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Luc 9
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Plan du commentaire biblique de Luc 9

La mission des douze

a) Leur envoi. Jésus assemble les douze, leur confère des dons de guérison, et les envoie prêcher le royaume de Dieu (1, 2).

b) Instructions qui leur sont données. N’emporter aucune provision. Demeurer dans la maison où ils seront entrés. Secouer la poussière de leurs pieds contre ceux qui ne les recevront pas (3-8).

c) L’accomplissement de leur mission. Ils parcourent les bourgades en évangélisant et en guérissant (6).

Hérode perplexe

Hérode, entendant parler de ce qui se passe, est inquiet, parce que les uns voient en Jésus Jean ressuscité, les autres Élie ou l’un des anciens prophètes, qui apparaîtrait de nouveau.

1 Or, ayant assemblé les douze, il leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies.
La fin du ministère galiléen
La mission des douze
Chapitre 9

1 à 9 Un dernier appel à la Galilée. Les inquiétudes d’Hérode.

Voir, sur cette première mission des apôtres, Matthieu 10.1-15, notes ; Marc 6.7-13, notes.

Luc, comme les deux autres synoptiques, rappelle que Jésus commence par conférer à ses disciples les dons nécessaires à leur mission. Cela est dans l’ordre.

Luc seul emploie ces deux termes à peu près synonymes : puissance et autorité ; le premier indique le pouvoir effectif de chasser les démons, le second la compétence pour exercer ce pouvoir. Les apôtres reçoivent, de plus, le don de guérir les maladies.

Cette dernière phrase dépend du verbe : Il leur donna.

Ici, comme partout, les évangélistes distinguent nettement la délivrance des démoniaques de la guérison des maladies.

Il y a quelque chose de solennel dans les premiers mots : ayant assemblé les douze (C’est à tort que le texte reçu ajoute : disciples). ; Luc désigne fréquemment les apôtres par ce mot : les douze, parce qu’ils occupent une position unique dans l’Église (Marc 3.15, note).

2 Et il les envoya prêcher le royaume de Dieu, et guérir.

Prêcher et guérir : telle est la double mission de l’apostolat (Matthieu 10.7-8 ; Marc 3.14-15).

Le texte reçu porte : guérir les malades ; ce complément est inutile, et la plupart des critiques le regardent comme inauthentique, bien qu’il soit soutenu par tous les témoignages, sauf B et la Syriaque de Cureton.

Voir, sur le royaume de Dieu, Matthieu 3.2, 2e note.

3 Et il leur dit : Ne prenez rien pour le chemin, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez point chacun deux tuniques.

Voir, sur cet ordre, Matthieu 10.10, note, et Marc 6.9, note.

Le texte reçu porte : « ni bâtons » Chacun est omis dans Codex Sinaiticus, B, C.

4 Et en quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et de là vous partirez.

C’est-à-dire, quand on vous aura reçus dans une maison, vous devez y rester jusqu’à ce que vous partiez de cette ville, sans vous permettre des changements qui pourraient faire de la peine à ceux qui vous ont offert l’hospitalité (Marc 6.10).

5 Et quant à ceux qui ne vous recevront point, en sortant de cette ville-là, secouez même la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux.

Matthieu 10.14 ; Marc 6.11, notes.

Même, devant « la poussière », manque dans Codex Sinaiticus, B. D.

6 Et étant partis, ils allaient de bourgade en bourgade, annonçant l’Évangile et guérissant en tout lieu.

Marc (Marc 6.12-13) indique avec plus de détail la triple action des disciples qui « prêchaient, chassaient les démons et guérissaient les malades », selon l’ordre et la puissance que leur Maître leur en avait donnés.

7 Or Hérode le tétrarque entendit parler de tout ce qui se passait, et il était en perplexité, parce que quelques-uns disaient : Jean est ressuscité des morts ;

Le texte reçu avec À et des majuscules porte : « de tout ce qui était fait par lui (Jésus) ».

Ces derniers mots manquent dans Codex Sinaiticus B, C, D.

8 et quelques-uns : Élie est apparu ; et d’autres : Quelqu’un des anciens prophètes est ressuscité.

Voir, sur ces craintes superstitieuses d’Hérode, Matthieu 14.1-2, notes, et Marc 6.14-16, notes.

D’après les deux premiers évangélistes, c’est Hérode lui-même qui exprime l’idée renfermée dans ces versets, tandis que Luc la met dans la bouche de ses alentours. Il n’y a là aucune contradiction, car si d’autres avaient inspiré cette pensée à Hérode, il se l’était appropriée, et en était rempli de crainte ; il était donc naturel qu’il l’exprimât lui-même.

Il faut remarquer ici une nuance significative : tandis qu’on disait que Jean ou quelqu’un des prophètes était ressuscité, Élie était, pensait-on, apparu ; c’est qu’Élie, d’après l’Écriture, n’était pas mort, mais avait été transporté directement au ciel (2 Rois 2.11).

9 Mais Hérode disait : Moi j’ai fait décapiter Jean ; qui est donc celui-ci, dont moi j’entends dire de telles choses ? Et il cherchait à le voir.

Il faut remarquer ce moi deux fois répété. Codex Sinaiticus, B, C l’omettent la seconde fois, mais il est plus probable qu’il ait été retranché qu’ajouté.

La répétition fait voir la conscience effrayée d’Hérode.

Matthieu et Marc racontent en détail comment Hérode avait fait décapiter Jean-Baptiste.

Luc a seul conservé ce trait qu’Hérode cherchait à voir Jésus. Il peut l’avoir appris par des disciples qui appartenaient à la maison d’Hérode (Luc 8.3 ; Actes 13.1).

Ce prince voluptueux et lâche devait se trouver en présence du Sauveur un an plus tard, mais pour voir Jésus le condamner par son silence (Luc 23.8, et suivants)

10 Et les apôtres, étant revenus, lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait. Et les prenant avec lui, il se retira à l’écart, dans une ville appelée Bethsaïda.
Plan
L’occasion

Les apôtres étant de retour de leur mission, Jésus les emmène en un lieu solitaire. Il y est suivi par la foule, à laquelle il annonce la parole de Dieu et dont il guérit les malades (10, 11).

Les préparatifs

Comme la nuit approche, les disciples demandent à Jésus de congédier les foules, afin qu’elles aillent dans les villages d’alentour y chercher un logement et de la nourriture. Mais Jésus leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Les disciples objectent qu’ils n’ont que quelques pains pour nourrir cinq mille hommes ! Jésus ordonne de les faire tous asseoir par rangs de cinquante personnes (12-15).

Le miracle

Jésus ayant pris les pains, les bénit et les rompt ; et il les donne aux disciples. Tous sont rassasiés, et l’on emporte douze paniers des restes (16, 17).

Retraite à Betgsaïda. Multiplication des pains

10 à 17 Multiplication des pains.

Le texte reçu, avec A, C, majuscules, porte : dans un lieu désert d’une ville appelée Bethsaïda. Codex Sinaiticus porte simplement : en un lieu désert. L’Itala, l’une des versions syriaques, la vulgate : dans un lieu désert appelé Bethsaïda.

La plupart des critiques adoptent la leçon de B et de quelques majuscules : dans une ville appelée Bethsaïda.

Il ne s’agit point de la Bethsaïda située entre Capernaüm et Tibériade, sur la rive occidentale du lac, patrie de Pierre, d’André et de Philippe (Jean 1.44) ; car, d’après Matthieu (Matthieu 14.13) et Marc (Marc 6.32), Jésus se rend sur le bord oriental du lac, en se servant d’une barque, ce qui est aussi conforme au récit de Jean (Jean 6.17).

Luc fournit la même indication en disant que Jésus se retira à l’écart, ce qu’il n’aurait pu faire dans le voisinage immédiat de Bethsaïda de la rive occidentale, théâtre principal de ses travaux. Bethsaïda Julias, au nord-est du lac, est aussi mentionnée par Marc (Marc 8.22, note).

Le miracle de la multiplication des pains est rapporté par les quatre évangélistes (Matthieu 14.13-21 ; Marc 6.30-44 ; Jean 6.1-13).

Quelle est la cause de cette retraite ? En mentionnant le retour des disciples, Luc fait supposer que Jésus éprouvait le besoin de s’entretenir en particulier avec eux, et de leur procurer quelque repos ; et c’est ce que Marc déclare expressément (Marc 6.31).

Matthieu (Matthieu 14.12-13) met la retraite de Jésus en rapport avec la mort de Jean-Baptiste, que les disciples de ce dernier venaient de lui apprendre. Ce double motif pouvait inspirer le Sauveur, qui savait que l’heure de ses souffrances approchait et qui ne tarda pas à les annoncer à ses disciples (Luc 9.22 ; Matthieu 16.21 ; Marc 8.31).

11 Mais les foules l’ayant appris, le suivirent. Et les ayant accueillies, il leur parlait du royaume de Dieu, et il guérissait ceux qui avaient besoin de guérison.

Luc ne nous dit ni comment Jésus se rendit de l’autre côté du lac, ni comment les foules l’y suivirent ; mais Matthieu et Marc nous apprennent que Jésus traversa le lac sur une barque, et que le peuple qui l’entourait, l’ayant vu partir, se hâta de le rejoindre en suivant la rive septentrionale.

Jésus se vit donc frustré du repos qu’il était allé chercher dans la solitude ; mais il n’en accueillit pas moins, avec sa bienveillance ordinaire, ces foules, auxquelles il adressa la parole de vie et dont il guérit les malades.

12 Or le jour commença à baisser ; et les douze s’approchant lui dirent : Renvoie la foule, afin qu’ils aillent dans les bourgs et dans les campagnes d’alentour, pour se loger et trouver des vivres ; car nous sommes ici dans un lieu désert. 13 Et il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils dirent : Nous n’avons pas plus de cinq pains et de deux poissons ; à moins que nous n’allions, nous, acheter des vivres pour tout ce peuple !

On a vu dans ces expressions des disciples une sorte d’ironie, qui se trouvait dans la situation bien plus que dans leurs paroles. C’est plutôt, vivement exprimé, l’embarras, qu’ils éprouvaient en présence de l’impossible.

Ce sentiment se trahit par une phrase coupée : « Nous n’avons pas plus de cinq pains…à moins que nous, nous n’allions acheter des vivres pour tout ce peuple ».

14 Car ils étaient environ cinq mille hommes. Et il dit à ses disciples : Faites-les asseoir par rangées de cinquante. 15 Et ils firent ainsi, et ils les firent tous asseoir. 16 Et, prenant les cinq pains et les deux poissons, levant les yeux au ciel, il les bénit et les rompit, et il les donnait aux disciples, pour les présenter à la foule.

Il les bénit (les aliments), expression particulière à Luc.

Matthieu et Marc disent : il bénit (Dieu), lui exprimant sa reconnaissance pour ce qu’il avait donné et pour ce qu’il allait faire. Le même acte est rapporté par Jean en ces termes : « ayant rendu grâce ».

Il faut remarquer ce verbe à l’imparfait, qui se trouve dans Marc et Luc : il les donnait aux disciples, indiquant une action continue ; il donnait, donnait toujours, et l’action ne cessa que lorsque tous furent rassasiés.

17 Et ils mangèrent et furent tous rassasiés ; et on emporta, des morceaux qui leur restèrent, douze paniers.

Ce nombre de douze paniers a été retenu par les quatre évangélistes.

18 Et il arriva, comme il priait à l’écart, que les disciples étaient réunis avec lui ; et il les interrogea, disant : Qui disent les foules que je suis ?
Plan
Le Christ

Jésus, après avoir prié dans la solitude, demande à ses disciples quelle opinion règne parmi le peuple à son sujet. Ils répondent qu’on le tient pour Jean-Baptiste, Élie ou l’un des anciens prophètes. Il leur demande alors leur propre sentiment. Pierre répond : Tu es le Christ de Dieu (18-20).

Le Christ souffrant

Jésus leur défend de le révéler présentement, et ajoute : Il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit mis à mort, et qu’il ressuscite le troisième jour (21, 22).

Les disciples du Christ souffrant

Puis il dit à tous : Si quelqu’un veut être mon disciple, il faut qu’il me suive dans la voie du renoncement et de la croix. Vouloir sauver sa vie, c’est la perdre : la perdre, c’est la sauver. Or le salut de l’âme vaut plus que la possession du monde entier, parce que, au jour de sa gloire, le fils de l’homme aura honte de celui qui aura eu honte de lui devant les hommes. Plusieurs de ceux qui sont ici ne mourront point avant d’avoir vu le règne de Dieu (23-27).

La confession de Pierre et la première annonce de la Passion

18 à 27 Qui est le Fils de l’homme ? Jésus prédit ses souffrances.

Grec : Comme il était priant

Luc est celui de tous les évangélistes qui fait remarquer le plus fréquemment ces prières de Jésus dans la solitude (Luc 5.16, note). Seul il nous rapporte que Jésus se prépara en priant à la scène capitale qui va suivre. Comme le remarque M. Godet, il est probable qu’il associa à sa prière ses disciples et les plaça ainsi dans des dispositions appropriées aux circonstances.

Voir, sur ce récit, Matthieu 16.13-16, notes, et Marc 8.27-30, notes.

L’entretien qui va suivre, entre Jésus et ses disciples, eut lieu dans la contrée de Césarée de Philippe. Non seulement Luc omet cette indication de lieu, mais il parait rattacher sa narration à celle de la multiplication des pains (versets 10-17), tandis que les deux premiers évangiles intercalent un grand nombre de récits qu’il passe entièrement sous silence (Matthieu 14.22 à 16.12 ; Marc 6.45 à 8.27).

Il y a donc, entre les verset 17 et verset 18, une lacune considérable qu’on a cherché à expliquer de diverses manières.

Voir le Commentaire de M. Godet sur l’Évangile de saint Luc, tome I, 3e édition, page 573.

19 Eux, répondant, dirent : Jean-Baptiste ; et d’autres, Élie ; et d’autres, qu’un prophète d’entre les anciens est ressuscité. 20 Et il leur dit : Mais vous, qui dites-vous que je suis ? Et Pierre répondant, dit : Le Christ de Dieu.

La particule adversative : Mais vous, accentue la signification de cette seconde question de Jésus. Il importait sans doute au Sauveur d’apprendre ce qu’on pensait de lui parmi les foules, mais infiniment plus encore de savoir quelle était la foi des disciples et de provoquer de leur part une confession de cette foi, afin de les y affermir.

Dans les trois évangiles, Pierre reconnaît le Seigneur Jésus comme le Christ ; mais chaque évangéliste formule cette idée à sa manière :

  • Matthieu : le Christ, le Fils du Dieu vivant ;
  • Marc : le Christ ;
  • Luc : le Christ de Dieu.

Cette dernière expression, de même que : « le Christ du Seigneur » (Luc 2.26), signifie le Christ (Messie, Oint) qui vient de Dieu, et que Dieu envoie au monde (Matthieu 16.16, note ; Marc 8.29 ; comparez Jean 6.69).

21 Mais lui, parlant avec sévérité, leur défendit de dire cela à personne, 22 disant : Il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup, et qu’il soit rejeté par les anciens et les principaux sacrificateurs et les scribes, et qu’il soit mis à mort, et qu’il ressuscite le troisième jour.

Dans les trois synoptiques, cette première annonce des souffrances de Christ suit immédiatement la grande confession de Pierre : Tu es le Christ. Dans tous les trois aussi, Jésus défend à ses disciples de le faire connaître. Mais c’est Luc qui fait ressortir avec le plus de clarté et de force le sens de ce rapprochement.

Grec : mais lui, les réprimandant, leur ordonna de ne dire cela à personne ; c’est-à-dire qu’il leur fit cette défense sur le ton sévère d’une réprimande.

Le même mot se retrouve dans Marc (Marc 8.30 ; comparer Matthieu 16.20, note).

La raison de cette interdiction est sans doute que Jésus ne voulait pas entretenir les espérances charnelles que nourrissaient ses adhérents. Ceux-ci attendaient un Messie glorieux, tandis que lui allait souffrir. Il ne voulait pas non plus provoquer avant le temps la haine de ses adversaires.

Ce motif ressort avec plus d’évidence encore du récit de Jean : (Jean 6.14-15) nous y lisons que, après le miracle de la multiplication des pains, Jésus dut se soustraire à l’enthousiasme de la foule, qui voulait le proclamer roi. La sévérité de sa défense nous est expliquée par ce contraste tragique : la royauté par la croix !

Matthieu 16.21, note ; Marc 8.31.

Les deux premiers évangélistes rapportent ici l’opposition faite par Pierre aux souffrances de son Maître et la sévère répréhension que celui-ci lui adressa. Luc omet ce trait, qui est tout au désavantage de Pierre ; mais il passe aussi sous silence les belles paroles de Jésus : « Tu es bien heureux, …tu es la pierre sur laquelle je bâtirai mon Église », qui sont à la louange de l’apôtre.

Certains critiques en ont conclu que Luc, disciple de Paul, avait des préventions contre Pierre. Mais, dans ce cas, il aurait eu soin de rapporter la réprimande, qui se lit dans Matthieu et dans Marc (comparer Marc 8.32-33, note).

23 Et il disait à tous : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, et qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. 24 Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra ; mais quiconque perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. 25 Car que sert-il à un homme de gagner le monde entier, et de se perdre ou de se ruiner soi-même ? 26 Car celui qui aura eu honte de moi et de mes paroles, le fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans sa gloire, et dans celle du Père et des saints anges. 27 Or je vous le dis en vérité, il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici présents, qui ne goûteront point la mort, qu’ils n’aient vu le règne de Dieu.

Voir, sur ce discours que les trois évangélistes placent à la suite de l’annonce des souffrances de Christ et qui en ressort d’une manière si naturelle, Matthieu 16.24-28, notes ; Marc 8.34-37, note.

Tandis que Jésus avait prédit ses souffrances et sa mort à ses disciples seuls, dans l’intimité, il adressait cette exhortation à tous (verset 23), parce que, pour tous, la vie chrétienne consiste à renoncer à soi-même, à prendre sa croix et à suivre Jésus.

Luc ajoute (verset 24), d’après Codex Sinaiticus, B, A, majuscules chaque jour.

Ce crucifiement de soi-même s’opère graduellement, selon le mode fixé par Dieu pour chacun et pour chaque étape de la vie. C’est ce qu’expriment les mots : chaque jour et sa croix.
— Godet

Au verset 25, au lieu de dire comme Matthieu et Marc perdre son âme, Luc dit : se perdre ou se ruiner soi-même. Ces deux verbes séparés par ou ne peuvent être synonymes, ce qui constituerait d’ailleurs une répétition oiseuse.

Suivant M. Godet, il y aurait gradation :

se perdre ou même seulement se porter atteinte à soi-même.

Suivant Weiss, le premier se rapporte au mal que l’homme se fait à lui-même, le second au châtiment divin qu’il attire sur lui.

La première explication paraît plus conforme au grec. Elle donne un sens excellent, que M. Godet indique en ces mots :

Il n’est pas nécessaire que le châtiment aille jusqu’à la perdition totale ; la plus légère atteinte portée à la personnalité humaine, dans une certaine mesure ou pour un certain temps, se trouvera être un mal plus grand que tous les avantages qu’aurait pu procurer la possession du monde entier.

Quant au verset 27, voir Matthieu 16.28, note, et Marc 9.1, note.

28 Or il arriva, environ huit jours après ces discours, que, prenant avec lui Pierre et Jean et Jacques, il monta sur la montagne pour prier.
Plan
Jésus glorifié

Suivi de trois de ses disciples, Jésus monte sur la montagne pour prier. Pendant qu’il prie son visage devient autre et son vêtement resplendissant (28, 29).

Entretien avec Moïse et Élie

Moïse et Élie s’entretiennent avec lui de son issue à Jérusalem (30, 31).

Les disciples

Ils sont accablés de sommeil, s’étant réveillés ils voient la gloire de leur Maître et les deux hommes qui étaient avec lui. Pierre déclare qu’il est bon d’être là, et propose de faire trois tentes, ne sachant trop ce qu’il disait (32, 33).

La déclaration divine

Une nuée couvre Jésus et ses deux interlocuteurs. Une voix sort de la nuée, disant : C’est ici mon Fils élu ; écoutez-le. Au même moment, Jésus se trouve seul. Les disciples gardent le silence sur ce qu’ils ont vu (34-36).

La transfiguration

28 à 36 Transfiguration.

Voir, sur le récit de la transfiguration, Matthieu 17.1-13, notes ; Marc 9.2-13, notes.

Les trois évangélistes placent cette manifestation de la gloire de Christ peu après ces discours concernant ses souffrances et sa mort. On comprend le rapport intime et profond qu’il y a entre ces deux faits : la vue de la gloire de leur Maître devait relever le courage abattu des disciples et les préparer pour les jours de ses profondes humiliations qui approchaient.

Matthieu et Marc disent : six jours après ; Luc : environ huit jours.

Cette différence s’explique si l’on tient compte du mot environ ; peut-être aussi Luc comptait-il le jour où Jésus tint ces discours et celui de la transfiguration, tandis que Matthieu et Marc ne comptaient que les jours intermédiaires.

Un trait important par Luc seul, c’est l’intention que Jésus avait en montant sur la montagne : il y allait pour prier. Toutes les grandes révélations de Dieu ont lieu en réponse à la prière. Ce fut dans ce moment de communion intime avec le Dieu qui est lumière, qu’un reflet de sa gloire éternelle resplendit en son Fils bien-aimé (comparer Luc 3.21-22 ; Luc 5.16, note ; Luc 6.12-13).

29 Et il arriva, pendant qu’il priait, que l’aspect de son visage fut autre, et son vêtement blanc, resplendissant.

Le terme que nous traduisons par resplendissant, éblouissant, dérive d’un mot qui signifie éclair.

Luc s’accorde ainsi avec les deux premiers évangélistes, sauf qu’il remplace : il fut transfiguré, par : son visage devint autre.

30 Et voici, deux hommes s’entretenaient avec lui ; lesquels étaient Moïse et Élie, 31 qui, apparaissant en gloire, parlaient de son issue qu’il devait accomplir à Jérusalem.

Luc désigne d’abord les interlocuteurs de Jésus comme deux hommes, il ne les nomme qu’ensuite ; son récit rapporte exactement les impressions des témoins de la scène, ceux-ci n’arrivèrent que graduellement à comprendre qui étaient ces deux hommes.

Son issue (grec son exode, sa sortie). Le mot est choisi à dessein et il exprime l’idée que, pour Jésus, sortir de ce monde visible, ce n’est pas seulement mourir, mais ressusciter et retourner dans sa gloire (comparer Actes 13.24 ; 2 Pierre 1.15, en grec).

Cette issue, il devait l’accomplir à Jérusalem, c’était un fait prévu, déterminé par le dessein de Dieu, et qui se trouvera accompli par l’événement.

Luc seul a conservé ce trait important, qu’on a appelé « la clef du récit », et qui montre que c’est à ce moment que Jésus, renouvelant sa résolution de donner sa vie pour le salut du monde, se décide à aller mourir à Jérusalem.

32 Mais Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient accablés de sommeil ; et s’étant réveillés, ils virent sa gloire, et les deux hommes qui étaient avec lui.

Grec : étaient appesantis par le sommeil, mais, ayant veillé au travers de cet assoupissement, ils virent sa gloire.

Le verbe veiller au travers, qui ne se trouve qu’ici dans le Nouveau Testament, signifie, d’après sa composition, se tenir éveillé en luttant contre l’assoupissement. Meyer défend ce sens littéral.

Weiss, M. Godet, et la plupart de nos versions traduisent : s’étant réveillés, ce qui suppose que les disciples s’étaient endormis et que ce fut à leur réveil seulement qu’ils virent d’abord la splendeur qui rayonnait de Jésus, puis les deux hommes qui se trouvaient avec lui.

Holtzmann hésite à se prononcer, trouvant ce dernier sens plus conforme au contexte, mais impossible à établir au point de vue de la langue.

Ce besoin de sommeil qu’éprouvaient les disciples ne parait pas naturel dans un moment si propre à exciter toute leur attention ; mais l’homme, dans sa faiblesse, ne peut supporter ni un excès de joie, ni un excès de tristesse. Le même phénomène se reproduit chez les trois mêmes disciples en Gethsémané (Matthieu 26.43).

Luc seul a conservé ce trait.

33 Et il arriva que, comme ils se séparaient de lui, Pierre dit à Jésus : Maître, il est bon que nous soyons ici ; faisons trois tentes, une pour toi et une pour Moïse et une pour Élie. Il ne savait ce qu’il disait.

Voir Matthieu 17.4 ; Marc 9.6.

D’après Luc, l’intention de Pierre, en proposant de bâtir des tentes, était de retenir Moïse et Élie qui se séparaient de Jésus. En tout cas, il voulait prolonger le bonheur intime dont il jouissait sur la sainte montagne.

L’étrangeté de la proposition de Pierre (grec ne sachant ce qu’il disait) peut être attribuée à cet assoupissement que Luc vient de décrire (verset 32).

Marc l’explique par la crainte religieuse dont les disciples furent saisis en présence de l’apparition céleste, et que Luc mentionne aussi (verset 34).

34 Et comme il disait ces choses, il y eut une nuée et elle les couvrait de son ombre ; et ils furent saisis de crainte quand ceux-là entrèrent dans la nuée.

Une nuée lumineuse (Matthieu), autre image de la gloire de Dieu, les ombrageait, non les apôtres, mais Moïse et Élie et Jésus, qui entrèrent dans la nuée.

Et c’est en ce moment que les disciples furent saisis de crainte, soit par l’effet de toute cette scène surnaturelle, soit parce qu’ils virent leur Maître lui-même disparaître dans la nuée. C’est alors que la voix céleste se fit entendre ; ensuite Jésus se trouva seul avec ses disciples.

35 Et une voix sortit de la nuée, disant : Celui-ci est mon Fils, l’élu ; écoutez-le.

Le texte reçu, avec A, C, D, dit : Mon Fils bien-aimé, terme emprunté aux autres évangiles et à la parole divine prononcée lors du baptême de Jésus (Matthieu 3.17). La variante qui se lit dans Codex Sinaiticus et B désigne le Sauveur comme l’élu de Dieu dans un sens absolu et par opposition à tous ses serviteurs.

Mon Fils l’élu implique sans doute aussi qu’il est le Fils bien-aimé de Dieu, mais, de plus, un être choisi par lui pour une destination spéciale, la rédemption du monde.

L’exhortation : Écoutez-le ! semblable à celle qui se lit dans Deutéronome 18.15, marque la signification de toute cette scène (Marc 9.7, note).

Après la vision glorieuse, les disciples se retrouveront avec Jésus seul (verset 36). Leur devoir sera de l’écouter avec une confiance plus absolue que jamais. Cet ordre leur donne aussi l’assurance que Jésus leur suffira en toutes choses, sans qu’ils aient besoin à l’avenir de visions de la gloire divine, telles que celle qui vient de leur être accordée.

Toute cette scène, dans chacune de ses phases, a donc conduit au but que Jésus se proposait, l’affermissement de la foi des siens. Dans la première, la contemplation de sa gloire ; dans la seconde, la confirmation de la voie douloureuse dans laquelle il allait entrer et les conduire avec lui ; dans la troisième, la sanction divine apposée à toutes ses paroles, devaient devenir de puissants appuis pour la foi des trois apôtres principaux. Raffermie, cette foi devenait, même sans paroles, l’appui de celle de leurs condisciples.
— Godet
36 Et comme la voix se faisait entendre, Jésus se trouva seul. Et eux gardèrent le silence, et ne dirent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu.

Ce silence gardé par les disciples leur avait été expressément imposé par le Seigneur « jusqu’à ce qu’il fût ressuscité » (Matthieu 17.9, note ; comparez Marc 9.9).

Après son retour dans la gloire, le récit de sa glorification momentanée ne sera plus exposé à de fausses interprétations. Luc ne mentionne pas la défense de Jésus, mais il note soigneusement le silence des disciples. Il omet aussi l’entretien que rapportent Matthieu et Marc sur la venue d’Élie, parce que cette idée, qui reposait sur une prophétie, n’avait cours que parmi les Juifs ; or Luc écrivait pour les nations.

37 Or il arriva le jour suivant, comme ils étaient descendus de la montagne, qu’une grande foule vint au-devant de lui.
Plan
La prière du père

Comme ils descendent le lendemain de la montagne, une grande foule vient au-devant de Jésus et un homme le supplie d’avoir pitié de son fils unique dont il lui décrit le mal, en ajoutant qu’il a inutilement prié les disciples de le guérir (37-40).

La réponse de Jésus

Il reproche à cette génération son incrédulité. Puis il dit au père : Amène ici ton fils. Comme celui-ci approche, une crise violente se déclare, mais Jésus réprimande l’esprit impur, guérit l’enfant et le rend à son père. Tous sont dans l’admiration de la grandeur de Dieu (41-43a).

37 à 43a guérison d’un démoniaque

Ce mot : le jour suivant, semble indiquer que la transfiguration eut lieu le soir précédent, ou durant la nuit.

Les trois évangélistes sont unanimes à rattacher à la scène glorieuse de la montagne la scène de douleur qui va suivre.

Voir, sur cette guérison, Matthieu 17.14-23, notes, et surtout Marc 9.14-32, notes.

38 Et voici, un homme de la foule s’écria, disant : Maître, je te prie, jette les yeux sur mon fils ; car c’est mon fils unique.

Mon fils unique ! Luc seul a noté ce motif touchant invoqué par le père.

39 Et voici, un esprit se saisit de lui, et aussitôt il crie ; et il l’agite violemment, le fait écumer, et à peine le quitte-t-il en le brisant. 40 Et j’ai prié tes disciples de le chasser, mais ils n’ont pu. 41 Et Jésus répondant, dit : génération incrédule et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous et vous supporterai-je ? Amène ici ton fils. 42 Et tandis qu’il approchait, le démon le jeta par terre, et l’agita violemment. Mais Jésus réprimanda l’esprit impur, et guérit l’enfant, et le rendit à son père.

Ce dernier mot, conservé par Luc seul, indique le but de cette guérison rappelle une parole semblable de notre évangéliste (Luc 7.15).

43 Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu. Et comme tous étaient dans l’admiration de tout ce que Jésus faisait, il dit à ses disciples :
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La seconde prédiction des souffrances de Jésus

Jésus déclare avec insistance à ses disciples qu’il doit être livré. Ils ne comprennent pas et redoutent de le questionner (43b-45).

L’ambition des disciples

Ils se demandent lequel d’entre eux est le plus grand. Jésus leur présente un petit enfant et affirme que quiconque reçoit cet enfant le reçoit et reçoit Dieu. Le plus petit est le plus grand (46-48).

L’exclusivisme des disciples

Jean confesse qu’ils ont empêché un homme de chasser les démons au nom de Jésus parce qu’il n’était pas des leurs. Jésus dit qu’ils n’auraient pas dû l’empêcher, car celui qui n’est pas contre eux est pour eux (49-50).

43b à 50 nouvelle annonce de la Passion, humilité et tolérance

Ou de la magnificence de Dieu, de sa puissance, de sa bonté. Tous les miracles du Sauveur, ayant un but de bienfaisance, sont des œuvres à la fois de puissance et d’amour, et sont une manifestation de ces deux perfections divines.

44 Pour vous, écoutez bien ces paroles : Le fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes.

Pour vous, mes disciples, qui devez vous distinguer de la multitude et ne pas partager son enthousiasme charnel (grec), mettez dans vos oreilles ces paroles ; des paroles dans lesquelles Jésus annonçait ses prochaines souffrances, au moment même où « tous étaient dans l’admiration de ce qu’il faisait » (verset 43).

Luc met ainsi cette nouvelle prédiction des souffrances de Jésus dans un rapport immédiat avec ce qui précède ; Matthieu (Matthieu 17.22-23) et Marc (Marc 9.30-32, voir les notes) la font coïncider avec le retour de Jésus en Galilée, qui eut lieu peu de temps après la transfiguration.

Celui qui venait de révéler avec autant de puissance que d’amour la grandeur de Dieu (verset 43), livré entre les mains des hommes ! Quel contraste ! Quelle preuve que son sacrifice sera parfaitement volontaire !

45 Mais eux ne comprenaient point cette parole ; et elle leur était cachée, afin qu’ils ne la saisissent pas ; et ils craignaient de l’interroger au sujet de cette parole.

La parole de la croix est toujours pour l’homme naturel un mystère, si elle ne lui est pas folie ou scandale. Ici, non seulement les disciples ne la comprenaient point, mais elle leur était cachée par une dispensation de Dieu, afin qu’ils ne la saisissent pas.

Leur aveuglement entraînait une sorte de jugement de Dieu. En effet, leur ignorance n’était pas purement intellectuelle, elle avait des causes morales ; ils comprenaient assez les paroles de Jésus pour en être « fort attristés » (Matthieu 17.23), mais dans leur peur de la souffrance, ils craignaient de l’interroger au sujet de cette parole (Marc 9.32, d’accord avec Luc).

S’ils avaient eu le courage de l’interroger, Jésus les aurait instruits plus complètement.

46 Or il survint entre eux une discussion : lequel d’entre eux était le plus grand.

Voir, sur ce trait, Matthieu 18.1-6, notes, et Marc 9.33-37, notes.

Marc raconte avec plus de détails l’origine de cette discussion, tandis que Matthieu rapporte d’une manière plus complète l’instruction de Jésus dont elle fut l’occasion.

C’est le même mot grec que nous traduisons ici par discussion, et au verset suivant par pensée.

Jésus, d’après Marc, avait remarqué qu’une contestation s’était élevée entre les disciples en chemin, et, arrivés à la maison, il leur en avait demandé le sujet.

Ce qui n’empêche pas que le mot de Luc (verset 47) voyant (Codex Sinaiticus, B : sachant) la pensée de leur cœur, ne conserve toute sa signification. Jésus seul, en effet, pénétrait et appréciait à sa juste valeur morale la pensée d’orgueil qui était, selon les termes de l’original, entrée en eux.

47 Mais Jésus, voyant la pensée de leur cœur, prit un petit enfant et le plaça auprès de lui, 48 et il leur dit : Quiconque recevra cet enfant en mon nom, me recevra ; et quiconque me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé ; car celui qui est le plus petit entre vous tous, celui-là est grand.

Dans Matthieu, Jésus présente tout d’abord ce petit enfant comme type d’humilité, ce qui est certainement la vraie pensée du Sauveur.

Luc l’exprime par les derniers mots de ce verset 48. Seulement, au lieu de parler au futur, comme Matthieu, en vue du royaume des cieux : sera grand, il parle (selon Codex Sinaiticus, B, C) au présent : est grand, appliquant immédiatement aux disciples la leçon qu’il leur donne par le petit enfant.

Puis les trois évangélistes se rencontrent dans cette seconde pensée, que quiconque est assez humble et moralement assez intelligent pour savoir estimer et recevoir avec amour un tel petit enfant, dans le nom de Jésus, le reçoit lui-même et, en lui, Celui qui l’a envoyé.

49 Et Jean, prenant la parole, dit : Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait des démons en ton nom, et nous l’avons empêché, parce qu’il ne te suit pas avec nous. 50 Mais Jésus lui dit : Ne l’empêchez point ; car celui qui n’est pas contre vous est pour vous.

Voir, sur cet entretien, Marc 9.38-39, notes.

Le texte reçu avec les majuscules récents porte : contre nous, pour nous. C’est une erreur occasionnée par le nous du verset précèdent, ou une leçon empruntée à Marc 9.40.

Codex Sinaiticus, À et quelques autres ont : contre vous…pour nous ; B, C. D, l’Itala, la Syriaque : contre vous…pour vous. Cette dernière leçon est la plus probable dans Luc.

Jésus se met hors de cause et ne parle que de ses disciples. À Luc 11.23, il dira : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ». Voir, sur l’accord de ces deux sentences, qui semblent contradictoires, Marc 9.40, note.

Jésus seul peut s’appliquer la dernière dans un sens absolu, car, en sa présence, il n’y a pas de neutralité possible. Ses disciples doivent se contenter de la première, et admettre que ceux qui ne sont pas contre eux sont pour eux. L’intérêt bien entendu de la cause de leur Maître les y invite et la charité leur en fait un devoir. Ils ne sauraient prétendre à une domination absolue sur les âmes, comme Jésus a seul le droit de l’exercer.

51 Or il arriva, comme les jours de son élévation s’accomplissaient, que lui-même prit la résolution d’aller à Jérusalem.
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La résolution de Jésus

Comme le temps de son retour dans la gloire approchait, Jésus prend l’énergique résolution de se rendre à Jérusalem (51).

Le mauvais accueil des Samaritains

Des messagers que Jésus envoie dans une bourgade samaritaine pour lui préparer un logement sont repoussés. Jacques et Jean proposent de faire descendre sur elle le feu du ciel. Jésus leur reproche l’esprit dont ils sont animés. Ils vont ailleurs (52-56).

Les trois disciples

Un homme s’offre à suivre Jésus. Jésus lui rappelle les renoncements qu’implique une telle résolution. À un second, Jésus ordonne de le suivre, et comme il demande la permission d’aller d’abord ensevelir son père, Jésus la lui refuse. Un troisième se propose de suivre Jésus, mais voudrait auparavant prendre congé des siens. Jésus lui déclare que nul n’est propre au royaume de Dieu, s’il n’a pris une décision irrévocable (57-62).

De la Galilée à Jérusalem

Départ de Galilée. Jésus et ses disciples. Instructions

Le commencement du dernier voyage à Jérusalem

51 à 62 Le départ pour Jérusalem et les premiers incidents du voyage.

Grec : les jours de son élévation, de son assomption ou de sa réception en haut.

Ces termes ne peuvent signifier autre chose que le temps marqué par la sagesse de Dieu pour le départ d’ici-bas et le retour du Sauveur dans la gloire. Ces jours s’accomplissaient, approchaient. Ce mot d’élévation ne se trouve qu’ici dans le Nouveau Testament, mais le verbe dont il est formé s’y rencontre fréquemment, et signifie toujours l’acte solennel par lequel le Sauveur, après avoir accompli son œuvre, fut reçu en haut, réintégré auprès de Dieu dans sa gloire (Marc 16.19 ; Actes 1.2 ; Actes 1.11 ; Actes 1.22 ; 1 Timothée 3.16).

C’est dans le même sens que Jésus disait, en employant un autre terme : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12.32). Les autres significations qu’on a essayé de donner à ce mot de Luc ne sont pas soutenables.

Grec : « il affermit sa face pour s’acheminer vers Jérusalem ».

Hébraïsme qui signifie se tourner vers un but avec la ferme résolution de s’y rendre (Jérémie 42.15 ; Genèse 31.21, etc.).

On comprend la pensée que l’évangéliste cherche à exprimer par ces termes. Il fallait au Sauveur la résolution héroïque du dévouement pour prendre le chemin de Jérusalem, car il savait tout ce qui l’y attendait.

Luc marque en ces mots la fin du ministère de Jésus dans la Galilée proprement dite. Mais, dans la suite de son récit, il ne nous présente pas le Sauveur se rendant directement en Judée et à Jérusalem. Déjà au verset suivant (verset 52) il nous le montre empêché de traverser la Samarie qui se trouvait sur son chemin, et employant dès lors les derniers mois de sa vie à des excursions missionnaires dans la Galilée méridionale sur les confins de la Samarie et en Pérée.

Luc seul nous a conserve ce récit important, qui remplit toute une partie de son évangile, jusqu’à Luc 18.15. Là il se rencontre de nouveau avec Matthieu et Marc, pour raconter bientôt l’arrivée de Jésus à Jérusalem. C’est aller un peu loin que de voir dans cette partie de notre Évangile en quelque sorte un journal du dernier voyage de Jérusalem.

Il est vrai que Luc donne de temps en temps des indications destinées à rappeler que Jésus est en marche vers cette ville (Luc 9.57 ; Luc 13.22 ; Luc 17.11) ; mais d’autre part, sa narration présente certaines données chronologiques et géographiques qui rendent difficile d’y retrouver un itinéraire suivi. Ainsi, en Luc 10.38, on lit un fait qui n’a pu avoir lieu qu’à Béthanie, tout près de Jérusalem, tandis que plus tard (Luc 17.11) nous retrouvons Jésus au sud de la Galilée et traversant la Samarie.

En présence de ces données qui paraissent contradictoires, quelques interprètes ont cru pouvoir constater non pas un mais plusieurs récits des voyages de Jésus à Jérusalem.

Wieseler prétend retrouver l’indication des trois voyages rapportés par Jean (Jean 7.10 ; Jean 11.7 ; Jean 12.1). Mais le départ en secret de Jean 7.10 ne peut être identifié avec le départ solennel du verset 51, et les notices Luc 13.22 : Luc 17.11 parlent de la continuation du voyage commencé et ne signalent pas le commencement de nouveaux voyages.

Quant au récit de Luc 10.38, qui suppose la présence de Jésus à Béthanie, on peut l’expliquer en le rapprochant de Jean 10.22, où il est dit que Jésus se trouvait à Jérusalem à la fête de la dédicace en décembre.

Il faut admettre que Jésus interrompit sa tournée d’évangélisation pour faire une excursion à Jérusalem, après laquelle il vint reprendre son travail dans la Galilée méridionale et la Pérée et l’y poursuivre jusqu’à la fête de Pâque.

Quelque idée qu’on se fasse d’ailleurs du document inséré par Luc, et même si l’on se refuse à y voir un récit suivi au point de vue chronologique, on ne saurait méconnaître qu’il remplit une lacune considérable dans l’histoire de la vie de Jésus.

Les deux premiers évangiles, en effet, après le récit de la transfiguration, ne relatent plus que quelques faits et quelques paroles et nous transportent brusquement en Judée et à Jérusalem aux approches de la Pâque (Matthieu 19.1 ; Marc 10.1).

Or la transfiguration eut lieu, selon toute vraisemblance, dans le courant de l’été. De l’intervalle de huit à neuf mois qui la sépare de la Pâque, nous ne saurions presque rien, si Luc ne nous renseignait sur les actes et sur les enseignements de Jésus durant cette période importante.

De plus, ce récit de Luc sert de lien entre celui des deux premiers évangiles, qui racontent seulement l’activité de Jésus sur les bords du lac de Génézareth, et celui de Jean, qui se borne aux séjours à Jérusalem ; il nous montre le Sauveur à l’œuvre dans les contrées intermédiaires.

Enfin, tandis que la première partie de l’Évangile retrace surtout l’action bienfaisante du Sauveur, ses guérisons et ses miracles, presque toute cette seconde partie est remplie par des enseignements. Et quels enseignements !

Qu’on se rappelle les inimitables paraboles que Luc seul nous a transmises : le Samaritain, le figuier stérile, la brebis perdue, l’enfant prodigue, l’économe infidèle, le mauvais riche, le juge inique, le pharisien et le péager, et tant d’autres instructions, dont un petit nombre seulement se retrouvent dans les deux premiers évangiles. Qu’importent quelques obscurités chronologiques au prix de toutes ces richesses ?

52 Et il envoya des messagers devant lui, qui, étant partis, entrèrent dans une bourgade des Samaritains, pour lui préparer un logement.

Grec : pour lui préparer, non seulement un logement, mais la nourriture, tout ce qui était nécessaire pour passer la nuit.

Jésus étant suivi, non seulement des douze, mais d’un cortège d’autres disciples, il n’était pas facile de trouver place pour tous dans de petites localités.

(Codex Sinaiticus porte : une ville, mais tous les autres : une bourgade). De là l’envoi de ces messagers pour tout préparer.

53 Et on ne le reçut pas, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.

Grec : parce que son visage allait à Jérusalem, hébraïsme qui signifie : parce qu’il suivait cette direction (Exode 33.14).

On sait qu’une antique haine nationale existait entre les Juifs et les Samaritains, ceux-ci étant une population mélangée, qui n’adorait point à Jérusalem et qui ne recevait, de tout l’Ancien Testament, que les cinq livres de Moïse.

Jésus saisissait toutes les occasions de réagir contre ces préjugés (Jean 4.7 et suivants). Mais, cette fois, ils furent plus forts que sa charité.

Quelques interprètes (Meyer) ont supposé que Jésus fut repoussé, non comme Israélite, mais parce que ses messagers l’avaient annoncé comme le Messie. Le texte ne donne pas d’autre raison que celle-ci : il allait à Jérusalem.

54 Or les disciples Jacques et Jean, ayant vu cela, dirent : Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume ? 55 Mais lui se tournant, les réprimanda et dit : Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés.

Dans les versets 54-56, le texte présente plusieurs variantes :

  1. le texte reçu avec A, C, D, majuscules, Itala, ajoute à la question des disciples : (verset 54) comme aussi a fait Élie (2 Rois 1.10-12).
  2. D’après Codex Sinaiticus, B, versions la plupart des critiques modernes omettent ces mots, qu’on suppose avoir été écrits en marge d’abord, pour disculper les disciples au sujet de leur étrange question, puis reçus dans le texte. D’autres, au contraire ont pensé qu’ils avaient été retranchés à cause du blâme que la réponse de Jésus parait jeter sur le prophète Élie.
  3. Ces mots de la réponse de Jésus : Vous ne savez de quel esprit vous êtes, manquent dans Codex Sinaiticus, A, B, C, mais bien que Tischendorf et d’autres critiques les retranchent, ces paroles portent un cachet d’originalité et de vérité qu’on ne peut méconnaître.
  4. Enfin, cette dernière sentence qui se trouve dans le texte reçu : Car le fils de l’homme n’est point venu pour faire périr les âmes des hommes, mais pour les sauver, est omise par Codex Sinaiticus, A, B, C, D et la plupart des majuscules Elle parait avoir été empruntée à Luc 19.10.

Quant au sens de ce récit, il est des plus instructifs. C’est l’amour pour Jésus qui cause l’indignation des disciples Jacques et Jean, et qui parait justifier leur désir de voir punis par le feu du ciel ceux qui repoussent le Sauveur.

Cette justification est celle qu’ont invoquée de tous temps les fanatiques et les persécuteurs. Jésus la condamne formellement. Sa réprobation est déjà vivement exprimée par son geste : se tournant (vers eux) il les réprimanda.

Les paroles qu’il prononce peuvent se traduire comme nous le faisons ici, avec toutes nos versions françaises depuis Calvin, et signifier :

Vous ignorez quel mauvais esprit vous inspire une telle pensée et une telle question.

Ou bien elles peuvent se rendre, comme le fait Luther, par une question :

Ne savez-vous pas de quel esprit vous êtes ? L’esprit que vous avez dû puiser dans mes paroles et dans ma vie, l’esprit de l’Évangile qui est celui de la miséricorde et de la grâce ?

La plupart des interprètes allemands s’attachent à ce dernier sens, qui est très beau.

Mais la première version parait plus en harmonie avec ces mots : il les réprimanda. Au reste, il est bien évident que Jésus, en leur reprochant une mauvaise pensée, voulait faire pénétrer dans leurs cœurs l’esprit de sa tendre charité ; en sorte que, dans la pratique, les deux interprétations se concilient.

56 Et ils s’en allèrent à une autre bourgade.

Sans doute un village juif et non samaritain, afin d’éviter un nouveau refus.

Jésus s’offrait, mais ne s’imposait pas.
Luc 8.37 Godet
57 Et comme ils étaient en chemin, quelqu’un lui dit : Je te suivrai partout où tu iras.

Le texte reçu ajoute : Seigneur, omis par Codex Sinaiticus, B, D.

Au commencement du verset, il porte : « et il arriva, comme ils étaient en chemin ».

Le mot souligné manque dans Codex Sinaiticus, B, C.

Voir, sur les deux premiers entretiens, Matthieu 8.19-22, notes.

D’après cet évangéliste, celui qui demandait ainsi à suivre Jésus était un scribe : son désir est d’autant plus remarquable.

58 Et Jésus lui dit : Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids ; mais le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. 59 Et il dit à un autre : Suis-moi. Mais celui-ci dit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. 60 Mais Jésus lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; mais toi, va, annonce le royaume de Dieu.

Deux choses sont particulières à Luc : d’abord l’ordre adressé à ce second disciple : Suis-moi. Matthieu le fait supposer, mais ne l’exprime pas.

Ensuite, l’ordre d’aller annoncer le royaume de Dieu, qui ne se trouve pas dans Matthieu.

Or, c’est précisément l’importance de cette vocation que Jésus oppose au devoir invoqué par le disciple d’aller d’abord ensevelir son père.

Enterrer un père, n’est-ce pas un devoir sacré ? Il est vrai, …si un devoir supérieur ne s’y oppose pas. Courir immédiatement à la frontière menacée par l’ennemi est un devoir qui prime même celui d’inhumer un père… La loi elle-même exemptait le grand prêtre et les naziréens des obligations envers les morts, fût-ce pour un père ou une mère (Lévitique 21.11 ; Nombres 6.6-7). Le règne de Dieu est plus que la patrie et que le culte du temple. Les cérémonies funèbres, en raison de la souillure contractée par le contact d’un mort, duraient sept jours. Jésus serait déjà bien éloigné quand elles seraient terminées ; une décision prompte était ici une condition de salut et de vie.
— Godet, voir la note dans Matthieu
61 Et un autre aussi lui dit : Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi de prendre d’abord congé de ceux qui sont dans ma maison. 62 Mais Jésus lui dit : Nul homme qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière, n’est propre au royaume de Dieu.

Luc ajoute à l’entretien avec les deux premiers disciples l’offre de ce troisième et la réponse de Jésus. Il est probable que ces trois faits n’ont pas été simultanés, mais que la tradition les a réunis à cause de leurs analogies.

Ce troisième trait est en effet, comme le remarque M. Godet,

une synthèse des deux autres. Cet homme s’offre de lui-même, comme le premier ; mais il temporise, comme le second. Jésus ne l’arrête, ni ne le pousse ; il l’invite à se décider réellement et à en finir avec le partage intérieur, entre le monde et Dieu, qu’il discerne chez lui.

Il a recours pour cela à une de ces images qui saisissent l’esprit comme un éclair de vérité, et qui abondent dans ses discours. Si celui qui conduit une charrue pour tracer un sillon détourne la vue du travail qui est devant lui, et regarde en arrière, la charrue déviera infailliblement et il ne fera rien de bon. Tel est celui qui, voulant travailler dans le règne de Dieu, reporte ses regards, ses désirs, ses regrets vers ses relations premières, ou vers le monde, au lieu de se consacrer tout entier et sans délai à l’accomplissement de sa vocation.

La demande que fait ce disciple de prendre d’abord congé des siens était très naturelle ; en des circonstances ordinaires, Jésus ne la lui eût pas refusée, mais il pouvait prévoir qu’il serait détourné de son dessein par sa famille, encore étrangère à la foi ; c’est pourquoi il devait ne pas regarder en arrière, mais s’élancer en avant à la suite de Jésus.

Il y a dans la vie de tout homme, en présence de l’Évangile, de ces moments décisifs qui ne reviennent pas et qu’il faut saisir, sous peine de tout perdre (comparer Matthieu 10.37-38).