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Coupe
Dictionnaire Biblique Bost Westphal Calmet

La coupe de Joseph, dont il est parlé Genèse 44, 5, sq., a passablement ému les interprètes, à cause des paroles de Josepb qui charge son maître d’hôtel de poursuivre les onze frères accusés de vol : mais l’on n’est pas même d’accord sur la traduction exacte de ces paroles ; nos versions lisent : « N’est-ce pas là la coupe dans laquelle mon seigneur boit, et par laquelle très assurément il devinera ? » D’autres (Luther, Vulgate,etc.) traduisent ces derniers mots par ceux-ci : « dont il se sert pour prédire l’avenir », pour deviner avec certitude. La première traduction est plus simple, et chacun la comprend ; elle a même le défaut d’être trop simple : en s’apercevant que vous lui avez pris sa coupe, mon seigneur devinera que vous la lui avez volée ; c’est trop clair : on doit suppléer quelques mots pour lui donner un sens passable, et l’on dit, par exemple : Est-ce que par cette iniquité mon maître ne devinera pas les autres ? Cette paraphrase pouvait signifier quelque chose pour Joseph, elle ne signifiait rien pour le maître d’hôtel ; mais il est possible que Joseph, en lui ordonnant de tenir ce langage, voulût parler à la conscience de ses frères, et certes ceux-ci étaient à même de comprendre. Toutefois paraphraser n’est pas traduire, et l’on doit ici ajouter tout un sens pour en trouver un. En admettant la seconde version, l’on se demande si Joseph se serait en effet servi de sa coupe pour prédire l’avenir, ou si ses gens le croyaient ainsi, ou si le maître d’hôtel ne tient ce langage que pour s’accommoder à la croyance commune des Égyptiens qui regardaient Joseph comme un très habile magicien, ou enfin s’il veut seulement intimider les frères de Joseph, en leur faisant croire que celui-ci est très versé dans l’art de la divination. Il y a des défenseurs pour chacune de ses opinions, et l’on doit se rappeler que les anciens reconnaissaient une sorte de divination par la coupe ; ils prétendaient, entre autres, qu’Alexandre-le-Grand avait une coupe au moyen de laquelle il voyait dans l’avenir des choses naturelles et surnaturelles (et plusieurs traits de sa vie prouvent qu’en effet il trouvait quelquefois la double vision au fond de sa coupe). On devinait, soit en jetant dans l’eau de la coupe des lames de métal sur lesquelles étaient gravés certains caractères mystérieux, soit en y laissant tomber des gouttes de cire fondue, qui, d’après la manière dont elles se groupaient, donnaient la réponse aux questions présentées. Nous savons jusqu’à quel point l’on peut accorder créance à toutes ces ressources de la science magique ancienne ; mais, quoi qu’il en soit, il est évident que si Dieu avait accordé à Joseph le don d’interpréter les songes, il n’était pas un mage ou un devin oriental livré à la merci de son verre. On peut supposer, si l’on veut, que les Égyptiens, ignorants et païens, ne sachant à quoi attribuer les vertus et la science surnaturelle de leur gouverneur, les aient attribuées à quelqu’un des meubles dont il se servait, et à sa coupe en particulier. Mais l’on peut adopter aussi l’une des deux traductions suivantes, autorisées par l’original : N’est-ce pas la coupe que mon seigneur cherche avec beaucoup de soin ; ou... par laquelle il a voulu vous éprouver ?

La coupe (nos versions ont breuvage) est employée quelquefois dans l’Écriture pour signifier le partage, le lot, l’héritage de quelqu’un : c’est ainsi que David s’écrie : L’Éternel est la part de mon héritage et de mon breuvage (Psaumes 16.5) ; soit qu’il veuille dire : Il me suffit, et je ne veux point de part aux festins des méchants ; soit qu’il fasse allusion à ces mêmes festins où l’on remplissait les coupes aussi souvent que les conviés le désiraient.

Le même psalmiste s’écrie encore : Je prendrai la coupe des délivrances, et j’invoquerai le nom de l’Éternel (Psaumes 116.13), cérémonie qui paraît avoir été pratiquée réellement chez les Juifs, et dont on retrouve un exemple dans un livre de beaucoup plus moderne, et tout-à-fait apocryphe, le troisième des Maccabées (6.27), où l’on voit les Juifs d’Égypte offrir à l’Éternel des coupes dans les festins qu’ils firent pour leur délivrance. Quelques interprètes croient cependant qu’il faut entendre par là le vin que l’on répandait sur les victimes d’action de grâce (Exode 29.40 ; Nombres 15.5 ; 28.7-14). La coupe est encore mentionnée dans le dernier repas que Jésus fit avec ses disciples, et dans la solennelle institution de la Cène (Luc 22.20 ; 1 Corinthiens 11.23), de même que dans ces paroles de notre Sauveur aux fils de Zébédée : « Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire ? » Cf. encore la coupe d’étourdissement (Ésaïe 51.22 ; Psaumes 75.8) : « Il y a une coupe en la main de l’Éternel, tous les méchants en suceront et en boiront les lies ».

On sait comment l’Église romaine s’est permis de retrancher la coupe aux fidèles, de son autorité privée, il y a quatre ou cinq cents ans ; nous n’avons point à remontrer ici toute l’impiété de cette innovation, non plus que ce qu’elle a de diamétralement opposé à l’institution de la Cène par notre Sauveur, qui dit lui-même, en parlant du vin : « Buvez-en tous ». Sans doute avec les idées magiques que l’ont veut rattacher à ces simples symboles, et par suite des doctrines mystérieuses qui furent échangées pendant l’époque de ténèbres qui précéda la réformation, l’on vint à dire : Puisque le corps de Christ est tout entier et matériellement compris sous chacune des deux espèces, il n’est pas nécessaire de le donner à double aux simples fidèles, comme si notre Sauveur, en donnant ce commandement, n’avait pas su ce qu’il faisait : d’ailleurs, ajoutent les ennemis de la coupe, on pourrait, par accident, laisser tomber à terre quelques gouttes du sang sacré, en le donnant soit aux malades, soit aux enfants, soit même à tous les autres fidèles ; on dirait que notre Sauveur n’ait pas prévu ce cas, et que les prêtres du moyen âge aient dû, sous la conduite de celui qui demeure à Rome, réparer cette inadvertance. Mais nous n’avons point à régler ce compte ici ; d’autres l’ont déjà fait et bien fait.