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Malte
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet Westphal Bost

Melita , île célèbre dans la mer d’Afrique. On croit que son nom de Melita lui vient de la grande quantité de miel qui s’y trouvait autrefois. Sa longueur est d’orient en occident , et sa largeur du septentrion au midi. Son circuit est de soixante milles, ou de vingt lieues. Cette île est attribuée à l’Afrique par les géographes , parce que, tirant une ligne de l’orient à l’occident, elle se trouve enfermée dans la mer d’Afrique. Son terrain est pierreux et ingrat. Elle porte toutefois d’excellents fruits , des melons et du coton.

Saint-Paul, ayant fait naufrage sur les côtes de Malte , fut très-bien reçu avec ses compagnons par ceux de cette île, qui leur donnèrent le couvert , et leur allumèrent du feu pour les sécher. Mais saint Paul ayant pris un fagot de sarments pour le jeter au feu (Actes 28.1-3), une vipère qui y était cachée, ayant senti la chaleur, se jeta à la main de Paul, qui, sans s’effrayer, la secoua dans le feu. Les assistants se disaient l’un à l’autre : Il faut quecet homme soit un homicide , puisqu’après avoir échappé du naufrage , la vengeance divine le poursuit encore. Ils s’attendaient à tout moment de le voir tomber mort ; mais, considérant qu’il ne lui en était rien arrivé, ils commencèrent à le regarder comme une divinité.

Publius , gouverneur de l’île , les reçut fort humainement , et les traita fort bien pendant trois jours. Comme son père était malade de fièvre et de dyssenterie, saint Paul l’alla voir, lui imposa les mains et le guérit. Alors tous ceux de l’île qui avaient des malades les lui amenèrent, et il leur rendit la santé ; et lorsque saint Paul et sa compagnie se rembarquèrent , ils les pourvurent abondamment de tout ce qui leur était nécessaire pour le voyage. On assure que depuis l’arrivée de saint Paul à Malte , il n’y a plus ni vipère, ni aucun autre animal venimeux, et que ceux même qu’on y porte d’ailleurs n’y peuvent vivre, surtout en l’endroit où saint Paul fut mordu , qui est une caverne d’où l’on emporte tous les jours de la terre et des pierres , pour chasser les animaux venimeux , et pour servir de préservatif et de remède contre les morsures des scorpions et des serpents. On ne peut pas dire que ce soit une propriété naturelle du pays, puisque, quand saint Paul y aborda, les habitants l’ayant vu mordu d’une vipère, jugèrent qu’il allait tomber mort. Cela ne peut donc venir que de la bénédiction particulière de saint Paul, qui s’étendit sur toute l’île. Un voyageur assure qu’on y voit de petits enfants manier les scorpions sans danger. Plusieurs Maltais se convertirent à la prédication de saint Paul, et la maison de Publius, qui en fut le premier évêque, fut changée en église. Saint Paul y demeura trois mois entiers.

Un religieux de la Charité, natif de cette île, m’a écrit que Malte était une ancienne colonie des Carthaginois , qu’elle avait toujours parlé le langage d’Afrique, comme elle fait encore aujourd’hui ; que c’est pour cela que ceux qui étaient avec saint Paul, qui tous étaient Grecs ou Latins, appellent les Maltais barbares ; que les Romains n’y ont jamais introduit leur langue parmi le peuple ; qu’on y parle aujourd’hui arabe parmi le peuple ; qu’à la Valette on parle italien, à cause des chevaliers qui y ont leur demeure ; mais que les peuples de la campagne n’entendent point cette langue ; qu’à la vérité il y a deux paroisses de Grecs à la Valette : mais elles sont pour les Grecs qui sont sortis de Rhodes avec les chevaliers et ont suivi leur fortune à Malte ; que, malgré toutes les révolutions qui sont arrivées à cette île, elle a toujours conservé la religion catholique dans sa pureté depuis saint Paul jusqu’aujourd’hui.

Il m’écrit de plus que le lieu où saint Paul échoua est une langue de terre baignée par la mer de deux côtés, située au nord de l’île, et à l’ouest de son étendue, qu’on a appelé toujours depuis le cale de saint Paul ; que ta tradition de cette île est que saint Paul fut véritablement mordu d’une vipère, et qu’en la secouant dans le feu il maudit toutes les vipères de l’île, et que toutes celles qu’on y a vues depuis sont sans venin ; car il y en a encore aujourd’hui, mais elles ne sont pas dangereuses. On en a quelquefois porté en Sicile par curiosité, et aussitôt qu’elles sont arrivées en cette île, elles sont devenues venimeuses comme les autres ; et dès qu’on les a rapportées à Malte, elles ont perdu leur qualité venimeuse.

Il ajoute qu’on trouve tous les jours quantité de vipères et d’autres serpents pétrifiés dans l’île de Malte, comme aussi des langues, des yeux, des viscères de serpents, qui ont tous la vertu de garantir de la morsure des animaux venimeux ceux qui en portent sur eux quelques morceaux ; et pour ceux qui n’en portent point ou qui n’en ont point, s’il leur arrive d’avoir été mordus par un serpent, ils se guérissent sûrement en prenant dans de l’eau de la râclure de ces serpents pétrifiés, ou de leurs langues, de leurs yeux ou de leurs viscères aussi pétrifiés, ou même de la râclure des pierres de la grotte où saint Paul a logé ; et cela n’est point un effet du climat du pays ; puisqu’avant son arrivée à Malte les vipères et les autres animaux venimeux y étaient aussi dangereux qu’ailleurs.

Il existe, dit Barbié du Bocage, deux opinions relativement à l’île de Malte, sur laquelle la tempête jeta saint Paul : l’une, toute vivante dans Ille de Malte, située entre la Sicile et l’Afrique, veut que ce soit sur cette île que le saint Apôtre ait trouvé son salut ; l’autre, qui offre aussi quelque vraisemblance, le fait aborder dans l’île de Méléda, au nord-ouest de Raguse, sur la côte de Dalmatie. Il faut, dans cette dernière opinion, supposer que, lorsque la tempête surprit saint Paul dans son vogage à Rome, Brindes était le port vers lequel on se dirigeait pour aborder en Italie ; et en effet, Brindes était alors le port le plus fréquenté pour le passage de l’Italie en Grèce, et réciproquement. La tempête aurait, dans ce cas, porté le navire plus au nord que la position de Brindes, l’aurait fait échouer sur le rivage de Méléda.

L’autre opinion est pourtant plus communément partagée.

M. Michaud a vu l’île de Malte en revenant de l’Orient. La ville se compose de deux cités : l’ancienne, c’est Malte ; la nouvelle, c’est la Valette. Ou appelle la cité de Malte, la cité vieille ou la cité notable a J’ai voulu la visiter, dit M. Michaud (Correspondances d’Orient, lettr. 188, tome 7. pages 469, 470) ; on en fait remonter l’origine aux Carthaginois ; elle est aussi bien bâtie que la Valette ; mais ses rues sont désertes ; on nous a montré hors de la ville la grotte miraculeuse de saint Paul, et les souterrains qu’on appelle Catacombes : la grotte est taillée dans une pierre molle qui se reproduit, dit-on, à mesure qu’on en détache des fragments ; à côté de cette merveille de la nature est une belle statue en marbre de saint Paul. Tout le monde sait que saint Paul fut jeté dans l’île par un naufrage, et qu’il y apporta la parole de l’Évangile. C’est à un miracle du saint Apôtre que les Maltais attribuent la faveur de n’avoir point dans leur pays des reptiles venimeux.