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Psaumes 91
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Psaumes 91

La haute retraite du fidèle

Ce psaume est comme la réponse divine à la prière que fait entendre le psaume précédent. Moïse, au désert, a vu tomber par milliers et dix milliers ceux qui l’entouraient ; tout fidèle, comme lui, vit au milieu de puissances de destruction sans cesse à l’œuvre, mais il n’en trouve pas moins auprès de l’Éternel une sécurité parfaite, à la condition d’habiter en permanence dans sa retraite secrète.

Après l’affirmation du premier verset, qui résume à l’avance la pensée du psaume, nous trouvons une série de strophes, de trois versets chacune, où est développé le riche contenu de cette pensée.

Le psaume est anonyme. On a supposé, à cause des dangers qu’il énumère, qu’il datait d’un temps de guerre ou de mortalité. Il appartient de fait à toutes les époques, car en tout temps le fidèle s’avance, protégé par sa foi, au milieu d’innombrables dangers.

1 Celui qui habite dans la retraite secrète du Très-Haut Est logé à l’ombre du Tout-Puissant.

Celui qui habite… La traduction littérale serait :

Assis dans la retraite secrète du Très-Haut,
Il est logé à l’ombre du Tout-Puissant…

C’est là une sorte de titre, semblable à ceux que nous avons trouvés Psaumes 87.1 ; Psaumes 90.1, et qui fait entendre déjà dans toute sa pureté la note du psaume. On dirait un motif musical qui va être développé dans la suite en de riches variations.

La retraite secrète… Nous conservons l’adjectif secrète, que suppriment les nouvelles traductions, par ce que l’hébreu séther désigne un endroit ou l’on est caché à tous les regards.

À l’ombre du Tout-Puissant. Ce second stiche ne forme pas, ainsi que plusieurs l’ont cru, une vaine tautologie avec le premier. Le fidèle ne se contente pas d’être à l’abri dans une retraite secrète, même dans la plus inaccessible à l’ennemi, celle du Très-Haut : il a besoin de se tenir sous la protection personnelle du Tout-Puissant lui-même.

2 Je dis à l’Éternel : Mon refuge et ma forteresse, Mon Dieu en qui je m’assure !
2 à 4

Avant tout le psalmiste développe l’idée même de refuge, qui vient d’être indiquée.

Je dis… L’emploi exceptionnel de la première personne, ici comme au verset 9, dans un psaume ou partout ailleurs, nous trouvons le tu, mis dans la bouche du psalmiste, ou le il, mis dans la bouche de Dieu (tu trouveras…, tu regarderas…, il m’invoquera…), a fait supposer que divers chœurs se succédaient dans ce cantique. Il est plus naturel de voir ici un élan de foi et comme un cri filial par lequel le psalmiste s’affirme à lui-même toute la confiance qu’il éprouve pour son Dieu, après quoi il entend en son cœur la réponse divine.

3 Certes, il te délivrera du filet de l’oiseleur, De la peste pernicieuse.

Du filet de l’oiseleur : des pièges de l’ennemi quel qu’il soit, mais plus spécialement, ainsi que l’indique la suite du verset, des dangers de mort en temps d’épidémie. La même image est employée Psaumes 124.7 ; Ecclésiaste 9.12.

4 Il te couvrira de ses plumes, Et tu trouveras sous ses ailes un refuge. Sa vérité est un bouclier et une armure.

Il te couvrira de ses plumes. Comparez Deutéronome 32.11. Cette image est amenée par celle du filet de l’oiseleur. Le petit oiseau sans expérience ne manquerait pas d’être la proie de tous les ennemis qui le menacent, si sa mère ne le protégeait. La puissance qui, du ciel, vient protéger le fidèle est la vérité divine (Psaumes 43.3 ; Psaumes 57.4), terme qui désigne à la fois la parole de Dieu, loi ou promesse, et sa fidélité à accomplir ce qu’il a dit. On sait comment le Sauveur a su se faire du : Il est écrit, un impénétrable bouclier (Matthieu 4.4, Matthieu 4.7, Matthieu 4.10).

5 Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, Ni la flèche qui vole de jour,
5 à 7 Les dangers auxquels échappe le fidèle
5 et 6

Tu ne craindras ni… ni…, quelque danger que ce soit, sous quel que forme ou à quelque heure qu’il se présente ; qu’il vienne de jour ou de nuit, que les hommes y aient part ou non, que ce soit guerre (verset 5) ou maladie (verset 6).

Les terreurs de la nuit : les surprises nocturnes, rendues plus effrayantes par les ténèbres ; la flèche qui vole de jour : les attaques ouvertes ; la peste… : les épidémies de toutes sortes, que la cause en soit cachée ou connue.

6 Ni la peste qui marche dans les ténèbres, Ni la contagion qui frappe en plein midi. 7 Qu’il en tombe mille à ton côté Et dix mille à ta droite, Tu n’en seras point atteint.

Qu’il en tombe mille à ton côté… Les déclarations du psalmiste, si étonnantes déjà dans les versets 2 à 6, prennent ici l’apparence de véritables paradoxes, car on ne voit pas, en temps de guerre ou d’épidémie, les hommes pieux ménagés plus que d’autres. Israël a été épargné en Gossen, pendant que les Égyptiens étaient frappés ; çà et là un serviteur de Dieu reste intact au milieu des plus grands dangers, mais de tels cas sont loin d’être la règle. Ce qui est la règle, pour tout fidèle, c’est que, tant qu’il se tient sous la dépendance immédiate de Dieu (à l’ombre du Tout-Puissant), aucun mal réel ne peut le frapper, c’est-à-dire aucun mal que Dieu ne fasse rentrer dans son plan d’amour envers son enfant. Dans ce cas-là, flèche ou contagion deviennent des messagers de Dieu ; et, là où il en serait autrement, elles sont écartées. On l’a dit : Tant que Dieu a une œuvre à nous confier ici-bas, nous sommes immortels.

Le Sauveur a montré, lors de sa tentation, au désert, qu’il y a une manière dangereuse et coupable de comprendre les promesses de notre psaume, celle qui consisterait à les isoler de la condition d’humilité et d’obéissance indiquée par le verset 1, condition à laquelle tout le reste est subordonné. D’autre part, toute sa vie nous fait voir l’accomplissement parfait des paroles du psalmiste. Par le fait même que son union intime avec le Père ne s’est pas démentie un seul instant, il a été sans doute le point de mire de tous les maux imaginables, mais sans que ni tempêtes ni complots aient pu hâter d’un moment l’heure où il a dû être livré entre les mains des méchants. À cette heure là, il est vrai, toute la puissance du mal s’est jetée sur lui et a fait de lui sa victime, mais cela n’a eu lieu que de son plein consentement, et cette souffrance, volontairement subie, a abouti pour lui à une délivrance, à une élévation, à une glorification, où nous trouvons encore l’accomplissement le plus merveilleux des paroles de notre psaume (voir versets 14 à 16).

Le Seigneur a reproduit, à l’adresse de ses disciples, sans aucune atténuation, les déclarations qui s’étaient montrées vraies à son égard, lorsqu’il a dit : Je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions et sur toute la puissance de l’ennemi, et rien ne pourra vous nuire (Luc 10.19). Il leur annonce ailleurs des tribulations (Jean 16.33) ; mais, loin d’atteindre l’homme intérieur et de lui nuire, elles conduiront à une plus complète victoire le fidèle qui saura humblement rester caché dans la retraite que son Sauveur lui a ouverte.

8 Tu regarderas seulement de tes yeux, Et tu verras la rétribution des méchants.
8 à 10 La position du fidèle au milieu de tous ces jugements

Aucun mal… Cette parole résume, en les dépassant encore, toutes les promesses qui précèdent.

9 Car tu es mon refuge, ô Éternel !… Tu as pris le Très-Haut pour ta retraite : 10 Aucun mal ne t’arrivera, Et aucune plaie n’approchera de ta tente. 11 Car il donnera charge de toi à ses anges, Pour te garder dans toutes tes voies.
11 à 13 Comment Dieu exerce cette protection

À ses anges. Des anges apportent à Jacob le secours divin (Genèse 28.12 ; Genèse 32.1-2) ; l’Éternel envoie son ange devant Israël (Exode 23.20) ; des anges apparaissent à Élisée, à Dothan (2 Rois 6.17). Ces faits isolés et, semble-t-il, exceptionnels n’en sont pas moins des signes de la manière habituelle et journalière dont Dieu protège invisiblement les siens (Hébreux 1.14 ; Psaumes 34.8).

Dans toutes tes voies : dans toutes celles dont l’Éternel a fait ta route et où tu marches en son nom.

12 Ils te porteront dans leurs mains, De peur que ton pied ne heurte contre la pierre.

Ils te porteront… Voir, au sujet de la citation de cette parole par le tentateur, verset 7, note.

13 Tu marcheras sur le lion et sur l’aspic, Tu fouleras le lionceau et le dragon.

Le lion…, l’aspic : images de la force et de la ruse mises en œuvre contre les fidèles, soit dans leurs combats tout spirituels, soit dans les persécutions ou les dangers de tous genres auxquels les expose le travail qu’ils accomplissent au service de Dieu (Romains 16.20 ; 1 Pierre 5.8 ; Marc 16.18). Indépendamment de ce sens général, cette promesse s’est accomplie à la lettre pour plus d’un serviteur de Dieu (Daniel 6.22 ; Actes 28.5).

14 Puisqu’il s’est attaché à moi, je le délivrerai, Je l’élèverai en un lieu sûr, puisqu’il connaît mon nom,
14 à 16 Conclusion du psaume

Dès ce moment, les paroles du psalmiste font place à celles de Dieu même.

Puisqu’il s’est attaché à moi… Il s’agit d’un attachement venant d’une confiance sans bornes et d’un amour véritable. Il y a ici correspondance entre l’action humaine et l’action divine : le croyant s’attache à Dieu, qui l’emporte hors du danger ; il connait le nom de Dieu, ce que l’on ne peut faire sans exalter et glorifier ce nom ; à cause de cela, Dieu l’élève en sa haute retraite ; il invoque, Dieu exauce (verset 15).

15 Il m’invoquera, et je l’exaucerai ; Je serai avec lui dans la détresse, Je l’en retirerai et le glorifierai.

Dans la détresse. Ce qui a été dit plus haut ne signifie pas que le fidèle ne sera jamais dans une situation angoissante ; mais Dieu y sera avec lui pou l’en faire sortir agrandi, glorifié. Exemples : Joseph, sortant de prison pour être le premier après le roi, Daniel et ses amis, et surtout Jésus lui-même élevé, après son profond abaissement, au-dessus de tout nom qui peut se nommer.

16 Je le rassasierai d’une longue durée de jours Et lui ferai voir ma délivrance.

Une longue durée de jours : même expression Psaumes 23.6. Les bénédictions divines se résument pour Israël dans cette promesse, comme pour le chrétien dans celle de la vie éternelle.