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Villes
Dictionnaire Biblique Bost

C’est de ce nom, trop pompeux dans l’origine, qu’on décora d’abord, dès les temps des patriarches, les établissements fixes des familles agricoles, par opposition aux camps volants des nomades. Ces établissements étaient entourés de murailles ou de murs, et chaque ville était une forteresse (Nombres 32.17), ce qui explique les sièges nombreux dont il est parlé dans le livre de Josué. On choisissait d’ordinaire une hauteur, une montagne, ou tout au moins un mamelon, pour y fonder une ville ; la place était plus facile à défendre, et d’ailleurs, en beaucoup de cas, il n’était guère possible de faire autrement, car, à cause des mouvements du terrain, on n’avait de choix qu’entre la hauteur et le ravin. C’est à peu près là tout ce qu’on sait sur la construction des villes de la Palestine, Jérusalem seule étant exceptée.

Les villes modernes de l’Orient sont bâties largement, sans économie de terrain, et renferment dans leur intérieur de grandes places et de vastes jardins ; un voyageur à cheval a besoin d’une journée pour faire le tour d’Ispahan. Il est probable qu’il en était de même des villes de l’ancienne Asie, dont l’étendue, d’après le témoignage des historiens les plus dignes de foi, était presque fabuleuse, voir Babylone, Ninive, etc. Les portes des villes étaient des lieux de rendez-vous ; on s’y entretenait des affaires publiques et particulières, et l’on y rendait la justice ; elles donnaient ordinairement sur une place plus ou moins grande qui servait aussi de marché (Néhémie 8.1-16 ; Job 29.7 ; Cantique 3.2 ; Esdras 10.9 ; 2 Samuel 21.12 ; 2 Rois 7.1 ; 2 Chroniques 32.6). Les rues n’étaient sans doute pas aussi étroites qu’elles le sont aujourd’hui (à Saint-Jean-d’Acre, deux chameaux chargés ne sauraient passer l’un à côté de l’autre, même dans les rues les plus larges). Elles avaient souvent, surtout dans les grandes villes, des noms empruntés aux denrées, marchandises, objets quelconques qui s’y fabriquaient ou s’y vendaient (Jérémie 37.21), car chaque rue avait souvent sa spécialité, comme à Londres Paternosterrow est la rue des libraires, comme en Orient les rues larges (ou bazars), ne sont souvent occupées que par un seul genre d’industrie ou de négoce.

Les rues de Jérusalem étaient pavées dans la dernière période de son existence, probablement déjà avant Hérode Agrippa II, puisque celui-ci fit paver une grande rue à Antioche, dans une ville qui lui était étrangère, ce qu’il n’eût pas fait sans doute si Jérusalem n’avait pas joui du même avantage ; mais il est probable que les autres villes de la Palestine n’étaient pas pavées, ce qui, d’ailleurs, était peu nécessaire dans un pays où plusieurs d’entre elles étaient bâties sur le roc, et d’autres, surtout au nord-est, sur du basalte. La mention la plus ancienne qui soit faite d’une espèce de pavé, est celle des dalles dont Salomon fit garnir le parvis du temple. 1 Rois 20.34, nous montre des concessions de terrain faites dans des villes étrangères, comme conditions de la paix.

Jérusalem avait déjà des aqueducs avant l’exil (Ésaïe 7.3 ; 22.9 ; 2 Rois 20.20), tandis que les autres villes se contentaient de puits et de citernes construites à grands frais.

On n’a que des données incertaines et incomplètes sur la statistique des villes de Canaan jusqu’à l’exil. Plusieurs de ces villes furent détruites au temps d’Abraham (Genèse 19.24). D’autres furent renversées sous Josué, lors de la prise de possession du pays, et mises à l’interdit (Josué 6.24-26 ; 11.11), puis en partie reconstruites plus tard ; et dans presque tous les passages où il est parlé de villes fondées par des Israélites, il faut l’entendre plutôt de villes rétablies, agrandies, embellies et surtout fortifiées (Juges 1.26 ; 18.28 ; 1 Rois 12.25 ; 15.17-21 ; 16.24 ; cf. 2 Chroniques 8.5). Les invasions successives des Chaldéens détruisirent un grand nombre de villes, d’autres tombèrent en ruines pendant l’exil, et les rois de Syrie, dans leurs luttes avec les Macchabées, ne firent que continuer cette œuvre de désolation (1 Maccabées 5.65 ; 9.62).

En même temps, à cause des terreurs de la guerre, on se mit à fortifier celles des villes encore existantes qui semblaient avoir le plus de chances de pouvoir se défendre. Jérusalem en particulier, devint une place de guerre, et l’on bâtit même des tours et des forts isolés (1 Maccabées 9.50 ; 12.36-38). Pendant la période romaine, et surtout par les soins des Hérodes, des villes nouvelles s’élevèrent en Palestine, d’autres furent agrandies et embellies ; les maîtres donnèrent des théâtres, des gymnases, des stades, des temples et d’autres monuments à leurs sujets, pour adoucir le joug de leur esclavage ; les citadelles, les forts de montagnes furent également multipliés, comme on le voit par divers passages de Josèphe ; et la topographie nouvelle de la Palestine compta un grand nombre de lieux qui ne sont pas mentionnés dans l’Ancien Testament ; tandis que d’autres lieux, anciennement célèbres, avaient complètement disparu. La Galilée était particulièrement riche en villes et villages ; elle en comptait, au rapport de Josèphe, environ 204.

Les noms des villes de la Palestine avaient presque tous, comme dans tous les pays primitifs, une signification particulière, tirée de leur situation, de leurs alentours, ou de leur histoire ; Rama, Gabaon, Jéricho, Bethléem, etc., voir ces articles. Plusieurs étaient composés, commençant par beth (maison), hir ou kiriath (ville), hatsar (la terminaison correspondante, cour, est très fréquente en France, notamment en Picardie, Hargicourt, Achicourt, Jancourt, etc.), hémek (vallée, vallon), abel (pré, prairie), beér (puits, comme en français Fontainebleau), hen (source), et après l’exil, surtout par kephar, ou capher (village, Capernaüm).

Les noms commençant par baal trahissent une origine cananéenne, comme on trouve dans tous les pays quelques restes de leurs anciens habitants païens (Templeux, Templum Esi, etc.). Quelques noms affectaient la terminaison du duel, d’autres celle du pluriel ; ailleurs, voir Beth-horon, on distinguait par supérieure et inférieure deux villes voisines du même nom (chez nous Aizecourt-le-Haut, Aizecourt-le-Bas) : si ces villes du même nom étaient éloignées l’une de l’autre, on les distinguait par le nom de tribu, ou par tel autre caractère distinctif, comme on dit Châlons-sur-Saône ou Châlons-sur-Marne, Francfort-sur-le-Mein, ou Francfort-sur-l’Oder. Les Hérodes changèrent plusieurs noms anciens, et les remplacèrent par des noms romains en l’honneur des maîtres du pays, Césarée, Sébaste, Néapolis, Diospolis, mais il n’est que peu de ces noms qui aient réussi à déposséder l’ancien ; Neapolis ou Naplouse est presque le seul que l’on connaisse généralement, mais on n’a pas oublié Sichem, et les habitants du pays ont jusqu’à nos jours conservé en partie les noms primitifs des lieux qu’ils occupent.

On ne sait que fort peu de chose de la population des villes Israélites, voir Jérusalem, et les chiffres épars desquels on pourrait essayer de tirer une conclusion, sont si rares qu’on ne saurait s’y attacher. La différence entre les villes (fortifiées), et les bourgs ou villages (sans murailles), n’est pas marquée dans l’Ancien Testament ; ce n’est que vers la fin que l’on commence à l’apercevoir (Ézéchiel 38.11 ; Néhémie 11.25). Le Nouveau Testament distingue en revanche les villes des bourgs ou bourgades (Matthieu 10.11 ; Marc 1.38 ; 6.56 ; 8.27 ; Luc 8.1 ; 13.22 ; Actes 8.25). Les bourgs sont par exemple Bethphagé, Emmaüs, Bethléem. Cependant cette différence n’est pas toujours rigoureusement maintenue, ni dans le Nouveau Testament (voir Bethsaïda), ni dans Josèphe, qui donne une fois le nom de bourg à une ville très peuplée et entourée de murailles. La plupart des endroits dont le nom commence par Caper étaient des bourgs, quoique Caper signifie village, et l’on doit supposer qu’après n’avoir été d’abord que des villages, ils s’étaient petit à petit agrandis, comme tant de villes en Allemagne dont le nom se termine par dorf (village).

Nous n’avons pas de détails non plus sur les autorités locales, ou municipales, si l’on peut employer ces mots en parlant de la nation juive. Il est parlé de juges (Deutéronome 16.18 ; shôterim), mais l’expression est douteuse, et Dengstenberg y verrait plutôt une espèce de greffier ou d’écrivain public ; les anciens paraissent avoir été les conseillers de ville, comme juges et comme administrateurs, et avoir formé un véritable conseil municipal, sans le nom. Depuis l’exil, il est parlé de magistrats présidés ou dirigés par un archonte, ou chef (Josèphe), et de chefs, surveillants, ou commissaires de districts, dont les attributions ne sont pas déterminées ; voir aussi Sanhédrin.

Aux portes des villes se tenaient des sentinelles qui faisaient le guet, et donnaient des avertissements, soit en criant, soit au moyen d’une trompette ou d’un cor (2 Samuel 18.24 ; 2 Rois 9.17 ; cf. Ésaïe 21.11 ; Psaumes 127.1 ; Jérémie 6.17 ; Ézéchiel 33.6). Des gardes de nuit sont mentionnés (Cantique 3.3).

Quant aux communications des villes entre elles, voir Routes. Des pierres milliaires marquant la distance qui les séparait furent posées pendant la période romaine. On n’a presque pas de données, soit sur la distance, soit sur la position respective des différentes villes ; les indications ne sont qu’approximatives, et se rapportent au cours du soleil (Genèse 12.8 ; Juges 21.19). Les travaux de Josèphe, d’Eusèbe, surtout de Jérôme, les vieux itinéraires, les tables d’Abulféda, sont particulièrement précieux à consulter. Les travaux modernes, en revanche, ne peuvent être lus qu’avec beaucoup de précautions, la manie de l’ignorance étant de deviner, le danger des hypothèses étant de flatter l’amour-propre, et de convaincre leur auteur plus que ne ferait souvent la certitude, et l’Orient ancien ne pouvant plus guère être que deviné. Le Voyage de Schubert est parmi ceux qui renferment le plus d’observations importantes, et le moins d’hypothèses affirmées. Les Français sont restés bien en arrière des Allemands sous le rapport des recherches consciencieuses, et sauf l’Itinéraire de Chateaubriand, leurs ouvrages sont plutôt des affaires de poésie ou d’impressions.

Pour ce qui concerne les villes de refuge et les villes des Lévites, voir ces articles.