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Psaumes 45
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Psaumes 45

Noces royales

C’est ici un chant nuptial composé à l’occasion du mariage d’un roi. La présence d’un poème de ce genre dans le recueil des cantiques d’Israël ne se comprendrait pas, si ceux qui lui ont assigné cette place ne lui avaient pas reconnu un caractère religieux. En effet, la Synagogue et après elle toute l’ancienne Église ont vu dans le héros du psaume le Messie promis et, comme tel, le représentant de l’Éternel lui-même, dont l’alliance avec Israël est si souvent dépeinte sous l’image d’un mariage (Ésaïe 54.5 ; Jérémie 31.32 ; Ézéchiel 16.8, etc)..

Le Psaume a-t-il réellement cette portée messianique, ou lui a-t-elle été attribuée après coup par une sorte d’allégorisation ?

Il nous paraît évident que l’auteur s’adresse à un roi d’Israël, son contemporain. Il le dépeint dans son luxe de monarque oriental (verset 9), entouré de plusieurs épouses, parmi lesquelles la nouvelle reine occupe la place d’honneur (verset 10). Cette reine est étrangère à Israël (verset 11) ; elle s’approche du roi avec une suite nombreuse, et les peuples alliés de son époux l’honorent en lui offrant de riches présents. Le poète termine son chant en annonçant au jeune roi que ses fils prendront la place de ses ancêtres et seront établis comme gouverneurs dans le royaume paternel. Il y a dans ce tableau quelques traits qu’il serait bien difficile de spiritualiser. Comment, en particulier, appliquer au Messie la promesse qu’une race de rois, ses fils, succèdera à la série de ses ancêtres ? Et pourtant, bien des paroles dépassent tout ce qu’un sujet israélite pouvait dire de ses princes. La beauté du roi est céleste (verset 3), son trône subsiste toujours et à perpétuité (verset 7), son pouvoir s’étend sur toute la terre (verset 17), les peuples le célébreront éternellement (verset 18).

La solution des difficultés résultant de ces données en apparence contradictoires, se trouve, nous semble-t-il, dans l’idée même que se fait le psalmiste de la royauté israélite, en partant des promesses faites à David (2 Samuel 7.1 ; Psaumes 2.1) et que David lui-même a développées dans plusieurs de ses psaumes (Psaumes 22.28-29 ; Psaumes 57.10 ; Psaumes 90.1). Dans la personne du jeune prince dont il est ici question, le poète voit sans doute le souverain actuel du peuple élu, mais en même temps il salue en lui le roi idéal promis à Israël et au monde. Ce monarque actuel grandit à ses yeux de toute la grandeur de la charge dont il est revêtu et que le Messie seul réalisera parfaitement. La vision prophétique se rattache d’une manière si immédiate à la réalité présente qu’elle semble se confondre avec elle. Le souverain apparaît entouré de plusieurs épouses, ce qui était alors le signe de la richesse et de la puissance royales ; mais en même temps il possède au plus haut degré toutes les qualités qui constituent l’idéal du roi théocratique. Il est à tel point le représentant de la puissance et de la justice divines, que le psalmiste l’appelle dieu (verset 7), comme ailleurs il appellera de ce nom les juges israélites, en vertu de la justice divine qu’ils représentent ici-bas (Psaumes 82.6). Jésus lui-même a signalé ce mode d’expression comme désignant par anticipation ce qu’il devait être réellement lui-même (Jean 10.34-36).

L’interprétation messianique du psaume nous semble donc se rattacher étroitement a son sens purement historique, au point de ne pouvoir en être détachée. L’auteur lui-même a écrit son poème dans le feu d’une inspiration supérieure à celle d’un homme qui décrit une fête nuptiale ordinaire. L’esprit de la promesse bouillonnait dans son cœur (verset 2). Dans son ensemble, le psaume nous offre une belle image de l’union de Celui en qui habite toute perfection avec un peuple étranger à Dieu par son origine pécheresse, mais rendu digne, par la grâce dont il a été l’objet, de devenir, suivant l’expression du Nouveau Testament, l’épouse de l’Agneau.

Nous n’entreprendrons pas ici d’exposer les nombreuses suppositions qui ont été faites, quant à la personne du roi israélite qui a fourni au psalmiste la donnée de ce cantique. Ce qui ressort du psaume lui-même, c’est qu’il date d’une époque où Tyr était encore la grande métropole du commerce du monde et où elle entretenait des relations amicales avec Israël (verset 13). De telles relations ont existé, d’après le premier livre des Rois, à l’époque de David et de Salomon (1 Rois 5.1) et à celle d’Achab et de Josaphat (1 Rois 16.31). Plusieurs interprètes ont admis que notre psaume se rapporte au mariage de Joram, fils de Josaphat, avec, Athalie. Les jugements sévères portés par un prophète sur les relations de Josaphat avec Achab (2 Chroniques 19.2) et par l’auteur des Chroniques sur ce mariage même de Joram avec Athalie (2 Chroniques 21.6) ne s’accordent pas avec une, telle supposition. On pourrait penser au mariage de Salomon avec la fille de Pharaon (1 Rois 3.1), si le psaume ne faisait pas allusion aux rois ancêtres de l’époux, tandis que Salomon n’a eu que son père pour prédécesseur royal. On serait tenté d’admettre que, composé à l’origine pour Salomon, ce cantique est devenu le chant nuptial. classique des rois théocratiques. De là le pluriel tes pères, qui aura pu remplacer une forme quelque peu différente.

En mettant à part le verset 2, qui sert d’introduction, on distingue dans le psaume deux parties, dont la première décrit la gloire du roi (versets 3 à 10) et la seconde celle de l’épouse (versets 11 à 16). Les deux derniers versets, qui servent de conclusion, sont un regard jeté sur l’avenir de la famille royale (versets 17 et 18).

1 Au maître chantre. Sur les lis. Des fils de Koré. Méditation. Chant nuptial.
1 et 2 Suscription et introduction

Sur les lis. Il s’agit sans doute ici d’une mélodie empruntée à un chant intitulé : Les lis ; comparez Psaumes 55.1 ; Psaumes 80.1 . Le nom de Maskil (méditation, enseignement) prépare dès l’entrée le lecteur à voir ici autre chose qu’un simple chant de noces.

2 Des paroles pleines de charme bouillonnent dans mon cœur. Je dis : Mon œuvre est pour le roi ! Que ma langue soit la plume d’un habile écrivain !

Des paroles pleines de charme… Saisi de la beauté du tableau qui se présente à lui, le psalmiste voudrait la rendre en paroles dignes d’un aussi grand sujet.

La plume : proprement le style, poinçon de métal dont les anciens se servaient pour écrire sur des tablettes enduites de cire.

Habile : alerte, prompt, capable d’exprimer la richesse de pensées qui s’agitent dans son esprit.

3 Tu es plus beau que les fils des hommes, La grâce est répandue sur tes lèvres ; C’est pourquoi Dieu t’a béni à toujours.
3 à 10 Les louanges du roi

Sa beauté, plus qu’humaine, n’a rien de hautain ; elle attire, au contraire, par l’expression de bienveillance (la grâce) qui anime ses traits.

C’est pourquoi Dieu t’a béni : la perfection morale, dont la beauté corporelle est ici l’expression, attire sur le roi la bénédiction divine.

4 Ceins sur ta hanche ton épée, vaillant, guerrier. Ta splendeur et ta magnificence ;
4 à 6 Sa vaillance

Ton épée…, ta splendeur. C’est quand le héros se revêt de ses armes qu’il apparaît dans tout l’éclat de sa force.

5 Monte ton coursier en vainqueur, en faveur de la vérité, De l’humilité, de la justice, Et ta droite t’enseignera des choses terribles.

Cette force est consacrée à la défense du peuple de Dieu, qui est ici-bas le représentant de la vérité divine, de l’humilité qui convient à l’homme en présence de Dieu, de la justice ou de l’obéissance aux lois divines.

Ta droite t’enseignera… La droite est ici personnifiée ; elle accomplit des choses auxquelles ne s’attendait point le héros lui-même.

6 Tes flèches sont aiguës, des peuples tomberont sous toi, Elles pénètreront dans le cœur des ennemis du roi ! 7 Ton trône, ô dieu ! Est à toujours et à perpétuité ; Le sceptre de ta royauté est un sceptre de justice,
7 et 8 Sa justice

Le héros du psaume est au plus haut degré le représentant de la justice divine sur la terre. S’il s’assied sur son trône, c’est pour la faire triompher. De là ce nom, prononcé comme une exclamation : ô dieu ! Ce titre, donné ailleurs aux juges, (voir l’introduction à notre Psaume), l’est ici à ce roi idéal auquel le psalmiste rend hommage et dont la perfection ne s’est trouvée réalisée que dans le Christ. L’épître aux Hébreux a pu appliquer cette parole directement à Christ, parce qu’en effet elle ne s’est pleinement accomplie qu’en lui (Hébreux 1.8).

8 Tu aimes la justice, et tu hais l’iniquité ; C’est pourquoi, ô dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie, Plus que tous tes semblables.

ô dieu, ton Dieu… On peut hésiter entre cette traduction, qui est celle de l’épître aux Hébreux (Hébreux 1.9), et la suivante, qui a été adoptée par la plupart des anciennes versions : C’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint… Dans les psaumes élohistes, l’expression : Dieu, ton Dieu, équivaut à l’Éternel ton Dieu (Psaumes 43.4 ; Psaumes 48.15 ; Psaumes 50.7).

Une huile de joie. Il n’est pas question de l’onction en vue de la royauté, mais de celle qui a lieu, comme symbole de joie, dans les grandes fêtes. Aucune fête royale ne peut être comparée à celle-ci.

9 Tes vêtements ne sont que myrrhe, aloès et casse ; Des palais d’ivoire, les sons de la harpe te réjouissent.
9 et 10 L’époux. dans sa gloire

Après avoir décrit la gloire du roi comme homme, comme guerrier, comme juge, le psalmiste décrit l’éclat dans lequel il apparaît comme époux. Dans l’Apocalypse, de même, l’apparition du Roi vainqueur et juge aboutit à ces mots : Les noces de l’Agneau sont venues (Apocalypse 19.7).

Myrrhe, aloès… : parfums que l’on répandait sur les vêtements (Proverbes 7.17). La myrrhe est une résine odorante découlant d’un arbrisseau fort abondant en Arabie. L’aloès, dont la sève est très amère, exhale par ses fleurs un parfum délicieux ; la couche la plus intérieure de son bois est aussi très odorante. La casse est l’écorce d’une plante aromatique de l’Inde ; elle entrait dans la composition de l’huile sainte (Exode 30.24).

Palais d’ivoire : dont les chambres étaient couvertes de revêtements d’ivoire. Achab fit construire un palais semblable dans sa capitale (1 Rois 22.39). Les écrivains anciens parlent de palais d’ivoire existant en Grèce et en Perse. Les palais (au pluriel) sont les appartements royaux riches et nombreux où la nouvelle épouse va être conduite par son époux. Les sons d’une musique de fête accueillent le couple royal.

10 Des filles de rois sont parmi tes amies ; La reine se tient à ta droite, parée d’or d’Ophir.

Parmi tes amies. L’hébreu jakar (précieux), que nous traduisons par amies, a été interprété de diverses manières. Les Septante et d’autres versions anciennes traduisent : Des filles de rois sont parées de tes vêtements précieux. Calvin et la plupart des exégètes modernes traduisent : Des filles de rois sont parmi tes dames d’honneur, ou : les bien-aimées. Il nous semble difficile de ne pas voir ici une allusion à la polygamie qui, pour un roi surtout, était envisagée partout dans l’antiquité comme un signe de puissance (voir à ce sujet l’introduction au psaume).

Ophir : voir 1 Rois 9.28, note.

11 Écoute, ma fille, regarde et prête l’oreille, Oublie ton peuple et la maison de ton père ;
11 à 16 L’épouse
11 à 13 Sa nouvelle position

Ma fille : le psalmiste s’adresse à la reine avec l’autorité d’un homme qui parle au nom de Dieu. La recommandation qu’il lui fait d’oublier son peuple montre clairement qu’il s’agit d’une princesse étrangère à Israël. Mais ce n’est point forcer le sens allégorique, que de voir dans cette épouse, qui doit oublier tout son passé pour se donner à son époux, l’image du peuple de Dieu de toute époque, tiré du milieu de l’humanité corrompue et appelé à renoncer à tout, pour tout recevoir de son céleste époux.

12 Laisse le roi désirer ta beauté, Car il est ton seigneur ; prosterne-toi devant lui.

Prosterne-toi : l’épouse, en se prosternant, fait vœu d’obéissance. Dans sa subordination même, elle trouve la gloire : des hommages lui sont rendus par les plus grands de la terre.

13 Et la fille de Tyr, les plus riches des peuples, Te flatteront par des présents.

La fille de Tyr : personnification de la ville elle-même. Tyr est mentionnée spécialement, comme étant alors la plus riche d’entre les nations.

14 Elle est toute magnificence, la fille du roi, au milieu du palais ; Son vêtement est tissu d’or.
14 à 16 Sa beauté et sa gloire

À la beauté parfaite du roi correspond celle de l’épouse (Éphésiens 5.25-27 ; Apocalypse 19.7 ; Apocalypse 21.9).

L’or est ici l’emblème de la gloire la plus pure.

15 Elle est conduite au roi, vêtue d’habits diaprés ; À sa suite, des vierges, ses compagnes, te sont présentées ;

À sa suite, des vierges… : ses amies, appelées à la servir.

16 Elles sont conduites au milieu des réjouissances et de l’allégresse, Elles viennent dans le palais du roi. 17 Tes fils prendront la place de tes pères, Tu les établiras comme chefs de toute la terre.
17 et 18 L’avenir de la famille royale

Tes fils prendront la place de tes pères. Cette promesse ne saurait s’appliquer au règne messianique. Mais, chose étrange, à ce trait s’en rattache étroitement un autre qui nous transporte dans l’avenir le plus lointain, où le roi d’Israël dispose en faveur des siens de toute la terre et où sa gloire n’a pas de fin. C’est bien ici que nous voyons à quel point, dans mainte prophétie, l’avenir grandiose, où sera pleinement réalisée la pensée de Dieu, est encore comme confondu, pour le prophète lui-même, avec le présent qui l’annonce et le prépare. Ces vice-rois, établis comme maîtres sur toute la terre, seront, dans l’avenir que nous attendons encore, les saints qui auront part à la royauté de Christ ; comparez Luc 19.17.

18 Je rendrai ton nom mémorable de génération en génération ; C’est pourquoi les peuples te célèbreront éternellement et à jamais !