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Marc 14
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Plan du commentaire biblique de Marc 14

Plan
La mort de Jésus complotée par les chefs du peuple

La Pâque devait avoir lieu dans deux jours ; les grands prêtres et les scribes cherchaient un moyen de s’emparer de lui et de le faire mourir, mais ils ne voulaient pas que ce fût pendant la fête, crainte d’une sédition (1, 2).

La mort de Jésus pressentie par une femme

Jésus était à table chez Simon le lépreux à Béthanie, une femme vient avec un vase d’albâtre plein d’un parfum de grand prix : elle brise le vase et répand le parfum sur la tête de Jésus. Quelques-uns blâment cette perte inutile : ce parfum, disent-ils, aurait pu être vendu trois cents deniers au profit des pauvres. Jésus leur reproche de faire de la peine à cette femme. Il déclare qu’elle a fait une bonne action envers lui. Ils pourront toujours faire du bien aux pauvres, tandis que lui, ils ne l’auront pas toujours. Pressentant la mort du Maître qu’elle aimait, elle a fait ce qui était en son pouvoir ; impuissante à le sauver, elle lui a rendu d’avance les derniers devoirs en lui sacrifiant ce qu’elle avait de plus précieux. Partout où l’Évangile sera prêché, ce qu’elle a fait sera raconté (3-9).

La mort de Jésus hâtée par la trahison de Judas

Judas l’un des douze, va trouver les grands sacrificateurs pour leur livrer Jésus. Ils le reçoivent avec joie et lui promettent de l’argent. Judas cherche une occasion de livrer Jésus (10, 11).

1 Or la fête de Pâque et des pains sans levain devait avoir lieu dans deux jours ; et les principaux sacrificateurs et les scribes cherchaient comment ils pourraient se saisir de lui par ruse et le faire mourir ;
Chapitre 14 les adieux de Jésus aux siens
1 à 11 le repas de Béthanie

Voir, sur cette introduction à l’histoire de la Passion, Matthieu 26.1-5, notes ; Luc 22.1-6.

Grec : la Pâque et les pains sans levain, deux termes pour exprimer la même chose, c’est-à-dire la plus grande fête religieuse des Juifs, célébrée en mémoire de leur délivrance de la captivité égyptienne.

Matthieu ne la désigne que par le mot de Pâque dont le sens, en hébreu, rappelait aux Israélites que l’ange exterminateur passa devant leur porte, teinte du sang d’un agneau, dans la nuit terrible du dernier jugement de Dieu sur l’Égypte.

Marc joint à ce mot celui de les pains sans levain, qui était aussi devenu une appellation usuelle de la fête, parce qu’on ne faisait usage que de ces pains pendant les sept jours que durait la fête, du 14 au 21 nisan (Exode 12.15-20 ; Lévitique 23.5-6).

Dans Matthieu, c’est Jésus qui annonce solennellement à ses disciples l’approche de cette Pâque, où « le fils de l’homme est livré pour être crucifié », tandis que Marc et Luc se bornent à constater que ce moment tragique était proche.

Il n’y a pas de doute que la relation de Matthieu ne soit conforme aux faits. Il convenait à « l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde » de dire clairement aux siens qu’il allait au-devant de ses souffrances et de sa mort, avec une parfaite connaissance de tout ce qui l’attendait, et, par conséquent, avec la pleine liberté et le saint dévouement de l’amour.

C’est à ce point de vue que l’histoire de la Passion nous apparaît dans toute sa vérité et sa grandeur divines. Aussi voudrait-on inscrire en tête des pages qui suivent ces paroles de l’Éternel : « Déchausse les souliers de tes pieds, car le lieu où tu es arrêté est une terre sainte » (Exode 3.5).

Ce car, que le texte reçu remplace par un mais, explique pourquoi les sacrificateurs et les scribes devaient chercher comment ils pourraient le saisir, et pourquoi ils devaient y mettre de la ruse : c’est qu’ils craignaient que, si leur dessein s’exécutait pendant la fête, il n’y eût du tumulte parmi le peuple, dans lequel Jésus avait des adhérents en grand nombre.

Ils voulaient donc que ce fût avant ou après la fête ; mais leurs desseins aveugles furent confondus par Dieu qui voulait substituer la Pâque chrétienne à la Pâque des Hébreux. Il se servit pour cela de l’instrument le plus indigne, Judas Iscariot (verset 10).

2 car ils disaient : Que ce ne soit pas pendant la fête, de peur qu’il n’y ait du tumulte parmi le peuple. 3 Et comme il était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, pendant qu’il était à table, une femme vint, ayant un vase d’albâtre plein d’un parfum de nard pur de grand prix ; et ayant brisé le vase d’albâtre, elle le lui répandit sur la tête.

Voir, sur ce récit, Matthieu 26.6-13, notes, et comparez Jean 12.1-8.

Ici encore, Marc a conservé divers traits significatifs qui lui sont propres. Comme Jean, il qualifie par un adjectif très peu usité le nard de grand prix que Marie va répandre sur la tête du Sauveur.

C’est le terme que nous traduisons par pur, et qui en grec signifie proprement fidèle, digne de confiance, ou encore authentique, non falsifié. Les deux narrateurs cherchent à exprimer par ce mot la qualité exquise de ce parfum, qui en faisait le grand prix.

Marc seul a conservé ce détail qui rend la scène si pittoresque : Marie brise l’albâtre qui contenait le parfum précieux, c’est-à-dire qu’elle rompt de sa main le col allongé et fin du vase antique, dont elle ne voulait rien conserver, mais le consacrer tout entier à Celui à qui elle témoignait ainsi sa vénération et son amour.

Le mot grec nard désigne à la fois le parfum précieux et la plante qui le produit, et qui est originaire des Indes.

4 Mais quelques-uns exprimaient entre eux leur indignation. Pourquoi cette perte du parfum a-t-elle été faite ?

Le texte reçu porte (grec) : quelques-uns étaient s’indignant entre eux et disant.

Les mots soulignés, empruntés à Matthieu, ne sont pas authentiques.

5 Car ce parfum pouvait être vendu plus de trois cents deniers, et être donné aux pauvres. Et ils murmuraient contre elle.

Voir Matthieu 26.8-9, notes.

Ce qui est ici propre à Marc, c’est d’abord (selon le vrai texte) le mot deux fois répété : ce parfum ; répétition qui nous fait, pour ainsi dire, entendre les murmures que quelques-uns des disciples échangeaient entre eux, à l’instigation de Judas (Jean 12.4).

Ensuite Marc se rencontre encore avec Jean dans l’indication du prix auquel on aurait pu vendre le parfum : trois cents deniers (environ 270 francs).

Judas ne craint pas d’estimer en chiffres l’amour de Marie, et, à ses yeux, il ne vaut pas trois cents deniers. Judas n’est pas le seul qui se montre positif jusqu’à ce point-là.

Grec : ils se fâchaient, s’irritaient contre elle, et sans doute lui adressaient des reproches.

6 Mais Jésus dit : Laissez-la, pourquoi lui faites-vous de la peine ? C’est une bonne œuvre qu’elle a faite à mon égard ; 7 car vous avez toujours les pauvres avec vous, et quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas toujours. 8 Ce qu’elle a pu, elle l’a fait ; elle a par avance embaumé mon corps pour la sépulture. 9 Mais en vérité, je vous le dis, en quelque endroit que l’Évangile soit prêché, dans le monde entier, ce qu’elle a fait sera aussi raconté en mémoire d’elle.

Voir Matthieu 26.10-12, notes.

Dans cette belle et touchante apologie que le Seigneur condescend à faire de l’action de Marie, il y a plusieurs traits importants qui appartiennent à Marc seul.

Et d’abord, ces mots : (verset 7) quand vous voulez, vous pouvez leur faire du bien.

Comme Matthieu se contente de mentionner les pauvres qui seront toujours là, on a vu, dans la réflexion ajoutée par Marc, une phrase superflue et qui trahit une tradition postérieure. Sans doute, à des hommes très intelligents, il suffisait pour repousser la réclamation de Judas en faveur des pauvres, de dire : « Ces pauvres, vous les aurez toujours ; » mais comme Jésus parlait à ses disciples qui n’entendaient pas les choses à demi-mot, l’application directe qu’il leur fait de sa pensée n’était point inutile.

Ensuite, c’est Marc seul qui a conservé cette parole : Ce qu’elle a pu, elle l’a fait.

C’est le plus grand et le plus beau témoignage d’approbation que Jésus puisse donner. Peu d’hommes l’ont mérité. Dans les circonstances tragiques où cette pauvre femme agissait, elle eût sacrifié avec joie sa vie pour sauver la vie de Jésus, et pour amener à ses pieds tous ceux qui ne savaient pas encore l’aimer. Rien de tout cela n’étant en son pouvoir, elle a fait au moins le sacrifice de ce qu’elle avait de plus précieux pour lui témoigner devant tous sa vénération et son amour.

C’est Marc enfin qui exprime d’une manière plus précise (verset 8) la pensée pleine de finesse et de profondeur qui se trouve aussi dans Matthieu : grec elle a anticipe de parfumer mon corps pour la sépulture.

Ces paroles ne sauraient être, comme on l’a trop généralement admis, une simple interprétation bienveillante de l’action de Marie. Marie avait recueilli de tous les signes qu’elle observait, et en particulier des prédictions de Jésus sur sa mort, le pressentiment douloureux qu’elle le voyait à Béthanie pour la dernière fois peut-être ; et elle lui rendait, vivant, l’honneur qu’elle aurait voulu lui rendre après sa mort.

Il faut remarquer encore le contraste qu’il y a entre les paroles attristées du verset 8 et la déclaration triomphante du verset 9. La pensée de Marie s’arrête sur la mort et la sépulture de son Sauveur, et Jésus le constate. Mais, ajoute-t-il, en portant son regard sur les profondeurs de l’avenir, en tout endroit, dans le monde entier, le vase de parfum de cette humble femme répandra sa bonne odeur par la prédication et la lecture de l’Évangile.

Le texte reçu efface ce contraste en omettant la particule mais. Ce même texte reproduit ici à tort l’expression de Mathieu : cet Évangile.

Cette parole pleine d’assurance confirme la prophétie précédente (Marc 13.10).

10 Et Judas Iscariot l’un des douze, s’en alla vers les principaux sacrificateurs, pour le leur livrer. 11 Eux, l’ayant entendu, en eurent de la joie, et ils promirent de lui donner de l’argent. Et il cherchait comment il pourrait le livrer en une occasion favorable.

Voir Matthieu 26.14-16 notes.

Tous les évangélistes, en parlant de Judas, s’accordent dans cette observation, qu’il était l’un des douze.

Ce souvenir parait être resté brûlant dans leurs cœurs.

D’après Matthieu, Judas aurait reçu immédiatement le prix de sa trahison, trente pièces d’argent. Marc et Luc se bornent à dire qu’on lui en fit la promesse, et attirent toute l’attention sur l’horrible joie des principaux sacrificateurs, à l’ouïe de la proposition du malheureux disciple. Judas et ces ministres de la religion se reverront bientôt, et ce moment suprême mettra au jour le dernier degré de l’endurcissement dans des hommes qui se disaient les conducteurs du peuple (Matthieu 27.3-4).

12 Et le premier jour des pains sans levain, quand on immolait la Pâque, ses disciples lui disent : Où veux-tu que nous allions faire des préparatifs pour que tu manges la Pâque ?
Plan
Les préparatifs du repas

Le premier jour des pains sans levain, les disciples demandent à Jésus où ils doivent lui préparer la Pâque. Il envoie deux d’entre eux en ville avec ordre de suivre un homme qu’ils rencontreront, portant une cruche ; le maître de la maison où entrera cet homme leur montrera une chambre haute. Les disciples trouvent tout conforme aux indications de Jésus et font les préparatifs (12-16).

Le repas. Le traître démasqué

Le soir Jésus arrive avec les douze. Pendant qu’ils mangent, Jésus déclare que l’un d’eux le livrera. Attristés, ils demandent tous : Est-ce moi ? Jésus désigne le traître et dit que la mort du fils de l’homme est l’accomplissement des Écritures, mais que celui qui est l’instrument de cette mort n’en est pas moins coupable et malheureux (17-21).

L’institution de la cène

Pendant le repas, Jésus prend du pain, le rompt et le distribue en disant : Ceci est mon corps. Il leur donne une coupe, dont ils boivent tous, et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, répandu pour plusieurs (22-24).

La clôture du repas

Jésus déclare qu’il ne boira plus de vin, jusqu’à ce qu’il le boive nouveau dans le royaume de Dieu. Après le chant des cantiques, ils s’acheminent vers la montagne des Oliviers (25, 26).

12 à 26 Le repas de la Pâque.

Comparer Matthieu 26.17-30 ; Luc 22.7-23.

Voir, sur les données relatives au jour de la Pâque, Matthieu 26.2 ; Matthieu 26.17, notes ; Luc 22.7, note.

Marc désigne ici ce jour par deux expressions très précises. Le premier jour des pains sans levain, et quand on immolait la Pâque, termes sous lesquels aucun Israélite ne pouvait comprendre autre chose que le 14 du mois de nisan, fixé par toutes les prescriptions de la loi, et par l’usage invariable des Israélites.

Luc (Luc 22.7) est encore plus explicite : « Le jour des pains sans levain dans lequel il fallait immoler la Pâque ».

Les synoptiques sont unanimes à placer le dernier repas de Jésus avec ses disciples au jour fixé par les prescriptions de la loi pour manger l’agneau pascal (Exode 12.6 ; Lévitique 23.5 ; Nombres 9.2-3 ; Nombres 28.16 ; Josué 5.10).

Quant à la différence qu’on trouve à ce sujet entre les trois premiers évangiles et le quatrième, voir Jean 13.1, note.

13 Et il envoie deux de ses disciples et leur dit : Allez dans la ville, et vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le ; 14 et en quelque lieu qu’il entre, dites au maître de la maison : Le Maître dit : Où est mon logis où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? 15 Et lui-même vous montrera une grande chambre haute, meublée, toute prête ; et là vous ferez les préparatifs pour nous.

Selon Matthieu (Matthieu 26.18, note), Jésus envoie ses disciples directement vers le maître de la maison où il désirait célébrer la Pâque.

Les récits de Marc et de Luc sont plus explicites. D’abord, ils rapportent que Jésus désigna pour cette mission deux disciples, dont Luc (Luc 22.7) a même conservé les noms ; c’étaient Pierre et Jean. D’après eux encore, Jésus prédit aux deux disciples qu’ils rencontreront un homme portant une cruche d’eau, qui les conduira à la maison désignée. On a voulu voir dans ce détail un élément miraculeux inutile, qui trahirait l’origine postérieure de notre récit.

Il est possible que Jésus, par une science surnaturelle, connût d’avance cette circonstance. Cela n’aurait rien d’étonnant de sa part. Ne voyait-il pas de loin l’ânon attaché à Bethphagé (Marc 11.2), et Nathanaël sous son figuier ? (Jean 1.49 ; comparez Marc 2.25)

Mais il se pourrait aussi qu’il se fût entendu avec le maître de maison, déjà informé de ses intentions (voir ci-dessous), pour que celui-ci envoyât, à une heure fixée, son serviteur puiser de l’eau.

D’autre part, il faut ne s’être jamais rendu compte de la situation, pour trouver inutiles les précautions que prend Jésus, et le mystère dont il entoure cette mission des deux disciples.

Déjà les chefs du peuple ont décrété sa mort. ; (Jean 11.47-54) il ne pouvait plus entrer à Jérusalem sans le plus grand danger et pourtant il lui importait d’y célébrer la Pâque, de là ces précautions destinées surtout à dérober à Judas la connaissance du lieu où l’on allait se réunir ; de là aussi le choix des deux disciples les plus sûrs, Pierre et Jean (Luc 22.8).

Les disciples doivent demander au maître de la maison (selon le vrai texte) : « Où est mon logis où je mangerai la Pâque ? » Ce petit mot seul suffirait à confirmer la supposition toute naturelle que ce maître de maison était un ami du Sauveur, et que, d’avance, Jésus était convenu avec lui de ce qu’il lui fait maintenant demander.

16 Et les disciples partirent, et ils vinrent dans la ville et trouvèrent les choses comme il le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque. 17 Et quand le soir fut venu, il arrive avec les douze. 18 Et comme ils étaient à table et qu’ils mangeaient, Jésus dit : En vérité, je vous dis que l’un de vous, qui mange avec moi, me livrera.

Voir Matthieu 26.21, note.

Ces mots : qui mange avec moi, ne sont point encore destinés, comme ceux du verset 20, à désigner Judas, mais font ressortir la grandeur du crime de ce disciple et la profonde douleur que sa trahison causait à Jésus (Jean 13.18).

19 Ils commencèrent à s’attrister, et à lui dire l’un après l’autre : Est-ce moi ?

Matthieu 26.22, note.

Le texte reçu avec A, D, la plupart des majuscules, ajoute, après : « Est-ce moi ? » ces mots et un autre : Est-ce moi ? qui manquent dans Codex Sinaiticus, B, C. Ils peuvent être une réminiscence de Matthieu 26.25.

20 Mais il répondit : C’est l’un des douze, qui trempe avec moi dans le plat.

Matthieu 26.23, note.

Les mots : qui trempe avec moi dans le plat désignent le traître comme l’un des convives, mais ne signifient pas qu’au moment même Judas plongeait son pain dans le plat, car, après la terrible révélation que Jésus venait de faire et qui remplit d’angoisse tous les disciples, il y eut sûrement une interruption dans le repas.

D’après Jean 13.26 et Matthieu 26.25 la désignation de Judas fut plus précise, cependant ses condisciples ne se rendirent pas compte de la trahison qu’il allait consommer (Jean 13.28-29).

21 Quant au fils de l’homme, il s’en va, selon qu’il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme par qui le fils de l’homme est livré ! Il eût été bon pour cet homme-là qu’il ne fût pas né.

Voir sur ces paroles Matthieu 26.24, note.

22 Et comme ils mangeaient, ayant pris du pain et prononcé une bénédiction, il le rompit et le leur donna, et dit : Prenez, ceci est mon corps.

Voir, sur les paroles de l’institution de la cène, Matthieu 26.26-29, notes.

Le texte reçu porte ici : « Prenez, mangez ».

Ce dernier mot, authentique dans Matthieu, ne l’est pas dans Marc ; mais il est tout à fait conforme à la nature des choses d’admettre que Jésus l’a prononcé.

23 Et ayant pris une coupe et rendu grâces, il la leur donna, et ils en burent tous.

Ils en burent tous. Ce mot dans Marc remplace et complète l’ordre donné par Jésus-Christ, selon Matthieu : Buvez-en tous.

Ces paroles, tout en nous révélant l’universalité et la richesse de la grâce de Dieu en Jésus-Christ, ont aussi une réelle importance historique, en présence de l’audacieux mépris de cet ordre, dont une si grande partie de l’Église chrétienne se rend coupable.

24 Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, lequel est répandu pour plusieurs.

Ici, comme dans Matthieu, les mots : grec Ceci est mon sang de l’alliance, sont bien le vrai texte.

Le texte reçu avec À et des majuscules porte : « mon sang de la nouvelle alliance ». Expression importée du texte de Luc.

Ce mot de Marc : répandu pour plusieurs (grec vrai texte, en faveur ou à la place de plusieurs), a au fond la même signification que celui de Matthieu, qui ajoute : « pour la rémission des péchés ; » car, sans cette immense grâce de Dieu, sans le pardon des péchés, dont la mort de Jésus-Christ nous a ouvert la source, nul ne saurait dire dans quel sens son sang a été répandu en notre faveur.

25 En vérité, je vous dis que je ne boirai plus du produit de la vigne, jusqu’à ce jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. 26 Et après qu’ils eurent chanté les cantiques, ils sortirent pour aller à la montagne des Oliviers. 27 Et Jésus leur dit : Tous, vous trouverez une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.
Plan
Entretien sur le chemin

Jésus déclare à ses disciples qu’il sera pour eux une occasion de chute, conformément à la prophétie, mais qu’après sa résurrection, il les précédera en Galilée. Pierre proteste de son inébranlable fidélité. Jésus lui prédit qu’il le reniera trois fois avant que le coq chante deux fois. Pierre se dit prêt à mourir plutôt que de renier son Maître ; tous font la même déclaration (27-31).

L’agonie de Jésus

Ils se rendent à Gethsémané. Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il leur confie son angoisse, et leur dit de veiller. Il s’éloigne et, se prosternant, il prie pour que cette épreuve lui soit épargnée ; il se soumet toutefois à la volonté du Père. Il trouve ses disciples endormis et reproche à Pierre de n’avoir pu veiller une heure. Il les exhorte à prier, vu la faiblesse de la chair. Il retourne prier en disant au Père que s’il n’est pas possible que la coupe passe loin de lui, sa volonté soit faite. Il trouve encore les disciples endormis. À son troisième retour auprès d’eux, il leur dit qu’ils peuvent dormir désormais, puis il leur déclare que l’heure est venue, qu’il va être livré, que le traître approche (32-42).

L’arrestation

Comme Jésus parle encore, Judas arrive avec une foule armée. Il désigne Jésus en lui donnant un baiser. Une tentative de résistance est faite par l’un des disciples. Jésus constate que ses adversaires sont venus après lui comme après un brigand, alors qu’ils auraient pu le saisir quand il enseignait dans le temple. C’est afin que les Écritures fussent accomplies. Tous ses disciples l’abandonnent. Un jeune homme suit de loin, enveloppé d’un drap. On veut l’appréhender ; il s’enfuit, laissant le drap aux mains des agresseurs (43-52).

Gethsémané
27 à 52 entretien sur le chemin, l’agonie de Jésus, l’arrestation

Grec : Vous serez scandalisés. Le texte reçu ajoute : en moi, cette nuit.

Ce dernier mot est authentique au verset 30.

28 Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée.

Voir, sur cette double prédiction, Matthieu 26.31-32 notes.

29 Mais Pierre lui dit : Quand même tous trouveraient une occasion de chute, non pas moi. 30 Et Jésus lui dit : En vérité je te dis que toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq ait chanté deux fois, tu me renieras trois fois.

Pierre a dit : Quand même tous, non pas moi, et le Seigneur lui répond : toi (omis à tort par le texte reçu), aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq ait chanté, et tout cela précédé de la solennelle affirmation : En vérité, je te dis !

Les quatre évangélistes sont unanimes dans cette prédiction que Pierre reniera trois fois son Maître avant que le coq ait chanté, mais Marc seul ajoute : « chanté deux fois » (comparer versets 68, 72).

Ce trait montre que le triple reniement de Pierre a pris un certain temps. C’est ce que confirme le récit de Luc (Luc 22.59).

31 Mais lui, il parlait avec abondance : Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point. Et tous disaient la même chose.

Tel est le sens de la variante de Codex Sinaiticus, B, C, D : lui (Pierre), parlait vivement, ou abondamment, ou excessivement, c’est-à-dire avec une extrême vivacité, avec la passion d’un homme ardent, qui se sentait froissé dans son orgueil par la prédiction du Sauveur.

Le texte reçu a : il disait encore plus expressément.

Le Seigneur avait dit : (verset 27) Tous vous serez scandalisés. Et tous, entraînés par la présomption de Pierre, démentent la parole du Maître (Voir, sur ce dialogue entre Jésus et son disciple, Matthieu 26.32-35, notes).

32 Et ils viennent en un lieu nommé Gethsémané. Et il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici jusqu’à ce que j’aie prié.

Voir, sur ce récit, Matthieu 26.36-46, notes, et comparer : Luc 22.40-46.

Nous ne relèverons ici que ce qui est particulier à Marc.

33 Et il prend avec lui Pierre et Jacques et Jean, et il commença à être saisi de frayeur et d’angoisse.

Marc, comme Matthieu, se sert de deux termes pour essayer de peindre l’inexprimable douleur du Sauveur. Mais le premier de ces termes est beaucoup plus fort dans notre évangile. Il exprime l’étonnement extrême, la stupeur.

Marc seul se sert de ce mot (Marc 9.15 ; Marc 16.5-6).

La pensée de Matthieu nous est plus compréhensible ; mais qui peut sonder les profondeurs mystérieuses de la souffrance morale qu’éprouvait alors le Sauveur ?

34 Et il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; demeurez ici et veillez.

Matthieu ajoute : avec moi.

Dans le vif sentiment de son isolement et de son angoisse, Jésus éprouve le besoin d’avoir au moins auprès de lui ces quelques amis, qui, hélas ! N’eurent pas même la force de veiller (verset 37) et le laissèrent tout à fait seul avec sa douleur et avec son Dieu.

35 Et étant allé un peu plus avant, il se prosternait à terre et priait, afin que, s’il était possible, cette heure passât loin de lui.

L’heure, l’heure suprême, fatale, est celle où se décide la destinée d’un homme, son bonheur ou son malheur, son existence ; et elle passe loin de lui quand elle s’écoule sans lui apporter les maux qu’il en redoutait.

Pour le Sauveur, cette heure c’était celle de Gethsémané et du Calvaire, mais surtout de Gethsémané.

Le mot heure a ici la même signification que le mot coupe (Marc 14.36 ; Marc 10.38).

Ce n’était pas la première fois que Jésus s’en servait pour désigner son grand sacrifice (Jean 12.27).

Il y avait longtemps qu’il connaissait cette heure et la voyait venir (Jean 2.4 ; Jean 7.30 ; Jean 13.1 ; Jean 17.1).

36 Et il disait : Abba, Père, toutes choses te sont possibles ; détourne cette coupe loin de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux !

La pensée de cette ardente supplication est la même que dans Matthieu (Matthieu 26.39), mais toutes les expressions sont particulières à Marc.

D’abord cette invocation de Dieu sous le doux nom de Père, conservé en araméen : Abba.

C’est dans la langue maternelle qu’on exprime les sentiments les plus intimes et les plus profonds, surtout les sentiments religieux. Ce mot, propre à la plupart des langues sémitiques, a sûrement été formé d’après le balbutiement du petit enfant. L’évangéliste joint au mot hébreu la traduction grecque, comme le fait l’apôtre Paul quand il emploie ce même mot, peut-être par une allusion au cri de Jésus en Gethsémané (Romains 8.15 ; Galates 4.6).

Ensuite Marc rend par cette affirmation : toutes choses te sont possibles, la pensée que Matthieu exprime en ces mots : s’il est possible.

Il n’y a pas contradiction entre ces deux termes : savoir que tout est possible à Dieu est un grand encouragement dans la prière ; mais se convaincre aussi qu’il est des choses qui ne sont pas possibles à Dieu lui-même, si elles ne sont pas conformes à sa sagesse et à sa miséricorde, c’est un puissant motif de renoncer à ce que nous lui demandons.

Enfin c’est Marc et Luc qui expriment la demande du Sauveur par ce terme énergique : détourne cette coupe !

Chacun des trois évangélistes rend à sa manière cette expression de la profonde soumission du Sauveur à la volonté de son Père.

Matthieu : non pas comme je veux, mais comme tu veux ;

Luc : non ma volonté, mais la tienne se fasse :

Marc : non ce que je veux, mais ce que tu veux.

Il y a là des nuances qui portent avec elles leur instruction, et qui n’existeraient pas si, comme on le prétend, l’un des évangiles avait servi de source aux deux autres, ou s’ils avaient à leur base une même narration écrite.

37 Et il vient et les trouve endormis ; et il dit à Pierre : Simon, tu dors ! tu n’as pu veiller une seule heure ! 38 Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible.

Voir Matthieu 26.40-41, notes.

Selon notre évangile, Jésus donne à Pierre son ancien nom de Simon, comme toutes les fois qu’il l’avertit de sa faiblesse (Jean 21.15).

Combien cette exhortation à la vigilance, prononcée en un tel moment, est impressive !

39 Et il s’en alla encore et pria, disant les mêmes paroles.

Matthieu (Matthieu 26.44) mentionne en ces termes la troisième prière de Jésus ; il avait auparavant (verset 42) rapporté les paroles que Jésus prononça dans sa seconde prière.

Il ressort de notre verset 41 que, d’après Marc aussi, Jésus s’est éloigné trois fois de ses disciples pour prier.

40 Et étant revenu, il les trouva encore endormis ; car leurs yeux étaient fort appesantis ; et ils ne savaient que lui répondre.

Voir, sur le sommeil des disciples, Matthieu 26.40, note.

Marc le décrit avec plus de force : un poids irrésistible pesait sur leurs paupières ; et il ajoute ce dernier trait : ils ne savaient que lui répondre, c’est-à-dire, que répondre à Jésus qui leur reprochait leur manque de vigilance.

Ces mots rappellent ceux du chapitre 9.6 comme le sommeil des disciples en Gethsémané rappelle celui qui les accabla lors de la transfiguration.

41 Et il vient pour la troisième fois, et leur dit : Dormez désormais et reposez-vous ! Il suffit ! l’heure est venue, voici, le fils de l’homme est livré entre les mains des pécheurs !

Marc est littéralement d’accord avec Matthieu, dans ces paroles qui ont été si diversement interprétées. Voir Matthieu 26.45, 1re note.

42 Levez-vous, allons ! voici, celui qui me livre s’approche !

Comparer Matthieu 26.45, 2e note.

Marc ajoute un terme que nous traduisons par : Il suffit ! et qui a singulièrement occupé la sagacité des interprètes.

Le verbe grec est vague et comporte plusieurs sens.

Les uns ont traduit : C’en est fait de mon angoisse, elle est passée, éloignée. D’autres : C’est fini, tout est accompli, voici le moment suprême de mon existence terrestre. Mais nous écartons toutes les significations de ce mot qui seraient une réflexion de Jésus sur lui-même ; il parle à ses disciples et pour eux.

Après leur avoir dit avec une douloureuse ironie : Dormez désormais et vous reposez, il est saisi par tout ce qu’il y a de tragique dans la situation, et il s’écrie avec une décision héroïque : Mais non, il suffit ! c’est assez dormir ! L’heure est venue ! Voici, le fils de l’homme est livré ! (verbe au présent). Levez-vous, allons ! Voici, celui qui me livre s’approche !

Admirable relèvement, triomphe de la force divine en Jésus après toutes les angoisses et les défaillances de Gethsémané ! Quant aux causes de la souffrance morale du Sauveur, voir Matthieu 26.46, note.

43 Et aussitôt, comme il parlait encore, survient Judas Iscariot, l’un des douze, et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, de la part des principaux sacrificateurs et des scribes et des anciens.

Voir, sur l’arrestation de Jésus en Gethsémané Matthieu 26.47-56 notes.

Le récit de Marc est abrégé. Le texte reçu, avec A, C, D, ajoute « une grande foule : » texte conformé à celui de Matthieu.

44 Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu, disant : Celui que j’embrasserai, c’est lui ; saisissez-le, et emmenez-le sûrement.

Un signe dont on était convenu d’avance. Rien n’avait été négligé entre le traître et ses complices. Emmenez-le sûrement.

Judas n’était pas sans crainte qu’il n’y eût de la résistance parmi les amis de Jésus et de la part du peuple.

45 Et quand il fut arrivé, s’approchant aussitôt de lui, il dit : Rabbi ! et il l’embrassa.

Selon le texte reçu, Judas aurait répété ce titre d’honneur, rabbi, rabbi, qui signifie maître ou docteur et, selon l’étymologie hébraïque, grand en science, en honneur.

Si la leçon ordinaire est authentique, cette répétition du même mot trahirait en Judas une anxiété, un embarras qui n’étaient que trop naturels, ou le désir de rendre à Jésus un hommage hypocrite.

Mais la plupart des critiques, d’après Codex Sinaiticus, B, C D, rejettent cette répétition.

Ce verbe il le baisa, est composé, en grec, d’une particule indiquant que Judas aurait mis dans cette action une sorte d’empressement : « il le baisa avec effusion ». Voir Matthieu 26.49, note.

46 Et eux mirent les mains sur lui et le saisirent. 47 Mais un de ceux qui étaient présents, tirant son épée, frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui emporta l’oreille.

Voir Matthieu 26.51-52 notes, et comparez Jean 18.10-11 ; Luc 22.51.

48 Et Jésus prenant la parole, leur dit : Vous êtes sortis comme après un brigand, avec des épées et des bâtons, pour me prendre. 49 Chaque jour j’étais au milieu de vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez point saisi ; mais c’est afin que les Ecritures fussent accomplies.

Matthieu 26.55-56, notes.

Par les Écritures, Jésus entend les prophéties relatives à ses souffrances et à sa mort. Il faut compléter cette phrase mais c’est afin que, en sous-entendant : « ceci m’arrive afin que… »

50 Et tous l’abandonnant, s’enfuirent. 51 Et un certain jeune homme le suivait, enveloppé d’un drap sur le corps nu ; et on le saisit,

Le texte reçu porte : « et des jeunes gens le saisirent ; » mais les mots soulignés n’étant pas authentiques, il ne reste que ceux-ci : ils le saisirent ou on le saisit.

52 mais lui, laissant le drap, s’enfuit tout nu.

Cet incident extraordinaire, dont Marc a conservé le souvenir, a donné lieu à nombre de suppositions.

D’où pouvait venir ce jeune homme couvert simplement d’un drap ou d’un vêtement de nuit en toile ?

On a supposé que c’était le fils de la maison où Jésus avait passé la dernière soirée avec ses disciples. Mais aurait-il traversé les rues de Jérusalem et la vallée du Cédron dans ce léger costume !

On a pensé avec plus de raison qu’il sortait de quelque maison de campagne voisine du jardin des Oliviers, ayant été réveillé par le bruit que faisait la foule (verset 43).

On a supposé encore, avec vraisemblance, que c’était un disciple de Jésus, comme parait l’indiquer l’intérêt avec lequel il le suivait.

Enfin on s’est demandé qui pouvait être ce jeune disciple du Sauveur ; et, depuis les Pères de l’Église jusqu’à nos jours, on n’a pas manqué de proposer des noms propres.

Quelques exégètes modernes (Olshausen, Lange, Holtzmann, Weiss) s’arrêtent à l’idée que c’était Marc lui-même. Simple hypothèse, mais qui résout au moins cette autre question : où notre évangéliste a-t-il puisé la connaissance de ce fait, et quel intérêt celui-ci présentait-il à ses yeux ? Il aurait raconté sa propre expérience.

53 Et ils emmenèrent Jésus chez le souverain sacrificateur, et tous les principaux sacrificateurs et les anciens et les scribes s’assemblent.
Plan
La séance de nuit

a) Les faux témoignages en désaccord. Jésus, suivi de loin par Pierre, est conduit chez le souverain sacrificateur, où le sanhédrin s’assemble. Les membres de l’assemblée cherchent en vain un motif de condamnation. Les dépositions des témoins ne concordent pas. Quelques-uns rapportent un écho de sa parole sur la réédification du temple en trois jours, mais eux non plus ne sont pas d’accord (53-89).

b) Jésus interrogé par le souverain sacrificateur. Alors le souverain sacrificateur se lève et demande à Jésus s’il n’a rien à répondre à ces accusations. Jésus se tait. Le souverain sacrificateur lui demande s’il est le Christ, le Fils de celui qui est béni. Jésus déclare qu’il l’est et que ses adversaires le verront assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel (60-62).

c) Jésus condamné à mort. Le souverain sacrificateur, déchirant ses vêtements, prend les membres de l’assemblée à témoin du blasphème. Tous condamnent Jésus à mort, puis ils le maltraitent. Les huissiers le reçoivent à coups de bâtons (63-65).

Le reniement de Pierre

a) Premier reniement. Pendant que Pierre se chauffe dans la cour, une servante du souverain sacrificateur le reconnaît et le signale comme un de ceux qui étaient avec Jésus. Pierre le nie. Il sort au vestibule. Le coq chante (66-68).

b) Deuxième et troisième reniement. La servante le voit de nouveau et le désigne aux assistants. Il nie encore. D’autres répètent la même affirmation, en se fondant sur ce que Pierre est Galiléen. Il jure qu’il ne connaît pas Jésus (69-71).

c) Repentir de Pierre. Aussitôt le coq chante pour la seconde fois. Pierre se souvient de la prédiction de Jésus et pleure (72).

La seconde partie de la séance au matin

Après avoir tenu conseil encore au matin, le sanhédrin livre Jésus à Pilate (15.1).

Le procès
14.53 à 15.1 Jésus devant les autorités juives

Voir, sur ce récit, Matthieu 26.57-68, notes, et comparez Luc 22.54 et suivants

D’après les synoptiques, Jésus est conduit directement chez le souverain sacrificateur, Caïphe. Ils passent sous silence la comparution devant Anne (voir Jean 18.13, note). C’est là que les trois classes d’hommes désignées dans ce verset, et qui composaient le sanhédrin ou conseil suprême s’assemblent, dès qu’ils sont avertis, pendant la nuit, que Jésus venait d’être arrêté à Gethsémané. B, A, et d’autres ajoutent un pronom au verbe s’assemblent.

Les uns le traduisent par chez lui (le souverain sacrificateur) ; les autres par avec lui (Jésus : en ce sens qu’ils arrivent en même temps que lui au palais de Caïphe). Cette leçon pourrait être authentique en raison même de sa difficulté.

54 Et Pierre le suivit de loin, jusque dans l’intérieur de la cour du souverain sacrificateur ; et il était assis avec les huissiers et se chauffait près du feu.

Grec : près de la lumière, mot que Marc choisit à dessein pour faire comprendre que c’était un feu brillant, au moyen duquel Pierre put très bien être reconnu (verset 66 et suivants).

55 Or, les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mourir ; et ils n’en trouvaient point. 56 Car plusieurs portaient de faux témoignages contre lui ; mais leurs dépositions n’étaient pas d’accord.

La particule car motive le fait que le conseil devait chercher encore un témoignage contre Jésus.

La raison en était que plusieurs apportaient des dépositions, mais que ces dépositions n’étaient pas d’accord, ce qui les rendait nulles (Deutéronome 17.6).

Ce trait caractéristique de la procédure, que Marc seul a noté, prouve que chaque témoin était entendu en l’absence des autres. On voulait se donner au moins les apparences de la légalité.

57 Et quelques-uns s’étant levés, portaient un faux témoignage contre lui, disant : 58 Nous lui avons entendu dire : Je détruirai ce sanctuaire fait par la main des hommes, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait par la main des hommes.

Ce témoignage, que Matthieu rapporte d’une manière plus simple, était l’écho lointain d’une parole profonde de Jésus (Jean 2.19, note), qui, mal comprise, parait avoir laissé une impression durable dans l’esprit du peuple ; (Actes 6.14) il y voyait un blasphème contre le lieu saint.

Mais ce qu’il y a ici de plus remarquable, c’est l’espèce de commentaire dont le faux témoin accompagne cette parole, par le contraste qu’il établit entre un sanctuaire fait par la main des hommes et un autre qui ne sera pas fait par la main des hommes (grec : fait de main, non fait de main).

Dans le peuple, on comprenait la parole de Jésus comme la prophétie d’un culte plus spirituel que celui du temple ; même interprétée ainsi, elle paraissait un outrage contre ce dernier. Ce détail, du reste, est particulier à Marc (voir Matthieu 26.61, note).

59 Et même ainsi leur déposition n’était pas non plus d’accord. 60 Et le souverain sacrificateur s’étant levé au milieu du conseil, interrogea Jésus, disant : Ne réponds-tu rien ? Qu’est ce que ceux-ci déposent contre toi ?

Grec : s’étant levé (et avancé) au milieu (de la salle).

Détail conservé par Marc, et qui montre la solennité ou plutôt la passion que le souverain sacrificateur apportait dans la procédure.

61 Mais il gardait le silence ; et il ne répondit rien. Le souverain sacrificateur l’interrogeait encore, et il lui dit : Es-tu le Christ, le Fils de Celui qui est béni ?

Silence éloquent. L’imparfait : il gardait le silence, indique que Jésus persistait dans cette attitude malgré les efforts du souverain sacrificateur, l’aoriste : il ne répondit rien consigne le résultat final (comparer Matthieu 26.63 ; Matthieu 27.14, notes).

Grec : Toi es-tu le Messie, le Fils du Béni ?

Ce dernier mot est un hébraïsme par lequel les Juifs désignaient avec dévotion le Dieu digne de toute adoration. Par ce langage hypocrite et par cette question à la fois solennelle et méprisante (toi), Caïphe préparait son auditoire à trouver un blasphème dans la réponse de Jésus, si cette réponse était affirmative.

(Voir, sur cette question, Matthieu 26.63, note).

62 Et Jésus dit : Je le suis ; et vous verrez le fils de l’homme assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel.

Grec : Moi je le suis !

Voir Matthieu 26.64, notes.

Il faut remarquer qu’ici on ne trouve pas, comme dans Matthieu, le désormais vous verrez, ce qui rend la pensée plus simple et l’élève directement vers la Puissance divine et vers cette gloire dans laquelle le fils de l’homme viendra sur les nuées du ciel.

63 Alors le souverain sacrificateur ayant déchiré ses vêtements, dit : Qu’avons-nous encore besoin de témoins ?

Grec : ses tuniques.

On sait que les riches en portaient deux de différente grandeur.

64 Vous avez entendu le blasphème. Que vous en semble ? Et tous le condamnèrent comme méritant la mort.

Voir Matthieu 26.65, note.

Grec : tous le condamnèrent être coupable de mort. (Matthieu 26.66, note ; comparez Marc 3.29 ; Matthieu 5.21-22)

65 Et quelques-uns commencèrent à cracher contre lui et à lui couvrir le visage et à le souffleter et à lui dire : Prophétise ! Et les serviteurs le reçurent à coups de bâtons.

Ce mot : quelques-uns commencèrent, montre que ces horribles traitements furent le résultat immédiat de la condamnation de Jésus.

Mais qui sont ces quelques-uns qui les lui infligent ? (voir Matthieu 26.67, note).

D’après Matthieu et Marc, qui opposent ces quelques-uns au mot tous du verset précèdent, il n’y a pas de doute que des membres du sanhédrin n’aient pris part à ces indignes outrages, car Marc fait une distinction entre ces hommes et les serviteurs, qui le reçurent à coups de bâtons.

Luc seul (Luc 22.63) parait tout attribuer à « ceux qui tenaient Jésus », c’est-à-dire aux soldats de la troupe (voir la note).

Lui couvrir le visage n’avait d’autre but que de préparer cette injonction ironique : Prophétise ! Ce mot est expliqué par la parole que rapporte Matthieu : « Devine qui est celui qui t’a frappé ».

Le texte reçu dit : les serviteurs (ou huissiers) lui donnaient des coups de bâton. La variante admise d’après la plupart des majuscules, tout en exprimant la même idée, nous apprend aussi que Jésus fut à ce moment livré aux serviteurs ; elle confirme par conséquent la pensée que les mauvais traitements décrits dans ce verset furent d’abord infligés au Sauveur par les membres du sanhédrin eux-mêmes.

66 Et comme Pierre était en bas dans la cour, survient une des servantes du souverain sacrificateur ; 67 et voyant Pierre qui se chauffait, l’ayant considéré, elle lui dit : Toi aussi, tu étais avec le Nazarénien Jésus.

Voir, sur le reniement de Pierre, Matthieu 26.69-75, notes, et comparez Luc 22.56-62.

Marc décrit très vivement la scène. D’abord il remarque que Pierre était en bas dans la cour ; la salle du jugement était donc plus élevée (comparer Luc 22.61, note).

Puis il nous montre Pierre qui se chauffait au feu (verset 54), et la servante du sacrificateur qui le voit et le considère attentivement avant de l’accuser.

Enfin, Jésus est ici désigné comme Nazarénien au lieu de Galiléen.

68 Mais il le nia, disant : Je ne sais ni ne comprends ce que tu dis. Et il sortit dehors dans le vestibule ; et le coq chanta.

Grec : selon une variante de Codex Sinaiticus, B, D : Ni je ne sais, ni je ne comprends ce que tu dis (Matthieu 26.70, note).

La leçon reçue, qui unit moins étroitement les deux verbes, pourrait se traduire : « Je ne le connais pas et ne sais ce que tu dis » (comparer verset 71).

Vestibule ou cour extérieure.

Matthieu parle de la porte qui y conduisait ; l’idée est la même.

Ce chant du coq fut le premier d’après Marc, qui en admet deux (verset 30, notes, et verset 72).

Ces mots et le coq chanta manquent dans Codex Sinaiticus, B. Ils sont conservés par Tischendorf.

69 Et la servante l’ayant vu de nouveau, se mit à dire à ceux qui étaient présents : Celui-ci est des leurs.

Cette servante est la même qui avait déjà accusé Pierre, tandis que Matthieu dit que ce fut une autre, et que Luc attribue cette seconde accusation à un homme.

(Voir, sur les différences relatives aux personnes qui adressent à Pierre ces questions, Luc 22.58, note).

Notre traduction est conforme au texte de À et de la plupart des majuscules Codex Sinaiticus, C placent de nouveau après se mit à dire. B l’omet.

70 Mais il le niait de nouveau. Et un peu après, ceux qui étaient présents disaient de nouveau à Pierre : Vraiment, tu es des leurs, car aussi tu es Galiléen.

Son accent galiléen le faisait connaître (Matthieu 26.73).

Le texte reçu ajoute même ces mots : et ton langage ressemble au leur, par lesquels on a voulu introduire ici la pensée de Matthieu.

71 Mais il se mit à faire des imprécations et à jurer : Je ne connais point cet homme dont vous parlez.

Voir Matthieu 26.74, note.

Grec : « il se mit à anathématiser », ou à prononcer des anathèmes (contre lui-même) et à jurer pour affirmer qu’il ne connaissait pas Jésus.

Marc emploie les mêmes termes que Matthieu, mais il adoucit le second reniement, en ce qu’il y omet le serment.

72 Et aussitôt le coq chanta pour la seconde fois. Et Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite : Avant que le coq ait chanté deux fois, tu me renieras trois fois. Et en y pensant, il pleurait.

Voir verset 30, note.

Il y a peu de mots de l’Évangile qui aient subi plus d’interprétations et de traductions diverses que celui que nous rendons par : en y pensant. C’est un de ces verbes grecs composés qui signifient à peu près tout ce qu’on veut, et dont le sens doit être déterminé par le contexte.

Les anciens traducteurs (Bèze, Ostervald), pour se conformer à Matthieu et à Luc, disent : Et étant sorti promptement ou s’étant jeté dehors, il pleura.

Luther, Calvin, Segond, Stapfer traduisent : il commença à pleurer.

Cette version est conforme au texte de D qui substitue le verbe : il commença, au participe qui se lit dans les autres documents.

L’Itala, la vulgate, les versions syriaques suivent ce texte.

Quelques-uns proposent de traduire : s’étant couvert la tête de son manteau ; d’autres : ayant jeté les yeux sur Jésus, etc.

Enfin, plusieurs interprètes et traducteurs éminents (Weiss, Holtzmann, les versions de Pau-Vevey, Rilliet, Ostervald révisé), rattachant cette parole à celle qui précède : Pierre se ressouvint, donnent à notre passage cette signification autorisée par la grammaire : et rentrant en lui-même, ou en y réfléchissant, en y pensant, il pleurait.

Cela veut dire que, dans la suite, quand cette pensée lui revenait à l’esprit, elle lui arrachait des larmes. Et, en effet, quelque sens qu’on donne au premier de ces deux verbes, il faut rejeter comme fausse toute traduction qui rend le second, comme on le fait si souvent, par un passé défini (il pleura), au lieu de cet imparfait, voulu par l’évangéliste, il pleurait.

Dans tout son évangile, Marc emploie très fréquemment ce temps du verbe, qu’il ne confond jamais avec un autre, et par lequel il exprime la répétition, ou la durée, ou la permanence d’une action. Or, qu’il est touchant et vrai ce récit qui nous montre la douloureuse émotion de Pierre, sa profonde repentance, se manifestant par des larmes chaque fois qu’il se souvenait de ce moment tragique de sa vie !