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Matthieu 20
Bible Annotée (interlinéaire)

1 Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le point du jour afin de louer des ouvriers pour sa vigne.
Chapitre 20

La particule (car) montre dès l’abord que cette parabole est la confirmation de la sentence précédente (Matthieu 19.30) et fait encore partie de la réponse de Jésus à la question de Pierre (Matthieu 19.27).

2 Et étant convenu avec les ouvriers d’un denier pour la journée, il les envoya à sa vigne.

Un denier, un peu moins d’un franc, parait avoir été alors le prix de la journée d’un ouvrier.

Il faut bien remarquer que ce salaire avait été convenu entre le maître et les ouvriers (comparer verset 13).

3 Puis étant sorti vers la troisième heure du jour, il en vit d’autres qui étaient sur la place sans rien faire ;

La journée, chez les Juifs, commençait à six heures du matin ; ainsi leur troisième heure correspondait à neuf heures.

La place (grec l’agora) était le lieu public où s’assemblait le peuple et où les ouvriers cherchaient à se louer. Dans le sens littéral de la parabole, ces ouvriers étaient là réellement sans rien faire, oisifs.

Dans la vie, on peut l’être aussi au milieu même de la plus grande activité, si ce travail reste sans aucun rapport avec le règne de Dieu (verset 6).

4 il leur dit de même : Allez, vous aussi, à la vigne, et ce qui sera juste je vous le donnerai ; 5 et ils allèrent. Étant sorti de nouveau vers la sixième et la neuvième heure, il fit encore de même.

Ils y allèrent sans autres conditions, confiants dans la parole du maître.

Il y a dans le grec : « À ceux-là aussi il dit : Allez, vous aussi », malgré le temps perdu.

À midi et à trois heures, il renouvela ses invitations.

6 Or, vers la onzième heure, étant sorti, il en trouva d’autres qui se tenaient là ; et il leur dit : Pourquoi vous tenez-vous ici tout le jour sans rien faire ?

Vers la onzième heure, cinq heures du soir, tout près de la fin de la journée, il y avait encore des ouvriers qui se tenaient là (le texte reçu ajoute sans rien faire), ayant perdu presque toute la journée.

7 Ils lui disent : Parce que personne ne nous a loués. Il leur dit : Allez, vous aussi, à la vigne.

Ce n’était donc pas leur faute. Combien de milliers d’hommes vivent, en pleine chrétienté, sans avoir jamais entendu l’appel de l’Évangile ! Aussi ces ouvriers sont-ils encore invités à employer dans la vigne la dernière heure du jour.

Le texte reçu ajoute, comme au verset 4 « et ce qui sera juste, je vous le donnerai ». Ces mots paraissent devoir être retranchés d’après Codex Sinaiticus B, D, bien qu’ils se trouvent dans la plupart des majuscules Il semble du reste qu’à ce dernier moment une telle promesse était superflue.

8 Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en commençant depuis les derniers jusqu’aux premiers.

Commencer par les derniers, c’était déjà manifester la grande pensée de toute la parabole : dans le règne de Dieu, tout est grâce (comparer verset 16, note).

9 Et ceux de la onzième heure étant venus, ils reçurent chacun un denier. 10 Or les premiers étant venus, ils s’attendaient à recevoir davantage ; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier ; 11 et l’ayant reçu, ils murmuraient contre le maître de la maison, 12 disant : Ceux-là, les derniers, n’ont travaillé qu’une heure, et tu les as traités à l’égal de nous qui avons supporté le poids du jour et la chaleur.

Tout dans ces paroles trahit un mauvais esprit, et envers le maître et à l’égard des compagnons de service : le mot ceux-là a quelque chose de méprisant.

Les plaignants n’admettent pas même que ceux-ci ont travaillé, mais seulement employé (grec fait) une heure. Enfin leurs murmures s’adressent directement au maître. Ces hommes ont une singulière ressemblance avec le fils aîné de la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15.29-30).

13 Mais il répondit et dit à l’un d’eux : Ami, je ne te fais pas tort ; n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ? 14 Prends ce qui est à toi et va-t’en. Mais je veux donner à ce dernier autant qu’à toi.

Ces travailleurs se sont placés sur le terrain du droit. Ils étaient convenus avec le maître (verset 2), qui le leur rappelle ici d’une manière significative, ils viennent de faire valoir la différence entre leur travail et le travail des ouvriers de la onzième heure, toujours pour établir leur droit à recevoir davantage, or la réponse du maître, tout entière fondée sur ce même droit, est, à cet égard, sans réplique : aucun tort, tu es convenu, ce qui est à toi. Il y a même de la sévérité dans le mot va-t’en.

Le terme d’ami, ou compagnon, n’exprime ni affection ni rigueur (Matthieu 22.12 ; Matthieu 26.50).

15 Ne m’est-il donc pas permis de faire ce que je veux de ce qui est à moi ? Ou ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ?

Ici, plus de droit, mais grâce libre et souveraine : je veux, il m’est permis, ce qui est à moi ; puis contraste entre un œil mauvais (l’envie, la jalousie) et la bonté du maître.

16 Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers.

Cette sentence solennellement répétée (Matthieu 19.30 ; comparez Marc 10.31 ; Luc 13.30) présente le résumé et le sens profond de toute la parabole.

Pierre, en rappelant avec une certaine complaisance qu’il avait tout quitté pour suivre Jésus, s’était enquis d’une récompense (Matthieu 19.27). Il cédait ainsi à un sentiment faux et dangereux, celui de la propre justice. Jésus lui a fait d’abord une réponse encourageante, parce qu’au fond le disciple était sincère et plein d’amour pour son Maître ; mais il ajoutait à cette réponse un sérieux avertissement (verset 30, note) qu’il a voulu rendre plus impressif par le récit dramatique qui suit.

Combien il est saisissant ! Le maître qui appelle des ouvriers, c’est Dieu, qui a un droit absolu sur eux et qui leur fait une grâce immense en les appelant. En effet la vigne où il les envoie, c’est son beau règne de vérité, de justice et de paix. Les ouvriers qui ont le privilège d’y travailler ne sont pas seulement des docteurs ou pasteurs, mais tous ceux qui entendent l’appel et s’y rendent.

Les différentes heures du jour sont les divers âges de la vie humaine ou les époques de l’histoire du règne de Dieu.

Le travail, ce sont toutes les œuvres qui ont pour objet le bien des hommes, l’avancement du règne de Dieu. Le soir, c’est la fin de la vie ou la fin de l’économie présente, le retour de Christ, le divin intendant qui préside à la rétribution.

Le denier, enfin, c’est le salut, la vie éternelle, qui, parce qu’elle est d’une valeur infinie et sans proportion avec le travail des ouvriers, ne peut être qu’une grâce. Dans ce sens, il y a égalité entre tous, mais voici la différence : le denier peut avoir une valeur infiniment diverse selon la disposition intérieure de ceux qui le reçoivent, c’est-à-dire selon leur capacité morale de jouir de la vie du ciel.

Là ceux qui ont été les premiers au travail peuvent être les derniers. Et même, bien que Jésus ne les exclue pas, puisqu’il leur accorde le denier stipule, ils sont en danger de s’exclure eux-mêmes, selon que les sentiments qu’ils manifestent dans la parabole viendraient à prévaloir.

Ceux au contraire qui ont compris que, dans le règne de Dieu, tout est grâce, l’appel, le travail, la récompense, et qui se sont simplement confiés à la parole du maître peuvent être les premiers, bien qu’ils aient été les derniers au travail.

Il faut remarquer encore que le texte dit ici les premiers, les derniers, parce qu’il en est réellement ainsi dans la parabole, mais cela ne signifie point que tous les premiers doivent être les derniers et l’inverse. En effet, au chapitre précèdent (verset 30) on lit : plusieurs des premiers seront tes derniers. Le texte reçu ajoute : car il y en a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Cette sentence, que Jésus prononce ailleurs (Matthieu 22.14), est probablement inauthentique. Codex Sinaiticus, B. et les versions Égyptiennes ne l’ont pas, et il faut avouer qu’elle est peu en harmonie avec l’enseignement de notre parabole, qui ne traite point d’appelés et d’élus, mais des dispositions diverses de ceux qui travaillent dans le règne de Dieu, d’où même les derniers ne sont point exclus.

Aussi Calvin fait-il déjà cette remarque :

Il (Jésus-Christ) ne fait pas comparaison des réprouvés qui se détournent de la foi avec les élus qui y persévèrent, et dès lors la sentence qu’aucuns entrelacent ici : « plusieurs sont appelés, mais peu sont élus », n’est pas à propos.

Les exégètes qui, se fondant sur C, D, l’Itala et la Syriaque, admettent ces paroles comme authentiques ne savent trop qu’en faire dans l’interprétation. Meyer leur fait signifier que parmi ceux qui sont dans le royaume de Dieu, il en est peu qui soient choisis pour y être les premiers ce qui veut dire qu’il y aurait des élus parmi les élus ! Beaucoup plutôt pourrait-on penser, si cette sentence est authentique, que Jésus a voulu faire sentir, à ceux qui déjà sont les derniers par leur faute, le danger de se voir finalement rejetés.

17 Et Jésus montant à Jérusalem, prit à part les douze, et leur dit en chemin :
Plan
Troisième prédiction des souffrances du Christ

Jésus montant à Jérusalem prend à part les douze et leur fait une prédiction détaillée des événements qui vont s’accomplir à Jérusalem : il sera condamné par les autorités juives, maltraité et crucifié par les païens, et il ressuscitera le troisième jour (17-19).

La demande des fils de Zébédée
  1. La requête présentée par leur mère. La mère de Jacques et de Jean se prosterne devant Jésus et lui demande que ses fils occupent les deux premières places dans son royaume (20-21).
  2. Entretien de Jésus avec les fils. Jésus leur fait sentir ce que cette ambition a d’inconsidéré ; il ramène leur attention sur la coupe de ses souffrances, dont il venait de leur parler. Eux, se déclarent prêts à la boire. Jésus leur prédit alors qu’ils la boiront réellement, mais qu’il appartient à Dieu seul d’accorder les premières places dans le royaume de son Fils (22-23).
  3. Exhortation de Jésus aux autres disciples. Les prétentions des deux frères provoquent l’indignation des dix autres disciples. Jésus les appelle à lui et les met en garde contre l’esprit de domination, qui est celui des princes et des grands de ce monde. Parmi les disciples, celui qui voudra être grand devra se faire le serviteur de tous, suivant l’exemple du fils de l’homme, qui est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs (24-28).

17 à 28 Le Maître va souffrir ; les disciples aspirent à la gloire.

Comparer Marc 10.32-34 ; Luc 18.31-34.

Matthieu continue son récit du dernier voyage de Jésus à Jérusalem, qu’il a déjà indiqué en Matthieu 19.1.

Jésus prit à part les douze, parce qu’une grande foule le suivait (Matthieu 19.2).

18 Voici, nous montons à Jérusalem, et le fils de l’homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes, et ils le condamneront à mort ; 19 et ils le livreront aux païens, pour qu’ils s’en moquent et le battent de verges et le crucifient ; et le troisième jour il ressuscitera.

C’est la troisième fois que Jésus prédit à ses disciples ses souffrances (Matthieu 16.21 ; Matthieu 17.22-23). Plus le moment solennel approche, plus il devient explicite dans les détails de cette prédiction : les auteurs de ses souffrances, sa condamnation à la mort, la double trahison dont il sera l’objet, les tortures, la croix, tout est devant ses yeux, et dès lors sa passion a moralement commencé (comparer Marc 10.34, note).

Mais il voit un soleil glorieux se lever sur ces ténèbres ; le troisième jour il ressuscitera (comparer sur ce dernier trait de la prédiction Matthieu 16.21, seconde note).

Les trois premiers évangélistes consignent ici avec un parfait accord ces mémorables communications de leur Maître (Marc 10.32 et suivants ; Luc 18.31 et suivants).

20 Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de lui avec ses fils, se prosternant et lui demandant quelque chose.

Comparer Marc 10.35-45.

Alors, c’est-à-dire immédiatement après la prédiction qui précède ce qui prouve avec évidence combien peu les disciples en avaient compris la signification réelle (Luc 18.34). Ils lui donnèrent probablement un sens figuré quelconque.

La mère des fils de Zébédée, c’est-à-dire de Jacques et de Jean (Matthieu 4.21), était Salomé, sœur de Marie, mère de Jésus (Jean 19.25, note), elle faisait partie de ce petit cercle de femmes qui avaient suivi Jésus de la Galilée (Matthieu 27.56 ; Marc 15.40 ; Marc 16.1), et qui l’assistaient de leurs biens (Luc 8.3).

L’attitude que cette mère prend devant le Seigneur (se prosternant) montre qu’elle attache, à la demande qu’elle va lui adresser, une solennelle importance.

21 Et il lui dit : Que veux-tu ? Elle lui dit : Ordonne que ceux-ci, mes deux fils, soient assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ton royaume.

Salomé demande donc pour ses deux fils les deux premières places d’honneur dans le royaume du Sauveur ; elle désire qu’ils soient ses deux premiers ministres. Ses fils partageaient entièrement cette ambition de leur mère, car selon le récit de Marc (Marc 10.35), ce sont eux-mêmes qui adressèrent à Jésus cette demande, dont la pensée pouvait leur avoir été inspirée par sa promesse (Matthieu 19.28).

Ils prouvaient par là qu’ils avaient une idée très élevée de la majesté de leur Maître, un ardent amour pour lui, un désir sincère d’être les premiers à le servir. Mais que d’ignorance encore, quelles vues charnelles sur la nature de son règne, que d’orgueil enfin ! Et l’un de ces disciples était le doux et humble Jean. Combien il est évident qu’il devait passer par le baptême de feu de la Pentecôte !

22 Mais Jésus répondant dit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Ils lui disent : Nous le pouvons.

Le texte reçu avec C, des majuscules et des versions, ajoute ici et au verset suivant : et être baptisés du baptême dont je suis baptisé. Ces paroles, qui se retrouvent dans le récit de Marc d’où elles ont été empruntées, ne sont pas authentiques dans celui de Matthieu.

Les disciples et leur mère, ne savaient ce qu’ils demandaient, car ils ne pensaient qu’à un avenir glorieux, malgré la prédiction qui précède (versets 17-19), et Jésus a devant lui la coupe de ses souffrances ! Sont-ils prêts à la partager avec lui ? La coupe est, dans les langues orientales, l’image des destinées assignées à un homme, en particulier des souffrances qu’il aura à endurer (Psaumes 75.9 ; Jérémie 25.15 ; Matthieu 26.39 ; Jean 18.11).

Les deux disciples, auxquels Jésus s’est adressé directement et qui maintenant prennent la parole au lieu de la laisser à leur mère, ont compris que le chemin suivi par leur Maître va traverser de rudes souffrances ; mais ils ne reculent pas devant ces souffrances après avoir aspiré à la gloire (comparer Matthieu 26.33-35). Seulement ils n’écoutent ici que leur sincérité et leur courage, sans songer à leur faiblesse. Et toutefois Jésus ne les contredit point ; avec indulgence pour le présent et ne regardant qu’à l’avenir, il leur annonce réellement qu’ils boiront sa coupe (verset 23). En effet, bientôt Jean entrera courageusement dans la cour du souverain sacrificateur et suivra son Maître jusqu’au pied de la croix, tandis que Jacques sera le premier martyr d’entre les apôtres.

23 Il leur dit : Il est vrai que vous boirez ma coupe ; mais d’être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de le donner, mais cela est donné à ceux à qui cela a été préparé par mon Père.

Ces paroles sont difficiles à concilier avec d’autres déclarations de Jésus-Christ (par exemple, Matthieu 11.27 ; Matthieu 28.18 ; Jean 5.22, etc)..

Aussi ont-elles été très diversement interprétées depuis le temps des Pères jusqu’à nos jours. Ces interprétations se réduisent plus ou moins à la pensée que Jésus parle dans son état actuel d’abaissement, où il s’est volontairement dépouillé de sa puissance aussi bien que de sa gloire, tandis que les autres déclarations que nous venons de citer nous le montrent dans la plénitude de sa royauté divine. Il indiquerait donc ici une restriction temporaire de son pouvoir, comme il nous révèle ailleurs une restriction de sa connaissance (Matthieu 24.36 ; Marc 13.32).

Mais est-il nécessaire d’insister sur cette distinction Cette parole n’a pas pour but de faire le départ entre le pouvoir de Dieu et celui de Jésus-Christ et d’éclairer l’insondable mystère des relations du Père et du Fils. Jésus veut faire comprendre à ses disciples la condition à laquelle ils pourront être admis à occuper la place la plus éminente dans le royaume de Dieu. Cette faveur, dit-il, ne sera pas donnée d’une manière arbitraire et pour ainsi dire à l’avance. Il faut qu’une âme y soit longuement préparée par un développement qui la conduise à la sainteté parfaite ; et cette préparation dépend à la fois de la souveraineté de la grâce de Dieu et de la fidélité de cette âme.

Le Père a préparé le royaume (Matthieu 25.34) et c’est lui aussi qui prépare ses plus éminents serviteurs pour ce royaume par des grâces spéciales ; et l’on peut ajouter que certainement les deux disciples Jacques et Jean, dont l’ambition se trahit par leur demande, n’étaient pas alors sur le chemin qui conduit au plus haut degré de gloire et de félicité. Ils n’y parvinrent que plus tard.

24 Les dix ayant entendu cela, s’indignèrent contre les deux frères.

On ne peut guère supposer que cette indignation des autres disciples fût l’effet de leur humilité et du scandale que leur donnait l’ambition de Jacques et de Jean. Elle provenait bien plutôt de leur jalousie envers ces deux frères qui voulaient s’élever au-dessus d’eux.

25 Mais Jésus les ayant appelés, dit : Vous savez que les princes des nations les asservissent et que les grands exercent sur elles leur puissance. 26 Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; au contraire, quiconque voudra être grand parmi vous, sera votre serviteur ; 27 et quiconque voudra être le premier parmi vous, sera votre esclave ;

Jésus n’approuve pas plus l’indignation des autres disciples que l’ambition de Jacques et de Jean. Il les appelle donc tous auprès de lui pour leur donner une leçon d’humilité.

Il marque le contraste entre les serviteurs de son royaume et les princes et les grands des royaumes de ce monde. Ceux-ci les dominent, usent d’autorité (les termes grecs sont plus forts et pourraient se traduire : les oppriment, abusent de l’autorité), leur puissance n’ayant pour principe qu’un droit extérieur et pour moyen que la force.

Il en sera tout autrement parmi vous : votre autorité émanera tout entière de l’Esprit de Dieu et se fondera sur la vérité et la charité. Dans de telles conditions, vouloir être grand, c’est descendre ; vouloir être le premier, c’est devenir esclave et il en sera réellement ainsi au grand jour où les secrets des cœurs seront manifestés. C’est ce qu’indiquent clairement les verbes au futur.

28 de même que le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs.

Démonstration suprême du principe que Jésus vient de poser pour son royaume.

Le fils de l’homme (voir sur ce terme Matthieu 8.20, note) qui a fondé ce royaume, donna lui-même l’exemple de l’esprit qui devait y régner. Bien éloigné des dispositions qu’il combattait dans le cœur de ses disciples, et répudiant l’autorité des grands de ce monde, il ne voulut pas être servi. Sa vie entière fut consacrée au service de ses frères.

Son dévouement alla jusqu’au sacrifice de sa vie (Philippiens 2.8) Cette vie sainte, il voulut la donner, terme choisi à dessein, car il la donna comme une rançon, c’est-à-dire comme le prix qu’on payait pour racheter des esclaves ou des prisonniers de guerre (comparer 1 Corinthiens 6.20 ; 1 Corinthiens 7.23).

Ce mot se retrouve toujours, en grec, dans le terme que nous traduisons par rédemption, qui signifie rachat par le moyen d’une rançon. Ce prix d’une valeur infinie fut payé pour plusieurs (grec à la place de plusieurs).

Le mot plusieurs fait contraste avec un seul qui s’est substitué à eux ; car c’est pour tous qu’il a donné sa vie (Romains 5.18 ; Colossiens 1.20 ; 1 Jean 2.2 ; Hébreux 2.9).

Cette déclaration solennelle, sortie de la bouche de Jésus lui-même, indique clairement le but expiatoire et rédempteur de sa mort.

29 Et comme ils sortaient de Jéricho, une grande foule le suivit.
Plan
Le secours imploré

Comme Jésus sortait de cette ville, deux aveugles implorent à haute voix sa pitié. Repris par la foule, ils ne font que crier avec plus d’ardeur (29-31).

La guérison opérée

Alors Jésus s’arrête, les interroge avec bonté, et ému de compassion, touche leurs yeux ; aussitôt ils voient (32-34).

29 à 34 Les deux aveugles de Jéricho.

Comparer Marc 10.46-52, Luc 18.35-43.

D’après notre récit, Jésus montait à Jérusalem, venant d’au-delà du Jourdain, c’est-à-dire de la Pérée (Matthieu 19.1 ; Matthieu 20.17), son chemin le conduisait donc par Jéricho, ville célèbre située à deux lieues du Jourdain et à sept lieues à l’est de Jérusalem. Jésus s’y arrêta plus longtemps que ne le ferait supposer le récit de Matthieu (voir Luc 18.35 et suivants Luc 19.1 et suivants).

30 Et voici, deux aveugles assis au bord du chemin, ayant entendu que Jésus passait, crièrent, disant : Aie pitié de nous, Seigneur, fils de David !

Marc et Luc, en racontant cette guérison, ne parlent que d’un seul aveugle et encore avec cette différence que Marc place cette scène à la sortie de Jéricho, tandis que Luc la met aux approches de cette ville.

On a fait bien des tentatives diverses pour concilier cette double divergence. L’un de ces aveugles étant très connu (Marc le nomme par son nom : Bartimée l’aveugle), on a supposé que Marc et Luc ne mentionnaient que lui par cette raison.

On a supposé encore que Jésus guérit un aveugle à l’entrée et un autre à la sortie de la ville, et que Matthieu résume les deux faits en un. Mais est-il admissible qu’après un premier miracle de cette nature la foule eût voulu empêcher encore un second aveugle d’implorer le secours de Jésus ? Est-il probable aussi que, dans les deux cas, le dialogue entre l’aveugle et le Sauveur se trouvât être identiquement le même ? Non, il vaut mieux reconnaître une différence réelle entre nos divers récits, et ne pas vouloir les concilier par des explications forcées, peu dignes de l’Évangile (comparer Matthieu 8.29, note).

Aucune critique de détail ne peut diminuer la touchante beauté du récit qui va suivre, et que les trois synoptiques nous ont conservé dans tout ce qu’il a d’essentiel.

Cette appellation fils de David prouve que ces pauvres aveugles connaissaient Jésus et croyaient en lui comme au Messie promis à Israël (Matthieu 12.23 ; Matthieu 15.22, note). Aussi se bornent-ils dès l’abord à implorer sa compassion, sans oser demander rien de plus.

31 Et la foule les reprit pour les faire taire, mais ils crièrent plus fort, disant : Aie pitié de nous, Seigneur, fils de David !

Ce trait si naturel et qui se retrouve dans nos trois récits n’est pas de ceux qu’on invente. Il prouve que ces assistants étaient sous l’impression profonde de la solennité du moment, et qu’ils craignaient que Jésus, à la tête de ce nombreux cortège qui allait l’acclamer comme roi, ne fût importuné par les cris de deux malheureux assis au bord du chemin. Mais eux, pressés par leur misère et confiants en la compassion de celui qu’ils invoquent, ne font que redoubler leurs cris.

32 Et Jésus s’étant arrêté, les appela et dit : Que voulez-vous que je vous fasse ?

Jésus, lui, s’arrête, avec tout son cortège, appelle les malheureux et leur adresse une question qui n’avait d’autre but que de réveiller leur foi et de les encourager à lui présenter leur requête. C’est que, comme toujours à la vue de nos souffrances, il était ému de compassion (verset 34).

33 Ils lui disent : Seigneur, que nos yeux s’ouvrent. 34 Et Jésus, ému de compassion, toucha leurs yeux, et aussitôt ils virent de nouveau, et ils le suivirent.

C’est-à-dire qu’ils recouvrèrent la vue. Le texte reçu dit : leurs yeux virent de nouveau.

En suivant Jésus avec reconnaissance, ces aveugles guéris reçurent sans doute de lui des grâces plus précieuses encore que leur guérison.