Appuyez sur Entrée pour rechercher ou ESC pour annuler.


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z


Histoire
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet Bost

Hisoire, historien.

La Bible est surtout un recueil d’histoires ; les livres des prophètes peuvent eux-mêmes être considérés comme des livres purement historiques, indépendamment de leur caractère prophétique. Des auteurs mal avisés, qui refusent de leur reconnaître ce caractère, prétendent qu’ils ont été écrits après les événements : ce sont donc, à leurs yeux, des livres historiques comme les autres, quant aux faits. Pour nous ce sont bien aussi des ouvrages historiques, mais écrits avant l’accomplissement des événements.

« Nous ne voulons parler ici que de l’histoire par rapport aux anciens peuples. Nous voulons dire que le peuple hébreu est le seul qui possède une histoire complète, suivie, vraie, incontestable, et que cette histoire a encore d’autres avantages qui la placent au-dessus de celles des autres nations ; le premier et le plus essentiel de tous, c’est qu’elle a pour auteur Dieu même, qui nous l’a donnée par la plume des historiens sacrés et des prophètes, qui étaient remplis d’une lumière surnaturelle, et dirigés spécialement par la vérité essentielle et infaillible. Or la vérité étant l’âme de l’histoire, il est évident que celle des Juifs doit l’emporter infiniment sur toutes les autres, qui n’ont pour auteurs que des hommes souvent ignorants ou intéressés à déguiser la vérité, et toujours sujets à se tromper et à tromper les autres, soit volontairement et par malice, soit involontairement et par défaut de lumières et de connaissance.

Mais en faisant pour un moment abstraction de l’inspiration surnaturelle qui se rencontre dans les écrivains de l’histoire des Juifs, et qui les distingue de tous les autres auteurs, de quelque nation et de quelque qualité qu’ils soient, on peut montrer à ceux qui ne reconnaissent pas cette qualité dans les auteurs sacrés, que même sans cela ces écrivains ont tout ce que l’on peut demander pour former une autorité certaine, aussi grande que l’on en puisse souhaiter en ce genre, et telle qu’il n’y en a point qui l’égale dans toutes ses circonstances en aucune autre nation et dans aucun autre pays.

Les qualités qu’on demande d’ordinaire dans un historien sont qu’il soit contemporain, sincère, bien instruit, et, autant qu’il se peut, désintéressé, exact, judicieux, exempt de préjugés, dégagé des passions, de la crainte, de l’espérance, de la haine, de l’amour ; qu’il soit domestique et non étranger, homme de guerre ou d’État, de qualité et connu, plutôt que simple particulier, sans naissance, sans nom, sans expérience et sans emploi. Or les auteurs de l’histoire des Juifs ont respectivement toutes ces qualités, ou du moins la plupart réunies, de manière qu’on ne peut raisonnablement les soupçonner de s’être trompés, ni d’avoir voulu nous tromper. Ajoutez que leurs récits sont si bien liés les uns avec les autres, si soutenus, si raisonnables, si conformes aux lois du bon sens et de la raison ; ils se rapportent si parfaitement aux autres histoires authentiques et étrangères que nous connaissons ; leur manière d’écrire porte un certain caractère de droiture et de vérité si uniforme ; enfin toute la nation des Hébreux a toujours tellement compté sur leur sincérité, que personne n’a jamais ni contesté ni contredit leur narration. Toutes ces qualités rassemblées forment certainement en leur faveur un préjugé que l’on ne rencontrera que difficilement dans aucune histoire profane.

Moïse, le premier et le principal auteur de l’histoire des Juifs, était un homme d’un très-beau et très-vaste génie, d’un grand courage, incapable d’une lâcheté, très-instruit, très-sérieux, très-sage, plein de religion et de piété, d’une sincérité etd’une droiture qui se déclare à chaque pas dans ses écrits. Ayant été adopté par la fille du roi d’Égypte, il n’y avait rien qu’il ne pût espérer, s’il eût voulu se livrer à sa bonne fortune. Il quitta ces espérances, pour partager avec ses frères toutes leurs disgrâces. Son zèle le porta à les secourir, jusqu’à encourir la colère du roi, et à se voir obligé de prendre la fuite. Après une longue absence, Dieu l’ayant suscité pour tirer les Israélites de l’Égypte, et pour leur donner dos lois, il exécuta heureusement ce grand ouvrage ; après quoi il entreprit d’écrire l’histoire de cet événement, du vivant de tous ceux qui en avaient été les témoins, c’est-à-dire, à la face de six cent mille hommes rassemblés dans un même camp, très-attentifs à observer toutes ses démarches et tous ses discours, et très-disposés à lui résister et à le contredire, s’il eût avancé des choses contraires à la vérité, comme il en racontait de contraires à leur honneur, à leur réputation, à leurs inclinations.

Pour prendre les choses de plus haut, et pour rendre son histoire plus complète, il la conduit depuis le commencement du monde jusqu’à son temps ; il donne la généalogie des premiers auteurs de la nation des Hébreux, raconte les principales actions des patriarches, surtout de Joseph, qui avait eu tant de crédit dans l’Égypte. Tout ce détail contribuait admirablement à son dessein, puisqu’il apprenait aux Hébreux leur origine et celle des nations avec qui ils devaient bientôt entrer en guerre ou en alliance. Il leur montrait le droit qu’ils avaient au pays dont ils allaient entreprendre la conquête ; droit acquis par les promesses que Dieu en avait faites à leurs pères. Il leur proposait de grands exemples de vertu dans la personne d’Abraham et des autres patriarches, il leur mettait devant les yeux le choix plein de distinction que Dieu avait fait de leurs pères et de leur race, pour placer au milieu d’eux sa religion et son sacerdoce. De plus il lui importait extrêmement de marquer ce qui avait donné lieu à certaines cérémonies et à certaines pratiques religieuses qu’il renouvelait ou établissait de nouveau, comme le sabbat et la circoncision. Or ce sont là apparemment les motifs qui engagèrent Moïse à commencer son ouvrage par la Genèse.

Ce qu’il dit de plus incroyable dans l’Exode, s’était fait à la vue de tout Israël ; Moïse ne pouvait ni tromper les Hébreux, ni en imposer aux Égyptiens, ses ennemis. Il parle des Hébreux d’une manière qui n’est nullement flatteuse. Il parle de lui-même sans aucune affectation ; il en dit le bien ou le mal, suivant les circonstances. Ce caractère de droituresesoutient toujours d’une manière uniforme. Moïse a donc toutes les qualités qui peuvent rendre un historien digne de foi, et qui peuvent mettre son témoignage hors de toute atteinte, et même au-dessus de tout soupçon de faux et de mensonge.

Il n’y a que les premiers événements de la Genèse qu’il rapporte, et qu’il ne pouvait savoir par lui-même, qui puissent faire quelque difficulté.

Mais,

1° Moïse et Aaron ont trouvé dans leur famille toutes les traditions qui avaient pu venir de Lévi, leur bisaïeul. Lévi avait vécu avec Jacob, et il avait vu Isaac ; Jacob avait vécu avec Isaac, et il avait vu Abraham. Abraham avait vécu avec Tharé, son père, et il avait pu voir tous ses aïeux à remonter, sinon jusqu’à Sem, du moins jusqu’à Arphaxad, fils de Sem ; plusieurs de ceux-ci avaient vu Noé, qui a vécu trois cent cinquante ans depuis le déluge. Noé avait vécu six cents ans avant le déluge, et il avait vu la plupart de ses aïeux à remonter jusqu’à Enos, fils de Seth. Lamech, son père, les avait vus tous ; il était né lorsque Adam mourut. Ainsi la tradition de tout ce qui s’était passé avant et après le déluge était encore récente au temps de Moïse, à cause de la longue vie des premiers hommes.

2° Il n’est pas certain qu’il n’y eût point alors d’écritures et de mémoires de ce qui s’était passé auparavant ; et s’il y en avait chez les Égyptiens ou chez les Juifs, Moïse devait en être mieux informé qu’un autre, ayant été parfaitement instruit chez les Égyptiens, et n’ignorant rien de l’histoire de sa nation.

3° Enfin les choses qui sont racontées dans Moïse sont de nature àêtre aisément conservées dans la mémoire des hommes ; par exemple, la création du monde, la chute d’Adam, le déluge, la tour de Babel, la fondation de la monarchie de Nemrod : car voilà presque à quoi se termine le détail des événements rapportés dans Moïse pour cet âge-là.

Quant au livre de Josué, que l’on attribue communément à ce chef du peuple de Dieu, qui introduisit les Israélites dans la terre de Chanaan, et qui la leur distribua par le sort, on peut en faire le même jugement que de ceux de Moïse l’auteur était contemporain, sage, éclairé, exact, judicieux ; il était à la tête du peuple hébreu ; il écrivait ce qui se passait sous ses yeux, et ce qu’il faisait lui-même.

L’écrivain du livre des Juges est apparemment Samuel, dont on connaît la gravité, la sagesse, les lumières, la qualité ; il avait en main des mémoires de ce qui s’était passé sous les juges, et c’est sur cela qu’il composa le livre que nous avons sous ce nom. Ainsi il peut encore passer pour contemporain, ou pour presque contemporain. S’il est auteur de la plus grande partie du premier livre des Rois, comme on le croit communément, il a écrit ce dont il a été témoin et ce à quoi il a eu grande part (1 Chroniques 29.29) nous apprend que les actions de David ont été décrites par Samuel le Voyant, et par les prophètes Nathan et Gad. Or tout le monde sait le mérite de ces deux grands hommes, qui vivaient sous David et sous Salomon.

Les autres livres historiques des Juifs ont eu pour auteurs des prophètes qui vivaient du temps des princes dont ils ont écrit la vie. Addo et Ahias écrivirent l’histoire du règne de Salomon (2 Chroniques 9.29) ; Addo et Séméias, celle du règne de Roboam (2 Chroniques 12.15) ; le même Addo, celle d’Abia (2 Chroniques 13.22). Hanani écrivit les Annales sous Asa (2 Chroniques 16.7), et Jéhu, fils d’Hanani, sous Josaphat (2 Chroniques 20.34). Sous le même roi on vit les prophètes Eliézer (2 Chroniques 20.37) et Jahaziel (2 Chroniques 20.14). Isaïe rédigea ce qui arriva sous Osias (2 Chroniques 26.22) et sous Ézéchias (2 Chroniques 32.32). Les prophéties d’Isaïe renferment plusieurs particularités de l’histoire d’Achaz (Isaïe 7.1). Osaï rédigea les mémoires du règne de Manassé (2 Chroniques 33.19). Jérémie fut chargé du même soin sous Josias et sous les rois de Juda ses successeurs. Ses prophéties sont, pour ainsi dire, une narration de ce qui se passa dans les derniers temps du royaume de Juda. Les livres des Bels et des Paralipomènes citent très-souvent les Annales des rois de Juda et d’Israël, et ils nous y renvoient comme à des mémoires publics, assurés et authentiques. Ces pièces subsistaient encore pendant la captivité, et même au retour de la captivité, s’il est vrai, comme il y a beaucoup d’apparence, qu’Esdras soit l’auteur des livres des Rois et des Paralipomènes où ces Annales sont si souvent citées. Ici doivent être placés les livres de Tobie et de Judith qui vivaient avant la captivité de Babylone ; Tobie sous le règne d’Assaradon, fils de Sennachérib, et Judith sous le règne d’un Nabuchodonosor, qui paraît être Saosduchin, fils d’Assaradon. Pour l’histoire des Juifs durant la captivité de Babylone, nous avons les prophètes Daniel et Ézéchiel qui nous en apprennent beaucoup de particularités.

Après la captivité nous avons le livre d’Esther, dont l’histoire se trouve sous le règne d’un Assuérus, qui paraît être Artaxerxès Longue-Main. Ensuite viennent les livres d’Esdras et de Néhémie, qui vivaient sous le règne d’Artaxerxès ; et ceux des Machabées, qui conduisent l’histoire des Juifs depuis le règne d’Alexandre le Grand jusqu’à la mort du pontife Simon, sous le règne d’Antiochus Sidétès.

Tout le monde connaît la grande capacité, le zèle et la haute piété d’Esdras ; il était d’une race illustre, et durant la captivité il fut fort considéré du roi Artaxerxès, surnommé Longue-Main. Il écrivit le premier des livres que nous avons sous son nom ; Néhémie écrivit le second. Ce dernier était d’une famille distinguée de la tribu de Juda, et échanson du même roi Artaxerxès, qui avait pour lui une affection particulière. Il parle presque toujours en première personne dans son ouvrage, et l’on cite dans les Machabées (2 Machabées 2.13) les Mémoires de Néhémie, dont apparemment le livre que nous avons sous son nom n’est que l’abrégé, puisque l’endroit cité dans les Machabées ne s’y remarque point.

Nous avouons que dans les livres d’Esdras et de Néhémie, il s’est glissé quelques petites choses qui n’ont pas été écrites par ces deux auteurs. Mais il y a peu de livres de l’Écriture où l’on ne remarque quelques pareilles additions qui, n’intéressent ni la foi ni les mœurs. Les anciens Hébreux ne faisaient nul scrupule d’insérer ainsi dans leurs textes certains termes propres à expliquer ce que la longueur du temps avait pu rendre trop obscur. La manière dont cela s’est fait montre plutôt la bonne foi de ces anciens temps que l’envie de tromper. On a fait ces additions sans user de finesse ni de précautions ; c’est comme nous mettons quelquefois sur la marge, ou même dans le corps des livres qui sont à nous, nos propres remarques ou celles de quelque habile homme. Des livres chargés de ces sortes de notes n’en sont pas moins authentiques ; ils n’en sont au contraire que plus recherchés. Dans les livres sacrés des Juifs les notes seront, par exemple, une généalogie poussée un peu plus loin que le premier auteur n’avait fait ; une remarque géographique, qu’une telle ville s’appelait autrefois de ce nom ; qu’en ce temps-là un tel peuple possédait ce pays ; qu’un tel lieu est au delà ou en deçà du Jourdain ; que la même chose se lit dans tel autre livre ancien. Voilà à quoi se terminent les additions que l’on remarque dans les auteurs sacrés. Il peut aussi s’y être glissé quelques fautes de copistes ; mais, où est le livre où il n’y en ait point ?

L’intervalle qui se rencontre entre Néhémie et les Machabées n’est pas long. Néhémie vivait encore 442 ans avant l’ère chrétienne vulgaire et le règne d’Antiochus Épiphane commença 175 ans avant cette ère l’intervalle n’est que de 267 ans ; et encore dans cet intervalle on a l’histoire de la persécution qui éclata contre les Juifs sous Philopator, 217 ans avant l’ère chrétienne vulgaire, et qui est rapportée dans le IIIe livre des Machabées l’auteur de ce livre n’est point connu, et son livre n’est point reçu au nombre des écritures canoniques ; mais cet auteur paraît ancien et très-instruit de l’événement qu’il rapporte.

Le premier livre des Machabées fut écrit en hébreu, ou plutôt en syriaque, qui était la langue de la Palestine, du temps des Machabées. Cet auteur cite à la fin de son ouvrage les mémoires du pontificat de Jean Hircan (1 Machabées 16) ; ce qu’i fait juger qu’il écrivait sur des commentaires ou des annales du temps, et que sous les Machabées on avait eu soin de rédiger ce qui arrivait de plus remarquable dans le pays l’auteur du second livre des Machabées (2 Machabées 2.14) dit que Judas ramassa les monuments de sa nation, qui avaient été dissipés pendant la guerre.

Depuis les livres des Machabées, nous avons l’histoire des Juifs dans Josèphe, et dans dés mémoires plus anciens qui se trouvent en arabe dans la Bible polyglotte de M. le Jay. Tout le monde connaît le jugement et le discernement de Josèphe l’historien. Joseph Scaliger lui donne le glorieux titre du plus diligent écrivain, et du plus grand amateur de la vérité que l’on connaisse ; il ajoute que dans ce qui regarde non-seulement l’histoire des Juifs, mais encore l’histoire étrangère, il mérite plus de créance qu’aucun autre auteur, soit grec, soit latin. Eusèbe, saint Jérôme, Photius, en parlént aussi avec éloge ; ils étaient bons juges, et leurs éloges ne sont point outrés ; quoiqu’on ne nie pas que Josèphe n’ait en ses défauts, et qu’assez souvent il ne se soit éloigné de la vérité des saintes Écritures.

Voilà ce que nous avons à dire sur l’authencité et la vérité de l’histoire des Hébreux. Cette nation, travers d’une infinité de révolutions, de disgrâces, de guerres et de malheurs, a su conserver, souvent au péril de sa vie, de ses biens et de sa liberté, les monuments de son histoire. Ils sont passés jusqu’à nous dans la langue originale dans laquelle ils ont été écrits ; cette langue, quoique morte depuis plus de dix-huit cents ans, est encore assez connue par les savants, pour entendre ces écrits ; nous en avons des traductions qui ont plus de dix-huit cents ans d’antiquité. Le peuple juif subsiste encore dans presque tous les pays du monde, toujours très-zélé pour sa religion, très-instruit de son histoire, et très-attentif à la conservation de ses monuments sacrés, de sorte qu’il ne nous reste rien à désirer pour l’authenticité et la vérité de cette histoire.

L’auteur des Paralipomènes avait en main un très-grand nombre d’écrits, de pièces et de mémoires, dont nous regrettons aujourd’hui la perte, et qui nous font comprendre l’attention qu’avaient les anciens Hébreux de conserver les faits qui concernaient leur république, et combien leur histoire serait parfaite, si Dieu eût permis que tous ces beaux monuments fussent parvenus jusqu’a nous. On cite très-souvent dans les Paralipomènes (2 Chroniques 16.11 ; 24.27 ; 25.26 ; 27.7) les Journaux de Juda et d’Israël, qui étaient apparemment des mémoires où l’on écrivait jour par jour ce qui arrivait de plus remarquable dans l’État et dans la religion. Les auteurs de ces ouvrages n’étaient point des écrivains à gages et payés pour ne marquer que ce qui était avantageux ou agréable aux princes ; c’étaient pour la plupart des prophètes, dont la capacité, la sagesse, la maturité, le dicernement, la piété, la sincérité, le désintéressement étaient connus dans tout Israël.

Du temps de David et des rois de Juda ses successeurs, il y eut toujours des prophètes qui s’appliquèrent à écrire l’histoire des princes sous lesquels ils vivaient. Samuel, Nathan et Gad écrivirent ce qui regarde le règne de David (2 Chroniques 29.29). Nathan, Abias et Addo prirent le même soin du temps de Salomon (2 Chroniques 9.29). Addo et Séméias ont écrit l’histoire de Roboam (2 Chroniques 12.15). Addo continua et écrivit celle d’Abia (2 Chroniques 13.22). Hanani, écrivit sous Asa (2 Chroniques 16.7), et Jéhu, fils d’Hanani sous Josaphat (2 Chroniques 20.34). Sous le même Josaphat on vit les prophètes Eliézer (2 Chroniques 20.37) et Jahaziel (2 Chroniques 20.14). Isaïe écrivit ce qui se passa sous Ozias (2 Chroniques 26.22) et sous Ézéchias (2 Chroniques 32.320). Ce même prophète eut beaucoup de part à ce qui arriva sous Achaz, et nous en voyons presque toute l’histoire dans ses prophéties (Isaïe 7 ; Isaïe 8 ; Isaïe 9). Hozaï écrivit sous Manassé (2 Chroniques 33.192), et Jérémie sous Josias et ses enfants, qui furent les derniers rois de Juda (Jérémie 1.2-3 ; 2 Chroniques 25.253). Voilà une chaîne d’historiens tous prophètes, qui ont écrit les annales du royaume de Juda.

Le royaume d’Israël, quoique schismatique et séparé de la vraie Église, qui résidait dans Juda, ne fut pas entièrement abandonné de Dieu ; il s’y conserva toujours un bon nombre d’Âmes fidèles et attachées à son service. Il y envoya souvent des prophètes pour rappeler à leur devoir les vrais Israélites ; et dans le temps qu’Élie croyait être le seul prophète du Seigneur conservé en vie, Dieu lui déclara qu’il s’était réservé dans Israël sept mille hommes qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal (1 Rois 19.18). Ahias de Silo parut sous Jéroboam, fils de Nabat (1 Rois 11.29 ; 14.2), et Jéhu fils, d’Hanani, sous Baasa (1 Rois 16.76). Élie et un grand nombre d’autres vécurent sous le règne d’Achab. Élisée, Jonas et quantité d’autres lui succédèrent dans le ministère de la prophétie. Oded prophétisait sous Phacée (2 Chroniques 28.97) à Samarie ne nous dit point expressément qu’ils aient écrit des mémoires de ce qui arrivait dans le royaume d’Israël ; mais, comme on a montré que dans celui de Juda c’étaient les prophètes qui avaient ce soin, il y a toute apparence qu’il en était de même sous les rois d’Israël. Outre ces mémoires écrits par les prophètes, il y en avait encore d’autres, composés ou par des prêtres ou par des écrivains de la cour des rois de Juda et d’Israël. Ces officiers s’appelaient secrétaires ou mazkirim, comme qui dirait mémorialistes, dont le principal emploi était de dresser les mémoires historiques et les journaux de tout ce qui arrivait de considérable dans l’État. Nous connaissons sous David et sous Salomon (2 Samuel 8.16 ; 1 Rois 4.3 1 Chroniques 18.15) Josaphat, fils d’Ahilud, secrétaire a conimentariis ; sous Ézéchias on voit (2 Rois 18.18) Joahé, fils d’Asaph, et sous Josias (2 Chroniques 34.8) Joha, fils de Joachaz, qui remplissent le même emploi.

Quoique l’histoire du règne de Salomon eût été écrite au long par les prophètes Nathan, Ahias et Addo, elle avait encore été recueillie par des écrivains publics, qu’on cite sous le nom de Livres des paroles des jours de Salomon (1 Rois 11.41). Il en est de même de l’histoire de Josaphat, recueillie par Jéhu, fils d’Hanani ; et on ne laisse pas de nous citer encore les Annales des rois de Juda, où les particularités de son règne étaient décrites (1 Rois 22.46). Enfin dans le même endroit (2 Chroniques 32.32) où il est question du prophète Isaïe comme ayant écrit l’histoire d’Ézéchias, on parle aussi des Annales des rois de Juda pour la même histoire. Et ailleurs (2 Chroniques 33.18-19), dans un même passage, on fait mention des Annales des rois de Juda et du prophète Hozaï, qui avait rédigé des mémoires de la vie de Manassé l’auteur y cite la prière de ce prince dans sa prison, prière que nous n’avons plus ; car celle qu’on lit dans nos Bibles est apocryphe. Ainsi l’auteur des Paralipomènes avait deux sortes de mémoires, les uns écrits par les prophètes, et les autres par les secrétaires du roi ou de la nation. Voilà quelles étaient ces Annales de Juda et d’Israël dont il est si souvent parlé dans l’Écriture. Il y a assez d’apparence que les annales du royaume d’Israël furent apportées dans celui de Juda lorsque Salmanasar transporta les dix tribus à Babylone. Il est certain que plusieurs sujets de ce malheureux royaume se réfugièrent alors dans Juda.

L’auteur de ces livres cite encore des dénombrements du peuple faits en différents temps, et qui étaient entre ses mains. Il cite, par exemple, verba vetera (1 Chroniques 4.22), les anciens mémoires ou les anciennes traditions ; il rapporte quatre dénombrements, l’un du temps de David (1 Chroniques 7.2), l’autre du temps de Jéroboam (1 Chroniques 5.17), le troisième du temps de Joathan (1 Chroniques 5.17), et un quatrième du temps de la captivité des dix tribus (1 Chroniques 9.1). Il parle ailleurs (1 Chroniques 27.24) du dénombrement qui s’était fait par l’ordre de David, et que Joab n’acheva pas, parce que la colère de Dieu eclata sur Israël. Il avait outre cela des tables généalogiques des tribus et des principales familles dont il nous donne les descendants.

On voit par là quelle était l’application des Juifs à écrire et à conserver les monuments de leur histoire. Josèphe relève ce soin de ses pères, afin de faire valoir la vérité et l’authenticité de l’histoire de sa nation contre les ennemis des Juifs. « Une des plus éclatantes preuves de la vérité, dit cet historien, est l’uniformité dans laquelle les choses sont racontées par les divers écrivains qui se mêlent d’en parler ou d’en écrire. On doit croire les Grecs dans leurs propres histoires, mais non pas dans celles des étrangers, puisqu’ils s’accordent si peu entre eux sur leur article, qu’on ne sait à qui s’en rapporter. Les Égyptiens et les Babyloniens ont aussi des histoires de leur pays bien authentiques et très-anciennes, ayant été rédigées par les prêtres ou par les philosophes de ces nations. Mais parmi nous, continue-t-il, on peut assurer que la diligence et l’exactitude des écrivains méritent encore plus de foi, puisqu’on ne confiait qu’à des prêtres et à des prophètes le soin d’écrire l’histoire, et qu’ils l’ont écrite avec une fidélité qui paraît assez dans le parfait rapport et la ressemblance qui se rencontrent dans leurs écrits. Enfin il n’y a personne parmi nous qui n’ait une profonde vénération pour leurs livres, que nous tenons pour divins ; personne n’ose y faire le moindre changement ou la moindre addition. Ces livres ne sont point en grand nombre, mais on les conserve avec tant de soin et de religion, qu’il est impossible qu’il se glisse jamais de corruption dans leur texte. » Il parle au même endroit des précautions que les prêtres prenaient pour conserver leur généalogie et leur race pures de tout mélange. Ce n’est pas seulement dans la Judée, ajoute-t-il, que les prêtres hébreux prennent ces précautions ; ils n’en prennent pas de moindres dans l’Égypte et à Babylone lorsqu’ils s’y trouvent établis : ils envoient à Jérusalem pour tirer des extraits généalogiques de celles qu’ils épousent ; et s’il arrive quelque disgrâce à la nation qui oblige les Juifs de se disperser, alors les prêtres renouvellent les anciens registres, et quiconque a manqué à la loi en s’alliant avec des femmes étrangères est exclu du ministère de l’autel et de tous les droits du sacerdoce.

Nous voyons dans le livre d’Esdras des preuves de ce que dit Josèphe : jusqu’au retour de la captivité on éloigna de l’autel tous ceux qui ne purent produire leurs registres généalogiques (Esdras 2.61-62) et ceux qui avaient épousé des femmes étrangères (Néhémie 13.28-30) ; on n’y reçut que les prêtres et les lévites qui se trouvèrent dans les anciens mémoires : Script in libra Verborum Dierum (Néhémie 12.22-23). Il paraît par ce qui est dit dans les livres des Machabées que l’on dressait aussi des mémoires de l’administration et du gouvernement, des grands prêtres ; on y cite le Livre des jours du sacerdoce du grand prêtre Jean (1 Machabées 16.23-24) ; mais nous pensons que c’est parce que ce grand prêtre était alors le chef et le prince de la nation. C’est de ces derniers mémoires que Josèphe a tiré toute l’histoire de sa nation depuis les Machabées. Vence, t. I 176-182 ; et 7.17-21.

Un passage d’Aristéas, et un autre de Josèphe indiqueraient que les histoires complètes dont les livres des Rois et de Josué sont l’abrégé existaient encore du temps des Septante. Ils étaient pressés d’achever leur traduction pour retourner à Jérusalem. Ils ont traduit l’Abrégé sacré, comme pour faire connaître notre religion, on traduirait un bréviaire, et non tous les livres saints.

Josèphe même ferait croire qu’elles subsistaient encore de son temps. Car il dit : « Ptolémée ne posséda pas toute l’Écriture sainte. » Il ajoute ailleurs : « Le nombre des choses contenues dans les livres saints est infini, d’autant qu’ils comprennent l’histoire de cinq mille ans, et qu’ils renferment l’histoire de tout ce qui s’y était passé pendant ce long intervalle de temps, l’histoire des guerres et des événements les plus considérables, et les actions les plus mémorables des princes ; et c’est de tous ces faits, continue cet historien, que je vais composer les livres que je donne ici au public. »

Il ajoute enfin qu’il n’a fait que traduire en grec les livres des Hébreux, sans y rien retrancher ni rien ajouter du sien. Lib. 10 cap x, paragraphe 6.

Épiphane, cité par Fabricius, dit que, outre les vingt-deux livres sacrés, soixante-douze apocryphes furent envoyés à Ptolémée. Peut-être mit-il ces derniers dans la bibliothèque ?

Brinch pense que Josèphe a suivi non solum codieena S. Hebroeum, sed et alios genlis suoe scriptores… Vossius croit aussi la même chose.

Josèphe donne à Salomon quatre-vingts ans de règne, la Bible quarante ans. Vossius défend Josèphe en disant que les livres sacrés ont retranché du règne de Salomon les quarante ans d’idolâtrie.

Sans entrer dans cette discussion, on voit clairement que Josèphe a cru devoir suivre une autre autorité. Il avait peut-être de meilleurs témoignages que nous ; il connaissait comme nous les livres sacrés, il en avait donc lu d’autres qu’il crut devoir suivre.

Josèphe compte cent ans depuis la destruction du temple de Salomon jusqu’à la ruine de la monarchie babylonienne, et ailleurs soixante et dix seulement. Il avait donc suivi, pour commettre ces erreurs, deux autorités différentes. Vous en trouvez encore d’autres preuves dans la réfutation de Brinch.

Josèphe peint les connaissances d’Abraham en astronomie, en physique et en histoire naturelle ; ou Joseph a inventé ce fait, ou il l’a tiré d’une autre histoire que celle de la Genèse.

Josèphe en diffère encore dans le motif de la haine des Hébreux contre les chananéens ; il dit qu’Abraham alla en Égypte, non forcé par la famine, mais pour s’instruire avec les prêtres égyptiens de leur religion. Moïse donne pour cause la famine.

Josèphe dit qu’Abraham reçut des richesses tle Pharaon et la permission de rester en Égypte, que là Abraham vécut familièrement avec les sages égyptiens, et apprit l’astronomie et la géométrie : Moïse, qu’Abraham sortit d’Égypte tout de suite après qu’on lui eut rendu Sara, et retourna en Palestine (Genèse 12.19-20 ; 13.1-3).

Ils avaient donc suivi, je le répète, des autorités différentes.

Brinch reproche à Josèphe d’avoir dit, d’après les commentaires de sa nation, qu’après le roi d’Égypte, beau-père de Salomon, aucun roi égyptien ne s’appela Pharaon, nom que leur donnent des écrivains sacrés postérieurs. Il nous apprend, dans le même chapitre, que la reine qui vint visiter Salomon régnait sur l’Égypte et sur l’Éthiopie, tandis que la Bible ne l’appelle que la reine de Saba.

Il faudrait le louer, ce me semble, d’avoir conservé des détails que la concision des livres saints nous avait dérobés.

Saint Jérôme fait un grand éloge de Josèphe ; et cet éloge, à une telle époque, de la part d’un homme aussi saint et aussi versé dans ces matières, est d’un grand poids. Josephus, antiquitatem approbans Judaici populi, duos libros scripsit contra Appionem Alexandrinum grammaticum, et talia soecularium profert testimonia, ut mihi miraculum subeat quomodo vir Hebroeus et ab infantia sacris litteris eruditus cunctam Groecorum bibliothecam evolverit. Dureau de La Malle.