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Miracle
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet Westphal

Signe, prodige, merveille ; ces termes sont ordinairement employés dans l’Écriture pour désigner une action, un événement, un effet supérieur aux lois connues de la nature. On donne ce nom non-seulement aux vrais miracles opérés par des saints ou des prophètes envoyés de Dieu ; par des bons anges, par la main de Dieu, ou par le Fils de Dieu ; mais aussi aux faux miracles des imposteurs, et aux miracles opérés par des méchants, des faux prophètes, des démons. Moïse, par exemple, parle des miracles des magiciens de Pharaon, comme il parle de ceux qu’il opérait lui-même au nom et par la vertu de Dieu ; et le Sauveur dans l’Évangile prédit que les faux Christs et les faux prophètes feront des prodiges capables d’induire à erreur, s’il était possible ; même les élus (Matthieu 24.24). Et saint Jean, dans l’Apocalypse (Apocalypse 13.13-14), parle d’une bête qui sortait de la terre, que l’on entend d’un persécuteur de l’Église, qui faisait des prodiges jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre en présence des hommes, et qui séduisit un grand nombre de personnes, à cause des prodiges que Dieu permit qu’il fit en leur présence. Et dans le même livre (Apocalypse 16.14) on parle des démons qui font des miracles pour engager les rois de la terre à faire la guerre aux saints, et du faux prophète (Apocalypse 19.20) qui a fait des prodiges pour séduire ceux qui ont reçu le caractère de la bête.

Les miracles et les prodiges ne sont donc pas toujours des signes certains, ni de la sainteté de ceux qui les font, ni des preuves de la vérité de leur doctrine, ni des témoignages assurés de leur mission. Le Fils de Dieu non-seulement permet, mais ordonne même d’examiner les miracles, et ceux qui les opèrent. Si l’on vous dit : Le Christ est ici ou là, ne le croyez point ; car il s’élèvera de faux Christs et de (aux prophètes, qui feront de grands signes et des prodiges, etc. (Matthieu 24.23-24). Et Moïse (Deutéronome 13.4) : S’il s’élève parmi vous un prophète, ou un homme qui se vante d’avoir des songes prophétiques, et qu’il vous prédise un prodige ou un événement miraculeux, et que ce qu’il vous a prédit arrive en effet, et qu’après celait vous dise : Allons, suivons les dieux étrangers : ne le croyez point ; car c’est que le Seigneur veut vous éprouver pour voir si vous l’aimez de tout votre cœur, etc. On peut donc avancer que la preuve des miracles n’est pas toujours certaine et univoque. Il y faut joindre celle de la mission de celui qui fait ces miracles, la vérité de sa doctrine, l’innocence de sa vie, sa soumission aux chefs de l’Église, sa bonne intelligence et son union avec les saints, et ceux dont la vie, la mission et la doctrine sont déjà reconnues et approuvées. Il faut examiner si ses miracles sont vrais, et ne sont pas des prestiges et des opérations magiques ; s’ils conduisent à Dieu, à la paix, à la justice et au salut ; si tous les caractères dont on vient de parler se rencontrent dans celui qui fait des miracles, on peut sans crainte le reconnaître pour envoyé de Dieu. [Voyez Examem].

Le Sauveur, dans l’Évangile, se plaint que les Juifs ne voulaient croire qu’à force de miracles (Jean 4.48). Les mêmes Juifs s’adressant à Jésus-Christ, lui demandèrent un signe (Matthieu 12.38). Il leur répondit qu’il ne leur en donnerait point d’autre que celui du prophète Jonas, et que, comme Jonas avait été trois jours dans le ventre de la baleine, ainsi le Fils de l’homme serait trois jours dans le sein de la terre. Il lit ailleurs (Jean 15.24) que, s’il n’avait pas fait parmi eux des miracles que nul autre n’avait fait, ils n’auraient point de péché ; mais après ce qu’il a fait parmi eux, et après la doctrine qu’il y a prêchée, ils n’ont aucune excuse. Aussi Nicodème avoue que personne ne pouvait faire les miracles qu’il faisait, à moins que Dieu ne fût avec lui. Tant de miracles si suivis, accompagnés de tant de justice d’innocence, d’une doctrine si pure et si divine, ne peuvent être l’ouvrage de la séduction et de la fausseté. Le doigt de Dieu y paraît manifestement. Jésus-Christ ; envoyant ses apôtres prêcher l’Évangile parmi les Juifs et parmi les nations infidèles, leur donne un ample pouvoir de faire en son nom toutes sortes de prodiges (Matthieu 16.17). Et on peut assurer que rien n’a tant contribué à la propagation de la foi chrétienne que la multitude des miracles opérés par les apôtres et par leurs disciples : le tout accompagné de la plus sublime doctrine et de la plus pure morale, et de la vie la plus juste et la plus désintéressée.

Il faut que la prévention, l’endurcissement et l’incrédulité des Juifs aient été extrêmes, pour ne se pas rendre aux miracles de Jésus-Christ et des apôtres. Saint Paul dit qu’il faut des miracles aux Juifs pour les convaincre (1 Corinthiens 1.22). Et qui en a jamais fait de plus grands, de plus fréquents et de plus incontestables que Jésus-Christ ? Les peuples, moins prévenus que les docteurs, les prêtres et les pharisiens ne convenaient-ils pas que le Messie n’en pourrait jamais faire un plus grand nombre (Jean 7.31) ? Les docteurs eux-mêmes ne pouvant démentir leurs yeux, ni s’opposer à la notoriété publique, n’osaient nier ses miracles, ils les rapportaient à Béelzébub. Les Juifs modernes veulent que Jésus-Christ ait volé le nom de Jéhovah dans le temple, et qu’il s’en soit servi pour faire ses miracles. Quand cela serait, peut-on concevoir que Dieu favorise du don des miracles, et d’une si longue suite de miracles, et dans un si haut degré, un imposteur qui travaille à ruiner la loi et la religion, et qu’il lui permette de transmettre ce pouvoir à ses disciples, à ses apôtres, à ceux qui croient en lui, et cela après un si long temps ? Qu’est-ce qu’induire à erreur, si cela ne s’appelle pas induire à erreur ?

[Les miracles, dit l’auteur des Pensées sur la philosophie de la foi, devaient nécessairement entrer dans le ministère du Christ ; ils tiennent naturellement au système de l’incarnation, qui ne pouvait atteindre son but sans présenter un caractère sensiblement divin.

On a fait bien de la physique et de la métaphysique sur ce sujet : c’est dire qu’on a perdu bien du temps et débité de grandes inutilités. On a trop généralisé, et par conséquent très-obscurci l’idée de miracle, et rendu les objections et les difficultés interminables.

Pourquoi isoler et mettre dans un ordre analytique et abstrait des faits dont la nature est du ressort de la simple épreuve, et dont la correspondance avec toutes les parties de l’économie où ils se trouvent est l’unique règle de leur vérification ? Un fait tire essentiellement sa consistance et son authenticité des circonstances qui l’enveloppent ; il perd au creuset son caractère spécifique, et n’est plus la chose qu’on voulait connaître.

Toute la question est ici de savoir si les actions extraordinaires que nos évangélistes racontent de Jésus-Christ, et qu’il appelait lui-même des œuvres de Dieu, sont réellement une attestation d’une volonté spéciale de Dieu ; si elles sont véritablement une manière dont Dieu nous déclare que celui qui fait ces œuvres est tel qu’il se qualifie, et que nous devons l’écouter.

Pour un homme de bonne foi, un miracle, lorsqu’il s’agit d’un enseignement, n’est autre chose qu’un signe externe et sensible du témoignage que la Divinité lui rend ; c’est la voix de Dieu qui nous dit : croyez. Peu m’importe qu’en général ce signe puisse être imité ou cette voix contrefaite, s’il est évident que, dans le cas particulier où nous sommes, il ne peut y avoir ni imitation ni contrefaçon, et que la vérité soit ici mille fois plus naturelle et plus explicable que l’imposture.

Il y a une énorme différence entre considérer un fait au spéculatif et dans la nudité de son caractère métaphysique, et l’examiner dans sa liaison et dans ses rapports avec tous les entours qui lui donnent son individuation et sa forme propre et numérique. Les résultats de ces deux façons de voir un objet ne peuvent donc être semblables. Donc tous les doutes et toutes les incertitudes que

Laissent après elles dans l’esprit de l’homme toutes ses recherches sur la nature, sur la possibilité, sur les qualités d’un miracle en général, sont essentiellement inapplicables aux miracles de Jésus-Christ.

Qu’un homme que je connais comme moi-même, dont j’ai admiré partout l’incorruptible et délicate probité, en.qui je n’ai jamais vu dominer qu’un désir, qui est que Dieu soit adoré et que les hommes soient bons et heureux, à qui il m’est impossible de supposer le moindre intérêt de mentir et de me tromper, qui passe sa vie à faire du bien, et qui a donné les plus éclatantes preuves de son inviolable dévouement à la vérité et à la vertu ; qu’un tel homme se montre à moi muni du seing royal et déployant un brevet qui lui donne le pouvoir de parler au nom du prince et d’agir par son autorité : quand l’exhibition d’un tel titre serait pour moi la chose la plus inattendue et la plus extraordinaire, j’y croirais avant de l’examiner. Pourquoi ? Parce qu’il y a pour moi une chose infiniment plus invraisemblable et à laquelle je m’attends bien moins : ce serait que cet homme fût un fourbe, et qu’il pût même concevoir la pensée de fabriquer de fausses lettres. Après cela, je laisserais tous les esprits difficultueux faire de froides dissertations sur l’essence des choses, sur ce qui constitue l’authenticité d’un brevet ; je les laisserais chercher et énumérer ennuyeusement toutes les manières dont on peut faire de faux brevets, citer longuement mille exemples d’aventuriers qui ont montré des brevets et qui n’avaient pas de brevets, etc., etc.

Ce n’est pas la démonstration de la vérité interne des miracles de Jésus-Christ qui détermine mon adoration et ma croyance, mais c’est une preuve de sentiment qui tire sa force de la connaissance que j’ai de son caractère, du tissu de ses actions, d’une infinité de circonstances locales et personnelles dont la réunion produit aussi victorieusement la conviction dans un esprit sain et raisonnable, que toute l’évidence d’une démonstration géométrique, et qui me dispense de me noyer dans une métaphysique qui ne peut, en pareille matière, nous donner un seul rayon de vraie lumière.

Croyez que lorsqu’un grand philosophe, après avoir longtemps analysé les miracles, disputé contre leur possibilité, querellé la résurrection d’un mort et prouvé par les lois de la mécanique qu’un paralytique ne peut guérir subitement, revient enfin à la foi, il n’est pas redevable de ce retour à l’acquisition de plus de connaissance qu’il n’en avait sur ce sujet, mais que la vraie, l’unique et dernière raison pourquoi il croit maintenant aux miracles rapportés par les évangélistes, c’est que ce sont eux qui les racontent et que c’est Jésus-Christ qui les a faits ; c’est que, quaaddes milliers d’historiens auraient menti, ceux de l’Évangile ne pourraient nous avoir trompés, et que quand des milliers d’imposteurs auraient fait de faux miracles, il serait encore impossible que ceux de Jésus-Christ ne fussent pas la voix de Dieu.

Rapportons-en un revêtu de toutes ses circonstances.

Jésus affectionnait à Béthanie une famille considérée dans la Judée pour ses vertus et Son respect pour la loi de Moïse. C’était dans la paisible société de ces vrais et ingénus enfants d’Abraham qu’il allait se délasser de la fatigue de ses prédications et de ses voyages. Cette innocente famille était composée d’un frère, nominé Lazare, et de deux sœurs, Marthe et Marie. Jésus exerçait son saint ministère à quelque distance de là, lorsque Marthe et Marie lui envoient dire « Seigneur, Lazare, que vous aimez, est attaqué de maladie ; et Jésus dit : Cette maladie n’est pas pour la mort, mais pour faire éclater la gloire de Dieu et celle de son Fils qu’il a envoyé. Et il voulut séjourner encore deux jours dans le même lieu ; et ensuite il dit à ses disciples : Retournons encore dans la Judée. Lazare notre ami dort, et je vais partir pour l’éveiller. Après quoi il leur dit ouvertement : Lazare est mort, et je me réjouis, à cause de vous, que cette mort soit arrivée en mon absence, afin que vous croyiez plus fermement en moi… Jésus vient donc à Béthanie, où Lazare était depuis quatre jours enfermé dans le tombeau… Marthe et Marie, qui étaient au fond de leur maison, environnées d’une grande foule de Juifs vénus pour les consoler, allèrent au-devant de Jésus, et lui dirent : Seigneur, si vous eussiez été ici, notre frère ne serait pas mort. Et Jésus leur dit t Votre frère ressuscitera. Je sais, dit Marthe, qu’il ressuscitera au dernier jour. Jésus reprit : je suis la réssurection et La Vie. Celui qui croit en moi vivra quand la mort l’aurait déjà frappé : et tous ceux qui vivent et qui ont cette foi dans mes paroles ne mourront jamais. Croyez-vous ce que je dis ? Oui, Seigneur, répond la sœur de Lazare, je crois que vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde… Jésus, voyant que Marie versait des larmes, et que les Juifs qui étaient autour d’elle pleuraient aussi, frémit en lui-même, il se sentit troublé et attendri, et il dit : Où l’avez-vous mis ? On lui répond : Venez, Seigneur, et voyez et Jésus pleura. Ce qui fit dire aux juifs : combien il l’aimait ! Comment lui, qui a rendu la vue à un aveugle-né, n’a-t-il pas empêché que Lazare ne mourût ? Alors Jésus, frémissant encore en lui-même, s’approche du sépulcre. C’était une enceinte creusée dans la terre et couverte d’une pierre. Jésus dit : Qu’on lève la pierre. Seigneur, interrompit Marthe, il doit être déja corrompu, car il y a quatre jours qu’il est dans ce tombeau. Ne vous ai-je point dit, reprit Jésus, que si vous croyez, vous verrez éclater La gloire de Dieu ? On ôta donc la pierre. Aussitôt il lève les yeux au ciel et s’écrie : Ô mon Pèrel je vous rends grâces de ce que vous m’avez exaucé, quoique je susse bien que vous m’exaucez toujours.

Mais je vous parle ainsi à cause du peuple qui m’environne, afin que tous ceux qui seront témoins de ce qui va arriver croient que c’et vous-même qui m’avez envoyé.

Après avoir dit ces paroles, il cria d’une voix forte : venez, Lazare, sortez de ce tombeau. Et au même moment le mort se lève et parait au milieu de l’assemblée avec les bandelettes dont on lui avait lié les pieds et les mains, et avec le voile dont on lui avait enveloppé le visage.

Ressouvenez-vous maintenant, sage lecteur, de ce que nous avons observé tout à l’heure, savoir, que l’état direct et immédiat de la question est ici de savoir, non si cette résurrection est une vraie résurrection, non si une vraie résurrection passe les bornes d’une force humaine et si elle est contre le cours de la nature, non si une fausse résurrection peut tellement en imiter une véritable, qu’elle donne absolument la même apparence, et qu’elle produise exactement la même sensation : mais si ce fait, tel qu’on vient de l’exposer, quel qu’il soit en lui-même, et en faisant abstraction de son caractère intime, est une expression divine, une attestation du ciel qui confirme ce que le Christ nous dit de lui-même ; si c’est enfin la voix de Dieu qui déclare à la terre que ce prophète qui se donne publiquement pour l’envoyé du Très-Haut, possède réellement l’autorité qu’il s’attribue ; la plus exigeante incrédulité doit avouer qu’il n’est pas possible qu’on lui accorde davantage, ni qu’on la mette plus à son aise que nous ne le faisons ici.

Or nous osons affirmer que quand on ne pourrait déterminer si la résurrection de Lazare est une résurrection réelle, on si une résurrection réelle est un effet dont le principe ne peut être dans la série des causes secondes ; que quand on pourrait citer des exemples d’un fait tout semblable exécuté par des imposteurs, ce serait encore une nécessité de reconnaître que la résurrection de Lazare exécutée par Jésus-Christ est une œuvre de Dieu, une déclaration de la vérité du caractère qu’il se donne devant les hommes. En effet, supposons (a) qu’au moment où il ressuscitait Lazare, un pharisien eût opéré le même prodige sur un autre mort, en preuve de la fausseté de l’enseignement de Jésus-Christ. Il est vrai qu’alors l’un et l’autre spectacle eussent produit la même impression organique, et qu’ils eussent été de même espèce pour les yeux ; Mais le siège de la conviction n’est pas dans nos sens ; et ce qui les affecte également peut affecter très-diversement la raison. L’unité de sensation n’emporte pas unité de jugement. Si un homme tel que Fénelon eût dit aux habitants de Cambrai : Pour vous convaincre que j’ai une commission particulière du roi pour vous notifier ses intentions, je vous montre ce seing et pe cachet ; et qu’en même temps un homme ordinaire ou équivoque ; montrant une signature et un sceau tout semblables ; eût dit : Voici des lettres qui attestent que Fénelon n’a point d’ordre pour vous parler au nom du roi ; l’action de L’un et de l’autre eût été la même quant à son impression sur les sens : voilà ressemblance et unité de sensation. Y a-t-il unité de jugement ? Je demande même seulement si ce conflit de témoignages que l’œil voit au niveau l’un de l’autre, peut faire balancer un instant la raison et y laisser une incertitude ? Y eût-il eu un seul de tous ceux qui connaissent l’âme, le caractère, la vertu et le cœur de Fénelon, de ceux qui l’avaient entendu parler et vu agir, qui contestât la vérité du titre qu’il produisait, et qui niât que le vrai seing royal fût de son côté ? Eût-on seulement songé à donner la moindre attention à son contradicteur ? Celui-ci eût en vain allégué la similitude des preuves ; on n’eût vu là qu’une conformité de superficie et d’épiderme qui n’aurait séduit personne ; et le sentiment eût triomphé de l’unité de sensation.

C’est que les spectateurs seraient partis naturellement de la délicate et parfaite probité de Fénelon, comme on part d’un axiome, pour évaluer la force du titre déployé devant eux, et qu’ils auraient senti intimement l’impossibilité de cesser d’estimer, d’honorer et de chérir un tel homme…

Jésus-Christ avait porté aussi loin qu’elle pouvait aller la preuve d’une probité, d’une sagesse et d’une vertu dont aucun homme avant lui n’avait donné l’exemple à la terre ; et personne ne ressuscita de mort pour attester qu’il n’était pas envoyé de Dieu, lorsqu’il ressuscitait Lazare en déclarant qu’il opérait ce prodige pour nous prouver que c’était Dieu qui l’envoyait. Aussi, examinez bien l’effet que produisit sur l’esprit des Juifs et des chefs de la Synagogue cette résurrection si inattendue et si étonnante. Il ne vient à l’esprit de personne de dire que c’est là un de ces tours d’adresse dont les imposteurs publics savent déguiser leur fourberie. Mais on voit cette grande foule de témoins se partager sur-le-champ en deux portions inégales. La plus forte cède à l’évidence qui achève de l’éclairer sur le vrai caractère de Jésus-Christ, et le reste se retire interdit et ne sachant que penser d’un si extraordinaire événement.

Beaucoup de ces Juifs, poursuit l’évangéliste, qui étaient venus chez Marie et Marthe, et qui avaient vu ce que Jésus a fait, crurent en lui ; et quelques-uns s’en retournèrent et allèrent raconter aux pharisiens ce qui venait de se passer. Cette tranquillité dans une multitude d’hommes ramassés autour de Jésus-Christ, et si portés à tous les excès du fanatisme, serait bien inconcevable, si on eût seulement soupçonné que l’action qu’il venait de faire était la ruse du plus faux, du plus hypocrite et du plus impie de tous les hommes. On se figure que, dans ce cas, le peuple se serait jeté avec fureur sur Jésus-Christ, ou qu’au moins un l’aurait traîné tumultueusement devant le tribunal de la nation. Point du bout : on ne le dénonce ni on ne l’accuse ; on ne fait que raconter ce qui est arrivé au tombeau de Lazare.

Alors le pontife et les pharisiens convoquèrent une assemblée. Voilà une inquiétude, des mouvements et des soucis qui annoncent un besoin pressant d’aviser aux moyens d’arrêter l’effet d’un si éclatant prodige. Au lieu de perdre la tête, comme il serait arrivé à Jean-Jacques Rousseau, à ce qu’il dit, s’il en eût vu un pareil, ils se pénètrent très-profondément des suites que celui-ci doit naturellement avoir et de la nécessité de les prévenir. Le début de celui qui préside cette assemblée mérite d’être bien remarqué. C’est le langage d’un homme déconcerté et qui sent toute la difficulté de faire réussir le dessein qu’il a conçu d’étouffer l’éclat d’un fait si frappant. On voit même qu’il craint de répandre des doutes sur la personne de Jésus-Christ et de faire suspecter son caractère. Il n’ose parler, comme juge de la vérité, et le charger d’imposture et de men-songe, de peur de compromettre sa bonne foi et d’indigner ceux qui l’écoutent. Il ne fait que présenter une considération de pure politique ; et il rend, sans le savoir, le plus grand témoignage à la solidité de la preuve que Jésus-Christ venait de donner de la vérité de sa mission divine. À quoi pensons-nous ? s’écrie-t-il ; voilà que cet homme opère beaucoup de miracles : si nous le laissons faire, tout le monde croira en lui ; et les Romains viendront, ils nous enlèveront notre pays et détruiront notre nation. Et un autre répond : Il faut donc bien se résoudre à sacrifier un seul homme à la sûreté publique, et éviter, à quelque prix que ce soit, la colère des Romains.

Je vous le demande maintenant, sage lecteur, si quelques-uns de ceux qui ont assisté à ce jugement du sanhédrin avaient eu quelque tentation de croire en Jésus-Christ avant de savoir ce que décideraient les pharisiens et les pontifes, n’ont-ils pas dû se trouver pleinement convertis à lui en sortant d’une pareille assemblée ? Certainement les ennemis actuels de la divinité de Jésus-Christ doivent être peu contents du procédé de leurs premiers précurseurs.

Cependant nos philosophes anti-chrétiens doivent convenir qu’ils ont, pour combattre les miracles de Jésus-Christ, une facilité et des ressources qui manquaient aux incrédules de la Synagogue. Ceux-ci ne pouvaient recourir à l’expédient très-commode de dira que les témoins de ces miracles pouvaient s’Itre trompés, ou avoir voulu tromper. S’ils n’eussent eu à prononcer que sur un fait consigné dans un livre bien ancien, ce livre eût-il été d’ailleurs le plus authentique monument qui subsistât au monde, au lieu de prendre l’épouvante et d’imaginer un moyen brusque et violent d’empêcher les hommes de se rendre à la nécessité de se faire chrétiens, on eût dit tout uniquement que ce livre était vieux, et que par conséquent il avait été supposé, interpolé, controuvé, falsifié, altéré, etc., etc. ; ce qui est, comme on sait, le meilleur raisonnement qu’on puisse opposer à tous les raisonnements des théologiens.

Et voilà l’avantage d’être à dix-huit cents ans de la vérité !

Voyez Laharpe, Apologie de la religion, chapitre 3.

Miraculum, dans le texte latin de la Vulgate, ne signifie pas toujours un miracle, souvent il désigne seulement une chose singulière et extraordinaire, ce qui surprend et ce qui étonne. Par exemple, dans Job (Job 33.7). L’Hébreu, à la lettre : Ma frayeur ne vous étonnera point. C’est Eliu qui parle : Mon éloquence ne vous imposera point, mon autorité ne vous troublera point. Et dans le premier livre de Samuel (1 Samuel 14.15) : Factum est miraculum in castris : La frayeur se répandit dans le camp des Philistins, et on y vit dans un moment un changement extraordinaire. Et dans Jérémie (Jérémie 44.12) : Erunt in jusjurandum et in miraculum. Les Juifs qui s’étaient retirés en Égypte seront un sujet d’étonnement. Et quand on voudra souhaiter les derniers malheurs à un homme, on lui dira : Puissiez-vous être aussi malheureux que les Juifs ! etc.

(a) Sans doute cette supposition roule sur l’impossible et l’absurde ; et nous n’avons garde d’accorder serieusement que l’imposture ait pu ou puisse jamais imiter les miracle de Jésus-Christ ; mais nous voulons faire voir à nos lecteurs combien on peut passer d’extravagantes idées aux incrédules, et combien on pourrait allouer de leurs plus redoutables principes, sans le moindre danger pour la certitude de notre foi en la divinité de Jésus-Christ.