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Misne
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet

Ou Misna, est proprement le Code du droit des Juifs. Le nom de Misna, en hébreu, signifie répétition de la loi, ou seconde loi. Les Grecs la nomment Deuterosis, qui a la même signification, comme qui dirait une seconde explication de la loi de Moïse, une seconde loi, car les Juifs croient que Dieu, en donnant la loi écrite à Moïse, lui en donna encore une autre non écrite, qui se conserva dans la tradition des docteurs de la Synagogue jusqu’au temps du fameux rabbin Judas le Saint, qui écrivit la Misne vers l’an de Jésus-Christ 180, ayant alors environ quarante ans, étant né l’an 136 de Notre-Seigneur. Ce docteur, qui était le prince de la captivité, c’est-à-dire, le prince des Juifs depuis leur disgrâce et depuis la ruine de Jérusalem et du temple, naquit dans la ville de Séphoris en Galilée.

S’étant acquis une grande réputation, et ayant été longtemps employé à juger les différends et à décider les cas qui survenaient sur le sens de la loi parmi sa nation, voyant le danger qu’il y avait que les Juifs, dispersés en tant de provinces ne s’éloignassent enfin de la tradition de leurs pères et n’oubliassent une partie des rites de leur nation, si on se contentait de les confier à leur mémoire jugea à propos de les rédiger par écrit ; et c’est ce qui a produit la Misne, qui est le Code du droit civil et ecclésiastique des Juifs, et qui contient le recueil de leurs rites et de leurs lois orales.

Cet ouvrage est divisé en six parties. La première roule sur la distinction des semences dans un champ, les arbres, les fruits, les décimes, etc. La seconde règle la manière d’observer les fêtes. La troisième traite des femmes et des causes matrimoniales. La quatrième, qui a pour titre : Les pertes, regarde les procès qui naissent dans le commerce, et les procédures qu’on y doit suivre. On y parle aussi du culte étranger, ou de l’idolâtrie, parte qu’elle fournit beaucoup de matières aux jugements. La cinquième regarde les oblations, les sacrifices et toutes les choses qui peuvent y avoir quelque rapport. La sixième a pour objet les diverses sortes de purifications.

Si l’on veut savoir plus à fond ce que c’est que la Misne, on peut consulter la nouvelle édition qu’en a faite depuis peu Guillaume Surenhusius à Amsterdam, en 1703. en six tomes in-folio, avec les notes de Maimouides, de Bartenora et de Guisius. Voyez aussi le troisième tome de la Bibliothèque rabbinique de Bartolocci, et la continuation de l’Histoire des Juifs, par M. Basnage.

Tout le monde sait que Juda le Saint est reconnu pour l’auteur ou le compilateur de la Misne. Il est le chef et le principal des docteurs que les Juifs appellent Thanaites, ou Conservateurs de la tradition. Ils succédèrent aux chefs de la grande Synagogue, à la tête desquels étaient Zorobabel ou Malachie. On donne pour chef aux Thanaïtes le fameux Esdras qui revint de la captivité de Babylone. On soutient qu’ils ont été favorisés de Dieu, et qu’ils ont souvent ouï ce qu’ils appellent Bath-kol, ou la fille de la voix, qui est une voix venue du ciel, laquelle était comme l’écho de celle qui s’était fait entendre à Moïse au mont Sinaï. Cette fille de la voix avait succédé à la prophétie, et donnait une grande autorité à ces docteurs. [Voyez Bate-Kol]. Les Juifs prodiguent à leur égard les titres les plus pompeux et les éloges les plus relevés. C’est donc de ces Thanaïtes, dépositaires de la tradition, que Juda le Saint avait appris ce qu’il nous débite dans la Misne.

Aux Thanaïtes succédèrent les Gémaristes, on Commentateurs ; car aussitôt que la Misne parut, elle fut reçue avec une parfaite vénération par tous les lieux où les Juifs étaient dispersés ; car ils croient qu’elle ne contient rien qui n’ait été dicté de Dieu même à Moïse sur le mont Sinaï, aussi bien que la loi écrite. De sorte que tous leurs savants en firent le sujet de leurs études, et que les principaux d’entre eux, tant en Judée qu’à Babylone, se mirent à le commenter. Ce sont ces commentaires qui, avec le texte même de la Misne, composent les deux Thalmuds, celui de Jérusalem et celui de Babylone. Ils appellent ces commentaires la Gemarre ou le Supplément, parce qu’avec eux la Misne est un ouvrage achevé et n’a plus besoin d’aucune autre chose. Voyez ce que nous avons dit ci-devant sous le titre Deutérose.