×

Appuyez sur Entrée pour rechercher ou ESC pour annuler.

Ecclésiaste 2
Bible Annotée (interlinéaire)

1 J’ai dit en mon cœur : Voyons, je veux te faire essayer de la joie. Jouis de ce qui est bon ! Et voilà, cela aussi est vanité.
1 et 2 vanité de la joie

La philosophie ne produisant qu’amertume et déboires, l’Ecclésiaste a essayé du plaisir et de la jouissance. Vivons donc et jouissons, et laissons là tant de troublantes investigations.

J’ai dit à mon cœur. Je me suis recueilli, et le résultat de mes réflexions a été la résolution de me procurer désormais toutes les jouissances qu’on peut goûter ici-bas.

Je veux te faire essayer… Le cœur n’est-il pas souverain juge en matière de bonheur ?

Et voilà. La réponse ne s’est pas fait longtemps attendre. En deux versets tout est dit. De toutes les vanités, c’est celle de l’épicurisme qui se fait sentir le plus promptement. Aussi va-t-il maintenant, dans la coupe de la pure folie, verser un peu de modération.

2 J’ai dit du rire : Folie ! Et de la joie : Que produit-elle ? 3 Je résolus en mon cœur de bien traiter mon corps avec du vin, mon cœur toutefois me dirigeant avec sagesse, et [en même temps] de ne pas abandonner la folie, jusqu’à ce que je visse ce qu’il est bon pour les fils des hommes de faire sous le ciel durant les jours qu’ils ont à vivre.
3 à 11

Bien vite dégoûté de ce rire insensé et de cette vie de grossiers plaisirs, je me suis dit : Modérons-nous et joignons au soin de notre corps un travail sérieux. C’est un nouvel essai.

Avec du vin. Le vin n’est indiqué ici que comme le symbole d’une vie agréable.

Jusqu’à ce que je visse… C’est un simple essai, et l’Ecclésiaste lui-même semble s’en méfier à l’avance, car c’est là un compromis : il abandonne le terrain des principes.

De grands travaux. Voir 1 Rois 7.1-12 ; 1 Rois 9.15-19 ; 2 Chroniques 8.1-6.

Des vignes. Voir Cantique 8.11, et comparez 1 Chroniques 27.27. Nous ne devons pas nous représenter des vignobles comme les nôtres, mais plutôt des vergers dont les arbres servaient de support à des ceps de vigne (Félix Bovet, Voyage en Terre Sainte, 3e édition, page 289, note).

4 J’exécutai de grands travaux ; je me bâtis des maisons, je me plantai des vignes, 5 je me fis des jardins et des parcs ; j’y plantai des arbres fruitiers de toute espèce ;

Des parcs, littéralement : des paradis. Voir Néhémie 2.8, note.

6 je me construisis des réservoirs pour arroser et faire croître une forêt.

Des réservoirs. Non pas l’étang du roi de Néhémie 2.14, qui, situé près de Siloé, n’aurait pas pu servir pour arroser, mais, d’après la tradition, les trois réservoirs situés dans le voisinage d’Etam (2 Chroniques 11.6), aujourd’hui Artas ou Ortas. Là, non loin de Thékoa et de Bethléem, sur le haut plateau de Juda, se trouvent, à proximité d’une forteresse élevée plus tard, peut-être à l’époque sarrasine, pour les protéger, trois vasques qui font l’admiration de tous les voyageurs. Voir Félix Bovet, Voyage en Terre Sainte, page 284 et suivantes ; J.-Aug. Bost, Souvenirs d’Orient, page 193 et suivantes ; Lucien Gautier, Souvenirs de Terre Sainte, pages 13 et 14. Le plus grand de ces bassins a 177 mètres de longueur et une profondeur de 15 m, sur une largeur moyenne d’environ 50 m.

Pour arroser. L’aqueduc qui a durant un temps relié ces réservoirs à Jérusalem et dont on voit encore les restes, est l’œuvre de Ponce-Pilate et ne date pas de Salomon, qui, en les creusant, n’avait en vue que l’irrigation de ses parcs. Salomon avait, non loin de Jérusalem, une maison de campagne, nommée Etam, où il se plaisait parce qu’il y avait de fort beaux jardins, de belles fontaines, et que la terre en était extrêmement fertile (Josèphe, Antiquités Judaïques VII, 2).

7 J’achetai des serviteurs et des servantes, et j’eus des domestiques nés dans ma maison ; j’eus aussi des troupeaux de gros et de menu bétail, plus que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem.

Nés dans ma maison, et par là même particulièrement attachés leur maître (Genèse 14.14). Ou bien : augmentation toute gratuite de personnel.

J’eus aussi des troupeaux. Dans 1 Rois 8.63, Salomon offre un sacrifice de 22 000 bœufs et 120 000 moutons. Voir aussi 1 Rois 4.23 : trente bœufs et cent moutons par jour, pour la cuisine du palais.

8 Je m’amassai de l’argent et de l’or et les trésors des rois et des provinces. Je me procurai des chanteurs et des chanteuses et les délices des fils des hommes ; des princesses en grand nombre.

Argent …, or, fruit des impôts (1 Rois 10.14), des expéditions maritimes (1 Rois 9.28), des présents (1 Rois 10.10).

Les trésors des rois et des provinces : les choses rares et précieuses que les rois seuls peuvent se procurer et qui proviennent chacune de contrées spéciales.

Des chanteurs et des chanteuses : non pas pour le culte public mais pour la cour et les repas (2 Samuel 19.35 ; Ésaïe 5.12 ; Amos 6.5).

Des princesses en grand nombre, littéralement : une princesse et des princesses, une reine et des odalisques (1 Rois 11.1).

9 Et je devins grand, toujours plus grand, plus que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem, ma sagesse me demeurant toujours.

Et je devins grand. Voir 1 Rois 10.23.

Ma sagesse me demeurant toujours : ne cessant d’exercer un contrôle sérieux sur moi-même. Voir déjà le verset 3.

10 Tout ce que mes yeux désiraient, je ne leur en refusai rien ; je ne privai mon cœur d’aucune joie, car mon cœur retirait de la joie de tout mon travail, et c’était la part qui me revenait de tout mon travail.

Il réussissait dans tout ce qu’il entreprenait. Il n’avait pas le désir seulement, l’espérance de jouir : la jouissance lui était accordée, il l’obtenait comme fruit de son travail. C’était là sa part.

11 Puis je considérai tous les ouvrages que mes mains avaient faits et la peine que je m’étais donnée en les exécutant ; voici, tout était vanité et poursuite du vent ; nul profit sous le soleil !

Mais une part insuffisante et passagère. Le vide du cœur n’était pas comblé. Expérience d’autant plus concluante que celui qui est sensé l’avoir faite n’a été entravé par rien dans l’exécution de ses projets.

12 Et je mis à examiner sagesse, folie et sottise (car que fera celui qui viendra après le roi ? Ce qu’on a fait dès longtemps).
12 à 23 vanité de l’activité de l’homme

L’Ecclésiaste répond ici à une objection. Il vient d’avouer que sa royale activité ne l’a pas rendu vraiment heureux. Mais ces travaux grandioses, ces trésors accumulés, ce pouvoir solidement établi, ne sont-ils pas des gages de bonheur pour ses après-venants ? La mort l’arrachera lui-même à tous ses biens, mais ils ne seront pas pour cela perdus. Réponse : Un Salomon peut avoir pour successeur un Roboam, qui compromettra et ruinera tout par sa folie.

Début du verset 12, voir Ecclésiaste 1.17. Après la triste expérience qu’il vient de faire et qu’il ne servirait de rien de recommencer, car (fin du verset) personne ne pourrait la faire dans des circonstances aussi concluantes que Salomon, l’Ecclésiaste en revient à se demander si la sagesse présente vraiment quelque avantage sur la folie.

13 Et je vis que la sagesse a sur la sottise le même avantage que la lumière sur les ténèbres.

Oui, répond-il, car, si je l’avais entièrement sacrifiée, au lieu de lui demeurer attaché au milieu même de mon épicurisme, j’aurais fait absolument fausse route et je me serais perdu (verset 14). La sagesse fait éviter les précipices, même quand on cherche le bonheur dans la joie. Mais elle n’obvie pas à tous les inconvénients, elle n’abolit pas la mort (verset 15), et la gloire qu’elle procure est éphémère (verset 16). De là un dégoût profond de la vie (versets 17 et 18), renforcé par la crainte d’avoir pour héritier un insensé qui sera incapable de conserver seulement ce que vous aurez péniblement créé (verset 19).

14 Le sage a ses yeux à la bonne place, et l’insensé marche dans les ténèbres. Mais j’ai reconnu aussi qu’un même sort les atteint tous.

Les yeux à la bonne place. Comparez Proverbes 17.24.

L’insensé marche dans les ténèbres. Comparez Proverbes 4.19.

15 Et j’ai dit dans mon cœur : Le sort de l’insensé m’atteindra, moi aussi. Pourquoi alors avoir été si sage ? Et j’ai dit dans mon cœur : Cela aussi est vanité. 16 Car pas plus du sage que de l’insensé il n’y a souvenir éternel ; car, dans la suite des jours, ils seront, l’un comme l’autre, oubliés depuis longtemps. Comment donc le sage meurt-il ainsi que l’insensé ?

Le sage pourrait se consoler de la mort, qui l’atteindra aussi sûrement que l’insensé, par la pensée que sa mémoire du moins vivra parmi les hommes. Illusion ! Le temps viendra où il sera oublié comme l’insensé, et même oublié depuis longtemps. Par ce dernier trait l’Ecclésiaste insinue que l’oubli ne tarde guère. Il y a sans doute quelques exceptions, mais elles ne se produisent pas pour les sages plus souvent que pour les insensés.

17 Aussi j’ai haï la vie, car tout ce qui se fait sous le soleil me devint odieux. Tout est vanité et poursuite du vent. 18 J’ai haï tout le travail dont je me suis fatigué sous le soleil et que je dois laisser à l’homme qui viendra après moi.

À l’homme qui viendra après moi. Voir 1 Rois 11.9-13.

19 Et qui sait s’il sera sage ou insensé ? Et il sera maître de tout mon travail, que j’ai accompli avec labeur et sagesse sous le soleil. Cela aussi est vanité.
19 à 23

Et qui sait …? Si du moins on savait qu’ils seront sages, on se consolerait en se disant que d’autres profiteront de ce qu’on aura laissé. Cette troisième vanité est développée dans les versets 21 à 23. Non seulement le sage meurt comme l’insensé, non seulement sa mémoire périt comme celle du plus insignifiant des hommes, mais ce qu’il a exécuté avec intelligence et peine passe à qui, sans avoir travaillé, va dissiper ! Sagesse, gloire, vertu, vous n’êtes que de vains noms ! Dans l’excès de ses souffrances, Job en est venu à maudire le jour de sa naissance. Il y a ici quelque chose de plus poignant encore et de plus profondément triste. Cet homme qui, doué de sens délicats, a pu jouir de tout ce qu’il y a de plus exquis au monde ; qui, possédant à un haut degré le goût du beau et du grand, s’est entouré de tout ce que la nature et les arts offrent de plus ravissant, a déployé une activité intelligente, a conquis l’admiration des peuples les plus éloignés ; en un mot a réalisé dans sa vie tout ce qui peut paraître l’idéal du bonheur, le voilà qui en est réduit à proclamer le néant de toutes choses ! Cette tristesse n’a rien de commun avec celle de Moïse (Nombres 11.11-15), d’Élie (1 Rois 19.4), de Jérémie (Jérémie 20.7-18). Nous ne sommes point ici sur le terrain proprement moral. C’est la tristesse selon le monde, toute différente de la tristesse selon Dieu (2 Corinthiens 7.10).

20 Alors j’en vins à livrer mon cœur au désespoir, à cause de toute la peine que je m’étais donnée sous le soleil. 21 Car voici, un homme a travaillé avec sagesse, intelligence, habileté, et c’est à un homme qui n’a point travaillé qu’il laisse tout pour être sa part. Cela aussi est une vanité et un grand mal. 22 Que retire en effet l’homme de toutes ses peines et de toutes les préoccupations de son cœur, travail pénible sous le soleil ? 23 Tous ses jours ne sont que douleur. Son occupation n’est que chagrin ; la nuit même son cœur est sans repos. Cela aussi est vanité. 24 Ce n’est point un bien qui dépende de l’homme que de manger, de boire et de réjouir son âme du fruit de ses peines. J’ai vu que cela aussi dépend de Dieu.
2.24 à 3.15 deuxième morceau

Au lieu de chercher le bonheur et de le poursuivre sur la voie de la sagesse, de la folie, ou de la jouissance accompagnée d’une dévorante activité, attendons-le en repos comme venant de la main de Dieu, et en accommodant à chaque instant notre activité aux indications de la Providence, qui varient d’heure en heure.

Jusqu’ici l’Ecclésiaste a agi comme quelqu’un qui estime que le bonheur dépend de l’homme. Les expériences qu’il vient de raconter lui ont montré que c’est là une erreur.

25 Qui en effet peut manger et qui peut jouir plus que moi ?

Tel que nous le rendons, pour rester fidèles au texte reçu, ce verset rappelle la fin du verset 12 et signifie : Mes expériences sont d’autant plus probantes que, s’il y a eu un homme au monde qui ait eu à sa disposition toutes les conditions terrestres de bonheur, c’est moi, Salomon.

Mais plusieurs manuscrits, au lieu de plus que moi (mimmenni) présentent la leçon : si ce n’est par lui (mimmennou), qui est celle qu’ont eue sous les yeux les Septante et le traducteur syriaque. Personne ne peut rien faire sans Dieu. Pour réussir, il ne faut se proposer qu’une chose : suivre les indications divines, sans se faire à soi-même un plan de conduite d’après ses vues propres. Voilà l’idée nouvelle qui s’impose maintenant à l’Ecclésiaste, et il veut désormais se résigner à attendre du Maître souverain de toutes choses ce qu’il s’est jusqu’ici inutilement fatigué à chercher par ses propres efforts. Pourquoi, au lieu de se lamenter et de s’entêter dans la recherche d’un but qu’on se propose de son chef, ne pas vivre au jour le jour, jouissant, à l’occasion, des biens qu’il plaît à Dieu de mettre à notre portée et adaptant d’instant en instant notre faire aux signes de sa main ? Comparez avec le Psaume 127.

26 Car c’est à l’homme qui lui plaît qu’il donne sagesse, connaissance et joie ; mais au pécheur il donne la lâche d’amasser et d’accumuler pour donner à celui qui plaît à Dieu. Cela aussi est vanité et poursuite du vent.

Dieu est le seul distributeur du bonheur ; mais il le donne et ne se le laisse pas arracher. Et il le donne à qui il lui plaît.

Mais au pécheur… Le pécheur est opposé à l’homme qui plaît à Dieu. L’Ecclésiaste ne veut pas qu’on puisse l’accuser de fatalisme. Qui dit bonheur, dit en général vertu.

Ceci aussi est vanité. Ces mots se rattachent, par dessus le début du verset 26, aux versets 24 et 25. Ce serait se condamner à une poursuite stérile que de compter, pour se procurer le bonheur, sur ses propres forces.