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Circoncision
Dictionnaire Biblique Bost Westphal

Cérémonie religieuse qui consistait à couper le prépuce à tous les enfants mâles. Dieu lui-même ordonna à Abraham de faire subir cette opération à tous les mâles de sa famille ; il en fit même une loi pour tous ses descendants, et la circoncision devint la marque distinctive du peuple de Dieu, le signe de l’alliance, le symbole des rapports intérieurs et extérieurs établis entre Dieu et les Juifs. Le nom de circoncis ou de circoncision fut dès lors employé pour désigner le peuple de Dieu, la nation sainte, tandis que les Juifs appliquèrent aux infidèles le nom d’incirconcis, pour rappeler qu’ils ne portaient point en leur corps le signe glorieux de l’adoption divine qui était le privilège de leur nation seule.

Quelque respect que l’on doive avoir pour le témoignage d’Hérodote, et quelque haute antiquité que l’on puisse accorder, d’après cet historien, à la pratique de cette cérémonie chez les Syriens, chez les Phéniciens, chez les Éthiopiens, et surtout chez les Égyptiens ; quel que puisse être en outre l’accord d’un certain nombre de théologiens (Celse, Julien l’Apostat, Michaelis, Bauer, Winer, Cellérier fils), et tout en admettant, avec Haevernick (Einleitung, p. 320), que Ies Égyptiens, surtout dans la caste sacerdotale, connurent de bonne heure la circoncision, il nous est impossible d’admettre non seulement ce que prétend Winer, qu’Abraham et Moïse aient emprunté cette coutume aux Égyptiens ( !), mais même ce qu’affirme Cellérier, que la circoncision fût déjà connue sur la terre à l’époque où l’Éternel l’imposa à son peuple, comme marque particulière et distinctive. « L’Écriture, dit Calmet, nous parle de l’institution de la circoncision d’Abraham comme d’une chose toute nouvelle. Elle nous dit que c’est le sceau de l’alliance que Dieu fait avec ce patriarche ». Et comment la circoncision aurait-elle été un caractère qui distinguât Abraham et sa race du reste des peuples, si elle eût été commune aux Égyptiens et aux Éthiopiens, aux Phéniciens et à tant d’autres peuples qui l’ont pratiquée autrefois ? On comprend que les Arabes, les Sarrasins, les Ismaélites, tous issus d’Abraham et jaloux sans doute de la prospérité qui semblait s’attacher à la branche d’Isaac, aient adopté par esprit d’imitation, par une fausse dévotion, ou par un faux calcul d’intérêt, une cérémonie matérielle qui ne leur devait apporter aucune des bénédictions divines dont elle était le garant, mais qui a pu non seulement ne pas leur nuire, mais même avoir pour eux quelqu’un de ces avantages charnels qui la font encore estimer en Orient, et qui furent probablement aussi présents à l’esprit du divin Législateur qui l’établit. Les Samaritains s’y soumirent en acceptant le joug de la loi mosaïque, et c’est d’eux sans doute que veut parler Hérodote lorsqu’il mentionne les Phéniciens comme se faisant circoncire, car cette dernière petite nation que l’on pouvait facilement confondre avec quelqu’une de celles qui l’entouraient, ne paraît pas avoir jamais connu cet usage. Les Édomites, quoique descendants d’Abraham, ne reçurent la circoncision que lorsque vaincus par Jean Hyrcan, ils reçurent en même temps la loi de Moïse. Quant aux Égyptiens, nous l’avons dit déjà, la circoncision leur fut connue de bonne heure, mais elle ne fut jamais chez eux d’un usage général et indispensable ; les prêtres seuls y étaient obligés. Quelques-uns (Cellérier) répugnent à croire que les Égyptiens aient emprunté une cérémonie aussi importante au peuple pauvre et méprisé qui lui construisait ses pyramides, ses palais et ses temples ; mais l’on sait que souvent le vainqueur emprunte au vaincu ses mystères comme sa langue ; et d’ailleurs, si l’on ne veut pas admettre cette supposition, rien n’empêche de penser avec Bochart que c’est des Arabes que les Égyptiens ont reçu la circoncision. De nos jours encore cette coutume est généralement répandue dans presque tous les pays chauds, et sans faire une longue énumération des rapports des voyageurs modernes, nous nous bornerons à mentionner les divers faits suivants auxquels on pourrait aisément en joindre beaucoup d’autres. La circoncision est en usage dans tous les pays musulmans. Les nègres mahométans de l’intérieur de la Guinée la pratiquent vers l’âge de quatorze ou quinze ans, dans un jour solennel où sont appelés comme à une revue tous les jeunes gens qui doivent la subir. Chez les Galles, voisins de l’Abyssinie, on ne circoncit que les hommes faits. À Madagascar, la solennité de la circoncision est (ou était) la plus grande fête de toute l’île, accompagnée de sacrifices, d’abstinences, de jeux, de combats, de jeunes et de processions. À Socotora, un natif que l’on aurait trouvé incirconcis eût été condamné à avoir les doigts coupés. Les Abyssins, bien qu’ils soient depuis des siècles passés à un christianisme qui depuis longtemps n’existe plus guère qu’à l’état de mort, ont conservé la circoncision, soit comme ancienne coutume, soit comme précaution hygiénique. Les filles sont en diverses contrées circoncises comme les hommes, en Abyssinie, dans le royaume de Bénin, en Guinée, dans le Pégu, au-delà du Gange, chez les Coptes et chez les Hottentots. Il serait trop long de raconter en détail, ou même en abrégé, tout ce que font encore tant d’autres peuples païens, blancs, rouges ou noirs, habitants des Philippines ou du Mexique, sauvages ou demi-civilisés ; se disant sages ils sont devenus fous, et l’on aurait peine à croire en combien de façons ils ont modifié l’institution primitive donnée aux Hébreux ; la contrefaçon des choses saintes n’est jamais chose sainte.

C’est le huitième jour après leur naissance que devaient être circoncis les descendants d’Abraham (Genèse 21.4 ; Lévitique 12.3 ; Luc 1.59 ; 2.21), toutefois Moïse lui-même semble présenter à ce fait une première exception dans l’histoire de son propre fils (Exode 4.25 ; cf, 2.22), et nous en trouvons une seconde bien plus frappante dans le peuple du désert, dont aucun de ceux qui naquirent pendant le voyage ne furent circoncis que lorsqu’ils eurent pris possession de la terre promise (Josué 5.2-5). D’autres que les Juifs pouvaient être soumis à la circoncision, et ils étaient par le fait même incorporés au peuple de Dieu ; c’étaient les prosélytes de la justice qui désiraient obtenir le sceau de l’alliance (Exode 12.48), et les esclaves, achetés, faits prisonniers, ou nés dans la maison, auxquels leurs maîtres devaient faire subir cette opération, afin de les mettre par là, même malgré eux, sous la juridiction théocratique (Genèse 17.12). Cette opération n’était point considérée comme un travail, et pouvait se faire le jour du sabbat (Jean 7.22) ; c’était même un proverbe reçu que la circoncision chasse le sabbat. Un Israélite quelconque, ordinairement le chef de la famille (Genèse 17.23), était chargé de l’exécution (cf. Exode 4.24) ; les païens seuls ne pouvaient naturellement pas s’en mêler ; pour les adultes, on requérait cependant volontiers l’assistance d’un médecin : l’on se servait d’un couteau tranchant d’acier, ou plus ordinairement de pierre, estimant que cette dernière sorte était moins douloureuse, moins dangereuse, et causait moins d’inflammation (Exode 4.25 ; Josué 5.2). L’enfant peut se guérir de la plaie en vingt-quatre heures ; pour les adultes, il paraît, d’après (Genèse 34.25), qu’au troisième jour la douleur est encore vive et la fièvre assez ardente. C’est au moment de la circoncision, comme chez nous au moment du baptême, que le nom était imposé à l’enfant, v. Nom, (cf. Luc 1.59 ; 2.21).

Nous avons indiqué déjà l’une des raisons qui concoururent à faire introduire la circoncision chez les Hébreux. La première et la plus importante fut sans doute le choix de Dieu, libre, simple, spontané, sans que nous ayons à sonder ses desseins ; ce fut le sceau sanglant de son alliance avec Abraham et Moïse, comme l’arc-en-ciel fut le sceau de son alliance avec Noé, comme la croix de Christ l’est de son alliance avec nous. Mais si l’on peut découvrir, à côté de ce grand motif, quelques autres traits accessoires, et les avantages extérieurs qui devaient en résulter pour le peuple de l’alliance, nous essaierons de les indiquer par un mot. Comme le symbole du baptême représente l’homme perdu pour le monde et enseveli aux vanités et aux péchés de cette terre, la circoncision était le signe le mieux choisi pour marquer la pureté, le renoncement à toute souillure, qui devait être le grand caractère et le point dominant de toute la loi judaïque. Le jeune enfant était censé rejeter loin de lui toute chose impure, et semblait accomplir par avance le commandement de notre Sauveur : « Si tel ou tel de tes membres te fait broncher, coupe-le » (Matthieu 5.29 ; 18.8-9). La circoncision, par son étrangeté même, était en outre destinée à séparer toujours plus les Hébreux des peuples voisins, en leur inspirant les uns pour les autres un mépris réciproque. Enfin, sous le point de vue de la santé, il paraît que cette opération était de nature à prévenir un grand nombre de maladies qui se développent particulièrement dans les pays chauds, et que l’on trouve plus fréquemment chez les peuples qui de nos jours ne pratiquent pas la circoncision, que chez les autres.

On a vu déjà que chez les Hébreux le terme d’incirconcis ou prépuce (1 Samuel 17.26), était une des plus grandes insultes qu’on pût adresser à un homme ; à Rome, au contraire, c’était le nom de circoncis, ou de verpus, qui tenait lieu d’injure. À l’époque d’Antiochus Epiphanes, qui voulut ramener tous ses sujets au paganisme par le ridicule et la persécution, plusieurs Israélites prirent tellement à honte leur circoncision, qu’ils cherchèrent à en faire disparaître les traces par des moyens extérieurs, des remèdes et de nouvelles opérations (1 Maccabées 1.16). Sur l’horreur des Juifs pour l’incirconcision (cf. encore Juges 14.3 ; 15.18 ; 1 Samuel 14.6 ; 2 Samuel 1.20 ; Ésaïe 52.1 ; Ézéchiel 28.10 ; 31.18).

Saül, voulant se défaire de David, lui fit demander comme douaire, pour obtenir la main de sa fille, cent prépuces de Philistins (1 Samuel 18.25). David en apporta deux cents. On se rappelle l’usage des Turcs et d’autres peuples orientaux, de compter les morts de leurs ennemis par les têtes, les nez ou les oreilles qu’on en apporte ; mais comme souvent les serviteurs de ces despotes asiatiques, pour mieux mériter de leurs chefs, vont jusqu’à faire subir ces tristes opérations aux morts mêmes de leur parti, afin d’avoir plus d’organes à présenter, les calculs sont sujets à de bien graves erreurs. Saül n’avait rien de pareil à craindre, et ce qu’il demandait ne pouvait se trouver que chez les ennemis de son peuple.

La circoncision du cœur, dont parle l’apôtre Paul aux Romains 2.29, n’était point quelque chose de nouveau ; ce n’était point une spiritualité de la nouvelle alliance, comparée au matérialisme de l’ancienne ; l’ancienne aussi était spirituelle, comme elle était sainte, pure, salutaire ; c’était déjà l’ancienne qui pressentait l’inutilité de la circoncision faite de main en la chair ; c’était déjà l’ancienne, et Moïse lui-même, qui de la part de l’Éternel appelait les Hébreux à la véritable sainteté, lorsqu’il leur dit : « Circoncisez donc le prépuce de votre cœur (Deutéronome 10.16).

Après la mort de Jésus, et dès les premiers temps de l’établissement de son Église sur la terre, des disputes s’élevèrent entre ses disciples sur la nécessité d’assujettir ou non à cette cérémonie les païens qui passaient au christianisme : nous aurons à en reparler ailleurs ; rappelons seulement ici que Paul déclara d’une manière générale et positive « que celui qui se circoncit reste sous l’obligation d’accomplir toute la loi » (Galates 5.3), et que le concile de Jérusalem délivra officiellement les fidèles d’entre les païens de toutes les cérémonies mosaïques, et en particulier de celle de la circoncision (Actes 15.24-28-29).

Reste enfin le cas de Timothée (Actes 16.3), la circoncision que Paul donna à ce disciple, et qui paraît contradictoire avec la conduite qu’il tint plus tard avec Tite (Galates 2.3). Il n’y a aucune contradiction dans la manière dont les deux récits nous sont présentés ; dans les Galates, il est dit qu’on n’obligea point Tite, et dans les Actes rien ne semble indiquer que Timothée ait manifesté quelque répugnance à se soumettre à cette cérémonie : s’il y était volontairement disposé, il n’y avait rien dans le système de Paul qui pût l’empêcher d’y consentir ; cet apôtre disposé à se faire tout à tous, et Juif aux Juifs (1 Corinthiens 9.20), devait plutôt saisir avec joie l’occasion qui lui était offerte de faire aux hébraïsants une légère concession pour leur prouver son peu d’entêtement, son laisser-aller dans les choses secondaires, sa tolérance et son amour pour la paix, qui le faisait céder lorsqu’il ne s’agissait que de vues personnelles, particulières, sur des points peu importants, mais qui ne l’amenait cependant à aucune concession sur les articles mêmes de la foi.