×

Appuyez sur Entrée pour rechercher ou ESC pour annuler.

Matthieu 24
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Matthieu 24

Occasion du discours

Au moment où Jésus sort du temple et s’en éloigne, les disciples l’invitent à en admirer les édifices. Il leur déclare qu’il n’en sera laissé pierre sur pierre. Arrivés sur le mont des Oliviers, ils l’interrogent en particulier sur l’époque de cette destruction et sur le signe de son avènement et de la fin du monde (1-3).

Les faux Christs. Les guerres et les famines

Jésus répond à cette question en mettant les siens en garde contre les séductions, car plusieurs viendront en se donnant pour le Christ. Il y aura des guerres entre les nations et divers cataclysmes ; ce ne sera pas encore la fin, mais un commencement de douleurs (4-8).

Persécutions et chutes. L’Évangile partout prêché

Considérant spécialement l’attitude de ses disciples au milieu de ces circonstances difficiles, Jésus annonce qu’ils seront persécutés et mis à mort ; plusieurs tomberont, livreront leurs frères, deviendront la proie de séducteurs. La charité du grand nombre se refroidira. Qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. L’Évangile sera prêché sur toute la terre : alors viendra la fin (9-14).

1 Et Jésus, étant sorti du temple, s’éloignait, et ses disciples s’approchèrent pour lui montrer les constructions du temple.

Chapitre 24 discours sur les derniers temps

1 à 14 Signes précurseurs de la fin.

Comparer Marc 13 ; Luc 21.

Jésus étant sorti du temple où il s’était tenu presque constamment dans ces derniers jours (Matthieu 21.23).

Les mots du temple doivent se rapporter au verbe s’éloignait (grec s’en allait).

C’est au moment où il quittait le temple et le vouait ainsi à la ruine, que les disciples, par une ironie involontaire et inconsciente, lui en font admirer les magnifiques constructions. Le Sauveur s’éloigne définitivement de ce lieu sacré où sa parole a si souvent retenti (Matthieu 23.39, note). Il consomme sa rupture avec ce centre religieux de la théocratie juive. Les jugements de Dieu vont commencer. Jésus les annonce dans ce chapitre.

Les disciples montrent avec admiration à leur Maître les constructions du temple, ou plutôt du lieu sacré, qui comprenait, non seulement le temple proprement dit, mais tous les bâtiments qui en étaient les dépendances.

Selon Marc (Marc 13.2, voir les notes), l’un d’eux lui dit : « Vois quelles pierres et quelles constructions » ! Il s’agit des constructions entreprises par Hérode et continuées par ses successeurs.

Ces travaux, commencés vingt ans avant Jésus-Christ, durèrent jusqu’aux approches de la guerre des Romains. Josèphe (Antiquités Juives, XV, 11 et Guerre des Juifs, V, 5, 5) en a décrit la beauté et la grandeur.

Mais qu’est-ce qui pouvait inspirer aux disciples l’idée de faire admirer à leur Maître la magnificence de ces bâtiments ? Serait-ce la parole qu’il venait de prononcer (Matthieu 23.38) et qui avait excité dans leurs cœurs un funeste pressentiment ? Cela est possible, mais n’est pas clairement indiqué. D’après la réponse de Jésus, il semblerait plutôt que les disciples aient été, à ce moment comme précédemment (Matthieu 20.17-22) et dans la suite (Luc 22.24 et suivants Luc 22.38-46), sans intelligence du moment solennel où ils se trouvaient.

2 Mais il leur dit : Ne voyez-vous pas toutes ces choses ? En vérité, je vous dis qu’il ne sera laissé ici pierre sur pierre qui ne soit démolie.

Ces paroles, si simples en elles-mêmes, ont été traduites et expliquées de bien des manières différentes. Ainsi on a pris le verbe regarder dans le sens « d’admirer ». Jésus reprocherait à ses disciples d’arrêter leurs pensées sur des choses qui allaient être détruites. Ainsi encore, en retranchant la négation qui manque dans quelques manuscrits on a traduit : Vous voyez toutes ces choses : bientôt il n’en restera rien.

Cette traduction donne le vrai sens. Jésus, par une question qui appelle une réponse affirmative, invite les disciples à embrasser d’un regard les édifices superbes qui excitent leur admiration, afin de faire ressortir la terrible prédiction qu’il va prononcer.

Dans les premiers jours du mois d’août 70, tandis que les Romains déjà maîtres du reste de la ville battaient en brèche avec leurs machines les formidables murailles du temple, un légionnaire lança un brandon sur la toiture du sanctuaire. Celui-ci prit feu et fut bientôt réduit en cendres. Titus laissa à Jérusalem un certain Térentins Rufus. C’est lui qui, au rapport d’un écrivain juif, « fit passer la charrue sur l’emplacement du temple et les endroits environnants » (Edmond Stapfer, La Palestine au temps de Jésus-Christ, pages 89 et 90).

L’empereur Adrien éleva plus tard (131) au sommet de la colline de Morija un temple à Jupiter. Celui-ci fut détruit par Constantin.

Le lieu demeura couvert de ruines jusqu’à la conquête d’Omar (637). Ses successeurs y élevèrent divers édifices, dont le principal est le Qoubbet es-Sakrah ou Dôme-du-Rocher appelé improprement mosquée d’Omar (Philippe Bridel, La Palestine Illustrée, I).

3 Or, comme il était assis sur la montagne des Oliviers, ses disciples s’approchèrent de lui en particulier, disant : Dis-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de ton avènement et de la consommation du temps.

Jésus et ses disciples sont sortis de la ville (verset 1) ; ils sont descendus dans la vallée du Cédron, puis remontant de l’autre côté sur la montagne des Oliviers ils s’y sont assis ; ils ont sous leurs yeux, sur le mont opposé, Jérusalem et les magnifiques constructions du temple que les disciples venaient d’admirer (Marc 13.3). On comprend tout ce que cette situation donne d’actuel et de solennel au discours qui va suivre.

Les disciples ont différé leur question pour pouvoir interroger leur Maître en particulier, car ils sentaient qu’il s’agissait d’une révélation solennelle qu’eux seuls alors devaient entendre. Ils adressent à Jésus deux questions :

  1. Quand est-ce que ces choses (la destruction de Jérusalem, verset 2) arriveront ?
  2. Quel sera le signe de ton avènement et de la consommation du temps ?

L’avènement de Jésus-Christ, ou son arrivée, ou sa présence (grec parousia), c’est son retour dans la gloire pour juger le monde et pour élever son règne à la perfection (comparez Matthieu 24.27 ; Matthieu 24.37 ; Matthieu 24.39 ; 1 Thessaloniciens 2.19 ; 1 Thessaloniciens 4.15 ; 2 Thessaloniciens 2.1 ; 1 Corinthiens 15.23 ; 1 Jean 2.28 ; Jacques 5.7), c’est ce qui est appelé ailleurs son apparition (1 Timothée 6.14 ; 2 Timothée 4.1) ou encore sa révélation (1 Corinthiens 1.7 ; 2 Thessaloniciens 1.7 ; 1 Pierre 1.7).

À l’avènement de Christ les disciples joignent la consommation du temps (grec du siècle) expression propre à Matthieu (Matthieu 13.39-40 ; Matthieu 13.49) et qu’on traduit ordinairement par ces mots : la fin du monde, c’est-à-dire la fin de l’économie présente.

Ainsi, dans la pensée des disciples, qui est celle de tout le Nouveau Testament, le retour de Christ la résurrection et le jugement coïncident avec la consommation du temps, ou ce qui est appelé ailleurs « le dernier jour » (Jean 6.39-40 ; Jean 6.44 ; Jean 6.54), ou « les derniers jours » (Actes 2.17 ; 2 Timothée 3.1), ou encore « le dernier temps » (1 Pierre 1.5-20), ou enfin « la dernière heure » (1 Jean 2.18).

Il faut remarquer que la double question des disciples n’est formulée ainsi que dans Matthieu ; Marc et Luc la posent autrement (voir Marc 13.4, note).

4 Et Jésus répondant, leur dit : Prenez garde que personne ne vous séduise ;

Jésus répond maintenant aux deux questions des disciples ; mais il le fait en ayant constamment devant les yeux la seconde, relative à son avènement et il ne résout la première, concernant la ruine de Jérusalem, qu’en la considérant comme l’un des signes de son avènement.

En effet, les développements futurs de son règne renferment tous les jugements de Dieu, jusqu’au dernier, qui sera « la consommation du temps ». De là vient que dans l’immense perspective de cette prophétie, les divers événements qu’elle annonce n’ont pas pu être toujours clairement distingués les uns des autres par les évangélistes.

Ceux-ci se trouvent, en présence de cet avenir, dans la situation d’un spectateur qui contemple de loin des hauteurs du Jura, par exemple, la chaîne des Alpes et qui voit rapprochés les uns des autres des sommets qui en réalité sont séparés par de grandes distances et de profondes vallées. De là l’apparente confusion qui règne dans le discours prophétique de notre chapitre.

Il faut convenir que toutes les nombreuses tentatives faites, depuis les Pères de l’Église jusqu’à nos jours, pour retrouver dans ce discours une prédiction claire et distincte des deux grands événements qu’il annonce, ont en partie échoué en présence des difficultés du texte (voir en particulier verset 34, note).

Au lieu donc d’y chercher, au moyen d’interprétations forcées, ou même fausses, une suite chronologique, il vaut mieux en considérer les diverses parties comme des cycles qui pénètrent les uns dans les autres et dont chacun renferme tout l’espace à parcourir depuis le point de départ jusqu’à la dernière fin (voir les versets 14 et 28).

Tel est du reste le caractère général de la prophétie, comme il se manifeste en particulier dans l’Apocalypse. Le seul mode vrai d’interprétation consiste donc à rapporter chaque pensée, chaque expression, l’événement qu’elles désignent évidemment, sans s’attacher à l’ordre chronologique.

On est d’autant plus autorisé à suivre ce procédé que Luc lui-même a distribué les éléments de cette prophétie en deux discours prononcés à des moments différents (Luc 17.20-37 ; Luc 21.5-36), tandis que Matthieu les rapporte en un seul discours, selon sa méthode.

On peut toutefois distinguer dans ce discours trois cycles divers, annonçant :

  1. des signes généraux relatifs au règne de Christ sur la terre (versets 1-14) ;
  2. le Jugement de Dieu sur Jérusalem et le peuple Juif (versets 15-28) ;
  3. l’avènement du Seigneur et les sérieuses exhortations à la vigilance qu’il en tire pour tous les temps (versets 29-51).

Tout le discours est complété par les deux grandes paraboles qui suivent et par le tableau solennel du jugement dernier (chapitre 25).

5 car beaucoup viendront en mon nom, disant : C’est moi qui suis le Christ !
Et ils séduiront beaucoup de gens.

Le Seigneur commence son discours par des avertissements adressés à ses disciples, car leurs questions sur l’avenir pouvaient renfermer beaucoup d’illusions et être inspirées par une vaine curiosité. Or la prophétie a un but éminemment sérieux et pratique.

Le premier signe de l’avenir du règne de Dieu que Jésus signale, c’est la venue de faux Christs (verset 24) qui, usurpant son nom, séduiront beaucoup de gens.

Il n’est point nécessaire pour constater l’accomplissement de cette prophétie de rechercher dans l’histoire soit des premiers siècles, soit des siècles suivants, des noms propres d’hommes qui se seraient donnés réellement pour être le Christ, c’est-à-dire le Messie.

Tous les faux docteurs qui ont la prétention d’avoir seuls compris le Christ, de représenter sa doctrine et qui, en son nom, prêchent leurs systèmes d’erreur, sont de faux Christs.

6 Cependant vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres ; prenez garde, ne soyez pas troublés ; car il faut que cela arrive ; mais ce n’est pas encore la fin.

Le second signe indiqué par Jésus, sont des guerres et des troubles parmi les nations (verset 7).

Un premier et terrible accomplissement de cette prophétie fut la guerre des Romains contre les Juifs. Les disciples ne devaient pas en être troublés, d’abord parce que ces calamités étaient inévitables (car il faut), ensuite parce qu’ils ne devaient pas s’imaginer que ce fût là la fin.

Ce dernier mot ne peut signifier autre chose que la fin de l’économie présente, ce que les disciples eux-mêmes ont nommé la « consommation du temps » (verset 3 ; comparez verset 14, où ce mot a exactement le même sens). Or cette fin-là, nul ne devait l’attendre sitôt (ainsi Bleek, Ebrard, Lange, Auberlen).

Cet avertissement était d’autant plus nécessaire que les disciples, dans leur question (verset 3), avaient considéré la ruine de Jérusalem et le retour de Christ, comme devant être simultanés. Ces paroles si claires peuvent aussi servir à prévenir de fausses interprétations de quelques parties de ce discours (par exemple versets 29, 34).

Si, avec quelques interprètes (Meyer, de Wette), on entend par ces mots : ce n’est pas encore la fin, le terme de la théocratie juive ou la ruine de Jérusalem, une telle déclaration serait en contradiction avec le contexte, car ces guerres et ces soulèvements d’une nation contre l’autre amenèrent précisément la fin de la nationalité israélite.

7 Car nation se lèvera contre nation, et royaume contre royaume ; et il y aura des famines et des tremblements de terre en divers lieux.

Aux guerres et aux troubles entre les nations et les royaumes viendront s’ajouter des calamités naturelles, telles que des famines et des tremblements de terre (entre ces deux mots, le texte reçu ajoute avec C, la plupart des majuscules, les versions syriaques et égyptiennes, et des pestes).

Le théâtre de tous ces événements sera non seulement la Palestine, mais le vaste empire romain où, dans chaque province, vivaient des juifs et où bientôt le christianisme fut répandu.

L’historien Tacite fait des calamités de ces temps une description qui montre comment s’est accomplie cette prophétie.

J’entre, dit il, dans l’histoire d’un temps riche en malheurs, cruel par les batailles, déchiré par les révoltes, tourmenté jusque dans la paix. Quatre empereurs ont été tués par l’épée ; trois guerres civiles au dedans, plusieurs autres au dehors, souvent deux à la fois, ont troublé l’empire. L’Illyrie était remplie de troubles, la Gaule prête à se révolter, la Bretagne, subjuguée, a secoué le joug ; les tribus sarmates et les Suèves se sont soulevés, les Daces sont devenus célèbres par leurs guerres civiles, les Parthes ont couru aux armes, excités par un faux Néron. L’Italie a été remplie de mille malheurs souvent répétés ; des villes ont été englouties ou ébranlées par des tremblements de terre, sur les côtes fertiles de la Campanie ; Rome a été dévastée par des incendies, le Capitole mis en feu par les mains des citoyens… Noblesse, richesse, honneur, tout est devenu crime et la vertu le plus sûr chemin de la ruine.
8 Mais tout cela sera le commencement des douleurs.

Grec : des douleurs de l’enfantement ; cette expression annonce la renaissance du monde, du sein même de ses ruines (Matthieu 19.28).

Pour le peuple juif, les douleurs devaient s’accroître à mesure qu’il approcherait de sa dispersion ; pour l’humanité des douleurs non moins grandes sont réservées aux derniers temps.

9 Alors ils vous livreront à la tribulation et ils vous feront mourir ; et vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom.

Alors, dans le même temps, à ces calamités extérieures se joindront, pour l’Église, les persécutions et la haine du monde.

Jésus voit dans les douze, auxquels il adresse ce discours (verset 3), les représentants de ceux qui auront cru par leur moyen et qui seront alors dispersés parmi toutes les nations.

C’est dans les dernières années du règne de Néron que les apôtres Paul et Pierre furent mis à mort et qu’éclata la première persécution contre les chrétiens, tolérés jusqu’alors, parce qu’on ne les distinguait pas des Juifs. Cette prédiction s’est accomplie d’une manière cruelle et prolongée pour les premiers chrétiens et souvent depuis pour leurs successeurs ; elle s’accomplira toujours et partout à proportion que les disciples du Sauveur seront fidèles dans le témoignage qu’ils ont à rendre à la vérité.

10 Et alors beaucoup seront scandalisés, et ils se livreront les uns les autres, et se haïront les uns les autres

Et alors (terme qui marque la profession du mal), la persécution et la haine du dehors produiront leurs ravages dans l’Église même : beaucoup seront scandalisés, c’est-à-dire, retomberont dans l’incrédulité (comparez Matthieu 13.21), et, devenus infidèles, ils livreront leurs frères à leurs ennemis ;, et cela, aura pour résultat qu’ils se haïront les uns les autres. Effroyable progression dans ces trois termes.

11 Et beaucoup de faux prophètes s’élèveront et ils séduiront beaucoup de gens.

Les faux prophètes sont les faux docteurs qui parurent dans l’Église dès les temps apostoliques (Actes 20.30 ; 1 Jean 4.1).

12 Et parce que l’iniquité se sera multipliée, la charité du plus grand nombre se refroidira.

L’iniquité (grec anomia), c’est la révolte contre la loi, contre toute loi divine et humaine, l’antinomianisme fruit de l’apostasie (versets 10, 11), se réalisant dans la conduite pratique.

Dans un tel état de choses, l’égoïsme, la défiance mutuelle reprennent leur empire et la charité, l’amour, se refroidit, dépérit. La charité ne subsiste qu’avec la vérité et la sainteté. Dieu seul est amour et Jésus seul est le foyer de cet amour dans son Église.

Le grand nombre désigne la généralité des chrétiens (Apocalypse 2.2).

13 Mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé.

Persévérer (grec patienter) jusqu’à la fin de l’épreuve ou même de la vie (par opposition aux versets 10 à 12), c’est le seul moyen d’être sauvé.

Cette persévérance, comme la conversion, comme toutes les grâces qui conduisent au salut final, est une œuvre de Dieu (Philippiens 1.6) ; mais cette œuvre s’accomplit dans le cœur de l’homme ; celui-ci y concourt donc et devient ouvrier avec Dieu. Dieu fait tout, mais il exhorte l’homme à l’action, comme si l’homme devait tout faire (comparer Matthieu 10.22).

14 Et cet Évangile du royaume sera prêché par toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations ; et alors viendra la fin.

Cet Évangile du royaume est cette même bonne nouvelle que Jésus prêchait dans ce moment, en annonçant l’établissement final du royaume de Dieu. De là le pronom démonstratif cet.

Il n’est pas besoin pour l’expliquer de recourir, avec de Wette, à la supposition invraisemblable que Matthieu aurait intercalé dans le discours de Jésus cette réflexion et désignerait son propre Évangile à la rédaction duquel il était occupé.

L’Évangile, dit le Sauveur, sera prêché par toute la terre (grec, la terre habitable, le monde), à toutes les nations : ce qui ne veut pas dire que tous les individus dont elles se composent recevront cet Évangile ; mais il leur sera un témoignage de la miséricorde éternelle de Dieu et de l’amour de Jésus qui est mort pour eux.

Ce témoignage devient ainsi pour tout peuple, pour toute âme, l’occasion d’une crise, d’un jugement intérieur, qui aboutit ou à la vie ou à la mort. Quand cette grande promesse aura été pleinement accomplie et que la lumière de l’Évangile aura resplendi sur toutes les nations, alors seulement viendra la fin.

Quelle fin ? La cessation des épreuves que Jésus vient de prédire ? La fin de la théocratie israélite par la ruine de Jérusalem ? On l’a prétendu, mais ce sens est inadmissible, car alors cette prophétie ne se serait point accomplie. Il s’agit de la fin du monde actuel ou de la « consommation du temps » (verset 3 ; comparez verset 6). Il est donc évident que Jésus termine ce premier cycle de sa prophétie en ouvrant une perspective pleine de consolation et d’espérance sur son retour, bien que, dans ce qui va suivre, il revienne en arrière pour indiquer avec plus de détails les signes précurseurs de ce retour, à commencer par le plus prochain, la ruine de Jérusalem (versets 15-28).

15 Quand donc vous verrez établie en lieu saint l’abomination de la désolation dont il a été parlé par le prophète Daniel (que celui qui le lit y fasse attention),

Le jugement de Dieu sur la Judée

Le signe de la catastrophe sera l’établissement en lieu saint de « l’abomination de la désolation », prédite par Daniel. Que les disciples fuient alors sans retard. Malheur aux femmes qui seront enceintes ou qui allaiteront. Qu’ils prient pour que leur fuite n’arrive pas en hiver. Jamais épreuve pareille n’aura été vue. Personne n’échapperait si ces jours n’étaient abrégés, mais ils le seront à cause des élus (15-22).

Les faux Christs et la venue du Seigneur

Jésus met ses disciples en garde contre les faux Christs et les faux prophètes qui surgiront alors faisant de grands signes. Le Christ ne paraîtra ni dans la solitude du désert, ni dans les endroits cachés. Son avènement sera de nature à frapper tous les regards sur toute la terre et partout où se trouvera le cadavre s’assembleront aussi les aigles (23-28).

Après avoir achevé le premier cycle de sa prophétie, Jésus revient à d’autres signes précurseurs de son avènement et d’abord au jugement de Dieu sur le peuple juif, image et prélude du jugement dernier. C’est ce retour à la première question des disciples (verset 3) qu’il marque par la particule donc.

D’autres commentateurs (Meyer, Weiss) rapportent ce donc aux mots qui précèdent immédiatement : alors viendra la fin. L’évangéliste voudrait marquer que les faits qui vont être prédits seront le commencement de la fin.

Le signe précurseur de cette grande catastrophe que Jésus indique à ses disciples est exprimé en des termes qu’il emprunte au prophète Daniel : l’abomination de la désolation ou de la dévastation (Daniel 9.27 ; Daniel 11.31 ; Daniel 12.11).

En hébreu il y a du dévastateur.

Ces deux mots, les seuls que Jésus cite de la prophétie et qui se trouvent dans Matthieu et Marc, ont un sens assez clair : ils désignent les ravages faits par une armée païenne.

Luc rend la même pensée en des termes qui ne laissent aucun doute sur leur signification : « Or, quand vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez que sa désolation est proche ».

Ainsi l’abomination est, aux yeux d’un Israélite, le lieu saint foulé et souillé par les païens et la désolation ou dévastation, c’est la ruine totale du temple de la ville, du pays tout entier, comme l’indique l’expression indéterminée en lieu saint, que l’on ne saurait limiter au sanctuaire (comparer Marc 13.14, note et la prophétie complète dans les trois passages cités, traduction Segond).

Les derniers mots de ce verset, exhortant le lecteur à faire attention à la prophétie citée, ou à réfléchir ou comprendre, forment une parenthèse que les uns attribuent à Jésus lui-même, d’autres à l’évangéliste, et cela, avec plus de raison, car Jésus parlant à ses disciples n’aurait pas interrompu son discours pour avertir ceux qui un jour le liraient rédigé. De la part de l’évangéliste ce nota bene est naturel, car le signe emprunté au prophète était de la plus grande importance pour les premiers lecteurs de l’évangile, comme le prouvent les versets qui suivent.

16 alors, que ceux qui seront dans la Judée s’enfuient dans les montagnes ;

Le signe fut compris et l’ordre du Maître exécuté par les chrétiens de la Judée qui, aux approches du siège, s’enfuirent à Pella, dans la Pérée et sur des montagnes plus éloignées encore (Eusèbe Histoire Ecclésiastique, III, 5).

17 que celui qui sera sur le toit ne descende point pour emporter ce qui est dans sa maison ;

Comparer Luc 17.31.

Les toits en Orient sont en forme de terrasse ; l’on s’y tient fréquemment le matin et le soir, à l’heure de la fraîcheur. À la vue des signes prédits, ceux qui s’y trouvaient devaient fuir aussitôt sans descendre par l’escalier intérieur, en utilisant plutôt l’escalier extérieur qui de la terrasse conduisait directement dans la rue, ou en passant, suivant les circonstances, de terrasse en terrasse (car elles communiquaient souvent entre elles), sans s’arrêter en tout cas à emporter leurs biens.

Ces versets (16-18) montrent avec quelle rapidité les jugements devaient fondre sur Jérusalem. Les chrétiens, ainsi avertis, renoncèrent à toute idée de salut pour la ville, tandis que les Juifs, aveuglés, la défendirent avec une fureur désespérée.

18 et que celui qui sera aux champs ne retourne point en arrière pour prendre son manteau.

L’homme qui sera aux champs pour y travailler, n’ayant pas son manteau avec lui, ne doit pas retourner à la ville pour le chercher (le texte reçu dit à tort : ses vêtements).

19 Mais malheur à celles qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là !

À cause de la peine qu’elles auront à fuir dans cet état ou en emportant leurs petits enfants et surtout parce que les sentiments naturels d’une mère rendent toutes les souffrances plus vives dans de si épouvantables calamités.

20 Priez pour que votre fuite n’arrive pas en hiver, ni en un jour de sabbat.

L’hiver aurait rendu plus pénible la fuite et la position de ceux qui allaient se trouver sans asile ; et d’autre part les institutions minutieuses du sabbat (Exode 16.29 ; Actes 1.12), auxquelles les premiers chrétiens se soumettaient encore, auraient ajouté à ces difficultés. Le sens général est : Priez que ces malheurs ne soient pas aggravés en arrivant à une époque défavorable.

21 Car il y aura alors une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant et qu’il n’y en aura jamais.

Pour se convaincre qu’il n’y a rien d’exagéré dans ces paroles, il faut lire, dans l’historien Josèphe, le récit de la destruction de Jérusalem.

Il périt dans cette guerre plus d’un million de Juifs car le siège eut lieu précisément à l’époque de la plus grande fête religieuse. Immédiatement après la guerre, 90 000 Israélites furent emmenés en captivités. Pendant le siège, sans compter les cruautés des assaillants, la ville fut dévastée à la fois par la guerre intestine des factions par la famine, par la peste et par des incendies.

Ces épouvantables calamités durent être ressenties par les Juifs avec une horreur que nous pouvons difficilement comprendre, parce qu’avec Jérusalem et son temple tombait en ruines le fondement de toute leur foi, de toutes leurs espérances temporelles et religieuses.

22 Et si ces jours-là n’avaient pas été abrégés, nulle chair ne serait sauvée ; mais à cause des élus, ces jours seront abrégés.

Grec : si ces jours-là (les jours de ce jugement de Dieu) n’avaient pas été raccourcis (littéralement coupés, amputés, mutilés), nulle chair (toute chair, hébraïsme désignant toute l’humanité : Luc 3.6 ; Actes 2.17 ; 1 Pierre 1.24) n’aurait été sauvée, la vie d’aucun homme n’aurait échappé, tous auraient péri.

Pourquoi ? Parce que ce terrible jugement de Dieu, signe avant coureur du retour de Christ (verset 4, note), se serait étendu à toute chair, serait devenu le jugement dernier. Mais ces jours là, par un acte de la miséricorde et de la patience de Dieu, seront coupés, dit Jésus ; il y aura un intervalle, un sursis, après la ruine du peuple juif.

En faveur de qui ? À cause des élus. Non à cause de ceux qui alors déjà vivaient, étaient croyants ; mais de ceux qui, beaucoup plus nombreux, croiront et seront sauvés pendant le temps de la patience de Dieu.

Si l’on appliquait ces paroles seulement à la durée de la guerre romaine, on ne comprendrait pas comment le prolongement de celle-ci aurait menacé l’existence de toute chair c’est-à-dire de toute l’humanité, ni pourquoi cette guerre aurait dû être abrégée à cause des élus, des chrétiens d’alors, qui étaient en sûreté (verset 16, note).

Weiss interprète ces mots : « grâce à l’intercession des élus » (comparez Genèse 18) ; mais ce sens ne ressort pas du contexte.

Enfin, les versets qui suivent (versets 23-27) ne se rapportent plus à l’époque de la guerre des Juifs, mais évidemment aux temps postérieurs, temps de la patience de Dieu, qui s’étendront jusqu’au jugement définitif.

23 Alors, si quelqu’un vous dit : Voici, le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez point ;

Les commentateurs sont divisés sur la portée de ce mot alors.

Quelques-uns le rapportent au temps où les jugements de Dieu s’exerceront sur Jérusalem (versets 15-22) et où la grande tribulation produira un ardent désir de voir le Seigneur revenir.

Cette application parait au premier abord la plus naturelle.

Mais quand on considère que les signes énumérés (versets 23-26) embrassent une période prolongée et qu’au verset 27 le regard prophétique de Jésus s’étend jusqu’à son retour dans la gloire, on est amené à rapporter cet alors à toute la suite des temps, depuis la ruine de Jérusalem jusqu’à la fin du monde. Le mieux serait peut-être de laisser à ce terme son caractère indéterminé. Dans la pensée de l’évangéliste, qui attend le retour du Seigneur peu après la ruine de Jérusalem, il comprend tous ces temps de tribulation avant et après la chute de la théocratie.

Luc assigne aux paroles qui suivent une autre place (Luc 17.22-25).

24 car de faux Christs et de faux prophètes s’élèveront, et feront de grands signes et des prodiges, au point de séduire, si possible, les élus mêmes.

Comparer verset 5, note.

Les faux docteurs, qui prétendent représenter seuls le vrai Christ et sa doctrine, ont toujours la prétention de se légitimer par des signes et des prodiges, c’est-à-dire par des miracles de diverses sortes (2 Thessaloniciens 2.9).

N’avons-nous pas tous les faux miracles de l’Église romaine et, jusqu’en plein dix-neuvième siècle, les apparitions de la Vierge et les eaux merveilleuses de Lourdes ? Ces miracles, apocryphes ou authentiques, donnent une redoutable confirmation aux enseignements des faux docteurs et leur permettraient de séduire les élus eux-mêmes, si cela était possible, si la fidélité de Dieu ne les gardait.

25 Voici, je vous l’ai prédit.

Et vous n’avez plus qu’à y prendre garde (comparer 14.29).

Une telle remarque, qui ne s’invente pas, qui est prise sur le fait, montre que, pour Jésus, ce qu’il prédit est d’une parfaite certitude.

26 Si donc on vous dit : Voici, il est dans le désert, n’y allez pas ; voici il est dans les chambres, ne le croyez pas.

Ces mots : dans le désert, dans les chambres, ont été expliqués de diverses manières. Plusieurs interprètes n’y voient que des traits d’un tableau apocalyptique auquel il ne faut pas chercher de sens précis.

Tout au moins faudrait-il y reconnaître la pensée ainsi exprimée par Luc : (Luc 17.23) « Voici, il est ici, ou voilà, il est là ». D’autres interprètes ont entendu par le désert l’ascétisme, le monarchisme ; et par les chambres, les conseils secrets des grands de ce monde, les conciliabules des princes de l’Église, où se traitent les questions de politique ecclésiastique. Avec plus de sens historique, Weiss voit dans le désert la mention du lieu où le premier grand conducteur d’Israël, Moïse, déploya son activité et où, plus tard, le précurseur, Jean-Baptiste, se manifesta au peuple.

Par antithèse, les chambres (Matthieu 6.6) désigneraient les endroits secrets de telle ou telle maison où le Christ se tiendrait encore caché. Quoi qu’il en soit, il est évident que cet avertissement contre de fausses prétentions à indiquer la présence du Christ est clairement motivé par le verset suivant, d’après lequel il ne pourra y avoir aucun doute sur son apparition.

27 Car, comme l’éclair sort de l’orient et paraît jusqu’à l’occident, ainsi sera l’avènement du fils de l’homme.

Ce verset motive le précédent (car) et la saisissante image par laquelle Jésus annonce son avènement n’indique pas seulement ce qu’il aura d’inopiné, d’inattendu, mais surtout la manifestation éclatante dont il sera accompagné.

Tel que l’éclair, il apparaîtra partout à la fois, par la splendeur de sa gloire.
— Chrysostome
28 Où que soit le cadavre, là s’assembleront les aigles.
À l’universalité de l’apparition du Christ correspond l’universalité du jugement.
— Weiss

De même que la présence d’un cadavre attire les oiseaux de proie qui fondent sur lui pour le dévorer (comparez Job 39.30), de même aussi, là où un État, une nation, une Église et enfin le corps entier de l’humanité tombe en dissolution comme un cadavre, là se manifestent inévitablement, par une nécessité morale absolue, les jugements de Dieu. Cette image proverbiale est d’une application universelle ; mais ici, d’après l’ensemble du texte, elle désigne le jugement dernier.

Dans la parabole de Matthieu 13.41-42, ce sont les anges qui sont les exécuteurs du jugement ; d’où quelques interprètes ont conclu qu’ici les aigles représentent aussi les anges dont Christ sera accompagné à sa venue. Cette idée est en pleine contradiction avec l’image même.

D’autres ont vu dans le corps mort Jérusalem et le peuple juif et dans les aigles les étendards des légions romaines.

Notre verset s’appliquerait alors exclusivement à la ruine de Jérusalem, ce qui n’est point conforme à l’ensemble du texte, car le verset 27 ne peut pas désigner autre chose que l’avènement final de Jésus-Christ, sa parousie, terme qui désigne constamment sa présence au dernier Jour.

D’autres encore (plusieurs Pères de l’Église et divers commentateurs, au nombre desquels on regrette de trouver Calvin, Luther, Théodore de Bèze) voient dans le corps mort Christ lui-même et dans les aigles ses disciples, toujours empressés à se rassembler autour de lui !

Et pour ajouter encore à tout ce qu’il y aurait déjà de repoussant dans cette image, les Pères ne craignaient pas de rappeler que c’est Christ mort, sa chair, qui est la nourriture des fidèles !

Il faut remarquer du reste que l’aigle proprement dit ne recherche pas les cadavres. Les écrivains sacrés comprenaient sous ce terme le grand vautour fauve, qui ressemble à l’aigle en taille et en force et qu’on voit par grandes troupes dans la plaine de Génézareth.

29 Et aussitôt après l’affliction de ces jours-là, le soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera pas sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées.

La venue du fils de l’homme

  1. Comment elle s’accomplira. Aussitôt après ces jours d’affliction des bouleversements se produiront ; alors le signe du fils de l’homme paraîtra dans le ciel et toutes les tribus de la terre le verront avec effroi venir sur les nuées. Il enverra ses anges rassembler les élus (29-31).
  2. À quel moment elle aura lieu. Jésus enseigne à ses disciples, par la comparaison du figuier, à reconnaître l’approche de cet événement. Il affirme que cette génération ne passera point que tout ne soit accompli. Le ciel et la terre passeront, mais ses paroles ne passeront point (32-35).

Incertitude du jour suprême. Exhortation à la vigilance

  1. L’avènement du fils de l’homme sera imprévu. Le jour et l’heure ne sont connus que du Père seul. Sa venue surprendra les hommes comme le déluge aux jours de Noé ; l’un sera pris, l’autre laissé (36-41).
  2. Veillez donc ! De cette incertitude du jour de sa venue, Jésus déduit le devoir de la vigilance. Il illustre son enseignement par les exemples du maître de maison qui guette le voleur, du serviteur qui attend son maître. Si ce serviteur, voyant que le maître tarde, malmène ses compagnons de service et se livre à la débauche, son maître surviendra inopinément et lui donnera sa part avec les hypocrites (42-51).

29 à 51 Le retour de Christ. Exhortation à la vigilance.

Jésus a commencé au verset 27 à décrire les signes de sa dernière venue et il va continuer, répondant ainsi à la seconde question des disciples (verset 3, note ; comparez verset 4, note). Ici se présente une difficulté qui a fait le tourment des exégètes.

Ceux d’entre eux qui rapportent ces mots : l’affliction de ces jours-là, à la ruine de Jérusalem (versets 15-22), doivent arriver à cette conclusion : ou que Jésus a placé le moment de son retour aussitôt après cette grande catastrophe et que par conséquent il s’est trompé et a induit en erreur ses disciples ; ou bien que les évangélistes ont fait une confusion en rapportant ce discours (voir verset 34, note).

Car toutes les tentatives faites pour se débarrasser de ce mot précis : aussitôt après, ont manqué leur but. Mais est-il possible d’attribuer à Jésus une telle erreur ? Sans parler de sa parfaite connaissance de l’avenir qu’il manifeste dans tous ses discours, l’opinion que nous examinons le mettrait en contradiction directe avec lui-même, à ne considérer que ses propres paroles dans notre chapitre.

En effet, comment concilier avec cette idée les catastrophes qu’il voit dans l’avenir (verset 5 et suivants) et dont il dit si nettement : « ce n’est pas encore la fin » (verset 6) ?

Comment admettre que, dans sa pensée, « l’Évangile du royaume sera prêché à toutes les nations de la terre », avant la destruction de Jérusalem, que « alors viendra la fin » (verset 14) ? Quelle contradiction, enfin, entre la déclaration si positive que nul, si ce n’est le Père, ne connaît le temps du retour du fils de l’homme (verset 36) et cette déclaration non moins positive que ce retour aura lieu aussitôt après la ruine de Jérusalem !

Convaincus de ces impossibilités, d’autres interprètes renoncent à attribuer au Sauveur l’erreur dont il s’agit et ils la mettent sur le compte de l’évangéliste, qui aurait confondu les deux prédictions de la ruine de Jérusalem et du retour de Christ.

Cette idée devra être examinée à l’occasion du verset 34, Mais ici, il n’est nullement nécessaire de l’admettre. En effet, les mots l’affliction de ces jours-là ne doivent point être rapportés aux versets 15-22, qui décrivent les jugements de Dieu sur le peuple juif, mais bien à ceux qui précèdent immédiatement (versets 23-28) et qui mentionnent les faits caractéristiques de l’histoire du royaume de Dieu jusqu’aux jugements qui marqueront l’avènement du fils de l’homme.

Encore une fois, les versets 27 et 28 ne peuvent pas avoir un autre sens. Or c’est bien aussitôt après l’affliction ou la tribulation de ces jours là qu’on verra « le fils de l’homme venir sur les nuées du ciel » (verset 30 et suivants).

Il faut voir dans cette description à la fois une peinture symbolique des dernières catastrophes et une prophétie de la rénovation des cieux et de la terre (Apocalypse 21.1).

Tous les écrivains sacrés dépeignent les grands événements du monde moral sous l’image de puissantes commotions de la nature (Ésaïe 34.4 ; Ézéchiel 32.7 ; 2 Pierre 3.7).

Dès qu’on veut presser ces images et y chercher un sens allégorique, on tombe dans l’arbitraire et l’on a autant d’opinions que d’interprètes.

30 Et alors le signe du fils de l’homme paraîtra dans le ciel ; et alors toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec grande puissance et gloire.

Quel sera ce signe ? Jésus ne le dit pas et l’exégèse, en voulant le déterminer, s’est jetée dans l’arbitraire ; elle a trouvé tour à tour : l’apparition d’une croix, l’étoile du Messie (Nombres 24.17) les phénomènes prédits au verset 29, une lumière éclatante, annonçant la gloire du Messie, le Christ lui-même venant dans sa gloire (comparer Daniel 7.13 ; Apocalypse 1.7).

C’est cette dernière interprétation qui parait la plus naturelle ; c’est là le seul signe assez grand, assez puissant pour produire sur toutes les tribus de la terre l’impression que Jésus va décrire. Cette vue est aussi seule conforme aux récits de Marc et de Luc, qui disent simplement : « Ils verront le fils de l’homme venir », etc.

Grec : se frapperont la poitrine. Terreurs de ce bouleversement universel, regret d’être surpris par ce jour, crainte du jugement, repentance tardive, tous ces sentiments se trahissent dans cette attitude et ils ont tous leur cause dans le fait exprimé par ce mot : elle verront, qui forme en grec avec le verbe se lamenteront, une consonance lugubre (copsontai, opsontai).

Il faut remarquer aussi cette répétition solennelle : et alors et alors

Comparer Daniel 7.13. Cette grande puissance et cette grande gloire se manifesteront soit par les phénomènes décrits au verset 29, soit par la présence des anges (verset 31), soit surtout par l’apparition même du Fils de Dieu glorifié. Qu’il sera loin alors de sa forme de serviteur !

31 Et il enverra ses anges avec un grand son de trompette, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre extrémité.

Ici encore, comme dans toutes les prophéties du Sauveur, ce sont les anges qui exécutent sa volonté suprême (Matthieu 13.41-49). Ils se servent, pour rassembler ses élus de toutes les parties du monde, du son de la trompette, image empruntée à l’usage israélite de convoquer au son de cet instrument les grandes assemblées des fêtes solennelles (comparer 1 Corinthiens 15.52 ; 1 Thessaloniciens 4.16 ; Ésaïe 27.13).

D’après ces derniers passages, la résurrection coïncide avec ce rassemblement des élus de Dieu.

Les quatre vents signifient les quatre points cardinaux, c’est-à-dire toutes les contrées de la terre.

Cette expression : depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre extrémité, est un hébraïsme fondé sur les apparences. Pour le regard, l’horizon parait être l’extrémité du ciel (Psaumes 19.7 ; Deutéronome 30.4).

32 Or, que le figuier vous instruise par cette similitude : Dès que ses rameaux sont devenus tendres, et qu’il pousse des feuilles, vous connaissez que l’été est proche.

Grec : du figuier apprenez la parabole.

Le mot de parabole est pris dans le sens d’une simple comparaison (Matthieu 13.3, note).

Le figuier pousse ses feuilles au printemps et annonce l’été, ou le temps de la moisson, qui est celui où le Seigneur rassemblera ses gerbes (verset 31). Par cette gracieuse image, Jésus indique que le temps même qui fera la terreur des impies marquera pour ses rachetés l’approche de la joie éternelle (Luc 21.28).

33 De même vous aussi, quand vous verrez toutes ces choses, sachez qu’il est proche, à la porte.

Toutes ces choses sont les signes et les indications qui précèdent, concernant l’avènement du Seigneur. Comme le verbe est proche se trouve sans sujet, plusieurs interprètes ont pensé qu’il s’agissait de l’été (verset 32), considéré comme le temps de la moisson et du jugement.

Il est beaucoup plus naturel d’admettre comme sujet de ce verbe le fils de l’homme (versets 30, 31), dont la venue est annoncée dans toute cette partie du discours. Aussi bien, cette expression être à la porte ne peut se rapporter qu’à une personne.

34 En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n’arrivent.

D’après la suite logique de ce discours, toutes ces choses ne peuvent désigner que celles dont Jésus vient de parler (versets 29 à 33) et dont il continue à parler (verset 36), c’est-à-dire sa dernière venue pour le jugement du monde.

Mais comment peut-il l’annoncer comme devant s’accomplir du vivant même de cette génération ? Pour échapper à cette difficulté, on a cherché à donner à ce dernier terme un sens inusité ; ainsi par exemple la race humaine, la nation juive, la création, les disciples de Jésus en général ou l’Église. Ces interprétations sont inadmissibles (comparer Luc 11.50-51).

D’autres conservent au mot cette génération son sens naturel, mais commentent notre verset de cette manière : « Cette génération ne passera point avant que ces choses aient commencé d’arriver, elle en verra les premiers signes, par exemple dans l’établissement du royaume de Dieu sur la terre », etc.

Cette tentative vient échouer contre l’inexorable clarté de ces paroles : toutes ces choses. Il ne nous resterait donc qu’à attribuer au Sauveur l’erreur d’avoir confondu l’époque de son retour avec celle de la ruine de Jérusalem ; mais nous avons déjà montré (verset 29, note) que cela n’est pas possible. Or, comme ce verset 34 ne peut absolument se rapporter qu’à la ruine de Jérusalem et non au retour de Christ, on est inévitablement poussé à la conclusion qu’il se trouve ici inséré hors de sa place.

On objectera peut-être que cette supposition n’est pas probable, parce que le même fait se reproduit dans les évangiles de Marc et de Luc. Mais cette conformité s’explique fort bien en admettant que les trois évangélistes ont reproduit ce discours d’après la tradition apostolique, où s’était glissée cette confusion. Nous croyons qu’en rejetant cette hypothèse on se met en présence d’une difficulté que nulle exégèse ne peut résoudre (voir Marc 13.30, note).

35 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

Marc 13.31 ; Luc 21.33, note.

Solennelle confirmation de ce discours et de toutes les paroles du Fils de Dieu.

Cette même Parole qui, toujours vivante, a créé le ciel et la terre, subsistera quand ils auront passé et elle créera de nouveaux cieux et une nouvelle terre (Apocalypse 21.1).

Toute l’Écriture révèle ce profond contraste entre « les choses visibles qui ne sont que pour un temps » (2 Corinthiens 4.18) et Dieu immuable dans tous ses desseins (Matthieu 5.18 ; Psaumes 102.27-28 ; Ésaïe 51.6 ; Hébreux 1.11-12 ; 2 Pierre 3.10).

36 Or, pour ce qui est de ce jour-là et de l’heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul.

La plupart des critiques admettent dans notre texte les mots : ni le Fils, qui se lisent dans Codex Sinaiticus, B, D, l’itala et quelques Pères.

Cette expression, par laquelle le Fils s’exclut lui-même de la connaissance du jour et de l’heure du jugement dernier, se trouve incontestée dans Marc (Marc 13.32, voir la note).

On objecte à son authenticité dans Matthieu, qu’elle aurait été ajoutée pour rendre le texte de celui-ci conforme au texte de Marc, mais on peut supposer avec autant de vraisemblance, qu’elle a été retranchée dans un intérêt dogmatique, il faut reconnaître du reste que l’idée se trouve implicitement dans ces termes : le Père seul.

Il y a une profonde sagesse dans ce mystère voulu de Dieu quant au jour du jugement éternel. C’est de là que le Sauveur déduit, dans les versets qui suivent, son exhortation à la vigilance (verset 42).

L’Église entière est ainsi placée jusqu’à la fin dans un état d’ignorance et d’attente. Ces paroles doivent donc rendre fort discrètes les recherches sur les prophéties relatives aux derniers temps. Il est évident que cette déclaration serait en pleine contradiction avec le verset 34 (voir la note), s’il fallait appliquer ce dernier à l’avènement du Seigneur.

37 Mais, comme furent les jours de Noé, ainsi sera l’avènement du fils de l’homme. 38 Car, comme dans les jours avant le déluge, ils mangeaient et buvaient, se mariaient et donnaient en mariage, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, 39 et qu’ils ne comprirent point, jusqu’à ce que le déluge vint et les emporta tous ; tel sera aussi l’avènement du fils de l’homme.

Comparer Luc 17.26-30.

Grec : ils étaient mangeant et buvant, se mariant et donnant en mariage (verset 38).

Ces expressions, qui peignent si bien le cours ordinaire de la vie terrestre, disent aussi quelle était la parfaite sécurité des hommes de cette génération, qui ne comprirent point, ne connurent pas, ne se doutèrent de rien, n’eurent aucun pressentiment de l’effroyable catastrophe qui allait les emporter tous.

Quelle image de ce qu’il y aura d’inattendu dans l’avènement du fils de l’homme !

40 Alors, deux hommes seront aux champs : l’un est pris, et l’autre laissé, 41 Deux femmes moudront à la meule : l’une est prise, et l’autre laissée.

Comparer Luc 17.34-36.

De deux hommes, deux femmes, de la même condition extérieure, employés aux mêmes travaux, unis peut-être par d’intimes liens, l’un est pris (par les anges verset 31, comparez Jean 14.3), l’autre est laissé, c’est-à-dire exclu du royaume de Dieu. Telle est l’explication de Meyer.

Weiss pense au contraire que celui qui est pris est emporté par le jugement comme par le flot du déluge et que celui qui est laissé est épargné.

Quoi qu’il en soit, la pensée est qu’il n’y a point d’acception de personnes. Les verbes au présent rendent l’action plus actuelle et plus saisissante encore.

Le moulin où, selon le texte reçu, sont occupées ces deux femmes, serait la maison d’un meunier ; selon la vraie expression ici rétablie, il s’agit d’une meule que ces deux femmes faisaient mouvoir à la main dans leur propre maison.

42 Veillez donc, parce que vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient.

Telle est la sérieuse conséquence pratique (donc) que le Seigneur tire de toute cette prophétie et surtout de l’ignorance où tous sont laissés sur le jour où il vient (versets 36, 44, 50).

Le texte reçu porte au lieu de jour, heure contre les principales autorités.

43 Or sachez ceci : Si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur vient, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer sa maison.

Cet exemple, pris dans la vie ordinaire, doit rendre plus sensible l’exhortation des versets 42 et 44. Parce que le maître de maison ne savait pas à quelle heure le voleur viendrait, il a eu le tort de ne pas veiller et ainsi il a laissé percer sa maison, c’est-à-dire que le voleur y est entré avec effraction.

Les verbes au passé (et c’est ainsi qu’il faut traduire) expriment, non une simple supposition, mais un fait déjà accompli.

44 C’est pourquoi vous aussi tenez-vous prêts ; car le fils de l’homme vient à l’heure que vous ne pensez pas.

Conclusion tirée de l’exemple qui précède.

Ici il ne s’agit plus seulement de veiller (42, 43), mais d’être prêt, c’est-à-dire intérieurement préparé par la foi, par l’amour, à recevoir le fils de l’homme (comparer Matthieu 25.10).

45 Quel est donc le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur ses domestiques, pour leur donner la nourriture au temps convenable ? 46 Heureux ce serviteur que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi ! 47 En vérité, je vous dis qu’il l’établira sur tous ses biens.

La question du verset 45 n’a point de réponse et n’en devait point avoir, ou plutôt chaque lecteur doit la chercher dans son cœur.

Le Seigneur demande qui est le serviteur fidèle et prudent ? Il cherche un tel serviteur, puis il s’écrie avec effusion : Heureux est-il ! Il est heureux à cause de sa fidélité même et parce que son maître peut l’élever à un poste plus éminent (sur tous ses biens), c’est-à-dire lui donner comme récompense un degré plus élevé de félicité dans son royaume (Matthieu 25.21 et suivants ; Luc 19.17 et suivants).

48 Mais si ce méchant serviteur dit en son cœur : Mon maître tarde, 49 et qu’il se mette à battre ses compagnons de service, et qu’il mange et boive avec les ivrognes,

Ce méchant serviteur n’est pas autre que celui dont parle le verset 45.

Là il est supposé fidèle et prudent ; ici il est supposé méchant.

C’est ce qui est parfaitement clair dans le passage parallèle de Luc (Luc 12.45). Sa méchanceté consiste d’abord dans l’hypocrisie avec laquelle il dit : mon maître, en le reconnaissant pour tel (verset 51) ; ensuite dans l’aveuglement avec lequel il se persuade que son maître tarde à venir et tardera longtemps encore ; enfin dans la mauvaise conduite à laquelle il se livre, soit envers ses compagnons de service, soit même avec les ivrognes.

50 le maître de ce serviteur-là viendra au jour qu’il ne s’y attend pas, et à l’heure qu’il ne sait pas,

Comparer versets 36, 39, 42, 44.

51 et il le mettra en pièces et lui donnera sa part avec les hypocrites ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Le mot que nous traduisons par mettre en pièces signifie littéralement pourfendre, couper en deux et plusieurs interprètes voient dans ce terme la mention d’un supplice réellement usité chez les peuples anciens, même en Israël (2 Samuel 12.31 ; 1 Chroniques 20.3), tandis que d’autres, lui donnant une signification atténuée, y voient la peine de la flagellation qui déchirait les chairs du coupable.

Ce dernier sens parait s’imposer, puisque la suite du châtiment : il lui donnera sa part avec les hypocrites, suppose que le coupable est encore en vie.

Mais on peut voir aussi dans le terme : mettre en pièces une désignation figurée du jugement par lequel il recevra sa part avec les hypocrites.

Celui qui a le cœur partagé sera coupé en deux.
— Bengel

Nos versions ordinaires traduisent : « il le séparera » (d’avec les serviteurs fidèles), pour lui donner sa part, etc. C’est là une interprétation de Théodore de Bèze, qui ne s’accorde point avec le sens ordinaire du mot.

Comparer Matthieu 8.12, note ; Matthieu 13.42-50 ; Matthieu 22.13 ; Matthieu 25.30.