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Haman

(Esther 3.1 ; etc.)

On pourrait donner pour épigraphe à l’histoire de cet homme, ces paroles du sage : « L’orgueil marche devant l’écrasement » (Proverbes 16.18). Il était fils d’Hammédatha, et surnommé Agagien, ce qui a fait croire à quelques-uns qu’il était Amalékite, descendant des rois Agag ; cette épithète n’a cependant pas une signification aussi absolue, et pourrait n’indiquer qu’un lieu de naissance, une simple parenté ou même une fonction. La tradition qui fait Haman macédonien ne peut être ni prouvée ni démentie. Ce favori parvenu, qui ne devait peut-être son élévation qu’à un caprice de son maître, occupait le premier rang à la cour de Perse ; il était le premier de tous les seigneurs, et n’avait au-dessus de lui que le roi. La foule se prosternait devant lui, les seigneurs lui rendaient hommage, son amour-propre était satisfait ; mais un homme, un seul, refusait de lui accorder les marques d’honneur auxquelles il avait droit de par le roi, et cet homme c’était un étranger, un Hébreu, Mardochée. On ne pouvait répandre trop de sang pour venger une pareille injure ; sacrifier Mardochée n’eût pas valu la peine, il fallait la ruine de la nation tout entière à laquelle appartenait le coupable ; Haman jeta les sorts et trouva que le douzième mois était celui auquel il conviendrait de faire le carnage. Il parla de la chose au roi, qui n’y entendait rien ; il lui représenta que ce peuple d’esclaves dispersés dans ses états était un peuple de rebelles, vivant sous des lois particulières, et soumis de cœur à un autre roi ; il fit surtout résonner à ses oreilles dix mille talents d’argent qu’il remettrait dans les caisses du royaume s’il était autorisé à publier le décret d’extermination. Dix mille talents ! le roi se hâta de les gagner, il n’eut pour cela qu’à ôter sa bague et la remettre au bourreau. Mais le Juif avait eu connaissance de cette Saint-Barthélémy que les païens voulaient donner à son peuple ; il en avertit la reine sa parente, et celle-ci résolut, avec l’aide de Dieu, d’anéantir ce projet en anéantissant celui qui l’avait formé.

Haman fut invité à un festin par Esther, et cette invitation fut suivie d’une seconde pour le jour suivant. Son cœur bondissait d’orgueil au sortir du palais, quand la vue de Mardochée vint lui rappeler que, seul dans tout le royaume, ce malheureux refusait de faire son bonheur, en lui refusant ses hommages ; il se fit violence pour cacher son humeur, et s’en fut raconter à sa femme et à ses amis les joies et les honneurs de sa journée. Tout cela, disait-il, ne me sert de rien pendant que je vois Mardochée, ce Juif, assis à la porte du roi. La femme et les amis du favori pensèrent qu’un gibet de 50 coudées (25 m) satisferait à ce qu’Haman pouvait regretter, et l’on décida que la mort de Mardochée préluderait à la destruction de sa race. Le lendemain Haman devança l’heure du festin pour aller au palais demander la permission de faire pendre son superbe ennemi, mais le roi le prévint : « Que faudrait-il faire à un homme, dit-il, que le roi prend plaisir d’honorer ? » Haman, ne doutant pas que ce ne fût une nouvelle galanterie que le roi lui préparait, et sur laquelle il le consultait d’une manière indirecte et délicate, ne se contraignit point dans l’expression de ses désirs ; il imagina pompe sur pompe ; cheval royal, vêtements royaux, couronne du roi, rien ne pouvait être trop beau, et le plus grand des seigneurs de la cour devait accompagner dans les rues de la ville la marche triomphale de ce sujet bienheureux. « Eh bien ! lui dit le roi, hâte-toi, et fais ainsi à Mardochée, le Juif ». Quelle que fût la fortune et la grandeur de Haman, il n’était qu’un esclave auprès du roi et ne put qu’obéir ; il dut lui-même honorer celui dont il venait quelques minutes auparavant demander la mort, il dut crier devant lui dans les rues : « C’est ainsi qu’on doit faire à l’homme que le roi prend plaisir d’honorer ». Une nuit d’insomnie avait tout fait ; le roi avait pris connaissance d’une conjuration qui avait été découverte sous son règne par Mardochée, et, s’étonnant que Mardochée n’eût pas reçu de récompense pour un si grand service, il avait résolu de réparer cette ancienne faute, et de la réparer d’une manière éclatante. Après sa fatale promenade, Haman rentra chez lui tout affligé, et ayant la tête couverte ; il se hâta de donner à sa femme et à ses amis la clef de cette énigme inconcevable, et de leur expliquer comment, allant demander la mort de Mardochée, il avait dû servir lui-même à son élévation : alors ces sages comprirent que ce ne serait pas un fait isolé, et que l’ancien favori tomberait devant le nouveau, Haman devant le Juif. En même temps les officiers du roi vinrent chercher Haman pour le conduire au festin de la reine ; on peut se représenter qu’il y triompha moins que la veille. Sur la fin du repas, Esther ayant été invitée par le roi à lui demander tout ce qu’elle voudrait, jusqu’à la moitié de son royaume, demanda la vie pour elle et pour son peuple, découvrit qu’elle était Juive elle-même, et par là enveloppée dans le décret de proscription, représenta au roi combien cette mesure était contraire à ses intérêts, et lui fit voir que les dix mille talents offerts par l’oppresseur ne compenseraient pas le dommage que le roi en recevrait. Il paraît que le roi n’avait plus présente à l’esprit la permission qu’il avait accordée à son favori, soit qu’il l’eût donnée dans un moment de distraction, soit qu’au milieu de tous ses autres intérêts la chose lui parût peu importante, puisqu’il ne s’agissait que de quelques esclaves étrangers et rebelles. Esther dut nommer le coupable, et Haman voyant bien à l’expression du roi qu’il était perdu, profita d’une absence de celui-ci pour se jeter aux pieds de la reine et lui demander la vie. Mais le roi qui rentrait, ayant vu ce mouvement, l’interpréta mal comme on fait toujours dans la colère, et n’en fut que plus irrité, la sentence fut prononcée, et, sur l’observation qu’un gibet dressé par Haman pour Mardochée s’élevait près de là, le favori disgracié y fut conduit et pendu.

Il n’y a rien dans cette prompte chute, et dans ce passage subit des plus hautes distinctions au supplice le plus infâme, qui puisse étonner quand on connaît la justice expéditive et sommaire de l’Asie. Rien ne peut étonner non plus dans la permission donnée par le roi à un de ses serviteurs d’exterminer une partie des hommes qui habitent son territoire, hommes qui n’ont point d’histoire pour lui, et qu’il ne connaît que par les renseignements incomplets et tronqués que lui donne un homme puissant, qui veut s’en défaire, parce qu’un d’entre eux l’offusque. Ce que les voyageurs modernes nous disent de l’Asie, depuis Constantinople ou Alexandrie jusqu’à Pékin, n’est que trop d’accord avec cette brutalité de l’autocrate et bouillant Xercès ; ces monarques n’ordonnent que par caprice, et peuvent envoyer à la mort des populations entières, aussi bien que leurs femmes ou leurs favoris ; il suffit que celui qui veut obtenir le décret sache bien choisir son moment. Dans la lutte entre Esther et Haman, la victoire ne fut à la reine que parce que le roi se trouvait bien disposé (Esther 4.11 ; 5.2), et Dieu travailla avec la pieuse Juive parce que celle-ci, de son côté, exposait sa vie pour sauver son peuple.

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