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Matthieu 3
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Matthieu 3

Apparition de Jean-Baptiste

Jean-Baptiste paraît dans le désert, exhortant le peuple à se repentir, vu la proximité du royaume de Dieu (1-2). Il accomplit la prophétie d’Ésaïe (3). L’évangéliste décrit son vêtement et sa nourriture (4), l’impression produite sur les habitants du pays (5), le baptême que Jean leur administrait après qu’ils avaient confessé leurs péchés (6).

Discours de Jean

  1. Discours de Jean aux pharisiens et aux sadducéens : il démêle leur peu de sincérité (7) ; les avertit de ne pas se confier en leur qualité de descendants d’Abraham (8-9) et leur dénonce le jugement imminent (10) ;
  2. Discours de Jean sur ses rapports avec le Messie : le baptême d’eau qu’il administre n’est destiné qu’à préparer la venue d’un plus puissant, auprès duquel, lui, Jean ne se sent pas digne de remplir l’office d’un esclave et qui baptisera d’Esprit et de feu (11). Celui-là consommera le jugement, en opérant un triage définitif (12).
1 Or en ces jours-là, paraît Jean-Baptiste, prêchant dans le désert de Judée,

Chapitre 3 le Précurseur, baptême de Jean

1 à 12 Jean-Baptiste, ses discours

Comparez Marc 1.1-8 ; Luc 3.1-18 Comme dans l’Ancien Testament Exode 2.11 cette expression n’a souvent aucune précision chronologique (voir sur l’époque où parut Jean-Baptiste Luc 3.1 et suivants, note). Ici elle peut signifier : Pendant que Jésus était encore à Nazareth (Matthieu 2.23). L’évangéliste passe sous silence les trente années écoulées depuis les premiers événements de la vie du Sauveur jusqu’au moment où il allait entrer dans son ministère public. L’étonnante sobriété de l’Écriture, qui ne nous communique que ce qui est essentiel à notre salut, renferme pour nous une sérieuse leçon.

Jean le Baptiste, ou, comme d’autres traduisent, le Baptiseur. Ce titre, emprunté à l’une des fonctions de son ministère, ne doit point être envisagé comme exprimant sa vocation entière. Pour saisir cette dernière dans son ensemble et dans sa signification profonde, il faut considérer Jean-Baptiste :

  1. Dans sa position entre l’ancienne alliance et la nouvelle, dont il est le lien vivant, entre la loi qu’il prêche avec puissance et l’Évangile qu’il annonce (verset 2).
  2. Dans son action, qui était de préparer son peuple à la venue du Sauveur par la repentance dans laquelle se concentrent et sa prédication et le baptême qu’il administre à ceux qui sentent et confessent leurs péchés (verset 3 et 6).
  3. Dans sa relation avec Jésus-Christ, qui est celle de la plus profonde humilité d’un serviteur en présence de son Maître, dont il connaît l’origine divine et la divine mission (verset 11 ; voir surtout son témoignage dans : Jean 1.15-36 ; Jean 3.21-31) Le ministère de Jean-Baptiste est accompli quand il a montré Jésus-Christ à son peuple comme « l’Agneau de Dieu » ; mais si, dans un sens, ce ministère est passager, dans un autre il est permanent, sous le triple rapport qu’on vient de signaler. Comme il fut le point de départ de la vie religieuse à son époque dans les apôtres et les premiers disciples, il reste le point de départ de la vie chrétienne qui ne prend naissance que par la repentance et par la foi en Jésus, « l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde ».

On appelait ainsi une contrée peu habitée, couverte de pâturages, qui embrassait la partie inférieure de la vallée du Jourdain et la région située à l’ouest de la mer Morte. Juges 1.16 comparez Luc 3.3

La prédication de la repentance ne pouvait retentir dans le sanctuaire officiel, dans la cité des pharisiens et des sadducéens. Les âmes avides de salut doivent sortir au désert pour avoir part à la grande rénovation religieuse qui se prépare.

2 et disant : Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché.

Le terme grec (verbe et substantif), qui n’a point d’équivalent dans notre langue et qu’on traduit par se repentir, se convertir, s’amender, est un mot composé qui désigne le changement ou la transformation morale de l’homme intérieur. La repentance, qui en est le principe, la conversion, qui est un retour à Dieu, n’en épuisent pas l’idée. À la repentance, souffrance morale qui détache l’homme du péché, doit s’ajouter l’action puissante de l’Esprit de Dieu qui crée la vie nouvelle et accomplit la transformation morale (verset 11, note. Voir surtout Jean 3.3-5 notes).

Le sentiment douloureux du péché par le réveil de la conscience est la seule vraie préparation à recevoir le Sauveur et par lui la grâce. Or ce sentiment est une obligation morale, puisqu’ici et partout dans l’écriture, il est ordonné.

Le royaume des cieux, que Matthieu seul désigne ainsi, tandis que les autres écrivains sacrés l’appellent « royaume de Dieu, royaume de Christ », ou simplement « le royaume », désigne la domination souveraine de Dieu sur ses créatures intelligentes, domination en tout conforme à ses perfections : sa sainteté et sa justice, sa miséricorde et son amour. Le mot de royaume, image empruntée aux royaumes de la terre, se trouve déjà dans l’Ancien Testament, où la forme extérieure du règne de Dieu était la théocratie. Exode 19.6 ; Daniel 4.3

Mais ce n’était là encore que l’image, la préparation du vrai règne dont Jésus-Christ est le Roi et que Dieu établit sur les âmes par son Esprit. Ce règne est d’abord intérieur, spirituel Luc 17.21 ; Jean 18.36 mais il s’étend aussi dans le monde, par ses manifestations diverses et il doit grandir intensivement et extensivement, jusqu’à ce que Christ revienne l’établir dans sa perfection et dans sa gloire Apocalypse 19.6 et que Dieu soit tout en tous. 1 Corinthiens 15.28 Ce sont précisément ces divers caractères du règne de Dieu que Matthieu indique par son expression royaume des cieux ; tous les éléments de ce règne viennent du ciel et y conduisent. Par là, l’évangéliste distingue nettement le nouveau règne qui s’approchait, de la théocratie israélite. Quant à ce pluriel : les cieux, dans lequel on a voulu retrouver l’idée rabbinique de cieux divers, comparez 2 Corinthiens 12.2-4 il faut y voir plutôt, comme dans la prière du Seigneur Matthieu 6.9, l’idée d’une domination de Dieu, s’étendant aux diverses sphères du monde (voir Jules Bovon, Théologie du Nouveau Testament, I, p. 377 et suivants).

S’est approché, en Jésus-Christ qui allait paraître. Et Jean-Baptiste voit dans ce grand événement un motif de repentance : « Convertissez-vous, car… » Par où nous voyons qu’il savait par l’Esprit prophétique ce que Jésus enseignera bientôt, que si un homme n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Jean 3.3

Cependant il ne dit pas : « Convertissez-vous pour que ce règne s’approche, mais parce qu’il s’est approché ». Tout, même dans la transformation morale de l’homme, a son principe dans la miséricorde éternelle de Dieu et dans sa grâce, qui toujours nous prévient.

3 Car c’est ici celui dont a parlé Ésaïe le prophète, en disant : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers.

Ésaïe 40.3, cité d’après les Septante (conforme à l’hébreu) en substituant ses sentiers à ces mots de l’Ancien Testament : « les sentiers de notre Dieu ». C’est encore une prophétie indirecte et typique. Dans son sens premier et historique, la parole d’Ésaïe est un appel à Israël, l’exhortant à préparer les voies de Jéhova qui ramène son peuple de la captivité. L’application qu’en font tous les évangélistes Marc 1.3 ; Luc 3.4 et Jean-Baptiste lui-même Jean 1.23 à l’apparition de Jésus-Christ et au ministère de son précurseur, prouve :

  1. qu’ils voient Jéhova lui-même dans celui qu’ils appellent le Seigneur (dans la version Grecque des Septante, dont ils se servent, Le nom de Jéhova est toujours rendu par Seigneur) ;
  2. qu’ils considèrent son apparition comme la vraie délivrance de son peuple : il vient le tirer de la servitude pour le mettre en liberté.

Du reste, le ministère du précurseur avait été aussi l’objet d’une prophétie directe Malachie 3.1 ; Malachie 4.5 comparez Luc 1.17 ; Matthieu 11.10 qui était reçue et diversement interprétée parmi le peuple, à l’origine des temps évangéliques. Matthieu 16.14, Jean 1.21

4 Or Jean lui-même avait son vêtement fait de poil de chameau, et une ceinture de cuir autour de ses reins, et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage.

Il s’agit d’une étoffe grossière fabriquée avec des poils de chameau au lieu de laine. C’était le vêtement des pauvres, qui convenait au successeur d’Élie 2 Rois 1.8, au prédicateur de la repentance.

Même son vêtement et sa nourriture prêchaient.
— Bengel

Une espèce de grosses sauterelles servant encore de nourriture aux classes pauvres en Orient. Lévitique 11.21

Le miel sauvage abondait dans les montagnes de la Judée où les abeilles le déposaient dans les fentes des rochers. Mais on appelait aussi de ce nom les substances résineuses qui découlaient de certains arbres, comme le palmier, le figuier et autres (comparer 1 Samuel 14.25-26).

5 Alors Jérusalem et toute la Judée et tous les environs du Jourdain sortaient vers lui.

L’évangéliste nomme les lieux pour indiquer le grand nombre de personnes attirées par la prédication du prophète.

L’impression en fut vive et universelle ; ce fut un réveil dans le peuple, mais dont les fruits ne se montreront permanents qu’en ceux qui, pressés par le sentiment de leurs péchés, s’attachèrent à Jésus comme à leur Sauveur.

6 Et ils étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain, en confessant leurs péchés.

Baptiser signifie plonger et cet acte avait lieu dans le fleuve du Jourdain.

Le baptême de Jean n’était emprunté ni aux ablutions en usage parmi les Juifs de l’époque Jean 2.6 ; Jean 3.25, ni au baptême des prosélytes, qui n’apparaît qu’après la destruction du temple c’était une institution nouvelle, prélude du baptême chrétien et dont l’idée première était indiquée par des promesses de Dieu relatives à la nouvelle alliance, telles que Ézéchiel 36.25-27 Il constituait une déclaration symbolique du péché et de la corruption de tout le peuple, aussi bien que de la nécessité de la purification et de la régénération de l’homme tout entier (comparer Romains 6.3-6, note). Ce dernier trait était symbolisé par l’action de plonger dans l’eau ceux qui déclaraient leur repentance en confessant leurs péchés.

La confession des péchés était faite, chez les Israélites, au jour des expiations. Lévitique 16.21 Elle était regardée comme la condition du pardon de Dieu. Psaumes 32.3-5 ; Psaumes 51.4-5

Le baptême de Jean était un baptême pour la repentance, auquel manquait l’élément essentiel du baptême chrétien : le pardon des péchés et la vie nouvelle (verset 11, note).

7 Mais voyant beaucoup des pharisiens et des sadducéens venir à son baptême, il leur dit : Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ?

Les pharisiens et les sadducéens formaient deux écoles philosophiques et religieuses et aussi deux partis politiques dans la nation juive.

Le nom de pharisien signifie les « séparés », non qu’ils constituassent une secte dans la théocratie, mais, pour autant que ce terme indique leur caractère, il se rapporte plutôt à leur orgueilleuse aversion pour les païens, pour les Samaritains, pour les péagers et les pécheurs. Ils se distinguaient par leur zèle servile pour les plus minutieuses prescriptions de la loi, auxquelles ils ajoutaient celles de la tradition. Ils étaient aussi l’expression vivante de l’orthodoxie judaïque, ce qui, joint à leur pouvoir dans le sanhédrin, où ils étaient en majorité, leur donnait une grande influence sur le peuple. Quant aux doctrines de ce parti et à son importance politique et religieuse, on peut apprendre à les connaître par l’historien Josèphe qui y revient souvent et longuement (par exemple, Antiquités Juives, XIII, 5.9, etc.). Le rôle que jouent les pharisiens dans la vie du Sauveur, surtout dans l’histoire de ses souffrances et de sa mort, les caractérise mieux encore.

Les sadducéens, dont le nom dérive, selon les uns, du mot tsadik, juste selon les autres, d’un chef d’école nommé Tsadoc, formaient le parti opposé aux pharisiens. Rejetant toute tradition et même les développements de la révélation divine depuis la loi, les sadducéens niaient en même temps les réalités du monde invisible, l’existence des anges, l’immortalité de l’âme. À cause de cela et en raison de leur petit nombre, ils exerçaient peu d’influence sur le peuple, mais d’autant plus sur les classes élevées et riches, où, pour plusieurs, certaines négations ont toujours un air de supériorité et de bon ton.

Il y avait encore parmi les Juifs, au temps du Sauveur, un troisième parti religieux, les esséniens, dont le Nouveau Testament ne parle pas, parce qu’ils vivaient très retirés, le principal caractère de leur piété étant un rigoureux ascétisme. Ils représentaient le mysticisme monacal comme les pharisiens la propre justice orthodoxe comme les sadducéens le rationalisme de toutes les nuances. La vraie vie religieuse était alors retirée dans quelques âmes qui « attendaient la consolation d’Israël » (Luc 2.25).

Voir sur ces divers partis chez les Juifs, Edmond Stapfer, La Palestine au temps de Jésus-Christ, 2e édition, page 259 et suivantes, 436 et suivantes.

On se demande comment et pourquoi plusieurs membres de ces deux partis venaient au baptême de Jean, et, s’ils y venaient, pourquoi Jean leur adresse des paroles si sévères. On a même vu une contradiction à cet égard entre Matthieu et Luc, qui, dans son récit du ministère du Baptiste (chapitre 3), ne parle pas d’eux et qui, ailleurs (Luc 7.30), dit positivement qu’ils ne l’avaient pas reçu. La réponse à ces questions ne parait pas difficile. Que des hommes avides de popularité vinssent au prophète autour duquel se pressait la foule les uns pour ne pas paraître indifférents ou impies, les autres par simple curiosité, rien de plus naturel. Mais le prophète pénétrait leurs indignes mobiles de là les paroles sévères qu’il leur adresse. En les accueillant de la sorte, il les blessa dans leur orgueil ; ils se retirèrent, sinon tous, du moins pour la plupart, sans s’être soumis au baptême. Cela n’est pas dit expressément, mais cela résulte du discours du prophète. Il y a plus : Luc, sans parler des pharisiens et des sadducéens, rapporte les terribles paroles de Jean, qui ne pouvaient s’adresser qu’à eux et non aux pécheurs repentants ; il suppose donc leur présence. Enfin cette position équivoque, prise par les hommes de ces deux partis à l’égard de Jean-Baptiste, s’accorde tout à fait avec l’embarras dans lequel une question du Sauveur les mettra plus tard. Matthieu 21.25-27

Hommes rusés, méchants, malfaisants. Image fréquente dans les Écritures Ésaïe 14.29 ; Ésaïe 59.5 ; Psaumes 58.5 ; Romains 3.13 et qui, dans la symbolique orientale indique les principes et l’esprit du prince des ténèbres. Comparer Genèse 3.1

Jean se défie de leur zèle apparent. Il démêle la ruse qui leur fait rechercher dans l’accomplissement d’une cérémonie extérieure une garantie contre le jugement à venir.

Dans cet essai d’éluder le devoir de la repentance au moyen du signe de la repentance Jean reconnaît la suggestion d’un conseiller plus habile que le cœur de l’homme ; de là la question suivante : Qui vous a montré ?
— Godet
8 Produisez donc du fruit digne de la repentance.

Le texte reçu dit : des fruits, le vrai texte : un fruit. C’est qu’il ne s’agit pas d’actions, d’œuvres isolées, mais de tout l’être, de toute la vie.

Un fruit digne de la repentance, de la régénération, c’est le fruit qu’elle produit nécessairement (Matthieu 7.17 et suivants).

9 Et ne présumez pas de dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ; car je vous dis que, de ces pierres-là, Dieu peut susciter des enfants à Abraham.

Ces hommes auxquels Jean s’adresse ici, même dans leur impénitence, s’arrogeaient le titre de fils d’Abraham et s’imaginaient que les privilèges religieux de leur peuple suffisaient pour leur assurer le salut. Jean 8.33-39 C’est ainsi qu’aujourd’hui plusieurs pensent que leur Église les sauvera.

Dieu est libre dans la dispensation de sa grâce ; il peut vous rejeter de son royaume et de ces pierres-là (que Jean montrait au bord du Jourdain), c’est-à-dire des hommes les plus endurcis, les plus méprisés, il peut susciter, par sa puissance créatrice, de vrais enfants d’Abraham, qui auront sa foi et son obéissance à Dieu (comparez les enseignements de Paul sur les vrais descendants d’Abraham, Romains 4.1 ; Romains 9.6 et suivants, Galates 4). Il est douteux que Jean-Baptiste fasse déjà allusion à la vocation des païens. Ce sens n’est pas nécessaire à sa pensée.

10 Et déjà la hache est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit point de bon fruit est coupé et jeté au feu.

Les jugements de Dieu vont être exécutés contre les impénitents.

Tous ces verbes au présent : gît déjà, est coupé, est jeté, expriment l’imminence et la certitude de ces jugements.

11 Pour moi, je vous baptise d’eau, en vue de la repentance ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de lui porter ses souliers ; c’est lui qui vous baptisera d’Esprit-Saint et de feu.

Grec : dans l’eau et de même à la fin de ce verset, dans l’Esprit-Saint et le feu. Baptiser signifie plonger, selon l’usage antique du baptême par immersion (comparer verset 6).

Le Messie qui allait paraître et que Jean-Baptiste désigne souvent par ce mot : celui qui vient. Matthieu 11.3 ; Jean 1.15-27 ; Malachie 3.1

porter ses souliers C’est-à-dire de remplir auprès de lui les plus humbles devoirs d’un esclave. Comparer verset 6, note. Jean-Baptiste marque ici nettement le rapport de son activité avec celle du Seigneur : il ne peut, aucun homme ne peut que baptiser d’eau, administrer le signe ; quant à la grâce signifiée, l’Esprit-Saint et son œuvre, le Seigneur seul l’a en sa puissance. Fondé sur cette idée très vraie et très importante, Calvin n’admet aucune distinction entre le baptême de Jean et le baptême chrétien : c’est une erreur (comparer verset 6, note ; Actes 19.1-6, note). Mais, malgré de notables différences entre la position de Jean-Baptiste et l’économie chrétienne, ce rapport reste essentiellement le même entre tous les serviteurs et le Maître.

L’eau est l’image de la purification et Jean l’administre pour ou en vue de la repentance et de la régénération. Mais la réalité de cette régénération ne s’obtient jamais que là où, à cet élément négatif (douleur, humiliation, haine du péché), vient s’ajouter l’élément positif et puissant d’une vie nouvelle, le Saint-Esprit de Dieu (voir Jean 3.3-5 ; note).

L’Esprit et le feu, ne sont pas deux choses différentes, pas plus que l’eau et l’Esprit Jean 3.5, mais l’un est l’image de l’autre. Le feu est le symbole de l’Esprit en tant qu’il pénètre avec une irrésistible puissance et purifie les métaux les plus durs. L’or ressort du creuset avec toute la pureté qui le rend si précieux. Telle est l’action de l’Esprit-Saint sur le cœur et sur la vie de l’homme et c’est aussi sous ce symbole qu’il descendit au jour de la Pentecôte (Actes 2).

L’image est empruntée à Malachie 3.2-3, à cette même prophétie sur le précurseur dont s’inspire tout le discours de ce dernier. Mais le feu, dont l’action est toujours une souffrance peut devenir le feu du jugement divin en ceux qu’il ne purifié pas du péché et de la souillure (v 12, comparez Joël 2.28-30). Donc le baptême d’eau seul n’est point encore le garant du salut.

12 Il a son van en sa main, et nettoiera parfaitement son aire, et amassera son froment dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.

L’aire en Orient, est préparée et aplanie sur le champ même où l’on moissonne. On y foule le blé au moyen de bœufs ou d’instruments propres à cet usage, puis on le vanne, la paille ou la balle est rejetée sur le champ et brûlée, tandis que le grain est recueilli dans les greniers. Dans l’application de l’image à l’œuvre accomplie par le Messie au sein de ce monde, cette séparation commence d’une manière intérieure et invisible, dès ici-bas, elle sera consommée plus tard et manifestée au dehors par l’exclusion des impies du royaume des cieux, représenté par le grenier (B, plusieurs majuscules, les versions syriaques et arménien ont : dans son grenier). La terrible image dont Jean-Baptiste revêt cette vérité a été fréquemment employée dès lors par le Sauveur lui-même. Marc 9.43-48, comparez Jean 15.6 ; Ésaïe 66.24

On a fait observer et quelquefois avec une intention hostile à la vérité de l’histoire évangélique, que les discours de Jean-Baptiste dans les synoptiques ont tous un caractère sévère de jugement, tandis que, dans saint Jean, ils inclinent vers la douceur de l’Évangile. La différence est réelle et elle s’explique par le caractère et le but de ces divers récits, dont chacun fait ressortir, dans la vie de Jean-Baptiste comme dans celle du Sauveur, le côté qui répond à ce caractère et à ce but. Quelle prise aurait la critique s’il en était autrement ! Ensuite il faut observer que lorsque le précurseur rendit son témoignage tel qu’il est rapporté dans saint Jean Jean 1.15-36 ; Jean 3.23 et suivants, Jésus était entré dans son ministère, avait été baptisé et avait reçu le témoignage de Dieu en présence de Jean, qui, dès lors, pouvait parler plus clairement de la mission du Sauveur.

Il faut remarquer enfin que toute l’Écriture présente la miséricorde et le jugement sur deux lignes parallèles, comme répondant à des exigences diverses de la conscience humaine. Ce double caractère se retrouve dans le ministère de Jean-Baptiste.

13 Alors Jésus vient de la Galilée, au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui.

Jean le baptise

Jésus vient de Galilée au Jourdain pour être baptisé par Jean, celui-ci s’y oppose, disant : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi ! Jésus lui déclare qu’il lui faut ainsi accomplir toute justice et Jean le baptise (13-15).

Les cieux s’ouvrent

Au moment où Jésus ressortait de l’eau, les cieux s’ouvrirent, il vit l’Esprit descendre sur lui sous la forme d’une colombe et une voix du ciel dit : Celui-ci est mon fils bien-aimé (16-17).

13 à 17 Baptême de Jésus.

Comparer Marc 1.9-11 ; Luc 3.21-22

Les premiers mots de ce verset marquent le moment solennel où Jésus sortit de sa longue retraite à Nazareth pour être manifesté au monde et entrer dans son ministère ; les derniers indiquent le but précis de ce voyage en Judée, au Jourdain : c’était pour y être baptisé par Jean.

Le baptême de Jésus est l’un des traits de sa vie les plus difficiles à comprendre. Pourquoi lui, le Saint et le Juste, qui n’avait besoin ni de repentance, ni de régénération, voulut-il être baptisé ? À cette question les réponses les plus diverses ont été successivement faites. Il faut écarter d’abord celles qui ne sont pas dignes du Sauveur, ou qui ôtent à son baptême sa vérité et sa réalité intimes, pour y substituer des motifs plus ou moins extérieurs.

Jésus ne se soumit au baptême, ni parce qu’il aurait eu besoin, comme nous, de la purification du péché, ni parce que son séjour parmi les hommes l’aurait entaché d’une impureté lévitique, ni parce que ce baptême aurait appartenu à l’observation de la loi cérémonielle, ni parce que cet acte d’obéissance devait avoir lieu pour nous, à notre place, ni parce que Jésus aurait voulu honorer et sanctionner par là le baptême de Jean ou le baptême en général, ni parce qu’il voulait provoquer par cet acte le témoignage que Jean devait rendre à sa dignité messianique ou qu’il espérait recevoir de Dieu lui-même la confirmation solennelle de cette messianité, dont il n’aurait point eu jusqu’alors la certitude.

Non, Jésus reçut le baptême parce que ce baptême lui était indispensable. Homme « semblable à ses frères en toutes choses », bien que « sans péché », Jésus dut, pendant toute sa vie, fournir une carrière de développement religieux et moral Luc 2.52 dont le terme suprême ne fut atteint que lorsqu’il eut été consommé dans son obéissance absolue envers Dieu, dans son amour sans bornes envers les hommes, et cela, par la souffrance et le sacrifice. Hébreux 2.10-11 ; Hébreux 5.8-9 La souffrance et la mort furent son vrai baptême Marc 10.38 et tout baptême a cette signification (Romains 6.3-4, note). Or la carrière qui devait aboutir à ce terme s’ouvrait alors devant le Sauveur ; il fallait qu’il s’y consacrât tout entier ; tel est le sens de son baptême. Surtout enfin, cette carrière, il ne pouvait l’accomplir qu’en triomphant des plus redoutables obstacles, dans les plus violents combats contre le péché, le monde et la puissance des ténèbres ; qu’en acceptant les plus amers renoncements, jusqu’au sacrifice entier de sa volonté et de sa vie. Pour cela, il fallait qu’il fût rempli de l’Esprit-Saint « sans mesure », Jean 3.34 et c’est ici le côté positif et essentiel de son baptême (verset 16), qui coïncide avec le témoignage solennel de Dieu (verset 17) acceptant la consécration de son Fils bien-aimé.

Dès lors Jésus commença à mourir selon la chair pour être vivifié selon l’Esprit. 1 Pierre 3.18 C’est ainsi que va être accomplie sur la terre « toute justice » (verset 15) par l’œuvre qu’entreprend le Rédempteur (comparer sur ce sujet Frédéric Godet, Commentaire sur Luc, qui insiste sur le rôle du baptême dans le développement personnel de Jésus et Jules Bovon, Théologie du Nouveau Testament, I, p. 230 et suivants, qui marque la place de cet acte dans l’œuvre rédemptrice en relevant la solidarité qui unit, dans le baptême, le Sauveur à l’humanité pécheresse).

14 Mais Jean s’y opposait, disant : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi !

Parole d’humilité qui est en pleine harmonie avec la déclaration du verset 11 et avec tout le caractère du précurseur. Jean 3.29-30 Mais cette parole, qui suppose en Jean-Baptiste une connaissance si sûre de Jésus comme Messie, est difficile à concilier avec son témoignage dans Jean 1.31-33 (voir les notes).

15 Mais Jésus répondant, lui dit : Laisse faire pour le présent, car c’est ainsi qu’il nous sied d’accomplir toute justice. Alors il le laisse faire.

D’autres, sans y être autorisés par le texte original, traduisent : tout ce qui est juste et réduisent ce mot à signifier : le devoir actuel (Calvin).

C’est vrai, mais c’est trop peu. Il faut prendre le mot dans toute sa signification et ajouter avec Bengel :

Toutes les parties de la justice et aussi celle-ci, qui est le gage d’autres beaucoup plus grandes.

(verset 13, note).

16 Or, après avoir été baptisé, Jésus remonta aussitôt de l’eau ; et voici, les cieux furent ouverts, et il vit l’Esprit de Dieu, descendant comme une colombe, venant sur lui.

Ces pronoms : il vit, sur lui, se rapportent à Jésus, mais non à l’exclusion de Jean-Baptiste qui fut témoin de l’action. Jean 1.33

C’est à tort que le texte reçu, avec C, D et la plupart des majuscules, lit pour lui (Jésus) après les cieux furent ouverts.

On ne peut faire que des conjectures sur ce qui apparut extérieurement aux yeux des spectateurs et qui a pu être exprimé par ce terme assez vague : les cieux furent ouverts. Mais cette parole a un sens spirituel qui n’échappera à aucun lecteur attentif. Comparer Jean 1.51 ; Actes 7.56

L’Esprit de Dieu qui, au jour de la Pentecôte, descendit sous la forme symbolique de langues de feu, apparaît ici comme une colombe comparez Jean 1.32, image de la douceur, de la pureté, de la simplicité. Matthieu 10.16

Cette expression et celle qu’emploie Luc 3.22 sous une forme corporelle, comme une colombe, ne permettent pas d’entendre cette apparition comme une simple vision intérieure.

17 Et voici une voix des cieux, qui disait : Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui je me complais.

Voici, en grec vois ! Annonce toujours une chose inattendue et importante. Luc 5.12 ; Actes 8.27 ; Apocalypse 4.1 ; Apocalypse 6.2 ; etc.

Grec : Celui-ci est mon fils, le bien-aimé. Ce solennel témoignage de Dieu, qui sera identiquement réitéré dans une autre occasion (Matthieu 17.5), proclame le Sauveur du monde, non seulement comme Messie, d’après Psaumes 2.7 ; Ésaïe 42.1, mais dans son rapport unique et exclusif d’essence avec son Père, comme Luc 1.35 ; Jean 1.18 ; Jean 3.16

La bienveillance ou le bon plaisir de Dieu en son Fils est un terme hébraïque qui exprime cet ineffable amour que Jésus lui-même se plaisait à rappeler Jean 3.35 ; Jean 5.20 ; Jean 10.17 et dont, par lui et en lui, ses rachetés deviennent aussi l’objet. Jean 7.23 ; Éphésiens 1.5 ; 6 ; Colossiens 1.13

Même le temps du verbe (aoriste) : en qui je me suis complu est à remarquer, car il indique ce rapport éternel, toujours le même, dans lequel Dieu se contemple en son Bien-aimé. Jean 17.5

Dans le baptême de Jésus-Christ apparaît pour la première fois la Trinité divine : Le Père et son témoignage, le Fils qui se voue à son œuvre, l’Esprit qui le consacre pour cette œuvre. Et, au terme de sa carrière, le Sauveur fera de cette triple manifestation, mise alors en tout son jour, la formule sacrée pour le baptême de tous ses rachetés. Matthieu 28.19 comparez 2 Corinthiens 13.13, note. Ce n’est pas un thème pour la spéculation, tout est action pour le salut, pour la vie religieuse.

On lit ici : Celui-ci est mon Fils. Dans Marc et Luc, la parole s’adresse directement à Jésus : « Tu es mon fils ». Unité dans le fond liberté dans la forme, selon que le narrateur s’est attaché au sens du témoignage pour Jean-Baptiste et les assistants, ou pour Jésus lui-même.