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Proverbes 18
Bible Annotée (interlinéaire)

1 Qui se tient à l’écart suit son caprice ; À tout ce qui réussit, il montre les dents.

Qui se tint à l’écart : qui se sépare de la communauté et se désintéresse de la chose commune, ne recherche que la satisfaction de ses inclinations personnelles et la réalisation de ses propres désirs. Sur cette voie, il en vient (second membre) à se mettre en opposition habituelle avec les vues et les vrais intérêts de la société en général ou du corps auquel il appartient (cité, Église). Il éprouve un vif dépit (montre les dents ; voir Proverbes 17.14) de tout ce qui se dit ou se fait de bon autour de lui. Condamnation du séparatisme.

Ce qui réussit (thouschia). Voir Proverbes 2.7, note.

2 Le sot ne prend pas plaisir à l’intelligence, Mais bien à étaler ce qu’il a dans le cœur.

À l’intelligence, qui consiste à sentir ses côtés faibles et à y remédier.

Mais bien à étaler. Trois fois déjà (Proverbes 12.23 ; Proverbes 13.16 ; Proverbes 15.2) a été relevé le besoin maladroit et compromettant qu’éprouve l’insensé de montrer à tout propos ce qu’il a dans le cœur. Il pense se faire apprécier, et il ne réussit qu’à se faire juger à sa vraie valeur.

D’autres mettent ce verset en relation intime avec le précédent : Tels et semblables esprits n’écoutent ni ne défèrent à aucune raison qu’on leur puisse alléguer, et s’opiniâtrent à vouloir faire valoir leurs fantaisies et imaginations (Pierre de Launay).

3 Vienne le méchant, vient aussi le mépris ; Et avec la honte, l’outrage.

Quelques-uns remplacent le méchant par la méchanceté, pour établir un accord avec les substantifs abstraits qui suivent. Modification inutile, car, pour que paraissent le mépris, la honte et l’outrage, il faut d’abord que soit intervenu un personnage dont les paroles et les agissements entraînent ce triple résultat. Le méchant n’a qu’à entrer en scène et à parvenir au pouvoir pour que son action délétère se fasse sentir : mépris qu’il a des autres et de leurs droits, honte qui en rejaillit sur ceux qui sont entrés en rapport avec lui, et outrages dont il finit par les abreuver.

4 Les paroles de la bouche d’un homme sont des eaux profondes ; La source de la sagesse est un torrent qui jaillit.

Salomon a souvent blâmé le vain parler ; voir verset 2. Ici il fait l’éloge de la vraie éloquence et exalte la parole humaine.

D’un homme, qui mérite ce nom. Ses discours sont dignes de toute réflexion ; ils sont puissants ; ils sont bienfaisants.

5 Ce n’est pas bien d’avoir égard à la personne du méchant En faisant fléchir le droit du juste.

Comparez Proverbes 17.26.

Avoir égard à la personne du méchant : lui donner raison, parce qu’il est influent.

En faisant fléchir, et non pas : pour faire fléchir. Le but n’est pas de faire tort au juste, mais on ne peut faire des faveurs au coupable qu’au détriment du juste.

6 Les lèvres de l’insensé amènent les querelles, Et sa bouche appelle les coups.

Amènent les querelles, littéralement : viennent avec… Les unes ne vont pas sans les autres. Comparez pour cette tournure Psaumes 66.13.

Les coups sont la conséquence logique et naturelle des propos qu’il se permet. Comparez Proverbes 17.19.

7 La bouche de l’insensé lui est une [cause de] ruine, Et ses lèvres sont un piège pour son âme.

Pour le premier membre, comparez Proverbes 13.3 ; pour le second, Proverbes 12.13.

Un piège pour son âme, pour sa vie ; un piège qu’il se tend à lui-même.

8 Les propos du rapporteur sont comme des friandises : Ils descendent jusqu’au fond des entrailles.

Après les dangers des paroles de l’insensé (versets 6 et 7), l’attrait de celles du médisant.

Du rapporteur. Voir Proverbes 16.28 ; Proverbes 26.20-22. Les gens écoutent avec avidité les mauvais rapports qui leur sont faits ; ce sont pour eux des friandises (Proverbes 26.22). La seconde partie du verset développe l’idée que les nouvelles les plus fâcheuses pour la réputation d’autrui, trouvent toujours un accès complaisant dans le cœur naturellement malin de l’homme.

D’autres établissent entre le début et la fin du verset une relation d’opposition : Les paroles d’un rapporteur paraissent douces (au palais), mais elles descendent jusqu’au fond des entrailles (et y produisent de l’amertume). Comparez Apocalypse 10.10.

9 Celui-là aussi qui est lâche dans son travail Est frère du dissipateur.

Du dissipateur, littéralement : de celui qui détruit (la fortune déjà faite à la tête de laquelle il se trouve).

Fainéantise et humeur dépensière conduisent au même résultat : la misère.

Pour le second membre, comparez Proverbes 28.24.

10 Le nom de l’Éternel est une forte tour ; Le juste y court et y est en une haute retraite.

Le nom de l’Éternel, la révélation de l’Éternel. Dieu se fait connaître par son action dans la nature et dans l’histoire, et son nom est le résumé de l’impression qu’il produit ainsi sur le cœur de l’homme. Il faut mettre sa confiance en ce qu’on connaît du vrai Dieu.

Une forte tour. Comparez Proverbes 29.25 et Psaumes 61.4.

11 Les biens du riche sont sa ville forte, Et comme un haut rempart… dans son imagination.

Après la forteresse sûre, la forteresse imaginaire. Voir Proverbes 10.15, note

12 Avant la ruine le cœur de l’homme s’élève, Mais devant la gloire marche l’humilité.

Début du verset, comparez Proverbes 16.18 et Psaumes 30.6.

Fin du verset, comparez Proverbes 15.33.

13 Qui répond avant d’avoir écouté, Fait une sottise et en retire de la confusion.

Il faut de la réflexion (Proverbes 1.4).

14 L’esprit de l’homme le soutient dans sa maladie ; Mais si l’esprit est abattu, qui le soutiendra ?

Le soutient dans sa maladie, littéralement : supporte sa langueur.

L’esprit abattu. Voir déjà Proverbes 15.13 et Proverbes 17.22. L’esprit a pour fonction de maintenir dans l’homme l’équilibre moral. Il doit avoir la haute main dans l’être tout entier. S’il manque à sa mission, il n’y a plus d’espoir. Voir cependant Ésaïe 66.2 : Dieu porte ses regards sur celui qui souffre et dont l’esprit est abattu.

15 Le cœur de l’homme intelligent acquiert la connaissance, Et l’oreille des sages cherche la connaissance.

Pour le premier membre, comparez Proverbes 15.14, et pour la pensée exprimée, Proverbes 1.5. Pour comprendre tout le prix de la sagesse, il faut avoir déjà une certaine mesure d’intelligence. C’est précisément cette condition préliminaire qui manque à l’insensé : Proverbes 17.16.

16 Un présent vous fait faire large place Et vous donne accès auprès des grands.

Un présent : non pas fait en secret à un juge pour le gagner, le terme employé ici est différent, mais offert à propos et en bonne conscience. En donnant en temps utile quelques marques de largesse, on s’ouvre accès auprès de personnes avec lesquelles on n’aurait, sans cela, jamais eu de relations. Cette maxime énonce, sans l’apprécier au point de vue moral, un fait d’expérience qui avait frappé l’auteur.

17 Le premier qui plaide paraît avoir raison, Mais vient sa partie adverse, qui le scrutera.

Ne juge jamais, que tu n’aies ouï les deux parties. Qui n’entend qu’une cloche, n’entend qu’un son. Un précepte latin dit de même : Audiatur et altera pars !

18 Le sort met fin aux disputes, Et fait le partage entre les puissants.

Plus haut (Proverbes 16.33) on a vu d’où le sort tire sa valeur. Ici est mise en lumière sa puissance : on voit des grands accepter sans récriminations ses arrêts. Il décide même entre les puissants.

19 Un frère que l’on a offensé est pire qu’une ville forte ; Il est comme les verrous d’un château.

Traduction littérale : Un frère est plus résistant qu’une ville forte, et les différends sont comme les barres d’un château, ce qui signifie : Un frère offensé est plus difficile à gagner qu’une forteresse, et les différends entre frères… Plus les liens de parenté sont étroits, plus les dissensions qui surviennent, sont graves. Vérité d’expérience, énoncée sans aucun commentaire.

20 Du fruit de sa bouche, l’homme sera rassasié ; Du produit de ses lèvres il se rassasiera.

Littéralement : Du fruit de la bouche d’un homme son ventre sera rassasié. Comparez Proverbes 12.14 et Proverbes 13.2, qui disaient : Par le fruit de sa bouche l’homme se rassasie de bien ou jouit du bien. Ici il est question, d’une manière générale, de l’effet, soit heureux, soit fâcheux, de tout ce qu’on peut avoir dit. Comparez pour les conséquences des mauvaises paroles, Matthieu 15.11.

21 La mort et la vie sont au pouvoir de la langue ; Qui l’aime en mangera le fruit.

L’auteur insiste, comme Jacques, sur la puissance de la langue dans toutes les directions. Comparez Proverbes 12.18 ; Proverbes 15.4. Aimer la langue, c’est, comme aimer la vie, en faire un bon usage (Psaumes 34.12-16 ; 1 Pierre 3.10).

22 Qui a trouvé une femme, a trouvé le bonheur Et obtenu la faveur de l’Éternel.

Une femme, sans adjectif qualificatif : une vraie femme. Voir verset 4 : les paroles de la bouche d’un homme .

Comparez Proverbes 19.14 et le triste corollaire Ecclésiaste 7.26.

23 Le pauvre parle en suppliant, Et le riche répond durement.

Encore une vérité d’expérience. Il s’agit de montrer au pauvre qu’il ne doit pas s’étonner si pareille chose lui arrive, et au riche qu’il court le risque de devenir un être inhumain s’il se confie en sa richesse. Comparez Proverbes 10.15. On a vu aussi dans le premier membre de notre verset l’exhortation au pauvre à ne pas se laisser par trop abattre par son humble condition. Ceci encore nous ferait songer à Jacques 2.5-6.

24 Qui a beaucoup de compagnons, les a pour son malheur ; Mais il y a tel ami qui est plus attaché qu’un frère.

Les a pour son malheur : peut les avoir pour son malheur et n’en pas posséder un véritable. Il ne faut pas être l’ami de chacun ; il convient de se montrer difficile en fait d’amitié.

Plus attaché qu’un frère. Comparez Proverbes 17.17.