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Psaumes 96
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Psaumes 96

Le cantique nouveau de la création tout entière

Le Psaume 95 invitait Israël à se préparer à entrer dans le repos de son Dieu. Le Psaume 96 est le cantique nouveau (verset 1) que fait entendre l’humanité, et avec elle la création tout entière, à la gloire de l’Éternel dont le règne s’établit sur la terre. Les deux psaumes se rattachent donc étroitement, l’un à l’autre ; ils doivent avoir été composés pour la même circonstance. Quelle est cette circonstance ?

Les Septante écrivent en tête du Psaume 96 : Quand la maison fut bâtie après la captivité ; de David. Il y a là deux données dont la contradiction saute aux yeux, à moins que les traducteurs grecs n’aient voulu dire que ce psaume, composé par David, a joué un rôle spécial lors de l’inauguration du nouveau temple. L’idée de l’attribuer à David émane probablement du fait que le rédacteur des Chroniques cite notre psaume presque dans sa totalité, à la suite du récit de la translation de l’arche par David en Sion (1 Chroniques 16.23-33). Cependant cette citation, qui est suivie de celle de fragments des Psaumes 105 et 106, ne prouve pas nécessairement que ces cantiques remontent à l’époque de David. Il est à remarquer en effet que, dans le chapitre en question des Chroniques, ces trois psaumes sont placés en dehors du récit et ne lui sont pas même rattachés par la formule : Il dit… ou quelque autre semblable. David congédia le peuple (verset 3) et prononça sur lui une bénédiction. Mais, comme ce fut à cette occasion qu’il organisa le service du sanctuaire et établit quelques-uns des Lévites devant l’arche, en particulier Asaph et ses frères, pour louer l’Éternel, l’auteur des Chroniques prend occasion de cette date mémorable, pour donner par quelques exemples une idée des cantiques d’un caractère à la fois religieux et patriotique, qui firent partie du culte ; il choisit de préférence ses extraits parmi les cantiques que l’on chantait au temps où il écrivait. Or les livres des Chroniques furent écrits près de deux cents ans après le retour de la captivité (voir Livres historiques de la Bible Annotée).

Un des traits distinctifs de notre psaume nous oblige à lui assigner une date bien postérieure au temps de David ; ce trait, c’est sa grande analogie avec les prophéties de la seconde partie d’Ésaïe relatives à la manifestation de la gloire de l’Éternel. Sans parler ici des ressemblances de détail, nous retrouvons dans ces quelques strophes plusieurs des grandes pensées développées par le prophète sur le néant des idoles (verset 5 ; comparez Ésaïe 40.18 et suivants ; Ésaïe 41.21, etc)., la participation de tous les peuples au culte de l’Éternel (versets 7 à 10 ; comparez Ésaïe 60.1 et suivants), le caractère de jugement que revêtira l’apparition du Seigneur (verset 14 ; comparez Ésaïe 40.10 ; Ésaïe 41.4, etc)., la joie qui éclatera dans la création tout entière, en présence de l’Éternel (versets 11 à 13 ; comparez Ésaïe 43.19 ; Ésaïe 44.23 ; Ésaïe 55.12-13, etc).

Ce caractère de notre psaume, mis en regard de la note des Septante relative à la construction du second temple, nous amène à penser que la dédicace de ce temple fut l’occasion à laquelle il doit son origine. Quelque opinion que l’on ait sur la date où fut composée la seconde partie d’Ésaïe, il est certain que cet écrit, qui parle en termes si clairs du retour de l’exil, dut avoir un écho bien vibrant dans le cœur des Juifs qui reconstruisirent le temple. Il n’est pas étonnant que cet écho se soit fait entendre dans les cantiques chantés au jour solennel de la dédicace.

La supposition que nous faisons ici concernant la date de la composition de notre psaume s’étend nécessairement au Psaume 95, qui lui est si intimement uni, de sorte que l’on peut se demander si le aujourd’hui de ce psaume (Psaumes 95.7) ne fait pas allusion à ce moment si important de l’histoire d’Israël. D’autres psaumes encore de ce groupe sont de la même famille que le Psaume 96, entre autres le 93, le 97, le 98.

Le Psaume 96 comprend quatre strophes, se résumant comme suit : Le temps est venu de chanter à l’Éternel un cantique nouveau (versets 1 à 3) ; car aucun Dieu ne peut se comparer à lui (versets 4 à 6), et tous les peuples viennent se prosterner devant lui (versets 7 à 10). Même la création matérielle salue son avènement par des transports de joie (versets 11 à 14).

1 Chantez à l’Éternel un cantique nouveau ; Chantez à l’Éternel, toute la terre ;
1 à 3

Chantez un cantique nouveau !

Un cantique nouveau suppose soit une expérience nouvelle du croyant (Psaumes 33.3, note), soit même une phase nouvelle dans l’histoire du peuple de Dieu ; notre psaume parle de tout un ordre de choses complètement nouveau. Ce stiche est la reproduction textuelle d’Ésaïe 42.10.

2 Chantez à l’Éternel, bénissez son nom, Annoncez de jour en jour son salut,

Annoncez… son salut. Comparez Ésaïe 40.9 ; Ésaïe 52.7. Le mot traduit par annoncez signifie : proclamer une bonne nouvelle. Dans la citation 1 Chroniques 16.23-33, ces deux premiers versets sont abrégés et réunis en un seul.

3 Racontez parmi les nations sa gloire, Parmi tous les peuples ses prodiges ! 4 Car l’Éternel est grand et très digne de louange, Redoutable par-dessus tous les dieux.
4 à 6 L’Éternel et les faux dieux
5 Car tous les dieux des peuples ne sont que des idoles, Mais l’Éternel a fait les cieux.

Des idoles, proprement : des riens, des êtres sans réalité. L’hébreu présente ici un rapprochement de mots semblables quant à la forme et absolument différents quant au sens : Elohim (dieux), Elilim (des riens). Loin d’ètre néant, l’Éternel a fait les cieux et toute leur gloire.

6 Gloire et majesté marchent devant lui, Force et magnificence sont dans son sanctuaire.

Dans son sanctuaire : dans ces cieux étincelants dont il vient d’être parlé, mais aussi dans son temple terrestre, où il daigne manifester sa gloire à son peuple.

7 Rendez à l’Éternel, familles des peuples, Rendez à l’Éternel gloire et puissance !
7 à 10

Que tous les peuples l’adorent !

Cette strophe, plus développée que les précédentes, exprime la pensée centrale du cantique : toutes les nations sont admises au sanctuaire et rendent gloire à l’Éternel comme à leur Roi. Nous retrouvons ici l’étonnante largeur de pensée et de cœur qui nous frappe en maint autre psaume (67, 87, 99, 117 entre autres). Le Dr. Binnie écrit au sujet de notre Psaume 96 : Il appartient à une classe de cantiques qui n’annoncent pas seulement la gloire de l’ère millénaire, mais sont eux-mêmes des chants du millénium ; ils en célèbrent comme actuelles les joies et les réalités. Ceux qui croient que l’on ne saurait être à la hauteur de nos temps modernes, si l’on n’envisage pas nos psaumes comme vieillis, devraient examiner comment il se fait que certaines hymnes du psautier se trouvent en avance, et de beaucoup, sur l’esprit même de notre temps, à tel point que le croyant ne pourra pleinement s’approprier les désirs qu’ils expriment que lorsque la terre sera couverte de la connaissance de l’Éternel. (The Psalms : Their history, teachings and use)

Rendez à l’Éternel. C’est la reproduction littérale de Psaumes 29.1-2, qui décrit la manifestation de la gloire de l’Éternel dans l’orage ; seulement, là ce sont les anges qui sont invités à rendre gloire à l’Éternel ; ici ce sont les peuples, envisagés comme autant de familles. Comparez Genèse 12.3, et pour toute la strophe Ésaïe 60.1 et suivants.

8 Rendez à l’Éternel la gloire due à son nom ; Apportez l’offrande et venez dans ses parvis,

Dans ses parvis. Le texte des Chroniques a : devant sa face (1 Chroniques 16.29).

9 Prosternez-vous devant l’Éternel Dans une sainte magnificence ; Tremblez devant sa face, toute la terre ;

Dans une sainte magnificence : comme autant de prêtres revêtus de leurs vêtements sacerdotaux.

Tremblez… à la fois de crainte et de joie. Comparez Psaumes 29.8 ; Psaumes 97.4.

10 Dites parmi les nations : L’Éternel règne ! Aussi la terre est-elle affermie ; elle ne chancellera pas ; Il jugera les peuples avec droiture.

L’Éternel règne : est devenu roi voir Psaumes 93.1, note. Dans les Chroniques, cette première ligne du verset est transportée au milieu du verset suivant, et le stiche : Il jugera les peuples…, est supprimé.

Aussi la terre est-elle affermie. Comparez Psaumes 93.1, note.

Il jugera les peuples. Ce qui ébranle la terre ce sont les injustices, les compétitions, les guerres déchaînées par les passions humaines. Tout rentrera dans l’ordre, dès le moment où l’Éternel prendra en mains le jugement ; (Ésaïe 2.1-4).

11 Que les cieux se réjouissent, Et que la terre soit dans l’allégresse ; Que la mer s’émeuve, Et ce qu’elle contient ;
11 à 14

Allégresse de la création tout entière, qui participe au salut de l’humanité (Ésaïe 44.23 ; Romains 8.19-21).

Les cieux…, la terre…, la mer : les trois grandes parties de l’univers matériel, célèbrent l’ordre de choses nouveau. Les cieux se réjouissent en faisant resplendir leur lumière, la terre en prodiguant les richesses de sa végétation ; la mer met en mouvement tous ses flots, pour faire entendre sa grande voix.

12 Que les champs tressaillent de joie, Et tout ce qui est en eux ! Alors tous les arbres de la forêt chanteront de joie

Les arbres de la forêt… Comparez Ésaïe 44.23 ; Ésaïe 55.12.

13 En présence de l’Éternel. Car il vient ! Car il vient, pour juger la terre ;

Car il vient. Le psalmiste, dans le cours du cantique, s’est transporté, par anticipation, au moment même où l’humanité accueille l’Éternel comme son roi (verset 10). Maintenant, au terme du psaume, il confirme ce qu’il vient de dire, en annonçant que ce règne, encore à venir, est proche. C’est le : Il vient, de l’Apocalypse (Apocalypse 1.7 ; Apocalypse 22.20, etc)..

14 Il jugera le monde avec justice Et les peuples selon la vérité !

Ce verset ne se trouve pas dans la citation des Chroniques.