de la bonté infinie de notre Créateur et du soin paternel que sa Providence prend des hommes ? Oui, cet Être tout-puissant qui s’occupait de notre bonheur, tant de siècles avant l’existence de notre race, ne peut pas nous avoir délaissés, et si le mal est entré dans le monde, et a gâté cette terre très bonne où Dieu avait placé Adam, soyons sûrs que celui qui a mis tant de soin à nous former pour le bonheur, aura aussi mis à notre portée un remède à nos maux, un moyen de relèvement après notre chute, un sauveur enfin assez puissant pour empêcher que cette terre et ses habitants qui étaient sortis très bons de la main de Dieu, ne continuent à être entraînés à jamais dans le chemin du mal.

Mais pour cela, il faut qu’une création nouvelle s’opère en nous, et que cette parole divine par qui et pour qui toutes choses ont été faites, renouvelle en nous l’image de Dieu que le péché a détruite (1 Corinthiens 15.47-49 ; 2 Corinthiens 5.17 ; Éphésiens 4.24).

verset 2. « Et la terre était sans forme et vide ; les ténèbres étaient sur la face de l’abîme, et l’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux ». Le mot abîme semble être synonyme des eaux sur lesquelles se mouvait l’Esprit de Dieu (v. Job 38.30 ; Psaumes 42.8 ; 104.6 ; Jonas 2.6ss).

Si le verset 1 se rapporte à la première création de toutes choses, dont rien ne peut nous faire même deviner l’époque, il se peut que des millions d’années se soient écoulées entre ce moment et la création de la lumière sur notre terre. (Dans la Bible de Luther, imprimée à Wittenberg, en 1557, on trouve le chiffre 1, marqué en tète du verset 3, comme étant le commencement de l’histoire de la création. Dans d’anciennes éditions anglaises où la division en versets n’était pas encore adoptée, il y a un double interligne entre les versets 2 et 3.Pusey).

Le verset 2.décrit l’état du globe immédiatement avant le commencement du premier des six jours, c’est-à-dire sur le soir du premier jour ; car, suivant la computation mosaïque, chaque jour commence avec le soir, et dure jusqu’au soir du jour suivant. Le premier jour serait donc la fin de la période indéfinie de la première existence du monde. Dans ce verset 2, il est fait une mention spéciale de la terre et des eaux comme existant déjà, mais enveloppées de ténèbres. Les mots thohou vabohou décrivent cet état de confusion et de vacuité que les Grecs représentent par le mot Chaos. Ils sont encore employés dans le même sens (Ésaïe 34.11 ; Psaumes 107.40).

Le mot vide, de nos traductions françaises, ne rend pas très bien la signification, car il donne l’idée d’un corps creux, tandis qu’ici il faudrait exprimer un vide extérieur : la terre était vide d’habitants, vide de parure, aride et dépouillée. D’où provenait cet état chaotique ? Était-ce ainsi que la terre était sortie des mains du Créateur ? Étaient-ce les ruines d’un monde antérieur ? Nous l’ignorons ; peut-être Dieu avait-il dit d’un ordre de choses plus ancien ce qu’il dit plus tard du monde moderne, par la bouche de son prophète (Jérémie 4.23ss) : « La terre sera dans le deuil, les cieux seront noirs au-dessus ;… j’ai regardé la terre, et voici, elle est sans forme et vide, etc ».

Ne semble-t-il pas que l’Esprit saint ait voulu nous représenter par ces paroles une effrayante révolution de notre globe dont le chaos aurait été le résultat ? S’il était permis de traduire en langage non inspiré les paroles de l’écrivain sacré, nous croirions pouvoir paraphraser ainsi les premiers versets de la Genèse : « Toutes les choses que nous voyons et dont nous pouvons connaître l’existence, soit sur la terre que nous habitons, soit au-delà, doivent leur être à un Dieu souverainement bon, sage et puissant, qui a fait sortir la matière du néant, dans des temps infiniment reculés et dont la date nous est inconnue. Ce Dieu tout bon jugea à propos de créer une race d’êtres intelligents auxquels il donna le nom d’hommes, et voulant leur préparer une demeure, il choisit pour cela un de ces globes qu’il avait faits pour se mouvoir dans l’espace, et qui était alors inculte et désert, recouvert de liquide et d’obscurité. Le moment où l’Esprit de Dieu s’en rapprocha et plana, pour ainsi dire, à sa surface, pour y faire pénétrer l’ordre et la vie, fut pour le globe le commencement d’une création nouvelle qui devait avoir six degrés, ou se faire en six époques de progrès successifs.

« Tout était prêt pour cette nouvelle création, la matière à laquelle une autre forme devait être donnée, l’Esprit divin qui devait la vivifier ; il ne fallait plus que la parole du commandement pour appeler à l’existence ce monde nouveau ; et Dieu dit… que la lumière soit, et l’ordre naquit au milieu de la confusion ».

Ainsi, nous voyons apparaître dès la fondation du monde cette Trinité dans l’unité de Dieu : « Le Père qui habite une lumière inaccessible et que nul œil n’a vu ni ne peut voir » (1 Timothée 6.16 ; cf. Apocalypse 15.3 ; Psaumes 18.29 ; 36.10) ; « le Fils, qui est la véritable lumière qui a resplendi dans les ténèbres et qui éclaire tout homme en venant au monde » (Jean 1.9 ; cf. Genèse 1.2 ; Colossiens 1.16 ; Éphésiens 3.9 ; « enfin l’Esprit de Dieu planant sur la face des eaux, pénétrant le globe d’une force vitale, et qui nous est représenté comme présidant à la création et y prenant la part la plus directe » (Psaumes 33.6 ; cf. Genèse 2.1 ; Psaumes 104.29-30 ; Jean 20.22 ; Genèse 2.7 ; cf. Job 33.4). La Bible de Genève, éd. de 1805, ainsi que celle qui a été publiée plus récemment par les pasteurs et professeurs de cette ville, traduit au verset 2 : « Et Dieu fit souffler un vent qui agita la surface de l’eau ». Mais si le mot rouach peut, en effet, signifier esprit ou vent, selon la place où il est employé, comme le grec et le latin spiritus, est-il raisonnable de le traduire par vent, lorsque Dieu n’avait pas encore créé l’air ? Autant vaudrait, par exemple, remplacer Esprit par courant d’air dans des passages tels que celui-ci : « Caches-tu ta face, elles (les créatures) sont troublées ; retires-tu leur souffle, elles défaillent et retournent en leur poussière. Mais si tu renvoyés ton courant d’air (Esprit), elles sont créées de nouveau ! » (Psaumes 104.29-30 ; cf. Job 26.13). Et afin de montrer évidemment que ces trois personnes ne sont pas trois Dieux, mais un seul Dieu, manifesté de trois manières, l’écrivain sacré qui se sert pour désigner le Créateur du mot Élohim, Seigneurs, fait suivre cette désignation plurielle d’un temps de verbe au singulier, comme s’il y avait Dieux dit que la lumière soit ; Dieux vit que cela était bon. Puis, après nous avoir montré les personnes divines conférant ensemble (v. 26), faisons l’homme à notre image, il lui donne (2.4) le nom incommunicable et singulier de Jéhovah, joint à celui d’Élohim, Seigneurs, qui est, qui était et qui sera, ou Seigneurs Éternel.

Durée des jours de la création. Pendant longtemps, personne dans les pays où le christianisme était professé, ne mit en doute que les jours de la création ne dussent s’entendre à la lettre d’espaces de vingt-quatre heures, mais à mesure que l’on étudia plus attentivement les sciences naturelles, on trouva des preuves de l’existence d’un ordre de choses antérieur à la création de l’homme, ordre de choses qui avait dû continuer pendant des temps fort longs ; l’on se hâta de rejeter alors le récit de Moïse et ses six jours, comme une chose absurde et contraire aux lois de la nature. Puis vinrent d’autres naturalistes plus religieux, qui comprirent que l’homme ne pouvait ainsi limiter la puissance de Dieu, et que Celui qui avait fait le temps pouvait créer un monde non seulement en six mille ans, mais en six ans, en six jours, en six minutes, en un clin d’œil, s’il l’eût voulu ; il leur parut que sans nier les découvertes des sciences naturelles, l’on pouvait fort bien les concilier avec le récit mosaïque, en supposant que toutes les plantes et animaux fossiles étaient les restes d’un monde antérieur au verset 3 de la Genèse, détruit nous ne savons à quelle époque, ni pour quelle cause, et que Dieu établit réellement l’ordre de choses actuel en six jours de vingt-quatre heures. Mais cette hypothèse, quelque plausible qu’elle paraisse au premier abord, n’explique point suffisamment comment il se fait, par exemple, que l’ordre des animaux fossiles, selon leurs couches, se rapporte si bien à ce que nous enseigne la Genèse sur l’ordre de leur formation ; l’examen de leurs yeux, même de ceux des plus anciens, comme, par exemple, des Trilobites, dans les terrains de transition, prouve que ces animaux ont vécu dans une lumière semblable à celle qui nous sert à distinguer les objets, une lumière solaire en un mot, et qu’ils ont été créés après que Dieu avait établi cet astre pour éclairer notre globe, ainsi qu’il est dit aux versets 14 à 18.On reconnut aussi que la Bible elle-même donne aux mots qui désignent les divisions du temps, comme jour, semaine, des sens divers et plus ou moins étendus (voir Ésaïe 34.8 ; Ézéchiel 4.6 ; Daniel 9.24 ; 1 Corinthiens 3.13 ; 5.5 ; 2 Pierre 3.10, etc.), et l’on en vint à traduire les six jours de la création par six époques. C’est à cette opinion que se sont arrêtés presque tous les théologiens et les géologues les plus distingués de notre temps ; pour eux les jours de la création ne sont pas des jours solaires comme ceux d’à présent, mais des époques cosmogoniques d’une longue durée, des temps de progression et de formation alternant avec des temps de trouble et de révolutions telluriques. Sans énoncer une opinion positive sur ce sujet, nous devons convenir que les probabilités sont en faveur de l’opinion qu’il s’agit non d’espaces de vingt-quatre heures, mais de périodes considérables, de mille ans peut-être ; en effet, il est remarquable que dans les deux passages de la Bible où il est dit qu’aux yeux de Dieu, mille ans sont comme un jour, et un jour comme mille ans, cette déclaration de l’Esprit saint se trouve placée en relation directe avec les événements de la Création, et avec ce jour du Seigneur qui, comme le dit saint Jean, doit durer mille ans (cf. Psaumes 90.2-4, avec 2 Pierre 3.5-10 et Apocalypse 20).

Les plus anciens livres des nations prennent aussi, comme la Bible, dans des sens plus ou moins étendus les mots qui désignent les divisions du temps.

Plutarque dit que les Égyptiens, voulant prétendre à une plus haute antiquité que les autres peuples de la terre, comptaient dans leur chronologie chaque mois pour une année. Les calculs des Indiens et des Chinois ont des bases tout à fait semblables.

Zoroastre, en parlant de la création, dit qu’elle se fit en six époques ou temps inégaux, distribués de la manière suivante : Le premier temps fut employé à créer le ciel, ce qui prit 45 jours ; dans le deuxième temps, qui dura 60 jours, Dieu créa les eaux ; la terre fut créée dans le troisième, qui fut de 75 jours ; le quatrième, de 30 jours, vit éclore les plantes ; le cinquième, de 80 jours, tous les animaux ; et le sixième, de 15 jours, fut consacré à la création de l’homme. La somme de ces nombres est 365 jours ou une année, (Hyde. De religione veterum Persarum, Cap. 9.). On reconnaît dans cette narration le récit de la Genèse défiguré, et combiné avec l’idée traditionnelle de la longueur considérable des jours de la création, tradition qui existait déjà, à ce que l’on prétend, chez les Juifs, et aussi chez les Etrusques (F. de Rougemont, Fragments, etc.)

Quelques auteurs ont cru en trouver une preuve implicite dans le langage même du texte, et de même que la forme participale du verbe qui exprime l’action de la force créatrice, l’esprit de Dieu, se mouvant sur la surface de l’abîme, indique non un acte subit et momentané, mais une force s’exerçant d’une manière continue (Doct. Wiseman, Lectures on Science and revealed Religion, vol. 1, p. 295), ainsi l’on a cru reconnaître dans ces six jours non seulement une suite de perfectionnements, mais aussi des intervalles de révolutions et de bouleversements dont l’idée serait renfermée dans la signification la plus étendue du mot Ereb, soir. Le premier chapitre de l’Ecclésiaste et le Psaume 104 (en particulier les versets 29 et 30) avaient fait pressentir la possibilité d’une semblable progression dont diverses traditions fort anciennes contiennent des traces remarquables. La cosmogonie indienne qui se rapproche beaucoup de la Bible, parle « d’un grand nombre de créations et de destructions de mondes, provenant de la volonté d’un Être suprême qui ne le fait que dans le but de rendre ses créatures heureuses » (Institues of Hindu Law. London, 1823, ch. 1..Nous ne pouvons nous empêcher de transcrire ici deux passages très remarquables de ce livre, cités par Lyell, Principles of Geology, vol. 1 ch. 2, avec l’indication des textes bibliques correspondants : « L’Être dont la puissance est incompréhensible, m’ayant créé, moi (Menou) et tout cet univers, fut de nouveau absorbé dans l’Être suprême, faisant succéder au temps de l’énergie l’heure du repos » (cf. Hébreux 1.3-10 ; 4.4 ; Jean 17.5). Et plus loin : « Quand cette puissance agit, alors ce monde reçoit son plein développement ; quand il sommeille, tout le système déchoit. Car pendant qu’il se repose, ou cesse d’agir, les esprits revêtus de formes matérielles, et doués de principes d’action, se détournent peu à peu de leur tâche, et l’intelligence elle-même devient inerte » (cf. Psaumes 104.27-30).

Telle est aussi la tradition des Birmans, et celle des anciens Égyptiens ; on la retrouva même dans les ouvrages de quelques Pères de l’Église, saint Augustin, Orat. II, saint Basile Hexaëmeron, hom. 2.

Les découvertes récentes de la géologie sont venues, bien des siècles après, éclaircir cette hypothèse, et la confirmer à ce qu’il semble. Cuvier, dans son Discours sur les révolutions de la surface du globe, établit par des preuves irrécusables, que ces révolutions ont été nombreuses, subites, antérieures à l’apparition de l’homme sur la terre, et même qu’il y en a eu d’antérieures à l’existence d’êtres vivants quelconques.

« L’histoire des six jours, ainsi que celle de l’humanité, a ses puits cosmogoniques, dont la première est le chaos, et dont le caractère est la mort, le désordre, les ténèbres ; par une concordance imprévue et inexplicable, les géologues d’une part, Moïse de l’autre, admettent un développement ou une création de la terre tout à fait extraordinaire, qui s’opère par une alternative de temps d’ordre et de création, de temps de désordre et de destruction.

« La géologie ne fait ici que préciser, expliquer, commenter le texte biblique, qui accepte en plein tous ces résultats de la science.

« Les soirs (Ereb) sont donc les temps de désordre ; le premier soir n’est autre chose que le chaos lui-même ; les suivants sont des invasions du chaos au milieu de l’œuvre lumineuse de Dieu. Les matins sont des temps d’ordre, de vie, de création. L’œuvre de Dieu pendant les six jours consiste à former la terre dévastée, et la dégager du chaos, de l’abîme et des ténèbres qui disparaissent successivement.

« Ainsi les eaux de l’abîme (1.2), qui recouvraient au deuxième jour encore la terre entière, en partagent au troisième la surface avec les continents, et elles n’existeront plus sur la terre nouvelle (Apocalypse 21.1). Ainsi les ténèbres, éclairées dès le premier jour par la lumière, sont transformées en soirs cosmogoniques, et au quatrième jour en nuits de douze heures. Les soirs cosmogoniques précèdent chacun des six jours, et cessent avant la création de l’homme, aucun ne s’interpose entre le sixième jour et celui du repos, et la dernière des grandes époques de désordre est celle qui sépare le cinquième jour du sixième. L’alternative des jours et des nuits de vingt-quatre heures cessera à la fin des temps, et la terre sera éclairée par une lumière continue (Zacharie 14.7 ; Apocalypse 21.23). C’est ainsi que les complètes ténèbres du chaos se transforment peu à peu en complète lumière.

« Le premier chapitre de la Genèse est une vision des temps antérieurs à l’homme, et doit s’expliquer d’après les mêmes principes que les prophéties.

« En comparant l’œuvre de Dieu dans la réorganisation du chaos et dans la création du monde, à celle de Dieu dans le cœur des fidèles et dans l’Église, selon l’indication que nous en donne Paul (2 Corinthiens 4.6), on remarque bientôt que les six jours cosmogoniques sont une espèce de prophétie de l’histoire de l’humanité, ou, en d’autres termes, que les faits physiques de l’histoire de la terre ont un sens analogue aux faits moraux de l’histoire de l’homme. Ainsi les ténèbres du chaos se reproduisent dans les ténèbres morales de l’âme déchue et pécheresse ; les nuits cosmogoniques dans les époques historiques de corruption et de ruines ; les jours cosmogoniques, dans celles de paix, d’ordre et de vie religieuse ; la formation du soleil au quatrième jour, dans l’apparition du soleil de justice vers l’an 4000, etc ». (Rougemont, Fragments, etc., p. 8.)

Avant de nous occuper spécialement de l’œuvre de chacun des six jours de la création, nous devons indiquer une autre partie de l’Écriture qui nous en donne un commentaire remarquable : nous voulons parler des chapitres 38 à 41 du livre de Job Ce n’est pas ici le lieu d’examiner en détail cette portion sublime et mystérieuse de la Parole, nous nous bornerons à quelques versets du chapitre 38.En interrogeant Job sur les merveilles de l’univers, l’Éternel condescend jusqu’à raisonner avec sa créature ; il lui montre que la souveraine sagesse qui a présidé à l’arrangement de la terre, des cieux et de tout ce qui s’y trouve, préside également aux événements de la vie des hommes, et que par sa direction, toutes choses concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu (Romains 8.28). Mais, outre ce but principal d’instruction, nous trouvons encore des allusions à l’histoire de la création, qui peuvent éclaircir pour nous quelques passages du chapitre 1 de la Genèse.

En effet, nous croyons voir, dans le verset 4, une indication de cette création primitive qui eut lieu au commencement (Genèse 1.1) ; puis au verset 7, nous voyons les intelligences célestes se réjouissant de l’ordre et de l’arrangement que Dieu venait d’y établir (v. 5 et 6), et chantant en triomphe à cause de cette nouvelle manifestation de la puissance de Dieu (v. 7). Mais une au moins de ces étoiles du matin (Lucifer), était déjà tombée, peut-être même plusieurs, et le mal vint bientôt gâter l’œuvre du Créateur. Il semble qu’une irruption des eaux troubla l’ordre nouvellement établi (v. 8), et ce fut alors que Dieu donna â l’abîme la nuée pour couverture et l’obscurité pour ses langes (v. 9) ; peut-être les ténèbres furent elles ordonnées alors comme punition et comme demeure des anges déchus, par opposition à la lumière éternelle, qui est représentée comme l’habitation de Dieu (Jean 3.19-21 ; Éphésiens 6.12). C’est à ce moment-là que semble se rapporter le premier soir de la création ; c’est là le chaos décrit au deuxième verset de la Genèse, et dont Dieu va tirer la terre par six époques de progression, six jours. Le verset 10 semble indiquer l’action de Dieu par laquelle il opère la séparation des eaux inférieures et supérieures, et le verset 11 correspondrait au verset 9 de la Genèse où Dieu fixe à la mer la place qu’elle doit occuper. Les versets 8-11 pourraient, il est vrai, se rapporter à quelques égards au déluge du temps de Noé ; mais ce qui nous fait préférer l’autre interprétation, c’est que le verset 9 semble nous indiquer que le cataclysme dont il est parlé au verset 8 doit avoir été antérieur au chaos, et que l’obscurité et le désordre du chaos en auraient été le résultat. Au verset 12 nous voyons paraître la lumière, mais non comme lumière solaire : c’est l’aube du jour, le point du jour, ou la lumière éclairant simultanément tous les points de la terre (v. 13), et faisant fuir de partout les ténèbres et les esprits de ténèbres. Puis plus tard (v. 14), cette lumière prend une nouvelle forme et se concentre pour ainsi dire dans une apparence ou un moule matériel, le soleil. Le verset 14 n’est pas bien rendu dans Ostervald : il a ajouté les mots la terre, qui ne se trouvent ni dans l’hébreu, ni dans plusieurs autres versions. Le verbe thitehapphek qui commence le verset 14, se rapporte d’ailleurs mieux au substantif masculin shachar, l’aube du jour (v. 12), qu’au substantif commun, mais ordinairement féminin érèts, la terre.

Premier jour. Nous avons déjà remarqué que dans le calcul de chaque jour cosmogonique le soir précède le matin : le soir du premier jour fut donc l’obscurité qui le précéda, c’est-à-dire le chaos. « Dans ce moment-là », dit Buckland, « une nouvelle ère allait commencer pour le monde, et la terre allait être tirée des ténèbres dans lesquelles elle n’avait peut-être été enveloppée que temporairement : car les mots, « que la lumière soit », ne signifient point implicitement qu’elle n’eût jamais existé précédemment.

Il était étranger au plan de Moïse de rechercher si la lumière avait déjà lui sur cette terre, ou si elle existait dans d’autres parties de l’univers ; la narration ne s’occupe que de notre planète, et la prend dans un moment où elle était plongée dans l’obscurité.

Le premier effet de l’action de l’Esprit sur le chaos fut donc l’éveil de la lumière, qui brilla dans le sein même de la masse informe dont elle fut séparée (Psaumes 104.5-6 ; Job 36.30). « Dans toutes les cosmogonies païennes qui parlent d’un chaos, dit M. de Rougemont, les ténèbres, la nuit, sont l’état primitif, la lumière apparaît ensuite, et plus tard les astres. Moïse, sans aucun doute, n’entendait pas que la lumière provînt du soleil déjà créé, mais encore voilé à la terre par les nuages ; de concert avec toute l’antiquité, il faisait la lumière plus ancienne que les astres ». En effet, il n’y avait point alors de nuages, puisque les eaux supérieures n’avaient point encore été séparées des eaux inférieures. Asaph en parle de même, lorsqu’il dit (Psaumes 74.16) : « Tu as établi la lumière et le soleil ». Dans plusieurs autres endroits de la Bible, elle est également représentée comme existant avant le monde, et comme étant la demeure de l’Éternel, l’image même de son essence (1 Timothée 6.16 ; 2 Corinthiens 4.6 ; Psaumes 104.2 ; Ésaïe 60.19 ; habakuk 3.4 ; Jean 1.4-9 ; 8.9 ; 12.36-46 ; 1 Jean 1.5, etc.).

Les philosophes incrédules du siècle dernier, voulant attaquer l’inspiration du récit sacré, ont tourné Moïse en ridicule pour avoir parlé de la lumière comme existant avant le soleil : les découvertes modernes de l’optique dont Moïse n’a pu avoir aucune connaissance, sont venues justifier l’inspiration de l’écrivain sacré, en prouvant que la lumière est un fluide qui pénètre d’autres corps, et qui existe indépendamment des corps lumineux. Ceux-ci ne la rayonnent ou ne l’émettent pas par une sorte d’émanation, comme on l’a cru longtemps : ils ne font que la mettre en mouvement par ondulations, en telle sorte qu’elle frappe les organes de la vue de la même manière que les vibrations de l’air communiquent le son à ceux de l’ouïe. Par conséquent, il n’y a rien de contraire aux lois physiques de la nature dans l’assertion de Moïse, qui nous représente la lumière comme créée avant tel ou tel corps lumineux.

L’œuvre du premier jour fut, comme nous l’avons remarqué, une œuvre de séparation. Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres, et Dieu vit que la lumière était bonne ; elle fut donnée non seulement pour éclairer les hommes d’une manière physique, mais aussi pour leur être un type de la sagesse, de la connaissance et des perfections invisibles de Dieu. Nous voyons en effet qu’elle fut ainsi considérée par les Juifs, et que même chez tous les peuples, et surtout en Orient, elle a toujours été l’emblème de la divinité, de la vertu et de toutes les bénédictions temporelles.

Second jour. Au second jour Dieu fit l’étendue (rakiah), non point une voûte ferme et solide, firmamentum, comme le traduit saint Jérôme. (Il dit aussi dans sa traduction de Job 37.18) : Tu forsitan cum eo fabricatus es cœlos qui solidissi-mi quasi aère fusi sunt ? ) ; mais l’air, le ciel des oiseaux, des tempêtes, des puissances de l’air et des malices spirituelles (Psaumes 148.4 ; Matthieu 6.26 ; Éphésiens 2.2 ; 6.12) ; l’atmosphère dans laquelle et au haut de laquelle devaient planer les nuages ; l’élément enfin qui devait soutenir un nombre immense de créatures que Dieu allait placer sur la terre, et dans lesquelles il mettrait une respiration de vie. Quand l’Écriture sainte parle de l’air, dont la pesanteur était méconnue avant Galilée, elle nous dit qu’à la création Dieu donna à l’air son poids et aux eaux leur juste mesure (Job 28.23). Quand elle parle de notre atmosphère et des eaux supérieures, elle leur donne une importance que la science des modernes a seule pu constater, puisque d’après leurs calculs la force employée annuellement par la nature pour la formation des nuages, est égale à un travail que l’espèce humaine tout entière ne pourrait faire qu’en deux cent mille années. Quand elle sépare les eaux supérieures des inférieures, c’est par une étendue et non par une sphère solide, comme voulaient le faire ses traducteurs ». (Gaussen, Théopneustie, 176, 483.)

Troisième jour. Au troisième jour la création se développe, pour ainsi dire ; dans les deux premiers, il y avait eu principalement création de séparation ou de distinction : dans celui-ci il y a deux actes créatifs, l’un de séparation, l’autre de formation. Dans la première partie de cette période, Dieu tire de l’eau la terre qui subsistait parmi l’eau. Il fait surgir les continents et les îles ; il forme la terre habitable et tout ce qu’elle contient (Néhémie 9.6). Le Dieu qui a formé la terre et qui l’a faite, ne l’a point créée pour être une chose vaine (le même mot thohou rendu par sans forme dans nos versions (Genèse 1.2), mais il l’a créée afin qu’elle fût habitée (Ésaïe 45.18).

Le neuvième verset de la Genèse indique l’existence antérieure de cette ancienne mer et de cette ancienne terre, en disant simplement, non qu’elles furent créées alors, mais que le sec parut, et cette terre qui, avant de paraître, subsistait déjà parmi l’eau, est la même dont la création avait été racontée au verset 1.La mer aussi ne fit que changer de place par le rassemblement en un même bassin des eaux déjà existantes.

La terre au troisième jour n’est point encore éclairée par le soleil ; elle a sa lumière propre dont nous ne connaissons pas bien la nature, mais qui établit une distinction essentielle entre la terre photosphérique des trois premiers jours et la terre planétaire des trois derniers. C’est sous l’action de cette lumière propre que parurent les végétaux pendant la deuxième partie du troisième jour : alors la terre produisit d’elle-même premièrement l’herbe, ensuite l’épi, puis le grain tout formé dans l’épi (Marc 4.28). Nous ne savons si ce serait par un souvenir traditionnel de la plus grande activité créatrice déployée au troisième jour, que les livres zends lui donnent une durée beaucoup plus longue qu’aux deux premiers.

Jusqu’à une époque très récente, la géologie n’avait pas découvert de traces des plantes qui furent créées au troisième jour ; tous les végétaux fossiles connus se trouvaient dans des couches placées au-dessus des terrains de transition où sont incrustés d’innombrables animaux aquatiques, les premiers êtres vivants qui habitèrent notre terre. (Le système carbonifère qui comprend les bancs de houille, et dans lequel on trouve des fougères, des palmiers, des conifères, est placé par-dessus la grauwacke ou système silurien, qui contient un nombre immense de zoophytes, et de mollusques, des articulés et des poissons.) M. de Rougemont, surpris de ce manque apparent de coïncidence entre le livre de la révélation et le livre de la nature, supposa que la nuit cosmogonique qui avait séparé le troisième du quatrième jour, ou le quatrième du cinquième, pourrait avoir été accompagnée d’une conflagration de notre globe qui aurait détruit la végétation primitive dans le temps où la terre devenait planète. Cette hypothèse, qui coïncide assez bien avec celle qui fait des soirs cosmogoniques des époques de bouleversement, semblait confirmée par les découvertes géologiques sur la nature des roches primitives ; les granits et les gneiss qui forment la couche inférieure de la croûte de notre globe, ne sont pas, comme les schistes et les calcaires, le résultat d’un sédiment boueux déposé par les eaux, puis durci peu à peu par la pression, la chaleur et l’évaporation : ils paraissent, au contraire, avoir été formés par le feu dont ils portent les traces, ou en avoir subi l’action. « Une telle conflagration de la terre photosphérique pendant que le système solaire était organisé, a naturellement dû faire disparaître toutes les plantes du troisième jour. Mais la Genèse ne fait pas mention de cette révolution par le feu, parce que le point capital de l’œuvre du quatrième jour était la formation du système solaire. « Toutefois, ajoute notre auteur, je suis le premier a reconnaître combien sont hypothétiques tous les rapprochements de détail entre la Bible et la géologie, relatifs aux époques antérieures à l’homme ». (Fragments, p. 141).

Malgré le profond respect que nous éprouvons pour les lumières et la piété de cet écrivain, nous nous permettons de différer un peu de ses vues sur ce point ; son hypothèse d’une conflagration ne nous paraît pas nécessaire pour expliquer la disparition de la flore primitive. Nous avons, en effet, remarqué que dans la création et dans l’histoire de la terre, depuis le commencement jusqu’au moment où Jésus remettra le royaume à Dieu le Père (1 Corinthiens 15.24), il y a progrès et développement successif ; depuis la terre entièrement couverte d’eau pendant le chaos, jusqu’à l’entière destruction de la mer (Apocalypse 21.1), le globe passe par un état intermédiaire, sa surface étant composée en partie d’eau, en partie de terres sèches. Si donc nous admettons une marche progressive, interrompue par une succession de bouleversements (les soirs cosmogoniques ), il n’y a rien de contraire à l’analogie des lois de la création, à supposer que les premiers continents auront été beaucoup moins étendus que ceux qui existent actuellement : par conséquent la flore primitive qui a végété sur ces premiers continents, n’aurait occupé qu’un espace proportionnellement très petit de la surface du globe, et pourrait se retrouver dans des terrains actuellement submergés. Mais il y a plus : les géologues n’ont examiné jusqu’à ce jour qu’une bien faible portion de la superficie de la croûte solide du globe, et de ce qu’on n’a pas trouvé jusqu’à présent en Europe (la seule partie du monde où l’on ait pu faire sur les fossiles des recherches un peu générales) des restes des premiers végétaux, il ne s’ensuit pas qu’on ne puisse le découvrir un jour ailleurs. Il paraît même qu’on commence à en retrouver les traces, et que les immenses végétaux fossiles récemment découverts dans le Canada et la baie de Baffin, doivent avoir crû sous des conditions de chaleur, d’humidité et de lumière, qui n’étaient point celles où vivent actuellement nos plantes. L’état de la terre, sortant à peine de l’eau et environnée de sa lumière propre, tel qu’il est décrit en Genèse 1.9-12, explique la croissance de ces plantes d’une manière bien plus satisfaisante que toutes les autres hypothèses.

Il n’est pas nécessaire non plus de recourir à une conflagration pour expliquer la formation des roches primitives. Presque tous les chimistes, les physiciens, les géologues et les géographes modernes, reconnaissent que la terre doit être composée d’un noyau de métaux et de métalloïdes en incandescence, entouré d’une croûte des mêmes substances à l’état d’oxydes diversement combinés entre eux. Le savant Fourier a déterminé les lois du refroidissement graduel du globe et de sa couche extérieure, et les expériences nombreuses et intéressantes de M. Cordier (Éssai sur la température de l’intérieur de la terre, dans le Mémoire du Muséum d’histoire naturelle, 1827) sont venues pleinement confirmer la justesse des observations de Fourier sur l’existence d’un feu ou d’une source de chaleur centrale. Ce système qui explique et la forme sphéroïdale de la terre, et l’action des volcans, et la chaleur des eaux thermales, et bien d’autres phénomènes encore, explique aussi comment la première croûte solide de notre globe (les roches primitives) doit porter des marques de l’action du feu, comment une température jadis beaucoup plus élevée, peut avoir donné à la terre une force végétative bien plus considérable que celle que nous lui connaissons maintenant, et comment enfin Dieu peut s’être servi des forces naturelles de l’eau réduite à l’état de vapeur, pour soulever en divers endroits de sa surface une portion de sa croûte solide sous la forme d’îles et de continents, et les laisser retomber ensuite au-dessous du niveau des eaux.

Quatrième jour. Ici, comme le remarque M. de Rougemont, la progression dans la création n’est plus la même ; il y a un saut, une interruption. « De même qu’à la fin du quatrième jour de l’humanité la lumière divine qui éclairait dès l’origine tous les hommes, se concentra en un individu, Jésus-Christ, communiqua à l’humanité des forces inconnues, et par la création de l’Église fit toutes choses nouvelles, ainsi, au quatrième Jour cosmogonique la lumière diffuse du premier jour se concentra dans le soleil, dont la chaleur pénétra et transforma la terre devenue planète, et la prépara à devenir la demeure d’animaux, d’âmes vivantes. Ce fut alors que le système solaire fut achevé, et que notre terre, en devenant planète, reçut aussi son satellite ». Il semble, en effet, que les grands luminaires des cieux dont il est parlé aux versets 14-18, ne sont nommés que dans leurs nouveaux rapports avec notre planète. Le texte ne dit point que la substance du soleil et de la lune ait été créée le quatrième jour ; mais il donne à entendre que ces corps célestes furent alors chargés de remplir à l’égard de notre globe des fonctions importantes pour ses futurs habitants, de luire sur la terre, pour dominer sur le jour et sur la nuit, etc. Le fait de leur création était déjà implicitement contenu dans le verset 1.Il est aussi fait ici mention des étoiles (1.16), mais en deux mots seulement : Viieth haccochabim, presque en façon de parenthèse, et comme pour indiquer qu’elles avaient été formées par la même toute-puissance qui avait ordonné au soleil et à la lune de luire sur notre terre. En passant si légèrement sur la création de ces innombrables corps célestes qui brillent dans l’espace, et dont la plupart sont probablement des soleils, centres d’autres systèmes planétaires, tandis qu’il place la lune, ce petit satellite de notre terre, comme tenant le second rang après la soleil, l’écrivain sacré nous montre clairement qu’il n’a point voulu nous donner une leçon d’astronomie, et qu’il ne parle ici des astres que dans leurs rapports immédiats avec notre terre et ses habitants, et non point eu égard à leur importance relative dans le vaste système de l’univers. Il semble impossible de comprendre les étoiles dans le nombre des luminaires que Dieu plaça dans les cieux pour luire sur la terre (1.17), et pour dominer sur le jour et la nuit ; car la plus grande partie des étoiles fixes n’est visible qu’à l’aide d’un télescope, et celles que nous pouvons discerner à l’œil nu ne donnent qu’une bien faible lumière en proportion de leur grosseur et de leur multitude (Buckland’s I, p. 27). Il nous paraît donc que le sens des versets 17 et 18 doit être restreint aux deux corps célestes, qui sont en réalité les grands luminaires de la terre. Leur office, en tant que servant à nous éclairer et à mesurer pour nous les temps et les saisons, doit durer autant que notre terre (Genèse 8.22) ; et de même que l’arc-en-ciel fut donné à Noé comme un signe de l’alliance que Dieu traita avec lui et avec toute chair, avec promesse de ne plus envoyer de déluge sur la terre, et de ne plus faire périr par les eaux tout ce qui a en soi respiration de vie, ainsi les grands luminaires des cieux sont proposés aux fidèles comme signes de l’alliance que Dieu a traitée avec David, en promettant que de sa postérité sortirait le soleil de justice, le Messie qui sauverait de la mort seconde les âmes de tous ceux qui croiraient en lui (cf. Jérémie 33.20-21). Cela ne signifie pas cependant qu’ils doivent durer à toujours, car lorsque le Messie, fils de David, viendra s’asseoir sur son trône et régner sur son peuple, la chose promise étant donnée, ce qui lui servait de type et de signe sera aboli. La loi s’accomplira jusqu’à ce que le ciel et la terre passent (Matthieu 5.18) ; mais lorsque viendra le jour du courroux de l’Éternel, il fera crouler les cieux, et la terre sera ébranlée de sa place, peut-être transportée hors de la place qu’elle occupe actuellement dans le système solaire (Ésaïe 13.13 ; cf. encore Aggée 2.6 ; 2 Pierre 3.10 ; Apocalypse 6.12-14 ; 21 ; passim 22.5 ; Ésaïe 60.19ss ; 65.17 ; 66.22).

Ces passages remarquables, considérés non dans leur but moral et prophétique quant à l’humanité et à l’Église en particulier, mais simplement dans leur rapport avec l’histoire de notre terre, semblent autoriser la supposition que notre globe, transporté au quatrième jour dans le système solaire, doit lui être enlevé à la fin de l’économie actuelle, sortir de son orbite, être soustrait à l’action du soleil et de la lune, et subir alors une nouvelle révolution par laquelle il atteindra un degré de perfection et de lumière dont nous ne pouvons nous faire maintenant aucune idée, mais qui sera en rapport avec les corps glorieux et incorruptibles dont nous serons revêtus à la résurrection.

La manière dont se suivent les passages relatifs à la catastrophe qui doit détruire l’ordre actuel, et ceux qui se rapportent à la destruction finale du globe, ne contribue pas peu à jeter de l’obscurité sur ce sujet ; mais on peut remédier en partie à cette obscurité en faisant attention aux considérations suivantes.

Dans les prophéties de l’Ancien Testament qui annoncent la venue du Messie, on voit entremêlées celles qui parlent de ses types, avec celles qui l’annoncent lui-même paraissant dans l’abaissement et l’humiliation, et celles qui décrivent le second et glorieux avènement du Messie, roi d’Israël, entouré de ses milliers d’anges et de tout l’éclat de sa puissance. Ces prophéties ne sont point rangées chronologiquement, mais elles se pénètrent et s’entrelacent comme feraient les dessins de plusieurs tableaux transparents, placés les uns derrière les autres. De même, dans les parties de l’Écriture qui annoncent le sort futur de notre terre et les révolutions qu’elle devra subir, on voit aussi entremêlées, sans égard à l’ordre des temps, des choses qui se rapportent aux événements plus rapprochés, et d’autres qui parlent de catastrophes plus éloignées ; des prédictions relatives au jugement des nations immédiatement avant la période millénaire, et celles qui se rapportent au jugement dernier, lors de la consommation de toutes choses ; des prophéties qui décrivent la transformation que subira le globe lors du millénium, lorsque le bien régnera sur la terre, et celles qui se rapportent à la destruction finale, à l’annihilation du globe, annoncée (Apocalypse 20.11.

Si l’on imite les disciples qui demandaient dans la même phrase les signes de trois événements bien différents qu’ils paraissaient confondre (la ruine de Jérusalem, la seconde venue du Christ, et la fin du monde, Matthieu 24.3), l’on n’obtiendra de la Parole de Dieu qu’une réponse aussi peu intelligible que le fut alors pour les Apôtres ce que leur dit le Seigneur qui leur parle, dans la même prophétie, de choses qui se rapportaient à ces trois époques distinctes. Ainsi, pour interpréter ce qui nous est prophétisé sur les destinées de notre globe, nous devons aussi distinguer avec soin les divers chefs sous lesquels nous devons les ranger, et apprendre à reconnaître dans une même prophétie les parties qui doivent avoir un plus prochain accomplissement et celles qui ont une portée plus éloignée.

Cinquième jour. C’est en ce jour que les premières créatures vivantes apparurent sur la terre, et c’est aussi à cette époque de la création seulement que l’on trouve des faits géologiques nombreux et détaillés, qui concordent avec l’interprétation proposée des jours cosmogoniques de la Genèse.

Nous ferons remarquer que la division biblique des animaux, lors de la création, est très différente de la classification des sciences modernes. Dans la Genèse, les animaux sont distingués d’après les milieux dans lesquels ils vivent, ou plutôt d’après les substances sur lesquelles doivent s’exercer leurs forces locomotrices, en aquatiques, atmosphériques, et terrestres. Les aquatiques comprennent les types des quatre grands embranchements, et la géologie retrouve aussi des vertébrés, des mollusques, des articulés et des zoophytes existant simultanément dans les couches fossilifères les plus anciennes. Plusieurs cosmogonies païennes qui entreprennent de raconter l’ordre de la création, font naître les oiseaux et les poissons dans deux jours différents ; mais les naturalistes, après avoir pendant longtemps partagé cette opinion, ont enfin constaté entre ces dix classes d’animaux des rapports intimes que rien n’indique à l’œil, mais qui se révèlent dans leur anatomie, et jusque dans la forme microscopique des globules de leur sang. Il y a peu d’années encore que les plus anciens oiseaux ne remontaient qu’aux terrains tertiaires, et les géologues faisaient observer combien il était rationnel que les oiseaux à sang chaud apparussent en même temps que les mammifères à sang chaud. La géologie contredisait alors la Bible, qui place les oiseaux, non au sixième jour avec les quadrupèdes, mais au cinquième avec les poissons.

La contradiction était palpable, insoluble ; mais depuis lors, on a retrouvé des races d’oiseaux, des empreintes de pattes d’échassiers, dans le grès bigarré, près de ces terrains de transition où la vie commence par des êtres aquatiques. Ainsi les oiseaux à sang chaud ont été créés à une époque ou les géologues a priori ne les auraient jamais fait remonter ; à une époque où il n’y avait pas trace de mammifères terrestres, et où les animaux aquatiques prédominaient encore en plein. Or, comment Moïse a-t-il encore ici deviné si juste ? – (Rougemont, Fragments, p. 114).

Sixième jour. Ce jour contient aussi deux parties comme le troisième et le cinquième ; les quadrupèdes et les animaux terrestres apparurent sur les continents et les îles qui étaient sortis de dessous l’eau au troisième ; « et de même que la seconde création du troisième jour (les végétaux) avait été la plus parfaite de la terre photosphérique, ainsi la seconde création du sixième jour (l’homme) fut la plus parfaite de la terre planétaire ».

Il est probable que Dieu ne créa alors comme pour le cinquième jour que les types ou genres (nommés espèces dans la Bible), et que ce que nous appelons maintenant sous-genres, espèces, variétés dans les animaux, se sont manifestés plus tard par l’action de causes naturelles subséquentes, ou de dispositions chez des individus qui se sont développées ensuite et propagées dans la postérité de ces mêmes individus. Il n’est pas dit si Dieu fit simultanément plusieurs animaux ou paires d’animaux de chaque espèce, mais comme une seule famille humaine devait suffire pour peupler toute la terre, ainsi une seule paire de chaque espèce d’animaux peut bien avoir aussi suffi pour remplir les bois, les campagnes, et tous les espaces habitables, dans les eaux et sous les cieux. Il n’y a donc rien de difficile à comprendre dans la revue que fit Adam de tous les animaux, lorsqu’il leur donna leurs noms ; et lors même qu’il y aurait eu un grand nombre de paires de chaque espèce, il n’est point dit que Dieu les fit toutes comparaître devant le premier homme ; tel ne paraît pas du moins devoir être le sens du mot tout animal (Genèse 2.19).

Un caractère remarquable de cette époque, c’est l’absence de férocité ; les animaux étaient herbivores, au moins ceux qui vivaient sur la terre et dans les airs, car il n’est point parlé des aquatiques (1.30), et cela a fait supposer que les eaux seules, et peut-être leurs rivages étaient habités en partie par des carnivores. L’expérience a prouvé qu’il est possible, même de nos jours, de nourrir de végétaux les animaux les plus carnassiers de leur nature, comme le lion ; par conséquent ce fait peut avoir eu lieu d’une manière beaucoup plus générale lors de la création. C’est en vain qu’on objecterait le peu de probabilité que des animaux carnassiers se soient contentés avant la chute de l’homme de manger de l’herbe et des fruits ; c’est en vain qu’on prouverait par la conformation des mâchoires, des dents, des griffes, de tous les muscles et de toute la charpente osseuse, qu’ils étaient faits pour saisir une proie et pour la déchirer de leurs dents ou de leurs becs crochus : si tels étaient leurs appétits naturels, il n’était cependant pas plus difficile au Créateur de les restreindre en Eden, que d’empêcher à Babylone les lions affamés de Nebucadnetsar de suivre leurs féroces penchants, de mettre en pièces Daniel et de le dévorer. La géologie d’ailleurs nous montre dans les terrains de l’époque myocène, un nombre proportionnellement très grand des pachydermes et des ruminants ; c’est probablement pendant cette époque géologique que fut créé le premier homme (Rougemont, Fragments, etc.).

Ici vient une pause dans le récit de l’historien sacré. Après avoir décrit la manière dont Dieu a peu à peu préparé cette terre, après l’avoir montrée graduellement revêtue d’un tapis de verdure et de fleurs, couverte de riches ombrages et d’arbres chargés de fruits, animée par les chants des oiseaux qui célèbrent dans les airs la gloire de leur Créateur ; après avoir décrit ces milliers de créatures vivantes, se mouvant dans les eaux et sur la terre, jouissant de leur nouvelle existence et de la lumière du soleil. il nous dit que le Créateur de toutes ces merveilles s’arrêta pour contempler son ouvrage et pour le bénir : et Dieu vit que tout cela était bon. L’œuvre de la création n’était cependant pas encore complète ; mais avant de placer dans cette magnifique demeure celui qui devait en avoir la souveraineté, le Tout-Puissant semble se consulter lui-même, comme pour une chose plus importante, et pour une création d’un ordre plus relevé que toutes les autres choses qu’il avait créées pour être faites. Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux, sur les animaux domestiques et sur toute la terre, et sur tout reptile qui rampe sur la terre. Jusqu’à présent, le texte hébreu a toujours désigné la terre par le mot érets ; mais dans le verset 25, où il est parlé des reptiles de la terre, Moïse se sert du mot adamah, qui signifie terre, en tant que sol, et surtout sol rouge, quoiqu’il soit aussi pris dans une signification plus étendue ; et c’est dans le verset suivant qu’il dit : Faisons Adam (l’homme) à notre image, Adam étant mis ici comme nom générique de l’espèce humaine ; on dirait que, par ce changement d’expression, l’auteur sacré cherche à faire mieux ressortir l’origine à la fois terrestre et céleste de cette nouvelle créature, rattachant à ce nom symbolique l’idée de sa faiblesse naturelle et de sa haute vocation (cf. 2 Corinthiens 4.7).

Ajoutons encore ici que ce nom d’Adam semble indiquer que la couleur primitive de la race humaine aurait été le rouge, comme on le retrouve encore chez les races indigènes de l’Amérique ; la tradition des Juifs, des Américains et des habitants des îles de la mer du Sud a conservé le même souvenir.

L’homme n’ayant trouvé parmi les êtres vivants aucun être qui lui fût semblable, Dieu fit tomber sur lui un profond sommeil, prit une de ses côtes, en forma une femme, et la présenta à Adam à son réveil (2.18-22).

On a quelquefois prétendu que les ressemblances frappantes qui se rencontrent dans les cosmogonies des différents peuples, ainsi que dans celles de leurs traditions qui se rapportent à l’origine du genre humain, ne pouvaient provenir que de la similarité de l’esprit humain dans tous les pays, similarité qui, à l’égard de certaines choses, devait nécessairement conduire partout à un même résultat. Cette théorie est assez vraie pour tout ce qui est du ressort de la réflexion et de la méditation ; mais quand les traditions ne peuvent s’expliquer, ni par le raisonnement, ni par l’expérience, il est clair qu’elles doivent provenir d’une même source, et qu’elles nous indiquent une commune origine pour les peuples chez qui elles sont nationales. Qu’y a-t-il, par exemple, dans la forme de la femme, qui ait jamais pu donner l’idée qu’elle ait été primitivement tirée de l’homme et formée d’un de ses os ? Or, cette tradition se retrouve chez les peuples les plus éloignés et sans communication les uns avec les autres. En Chine, la femme du premier homme est « la fille de la côte d’Occident », et son nom signifie « la grande aïeule qui entraîne au mal ». Les Groënlandais disent que la première femme fut formée du pouce de l’homme. Les Indiens de l’Essequebo prétendent qu’après que le Grand-Espnt eut créé tous les animaux, il finit par former un homme qui tomba bientôt dans un profond sommeil ; le Grand-Esprit l’ayant touché, il se réveilla et vit à ses côtés une femme. Chez les Indiens, il est question d’un premier homme, Viradj, créé sans femme ; puis regardant autour de lui, se voyant seul, il se plaint de sa solitude, il se divise lui-même en mâle et femelle et donne naissance à toute la race humaine. Chez les habitants de la Nouvelle-Zélande, le mot Iwi (Ève) signifie os, et la première femme a été formée, selon eux, du corps de l’homme et d’une de ses côtes. À Tahiti, le Dieu créateur, après avoir fait le monde, forma l’homme avec de la terre rouge : un jour il plongea l’homme dans un profond sommeil et en tira un os (Ivi, ioui) dont il fit la femme (Rougemont, p. 56).

Mais si les païens eux-mêmes ont conservé d’une manière si admirable, à travers cinquante-huit siècles, l’histoire de ce sommeil mystérieux d’Adam, ce n’est qu’à l’Église chrétienne que le sens moral et symbolique de cet événement a été révélé.

Dans ce premier Adam encore sans péché, nous voyons le type de ce deuxième Adam qui a été fait semblable à nous en toutes choses, sans péché (grec) (Hébreux 2.17 ; 4.15). Ce sommeil, ce côté entrouvert, cette épouse qui en est tirée, nous sont des emblèmes de la mort de Christ et de son côté percé, de cette mort qui donne naissance à son Église, de cette « Église qu’il s’est acquise par son sang » pour en faire son épouse bien-aimée (Actes 20.28). Ce n’est qu’après la mort de Jésus, que les disciples commencèrent à se rassembler en son nom sans lui, mais la nouvelle Église fut cachée et n’exista pour ainsi dire qu’en germe et sans développement, jusqu’à la Pentecôte (voir encore 1 Corinthiens 11.8-9 ; Éphésiens 5.23-32). Si, confondus par la force de ces images, nous avons peine à croire à une telle condescendance de notre Dieu ; si, considérant nos faiblesses et nos misères, il nous semble impossible que l’Église puisse être l’objet d’un tel amour, et que nous soyons portés à demander, comme Nicodème : Comment cela peut-il se faire ? Dieu nous répond par ces glorieuses promesses : « Christ s’est livré pour son Église, afin qu’il la sanctifiât après l’avoir nettoyée en la lavant d’eau et par sa parole, pour la faire paraître devant lui une église glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et irrépréhensible » (Éphésiens 3.25-27 ; Colossiens 1.18-22 ; cf. 1 Corinthiens 1.30).

Après que l’homme eut été formé, la création fut terminée ; le temps naturel commença, et les secousses, ou nuits cosmogoniques, cessèrent ; aussi ne voyons-nous pas que la Bible en fasse plus mention ; il n’est plus dit « ainsi fut le soir, ainsi fut le matin, ce fut le septième jour », parce qu’entre le sixième et le septième il n’y eut qu’une nuit naturelle de douze heures, et c’est probablement pendant cette nuit et le sommeil d’Adam, sur la dernière heure du sixième jour, qu’Ève fut formée, car il est dit (2.2) : que « Dieu eut achevé au septième jour toute l’œuvre qu’il avait faite ».

Septième jour. Ce fut au septième jour que Dieu se reposa de toute l’œuvre qu’il avait créée pour être faite ; il semble donc que nous devrions terminer ici le récit de la création, mais comme ce premier sabbat appartient encore à l’histoire de la première semaine du monde, nous croyons devoir ajouter encore quelques réflexions, sans lesquelles l’histoire de cette semaine de création serait incomplète.

Nous avons vu que les six jours précédents étaient, non des espaces de temps de vingt-quatre heures, mais de longues époques ; le septième aurait donc dû leur être proportionné. Lorsqu’il commença, Dieu n’avait point dit : « Tu travailleras six jours ; tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage, tu retourneras en la terre d’où tu as été tiré ». L’homme avait été placé dans le jardin d’Eden pour le soigner et le garder : non pour bêcher péniblement la terre et lui faire produire à force de sueurs les céréales et les autres graines dont il fut condamné à faire sa nourriture après la chute (3.18-19 ; cf. 4.29-30), mais pour se nourrir sans peine des fruits de « tout arbre désirable à la vue et bon à manger » que l’Éternel avait fait germer dans le jardin. C’était là le repos sans oisiveté des enfants de Dieu sur cette terre, et il est probable qu’il aurait duré un temps plus ou moins long, mille ans peut-être, après lequel ils auraient été recueillis auprès de Dieu, comme Hénoc, sans passer par la mort, sans que leur corps fut obligé de retourner dans la poussière.

La durée de la vie humaine avant le déluge était de près de mille ans, et nous avons lieu de croire que c’est à cause du péché qu’elle fut abrégée. Selon la tradition juive, égyptienne, persane, assyrienne et indienne, qui fait des jours de la création des espaces de mille ans, nous aurions dû nous attendre à voir le jour de l’homme créé à l’image de Dieu, le septième jour, durer aussi mille ans, et se terminer par sa translation dans le ciel ; mais de même que les soirs cosmogoniques avaient bouleversé l’ordre établi par Dieu dans la création matérielle, ainsi le péché vint renverser l’ordre moral et physique dans cette nouvelle créature de Dieu, et par suite dans le reste de la création. La terre, de très bonne qu’elle était, devint maudite à cause de l’homme (3.17). Le jour du repos, au lieu de durer mille ans, fut changé en un temps de peine et de fatigue, où il ne resta plus que des sabbats hebdomadaires de vingt-quatre heures, monument remarquable et aussi ancien que la race humaine, conservé pour lui rappeler sa destination primitive, et le but auquel elle doit tendre, sa chute et la miséricorde de Dieu, qui ne l’a point entièrement rejetée ; moyen de grâce pour les générations futures, et image, pour ceux qui ont appris à en faire leurs délices, du bonheur saint et pur que l’Éternel réserve à ses enfants. Ce sabbat primitif se trouvant ainsi réduit à vingt-quatre heures, devint pour le monde le commencement d’une nouvelle semaine millénaire ; suivant les traditions mentionnées plus haut, il devrait aussi s’écouler six mille ans depuis Adam jusqu’à la fin de l’économie actuelle. Le sabbat de cette nouvelle semaine serait alors l’époque glorieuse du millénium, de quelque manière qu’on l’entende ; puis, au lieu de la mort naturelle de l’homme, fruit de la chute et du péché, viendrait au bout d’un peu de temps (Apocalypse 20.3-7), la destruction de la mort elle-même, ce dernier ennemi de l’homme (1 Corinthiens 15.26 ; Apocalypse 21.4).

Ceci n’est, à la vérité, qu’une hypothèse ; cependant nous croyons pouvoir en trouver une confirmation (Hébreux 3 et 4 ; en commentant le sens du Psaumes 95.11), l’apôtre nous montre que la menace de Dieu aux Israélites, de les exclure de son repos, menace oui avait trait à la Canaan terrestre, se rapportait aussi, et dans un sens plus élevé, à la Canaan céleste, après laquelle doivent soupirer les enfants de Dieu ; puis il rattache cette même idée au premier sabbat (4.3-4), et montre (v. 6), que ceux à qui ce premier sabbat avait été « premièrement annoncé » n’y purent entrer « à cause de leur incrédulité », Adam et Ève ayant ajouté foi aux paroles du serpent plutôt qu’à l’ordre positif de Dieu. Ce premier sabbat tel que Dieu le leur destinait n’exista donc pas pour eux, ils n’y entrèrent pas. C’est pourquoi Dieu « détermine de nouveau un certain jour de repos » (v. 7, 9). Le premier sabbat millénaire ayant été abrégé, Dieu en prépare un autre pour son peuple, lorsque l’Éternel régnera en Sion et que le Roi de paix entrera dans son royaume (Ésaïe 32.17-18).

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