×

Appuyez sur Entrée pour rechercher ou ESC pour annuler.

Jérémie 10
Bible Annotée (interlinéaire) Bible annotée simple colonne Bible annotée double colonne

Plan du commentaire biblique de Jérémie 10

La folie de l’idolâtrie, son châtiment

La première partie de ce chapitre fait ressortir l’absurdité de l’idolâtrie chaldéenne (l’adoration des astres) à laquelle se livre Juda lui-même (versets 1 à 16). La seconde décrit le châtiment que provoquera cette conduite et exprime les sentiments d’Israël lorsqu’il aura été conduit à la repentance par le châtiment de la captivité (versets 17 à 25).

1 Écoutez la parole que vous adresse l’Éternel, maison d’Israël. 2 Ainsi a dit l’Éternel : Ne suivez pas la voie des nations, et ne vous laissez pas épouvanter par les signes du ciel, parce que les nations s’en épouvantent.

La voie des nations : leur manière d’adorer la divinité.

Les signes du ciel. Les Chaldéens confondaient les astres avec les divinités elles-mêmes qu’ils adoraient ; ils attribuaient par conséquent aux phénomènes célestes (éclipses, conjonctions, comètes, etc). une influence décisive sur la marche heureuse ou malheureuse des événements. Le prophète désire affranchir les Israélites de la crainte superstitieuse qui était l’âme d’une telle religion. Ils doivent apprendre à ne se sentir dépendants que de l’Éternel seul. Sans doute, certains passages des prophètes annonçaient que le jugement final serait précédé de signes dans le ciel (Joël 2.24-32). Mais autre chose est d’attendre sur la foi de la prophétie les grandes crises qui doivent mettre fin à l’économie actuelle, et autre chose de consulter les phénomènes de la nature pour en tirer des présages.

3 Car les statuts des nations sont une vanité. Ce n’est que du bois qu’on coupe à la forêt, un ouvrage que le sculpteur façonne avec la hache.

Les statuts des païens : les rites fixés pour le culte de chacune de ces divinités et les règles d’après lesquelles on interprétait les présages.

Ce n’est que du bois. La vanité de ce culte est prouvée par celle de l’idole elle-même qui n’est qu’œuvre d’homme, bois et métal travaillés à la main.

4 On le décore avec l’argent et l’or, on le fixe avec des clous et un marteau pour qu’il ne branle pas.

Comparez Ésaïe 40.19-20. Il y a une ironie sanglante dans cette pensée que des dieux ont besoin d’être vêtus et parés par ceux qui les adorent et qu’il faut des clous pour les affermir sur leur piédestal. Comment se peut-il que des idées si simples aient échappé au génie des peuples les plus illustres de l’antiquité ? C’est que la folie du péché peut s’allier au développement scientifique, artistique ou politique le plus avancé.

5 Ces dieux-là sont comme un poteau dans un champ de concombres ; ils ne parlent point ; il faut qu’on les porte, parce qu’ils ne marchent pas. Ne les craignez point : ils ne font point de mal ; ils n’ont pas non plus le pouvoir de faire du bien.

Comme un poteau… Ces mots ont été traduits de deux manières : comme une colonne faite au tour ; ou : comme un poteau dans un champ, etc. Nous avons adopté cette seconde interprétation, comme la plus conforme au contexte : Ne vous laissez pas épouvanter par ces dieux qui sont aussi impuissants que les mannequins dressés dans un champ pour épouvanter les oiseaux (Ésaïe 40.23 ; Ésaïe 46.7).

6 Nul n’est pareil à toi, Éternel ! Tu es grand, et ton nom est grand en puissance.

Cette affirmation n’était pas superflue ; elle était même à ce moment-là l’expression d’une foi héroïque ; car c’était un principe généralement admis que la puissance d’un Dieu se mesurait à la prospérité du peuple qui invoquait son nom. Combien donc les dieux des oppresseurs d’Israël ne devaient-ils pas paraître supérieurs en force à celui du pauvre peuple conduit en captivité !

7 Qui ne te craindrait, Roi des nations ? Car c’est à toi que cela est dû, parce que parmi tous les sages des nations et dans tous leurs royaumes nul n’est pareil à toi.

Roi des nations : non d’Israël seulement, mais des peuples mêmes dont il se sert pour châtier les siens.

Leurs royaumes : ceux des nations. Ni les représentants de la sagesse païenne, ni ceux de la puissance terrestre ne peuvent entrer en lutte avec le Créateur seul sage et seul puissant (1 Corinthiens 1.24).

8 Tous ensemble ils sont stupides et fous ; l’enseignement de leurs idoles n’est que du bois,

L’enseignement de leurs idoles. Chaque Dieu était considéré comme faisant l’éducation de la nation qui se réclamait de son nom. Par une figure hardie, la nature matérielle de l’idole est attribuée à l’enseignement dénué de toute vraie spiritualité que le faux dieu donne au peuple qui l’adore ; comparez verset 3.

9 de l’argent battu amené de Tharsis, de l’or venu d’Uphaz, une œuvre de sculpteur et de mains d’orfèvre ; on revêt ces dieux de pourpre violette et rouge ;

Tharsis : l’Espagne, dont les mines d’argent étaient renommées.

Uphaz, pays inconnu, nommé seulement ici et Daniel 10.5 ; selon plusieurs, identique avec Ophir, au sud de l’Arabie (?). C’étaient les deux extrémités du monde connu.

10 ils sont tous l’œuvre d’ouvriers habiles. Mais l’Éternel est Dieu en vérité. Lui, il est un Dieu vivant et un Roi éternel ; à sa colère la terre tremble, et les nations ne soutiennent pas son courroux. 11 Voici comme vous leur parlerez : Les dieux qui n’ont pas fait le ciel et la terre seront exterminés de la terre et de dessous le ciel

Ce verset, n’est pas écrit en hébreu dans le texte de Jérémie, mais en langue chaldéenne, ce qui en a fait suspecter l’authenticité par quelques critiques. Bien à tort ; car ce changement subit de dialecte donne une singulière énergie au discours. Le prophète dicte aux Israélites, pour le jour où ils seront mêlés aux Chaldéens, les propres paroles qu’ils auront à leur dire ; il ne leur laisse pas même le soin de les traduire, de peur qu’ils ne les altèrent. Il fait annoncer par les futurs captifs de Juda aux Chaldéens tout puissants, adorateurs de dieux impuissants, que ces dieux et leurs adorateurs disparaîtront.

12 Il a fait la terre par sa force, affermi le monde par sa sagesse, et par son intelligence il a étendu les cieux. 13 Au son de sa voix les eaux s’amassent dans les cieux ; il fait monter les nuages du bout de la terre ; il fait sortir des éclairs l’averse et tire le vent de ses réservoirs.

Ces phénomènes effrayants de la nature ne peuvent inspirer l’effroi à celui qui se sent en communion avec le vrai Dieu, maître de l’univers. Contraste frappant : d’un côté, le Dieu qui parle dans l’orage ; de l’autre, l’idole fabriquée par l’un de ces hommes que fait trembler l’orage !

14 Tout homme est abruti, hors de sens ; tout fondeur a honte de son idole, car ses idoles sont un mensonge ; il n’y a point de souffle en elles. 15 Elles sont une vanité, une œuvre de tromperie ; au jour de leur visitation elles périront.

Au jour de leur visitation. Par le jugement qui frappera ces dieux, le prophète entend le jugement des peuples qui les adorent.

16 Telle n’est point la part de Jacob : car, Lui, il a formé l’univers, et Israël est la tribu de son héritage ; son nom est l’Éternel des armées.

La part de Jacob. Comme dans Deutéronome 10.9 ; Deutéronome 18.2, l’Éternel est appelé la part de Lévi, de même il est désigné ici comme la part du peuple entier. Les nations se partagent le monde ; mais le privilège d’Israël est de posséder le vrai Dieu comme son Dieu.

17 Ramasse à terre ton bagage, assiégée !

Ramasse à terre : prépare-toi au départ.

Assiégée : la nation tout entière, représentée par Sion, sa capitale, où les habitants des campagnes se sont réfugiés.

18 Car ainsi a dit l’Éternel : Voici, cette fois je vais lancer à la fronde les habitants du pays et je les serrerai de près pour qu’on les atteigne.

Cette fois… tout de bon ; le temps des menaces est passé ; celui de l’exécution commence.

Pour qu’on les atteigne. Plusieurs traduisent : de façon qu’ils apprennent à trouver (leur Dieu). Le sujet serait dans ce cas : les Israélites. mais nous croyons plus naturel d’envisager comme le sujet : les ennemis de Juda. Ils finiront par atteindre leur proie (l’assiégée du verset 17).

19 Malheur à moi, à cause de ma meurtrissure ; ma plaie est douloureuse, mais j’ai dit : Oui ! C’est là mon mal ; je le supporterai.

Malheur à moi ! La nation captive parle ici par la bouche du prophète. L’épreuve l’amène enfin à la repentance. Le premier signe de ce retour au bien, c’est qu’elle accepte avec résignation la peine qui la frappe.

C’est là mon mal : C’est le mal que je me suis attiré. Le prophète et les fidèles s’unissent avec toute la nation coupable dans ce sentiment d’humble soumission au jugement divin.

20 Ma tente est dévastée, tous mes cordeaux sont rompus ; mes fils m’ont quittée ; ils ne sont plus ; plus personne pour dresser ma tente, relever mes pavillons !

Mes fils : les membres de la nation.

21 C’est que les pasteurs sont abrutis ; ils n’ont point cherché l’Éternel ; aussi n’ont-ils pas agi habilement, et tout leur troupeau a été dispersé.

La cause principale du malheur d’Israël est d’avoir été mal dirigé par des chefs insensés.

Agi habilement. Le mot hébreu signifie à la fois : être habile et prospérer.

22 Voici une voix se fait entendre, un grand tumulte arrive de la région du nord pour faire des villes de Juda un désert, un séjour de chacals.

Le tumulte de l’armée ennemie qui arrive du nord.

23 Je sais, ô Éternel, que ce n’est pas à l’homme qu’appartient sa voie, que ce n’est pas à l’homme qui marche, de diriger ses pas.

C’est de nouveau le peuple qui prend la parole, comme aux versets 19 et 20. Il reconnaît encore une fois que son lot, heureux ou malheureux, lui est dispensé par une volonté souveraine. Ce qui lui appartient, ce n’est pas de le déterminer, mais de l’accepter. Toutefois cela ne l’empêchera pas de faire appel à la miséricorde du Dieu qui dispose de lui.

24 Châtie-moi, Éternel, mais selon le droit et non dans ta colère, pour ne pas me réduire à rien.

Il consent à être châtié comme un enfant, mais non à être frappé comme un ennemi.

Selon le droit. Quelques-uns traduisent : avec équité. Cette explication ôte au mot droit son sens naturel. Il faut interpréter ce terme par son opposition au mot colère. Il pourrait désigner la promesse de pardon et de salut renfermée dans l’alliance, qui constituait un droit pour Israël (1 Jean 1.9) ; c’est là un motif que les païens ne pouvaient alléguer en leur faveur (verset 25). Ou bien, si le mot colère désigne les jugements d’extermination sommaires exercés dans certains cas (Sodome et Gomorrhe, les Cananéens), l’expression : selon le droit s’appliquera, à un jugement modéré dans lequel Dieu tient compte de toutes les nuances de culpabilité et épargne par conséquent le reste fidèle, qui demeure toujours en Israël.

25 Verse ta fureur sur les peuples qui ne te connaissent pas, sur les familles qui n’invoquent pas ton nom. Car ils ont dévoré Jacob, ils l’ont dévoré et ils l’achèvent et ils désolent sa demeure.

Verse ta fureur… Ce sont les païens qui peuvent être l’objet du jugement de destruction qui n’épargne rien et cela d’autant plus qu’ils ont exercé le jugement de Dieu sur Israël avec passion et sans mesure.