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Abel
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet Westphal Bost

Abel (1)

Second fils d’Adam et d’Ève, naquit l’an du monde 2, avant Jésus-Christ 3998. Il y en a qui croient qu’il était frère jumeau de Caïn (Josèphe, Calvin…) d’autres croient qu’il était son cadet, étant né la seconde année du monde ; d’autres ne le font naître que quinze ans après Caïn ; d’autres mettent trente ans d’intervalle entre la naissance des deux frères. Les Orientaux donnent pour sœur jumelle à Abel Auvina. D’autres l’appellent Delbora ; d’autres, Decla ou Edocla. Caïn et Abel, instruits par Adam leur père de leur devoir envers le Créateur, lui offrirent chacun les prémices de leurs travaux. Caïn était laboureur, et Abel pasteur de troupeaux. Caïn lui offrit les prémices de ses fruits, et Abel la graisse ou le lait de ses troupeaux. Dieu témoigna qu’il avait pour agréables les offrandes d’Abel et qu’il méprisait celles de Caïn. On ne sait pas distinctement comment le Seigneur donna ces marques de préférence à Abel, si c’est par un feu envoyé du ciel qui consuma son offrande, ou par quelque autre voie ; mais on sait que Caïn, s’en étant aperçu, tomba dans une profonde tristesse, et se livrant au mouvement de sa jalousie, il forma le dessein de tuer Abel.

Les commentateurs conviennent que la vraie cause de la haine de Caïn était l’approbation que Dieu avait donnée aux sacrifices de son frère, et qu’il avait refusée aux siens ; mais on n’est pas d’accord sur le prétexte dont il se servit pour ôter la vie à Abel : si ce fut à l’occasion d’une femme qu’Adam voulait qu’il épousât, ou s’il chercha une mauvaise querelle à Abel, en proférant devant lui des blasphèmes. On peut voir sur cela les interprètes. Ce qui est certain, c’est que Caïn ayant invité Abel à sortir à la campagne, il le tua au milieu des champs. L’Écriture ne spécifie ni la manière, ni l’instrument de ce meurtre, et les interprètes se sont partagés sur cela. Les uns arment Caïn d’une mâchoire d’âne ; d’autres, d’une faux (Irénée) ; d’autres, d’une serpe ; d’autres, d’un couteau ou d’une épée (Chrysostome), ou d’une pierre, ou d’une fourche. Quoi qu’il en soit, le sang de cet innocent criant vers le ciel, le Seigneur demanda à Caïn ce qu’était devenu Abel. Il répondit : Suis-je le gardien de mon frère ? Nous verrons ailleurs de quelle sorte Dieu punit Caïn.

Josèphe croit que Caïn enterra Abel, afin qu’on ne pût découvrir son meurtre ; et on montre aux voyageurs, à seize milles de Damas, un tombeau, que l’on dit être celui d’Abel, qui est long de cent soixante paumes, qui font quatre-vingts coudées. Saint Jérôme assure que la tradition constante des Hébreux est qu’Abel a été tué dans la campagne de Damas ; mais rien n’est plus douteux que cela. Quelques Pères ont cru qu’Abel était toujours demeuré vierge. La Chronique d’Alexandrie marque assez clairement qu’il était mort avant son mariage ; mais d’autres soutiennent qu’il était marié, quoique peut-être il n’eût point d’enfants, puisqu’il n’est point fait mention de sa postérité dans Moïse. Saint Chrysostome est exprès pour son mariage, puisqu’il l’excuse sur la nécessité d’avoir épousé sa propre sœur. Ceux qui expliquent le sang d’Abel qui criait à Dieu de la terre, de la postérité de ce juste qui demandait vengeance de son sang répandu, sont dans le même sentiment.

Sous les empereurs Arcade et Honoré, il s’éleva dans l’Afrique certains hérétiques nommés Abélitee ou Abélonites, du nom d’Abel, qui condamnaient les noces, non qu’ils les crussent mauvaises, puisqu’ils se mariaient eux-mêmes ; mais ils condamnaient l’usage du mariage, et s’abstenaient du commerce permis avec leurs femmes. Ils disaient qu’ils ne voulaient pas mettre au monde des créatures malheureuses et souillées du péché originel. Ils regardaient le mélange des deux sexes comme une action détestable ; et de peur que leur secte ne périt, ils adoptaient les fils et les filles de leurs voisins, et les faisaient héritiers de leurs biens, à condition que les enfants qui en naîtraient seraient à eux. Cette secte n’eut pas de longues suites : on eut bientôt détrompé ces pauvres abusés.

Outre les traditions des anciens que nous avons touchées, les Musulmans, de même que les Rabbins et les Chrétiens orientaux, en ont encore d’antres qu’il est bon de rapporter en cet endroit, quand ce ne serait que pour entendre leurs histoires. Les Musulmans disent qu’Ève accoucha en même temps de Caïn et d’Aclima ou Aclimia, sa jumelle, et ensuite d’Abel et de sa jumelle, appelée Lebuda. Les chrétiens orientaux appellent ces deux jumelles Azrun et Oraïn, et ne diffèrent des Musulmans en cette histoire que pour les noms.

Les deux frères étant parvenus à l’âge de puberté, Adam voulut les marier, et donner à Caïn la jumelle d’Abel, et à Abel celle de Caïn pour femme. Ce choix ne plut pas à Caïn, parce que sa sœur Aclima était beaucoup plus belle que Lebuda. Il disait qu’il était juste qu’ayant été créés ensemble dans le même sein, ils vécussent aussi ensemble dans le même lit. Adam lui répondit que Dieu en avait autrement ordonné et que la chose ne dépendait pas de lui. Caïn répliqua : Vous voulez donner la plus belle femme à mon frère, parce que vous l’aimez plus que moi. Adam répartit : Si vous voulez vous éclaircir mieux de la volonté de Dieu, que chacun de vous lui offre un sacrifice, et celui dont Dieu agréera le sacrifice aura Aclima pour femme.

Abel y consentit, et résolut, au cas que Dieu ne lui donnât pas des marques qu’il approuvât son sacrifice, de prendre Lebuda, sa jumelle, pour femme. Caïn, au contraire, feignit d’acquiescer à la proposition d’Adam, bien résolu, quoi qu’il arrivât de son sacrifice, de ne point céder sa sœur à son frère.

Abel, qui était berger, choisit le mouton le plus gras qu’il eût dans son troupeau, et l’immola à Dieu sur la croupe d’une montagne. Caïn, qui était laboureur, prit une gerbe de sa moisson, la plus légère de grains qu’il put trouver, et l’offrit de son côté à Dieu sur la cime d’une montagne voisine. Les offrandes des deux frères ne furent pas plutôt en état, qu’une flamme très-claire et sans fumée descendit du ciel et consuma le sacrifice d’Abel, sans toucher à celui de Caïn.

La colère, le dépit, l’envie, s’emparèrent du cœur de Caïn : il résolut de se défaire de son frère, l’outragea de paroles, et le menaça de le tuer. Abel lui répondit : Dieu ne reçoit les sacrifices que de ceux qui le craignent, et qui les lui offrent avec une intention pure et sincère ; si vous portez la main sur mot, je ne me défendrai point en vous ôtant la vie ; mais le Seigneur de toutes créatures, que je crains et que j’adore, sera mon vengeur. Caïn n’écoutant que sa passion, se fortifia dans le dessein de faire périr son frère ; mais ne sachant comment s’y prendre, le démon se présenta devant lui sous la figure d’un homme qui tenait en main un oiseau, et ayant mis cet oiseau sur un rocher, il prit une pierre et lui en écrasa la tête. Caïn instruit par cet exemple, résolut de faire la même chose à son frère. Il attendit qu’Abel fût endormi, et s’étant armé d’une grosse pierre, il la laissa tomber de tout son poids sur sa tête, et lui ôta la vie. En même temps Dieu lui fit entendre une voix du ciel qui lui cria : Tu passeras le reste de ta vie dans une frayeur continuelle. En effet dès ce moment il se trouva dans un terrible embarras ; car il craignait que son crime ne vint à la connaissance de son père, et ne sachant que faire du corps de son frère, il l’enferma dans une peau, qu’il porta pendant quarante jours partout où il allait. Mais comme la puanteur de ce cadavre l’incommodait, il était obligé de temps en temps de s’en décharger, et alors les oiseaux carnassiers et les bêtes farouches s’en approchaient, et en emportaient toujours quelques pièces.

Il aperçut un jour deux corbeaux qui se battaient en l’air, dont l’un étant tombé mort, l’autre fit une fosse avec son bec et avec ses ongles pour l’enterrer. Caïn crut qu’il en devait faire autant, et à l’exemple du corbeau il enterra son frère. Alors la frayeur et le remords le saisirent ; il commença à courir vagabond çà et là par le monde, craignant qu’un jour quelqu’un ne lui fit le même traitement qu’il avait fait à son frère, et n’osant se montrer devant ses parents après avoir commis un si grand crime. Son repentir ne changea point son mauvais cœur, et il ne chercha point à expier sa faute aux yeux de Dieu. Il fut tué malheureusement par un de ses petits-fils, qui n’ayant pas la vue assez bonne, le prit pour une bête sauvage. Voyez ci-après l’article de Caïn. Le livre hébreu intitulé Cozri enseigne que le sujet de la querelle de Caïn et d’Abel, venait de ce que Caïn voulait avoir pour lui la Palestine à l’exclusion d’Abel son frère.

Saint Paul (Hébreux 11.4) fait l’éloge d’Abel en disant, que par la foi il offrit à Dieu une hostie plus excellente que celle de Caïn, et qu’il a été déclaré juste, Dieu ayant lui-même rendu témoignage qu’il avait accepté ses dons, et que c’est à cause de sa foi que son sang parle encore après sa mort. Le même apôtre (Hébreux 12.24) compare la voix du sang d’Abel, à celle du sang de Jésus-Christ, et le Sauveur dans l’Évangile le met à la tête des saints persécutés pour la justice (Matthieu 23.35), et le qualifie du nom de juste. Saint Ambroise a relevé avec beaucoup d’éloquence le mérite et la sainteté d’Abel, dans les deux livres qu’il a composés sur son sujet. On peut à bon droit le compter pour le premier des martyrs de la vérité et de la justice. Son sacrifice est allégué dans le canon de la messe, avec ceux d’Abraham et de Melchisédech, et on l’invoque depuis très-longtemps dans les litanies pour la recommandation de l’âme des mourants. Son culte ne parait pas fort ancien dans l’Église, et son nom ne se trouve dans aucun des martyrologes des Latins avant le dixième siècle. Quelques, martyrologes le placent au 25 de mars, au même jour que plusieurs ont fixé la mort de Jésus-Christ ; d’autres au second jour de janvier ; d’autres au 30 de juillet. On dit qu’il est honoré le 28 de décembre chez les Éthiopiens [Ces paroles : Caïn était agriculteur, et Abel pasteur de troupeaux, qu’on lit dans la Genèse (Genèse 4.2) offrent une preuve, inaperçue jusqu’à ce jour, de l’inspiration divine de l’Écriture et du commerce immédiat entre Dieu et la première famille humaine. La vie pastorale est la plus simple ; la raison, philosophiquement appliquée à la recherche des origines sociales, déclare hardiment que la société naissante a commencé par la vie pastorale. On comprendrait en effet qu’il en dut être ainsi. Cependant, contrairement à la marche des choses, à la théorie, ou, si l’on veut, à la loi du progrès, Moïse nous apprend que Caïn, qui était l’aîné, était agriculteur, tandis qu’Abel, venu après lui, n’était que berger ; c’est-à-dire que la vie agricole, qui est l’exercice d’un art et prouve l’existence de certains autres arts, a précédé la vie pastorale, qui n’est point un art et n’a besoin d’aucun art. Si Moïse n’eût été qu’un écrivain comme nous, il aurait sans doute arrangé autrement les faits ; mais il écrivait seulement, un autre dictait ; il constatait ce qui avait eu lieu, il ne raisonnait pas. Voilà pourquoi, sur les temps primitifs, nous savons la vérité sans mélange de faux.

La raison, petite chose et grand Mot dont on abuse avec tant de déraison, ne peut prescrire, quoi qu’elle fasse, contre l’histoire : Elle peut créer des mondes fantastiques, mais elle ne peut détruire un seul fait touchant l’origine du monde réel. Si elle en nie quelqu’un aujourd’hui, une découverte inattendue viendra demain en confirmer la certitude. Quelle attaque contre le récit mosaïque n’a été victorieusement repoussée ? quelle théorie sur l’origine de la société humaine a été mise en lumière, sans tomber aussitôt dans le ténébreux abîme où s’entassent les produits de toute intelligence deux fois déchue ?

La société humaine , disons-le d’après Moïse, a commencé dans ses deux états par la vie agricole. Dieu prit l’homme, dit-il, et le mit dans le paradis de délices, afin qu’il le cultivât (Genèse 2.16). Et quand l’homme eut violé la loi dont la facile observation lui garantissait à jamais la possession de ce séjour, Dieu lui dit : … La terre sera maudite…, tu n’en tireras de quoi te nourrir tous les joies de ta vie qu’à force de travail… ; et comme toute sentence veut être exécutée, il chassa l’homme du jardin délicieux, afin qu’il allât cultiver la terre (Genèse 3.17-23). L’homme, créé pour cultiver avec plaisir l’Éden, dont tous les peuples ont conservé la mémoire, et condamné à cultiver avec beaucoup de peine la terre que nous voyons encore frappée de la divine malédiction, ne put se livrer à ces travaux agréables du maître et si pénibles de l’esclave sans avoir les instruments nécessaires. D’où lui vinrent ces instruments ? Question à laquelle s’en rattachent d’autres, qui toutes auraient, comme elle, pour solution ces paroles : Donc la révélation primitive est un fait évident, incontestable. Je ne crois pas que l’homme ait pu inventer quoi que ce soit, sans avoir reçu auparavant des connaissances en rapport avec les objets inventés. Je ne crois pas, en particulier, que l’homme ait pu deviner qu’il fallait déchirer la terre pour la faire produire ; car il me semble qu’il n’aurait pu être conduit à imaginer ce moyen de subsistance que par le besoin de nourriture : or, ce besoin, il ne pouvait le sentir, il n’y était pas exposé ; puisqu’il était environné de substances alimentaires, herbes et fruits qu’il n’avait qu’à cueillir, sans parler du lait des animaux qui venaient le lui offrir. Il faut donc admettre que l’homme vivant de la vie agricole sans avoir passé par la vie pastorale, fut instruit par Dieu de tout ce que ce genre de vie comporte, et que Dieu l’établit dans ce genre de vie, parce qu’il est un milieu social dans lequel son intelligence pouvait se développer. Caïn, élevé dans la vie agricole, la continua quelque temps ; et, peu soucieux de la chute et de ses conséquences, grossière copie de l’orgueil qui venait d’essayer de se rendre semblable à Dieu, il fut seulement l’orgueil qui ne put porter envie qu’à un homme et tua son frère. Abel simple berger, annonce un caractère pacifique, des goûts modestes et purs ; par cette vocation il faisait rétrograder la vie sociale. Mais Caïn, homme de progrès, cherchant dans son génie quelque moyen d’endormir ses remords, fonda la vie industrielle (Voyez Caïn).

On a fait des conjectures sur la cause de la préférence que Dieu manifesta en faveur d’Abel. Je ferai observer à cette occasion qu’au lieu de chercher dans l’imagination la raison des faits bibliques, il faut avant tout la chercher dans la Bible elle-même. Ainsi, saint Paul déclare (Hébreux 11.4) que c’est par la foi qu’Abel offrit à Dieu une hostie plus excellente que celle de Caïn, et nous apprend en même temps la véritable cause pour laquelle Dieu agréa l’une et rejeta l’autre. On voit qu’elle n’est pas dans la qualité ou le prix des choses offertes, mais dans la foi avec laquelle on les lui offrit.

On a encore supposé que Caïn passa de la jalousie et de la haine au meurtre en se persuadant que le mépris avec lequel Dieu avait accueilli son offrande, lui faisait perdre le droit d’aînesse ou le privilège de voir naître de sa race le Réparateur promis. J’avoue que je ne puis concilier la croyance au Réparateur et la pensée du crime commis. Quant au droit d’aînesse, on l’a imaginé comme le reste.

Le paganisme des anciens Grecs et celui de quelques peuplades barbares du Nouveau-Monde ont retenu, quoique en la défigurant, l’histoire d’Abel et de Caïn (Voyez Caïn). Le jeune homme que Cybèle aimait jusqu’à la jalousie n’est au fond qu’Abel. Si en effet on dépouille Atys de ce que l’imagination des poètes a ajouté à l’histoire d’Abel, on n’y voit plus que ce fils du premier couple humain. Comme Abel, Atys était berger ; il fut tué dans les champs par jalousie, et mourut sans postérité. Le nom d’Atys parait aussi n’être que la traduction en grec du nom d’Abel, qui, lu en hébreu d’une certaine manière, signifie deuil, affliction, infortune. La mort d’Atys fut un sujet de deuil pour Cybèle, comme on comprend que celle d’Abel en fut un pour ses parents. Des savants ont remarqué qu’il y avait entre Noé et le Fo-Hi des Chinois plusieurs traits de ressemblance. M. de Paravey, qui illustre la science en nos jours et dont l’autorité paraît devoir l’emporter sur celle de ses devanciers, est d’un avis différent et croit que Fo-Hi n’est autre qu’Abel.« Les ressemblances qu’on a cru trouver, dit-il, entre Fo-Hi et Noé sont illusoires. Ce n’est pas sous Fo-Hi que le Chou-King place ce grand déluge dont les désastres sont réparés sous le règne d’Yao. Si Fo-Hi offre un sacrifice comme le fait Noé, on doit se rappeler qu’Abel, longtemps avant Noé, avait offert un sacrifice très célèbre ; et en effet, Fo-Hi est Abel. On en a la preuve dans son nom même, qui signifie précisément ce que la Bible nous dit de sa vie et de ses qualités : Fo est formé du caractère homme et de celui de chien, et signifie soumission. Hy offre le symbole d’agneaux et de houlette, par conséquent de pasteur, comme le dit la Bible d’Abel. Dans cette seconde partie entre encore le caractère Y, qui signifie pur, convenable et juste, nom que la Bible donne encore à Abel. Et si toutes ces preuves n’étaient pas trouvées convaincantes, que dira-t-on quand on verra que le nom hébreu d’Abel, signifie aussi, vent, et souffle ? Voir cette preuve d’analogie dans notre Essai sur l’origine unique des chiffres et des lettres, Introduction, page 30. »

L’art chrétien s’empara de bonne heure du premier acte de culte connu et en fit une allégorie qu’il proposa aux méditations des fidèles. Parmi les symboles historiques relatifs à l’immolation du Verbe, brièvement décrits par M. Cyprien Robert, nous trouvons celui dont nous voulons faire mention. « Abel et Caïn, offrant leurs sacrifices sur les sarcophages des martyrs, furent l’ancien monde et le nouveau, l’un puissant et rejeté avec ses hécatombes impies ; l’autre humble, agréé et béni, mais payant de son sang les faveurs divines. Suivant saint Ambroise, Caïn représente la synagogue déicide ; Abel, la jeune Église du Christ, et leurs deux sacrifices signifient, d’après saint Jérôme, l’un, celui de la religion matérielle, offrant les fruits de la terre ; l’autre, celui de la religion céleste, qui donne à Dieu sa vie et sa volonté].

Abel (2)

Ou Abéla, Abila, Hobal, ou Hoba (Genèse 14.15), ou Abelbeth-Maaca (1 Rois 15.20 ; 2 Rois 15.29), ou Abel-Maïm (2 Chroniques 16.4), ville située à la gauche, c’est-à-dire au nord de Damas, entre le Liban et l’Anti-Liban. C’est la même qu’Abila de Lysanias, dont il est parlé dans saint Luc (Luc 3.1). Joab l’assiègea dans la révolte de Séba, fils de Bochri (2 Samuel 20.14-15). Eusèbe met cette ville entre Panéas et Damas. On ne doit pas être surpris de voir une même ville désignée sous tant de différents noms ; on en verra plusieurs autres exemples dans le cours de cet ouvrage. L’itinéraire d’Antonin la place entre Damas et Héliopolis : Josèphe, et quelques autres l’appellent quelquefois Abella dans le Liban [Danville, la met à l’ouest de la mer de Galilée, et au nord-est du Thabor. Elle paraît avoir été située, dit Barbié du Bocage, au nord de la terre d’Israël, tribu de Nephthali peut-être à l’ouest du lac Samochonites. Cette ville avait plus d’une sorte de célébrité. Elle était défendue par de fortes murailles, quand Séba s’y réfugia avec ses partisans (de la tribu de Nephtali). Elle est nommée dans l’Écriture (2 Samuel 20.14-15), « mère de beaucoup d’autres ». Ses habitants avaient une telle réputation de sagesse et d’intégrité, que l’on disait : « Que ceux qui demandent conseil, le demandent à Abelal et ils terminaient ainsi leurs affaires (2 Samuel 20.19). » Dans le temps des guerres de Baasa, roi d’Israël, contre Asa, roi de Juda, ce dernier invoqua le secours de Benadad, roi de Syrie ; Benadad envoya en Israël une armée qui prit toutes les villes fortifiées de la tribu de Nephthali, nommément Abel-Maïm (2 Samuel 20.18). Plus tard, cette ville fut prise ainsi que toutes les autres de la même tribu par Théglathphalasar, roi d’Assyrie, qui en transféra les habitants dans son royaume (2 Chroniques 16.4). Voyez Abilène].

Abel (3)

Ou Abela, ville de la Pérée ou de la Batanée, ou du pays de Basan, au delà du Jourdain, dans la demi-tribu de Manassé (Juges 11.33), à douze mille ou quatre lieues de Gadare, vers l’Orient. Eusèbe et saint Jérôme remarquent qu’elle était célèbre par ses bons vins. Joab l’assiègea et l’investit. On peut voir le sujet de cette guerre sous l’article de Séba, où nous avons fait quelques observations sur ce siège. [D. Calmet confond cette ville avec celle qui fait le sujet de l’article précédent, où il a déjà parlé du siège d’Abel-beth-Maacha par Joab, poursuivant Séba ; la ville dont il s’agit ici, nommée en hébreu Abel-Keramin, c’est-à-dire Abel-des-Vignes, parce qu’elle était située dans une contrée de tout temps fertile en vignobles, fut ravagée par Jephté (2 Rois 4.29) ; alors elle faisait partie de l’État des Ammonites, et était peu éloignee de leur capitales, comme on le voit dans l’article suivant. Saint Jérôme la nomme Abéla, et Samson Abella].

Abel-des-Vignes (4)

Cette ville était, selon Eusèbe, à six milles de Philadelphie, autrement Rabbath, capitale des Ammonites. C’est apparemment la même qu’Abéla, entre Jabès et Gadara, et près de Pella. Eusèbe fait mention d’une Ville d’Arbéla de la dépendance de Pella, qui pourrait bien être la même qu’Abéla. [Voliez l’article précédent].

Abel-la-Grande (5)

Ou plutôt Abel-le-Grand ou le grand Abel, Abel magnus. C’est un gros rocher qui se trouva dans la campagne des Bethsamites, et sur lequel on plaça l’arche d’alliance, lorsqu’elle fut renvoyée par les Philistins (1 Samuel 6.18). Elle porta ce nom qui signifie le grand deuil, apparemment à cause du grand nombre de Bethsamites qui furent frappés de Dieu dans cette occasion ; car l’Écriture dit qu’il en mourut cinquante mille soixante-dix hommes. [Voyez Aben-Ezer].

Abel-Maïm (6)

Voyez Abel, de la tribu de Nephtbali.

Abel-Mehula (7)

Ou Abel-MÉA. C’est la patrie d’Élisée (1 Rois 19.16). Elle ne devait pas être éloignée de la ville de Scythopolis (1 Rois 4.12). Eusèbe la met dans le Grand-Champ, à seize mille de Scythopolis, vers le midi. Ce n’est pas loin de là que Gédéon remporta la victoire contre les Madianites (Juges 7.23). [Cette ville appartenait à la tribu d’Éphraïm ou à la demi-tribu de Manassé, en deçà du Jourdain, et était située dans une contrée nommée Tebbath].

Abel-Mizraïm (8)

Ou le deuil des Égyptiens ; autrement nommée l’Aire D’Athad. Saint Jérôme et quelques autres après lui, croient que c’est le même endroit qui fut dans la suite nommé Beth-Agla, à quelque distance de Jéricho et du Jourdain, à l’accident de ce fleuve. [Voyez Aire D’Athad].

Abel-Satim (9)

Ou Abel–Sethim. Était dans les plaines de Moab, au delà du Jourdain, vis-a-vis Jéricho, Josèphe dit qu’Abel-Sethim, ou Abéla, comme il l’appelle, était à soixante stades du Jourdain, c’est-à-dire à sept mille cinq cents pas de ce fleuve. Eusèbe dit qu’elle est au voisinage du mont Phogor. Moïse campa à Abel-Sethim quelque temps avant que l’armée d’Israël passât le Jourdain, sous la conduite de Josué (Nombres 33.49 ; 25.1 ; Josué 11.1). C’est là que les Hébreux tombèrent dans l’idolâtrie de Phégor, et que Dieu les punit si sévèrement par la main des lévites (Nombres 25.1-2). Cette ville est assez souvent appelée simplement Séthim. [Abel Satim, dernier lieu de campement des Israélites avant le passage du Jourdain, s’étendait jusqu’à Beth-Simoth, vis-à-vis de Jéricho, dans les parties les plus plates du pays des Moabites. Une ville du nom de Settim était tout proche de ce lieu. Quelques auteurs ont confondu l’une avec l’autre. Ceux qui les ont considérées comme distinctes, ont pensé que le mot Abe !, signifiant en hébreu, deuil, affliction, et ayant été ajouté à celui de Satim ou Settim, indiquait la plaine et la vallée près de Settim, où 24000 hommes, tant Israélites que Moabites périrent en punition du crime de fornication qu’ils avaient commis, et qu’il servait à consacrer le souvenir de cet événement déplorable (Barbié du Bocage)].