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Marc 15
Bible Annotée (interlinéaire)

1 Et aussitôt, dès le matin, les principaux sacrificateurs, ayant tenu conseil avec les anciens et les scribes, et tout le sanhédrin, lièrent Jésus, l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
Chapitre 15 La résurrection et l’ascension

1 à 8 La visite des femmes au sépulcre.

Marc fait observer ici que, dans cette seconde délibération, le sanhédrin était au complet, renfermant les trois classes d’hommes qui composaient ce corps.

Il n’en avait probablement pas été de même pendant la première partie de la séance, dans laquelle la condamnation de Jésus venait d’être prononcée (Marc 14.53).

Maintenant il ne s’agissait plus que de livrer le Sauveur à Pilate, afin d’obtenir de lui l’autorisation d’exécuter la sentence (comparer Matthieu 27.1-2, notes). Ce fut l’accomplissement de la prédiction Marc 10.33.

2 Et Pilate l’interrogea : Es-tu le roi des Juifs ? Et répondant il lui dit : Tu le dis.
Plan
Pilate interroge Jésus

Pilate demande à Jésus s’il est le roi des Juifs. Jésus l’affirme. Les sacrificateurs portent diverses accusations contre lui. Jésus se tait, à l’étonnement de Pilate (2-5).

Pilate livre Jésus

Pilate avait coutume à la fête de relâcher un prisonnier. La foule demande qu’il soit fait selon l’usage. Pilate lui offre le roi des Juifs. Excité par les sacrificateurs, le peuple choisit Barabbas, séditieux et meurtrier, et répond aux questions de Pilate au sujet de Jésus par le cri répété de : Crucifie-le ! Pilate met en liberté Barabbas, et après avoir fait fouetter Jésus, le livre pour être crucifié (6-15).

Jésus abandonné aux outrages des soldats

Au milieu de la cohorte assemblée, Jésus, revêtu des insignes d’une royauté dérisoire, est l’objet des railleries et des outrages (16-20).

2 à 20 Jésus devant Pilate.

Voir, sur la comparution de Jésus devant Pilate, Matthieu 27.1-2 ; Matthieu 27.11-30, notes, et comparez Luc 23.1 et suivants et surtout Jean 18.28 et suivants

De tous les évangélistes, c’est Marc qui a le récit le plus abrégé de l’interrogatoire de Jésus par Pilate ; il se borne à quelques traits principaux, destinés à nous montrer que le gouverneur romain avait le désir de sauver Jésus, tandis que sa lâche faiblesse et sa politique égoïste succombent bientôt devant l’insistance passionnée des Juifs. Jean nous donne la relation la plus complète du dialogue de Jésus avec le gouverneur et des luttes que ce dernier soutint dans sa conscience, avant de la sacrifier à ses intérêts.

La question de Pilate exprime l’étonnement : Toi tu es le roi des Juifs ?

Cette question se trouve dans les quatre évangiles. Luc (Luc 23.2-3) nous apprend que le sanhédrin, après avoir condamné Jésus pour un crime religieux, le blasphème (Marc 14.64), changea devant Pilate ce chef d’accusation en un délit politique. Nouvelle iniquité dans ce procès, où tout n’est qu’un tissu de mensonges.

Tu le dis, hébraïsme qui signifie « oui, je le suis, comme tu le dis ». Jésus, en confessant sa divinité devant le sanhédrin et sa royauté devant Pilate a rendu de sa personne et de son œuvre le grand témoignage qui subsiste pour tous les temps.

(Voir, sur cette royauté, Jean 18.33-37, et, sur cette confession, 1 Timothée 6.13)

3 Et les principaux sacrificateurs l’accusaient de plusieurs choses.

Luc (Luc 23.2-3) a rapporté quelques-unes de ces accusations.

4 Et Pilate l’interrogea de nouveau et lui dit : Ne réponds-tu rien ? Vois de combien de choses ils t’accusent. 5 Mais Jésus ne répondit plus rien ; de sorte que Pilate était étonné. 6 Or, à chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.

Cet imparfait : il leur relâchait, exprime exactement la pensée de Matthieu : « avait la coutume de relâcher ».

7 Or il y avait le nommé Barabbas, détenu avec ses complices de sédition, parce qu’ils avaient commis un meurtre dans la sédition.

Marc et Luc rapportent en détail le crime de Barabbas et de ses complices mais sans nous dire quelle était la sédition au milieu de laquelle ils l’avaient commis.

8 Et la foule étant montée, se mit à demander ce qu’il faisait ordinairement pour eux.

La foule étant montée (Codex Sinaiticus, B, D, Itala), c’est-à-dire ayant gravi les degrés du tribunal ou les marches du palais de Pilate.

La foule demande selon qu’il faisait ordinairement pour elle, c’est-à-dire de leur relâcher un prisonnier.

D’après Matthieu (Matthieu 27.17), ce serait Pilate qui aurait pris l’initiative de cette offre, dans l’espoir que le peuple demanderait l’élargissement de Jésus.

9 Mais Pilate leur répondit : Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ?

C’est par ironie que Pilate appelle Jésus le roi des Juifs, mais cette ironie était dirigée contre les principaux du peuple, sur lesquels le gouverneur déversait ainsi sa mauvaise humeur.

On a supposé aussi que, désirant sauver Jésus, il faisait appel au sentiment national en lui donnant un titre que lui avait décerné la faveur populaire (comparer Jean 19.15).

10 Car il comprenait que c’était par envie que les principaux sacrificateurs l’avaient livré.

Grec : il connaissait ou reconnaissait ce mauvais motif des adversaires de Jésus, c’est-à-dire qu’il le pénétrait en les observant, au cours même de cette transaction.

La version ordinaire : il savait ou savait bien, pourrait faire supposer qu’il en avait eu connaissance auparavant et d’une autre manière.

11 Mais les principaux sacrificateurs incitèrent la foule à demander qu’il leur relâchât plutôt Barabbas.

Grec : incitèrent afin qu’il leur relâchât.

Marc et Luc nous montrent ainsi dans les chefs religieux du peuple les instigateurs de la foule qui n’était qu’un instrument dans leurs mains.

12 Et Pilate prenant de nouveau la parole, leur disait : Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez roi des Juifs ?

Codex Sinaiticus, B, C portent : que ferai-je donc ?

Ce n’étaient pas les accusateurs de Jésus qui l’appelaient roi des Juifs puisque, au contraire, ils lui reprochaient de s’attribuer cette qualité et lui en faisaient un crime devant le gouverneur romain.

Nous retrouvons donc ici l’ironie méprisante par laquelle Pilate se vengeait des membres du sanhédrin (verset 9).

13 Et ils crièrent de nouveau : Crucifie-le !

Le mot de nouveau montre qu’ils avaient déjà proféré ce cri : Crucifie-le ! C’est ce que Marc fait entendre au verset 11.

14 Mais Pilate leur disait : Quel mal a-t-il donc fait ? Et ils crièrent plus fort : Crucifie-le !

Quel mal a-t-il donc fait ?

Crucifie-le ! Telle est la logique et la justice de la haine et de toutes les mauvaises passions.

Ces verbes à l’imparfait : Pilate leur disait (versets 12, 14), indiquent que le gouverneur romain, dans son désir de sauver Jésus, revint plusieurs fois à ces questions.

15 Or Pilate, voulant satisfaire la foule, leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié.

Voir, sur l’horrible supplice de la flagellation, Matthieu 27.26, note.

D’après l’Évangile de Jean (Jean 19.1-4), ce supplice fut l’une des tentatives de Pilate pour satisfaire ou attendrir le peuple et sauver Jésus.

Dans Matthieu et Marc, cette intention n’est pas marquée, et la flagellation apparaît plutôt comme une conséquence de la condamnation du Sauveur et comme un prélude de son crucifiement.

16 Or les soldats l’emmenèrent dans l’intérieur de la cour qui est le prétoire, et ils convoquent toute la cohorte.

Comparer Matthieu 27.27, note.

Cet évangéliste dit : dans le prétoire ;

Marc plus exact : dans l’intérieur de la cour qui est le prétoire.

En effet, le mot cour désigne tout ensemble le palais et la cour intérieure, qu’entouraient les divers bâtiments de ce palais (Matthieu 26.3). C’est dans cette cour que l’on conduisit Jésus.

17 Et ils le revêtent de pourpre, et lui mettent autour de la tête une couronne d’épines qu’ils avaient tressée. 18 Et ils se mirent à le saluer, en disant : Salut, roi des Juifs ! 19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau, et ils crachaient sur lui ; et, fléchissant les genoux, ils l’adoraient. 20 Et lorsqu’ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau de pourpre et lui remirent ses propres vêtements. 21 Et ils le conduisent dehors pour le crucifier. Et ils contraignent un passant qui revenait des champs, un certain Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, de porter la croix de Jésus.
Plan
Avant le supplice

Les soldats emmènent Jésus pour le crucifier. Ils contraignent Simon de Cyrène de porter la croix. Arrivés en Golgotha, ils offrent à Jésus du vin mêlé de myrrhe. Jésus le refuse (21-23).

Le crucifiement

Ils le crucifient et se partagent ses vêtements. C’était la troisième heure. L’écriteau indiquant la cause de sa condamnation portait : Le roi des Juifs. Deux brigands sont crucifiés avec lui (24-27).

Les insultes

Les passants, les principaux sacrificateurs, les brigands l’injurient et le raillent, l’invitant à se sauver lui-même (29-32).

La mort

Dès la sixième heure des ténèbres règnent. À la neuvième heure, Jésus crie : Eloï, Eloï, lama sabachthani ! Quelques assistants voient dans ce cri un appel adressé à Élie. Quelqu’un lui tend une éponge imbibée de vinaigre. Jésus pousse un grand cri et expire (33-37).

Après la mort

Le voile du temple se déchire. Le centenier reconnaît Jésus pour le Fils de Dieu. L’évangéliste nomme quelques femmes, venues de Galilée, qui ont assisté au supplice (38-41).

21 à 41 Jésus crucifié.

Comparer Matthieu 27.28-30, notes. Ils le conduisent dehors, c’est-à-dire hors de la ville.

Voir, sur le récit de la mort de Jésus, Matthieu 27.31-54, notes, et comparez Luc 23.26 et suivants

Marc donne quelques détails sur ce Simon qu’on contraignit de porter la croix de Jésus. Il parait avoir séjourné à Cyrène, ville de Libye en Afrique, où il y avait beaucoup de Juifs (Actes 6.9). De là son surnom.

Le fait que Marc nomme aussi ses deux fils prouve qu’ils étaient bien connus au moment où cet Évangile fut écrit ; ils étaient probablement devenus des disciples de Jésus. Rufus est peut-être celui qui est mentionné Romains 16.13.

Quant à Alexandre, il n’a sans doute de commun que le nom avec ceux dont il est parlé dans Actes 19.33 et 1 Timothée 1.20.

Cette observation faite par Marc, que Simon revenait des champs, est un des arguments sur lesquels s’appuient ceux qui pensent que le jour de la mort de Jésus était le 14 nisan et non le 15, grand jour de la fête de Pâque, où le repos sabbatique était prescrit.

L’expression revenir des champs semble en effet impliquer qu’il était allé travailler et non, faire une simple promenade, comme l’ont prétendu quelques interprètes.

Le procès et l’exécution de Jésus, avec toutes les allées et venues auxquelles ils donnèrent lieu s’accorderaient du reste difficilement avec un jour de repos légal et de grande fête religieuse.

(Voir, sur cette question de la date de la mort du Sauveur, Jean 13.1, note, et comparez Frédéric Godet, Commentaire sur saint Luc, 3e édition page 446 et suivants, 547 et suivants)

22 Et ils le conduisent au lieu nommé Golgotha, ce qui, traduit, est le lieu du crâne. 23 Et ils lui donnaient du vin mêlé de myrrhe ; mais il n’en prit point.

Voir Matthieu 27.34, note.

On donnait aux suppliciés, dans une intention compatissante, au moment de l’exécution, une boisson destinée à les étourdir. Il faut remarquer ce verbe à l’imparfait, si familier à Marc : ils lui donnaient, lui offraient avec insistance ce vin, mais Jésus le refusa ; il voulut conserver toutes ses facultés et épuiser la coupe des souffrances.

24 Et ils le crucifient, et ils partagent ses vêtements, en les tirant au sort pour savoir ce que chacun prendrait.

Les verbes au présent, selon le vrai texte : ils le crucifient, ils partagent ses vêtements, rendent cette tragique scène encore plus actuelle et saisissante.

Voir, sur ces deux actes, Matthieu 27.35, notes.

25 Or c’était la troisième heure quand ils le crucifièrent.

La troisième heure, en comptant depuis six heures du matin, à la manière des Juifs, correspond à neuf heures.

Cette indication ne saurait s’accorder avec Jean 19.14, où il est dit qu’à la sixième heure (midi) Jésus était encore chez Pilate, qui allait le livrer aux Juifs. Il y a donc entre Marc et Jean un écart de trois heures.

26 Et l’inscription indiquant la cause de sa condamnation était ainsi conçue : Le Roi Des Juifs. 27 Et avec lui ils crucifient deux brigands, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche.

Matthieu 27.38, note.

Le texte reçu ajoute un verset 28 conçu en ces termes : Ainsi cette parole de l’Écriture fut accomplie : Il a été mis au rang des malfaiteurs (Ésaïe 53.12).

Cette citation a été faite par le Seigneur lui-même, dans la nuit de ses souffrances (Luc 22.37). Inscrite d’abord à la marge, elle a passé dans le texte de notre Évangile ; elle y paraissait fort bien à sa place à la suite du verset 27.

28 [Ainsi fut accompli ce que dit l’Écriture : Il a été mis au nombre des malfaiteurs.] 29 Et ceux qui passaient l’injuriaient, secouant la tête, et disant : Ohé ! Toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, 30 sauve-toi toi-même en descendant de la croix !

Ces injures consistaient en des gestes (branlant la tête), en des cris (ohé !) et en des paroles.

Détruire et rebâtir le temple était une allusion ironique au faux témoignage porté contre Jésus (Marc 14.58).

Ces mots : sauve-toi toi-même, étaient une amère raillerie de la prétention que Jésus avait de sauver les autres (Marc 15.31 ; Luc 23.35).

31 De même aussi les principaux sacrificateurs, se moquant entre eux avec les scribes, disaient : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ! 32 Que le Christ, le roi d’Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions ! Et ceux qui étaient crucifiés avec lui, l’insultaient.

Les principaux sacrificateurs et les scribes formaient un groupe à part : ils échangeaient entre eux leurs remarques railleuses.

Marc seul rapporte leur invocation au Christ, au roi d’Israël. Ils veulent voir pour croire. Hélas ! Si même Jésus était descendu de la croix devant leurs yeux, ils n’auraient pas cru, parce qu’ils s’en étaient rendus incapables et indignes.

L’insultaient ou lui disaient des outrages. Ces insultes sont attribuées aux deux brigands crucifiés, tandis que le récit de Luc nous fait connaître les sentiments bien différents de l’un d’eux (Luc 23.40 et suivants). Voir Matthieu 27.44, note.

33 Et quand la sixième heure fut venue il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.

De midi à trois heures. Ceci est en harmonie avec Matthieu et Luc ; mais d’après le verset 25, il y aurait eu déjà trois heures que Jésus endurait le supplice de la croix.

Quant à ces mots : il y eut des ténèbres, voir Matthieu 27.45, note.

34 Et à la neuvième heure Jésus cria d’une voix forte, disant : Eloï, Eloï, lama sabachthani ? Ce qui se traduit : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Voir sur cette parole Matthieu 27.46, note.

Marc a conservé la prononciation syriaque ou araméenne du mot Eloï, mon Dieu.

En hébreu, on dit Eli (Psaumes 22.2), et c’est sans doute sous cette dernière forme que Jésus prononça ces paroles, telle qu’elles sont dans le psaume qui occupait alors ses pensées. Elle expliquerait mieux la méprise ou le jeu de mots rapportés au verset suivant : il appelle Élie (Matthieu 27.47, note).

35 Et quelques-uns de ceux qui étaient présents, l’ayant entendu, disaient : Voici, il appelle Élie. 36 Et quelqu’un ayant couru et rempli de vinaigre une éponge, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire, en disant : Laissez, voyons si Élie vient le descendre !

Dans le récit de Matthieu (Matthieu 27.48-49), c’est l’un des assistants qui offre à Jésus ce rafraîchissement, et ce sont les autres qui, ensuite, prononcent ces paroles. La scène se passa sans doute ainsi.

On a tenté de concilier les deux récits en supposant que même ici, et malgré le mot : en disant, ce n’est pas le même homme qui agit et qui parle ; mais ce serait faire violence au texte.

On pourrait plutôt attribuer un sens sérieux à ces paroles : voyons si Élie vient, en supposant que celui qui les prononça était un Israélite qui, d’après la prophétie, attendait le retour d’Élie (Marc 9.11).

Mais le récit de Matthieu parait le plus naturel.

37 Mais Jésus, ayant poussé un grand cri, expira.

Un grand cri (grec une grande voix).

Marc ni Matthieu ne nous disent quelles paroles Jésus prononça ainsi à haute voix ; mais Jean (Jean 19.30) et Luc (Luc 23.46) nous les ont précieusement conservées.

38 Et le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’au bas.

Voir, sur ce fait, Matthieu 27.51, note.

39 Or le centenier qui se tenait en face de lui, voyant qu’il avait ainsi expiré, dit : Véritablement cet homme était Fils de Dieu !

Voir, sur cette exclamation du centenier et sur les causes qui avaient pu produire en lui de tels sentiments, Matthieu 27.54, note.

Marc fait l’observation que cet officier romain se tenait en face de lui (de Jésus), c’est-à-dire qu’il avait pu tout voir, tout entendre, recevoir les impressions profondes de ces grandes scènes de Golgotha.

C’est la même pensée que Matthieu a exprimée en disant : « ayant vu ce qui était arrivé ». Mais, d’après le texte reçu, Marc dit que ce qui a attiré l’attention du centenier, c’est que Jésus « eût ainsi expiré après avoir crié ».

De nombreux et éminents exégètes en ont conclu que le centenier fut frappé de ce que Jésus en rendant l’esprit avait encore la force de jeter un grand cri. Il y aurait vu un miracle, qui l’aurait amené à croire que ce mourant était un héros, un fils des dieux.

Certes, il faut répéter ici : « La lettre tue ». Ce ne fut pas la forte voix de Jésus mourant, mais bien les paroles qu’il prononça, cette prière, expression d’une ineffable confiance en Dieu : « Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » qui firent une impression profonde sur le centenier (verset 37, note).

D’ailleurs le mot : après avoir crié manque dans les manuscrits les plus anciens (Codex Sinaiticus, B), la plupart des critiques le suspectent, comme une glose tirée de Matthieu 27.50.

40 Or, il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin, parmi lesquelles étaient Marie-Magdelaine, et Marie, mère de Jacques le mineur et de Josès, et Salomé, 41 lesquelles, quand il était en Galilée, le suivaient et le servaient, et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

Parmi ces femmes pieuses, qui avaient eu le courage d’assister au supplice de Jésus jusqu’à la fin, Marc nomme les mêmes que Matthieu (Matthieu 27.56, note).

42 Et le soir étant déjà venu, comme c’était la préparation, c’est-à-dire une veille de sabbat,
Plan
Le corps de Jésus demandé à Pilate

Au soir, survient Joseph d’Arimathée. Il s’enhardit à demander le corps de Jésus à Pilate. Pilate le lui accorde, après s’être enquis auprès du centenier du moment de la mort (42-48).

Le corps de Jésus enseveli et déposé dans le sépulcre

Joseph enveloppe le corps dans un linceul et le dépose dans un sépulcre taillé dans le roc, devant lequel il roule une pierre. Deux femmes sont témoins de cette sépulture (46, 47).

42 à 47 Jésus mis dans le sépulcre.

Voir, sur ce récit de la sépulture de Jésus, Matthieu 27.57-61, note, et comparez Luc 23.50-56 et Jean 19.38 et suivants

Ces mots de Marc : comme c’était la préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat qui allait commencer à six heures, expliquent pourquoi Joseph d’Arimathée se hâta de mettre à exécution son pieux dessein.

43 Joseph d’Arimathée, conseiller de distinction, qui attendait, lui aussi, le royaume de Dieu, vint, et s’étant enhardi, il entra chez Pilate et lui demanda le corps de Jésus.

La description que Marc fait de Joseph peint la situation et les sentiments de cet homme.

Conseiller de distinction, il avait beaucoup à perdre en embrassant ainsi la cause du Crucifié ; il lui fallait donc du courage (s’étant enhardi) pour se rendre dans le palais de Pilate et lui demander le corps de Jésus ; mais ce courage, il l’eut, parce qu’il était disciple de Celui qu’il voulait honorer (Matthieu 27.58, note ; comparez Jean 19.38), ou, comme le dit Marc, parce qu’il attendait, lui aussi (avec beaucoup d’autres), le royaume de Dieu.

44 Mais Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort ; et, ayant appelé le centenier, il lui demanda s’il y avait longtemps qu’il était mort.

Les crucifiés pouvaient vivre plusieurs jours. Aussi Pilate s’étonna-t-il que Jésus fût déjà mort ; il voulut s’en assurer avant de livrer son corps (comparer Jean 19.31-35).

Encore un témoignage historique que Jésus était bien réellement mort. Marc seul a conservé ce trait.

45 Et l’ayant appris du centenier, il fit don du cadavre à Joseph.

Il fit don ou présent du cadavre (Le texte reçu, avec A, C, les majuscules, dit : du corps).

Marc choisit à dessein ce terme pour faire comprendre que Pilate accorda gratuitement à Joseph sa demande.

On aurait bien pu supposer, en effet, que l’avare gouverneur eût profitée de cette occasion pour exploiter le riche sénateur juif ; l’histoire fournit des exemples d’une telle cupidité en des cas semblables.

46 Et Joseph, ayant acheté un linceul, l’enveloppa dans ce linceul, après l’avoir descendu de la croix, et le mit dans un sépulcre qui était taillé dans le roc ; et il roula une pierre devant la porte du sépulcre. 47 Or, Marie-Magdelaine et Marie, mère de Josès, regardaient où on l’avait mis.

Le texte reçu dit : où on le mettait, ce qui supposerait qu’elles assistaient à l’ensevelissement.

Selon le vrai texte, elles revinrent au sépulcre après que cet acte eût été accompli et constatèrent où on avait mis Jésus. Matthieu (Matthieu 27.61) nous apprend qu’elles restèrent là longuement, « assises vis-à-vis du sépulcre », s’oubliant dans leur contemplation et leur douleur.

Au reste, l’évangéliste va nous dire quelle était leur intention (Marc 16.1).