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Nahum
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet Westphal

Le septième des douze petits prophètes, natif d’Elcésaï, petit village de Galilée, dont les ruines subsistaient encore du temps de saint Jérôine. Il y en a néanmoins qui croient qu’Elcésaï est le nom de son père, et que le lieu de sa naissance était Bégabor ou Béthabara, au delà du Jourdain.

On montrait autrefois le tombeau de ce prophète dans un village nommé Béthogabre, aujourd’hui Giblin, près d’Emmaüs. Le Chaldéen l’appelle Nahum de Beth-kosi ou de Beth-ketsi. Mais on ignore la situation de ce lieu, aussi bien que celle de Elcésai. On ne sait aucune particularité de la vie de Nahum. Sa prophétie consiste en trois chapitres qui ne forment qu’un seul discours, où il prédit la ruine de Ninive.

Il la décrit d’une manière si vive et si pathétique, qu’il semble avoir été exprès sur les lieux pour l’annoncer.

On est partagé sur le temps auquel il a prophétisé. Josèphe dit qu’il prédit la ruine de Ninive cent quinze ans avant qu’elle arildt : ce qui nous obligerait de dire que Nahum a vécu au temps du roi Achaz. Les Juifs veulent qu’il ait prophétisé sous Manassé. Saint Clément d’Alexandrie le met entre Daniel et Ézéchiel, et par conséquent pendant la captivité. Mais nous croyons avec saint Jérôme qu’il a annoncé la ruine de Ninive du temps d’Ézéchias, et après la guerre de Sennachérib en Égypte, dont parle Bérose. Nahum parle clairement de la prise de Noammon, ville d’Égypte (Nahum 3.8), de l’insolence de Rabsacès (Nahum 2.13), de la défaite de Sennachérib (Nahum 2.11) ; et il en parle comme de choses passées. Il suppose que Juda était encore dans son pays et qu’il y célébrait ses fêtes. Il parle de la captivité et de la dispersion des dix tribus. Tous ces caractères nous persuadent qu’on ne peut mettre Nahum avant la quinzième année d’Ézéchias, puisque l’entreprise de Sennachérib contre ce prince est de la quatorzième année de son règne.

Et comme la prise de Ninive qu’il prédit ne peut être la première, qui était arrivée sous Sardanapale, longtemps auparavant (c’est-à-dire l’an du monde 3257), il faut de nécessité l’expliquer du second siège de la même ville, formé par Nabopolassar et Astyages, l’an du monde 3378, avant Jésus-Christ 622, avant l’ère vulgaire 626. Ce qui revient à la seizième année du règne de Josias, sous lequel saint Jérôme met la ruine de Ninive. Tobie (Tobie 14.16) dit que cette ville fut prise par Nabuchodonosor et par Assuérus, donnant à Nabopolassar le nom de Nabuchodonosor, et à Astyagès celui d’Assuérus.

Nahum fait une peinture merveilleuse de la ruine de Ninive. Il dit que cette ville sera ruinée par un déluge d’eaux qui l’inonderont et renverseront ses murailles (Nahum 1.8 ; 2.6-8). Diodore de Sicile et Athénée racontent que, pendant que cette ville était assiégée par Bélésis et par Arbacès, sous Sardanapale, le Tigre s’enfla de telle sorte, qu’il renversa vingt stades des murailles de Ninive. Mais comme le siège dont parle ici Nahum est postérieur à la prise de Ninive sur Sardanapale, il faut dire qu’au second et dernier siège, sous Nabuchodonosor et Astyages, la même chose arriva à Ninive, les assiègeants ayant apparemment, en ce second siège, mis en œuvre et déterminé le cours des mêmes eaux qui avaient si bien réussi au premier.

Ce prophète décrit ainsi les troupes qui marchent au siège : Le batelier de ces braves jette des flammes de feu, les gens d’armes sont couverts de pourpre, les brides de leurs chevaux étincellent en marchant au combat, leurs chefs sont comme des gens que le vin rend intrépides. Dans la ville tout est dans le trouble ; leurs chariots sont embarrassés, ils se brisent dans les rues en se heurtant l’un contre l’autre. La fureur, la rage, le désespoir dont ils sont transportés font que leurs yetix sont enflammés comme des lampes, et que leurs visages semblent lancer des foudres et des éclairs. Ils s’animent au combat par le souvenir de tant de grands guerriers qui sont sortis de Ninive. Ils feront de vains efforts pour se défendre, pour monter sur leurs murailles, pour préparer leurs machines ; les portes du Tigre sont ouvertes, ses digues sont rompues, ses ponts sont renversés ; le temple est détruit jusqu’aux fondements… Ninive est toute couverte d’eau comme un grand lac ; ses citoyens prennent la fuite. Elle crie : Arrêtez, arrêtez : mais personne ne retourne. Vainqueurs, pillez l’argent, pillez l’or ; ses richesses sont infinies, ses vases et ses meubles précieux sont inestimables. Ninive est prise, elle est renversée, elle est déchirée ; on n’y voit que des hm-mes dont les cœurs se fendent d’effroi, dont les genoux tremblent, dont les corps tombent en défaillance, dont las visages paraissent tout noirs et tout défigurés.

Où est maintenant cette caverne de lions ? où sont ces retraites de lionceaux ? cette caverne où le lion se relirait avec ses petits, sans que personne l’y vînt troubler. Je viens à vous, dit le Seigneur des armées ; je mettrai le feu à vos chariots et je les réduirai en fumée. L’épée dévorera vos jeunes lions. Je vous arracherai ce que vous avez pris aux autres, et on n’entendra plus la voix insolente des ambassadeurs que vous envoyiez. Malheur à toi, ville de sang, pleine de rapines, de fourberies et de brigandages ! J’entends déjà les fouets qui retentissent de loin, les roues qui se précipitent avec grand bruit, les chevaux qui hennissent fièrement, les chariots qui courent comme la tempête, et la cavalerie qui s’avance à toute bride. Je vois les épées qui brillent, les lances qui étincellent, une multitude d’hommes percés de coups, une défaite sanglante et cruelle, un carnage qui n’a point de fin, des monceaux de corps qui tombent les uns sur les autres, etc. Voyez ci-après Ninive.

On peut juger pur cet échantillon du style de Nahum, de la vivacité de ses figures, de la force de ses expressions, de la magnificence de ses peintures. Je ne crois pas qu’on trouve rien de pareil parmi les profanes. On ignore le temps de sa mort ; les Ménologes des Grecs et les Martyrologes des Latins mettent sa fête au 1° décembre. Pierre Natal la met néanmoins au 24, du même mois, qu’il dit avoir été le jour de sa mort, sans nous marquer de qui il tenait cette circonstance.

Naid