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Yvraie
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet

Ou Ivraie, ou Yvroie, zizanium, lolium. C’est une plante qui a la feuille longue et velue, et assez difficile à distinguer du blé et des autres grains, au milieu desquels elle croit. Sa tige est plus menue que celle du froment, et à la cime de cette tige il sort un épi long et garni de petites gousses qui l’environnent inégalement, et qui renferment trois ou quatre grains amoncelés et couverts d’une bourre, que l’on ne rompt pas aisément.

Le pain où l’on met beaucoup d’yvraie est dangereux pour la santé ; il enivre, il charge l’estomac, et cause des assoupissements et des maux de tête à ceux qui en ont mangé. Lorsque la plante est grande et près de fleurir, on la distingue fort aisément du froment. D’où vient que notre Sauveur, dans la parabole de l’yvraie et du bon grain, dit à ses moissonneurs d’attendre le temps de la moisson pour arracher l’yvraie, pour en faire des fagots et les jeter au feu (Matthieu 6.26-29).

L’épi de l’yvraie est de la longueur d’un pied, d’une forme particulière ; car il est divisé en plusieurs parties rangées alternativement, de manière que chacune paraît un petit épi, ou paquet composé de quelques grains plus menus que ceux du froment, peu farineux, de couleur rougeâtre. Sa feuille est assez différente de celle du froment ; mais on la distingue principalement lorsqu’elle devient grande et qu’elle commence à fleurir.

On dit qu’on lui a donné le nom d’yvraie ou d’yvroie, à cause qu’elle enivre ceux qui Mangent du pain, ou qui boivent de la bière, où il est entré considérablement de cette graine. Quelques botanistes croient que l’yvraie s’engendre des grains de froment et d’orge corrompus, et qui dégénèrent de leur nature, d’où vient qu’il y a certaines années et certains cantons où l’on recueille beaucoup d’yvraie, quoiqu’on n’y ait semé que de bon grain ; et au contraire on assure que l’yvraie se change quelquefois en froment, lorsqu’elle est reçue dans une bonne terre. J’ai vu des personnes qui disent avoir fait l’expérience de l’un et de l’autre (1).

Dans l’Église, l’yvraie sera mêlée avec le bon grain, les méchants avec les bons, les réprouvés avec les élus, jusqu’au jour du jugement. Les pasteurs en arrachent quelquefois les hérétiques, les schismatiques et les pécheurs scandaleux, par l’excommunication, qui doit être regardée comme un prélude du jugement de Dieu.

(I) Ces personnes avaient mal expérimenté. Elles avaient sans s’en douter porté aux champs des graines d’ivraie avec la semence ou avec les fumiers. On compte trois ou quatre espèces d’ivraie, genre de plantes de la famille des graminées. L’ivraie dont il s’agit ici (lolium temulentum Lin) est annuelle ou enivrante, à épi muni de barbes et composé d’épillets de la longueur du calice, renfermant chacun plusieurs fleurs. On l’appelle aussi zizanie, herbe d’ivrogne ; c’est celle qui, malheureusement, croit dans les champs avec le blé, l’avoine et l’orge. L’abbé Rozier (Cours d’agriculture), considérant que cette plante est annuelle, conclut qu’il est au pouvoir de l’homme d’en mure ses champs, et conseille de sarcler rigoureuse ment les blés lorsqu’ils sont encore en herbe ; mais il reconnatt que cette opération ne suffit pas : « Il est prudent, dit-il, de la répéter lorsque les blés commencent à monter en épi ; c’est alors qu’on distingue très-bien cette plante dangereuse. On peut encore, lorsqu’on moissonne, placer des femmes, des enfants en avant des moissonneurs, alla d’arracher l’ivraie, d’en faire des gerbes, de les porter hors des champs et de les brûler. »

L’ivraie pousse des tiges ou chaumes de deux à quatre pieds, semblables à ceux du blé. Lorsqu’elle est grande et sur le point de fleurir, on la distingue facilement du froment par la position de ses épillets, qui regardent l’axe par une de leurs faces, et non par un de leurs côtés.

La bière et le pain dans la confection desquels on a laissé beaucoup de grains d’ivraie, enivrent et causent des vertiges, des nausées et des vomissements. Infelix lolium, dit Virgile. Lorsque le grain de l’ivraie a été cueilli peu mûr, ses effets sont beaucoup plus dangereux que quand il l’a été dans sa parfaite maturité. C’est particulièrement dans son eau de végétation que résident ses qualités malfaisantes. Aussi Parmentier assure-t-il qu’on peut dépouiller les graines de cette plante de leurs qualités nuisibles, en les exposant à la chaleur du four avant de les faire moudre ; on doit ensuite faire bien cuire le pain, et attendre, pour le manger, qu’il soit parfaitement refroidi.