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David
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet Westphal Bost

Fils d’Isaïe, ou de Jessé, de la tribu de Juda, et de la petite ville de Bethléem. Après la réprobation de Saül, le Seigneur envoya Samuel à Bethléem, pour sacrer roi celui des fils d’Isaï qu’il lui désignerait (1 Samuel 15.1-3). Samuel étant arrivé à la maison d’Isaï, et ayant déclaré le sujet de son voyage, Isaï fit venir devant le prophète ses sept fils les uns après les autres ; mais le Seigneur lui déclara que ce n’était aucun de ceux-là qui devait régner. On envoya donc quérir David, qui était encore jeune, n’ayant qu’environ quinze ans, et Samuel lui donna l’onction royale au milieu de ses frères. Après quoi David s’en retourna à son occupation ordinaire, qui était de paître les troupeaux.

Quelque temps après, Saül étant tombé dans une noire mélancolie, dont le démon se servait pour l’agiter (1 Samuel 16.15-16), fut conseillé de faire venir David, pour jouer des instruments devant lui, et pour le soulager dans les accès de son mal. On lui dit que David était un homme vaillant propre à la guerre, d’une taille avantageuse, bien fait de sa personne, et favorisé du Seigneur. Il faut donc que David depuis l’âge de quinze ans, auquel il avait reçu l’onction royale, se soit acquis cette réputation de valeur parmi ses égaux, jusqu’à l’âge de vingt-deux ou vingt-trois ans qu’il avait alors. David s’acquitta si bien de ce qu’on demandait de lui ; que le roi le fit son écuyer. Ce qui n’etnpécha pas qu’il ne s’en retournât chez son père, lorsque Saül se porta mieux. Quelques années après, les Philistins s’étant mis en campagne, vinrent camper entre Azéca et Soco (1 Samuel 17.1-3), dans la tribu de Juda. Saül, à la tête de son armée, vint dans la Vallée du Térébinthe, de sorte que les Philistins, dit le texte, étaient d’un côté sur une montagne, et les Israélites du côté opposé sur une autre montagne, et la Vallée était entre eux. Les Philistins ; avaient dans leur armée un géant d’une taille et d’une force extraordinaires, nommé Goliath, lequel insultait à l’armée d’Israël, demandant quelqu’un qui pût combattre contre lui. Les deux armées demeurèrent à la vue l’une de l’autre dans leur camp pendant quarante jours, sans qu’il se trouvât aucun Israélite qui osât se présenter pour combattre contre Goliath.

Cependant Isaïe envoya David au camp, pour savoir des nouvelles de trois de ses fils qui étaient dans l’armée de Saül. David étant arrivé au camp, et ayant ouï le défi que faisait Goliath à toute l’armée d’Israël, se sentit porté d’une noble hardiesse, et témoigna qu’il le combattrait. Son frère alité le reprit de sa témérité ; mais enfin le roi ayant été informé des discours de David, le fit venir, et lui demanda s’il pourrait combattre le Philistin. David répondit qu’il le ferait, et que l’on ne devait pas s’effrayer des discours et des menaces de ce géant. Saül lui dit qu’il était trop jeune pour attaquer un homme qui avait toute sa vie fait la guerre. Mais David répondit : Lorsque votre serviteur paissait le troupeau de son père, il venait quelquefois un lion, ou un ours qui emportait un bélier du troupeau ; alors je courais après eux, je leur arrachais la proie d’entre les dents ; et lorsqu’ils se jetaient sur moi, je les prenais à la gorge, je les étranglais, et je les tuais. Car votre serviteur a tué un lion et un ours, et il tuera de même ce Philistin incirconcis.

Saül, admirant le courage de David, voulut le revêtir de ses propres armes. Mais David les ayant essayées, et ayant voulu marcher, les rendit, en disant qu’il ne pouvait marcher ainsi. Il reprit le bâton qu’il portait d’ordinaire, et ayant choisi dans le torrent cinq pierres bien polies, il les mit dans sa pannetiére, et ayant la fronde à la main, il marcha contre Goliath. Celui-ci s’étant approché, et ayant remarqué que David était un jeune homme, vermeil, et fort beau, il le méprisa, et lui dit : Suis-je un chien, pour que tu viennes à moi avec un billon ? Viens, viens, je donnerai ta chair à manger aux oiseaux du ciel. David sans s’effrayer, marcha contre lui, et lui lança avec sa fronde une pierre au milieu du front avec tant de raideur, qu’il le renversa par terre. Aussitôt il courut, se jeta sur lui, tira l’épée de Goliath, et lui en coupa la tête. Alors les Philistins, voyant que le plus vaillant d’entre eux était mort, s’enfuirent, et les Hébreux les poursuivirent avec de grands cris.

Saül voyant marcher David contre le Philistin, s’enquit d’Abner qui était ce jeune homme. Abner lui répondit qu’il ne le connaissait pas. Ce qui est assez étrange, puisque ce prince l’avait vu souvent dans sa maison, lorsqu’il jouait des instruments en sa présence, et qu’il l’avait fait son écuyer (1 Samuel 15.16-18). Il fallait que depuis qu’il n’avait paru devant ce prince, son visage, sa voix, son air, se fussent bien changés, ou que Saül eût été bien distrait dans cette occasion. Quoi qu’il en soit, après la victoire, Abner présenta David au roi, ayant en main la tête et l’épée de Goliath. Dès ce moment, Jonathas commença à aimer David, et il l’aima toujours depuis comme lui-même. Or il arriva que Saül et David revenant de cette expédition, les femmes d’Israël sortirent au-devant d’eux, chantant et dansant ; et elles disaient (1 Samuel 18.6-7) : Saül en a tué mille et David en a tué dix mille. Ce qui irrita tellement Saül contre David, que depuis ce jour, il ne le regarda plus de bon œil. Cependant il le retint auprès de sa personne, et ne lui permit plus de s’en retourner dans la maison de son père. Il lui donna même le commandement de quelques troupes. Mais il ne lui accorda pas sa fille en mariage, quoiqu’il l’eût promise à celui qui tuerait Goliath (1 Samuel 17.25).

Le lendemain Saül étant de retour en sa maison (1 Samuel 18.10), le malin esprit le saisit ; et David jouait de la harpe devant lui. Saül avait une lance à la main, dont il essaya par deux fois de percer David ; mais David évita le coup. Dès lors Saül commença d’appréhender David, et de s’en donner de garde. Il l’éloigna de sa personne, et lui donna le commandement d’un corps de mille hommes. Il lui promit en même temps Mérob, sa fille aînée, espérant toujours qu’il tomberait entre les mains des Philistins, et qu’ils le feraient mourir. Mais David se conduisit avec tant de prudence et de sagesse, qu’il se lira de tous les dangers. Toutefois Saül au lieu d’accorder sa fille Mérob à David, la donna en mariage à Hadriel Molathite.

Michol seconde fille de Saül, ayant conçu de l’amitié pour David, Saül en fut bien aise ; et lui fit dire que pour mériter l’honneur de devenir gendre du roi, il ne lui demandait autre chose, que cent prépuces de Philistins ; dans le dessein de le faire tomber entre leurs mains. Quelques jours après, David étant allé avec ses gens attaquer les Philistins, en tua deux cents, et en apporta les prépuces au roi. Alors Saül ne put se dédire de lui donner sa fille en mariage. Mais il ne quitta pas le dessein de le faire périr. Il en parla à Jonathas, son fils, et aux principaux de sa Cour (1 Samuel 19) et Jonathas le détourna de cette résolution.

Peu de temps après, la guerre recommença ; et David battit les Philistins. Il en tailla en pièces un grand nombre, et mit le reste en fuite. Or il arriva que le Malin esprit s’étant de nouveau saisi de Saül, et David jouant de la harpe devant lui, le roi s’efforça de le percer avec sa lance, en la poussant contre lui ; mais David évita le coup, et s’enfuit pour cette nuit-là. Saül envoya des gardes en sa maison, pour le prendre dès qu’il serait jour ; mais Michol le descendit en bas par une fenêtre ; et il se sauva ainsi. Le lendemain lorsqu’on voulut le prendre, Michol feignit qu’il était malade ; et le roi ayant ordonné qu’on le lui amenât même dans son lit, Michol montra qu’il n’y était point, et qu’il n’y avait qu’une statue, qui avait un peloton de poil de chèvre, au tien de tête.

David s’étant ainsi échappé, alla trouver Samuel à Ramatha, et lui raconta ce qui s’était passé. Samuel et David allèrent ensemble a Naïoth, qui n’en était pas loin, et où il y avait une communauté de prophètes. Et Saül, en étant informé, envoya du monde pour prendre David. Mais ces gens étant arrivés au lieu où étaient les prophètes, commencèrent à prophétiser avec eux. Saül y en envoya encore d’autres, qui en firent de même. Enfin il y vint lui-même, et se mit à prophétiser comme eux. Toutefois David ne se croyant pas en sûreté à Namib, vint secrètement trouver Jonathas (1 Samuel 20), et se plaignit à lui de la conduite que Saül tenait à son égard. Jonathas le rassura, lui dit de se tenir caché dans un certain champ, et lui promit de lui faire savoir au troisième jour les vraies dispositions de Saül. Le lendemain, qui était le premier du mois, Saül, étant à table avec Abner et Jonathas, la place que devait occuper David demeura vide. Le roi n’en témoigna rien, s’imaginant que peut-être il lui était arrivé quelque souillure qui empêchait de s’y trouver. Mais le jour d’après, Saül demanda pourquoi le fils d’Isaï n’était point venu. Jonathas lui dit : Il m’a prié de lui permettre d’aller à Bethléem, pour assister à un sacrifice solennel de sa famille, el je le lui ai permis. Alors Saül entra en colère contre Jonathas, et menaça même de le tuer avec sa lance.

Jonathas reconnut donc que la perte de David était résolue. Le jour suivant, de grand matin ; il alla dans un certain champ, comme pour s’exercer à tirer de l’arc, ainsi qu’il en était convenu avec David. Après avoir tiré quelques flèches, il renvoya son écuyer avec son arc et son carquois ; et lorsqu’il fut seul, David le vint trouver, et Jonathas lui dit que Saül avait résolu de le perdre. Ces deux amis se jurèrent de nouveau une amitié constante ; et David se retira à Nobé (1 Samuel 21), vers le grand prêtre Achimélech, à qui il dit que le roi l’avait envoyé pour quelque affaire pressante, sans lui donner le loisir de prendre seulement des armes et des vivres. Achimélech lui donna l’épée de Goliath, qui était dans le tabernacle, et des pains de proposition, qui avaient été ôtés le jour précédent de dessus la table d’or. Doeg, iduméen, était alors à Nobé ; et quelque temps après il découvrit à Saül ce qui s’était passé entre Achimélech et David ; ce qui fut cause de la mort des prêtres, que Saül fit cruellement tuer (1 Samuel 22.6-10).

David, ne se croyant pas en sûreté dans les terres de Saül, se retira chez Achis, roi de Geth, prince des Philistins. Mais y ayant été bientôt reconnu, il ne s’en sauva qu’en contrefaisant le fou et l’épileptique. Delà il vint à Odollam (1 Samuel 22), où ses frères et ses parents, et plusieurs autres personnes le vinrent trouver ; en sorte qu’il se vit à la tête d’environ quatre cents hommes. Ensuite il alla au pays de Moab : mais il n’y demeura pas longtemps. Le prophète Gad lui ayant dit de s’en retourner au pays de Juda, il alla dans la forêt de Hareth, où le prêtre Abiathar le vint trouver, portant avec soi les ornements du grand prêtre (1 Samuel 22.20 ; 23.6-7). En ce temps-là, les Philistins ayant fait une irruption dans le pays, et s’étant jetés sur les moissons de Ceïla (h), David accourut à leur secours, et dissipa les Philistins. Saül ayant appris que David était à Ceïla, vint pour l’y assièger et pour le prendre ; mais David se retira dans le désert de Ziph ; et de là il passa au désert de Maon. Saül en fut averti, et y vint avec tous ses gens. David était d’un côté de la montagne, et Saül.de l’autre. Mais en même temps Saül ayant appris que les Philistins étaient entrés dans le pays, quitta la poursuite de David, et accourut pour s’opposer à eux.

David, échappé de ce danger, se retira dans le désert d’Engaddi (1 Samuel 24). Saül y vint avec trois mille hommes pour l’y chercher. Mais étant entré dans une caverne pour quelque nécessité naturelle, David qui y était caché avec ses gens, lui coupa, sans qu’il s’en aperçut, le bord de son manteau, et le laissa sortir sans lui faire aucun mal. Lorsqu’il fut assez loin, David sortit, cria après lui, lui remontra son innocence, et lui dit, qu’il était si éloigné d’en vouloir à sa vie, qu’il l’avait épargné dans une circonstance, où Dieu même semblait l’avoir livré entre ses mains. En même temps il lui montra le bord de son manteau qu’il avait coupé dans la caverne. Saül, touché de ce discours, versa des larmes, et reconnut que David était plus juste que lui. Il le pria de lui promettre avec serment de ne pas exterminer sa race, lorsqu’il serait monté sur le trône d’Israël ; et David le lui ayant juré, il s’en retourna dans sa maison ; et David se retira dans des lieux plus sûrs.

Pendant que David avait été dans le désert de Maon (1 Samuel 25), il avait eu grand soin que ses gens ne fissent aucun tort aux troupeaux de Nabal, qui demeurait près de là, au Carmel, qui est au midi de Juda, fort différent d’un autre Carmel qui est sur la Méditerranée, au midi de Ptolémaïde. Le temps que Nabal tondait ses troupeaux étant venu, David envoya de sès gens pour le prier de lui donner quelque chôse. Nabal reçut mal ses gens, leur parla brutalement, et les renvoya sans leur rien accorder. David, irrité de ce refus, et des insultes de Nabal, suivit le premier feu de son ressentiment, et jura que le même jour il exterminerait toute la maison de Nabal. Il se mit en chemin dans cette résolution. Mais Abigaïl, femme de Nabal, informée de ce qui s’était passé, accourut au-devantde David, lui fitdes présents, et arrêta les effets desa colère. David rendit grâces à Dieu de l’avoir envoyée, et de l’avoir empêché d’exécuter ce qu’on avait juré trop légèrement. Peu de jours après, Nabal mourut, et David épousa Abigaïl. [Voyez Abigail)

Les Ziphéens ayant su que David était caché dans la colline d’Achila (1 Samuel 26), en avertirent Saül, qui y vint avec trois mille hommes pourle prendre. Mais David, étant entré pendant la nuit dans la tente de Saül, prit sa lance et la coupe qui était à son chevet, et s’en alla sans que personne l’aperçût. Lorsqu’il fut de l’autre côté de la colline, il appela Abner à haute voix, et lui dit qu’il était un mauvais gardien ; qu’on était entré dans la tente du roi, et qu’on lui avait pris sa lance et sa coupe ; mais qu’il envoyât quelqu’un, et qu’on les rendrait. Saül reconnut alors le bon cœur de David, et s’en retourna dans sa maison.

Après cela, David, pour ôter à Saül toute envie de le poursuivre davantage, se retira chez les Philistins auprès d’Achis, roi de Geth (1 Samuel 27). Ce prince lui donna la ville de Siceleg pour sa demeure ; et David y étant, faisait des courses, sur les Amalécites, sur ceux de Gessur et de Gersi, et tuait tout ce qu’il y trouvait, hommes et femmes ; afin que l’on ne pût savoir où il avait été. Mais il ramenait à Achis tout le bétail qu’il pouvait prendre, disant à ce prince qu’il les avait pris au midi de Juda, de Jéraméel et de Céni ; usant ainsi d’un déguisement qui n’est nullement imitable. Par cette conduite, David acquit tellement la confiance d’Achis, que ce prince ne feignit point de le mener avec lui à la guerre que les Philistins déclarèrent à Saül (1 Samuel 28), quelque temps après. Mais les autres princes des Philistins l’ayant remarqué, obligèrent Achis de le renvoyer, craignant que dans le combat, il ne se tournât contre eux, pour se remettre bien avec Saül (1 Samuel 29).

On ne peut guère douter que ce renvoi ne fit plaisir à David, qui s’était engagé dans une occasion bien délicate, ou de manquer de parole à /tais, ou de combattre contre son roi et contre sa patrie ; cependant, par politique, il feignit d’en être fâché, et Achis lui en fit des excuses. David s’en retourna donc à Siceleg (1 Samuel 30), et y étant arrivé, après trois jours de marche, il trouva que les Amalécites l’avaient pillée, y avaient mis le feu, et en avaient emmené toutes les personnes qu’ils y avaient trouvées. David et ses gens les poursuivirent, et ayant rencontré un esclave égyptien qu’un amalécite son maître avait été obligé de laisser dans le désert, parce qu’il ne pouvait pas suivre, ils apprirent de lui où étaient ceux qui avaient pillé Siceleg. David tomba sur eux avec ses gens, les tailla en pièces, et recouvra toutes les personnes et le butin qu’ils avaient pris.

Cependant le combat entre les Philistins et les Hébreux s’étant donné sur la montagne de Gelboé, Saül fut vaincu et mourut dans le combat avec Jonathas son fils, et grand nombre d’Israélites (1 Samuel 31). Trois jours après cette action, il vint à Siceleg un amalécite qui en apporta la nouvelle à David, et qui se vanta d’avoir même aidé Saül à se tuer. En même temps il lui présenta le diadême et le brasselet de Saül. David et tous ses gens témoignèrent une très-grande douleur de la mort de Saül, et de la défaite d’Israël ; David composa même un cantique lugubre en l’honneur de Saül et de Jonathas, et fit mourir l’amalécite qui s’était vanté d’avoir porté ses mains sur l’oint du Seigneur.

Alors David, par l’Ordre du Seigneur, se retira à Hébron, et dans les lieux des environs avec tous ses gens (2 Samuel 2) et ceux de la tribu de Juda l’y reconnurent pour roi, et lui donnèrent l’onction royale ; pendant qu’Isboseth, fils de Saül, régnait à Mahanaïm, au delà du Jourdain, sur les autres tribus d’Israël. Il y eut de temps en temps quelques combats entre les gens de David et ceux d’Ishoseth, dans lesquels le parti de David avait toujours l’avantage (2 Samuel 3). Un jour Isboseth ayant fait quelques réprimandes à Abner, général de ses troupes, celui-ci outré de dépit, vint trouver David, et lui promit de le rendre maître de tout Israël. Mais Joab en ayant conçu de la jalousie, et craignant que David ne donnât à Abner le commandement de ses troupes, le tua en trahison à la porte d’Hébron. Cette action déplut extrêmement à David, mais le crédit de Joab était dès lors si grand parmi les troupes, qu’il ne put en tirer la juste vengeance ; il se contenta de la détester publiquement, et de faire de magnifiques funérailles à Abner.

Peu de temps après, Isboseth ayant été assassiné dans son lit (1 Samuel 4 ; 1 Samuel 5), David fit mourir ses assassins, et fut reconnu roi sur tout Israël. Il prit Jérusalem sur les Jébuséens, et y établit sa demeure. Les Philistins, ayant su qu’il était reconnu roi de tout Israël, vinrent jusqu’à deux fois se camper auprès de Jérusalem ; mais il les défit et les mit en fuite. Quelques années après, il transporta l’arche du Seigneur de Cariai-ïarim à Jérusalem, dans un lieu qu’il lui avait préparé dans son palais (2 Samuel 6). Mais la mort d’Oza, qui fut frappé du Seigneur pour avoir porté la main à l’arche, fut cause que David la laissa dans la maison d’Obed-édom, assez près de la ville. Cependant il la fit venir dans son palais peu de temps après ; et ce fut dans cette occasion que Michol l’ayant raillé, comme ayant dansé d’une manière indécente devant l’arche, David lui répondit : Oui, devant le Seigneur, qui m’a préféré à votre père, et qui m’a établi prince de son peuple, je danserai, et je paraîtrai vil encore plus que je n’ai paru ; je serai vil à mes propres yeux, et je n’en serai que plus glorieux devant tout le peuple du Seigneur.

David, se voyant en paix dans son palais (2 Samuel 7), conçut le dessein de bâtir un temple au Seigneur. Il communiqua sa pensée au prophète Nathan, qui y applaudit. Mais, la nuit suivante, Dieu fit connaître à ce prophète que cet honneur était réservé à un fils de David ; et que, pour lui, il avait répandu trop de sang pour travailler à un ouvrage si saint. David se contenta donc de préparer tout ce qui était nécessaire en or, en argent, en cuivre, en fer et en bois pour cet édifice.

Après cela, David fit la guerre aux Philistins (2 Samuel 8), et affranchit entièrement Israël de ces ennemis, qui les avaient molestés si longtemps. Il attaqua aussi les Moabites, et les traita avec une sévérité, que nous n’osons ni condamner, ni approuver, parce que les motifs et les circonstances de ces guerres ne nous sont pas bien connus. L’Écriture dit qu’il en fit deux parts, dont l’une fut écrasée par des chariots armés de fer et de pierres, dont on se servait, en ce temps-là, pour triturer ; et l’autre partie fut conservée et assujettie à payer tribut. Il soumit aussi toute la Syrie, et réduisit Adarézer à lui payer tribut. Au retour d’une expédition qu’il fit sur l’Euphrate, il battit les Iduméens orientaux dans la vallée des Salines, qui est apparemment entre Palmire et l’Idumée, leur tua dix-huit mille hommes, et mit des garnisons dans tout ce pays. Le temps précis de toutes ces guerres n’est pas bien connu.

Naas, roi des Ammonites, étant mort (2 Samuel 10), David envoya faire des compliments de condoléance au fils et au successeur de ce prince. Mais les seigneurs ammonites persuadèrent à leur roi que David ne lui envoyait des ambassadeurs, que pour observer ses forces, et pour lui faire quelque jour la guerre. Les jeune prince, trop crédule, fit prendre les ambassadeurs de David, leur fit raser la moitié de la barbe, et leur fit couper la moitié de leurs habits. Pour venger cet outrage, David envoya contre Naas Joab, général de ses troupes, qui mit en fuite les Ammonites, avec les Syriens qu’ils avaient appelés à leur secours. L’année suivante, David marcha en personne contre les Ammonites, qui avaient appelé à leur secours les Syriens de delà l’Euphrate. Mais, et les Ammonites, et ceux qui étaient venus à leur secours, furent entièrement dissipés. La guerre ne fut pas toutefois encore finie. David résolut, l’année suivante, de se rendre maître de la capitale des Ammonites, et de les assujettir à sa domination. Il envoya Joab avec son armée, pour faire le siège de Rabbath (2 Samuel 11) et, pour lui, il demeura à Jérusalem.

Un jour, s’étant levé de dessus son lit, après-midi, et se promenant sur la terrasse de sa maison, il vit une femme qui se baignait dans un bain domestique. C’était Bethsabée, femme d’Urie le Héthéen, qui était pour lors à l’armée de Joab, au delà du Jourdain. David fit venir cette femme, dormit avec elle, et la renvoya. Peu de jours après, elle fit dire à David qu’elle avait conçu. Aussitôt, David, pour cacher son crime, et pour mettre à couvert l’honneur de Bethsabée, fit venir du camp à Jérusalem, Urie le Héthéen, et voulut l’engager à aller passer la nuit dans sa maison avec sa femme ; mais Urie ne l’ayant pas fait, David le renvoya au camp avec des lettres écrites à Joab, par lesquelles il lui mandait de faire en sorte qu’Urie fût mis à mort par les Ammonites Joab exécuta ces ordres ; et, dans un assaut contre la ville, Urie ayant été abandonné des autres soldats, périt par l’épée des Ammonites. Aussitôt que David en fut informé, il épousa Bethsabée, et la fit venir dans sa maison. Cette action déplut extrêmement à Dieu. Tout Israël en fut scandalisé ; et les étrangers mêmes en prirent occasion de blasphémer le nom du Seigneur (2 Samuel 12.4).

Nathan vint donc trouver David, de la part de Dieu, et, sous une parabole étudiée d’un riche, qui avait pris à un pauvre une seule brebis qu’il avait (2 Samuel 12), il engagea David à se condamner lui-même, et à reconnaître son péché. Nathan le menaça de remplir de sang sa maison, et de livrer ses femmes à un étranger, qui en abuserait à la vue de tout le monde, pour le punir du crime qu’il avait commis en secret. Il ajouta : Pour vous, le Seigneur a transféré votre péché, et vous ne mourrez point : mais le fils qui vous est né, perdra la vie. En effet l’enfant de Bethsabée mourut peu de jours après. Mais, l’année suivante, Bethsabée eut un autre fils, qui fut nommé Salomon, et à qui Nathan donna le nom d’Aimé du Seigneur.

Joab, ayant réduit la ville de Rabbath à l’extrémité, invita David à la venir prendre. David y alla, la prit, la pilla, en fit scier par le milieu du corps les habitants, les fit écraser sous des trainoirs et des chariots propres à triturer, les fit mettre en pièces avec des couteaux, et les fit jeter dans des fours à cuire des briques. Nous ne prétendons pas approuver cette conduite de David. Il est très-croyable qu’il tomba dans cet excès de cruauté, avant eût reconnu le crime qu’il avait commis avec Bethsabée, et pendant qu’il était encore dans toute la souillure de son iniquité, et abandonné de l’esprit de la grâce.

Après cela, Amnon, fils de David, ayant conçu une passion violente pour Thamar, sa sœur (2 Samuel 13), et l’ayant violée de la manière que nous avons dite sous l’article d’Amnon, Absalom, frère de Thamar, résolut de s’en venger, et s’en vengea en effet deux ans après, en faisant tuer Amnon dans un festin-où il l’avait invité. Après quoi, il se retira chez son beau-père, le roi de Gessur, où il demeura trois ans.

Joab le réconcilia à David (2 Samuel 14). le fit revenir à Jérusalem ; et enfin il obtint qu’il paraîtrait devant le roi comme auparavant ; mais il abusa bientôt de l’indulgence de son père (2 Samuel 15), et aspira à la royauté. Il alla à Hébron avec une troupe de gens affidés, et s’y fit reconnaître pour roi d’Israël. Aussitôt que David en fut informé, il prit la fuite, et sortit de Jérusalem, pour se rendre au delà du Jourdain, Il fut suivi par ses gardes, par ses meilleures troupes et par ses principaux amis. Chusaï d’Arach voulut aussi l’accompagner ; mais David lui dit de s’en retourner, et qu’il lui serait plus utile dans la ville, en feignant de s’attacher à Absalom, et en ruinant les conseils d’Achitophel, qui était entré dans le parti de son fils, et qui donnait d’étranges inquiétudes à David, qui savait l’habileté de cet homme.

À peine David eut-il passé la montagne des Oliviers, qui est à l’orient de Jérusalem, que Siba, serviteur de Miphiboseth, vint au-devant de lui avec deux ânes chargés de provisions (2 Samuel 16), qu’il présenta au roi. David lui demanda pourquoi Miphiboseth n’était pas venu. Siba répondit : Il est demeuré à Jérusalem, en disant : La maison d’Israël me rendra aujourd’hui le royaume de mon père. David, sans examiner la chose plus à fond, donna à Siba tous les biens de Miphiboseth ; et la suite fit voie qu’il avait cru Siba trop légèrement, et que ce serviteur n’avait pas voulu donner une monture à Miphiboseth, pour suivre le roi.

David étant arrivé près de Bahurim, Séméï, fils de Géra, s’avança pour le charger d’outrages et de malédictions : mais David les supporta avec une patience vraiment héroïque, et qui faisait bien voir combien il était pénétré de repentir de ses fautes passées. Cependant Absalom étant arrivé à Jérusalem, fut reçu de tout le peuple ; Chusaï même, ami de David, fut lui offrir ses services, et lui protesta qu’il serait à lui comme il avait été à David. Tout cela n’était qu’une feinte. Chusaï ayant été appelé au conseil d’Absalom, renversa le conseil qu’avait donné Achitopel, qui était de poursuivre le roi, sans lui laisser le temps de se reconnaître. Chusaï donna avis de tout à David, qui en sut profiter, passa promptement le Jourdain, et arriva à Mahanaïm (2 Samuel 17). Absalom l’y suivit dès le lendemain, et on ne différa pas de livrer la bataille (2 Samuel 18), où l’armée d’Absaloin fut défaite et mise en fuite ; et lui, étant demeuré attaché à un arbre par les cheveux, fut percé et mis à mort par Joab.

La nouvelle en ayant été portée au roi (2 Samuel 19), l’accabla de douleur, et lui fit jeter des cris perçants. Joab lui fit connaltre le tort que cette conduite faisait à ses intérêts. Le roi se montra donc au peuple, et reprit le chemin de Jérusalem. La tribu de Juda vint au-devant de lui ; mais les autres tribus furent piquées de jalousie de ce que cette tribu semblait seule s’attribuer le roi ; et il y eut quelques paroles un peu dures de part et d’autre. Enfin un nommé Séba, fils de Bochri, commença à sonner de la trompette, en disant (2 Samuel 20): Nous n’avons que faire de David, et nous n’avons rien de commun avec le fils d’Isai : Israël, retournez chacun dans vos maisons. Ainsi tout Israël suivit Séba. Mais la tribu de Juda demeura attachée à David. Ce prince, étant arrivé à Jérusalem, envoya aussitôt Joab après Séba. Il s’était retiré à Abéla, ville du pays de Macha, et Joab l’y assiègea. Mais une femme sage de la ville persuada aux habitants de livrer Séba ; et sa tête ayant été jetée à Joab par-dessus la muraille, il leva le siège, et la révolte fut dissipée. [Voyez Abel, ville].

Dieu ayant frappé tout le pays d’une grande famille, qui dura trois ans, l’oracle du Seigneur déclara que c’était à cause du sang des Gabaonites que Saül avait injustement répandu (2 Samuel 21). David fit venir les Gabaonites, et leur demanda ce qu’ils voulaient qu’on leur fit, pour réparer l’injure qui leur avait été faite. Ils dirent : Qu’on nous donne sept des enfants de Saül, afin que nous les mettions en croix à Gabaa. David les leur accorda ; et ils les crucifièrent dans Gabaa, patrie de Saül.

Quelques années après, David ayant ordonné qu’on fit le dénombrement de tout son peuple, le Seigneur en fut irrité, et le prophète Gad, venant trouver David, lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Je vous donne le choix de trois fléaux que je vous prépare ; ou votre pays sera affligé de la famine pendant sept ans, ou vous fuirez durant trois mois devant vos ennemis, ou la peste désolera vos états pendant trois jours [C’était le punir par où il avait péché. Le prophète aurait pu lui dire : Vous avez voutu dénombrer le peuple dans des vues d’orgueil et d’agrandissement ; mais voici, pour vous confondre, Dieu va le décimer ! Plein de repentir et de douleur, David répondit à Gad : Je suis dans une très-grande anxiété ; mais il vaut mieux que nous tombions dans la main du Seigneur, car ses miséricordes sont grandes, et que je ne tombe point dans les mains des hommes. Ainsi] David choisit la peste ; et dès le lendemain ce fléau commença, et il mourut pendant les trois jours soixante et dix mille personnes. Encore la sentence ne fut point exécutée dans toute sa rigueur ; car le Seigneur, touché par les prières de David, dit à l’ange exterminateur : C’est assez. Et David en actions de grâces, dressa un autel dans l’aire d’Ornan, où l’ange lui avait apparu. On croit que c’est en cet endroit que dans la suite on bâtit un temple au Seigneur.

Le roi, étant devenu fort vieux, ne pouvait plus s’échauffer (1 Rois 1). On lui donna donc une jeune fille, nommée Abisag, de Sunam, qui couchait auprès de lui, et qui le servait dans sa vieillesse. Nous croyons qu’elle fut vraiment épouse de David, quoiqu’elle soit toujours demeurée vierge. Cependant Adonias, fils ainé de David, commença à se donner un équipage de roi, et se forma un parti des principaux de l’état, qui pussent l’appuyer dans l’occasion. Nathan, qui savait les promesses que Dieu avait faites eu faveur de Salomon, en avertit Bethsabée et lui conseilla d’aller trouver le roi. Elle y alla ; et comme elle parlait encore, Nathan y vint lui-même, et remontra au roi qu’Adonias, à son insu et contre ce que le Seigneur avait promis à Salomon, voulait se faire reconnaître pour roi. Aussitôt David ordonna qu’on fît monter Salomon sur sa mule, qu’on le menât à Gihon, et qu’il y fût satré roi. Ce qui fut exécuté sur-le-champ.

David, se sentant près de sa fin, fit venir Salomon (1 Rois 2), lui remit les plans et les modèles du temple, l’or et l’argent qu’il avait préparé pour cet effet, lui recommanda d’être toujours fidèle à Dieu, et lui dit de ne pas laisser impuni Joab, que son trop grand crédit avait rendu insolent, et qui avait commis plusieurs actions qui le rendaient digne de mort. Ce pieux prince crut devoir cela à la justice et à la postérité. Il lui enjoignit aussi de punir Séméi, pour les outrages qu’il avait prononcés contre lui, lors de sa fuite, sous la révolte d’Absalom. Après cela, il s’endormit avec ses pères, et fut enseveli dans la cité de David, l’an du monde 2990, avant la naissance de Jésus-Christ 1010, avant l’ère vulgaire 1014. Il avait régné sept ans et demi à Hébron, et trente-sept à Jérusalem ; en tout quarante ans. Il mourut dans la soixante et onzième année de son âge.

Josèphe raconte que Salomon mit dans le tombeau de David de grandes richesses, et que treize cents ans après, le grand-prêtre Hircan étant assiégé dans Jérusalem où le roi Antiochus le Pieux, et ne sachant ou prendre de l’argent, dont il avait besoin pour donner à ce prince, afin qu’il levât le siège de la ville, Hircan ouvrit le tombeau de David, en tira trois mille talents, et lui en donna une partie. Il ajoute que plusieurs années après, Hérode le Grand ayant encore fait fouiller dans ce tombeau, en tira de très-grandes sommes.

Il y a assez d’apparence que Josèphe avait lu quelque chose de pareil dans d’autres mémoires de son pays, et qu’il y ajouta ce que la tradition des peuples y avait mis du sien. Nous lisons dans des mémoires que a donnés en arabe dans les Polyglottes de M. le Jay, qu’on dit qu’Hircan étant assiégé par le roi Antiochus Sidétès, ouvrit un trésor, qui avait appartenu à quelques-uns des descendants de David, et qu’après en avoir tiré beaucoup d’argent, il y en laissa encore beaucoup, et recacha le trésor. Ce qui est bien différent de ce que dit Josèphe.

Benjamin de Tudèle, qui écrivait vers l’an 1173, raconte qu’environ quinze ans auparavant, un mur du mont de Sion étant tombé, les prêtres y firent travailler une vingtaine d’ouvriers. Un jour deux de ces ouvriers étant demeurés seuls après les autres levèrent une pierre, qui leur donna entrée dans un lieu souterrain ; où ils entrèrent. Ils y trouvèrent un palais soutenu de colonnes de marbre, et incrusté d’or et d’argent. À l’entrée il y avait une table, et sur cette table une couronne et un sceptre d’or. C’était, dit ce Juif, le tombeau de David ; et vis-à-vis était celui de Salomon orné de même. Ils y virent aussi des urnes ; mais ils ne purent voir ce qu’elles contenaient. Ayant voulu pénétrer plus avant, ils furent renversés par un tourbillon, et demeurèrent là sans sentiment jusqu’au soir. Alors ils ouïrent une voix, qui leur dit de se lever et de s’en aller. Benjamin assure qu’il a appris cette histoire de la bouche d’un pharisien nommé Abraham, qui avait, disait-il, été consulté sur cet événement par le patriarche de Jérusalem, et qui avait déclaré que c’était le tombeau de David. Tout cela sent si fort la fable, qu’il est inutile de le réfuter.

Il est indubitable que le tombeau de David fut toujours fort respecté parmi les Juifs. Saint Pierre, parlant aux Juifs (Actes 2.29), leur dit que le tombeau de ce prince était encore parmi eux.

Les païens mêmes le connaissaient ; et Dion nous apprend qu’une partie de ce mausolée était tombée du temps de l’empereur Adrien. Saint Jérôme raconte qu’il allait souvent prier au tombeau de ce saint prophète. Le cardinal Grimani nous a donné la représentation du tombeau que l’on tient être celui de David. Les nouveaux voyageurs nous décrivent des tombeaux très-magnifiques, creusés dans le roc, que l’on tient être ceux des rois de Juda. Ils sont certainement très-anciens ; mais il serait malaisé de dis-tinguer celui de David de tant d’autres. [V. Rois (sépulcres des), et Sépulcre de David].

On attribue communément à David le livre des Psaumes, et on cite ces saints cantiques sous son nom. Il est certain qu’il en a composé un bon nombre ; mais il serait difficile de prouver dans le particulier qu’il les a composés tous. [Voyez Asaph]. Amos (Amos 6.5) reproche aux voluptueux d’Israël de dormir dans des lits d’ivoire ; de se divertir à chanter au son des instruments, et de se flatter d’avoir comme David le don de composer des cantiques : Sicut David putaverunt se habere vasa cantici. On peut voir l’article des Psaumes [L’article qu’on vient de lire n’est pas digne de David. Il faudrait le refaire tout entier, ainsi que beaucoup d’autres ; mais je suis obligé de le laisser ici tel qu’il est, et ne puis que renvoyer à mon Histoire de l’Ancien Testament, livre 4. J’ajouterai quelques appréciations justes et utiles touchant David considéré principalement comme guerrier et comme poêle et prophète].

La peinture du caractère de David est ce qui donne aux deux premiers livres des Rois, dit M. de Cazalès, un peu de l’unité d’un poëme héroïque. Quel intérêt dans l’histoire de cet homme, tour à tour humble berger gardant les troupeaux de son père, guerrier sauveur d’Israël, chef de proscrits, roi puissant et glorieux, auquel n’a manqué aucune des grandeurs ni aucune des misères de l’humanité, pas même le crime ; et pour achever son portrait, le plus grand des poêtes lyriques et le plus clairvoyant des prophètes. Si on le compare à tous les héros réels ou imaginaires de l’antiquité profane, on verra qu’il s’en sépare par un cachet de douceur, de tendresse, de générosité qu’on chercherait vainement dans les hommes chantés par Homère ou célébrés par les historiens grecs ou latins, et qui est déjà un pressentiment du Christianisme. David ressemble par beaucoup d’endroits aux guerriers chrétiens du moyen âge : et s’il est vrai qu’on trouve chez presque tous les peuples le germe de la belle institution de la chevalerie, nulle part cependant on ne rencontre rien qui se rapproche autant du type idéal du chevalier. Il manque, il est vrai, à David la galanterie et le culte des dames, choses qui ne pouvaient être même rêvées avant la réhabilitation de la femme par le Christianisme. Les femmes jouent un assez grand rôle dans son histoire, témoin Michol, Abigaïl et Bethsabée ; mais, s’il les aime, c’est en maître, et un peu à la façon des sultans de l’Orient.

À cela près, que de côtés chevaleresques en lui ! Sa fraternité d’armes avec Jonathas, son respect pour Saül son persécuteur, et la générosité avec laquelle il épargne sa vie ; la douleur qu’il fait éclater à la mort de cet implacable ennemi ; son amour pour ses soldats ; son dévouement pour son peuple, lorsqu’il choisit parmi les fléaux dont Dieu_ veut frapper Israël, le seul qui puisse l’atteindre comme le dernier de ses sujets ; tous ces traits et bien d’autres qu’on pourrait citer composent un des caractères les plus grands et les plus aimables que présentent les annales du monde…

David chante les choses du ciel et de la terre sur un mode infini qui varie sans cesse, dit M. Ponjoulat, et toujours avec de nouveaux trésors d’harmonie ; il est surtout sublime quand il parle du Seigneur ; combien il s’élève au-dessus d’Homère et de son Jupiter ! Ici la lyre d’Homère est à la lyre du roi-prophète, ce qu’est un faible écho à une grande voix qui résonne ; ce sera, si vous voulez, le pont d’airain de Salmonée, qui veut imiter le tonnerre du Tout Paissant ; entre la muse de l’antique Olympe et la muse de Sion, je trouve les distances qui séparent l’homme de Dieu, la terre du ciel.

Sion ! s’écrie M. de Lamartine, Sion ! c’est le palais ! c’est le tombeau de David ! c’est le lieu de ses inspirations et de ses délices, de sa vie et de son repos ! Lieu doublement sacré pour moi, dont ce chantre divin a si souvent touché le cœur et ravi la pensée. C’est le premier poëte du sentiment ! c’est le roi des lyriques ! Jamais la fibre humaine n’a résonné d’accords si intimes, si pénétrants et si graves ! jamais la pensée du poêle no s’est adressée si haut et n’a crié si juste ! jamais l’âme de l’homme ne s’est répandue devant l’homme et devant Dieu en expressions si tendres, si sympathiques et si déchirantes ! Tous les gémissements les plus secrets du cœur humain ont trouvé leurs voix et leurs notes sur les lèvres et sur la harpe de cet homme ! et si l’on remonte à l’époque reculée où de tels chants retentissaient sur la terre ; si l’on pense qu’alors la poésie lyrique des nations les plus cultivées ne chantait que le vin, l’amour, le sang, et les victoires des muses et des coursiers dans les jeux de l’Elide, on est saisi d’un profond étonnement aux accents mystiques du roi prophète qui parle au Dieu créateur comme un ami avec son ami, qui comprend et loue ses merveilles, qui admire ses justices, qui implère ses miséricordes, et semble un écho anticipé de la poésie évangélique, répétant les douces paroles du Christ avant de les avoir entedues. Prophète ou non, selon qu’il sera considéré par le philosophe ou le chrétien, aucun d’eux ne pourra refuser au poêle-roi une inspiration qui ne fut donnée à aucun antre homme ! Lisez de l’Horace ou du Pindare après un psaume ! Pour moi, je ne le peux plus ! Dom Calmet ajoute ce qui suit.

Les docteurs juifs ont ajouté plusieurs particularités à l’histoire de David. Ils disent qu’Isaï, père de David, ayant sollicité sa servante, cette servante en avertit sa maîtresse, laquelle prit la place de la servante, et conçut David. Isaï, le croyant né d’une esclave, l’envoya garder ses troupeaux, et ne le crut pas digne de paraître devant Samuel. Mais Samuel déclara à Isaï que cette pierre rebutée par l’architecte, allait devenir la pierre de l’angle. On ajoute que David vint au monde circoncis. Ils fondent ce sentiment sur le titre de quelque psaumes qui portent Michtain, c’est-à-dire, frappé parfaitement, comme ayant été circoncis de la main de Dieu. D’autres disent qu’il ne fut circoncis qu’à quatorze ans, et que ce ne fut qu’à ce moment que Dieu lui dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd’hui ; il serait même mort dès le moment de sa naissance, si Adam, à qui Dieu l’avait prédit, ne lui avait prêté soixante-dix ans de sa vie.

Ils disent que David était roux comme, Ésaü, etd’une physionomie peu avantageuse ; que Samuel l’ayant remarqué, et voulant le rejeter à cause de son air farouche, Dieu lui dit qu’Ésaü tuait les hommes sans forme de justice, et de son autorité ; mais que David ne ferait mourir personne sans consulter le sanhédrin. Quand David regardait quelqu’un, de travers, il le rendait lépreux : c’est ainsi que Goliath et le front de ce géant fut aussitôt couvert de lèpre. Joab essuya le même sort, et quelque chose de pis. David lui-même devint lépreux, Dieu se retira de lui, et tout le sanhédrin l’abandonna pendant six mois que dura sa maladie.

Lorsqu’il parut devant Saül pour aller combattre Goliath, Saül fut étonné de voir que son armure lui devenait propre, quoiqu’ils fussent d’une taille très-différente. Il conclut de là que David serait roi ; mais David, pénétrant la pensée de Saül, s’excusa de prendre ses armes.

Absalom son fils était damné : de sept portés qu’il y a pour entrer en enfer, il en avait déjà passé cinq,; mais David ayant crié cinq fois : Absalom mon fils, à chaque fois il repassait une porte, et alors David entonna ce verset du psaume (Psaumes 85.17) : Seigneur, donnez-moi quelques marques de votre faveur, afin que ceux qui me haïssent la voient et soient confondus.

Ils disent que David avait une harpe qui Jouait toute seule pendant là nuit, lorsqu’un certain vent soufflait ; ce son éveillait quelquefois David, et il s’en glorifiait, disant qu’il éveillait l’aurore, au lieu que l’aurore, veille les autres rois. On dit de plus qu’il épousa les deux sœurs vivantes, filles de Saül, savoir Mérob et Michol ; mais on sait n’épousa jamais Mérob, quoiqu’elle lui eût été promise en mariage. Ils accusent ce prince d’avoir donné dans les folies de l’astrologie et dans la magie, et même dans l’idolâtrie, et d’avoir désespéré de son propre salut.

Mais ce qui met le comble à leur extravagance, c’est ce qu’ils racontent de la mort de ce patriarche. Il avait connu par révélation, qu’il mourrait un jour de sabbat : ce jour n’était pas de son goût, parce qu’on n’y pouvait ni pleurer, ni pourvoir à ses funérailles. Il demanda délai jusqu’au lendemain, mais il ne put l’obtenir ; Dieu lui accorda seulement de ne mourir que le samedi au soir. Le diable attendait le moment qu’il cessât de lire la Loi pour le frapper de mort ; mais comme il n’en discontinuait pas la lecture, Satan s’avisa, pour le distraire, d’aller abattre des pommes dans le jardin du roi : David accourut au bruit ; et comme il descendait précipitamment par une échelle de bois pour découvrir le voleur, le diable tira l’échelle, le roi tomba et se tua.

Son cadavre demeura exposé aux chiens, parce qu’on n’osait le remuer le jour du sabbat. On consulta l’académie pour savoir ce qu’il y avait à faire dans une si triste conjoncture ; les docteurs ordonnent qu’on jetât des morceaux de pain autour du cadavre pour les chiens, jusqu’à ce que le sabbat fût passé. Les chiens préférèrent le pain au corps du roi, et David fut enterré. C’est ainsi que les docteurs hébreux défigurent les histoires les plus sérieuses par leurs badineries : on ne s’amuserait pas à les rapporter si on ne consultait que son inclination et le mépris qu’on en fait ; mais c’est une partie de la sagesse de connaître les erreurs et les folies des hommes (Ecclésiaste 2.12) : Transivi ad contemplandam sapientiam, erroresque et stultitiam, dit Salomon.

Les musulmans ne sont pas moins fabuleux que les Juifs, quand ils parlent de David. Mahomet dit que ce prince tua Goliath, que Dieu lui donna le royaume et la sagesse, et lui enseigna tout ce qu’il voulut savoir. Sur quoi un commentateur de l’Alcoran dit que l’armée de Saül n’était que de trois cent treize hommes que Dieu avait choisis, parce qu’ils n’avaient bu dans le ruisseau qu’avec la main. Il confond l’histoire de Gédéon avec celle de Saül. Après que David eut tué Goliath, Dieu lui donna le royaume ; farce que Saül avait promis sa fille en mariage, et la moitié de son royaume à celui qui tuerait le géant ; et Saül étant mort peu de temps après, David entra en possession de ses états. Dieu lui donna aussi la sagesse ; c’est-à-dire le don de prophétie, et son esprit pour composer le livre des Psaumes. Enfin Dieu lui enseigna tout ce qu’il voulut savoir, c’est-à-dire, le don de faire des cottes de maille, ou des haires et des cilices, qui était le métier ordinaire des prophètes ; ou même le don d’entendre le langage nes oiseaux. Quelques-uns ajoutent que les oiseaux et les pierres lui obéissaient ; que le fer s’amollissait entre ses mains, et que pendant les quarante jours qu’il pleura son péché, ses larmes étaient si abondantes et si fécondes, qu’elles faisaient croître les plantes.