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Apocryphes
Dictionnaire Biblique Bost Westphal

C’est le nom qu’on donne à certains livres, reliés quelquefois avec la Bible, entre l’Ancien et le Nouveau Testament, et qui cependant ne font pas partie du volume inspiré. Quoique leur nom même ne se trouve pas dans la Bible, nous avons cru pouvoir en dire quelques mots, soit parce qu’une partie de la chrétienté les regarde comme divins, soit parce que c’est par les apocryphes seuls qu’on peut juger du caractère et de l’histoire des Juifs, 300 ou 400 ans avant Christ, soit enfin parce que le Nouveau Testament semble y faire parfois des allusions indirectes.

Les anciens chrétiens les lisaient, si ce n’est en entier, du moins en partie ; mais ils n’en faisaient lecture que chez eux et jamais dans leurs assemblées : ils ne les admettaient pas au nombre des écrits canoniques. Aucun de ces livres ne fut reconnu comme inspiré par les Juifs, « auxquels les oracles de Dieu avaient été confiés ». Philon qui les connaît, leur emprunte quelquefois des phrases ou de belles expressions, mais il ne les cite jamais comme ayant une autorité divine ou canonique, et Josèphe (C. Apocalypse 1, 8.) déclare expressément que, chez les Juifs, « les apocryphes étaient d’un degré de crédibilité inférieur à celui des livres canoniques ». Au deuxième siècle de l’ère chrétienne, Méliton dressa le catalogue des livres sacrés, et les apocryphes n’y sont pas mentionnés ; ni Origène au troisième siècle, ni au quatrième Epiphane, Athanase, Cyrille, ne reconnaissent leur authenticité. Jérôme et Ruffln nomment quelques livres apocryphes qu’ils déclarent positivement n’être pas canoniques. Dès lors l’Église, se corrompant de jour en jour davantage, en admit au fur et à mesure quelques-uns, jusqu’à ce qu’enfin le concile de Trente, tenu en 1550, sous le pontificat de Pie IV, les déclara tous d’autorité divine.

Il suffit d’un peu d’attention pour s’assurer que ces livres ne procèdent pas du Saint-Esprit. Non seulement ils n’ont pas la majestueuse simplicité des autres, mais encore ils renferment un grand nombre de choses mauvaises, mensongères et opposées aux oracles de Dieu.

On les divise ordinairement en livres historiques et didactiques ; mais cette division est peu tranchée, parce qu’il y en a qui sont des contes moraux, ou prétendus tels, à la fois historiques et sentencieux.

Le Premier livre d’Esdras n’est guère qu’un extrait mal rédigé des deux derniers chapitres des Chroniques, et du livre authentique d’Esdras. La traduction en est libre et abrégée, les hébraïsmes sont évités ; l’auteur ajoute quelques idées et quelques faits, mais dont l’inexactitude évidente montre un homme peu au fait de l’histoire. Il fait par exemple de Zorobabel un jeune homme au temps de Darius Hystaspes, et il lui donne pour fils Joachim (5, 2), tandis que celui-ci était fils du souverain sacrificateur Jésuah (Néhémie 12.10). Il appelé Darius roi d’Assyrie, longtemps après que cet empire eut été complètement détruit ; et il rapporte comme ayant eu lieu sous ce règne, des événements qui se sont passés sous Cyrus (cf. 4.43-57-58 avec Esdras 1.3).

Il est difficile de reconnaître un plan dans cet ouvrage, d’autant plus qu’il n’est pas achevé, et que nous n’en possédons qu’un fragment. Cependant, un auteur allemand, Berchthold, a émis l’opinion, assez probable, que l’auteur a voulu donner une histoire du temple de Jérusalem depuis la dernière époque du culte légal, sous Josias, jusqu’au rétablissement de ce culte par la nouvelle colonie revenue de l’exil. Ce plan est exécuté aussi bien qu’on pouvait l’attendre d’un Juif alexandrin, c’est-à-dire qu’il est extrêmement peu important pour l’histoire elle-même.

Le Second livre d’Esdras qui n’a même jamais été vu en grec, mais seulement en latin, est une collection de fables, de songes et de visions, si pitoyable que le concile de Trente lui-même rougit de lui concéder le titre de livre divin. Plusieurs passages de cet écrit laissent supposer qu’il a été fabriqué depuis la prédication de l’Évangile.

L’histoire de Tobie, sa piété, ses épreuves, et le secours qu’il trouve en Dieu, est une fiction poétique où l’auteur a voulu montrer que la piété, les bonnes œuvres, les aumônes et la prière, sont abondamment bénies (12.13ss). Un Juif de la Palestine paraît avoir pris son sujet dans la tradition, pour y rattacher ses idées et celles qui se répandaient parmi le peuple depuis l’exil. Il dit souvent : Les aumônes sauvent de la mort (4.7-11 ; 12.8-14). La doctrine des anges a un caractère persan, et le Zend-Avesta nous parle comme Tobie (3.16 ; 12.12), de ces anges qui exaucent les prières et qui les apportent devant Dieu. De même, le voluptueux démon Asmodée, et le moyen de chasser ces êtres malfaisants par la fumée ou autres cérémonies, se retrouvent dans les livres religieux du paganisme oriental. L’auteur doit avoir vécu assez tard, car il commet des fautes dont plusieurs trahissent un moderne : on le place ordinairement un siècle avant Jésus-Christ. On ignore si Tobie fut d’abord écrit en hébreu. Saint Jérôme l’a traduit du caldéen, langue dans laquelle il semble le plus probable qu’il a été composé. Les héllénismes que l’on trouve dans l’exemplaire de Castellion, ou dans les exemplaires publiés par Munster et Fagius, démontrent manifestement que ce ne sont là que des traductions du grec, et non des productions originales. En tout cas, cette légende ou histoire, aussitôt qu’elle eut paru, reçut des modifications de tous genres : aussi n’y a-t-il pas une seule de ces versions qui ressemble à l’autre. L’imitation en vers, d’Andrieux, n’est ni la moins poétique, ni la moins édifiante de toutes ces éditions retouchées et augmentées.

Le Livre de Judith est un roman dont l’intrigue est connue de tout le monde. Une femme s’introduit auprès d’Holopherne comme courtisane, l’endort de vin et de propos caressants, lui coupe la tête, et vient annoncer au peuple juif qu’il est délivré du général assyrien. Ce livre paraît avoir été écrit en caldéen comme le précédent, et c’est de cette langue que saint Jérôme l’a traduit en latin. On ne saurait à quelle époque de l’histoire des Juifs placer l’action qui fait le sujet de ce livre. Ce devait être après le retour de Babylone et la reconstruction du temple ; mais depuis la dix-huitième année de Nebucadnetsar, les Juifs ne furent en aucune manière inquiétés pendant plus de quatre-vingts ans. (2.1 ; 4.3 ; 5.18-19 ; 16.20-23). Comment concilier ces faits avec la vérité ? Quelle improbabilité d’ailleurs que Béthulie, petite ville, ait pu tenir contre une si puissante armée, et que la mort d’un général ait suffi pour faire prendre la fuite à toutes ses troupes ! Quant à la géographie de l’ouvrage, elle dénote la plus incroyable ignorance, et l’on croirait volontiers que l’auteur, après avoir fait sa petite histoire, l’a parsemée au hasard, de tous les noms de villes ou de pays qui lui passaient par la tête. On peut en dire autant de la chronologie.

Les Additions au livre d’Esther n’ont jamais paru en hébreu. Contrairement à ce que rapporte l’histoire inspirée, l’auteur de cet écrit prétend que ce fut dans la deuxième année de son règne qu’Assuérus faillit être assassiné par un de ses eunuques ; il dit que Mardochée fut récompensé sur-le-champ pour avoir révélé le complot ; qu’Haman avait été élevé en dignité déjà avant cette circonstance, et que sa haine contre Mardochée provint de la révélation qu’il avait faite ; que cet Haman était un Macédonien qui voulait s’emparer du trône des Perses au profit de son royaume. Les Juifs s’y donnent le nom d’enfants du Dieu très-haut, et prétendent que leur Dieu a ordonné aux païens mêmes d’observer la fête du Purim. Cela étant dit, nous pouvons ajouter que ces additions renferment aussi quelques belles et bonnes choses, dont Racine a su tirer parti dans sa belle tragédie de ce nom. Il n’est pas sûr que le concile de Trente ait déclaré cet ouvrage canonique : quelques docteurs romains prétendent que non.

Le Livre de la Sapience, dit de Salomon, n’a point été écrit par Salomon, et jamais on ne l’a vu en hébreu. Celui qui l’a composé avait lu Platon et les poètes grecs, ainsi qu’on le voit par plusieurs passages de son livre. En quelques endroits, il copie presque les prophètes et quelques écrits de l’Ancien Testament. Cet ouvrage se divise en trois parties générales : 1° : 1-6, 8 ; 2° : 6, 9-10 ; et 3° : 11-19.Ces parties sont isolées et bien tranchées, mais non pas tellement qu’elles fassent penser à trois ouvrages ou à trois auteurs différents. L’auteur s’adresse d’abord aux rois en leur proposant la sagesse comme but de leurs études et de leurs efforts ; puis il fait l’histoire de la sagesse, comment on peut l’obtenir et quels en sont les fruits : il montre les peuples idolâtres éprouvant les rigueurs de l’Éternel, et les compare au bonheur du peuple juif, qui reconnaît Jéhovah pour son roi. Il est possible que l’auteur ait eu un but politique, mais son objet principal était bien religieux. L’idée de saint Augustin que Sirach est l’auteur de ce livre est assez heureuse ; cependant on ne peut rien décider à cet égard, et il faut se contenter de l’idée générale d’un auteur alexandrin et antérieur à Philon, parce que la Sapience renferme une spéculation plus saine que celle de ce Juif.

L’Ecclésiastique, ouvrage préférable au précédent. Un certain Jésus, fils de Sirach, en lisant les Écritures et d’autres bons livres, avait acquis de grandes connaissances morales. Il se mit à recueillir çà et là diverses maximes, auxquelles il en ajouta de son propre fonds. C’est donc un recueil de sentences et de proverbes dans le genre de ceux de Salomon ; il renferme des excursions plus ou moins étendues sur l’ordre moral du monde, dans lesquelles l’auteur passe en revue les classes et les âges de l’homme. On ne saurait y chercher de plan ni d’ensemble, et le livre ne se laisse pas diviser. Primitivement écrit en hébreu ou en caldéen, l’Ecclésiastique fut traduit en grec par un petit-fils de l’auteur, sous Ptolémée Evergète, roi d’Égypte, probablement environ 240 ans avant Jésus-Christ Du reste, la date se laisse difficilement déterminer, car tout repose sur les indications de l’auteur lui-même, qui nous dit avoir écrit sous le pontificat d’un Simon, pendant le règne d’un Evergète ; or il y a eu deux pontifes Simon qui ont vécu tous les deux sous le règne d’un Evergète. L’auteur se donne si peu pour inspiré, qu’il s’excuse lui-même des imperfections de son travail ; il fait du Fils de Dieu, de la Parole, une simple créature ; il représente l’aumône et l’obéissance à père et mère comme un moyen d’expier ses péchés ; il prétend que Samuel prophétisa encore après sa mort ; enfin, selon lui, ce serait à Élie le Thisbite qu’il appartiendrait de faire cesser la colère de Dieu : à ce dernier égard (cf. Malachie 4.5).

Baruch est un insigne roman qu’on dit avoir été écrit par Baruch à Babylone. Or, selon toute probabilité, jamais Baruch ne fut à Babylone. Il fut lu à Jéchonias, près d’une rivière qui n’a point existé ; et d’ailleurs, comme on sait, Jéchonias vivait en prison pendant son séjour à Babylone, et n’avait pas le loisir d’aller se promener le long des eaux courantes. On y parle d’une collecte qui aurait été faite parmi les Juifs de la captivité, pour acheter des victimes, qu’on aurait envoyées au sacrificateur Joachim avec les vases sacrés de Sédécias ! Mais comment des esclaves, tout au commencement de leur captivité, peuvent-ils avoir de l’argent à déposer dans une collecte ? Comment envoya-t-on ces victimes à un souverain sacrificateur qui n’existait pas ? Comment put-on renvoyer de Babylone des vases sacrés faits par Sédécias, lorsqu’il est probable que Sédécias n’en a jamais fait faire ? Il faut remarquer, en outre, que l’auteur emprunte diverses expressions de Daniel, qui cependant vécut après la mort de Baruch. Le chapitre 6 se donne pour une lettre de Jérémie aux exilés de Babylone, et renferme des déclamations contre l’idolâtrie. Ce morceau est séparé de ce qui précède par une inscription, et il se distingue par un meilleur style : ce n’est que par accident qu’il se trouve lié à Baruch, mais il ne porte pas davantage le cachet de l’authenticité ; les soixante et dix semaines de Daniel y sont ridiculement converties en sept générations. Il est cité 2 Maccabées 2.2, et appartient sans doute aux Alexandrins, qui traduisaient en général très librement les oracles de Jérémie, et parmi lesquels s’étaient conservées un bon nombre de légendes sur ce prophète.

Le Cantique des trois jeunes Hébreux dans la fournaise est une mauvaise imitation du Psaume 148.Ces flammes de 49 coudées de hauteur, et ce vent de rosée que faisait souffler l’ange du Seigneur au milieu du feu, sont des détails qui portent tous les caractères de la fiction.

L’Histoire de Susanne, (formant quelquefois le 13e chap. de Daniel), est probablement une fable d’un bout à l’autre. Qu’elle ait été primitivement écrite en grec, c’est ce que prouve l’espèce de jeu de mots que fait le prétendu Daniel (v. 85 et 59), et qui n’a de sens que dans cette langue. Et puis, n’est-il pas absurde d’imaginer que tout au commencement de la captivité, un Juif ait pu être aussi riche qu’on nous représente le mari de Susanne ? que le droit de vie et de mort ait été donné à des tribunaux juifs en Caldée ? que Daniel élevé à la cour ait pu assister à ce procès ? et enfin, que si jeune, on l’ait admis au nombre des juges, surtout après que la sentence avait été prononcée ?

Le livre de Bel et celui du Dragon sont encore plus romanesques. En effet, quelle invraisemblance que Cyrus. roi de Perse ait adoré une idole babylonienne, et une idole qui fut mise en pièces lors de la prise de la ville ! Un homme de sa trempe pouvait-il croire qu’une statue d’airain pût réellement boire et manger ? Quel pitoyable moyen que celui qu’imagine Daniel pour découvrir la supercherie des prêtres de l’idole ! Comment ceux-ci ne virent-ils pas les cendres semées sur le parquet ? ou comment Daniel put-il empêcher qu’ils ne fussent avertis par les serviteurs du roi ? Puis, quelle absurdité que de faire trembler Cyrus devant les Babyloniens jusque-là qu’il leur sacrifie son cher Daniel ! de faire vivre Habacuc jusqu’à cette époque, pour qu’il puisse porter de la nourriture au jeune prophète dans la fosse des lions ! d’imaginer enfin que Cyrus ait pu rester six jours sans s’informer de ce qu’était devenu son ami ! Ces deux livres forment ce que, sans leur donner de titre à part, les catholiques romains appellent le 14e chapitre du prophète Daniel.

La Prière de Mariasse, qui ne se trouve pas dans le texte hébreu, semble être l’ouvrage de quelque Pharisien. Il y est parlé des justes, savoir d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, comme de gens sans péché, et qui n’ont pas eu besoin de repentance. Elle n’a été admise comme canonique que par l’Église grecque.

Enfin les Livres des Macchabées renferment l’histoire des Juifs sous le souverain sacrificateur Mattathias et ses descendants. Ils sont d’une très grande utilité, surtout le premier. Il doit avoir été composé en hébreu ou en caldéen : Origène l’a lu dans cette langue, et il paraît que c’est aussi de là que Jérôme l’a traduit en latin. Toutefois ce livre ne saurait être attribué à l’esprit de Dieu, et l’auteur lui-même fait l’observation qu’il n’y avait point de prophètes en ces temps-là (4.46 ; 9.27 ; 14.41). Il renferme d’ailleurs diverses méprises qui constatent son origine humaine. On y voit qu’Alexandre le Grand partagea lui-même ses conquêtes entre ses illustres généraux, tandis que ce partage ne se fit qu’après sa mort ; qu’Àntiochus le Grand fut fait prisonnier par les Romains ; que ces derniers donnèrent à Eumènes, roi de Pergame, l’Inde et la Médie, États qui faisaient partie de ceux d’Antiochus ; que le sénat romain comptait 320 membres ; qu’Alexandre Balas était fils d’Antiochus Epiphanes, etc., etc., tout autant d’assertions qui sont positivement contredites par l’histoire. Le second livre des Macchabées, contenant l’histoire de quinze années, est de beaucoup inférieur au premier. C’est l’abrégé de l’ouvrage d’un certain Jason de Cyrène. L’auteur termine en faisant des excuses sur sa manière d’écrire l’histoire ; et dans le fait il a bien des choses à se faire pardonner. À l’en croire, Judas Macchabée aurait vécu jusqu’à la 188e année des Séleucides, tandis qu’il mourut l’an 152 ; Antiochus Epiphane aurait été tué dans le temple de Nanée, en Perse, et l’on sait qu’il finit ses jours sur les frontières de la Babylonie. Néhémie aurait bâti le second temple et l’autel, constructions qui se firent soixante ans avant que Néhémias revînt de Perse ; Jérémie aurait caché dans une grotte et le tabernacle, et l’arche, et l’autel des parfums ; Persépolis aurait encore été debout un siècle après qu’Alexandre l’eut réduite en cendres ; Judas aurait bien fait d’offrir des prières et des sacrifices pour les morts, et Ragis serait aussi louable de s’être suicidé pour échapper à la fureur des Syriens.

On peut juger, par tout ce qui précède, combien ces livres apocryphes sont indignes d’occuper une place quelconque dans notre volume sacré, même en en faisant une catégorie tout à fait à part, ainsi que cela se pratiquait encore il n’y a pas beaucoup d’années. Aussi les sociétés bibliques se refusent-elles maintenant presque toutes à joindre ces livres aux versions qu’elles distribuent, et elles ont bien fait de prendre ce parti, puisqu’elles ne veulent et ne doivent répandre que la Bible.

Si quelques personnes désiraient étudier la question des apocryphes, elles trouveraient, dans un ouvrage sur ce sujet de feu l’excellent pasteur Moulinié de Genève, une apologie assez complète de ces livres ; mais elles verraient en même temps combien sont faibles les meilleures raisons que l’on peut avancer en faveur de leur authenticité. Il n’a paru aucun écrit français quelque peu détaillé qui traite de la non-inspiration des apocryphes ; mais on peut lire avec intérêt quelques mots de M. Haevernick à ce sujet, dans les Mél. de théologie réformée, par Haevernick et Steiger, p. 214-222.

Le Nouveau Testament a eu aussi ses Apocryphes ; mais les livres auxquels on a donné ce nom sont loin d’avoir acquis l’importance historique des Apocryphes de l’Ancien Testament. Il ne paraît pas que l’Église chrétienne ait jamais hésité sur la formation de son Canon. À aucune époque, aucun écrit humain n’est venu s’adjoindre au recueil des écrits sacrés. À la vérité, certaines sectes, assez mal connues d’ailleurs, ont essayé de modifier la collection évangélique à leur point de vue, mais ces tentatives ont avorté devant l’opinion générale, et il en reste à peine quelques traces, encore sont-elles contestables et contestées.

On croit, par exemple, que les Évangiles des Égyptiens, des Hébreux, de Marcion, n’étaient que des reproductions altérées des Évangiles canoniques, et l’on suppose que chacun de nos quatre Évangiles a dû être plus ou moins corrompu au profit des tendances diverses qui se partageaient l’Église primitive, tendances dont les germes se trouvaient dans les écrits sacrés eux-mêmes. La disparition prompte et presque totale de ces altérations, atteste à la fois la rectitude du sens chrétien, l’autorité de la tradition générale, et la pureté du Canon dans l’Église primitive.

À côté de ces écrits se placèrent d’autres livres. Les uns avaient uniquement en vue l’édification, comme le célèbre Pasteur d’Hermas qui est cité avec respect et entouré d’une sorte d’autorité morale. Les autres, dictés par l’imagination, avaient pour but de suppléer aux lacunes du Nouveau Testament sur la vie de Jésus, et de fournir une pâture à la curiosité avide des âmes pieuses. Tels sont le Protévangile de Jacques, les Évangiles de Marie, de l’enfance, de Thomas, de Nicodème, etc. M. Cellérier a fait entre ces derniers écrits et les Évangiles inspirés un parallèle intéressant. (Orig. du N. T. p. 174-215.) Une de ses remarques est assez importante pour être rappelée ici. « Ces Apocryphes ne sont point l’ouvrage d’imposteurs individuels, mais le résultat de l’imagination, des opinions, des préjugés du temps, l’ouvrage successif et en quelque sorte national des compatriotes ou des contemporains du Sauveur. On y voit, en d’autres termes, de quoi nos Évangiles eussent été infailliblement remplis s’ils n’eussent été divins… Pour traduire la chose en langue scientifique, ces écrits sont des mythes, et nos Évangiles, s’ils se fussent formés de la même manière, ne leur seraient pas supérieurs ». M. Cellérier avait à l’avance et en deux mots, réfuté le fameux système de Strauss.