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Luc 8
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Luc 8

Jésus et son cortège

L’évangéliste nous présente le Sauveur allant de lieu en lieu pour annoncer le royaume de Dieu, accompagné des douze et de quelques femmes qui, guéries par lui de leurs infirmités, l’assistent de leurs biens. Il nous indique les noms de ces femmes (1-3).

La parabole du semeur

Une grande foule s’étant assemblée autour de lui, il l’enseigne par cette parabole : Un semeur jetait en terre sa semence, une partie tomba le long du chemin, où elle fut foulée et où les -oiseaux la mangèrent ; une autre partie sur le roc, où, après avoir poussé, elle sécha faute d’humidité ; une autre partie parmi les épines, qui l’étouffèrent ; une autre partie dans la bonne terre, où elle produisit du fruit au centuple (4-8).

Le but de l’enseignement en paraboles

Ses disciples lui ayant demandé la signification de cette parabole, il leur explique d’abord qu’à eux il a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu, mais qu’aux autres il n’en parle qu’en paraboles afin qu’ils ne voient ni ne comprennent (9, 10).

Explication de la parabole

La semence, c’est la parole de Dieu ; ceux qui sont ensemencés le long du chemin, ce sont ceux qui entendent la parole, mais le diable l’enlève de leur cœur ; le roc représente ceux qui reçoivent la parole d’abord avec joie, mais superficiellement, et qui bientôt se retirent ; les épines sont les inquiétudes, les richesses, les voluptés de la vie qui rendent la parole infructueuse ; la bonne terre représente un cœur honnête et bon qui retient la parole et en produit le fruit (11-15).

L’usage que les disciples doivent faire de la vérité qui leur est enseignée par ces paraboles

La lumière qu’ils ont le privilège de recevoir ainsi n’est pas destinée à rester voilée, mais à resplendir pour éclairer le monde. Il n’y a rien de secret qui ne doive être manifesté. Qu’ils prennent donc garde comment ils écoutent ; car celui qui a, recevra davantage ; mais celui qui n’a pas, perdra même ce qu’il s’imagine avoir (16-18).

L’intervention de la mère et des frères de Jésus

Comme Jésus poursuit ces enseignements, on lui annonce que sa mère et ses frères sont dehors désirant le voir. Il désigne ceux qui l’écoutent et lui obéissent, et déclare qu’ils sont sa mère et ses frères (19-21).

1 Et il arriva ensuite qu’il allait de ville en ville, et de village en village, prêchant et annonçant la bonne nouvelle du royaume de Dieu ; et les douze étaient avec lui,
Jésus parcourt le pays en enseignant et en opérant des miracles
Chapitre 8

1 à 18 Jésus parcourt la Galilée. Parabole du semeur.

Ensuite ou dans la suite, quelque temps après les événements qui précèdent (Luc 7.11).

Cette indication peu précise dont on ne peut rien conclure quant à la chronologie, marque pourtant un moment très important dans le ministère de Jésus. Il cesse d’habiter Capernaüm et voyage comme missionnaire, visitant chaque localité, grande ou petite, et (grec) évangélisant le royaume de Dieu (comparer Matthieu 3.2, note).

2 ainsi que quelques femmes, qui avaient été guéries d’esprits malins et d’infirmités : Marie surnommée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons,

C’était donc toute une caravane qui suivait Jésus dans ses voyages missionnaires : les douze apôtres et des femmes qui, guéries par lui de corps et d’âme, se dévouaient à son service (verset 3, note).

Pour les disciples, c’était une école d’évangélisation, où ils recueillaient, sous la direction du Maître, de précieuses expériences en vue de leur œuvre future.

Marie, surnommée Madeleine, parce qu’elle était de Magdala, ville située sur la côte occidentale du lac de Génézareth, au nord de Tibériade, ne doit pas être confondue avec la femme pénitente (Luc 7.37, note).

Il n’y a aucune raison d’admettre, avec plusieurs interprètes anciens et modernes, que ces mots : sept démons, soient une figure qui signifie sept vices. Il semble plutôt que l’évangéliste veut indiquer par là le plus haut degré d’un état de possession (Marc 16.9 ; comparez Luc 11.26) ; mais ce domaine est tellement obscur pour nous, que toutes les explications ne sont que de simples conjectures (comparer verset 30 et Marc 5.9, note).

On peut supposer seulement que le démon n’obtenait un tel empire sur les personnes que si de graves péchés lui en facilitaient les moyens et que son action se manifestait alors par un état maladif.

(voir, sur les démoniaques, Matthieu 8.28, note).

Marie-Madeleine avait donc été relevée de cette profonde déchéance physique et morale, et elle en conserva une telle reconnaissance pour son Libérateur, qu’elle se dévoua entièrement à lui et le suivit jusqu’au pied de la croix (Matthieu 27.56).

Aussi fut-elle la première qui eut le bonheur de le revoir après sa résurrection (Jean 20.1 ; Jean 20.11 et suivants).

3 et Jeanne, femme de Chuza, intendant d’Hérode, et Suzanne, et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens.

C’est une preuve de l’originalité et de l’exactitude des sources où puisait Luc (Luc 1.2-3) que la mention du nom de ces femmes.

Chuza, dont la femme suivait Jésus, occupait une charge assez importante à la cour d’Hérode Antipas, puisqu’il était son intendant.

On a supposé qu’il était ce seigneur de la cour dont Jésus avait guéri le fils et qui avait « cru avec toute sa maison » (Jean 4.53).

On a supposé aussi que la femme de Chuza avait perdu son mari quand elle se mit à suivre Jésus.

Ce sont là des conjectures, qui n’ont en elles-mêmes rien d’inadmissible, mais qui ne se fondent sur aucune donnée des évangiles.

Quant à Suzanne et à ces plusieurs autres femmes, nous ne savons rien à leur sujet.

Une remarque fort intéressante est ajoutée par l’évangéliste, c’est que ces femmes assistaient de leurs biens Jésus et ses disciples. Il y a dans le grec : les servaient (comparez Matthieu 27.55 ; Marc 15.41), c’est-à-dire sans doute que, dans les voyages dont parle Luc (verset 1), elles préparaient leurs repas, prenaient soin de tout ce qui a rapport à la vie matérielle, leur rendaient, en un mot les services dont auraient été capables des femmes et des sœurs.

Et comme Jésus était pauvre et que ses disciples avaient tout quitté pour le suivre, ces femmes employaient leurs biens à les entretenir.

Quelle humilité en Jésus qui, « n’ayant pas un lieu où reposer sa tête », consentait à vivre de la charité de ceux qu’il avait enrichis de biens spirituels !

Le texte reçu, avec Codex Sinaiticus, A, porte : le servaient, rapportant l’assistance de ces femmes à Jésus seul. Mais il est évident que les disciples n’étaient pas exclus de leurs soins, et la leçon : les servaient est de beaucoup la plus autorisée.

4 Or, comme une grande foule s’assemblait, et que de chaque ville des gens venaient à lui, il dit en parabole :

Une grande foule suivait Jésus ; mais en outre, de chaque ville, dans la contrée où il passait (verset 1), de nouvelles troupes venaient à lui.

Matthieu et Marc décrivent plus exactement que Luc le lieu et la scène de ce grand rassemblement de peuple et de la prédication de Jésus.

Celle-ci eut lieu surtout en parabole. Luc emploie ce mot au singulier parce qu’il n’en rapporte qu’une.

Voir, sur ce mode d’enseignement, Matthieu 13.3, note, et, sur la parabole du semeur qui va suivre, Matthieu 13.1-23, notes, et Marc 4.1-20, notes. Nous ne relèverons que ce qui est particulier à Luc.

5 Le semeur sortit pour semer sa semence ; et comme il semait, une partie tomba le long du chemin et fut foulée, et les oiseaux du ciel la mangèrent.
Il y a dans ces termes accumulés quelque chose de familier et de solennel à la fois qui excite l’attention.
— Meyer

Voir, sur ces premiers mots de la parabole, Marc 4.3, note.

Les grains de semence tombés le long du chemin devaient être foulés par les passants.

Luc seul a relevé ce trait, que Jésus n’explique pas ensuite (verset 12), mais qui n’en est pas moins l’une des causes pour lesquelles cette partie de la semence reste improductive.

6 Et une autre partie tomba sur le roc, et ayant poussé, elle sécha, parce qu’elle n’avait point d’humidité.

Le roc recouvert d’une légère couche de terre. C’est ce que les deux autres évangélistes appellent des « endroits rocailleux ».

Le manque d’humidité, expression particulière à Luc, que Matthieu et Marc remplacent par celle de manque de profondeur, et par celle-ci : n’avoir point de racine (verset 13).

Ces trois causes de stérilité, qui se complètent, se trouvaient réellement dans la nature du sol.

7 Et une autre tomba au milieu des épines, et les épines ayant poussé avec elle l’étouffèrent. 8 Et une autre tomba dans la bonne terre ; et ayant poussé, elle produisit du fruit au centuple. En disant ces choses, il s’écriait : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !

Luc indique par ce mot au centuple le plus haut degré de productivité, tandis que Matthieu et Marc signalent aussi les degrés inférieurs : cent, soixante, trente.

Selon les trois évangélistes, Jésus ajoute immédiatement à la parabole ce sérieux avertissement ; mais Luc seul remarque qu’il le fait à haute voix : il s’écriait, il élevait la voix

9 Et ses disciples lui demandaient ce que signifiait cette parabole. 10 Et il dit : À vous il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; mais aux autres, il leur en est parlé en paraboles ; afin qu’en voyant, ils ne voient pas, et qu’en entendant ils ne comprennent pas.

Voir, sur cette réponse, beaucoup plus développée dans le premier évangile, Matthieu 13.11-17, notes.

Dans les récits de Marc et de Luc, Jésus prononce des paroles qui ne répondent point à la question des disciples.

Ceux-ci lui demandaient simplement l’explication de la parabole (verset 9), explication qu’il leur donne, en effet, plus tard (verset 11).

Mais Matthieu nous apprend que les disciples lui avaient posé une autre question encore : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » C’est à cette première question importante que Jésus répond d’abord : après quoi, revenant à la seconde, il leur indique le sens de la parabole.

11 Or, voici ce que signifie cette parabole : La semence, c’est la parole de Dieu. 12 Et ceux qui sont le long du chemin, ce sont ceux qui entendent ; ensuite le diable vient et enlève la parole de leur cœur, de peur qu’en croyant ils ne soient sauvés.

Luc identifie la parole divine avec les effets produits par elle, et ceux-ci avec les personnes en qui le phénomène s’accomplit. De là ces expressions inusitées : ceux qui sont (ensemencés) le long du chemin (verset 12) ; ceux qui sont sur le roc ; ils n’ont point de racine (verset 13) ; ils sont étouffés (verset 14) ; et ce n’est qu’au verset 15 que l’évangéliste fait ressortir le sens spirituel de l’image.

N’y a-t-il point dans cette manière irrégulière de s’exprimer : l’intention de faire remonter jusqu’à l’homme la responsabilité de l’action diverse qu’exerce la parole divine ? C’est lui qui consent à être sauvé par elle, ou qui reste volontairement dans la stérilité et la mort.

13 Et ceux qui sont sur le roc, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la reçoivent avec joie ; et pourtant ils n’ont point de racine : ils ne croient que pour un temps, et au moment de la tentation, ils se retirent. 14 Et ce qui est tombé parmi les épines, ce sont ceux qui, ayant entendu, et s’en allant, sont étouffés par les inquiétudes et par les richesses et par les plaisirs de la vie, et ils ne portent point de fruit qui vienne à maturité.

Les deux premiers évangiles indiquent, comme sens moral des épines, les inquiétudes et les richesses ; Luc y ajoute les plaisirs, qui sont certainement l’une des principales causes de l’inefficacité de la parole sainte.

15 Mais ce qui est dans la bonne terre ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec persévérance.

Deux traits sont particuliers à Luc : c’est d’abord ce cœur honnête et bon, dans lequel ces derniers auditeurs reçoivent et retiennent la parole ; c’est ensuite cette persévérance (grec patience) avec laquelle ils portent du fruit.

Il ne faut pas soulever la question dogmatique de savoir si un homme peut, avant d’avoir entendu et reçu la parole divine, porter en lui un cœur honnête et bon.

Les hommes présentent, à des degrés très divers, des dispositions bonnes ou mauvaises à l’égard de la vérité.

D’ailleurs, la bonne terre qui produit du fruit a déjà subi une préparation par le labourage, l’engrais, etc. avant les semailles.

Ainsi il y a toute une œuvre prévenante de la grâce de Dieu qui éclaire une âme sur ses besoins, sa pauvreté, la rend humble, sincère, altérée de justice et de lumière, et la prépare pour le moment où l’Évangile lui sera annoncé.

16 Or, personne, après avoir allumé une lampe, ne la couvre d’un vase, ni ne la met sous un lit ; mais il la met sur un pied de lampe, afin que ceux qui entrent, voient la lumière. 17 Car il n’y a rien de secret qui ne doive être manifesté, ni rien de caché qui ne doive être connu et venir en évidence. 18 Prenez donc garde de quelle manière vous écoutez ; car quiconque a, il lui sera donné ; et quiconque n’a pas, même ce qu’il croit avoir lui sera ôté.

Marc Marc 4.21-22 (notes), , aussi bien que Luc, place ces avertissements à la suite de la parabole du semeur, et les mots : Prenez garde comment vous écoutez, ne laissent aucun doute sur le rapport qu’il y a entre ces deux instructions.

La lumière que Jésus apporte à ses disciples par ses enseignements ne doit pas être mise sous un vase, ni sous un lit (divan sur lequel on se couchait à demi pour prendre le repas), mais doit resplendir dans le monde.

Jésus emploie fréquemment cette image dans des applications diverses (Luc 11.33 ; Matthieu 5.15 ; Marc 4.21). Il en est de même de la déclaration du verset 17 (Luc 12.2 ; Matthieu 10.26-27, note ; Marc 4.22, note).

Voir Matthieu 13.12, note ; Matthieu 25.29 ; Marc 4.25.

Ici, comme dans Marc, cette sentence, qui énonce une loi du règne de Dieu, signifie que celui qui écoute attentivement a déjà un don précieux, et que, par la vérité qu’il reçoit, il lui est donné beaucoup plus encore ; et plus il sera fidèle dans l’emploi de ce qui lui est confié, plus il lui sera donné. Celui, au contraire qui n’a pas même le besoin de la vérité et de la vie, ce qu’il peut avoir d’ailleurs lui sera ôté.

Dans cet état, il se fait bien des illusions ; c’est ce que Luc donne à entendre par ce mot : ce qu’il croit avoir (comparer Luc 19.26, où Luc n’aurait pas pu s’exprimer ainsi).

19 Or sa mère et ses frères vinrent vers lui, et ils ne pouvaient l’aborder à cause de la foule.

D’après B, D, il faudrait traduire : « Or sa mère vint vers lui avec ses frères » (voir Marc 3., note).

20 Et on le lui annonça : Ta mère et tes frères sont là dehors, désirant te voir. 21 Mais lui, répondant, leur dit : Ma mère et mes frères, ce sont ceux-là qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent.

Voir, sur ce récit, Matthieu 12.46-50, notes ; Marc 3.31-35, notes.

Ce dernier évangéliste est le seul qui motive cette visite de la mère et des frères de Jésus et qui en indique la vraie signification, au verset 21 du même chapitre.

22 Or il arriva l’un de ces jours, qu’il entra dans une barque avec ses disciples, et il leur dit : Passons à l’autre bord du lac ; et ils prirent le large.
Plan
Le péril

Un de ces jours Jésus entre dans une barque avec ses disciples pour traverser le lac. Pendant le trajet il s’endort. Un tourbillon de vent soulève les flots, qui remplissent la barque et la mettent en danger (22, 23).

La délivrance

Les disciples s’approchant le réveillent : Maître, nous périssons ! Mais lui commande aux vents et aux flots qui s’apaisent. Alors il leur dit : Où est votre foi ? Ils sont remplis de crainte et se demandent qui est celui à qui les vents et la mer obéissent (24-25).

22 à 25 Jésus apaise une tempête

Voir, sur ce récit, Matthieu 8.23-27, notes ; Marc 4.35-41, notes.

D’après Matthieu et Marc (Marc 4.35), c’était au soir d’une journée que Jésus avait passée à enseigner les foules et à opérer de nombreuses guérisons (Matthieu 8.16).

Luc indique d’une manière moins précise le moment de ce départ : il arriva un jour. Mais chez lui, comme chez Matthieu et chez Marc, l’apaisement de la tempête fait partie d’une série de récits, la même dans les trois évangiles, qui comprend la guérison du démoniaque (verset 26 et suivants), la guérison d’une femme malade (verset 43 et suivants), la résurrection de la fille de Jaïrus (verset 41 et suivants).

Ces faits étaient probablement liés chronologiquement et avaient marqué le moment où le ministère de Jésus en Galilée atteignit son plus haut degré de puissance. Nous voyons, en effet, dans ces faits, le pouvoir du Sauveur s’exercer sur les forces de la nature et même sur la mort, non moins que sur les maladies.

23 Et comme ils naviguaient, il s’endormit. Et un tourbillon de vent fondit sur le lac, et la barque s’emplissait, et ils étaient en péril.

Grec : et un tourbillon de vent descendit (des gorges de la montagne) sur le lac, et ils s’emplissaient (d’eau, métonymie par laquelle les navigateurs sont mis au lieu de la barque).

24 Et s’approchant, ils le réveillèrent, disant : Maître, Maître, nous périssons ! Mais lui, s’étant réveillé, réprimanda le vent et les flots ; et ils s’apaisèrent, et il se fit un grand calme.

Voir, sur cette exclamation des disciples. Marc 4.38, note.

25 Et il leur dit : Où est votre foi. Et saisis de crainte, ils s’étonnèrent, se disant les uns aux autres : Qui est donc celui-ci, qu’il commande aux vents même et à l’eau, et ils lui obéissent ?

Voir, sur cette question qui étonne au premier abord, Matthieu 8.26, note ; Marc 4.40, note.

La faible foi des disciples grandit à la vue de ce miracle même, car ils sont remplis d’admiration pour Celui qui commande à la nature, et elle lui obéit ! (verset 25)

26 Et ils abordèrent au pays des Gadaréniens, qui est vis-à-vis de la Galilée.
Plan
La rencontre

Jésus aborde au pays des Gadaréniens. Un homme possédé des démons depuis longtemps, et qui ne pouvait supporter ni vêtement, ni demeure, mais hantait les sépulcres, vient à sa rencontre, se jette avec un cri à ses pieds, le proclame Fils du Dieu très haut et le supplie de ne pas le tourmenter (26-28).

La condition du malade et l’enquête de Jésus

Cette prière était motivée par l’ordre que Jésus avait donné au démon de sortir. L’évangéliste explique, pour montrer la difficulté de cette guérison, que la possession était ancienne et qu’elle se manifestait par des crises successives et d’une violence incœrcible. Jésus interroge le démon. Il déclare s’appeler Légion, parce qu’il est une pluralité de mauvais esprits. Ceux-ci supplient Jésus de ne pas les envoyer dans l’abîme, mais de les laisser aller dans un grand troupeau de pourceaux. Jésus le leur permet (29-32).

La guérison et l’effet produit

a) L’expulsion des démons. Les démons sortent du possédé et entrent dans les pourceaux, qui se précipitent dans le lac (33).

b) Les habitants du pays. Les gardiens du troupeau s’enfuient et portent la nouvelle dans la ville. Les habitants sortent, constatent la guérison et, saisis de crainte, prient Jésus de s’éloigner (34-37).

c) Le démoniaque guéri. Celui-ci demande à Jésus la permission de le suivre. Jésus la lui refuse, et lui ordonne de raconter aux siens la délivrance dont il a été l’objet. Il la publie dans toute la ville (38, 39).

26 à 39 guérison du démonique de Gadara

Voir, sur cette guérison d’un démoniaque, Matthieu 8.28-34, notes et Marc 5.1-20, notes.

Il est presque impossible de fixer la vraie leçon de ce nom propre qui, suivant les manuscrits, varie entre Gadaréniens (texte reçu, A, majuscules), Gergéséniens (Codex Sinaiticus, version égyptienne), et Geraséniens (B, D, Itala). Voir Matthieu 8.28, note.

27 Et quand il fut descendu à terre, il vint au-devant de lui un homme de la ville, qui avait des démons depuis longtemps, et il ne revêtait point d’habit et ne demeurait point dans une maison, mais dans les sépulcres.

Codex Sinaiticus, B portent : « un homme…ayant des démons ; et depuis un long temps, il ne revêtait point d’habit ».

Le texte reçu parait avoir conservé la leçon originale.

28 Et voyant Jésus, il poussa un cri, se jeta à ses pieds et dit d’une voix forte : Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je te prie, ne me tourmente point ! 29 En effet Jésus commandait à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car il s’était saisi de lui depuis longtemps ; et il était gardé, lié de chaînes et les fers aux pieds, et il rompait ses liens et était emporté par le démon dans les déserts.

B et quelques majuscules portent : Car il commanda ou avait commandé à l’esprit impur. Codex Sinaiticus, A, C et la plupart des majuscules ont ce verbe à l’imparfait, commandait (dans Marc, il lui disait), ce qui indique une action répétée, prolongée.

Le démon n’obéit pas aux premiers ordres de Jésus, mais en fut exaspéré. De là son cri et sa supplication (verset 28).

L’Évangile accumule les détails relatifs à la condition physique et morale de ce malheureux, dans l’intention, sans doute, de faire ressortir la difficulté que présentait sa guérison.

Son éloignement pour la vie sociale était tel, qu’il ne supportait ni vêtement ni domicile, mais recherchait la solitude des sépulcres impurs ; dans la fureur qu’excitait en lui l’esprit mauvais et par la force surhumaine qu’il lui communiquait, il rompait ses liens, brisait les chaînes par lesquelles il était retenu et les fers qu’il avait aux pieds ; puis il était emporté par l’esprit dans le désert.

Luc remarque enfin, par deux fois (versets 27, 29), que le démon s’était saisi de cet homme depuis longtemps. Le second depuis longtemps (verset 29) peut se traduire par : à plusieurs reprises.

M. Godet prélève ce sens, parce qu’il évite une répétition. L’évangéliste voudrait dire que le malade avait des crises successives avec des intervalles de calme. On aurait profité de ces moments-là pour le charger de chaînes.

30 Et Jésus l’interrogea, disant : Quel est ton nom ? Et il dit : Légion, parce que plusieurs démons étaient entrés en lui.

Ces derniers mots sont une remarque de l’évangéliste destinée à expliquer ce terme de légion.

Dans Marc (Marc 5.9), c’est le démoniaque lui-même qui dit : « Car nous sommes plusieurs » (voir la note).

De là aussi l’expression de Luc : (verset 27) qui avait des démons.

31 Et ils le priaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme.

Il faut remarquer ces mots au pluriel ils le priaient, leur commander. Ce sont donc les démons qui parlent. L’abîme où les démons redoutent de retourner parait être le lieu où ils sont retenus et punis (Apocalypse 9.1-2 ; Apocalypse 9.11 ; Apocalypse 11.7 etc. ; comparez 2 Pierre 2.4 ; Jude 1.13).

Marc (Marc 5.10, note) leur attribue cette demande : « de ne pas les envoyer hors de la contrée ».

Cette différence montre, comme beaucoup d’autres, la complète indépendance des évangélistes les uns à l’égard des autres.

32 Or il y avait là un troupeau de nombreux pourceaux, qui paissaient sur la montagne ; et ils le prièrent qu’il leur permît d’entrer dans ces pourceaux. Et il le leur permit. 33 Et les démons étant sortis de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau s’élança avec impétuosité en bas la pente dans le lac, et fut noyé. 34 Et ceux qui le paissaient, voyant ce qui était arrivé, s’enfuirent et répandirent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes. 35 Et les gens sortirent pour voir ce qui s’était passé ; et ils vinrent vers Jésus et trouvèrent l’homme de qui les démons étaient sortis, assis aux pieds de Jésus, vêtu et dans son bon sens ; et ils furent saisis de frayeur. 36 Or ceux qui avaient vu la chose, leur racontèrent comment le démoniaque avait été guéri.

Grec : sauvé. Voir, sur toute cette scène, Marc 5.12-15, notes. Cet évangéliste la raconte avec les mêmes détails que Luc.

37 Et toute la multitude de la contrée des Gadaréniens le pria de s’éloigner d’eux ; car ils étaient saisis d’une grande crainte. Et lui, étant monté dans la barque, s’en retourna. 38 Et l’homme duquel les démons étaient sortis, le priait de lui permettre d’être avec lui ; mais Jésus le renvoya, en disant : 39 Retourne en ta maison et raconte quelles grandes choses Dieu t’a faites. Et il s’en alla, publiant par toute la ville quelles grandes choses Jésus lui avait faites.

Marc ajoute ici : « et comment il a eu pitié de toi ». Quant aux motifs du refus que Jésus fait à cet homme de le suivre, et à l’ordre qu’il lui donne, voir Marc 5.19, note.

Au lieu de : par toute la ville, Marc dit plus exactement : dans la Décapole (voir, sur ce nom, Matthieu 4.25, note).

Il faut remarquer la différence entre l’ordre donné : « Raconte les choses que Dieu t’a faites », et son exécution : « il publia les choses que Jésus lui avait faites ».

Jésus rapporte tout à Dieu, mais le malade ne saurait oublier l’instrument.
— Godet
40 Or il arriva, comme Jésus revenait, que la foule l’accueillit ; car tous l’attendaient.
Plan
Jésus sollicité par Jaïrus

De retour sur la rive occidentale, Jésus est l’objet d’un accueil empressé de la part de la foule. Un chef de la synagogue, Jaïrus, le supplie de venir dans sa maison, où sa fille unique se meurt. Il s’y rend, pressé par la foule (40-42).

Jésus retardé par une femme malade

a) La guérison obtenue. Une femme, qui souffrait d’une perte de sang depuis douze ans et se trouvait réduite à la misère, touche le bord de son vêtement et est guérie à l’instant (43, 44).

b) La guérison avouée et la foi confirmée. Jésus demande qui l’a touché. Personne ne répond. Pierre et les disciples lui font remarquer que les foules le touchent et le pressent. Jésus répète que quelqu’un l’a touché, car il a connu qu’une puissance est sortie de lui. La femme, se voyant découverte, vient en tremblant confesser son action. Jésus lui dit : Ta foi t’a sauvée, va en paix ! (45-48)

Jésus rassure et ressuscite

a) L’annonce de la mort. On vient dire à Jaïrus que sa fille est morte. Jésus affermit sa foi ébranlée par cette nouvelle, en lui affirmant que son enfant sera sauvée (49, 50).

b) Dans la maison de Jaïrus. Jésus n’admet dans la chambre de la morte que Pierre, Jean et Jacques, et les parents. Il déclare à ceux qui se lamentent que l’enfant n’est pas morte ; ils se moquent de lui (51-53).

c) La résurrection. Jésus prend la main de la morte et, d’une voix forte, il lui commande de se lever. Son esprit revient, et elle se lève. Jésus lui fait donner à manger et enjoint à ses parents stupéfaits de ne pas divulguer ce miracle (54-56).

40 à 56 résurrection de la fille de Jaïrus, guérison d’une femme malade

La foule, que Jésus avait laissée sur le rivage, s’était rassemblée de nouveau, dès qu’elle avait pu espérer son retour (Marc 5.21).

Elle l’accueillit avec empressement, comme le fait sentir cette remarque de Luc : car tous l’attendaient.

Jésus, qui venait d’opérer une guérison difficile, trouve de nouveaux labeurs, d’autres délivrances à accomplir. Voir, sur les deux miracles qui suivent, Matthieu 9.18-26, notes, et Marc 5.21-43, notes.

41 Et voici, il vint un homme dont le nom était Jaïrus, et qui était chef de la synagogue. Et s’étant jeté aux pieds de Jésus, il le priait d’entrer dans sa maison ; 42 parce qu’il avait une fille unique, âgée d’environ douze ans, et elle se mourait. Et comme Jésus y allait, les foules le serraient.

Il faut remarquer ce verbe à l’imparfait, qui exprime exactement le mot du père dans Marc : « Ma petite fille est à l’extrémité ».

D’après Matthieu qui, selon sa coutume d’abréger, réunit en un seul trait la prière du père et le message qu’il reçut ensuite, la jeune fille aurait été déjà morte.

Marc et Luc nous font connaître l’âge de cette enfant, et ce dernier nous apprend qu’elle était fille unique, circonstance qui rendait plus cruelle la détresse du père.

Grec : les foules l’étouffaient. Marc (Marc 5.24) emploie une expression également énergique : « elles le foulaient » (comparer verset 45).

43 Et une femme qui avait une perte de sang depuis douze ans, et qui, ayant dépensé tout son bien en médecins, n’avait pu être guérie par aucun, 44 s’étant approchée par derrière, toucha le bord de son vêtement ; et à l’instant sa perte de sang s’arrêta.

Le bord inférieur ou probablement dans un sens plus précis, la frange ou la houppe que la loi ordonnait aux Israélites de porter aux quatre coins de leur vêtement de dessus (Nombres 15.38 ; Deutéronome 22.12).

45 Et Jésus dit : Qui est-ce qui m’a touché ? Mais comme tous le niaient, Pierre et ceux qui étaient avec lui, dirent : Maître, les foules t’entourent et te pressent.

Grec : te foulent, c’est-à-dire : « te pressent jusqu’à t’écraser ».

La pensée de Pierre est suffisamment exprimée en ces termes. Le texte reçu la complète en ajoutant : « et tu dis : Qui est-ce qui m’a touché ? » Ces mots omis par Codex Sinaiticus, B sont probablement empruntés à Marc.

46 Mais Jésus dit : Quelqu’un m’a touché ; car j’ai connu qu’une puissance est sortie de moi.

D’après le récit de Marc et de Luc, la malade a été guérie par le simple attouchement des vêtements de Jésus (verset 44) et sans une action consciente et voulue du Sauveur, qui pourtant a senti qu’une puissance ou une force salutaire était sortie de lui.

Marc (Marc 5.30) mentionne seulement l’impression que Jésus avait eue. D’après Luc, Jésus aurait énoncé cette impression et réfuté ainsi plus péremptoirement l’objection des disciples.

La nature spéciale de ce miracle a été pour plusieurs interprètes une pierre d’achoppement. Voir, à ce sujet, Marc 5.30, note.

47 Et la femme, voyant qu’elle n’était point restée cachée, vint toute tremblante, et se jetant à ses pieds, déclara devant tout le peuple pour quelle cause elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie à l’instant. 48 Mais il lui dit : Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix.

À tous ces termes, qui exprimaient la tendre compassion du Sauveur et étaient propres à consoler la femme, le texte reçu ajoute après : Ma fille, ce mot : prends courage qui est omis par Codex Sinaiticus, B, D, et a été emprunté à Matthieu.

49 Comme il parlait encore, arrive quelqu’un de chez le chef de la synagogue, disant : Ta fille est morte ; ne fatigue pas davantage le Maître.

Le texte reçu omet davantage. Ce mot se lit dans Codex Sinaiticus, B, D, et exprime une idée nécessaire. Marc emploie un terme équivalent.

50 Mais Jésus ayant entendu cela, lui répondit : Ne crains point ; crois seulement, et elle sera sauvée. 51 Et étant arrivé dans la maison, il ne laissa entrer personne, sinon Pierre et Jean et Jacques, et le père de l’enfant et la mère.

Le texte reçu porte : « Et entrant dans la maison, il ne laissa entrer personne, sinon » ; par où il faudrait entendre qu’il interdit aux autres l’entrée même de la maison, ce qui supposerait que la mère de l’enfant était-elle aussi venue à sa rencontre dans la rue.

Avec la leçon de Codex Sinaiticus, A, B, C, majuscules, la situation est la suivante : Jésus étant arrivé dans la maison, ne laisse entrer dans la chambre mortuaire que les trois disciples et les parents de l’enfant.

52 Et tous pleuraient, et se lamentaient sur elle ; mais il dit : Ne pleurez point ; elle n’est pas morte, mais elle dort. 53 Et ils se riaient de lui, sachant qu’elle était morte.

Si l’évangéliste avait voulu raconter, non une mort réelle, mais une simple léthargie, comme on l’a conclu, à tort, de la parole de Jésus (verset 52), il aurait dit : croyant que, et non sachant que.

54 Mais lui, ayant pris sa main, dit à haute voix : Enfant, lève-toi !

Le texte reçu commence ce verset par ces mots : « Mais lui, les ayant tous fait sortir », qui, omis dans Codex Sinaiticus, B, D sont empruntés au récit de Matthieu.

Jésus emploie deux moyens pour rappeler à la vie cette enfant : l’attouchement et la parole (grec il éleva la voix, disant).

L’un et l’autre étaient nécessaires. De pareils détails prouvent que les sources où Luc puisait provenaient de témoins oculaires. Marc (Marc 5.41-43), qui tient ses renseignements de Pierre, raconte le fait d’une manière plus circonstanciée encore (voir les notes).

55 Et son esprit revint, et elle se leva à l’instant. Et il commanda de lui donner à manger.

Luc caractérise par ces termes, qui lui sont propres, la résurrection de l’enfant. La mort est la séparation de l’esprit et du corps ; Jésus, par sa parole puissante, rappelle cet esprit, et l’enfant revit (comparer Actes 20.10).

56 Et ses parents furent stupéfaits, mais il leur ordonna de ne dire à personne ce qui était arrivé.

Voir, sur l’ordre que Jésus donne souvent de ne pas publier ses miracles, Matthieu 8.4 ; comparez Marc 7.36 ; Marc 8.26.

Le récit de ce double miracle porte, à chaque trait, le sceau de la vérité, de la simplicité et de la grandeur. Cette angoisse du père et cette timidité craintive de la femme ; cette agitation du peuple et cette tranquillité majestueuse du Seigneur ; cet étonnement des disciples et cette déclaration positive et réitérée : Quelqu’un m’a touché ; ce rire incrédule des uns (verset 53) et cette explosion de douleur chez les autres (verset 52) ; cette majesté qui commande à la mort, et ce soin d’en cacher les effets miraculeux, tout cela forme un tableau inimitable d’une vivante réalité historique.