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Nombres 5
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Nombres 5

Chapitre 5 à chapitre 8, verset 4 : Ordonnances et adjonctions diverses

Dans cette nouvelle section, nous trouvons toute une série de renseignements législatifs et historiques :

  1. loi sur la pureté du camp, Nombres 5.1-4
  2. restitution des objets mal acquis, Nombres 5.5-10
  3. loi sur la jalousie, Nombres 5.11-31
  4. le vœu du naziréat, Nombres 6.1-21
  5. formule de bénédiction, Nombres 6.22-27
  6. offrandes des chefs de tribus pour le Tabernacle, Nombres 7.1-88
  7. comment l’Éternel parlait à Moïse, Nombres 7.89
  8. arrangement des lampes, Nombres 8.1-4

Ces ordonnances et ces détails historiques semblent au premier coup d’œil n’avoir aucun lien entre eux et avoir été placés ici d’une manière purement accidentelle. Il paraît qu’avant de raconter le départ du Sinaï l’auteur a voulu recueillir encore et conserver une série de traits qui appartenaient à cette première partie du séjour dans le désert et qu’il n’avait pas eu l’occasion de rapporter plus tôt.

Quelques-uns de ces traits, les trois premiers en particulier (contagion physique, Nombres 5.1-4 ; restitution, Nombres 5.1-10 ; loi sur la jalousie, Nombres 5.11-31), pouvaient aisément se rapporter à la vie d’un camp, à l’état d’un peuple réuni et pressé sous de simples tentes. La loi sur le vœu de naziréat, Nombres 6.1-21, était amenée naturellement, à l’occasion de l’établissement du sacerdoce aaronitique et lévitique, par le désir de maintenir vivant dans le peuple le sentiment de la consécration dont il était marqué tout entier ; il en est de même de la bénédiction sacerdotale rappelée ensuite, Nombres 6.22-27. L’énumération des dons offerts par les princes des tribus (Nombres 7.1-88) appartenait proprement au récit de la consécration du Tabernacle. Omise alors, pour ne pas faire une trop grande interruption dans le récit de cette cérémonie, elle est placée ici, probablement en raison de la mention des chariots et des bœufs donnés pour le transport du Tabernacle (Nombres 7.1-3). Il nous paraît vraisemblable que les deux derniers morceaux, sur le mode de communication entre l’Éternel et Moïse, Nombres 7.89, et sur l’ordonnance relative aux sept lampes donnée à Aaron, Nombres 8.1-4, faisaient partie du récit de l’inauguration du Tabernacle, d’où était tiré le rapport sur les dons des princes, et ont été conservés avec ce rapport auquel ils étaient joints.

1 Et l’Éternel parla à Moïse en disant :
1 à 4 Les personnes souillées renvoyées du camp

Trois cas de souillure physique qui entraînent l’expulsion du camp et dont les deux premiers ont déjà été traités aux chapitres 13 et 15 du Lévitique ; le troisième sera traité de nouveau Nombres 19.11 ; il ne l’avait été jusqu’ici (Lévitique 21.1 et suivants) que quant aux sacrificateurs. Les prescriptions plus sévères sur la pureté du camp, Deutéronome 23.11-12, se rapportent aux cas de guerre.

Hors du camp : pas nécessairement hors du camp tout entier, mais dans les intervalles qui séparaient les campements particuliers des tribus. De là sans doute le pluriel leurs camps du verset 3.

5 à 10 Restitution des objets mal acquis

Sur le devoir de la restitution en général, voir Lévitique 5.14-26. Cette loi est appliquée ici à un cas spécial, celui où la personne lésée est morte sans laisser de parent qui ait droit à l’objet restitué.

2 Ordonne aux fils d’Israël de renvoyer du camp quiconque a la lèpre ou un écoulement, ou qui est souillé par le contact d’un cadavre. 3 Hommes ou femmes, vous les renverrez ; vous les renverrez hors du camp, et ils ne souilleront pas leurs camps au milieu desquels je demeure. 4 Les fils d’Israël firent ainsi, et ils les renvoyèrent hors du camp ; comme l’Éternel l’avait dit à Moïse, ainsi firent les fils d’Israël. 5 Et l’Éternel parla à Moïse en disant : 6 Dis aux fils d’Israël : Si quelqu’un, homme ou femme, a fait quelque tort à un homme, en commettant une infidélité à l’égard de l’Éternel, et que cette personne se soit rendue coupable,

À fait quelque tort…, littéralement : quelqu’un de tous les péchés que l’on commet contre un homme de manière à être infidèle à l’égard de l’Éternel.

7 elle confessera le péché qu’elle a commis, et elle restituera en son entier l’objet du délit en ajoutant un cinquième en sus : elle le remettra à celui envers qui elle s’est rendue coupable. 8 Si celui-ci n’a pas d’héritier à qui l’objet du délit puisse être rendu, cet objet revient à l’Éternel, au sacrificateur, outre le bélier propitiatoire, avec lequel on fera propitiation pour le coupable.

Pas d’héritier, proprement : personne qui ait le droit, de rachat, c’est-à-dire point de parent agissant ou répondant pour lui. Ce détail suppose la mort de la personne lésée, puisque, si elle vivait, c’est à elle que se ferait naturellement la restitution. Dans ce cas même, le délinquant n’est point affranchi de l’obligation de restituer ; mais il devra le faire à l’Éternel, sans préjudice du sacrifice prévu Lévitique 5.15.

9 Tout ce qui sera prélevé sur toutes les choses saintes que les fils d’Israël présenteront au sacrificateur, appartiendra à celui-ci.
9 à 10

Si l’objet rendu est attribué au sacrificateur, c’est en vertu du principe général, répété ici avec insistance, que toute offrande faite à l’Éternel revient de droit au sacrificateur.

10 C’est à lui qu’appartiendront les choses saintes ; ce qu’on donne au sacrificateur sera à lui. 11 Et l’Éternel parla à Moïse en disant :
11 à 31 Loi sur la jalousie

La troisième loi indique la procédure à suivre à l’égard d’une femme soupçonnée d’adultère. Ce crime, quand il était dûment constaté, entraînait la mort des deux coupables (Lévitique 20.10) ; ici la constatation est impossible, parce que les témoins font défaut et qu’il n’y a pas eu flagrant délit. S’il n’est pas parlé du cas inverse, où la femme soupçonnerait la fidélité de son mari, cela tient soit aux habitudes de polygamie, soit à la position sociale inférieure de la femme.

Deutéronome 22.13 et suivants montre cependant que la loi protège la femme contre le caprice de son mari.

Si une femme… Ce n’est encore qu’une supposition dont l’enquête démontrera la valeur. Il est probable toutefois que le mari ne provoquait pas cette enquête sans que la femme eût tout au moins agi avec imprudence.

12 Par1e aux fils d’Israël et dis-leur : Si une femme se détourne et devient infidèle à son mari ; 13 si un homme a eu commerce avec elle à l’insu de son mari, ou si elle a été cachée en se souillant ; s’il n’y a pas de témoin contre elle et qu’elle n’ait pas été surprise ; 14 et si l’esprit de jalousie s’empare de son mari et qu’il soit jaloux de sa femme qui s’est souillée ; ou si l’esprit de jalousie s’empare de lui et qu’il soit jaloux de sa femme sans qu’elle se soit souillée ;

Il importe d’obvier même au soupçon (Proverbes 6.34).

15 cet homme amènera sa femme devant le sacrificateur et apportera une offrande à cause d’elle, un dixième d’épha de farine d’orge ; il n’y versera point d’huile et n’y mettra point d’encens, car c’est une oblation de jalousie, une oblation de ressouvenir qui rappelle l’iniquité.

Une offrande à cause d’elle. Littéralement : son offrande, l’offrande offerte par le mari à son sujet ; au verset 18, le sacrificateur la place sur la main de la femme.

Un dixième… C’est ici une application du principe que l’on ne doit pas se présenter devant l’Éternel les mains vides (Exode 23.15 ; Exode 34.20) ; et comme il ne s’agit ni d’une offrande pour le péché, puisque la faute n’est pas constatée, ni d’une action de grâces, ni d’une prière pour obtenir une faveur, l’offrande est d’une nature inférieure et quant à la qualité et quant à la quantité.

L’absence de l’huile et de l’encens (Lévitique 11.4) s’explique par le motif douloureux de cette cérémonie. Comparez Lévitique 5.11.

Oblation de ressouvenir. Au lieu d’être une offrande de bonne odeur, cette oblation déplaira à Dieu si elle vient à être offerte au sujet d’une femme impure et, en mettant son péché dans son plein jour, attirera sur la personne coupable la malédiction divine.

16 Et le sacrificateur la fera approcher et se tenir debout devant l’Éternel ;

Devant l’Éternel. Plus tard, d’après les rabbins, la femme était conduite pour cette cérémonie à la porte de Nicanor, qui, dans le temple d’Hérode, faisait communiquer le parvis des femmes avec celui des hommes.

17 et le sacrificateur prendra de l’eau sainte dans un vase de terre et le sacrificateur prendra de la poussière qui se trouve sur le sol de la Demeure et la mettra dans l’eau ;

Eau sainte. La version des LXX entend de l’eau de source ; il s’agit plutôt de l’eau apportée dans le sanctuaire pour les usages sacrés, peut-être de l’eau de la cuve d’airain.

Vase de terre : vase de la nature la plus commune, à cause du caractère humiliant de cet acte pour celle qu’il concernait.

De la poussière. Cette poussière n’est pas destinée à rendre l’eau malsaine ; mais par le fait qu’elle était prise du sol du sanctuaire, elle devait, avec l’eau sainte, devenir funeste à celui qui la boirait en état de culpabilité. Cet acte lui-même (avaler de la poussière) a aussi quelque chose d’humiliant.

18 et le sacrificateur fera tenir la femme debout devant l’Éternel, et il découvrira la tête de la femme et lui posera sui, les mains l’oblation de ressouvenir, qui est l’oblation de jalousie ; dans la main du sacrificateur seront les eaux amères de malédiction.

Il découvrira la tête… : en dénouant ses cheveux, et non pas en les rasant. Il y avait chez les Juifs du déshonneur pour une femme à dénouer les bandelettes qui retenaient ses cheveux et à se montrer la chevelure éparse.

Sur les mains : voir verset 15, note.

Les eaux amères de malédiction, littéralement : l’eau des amertumes…. Cette eau est appelée ainsi à cause de l’effet qu’elle produira dans le sein de la femme coupable (verset 27).

19 Et le sacrificateur adjurera la femme et lui dira : Si aucun homme n’a couché avec toi et que tu ne te sois point détournée pour te souiller, étant sous la puissance de ton mari, n’éprouve aucun mal de ces eaux amères de malédiction. 20 Mais si, étant sous la puissance de ton mari, tu t’es détournée et que tu te sois souillée, et si un autre que ton mari a eu commerce avec toi… 21 le sacrificateur adjurera la femme par le serment d’imprécation, et le sacrificateur dira à la femme : Que l’Éternel fasse de toi une malédiction et une exécration au milieu de ton peuple, en faisant maigrir tes flancs et gonfler ton ventre,

Une malédiction. Pour maudire quelqu’un, on le menacera de partager le sort de cette femme. Nous avons dans Genèse 48.20 l’exemple correspondant pour la bénédiction.

22 et que ces eaux de malédiction entrent dans tes entrailles pour faire gonfler ton ventre et maigrir tes flancs ! Et la femme dira : Amen, amen !

Gonfler ton ventre… Le châtiment est en rapport direct avec la faute commise. Il ne s’agit pas d’une maladie qui se développe lentement, d’un état d’hydropisie ; l’effet des eaux doit être assez rapide pour que l’action divine soit manifeste.

Amen ! Adverbe signifiant certainement, du verbe aman : appuyer, soutenir. C’est la première fois que cette locution se rencontre dans l’Ancien Testament d’où elle a passé dans la langue liturgique de tous les peuples. La répétition du mot en accentue l’énergie. En parlant ainsi tout en portant dans ses mains l’oblation destinée à provoquer l’intervention de Dieu, la femme déclare qu’elle connaît la gravité de la situation et qu’elle accepte les conséquences du jugement divin. D’après les rabbins, si elle refusait de prononcer cette formule d’exécration, elle se reconnaissait coupable ; elle n’était cependant pas mise à mort, mais privée des avantages de son contrat et répudiée.

23 Et le sacrificateur mettra par écrit ces imprécations et il les effacera dans les eaux amères ;

Mettra par écrit. Voir Exode 17.14, note. La formule écrite, probablement sur un morceau de peau et avec une matière colorée, était lavée dans l’eau sainte, et, par cet acte symbolique, sa vertu était censée passer dans le breuvage et l’imprégner de malédiction.

24 et il fera boire à la femme les eaux amères de malédiction, et les eaux de malédiction entreront en elle pour lui être amères ;

Il fera boire. Ces mots indiquent par anticipation (voir verset 26) le but en vue duquel ont lieu les préparatifs précédents.

25 et le sacrificateur prendra des mains de la femme l’oblation de jalousie, il balancera l’oblation devant l’Éternel et il l’approchera de l’autel ;

Il balancera. Voir Lévitique 7.30, note.

26 et le sacrificateur prendra une poignée de cette oblation en mémorial et il la fera fumer sur l’autel et après cela il fera boire les eaux à la femme.

Poignée. Voir Lévitique 2.2

C’est sous cette forme que s’accomplira dans ce cas sur elle la sentence de mort prononcée sur les adultères.

Et demeurera féconde. Cette cérémonie ne lui nuira point ; il ne lui arrivera par ces eaux aucun des inconvénients signalés au verset 22.

Cette loi sur la jalousie est unique en son genre dans tout l’Ancien Testament, en ce qu’elle est la seule qui admette la procédure connue sous le nom d’ordalie ou jugement de Dieu ; tout au plus pourrait-on citer, comme analogie plus ou moins éloignée, le cas de la verge d’Aaron qui fleurit dans le Tabernacle (Nombres 17). Le recours au jugement de Dieu était pratiqué chez plusieurs peuples de l’antiquité ; cette institution se développa surtout pendant le moyen-âge, et le duel en est encore aujourd’hui un reste défiguré.

Toutefois la loi sur la jalousie diffère par deux traits essentiels du jugement de Dieu usité au moyen-âge. Celui-ci devait uniquement mettre en lumière l’innocence ou la culpabilité de l’accusé, après quoi c’était au juge humain de prononcer une peine, si le crime était constaté ; puis l’épreuve était, de sa nature, dangereuse, et l’intervention de Dieu consistait à préserver l’innocent de ses conséquences funestes. Dans notre loi, c’est Dieu qui frappe de la peine en même temps qu’il prononce la sentence de culpabilité, et les eaux amères, inoffensives en elles-mêmes, ne deviennent malsaines que pour la coupable.

Cette loi tout entière porte le cachet d’une haute antiquité. Un détail doit faire admettre qu’elle a été, écrite avant la construction du temple : le temple était dallé, et c’est dans le Tabernacle seulement que l’on pouvait ramasser de la poussière du sol. Après l’exil, les Juifs cherchèrent à restreindre beaucoup le nombre des cas où cette loi était appliquée et ils finirent par l’abolir complètement, peu avant la ruine de Jérusalem.

27 Et quand il les fera boire, il arrivera, si elle s’est souillée et a été infidèle à son mari, que les eaux de malédiction entreront en elle pour lui être amères ; son ventre gonflera, ses flancs maigriront et [le nom de] cette femme sera une malédiction au milieu de son peuple. 28 Mais, si la femme ne s’est point souillée et qu’elle soit pure, elle n’éprouvera aucun mal et demeurera féconde. 29 Telle est la loi sur la jalousie, quand une femme, étant sous la puissance de son mari, se détourne et se souille, 30 ou quand l’esprit de jalousie s’empare d’un mari et qu’il devient jaloux de sa femme : il fera tenir sa femme debout devant l’Éternel et le sacrificateur lui appliquera toute cette loi. 31 Et le mari sera net de faute, mais cette femme portera son iniquité.