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Luc 7
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Plan du commentaire biblique de Luc 7

L’intercession des anciens

Le discours sur la montagne achevé, Jésus rentre à Capernaüm. Un centenier de cette ville, qui a son serviteur malade, envoie vers Jésus des anciens pour le prier de venir guérir le malade. Ceux-ci représentent à Jésus combien le centenier est digne d’obtenir l’exaucement de sa requête (1-5).

La députation des amis

Comme Jésus se rend à la maison du centenier, celui-ci lui envoie des amis pour lui dire qu’il ne se sent pas digne de recevoir Jésus dans sa demeure, qu’une parole dite par Jésus suffira pour guérir le serviteur. Quelle ne doit pas être, en effet, la puissance de la parole de Jésus, puisque sa propre parole à lui, homme placé dans la dépendance d’autrui, se fait obéir des subordonnés ? (6-8)

La réponse de Jésus

Jésus admire et loue publiquement la foi du centenier. Les envoyés, de retour à la maison, trouvent le serviteur guéri (9, 10).

1 Après qu’il eut achevé tous ses discours devant le peuple qui l’écoutait, il entra dans Capernaüm.
Jésus guérit et délivre
Chapitre 7

1 à 10 Le serviteur du centenier de Capernaüm.

Grec : accompli tous ses discours aux oreilles du peuple.

Il y a quelque chose de solennel dans cette expression ; elle signifie que l’enseignement de Jésus-Christ avait été complet, qu’il n’y manquait rien, et que tout le peuple l’avait bien entendu.

2 Or, un centenier avait un serviteur malade qui s’en allait mourir, et qui lui était cher.

Voir, sur ce récit, Matthieu 8.5-13, notes.

Nous avons reconnu quelques différences notables qui existent entre ces deux narrations du même fait.

D’après Matthieu, qui, comme toujours, abrège, supprime les détails secondaires et va droit au fait principal ; le centenier de Capernaüm se présente personnellement à Jésus et lui adresse sa prière.

D’après Luc, il fait tout cela par l’intermédiaire d’anciens des Juifs, qui s’acquittent de leur mission avec une grande bienveillance. Et ensuite il envoie à Jésus des amis pour lui dire qu’il ne se sent pas digne de le recevoir sous son toit.

Le récit de Matthieu, plus simple, se bornant à l’essentiel, devait se graver plus facilement dans le souvenir et rester tel quel dans la tradition apostolique.

Mais cela ne signifie point que la narration plus circonstanciée de Luc ne soit pas historique. Elle est, au contraire, bien en harmonie avec la profonde humilité que fait paraître le centenier dans l’un et l’autre récit.

Quant au malade qu’il s’agissait de guérir, il est désigné dans Matthieu par un mot qui signifie à la fois un enfant et un serviteur, dans Luc par le terme d’esclave. Voir Matthieu 8.6, note.

3 Et ayant entendu parler de Jésus, il envoya vers lui des anciens des Juifs, pour le prier de venir et de sauver son serviteur.

Ces anciens des Juifs étaient les magistrats urbains.

Ce terme désignait, à Jérusalem, les membres du sanhédrin (Matthieu 26.3 ; comparez Nombres 11.16-24 ; Nombres 16.25 ; Deutéronome 27.1).

4 Eux donc étant venus vers Jésus, le priaient instamment, disant : Il est digne que tu lui accordes cela ; 5 car il aime notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue.

Nous connaissions, d’après Matthieu, la tendre et active charité que portait à son pauvre esclave cet officier romain converti au Dieu vivant ; nous savions de quelle profonde humilité son cœur était rempli.

Luc, qui nous le peint sous les mêmes traits, nous fait connaître de plus son amour pour la nation au sein de laquelle il avait trouvé le vrai Dieu, et sa grande générosité, qui l’avait porté à bâtir à ses frais la synagogue de Capernaüm.

Et cependant, de tous ces beaux fruits de la grâce de Dieu en lui, Jésus ne relève et n’admire qu’un seul : la foi, source de tous les autres (verset 9).

6 Et Jésus s’en allait avec eux ; mais comme déjà il n’était plus éloigné de la maison, le centenier envoya vers lui des amis pour lui dire : Seigneur, ne te fatigue point, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; 7 c’est pourquoi je ne me suis pas non plus jugé digne d’aller moi-même vers toi ; mais dis une parole, et mon serviteur sera guéri. 8 Car moi aussi, je suis un homme placé sous autorité, ayant sous moi des soldats, et je dis à celui-ci : Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient ; et à mon serviteur : Fais ceci, et il le fait.

Matthieu 8.8-9, notes.

Cette seconde démarche n’est pas en contradiction avec la première, par laquelle le centenier sollicitait Jésus de venir chez lui (verset 3). Elle marque seulement, dit M. Godet,

un progrès dans le sentiment d’humilité et de foi qui lui avait dicté celle-ci.

Le scrupule qu’éprouve le centenier provenait peut-être de l’idée que Jésus, comme Juif, contracterait une souillure en entrant dans une maison païenne. Mais il lui était aussi inspiré par le sentiment profond de son péché.

Au verset 6, Codex Sinaiticus, B omettent vers lui. Au verset 7, B et un autre majuscules portent : « Que mon serviteur soit guéri ».

9 Or Jésus ayant entendu ces paroles, l’admira ; et se tournant, il dit à la foule qui le suivait : Je vous dis que même en Israël je n’ai pas trouvé une si grande foi.

Matthieu 8.10-13, notes.

Le premier évangile, d’après lequel le centenier est présent auprès de Jésus, renferme cette précieuse parole : « Va, et qu’il te soit fait selon que tu as cru ».

À sa remarque pleine de tristesse qu’il n’a pas trouvé en Israël la foi du centenier, Jésus ajoute, d’après Matthieu, un sérieux avertissement adressé à ce peuple (Matthieu 8.11-12).

Cette parole se trouve, chez Luc, dans un autre contexte (Luc 13.28-29).

10 Et ceux qui avaient été envoyés, étant retournés à la maison, trouvèrent le serviteur en bonne santé.

Le texte reçu, avec A, C, majuscules porte : trouvèrent le serviteur malade en bonne santé.

De l’un et de l’autre Évangile ressort le fait que Jésus accomplit cette guérison par sa seule parole, et à distance.

11 Et il arriva, le jour suivant, que Jésus allait à une ville appelée Naïn, et ses disciples fort nombreux et une grande foule allaient avec lui.
Plan
La rencontre des deux cortèges

Jésus se rend à Naïn suivi d’une grande foule. Il rencontre une foule qui sort de la ville pour accompagner un mort, fils unique d’une veuve (11, 12).

Jésus console et rend la vie

Emu de compassion, Jésus dit à la mère : Ne pleure point ! Il touche la bière et commande au mort de se lever. Celui-ci obéit, et Jésus le rend à sa mère (13-18).

Effet produit

Les témoins de ce miracle, saisis de crainte, célèbrent l’avènement d’un grand prophète. La nouvelle se répand dans tout le pays (16, 17).

11 à 17 le fils de la veuve de Naïn

Le texte reçu, avec Codex Sinaiticus, C, D, porte : le jour suivant ; B. À : le temps suivant, quelque temps après.

Naïn, petite ville de Galilée, qui existe encore, et qui est située à huit lieues au sud-ouest de Capernaüm, au pied du petit Hermon.

Luc seul a conservé le trait touchant qui va suivre.

12 Or, comme il approchait de la porte de la ville, voici, on portait dehors un mort, fils unique de sa mère, qui était veuve. Et une foule considérable de la ville était avec elle.

Tout un cortège nombreux qui, au moment d’entrer dans la ville, rencontre un autre cortège, qui en sort. C’est la vie qui vient au-devant de la mort.

Voici (grec et voici, hébraïsme) marque ce qu’il y avait de surprenant dans la rencontre inopinée de ces deux cortèges.

Que de douleurs décrites en quelques mots ! Ce mort qu’on portait dehors (chez les Juifs, les lieux de sépulture ôtaient toujours hors des villes) était un jeune homme (verset 14), fils unique de sa mère, qui était veuve.

Ainsi cette femme accompagnait au tombeau ce qu’il lui restait de plus cher, son dernier appui sur la terre. Il n’en fallait pas tant pour émouvoir la tendre compassion de Jésus (verset 13).

Preuve que cette veuve était considérée et aimée dans sa ville.

13 Et en la voyant, le Seigneur fut ému de compassion envers elle, et il lui dit : Ne pleure point.

Le Sauveur découvre immédiatement la pauvre veuve au milieu de la foule ; et, à sa vue, il est (grec) ému dans ses entrailles : expression d’un vif et profond sentiment de sympathie. Cette tendre charité lui fait accomplir un de ses plus grands miracles.

Ici, comme à la résurrection de Lazare, nous voyons en Jésus-Christ la grandeur divine, unie aux sentiments humains les plus vrais.

Ce mot d’une profonde compassion : Ne pleure point, ne serait qu’une ironie si Jésus n’avait pas eu conscience dés ce moment de ce qu’il allait faire.

14 Et s’étant approché, il toucha le cercueil, et les porteurs s’arrêtèrent ; et il dit : Jeune homme, je te le dis, lève-toi !

Le cercueil était ouvert ; le mort y était couché, enveloppé d’un linceul. Jésus s’en approche ; il touche la bière sans crainte de la souillure résultant du contact d’un mort.

C’était une invitation aux porteurs à s’arrêter. Ceux-ci obéissent à ce geste hardi du Prince de la vie.

Quelle assurance et quelle majesté dans ces mots : je te le dis !

Jésus adresse la parole à un mort, certain que celui-ci lui obéira, comme s’il était en vie.

Lève-toi ! parole créatrice « qui fait vivre les morts et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient » (Romains 4.17 ; comparez Luc 8.54 ; Jean 11.43).

15 Et le mort se leva sur son séant, et se mit à parler. Et il le rendit à sa mère.

Grec : il le donna à sa mère. Quel don ! Ce mot correspond à celui-ci : « Ne pleure point » (verset 13).

16 Or la crainte les saisit tous, et ils glorifiaient Dieu, en disant : Un grand prophète s’est élevé parmi nous, et : Dieu a visité son peuple.

La crainte était l’effet de cette éclatante manifestation de la puissance divine.

Aussi tous glorifiaient Dieu et reconnaissaient à haute voix la présence d’un prophète, par lequel Dieu avait visité son peuple.

Bien que les miracles de Jésus eussent toujours pour but immédiat de faire du bien, comme ici de rendre à une pauvre veuve son fils unique, ils avaient aussi pour résultat de manifester la puissance de Dieu et de disposer les âmes à entendre la parole qui leur apportait le salut.

C’est ainsi, en effet, que Jésus se révélait comme le Sauveur. En délivrant les malheureux de la souffrance, de la maladie, de la mort elle-même, il prouvait qu’il avait la puissance de les délivrer du péché, source de tous ces maux. En particulier par la résurrection des morts, Jésus se manifestait comme le Prince de la vie (Jean 11.25-26), de la vie qu’il communique à l’âme des ici-bas par sa parole, et de la vie qu’il rendra au dernier jour à ceux qui seront dans les sépulcres.

Cette double résurrection, qui n’est qu’un seul et même acte de la puissance divine, Jésus lui-même se l’attribue expressément (Jean 5.24-29).

17 Et cette parole se répandit à son sujet par toute la Judée et dans toute la contrée d’alentour.

Cette parole est celle que les témoins du miracle prononçaient avec enthousiasme (verset 16).

Elle se répandit non seulement dans la Galilée, où se trouvait Jésus, mais dans toute la Judée et même dans les contrées d’alentour, entre autres dans la Pérée, où Jean-Baptiste était en prison, en sorte que le bruit de ce miracle sert d’introduction au récit qui va suivre (verset 18 et suivants).

Il était sans doute dans la pensée de Luc d’établir une relation entre ces deux traits de son récit.

De la mention de la Judée, où se répandit naturellement le bruit d’un si grand miracle, certains critiques ont conclu que Luc plaçait Nain dans cette province, mais le terme se répandit (littéralement : sortit) indique que la renommée de l’acte accompli par Jésus dépassa le domaine habituel et retentit au loin.

18 Et les disciples de Jean lui firent rapport sur toutes ces choses.
Plan
La mission des disciples de Jean auprès de Jésus

a) La question de Jean. Toutes les œuvres de Jésus parviennent à la connaissance de Jean par ses disciples. Il en envoie deux à Jésus pour lui demander s’il est bien le Messie (18-20).

b) La réponse de Jésus. Jésus guérit à l’heure même plusieurs malades et dit aux envoyés de Jean de rapporter à leur maître ce dont ils sont témoins. Il ajoute que celui qui ne se heurte pas à son apparition est heureux (21-23).

Le discours de Jésus sur Jean

a) La place occupée par Jean dans le règne de Dieu. Les disciples de Jean partis, Jésus parle de Jean à la foule. Ce n’est pas un homme vacillant, ni un efféminé qu’elle est allée voir au désert, mais un prophète, le plus grand de tous, celui que la prophétie désignait comme le messager destiné à préparer les voies au Messie. Malgré ce rôle, qui le place au-dessus de tous ses prédécesseurs, il est cependant inférieur à celui qui, dans le royaume des cieux, occupe une bien moindre place (24-28).

b) L’accueil fait au ministère de Jean. Caractéristique de l’attitude du peuple à l’égard de Jean et de Jésus. Le peuple, et en particulier ses éléments les plus méprisés, sont entrés dans les voies de Dieu en se faisant baptiser ; mais les pharisiens et les docteurs de la loi ont rendu vains les desseins de la miséricorde divine. Telle a été d’ailleurs la conduite de la génération contemporaine tout entière, non seulement à l’égard de Jean, mais de Jésus lui-même. Elle peut être comparée à l’attitude d’enfants, boudeurs qui refusent d’entrer dans le jeu de leurs camarades, que ceux-ci représentent une fête joyeuse ou une scène de deuil. Cette génération a traité de folie l’austérité du Baptiste et accusé de dissolution la sainte liberté du fils de l’homme. La sagesse divine a trouvé cependant des cœurs dociles qui ont montré l’excellence de ses voies (29-35).

18 à 35 message de Jean-Baptiste et discours de Jésus sur Jean

Voir Matthieu 11.2-19, notes.

Toutes ces choses, c’est-à-dire les deux miracles qui précèdent (verset 1 et suivants ; verset 11 et suivants) et d’une manière générale, les faits caractéristiques de l’activité de Jésus, les disciples de Jean en firent rapport à leur maître.

Matthieu (Matthieu 11.2) dit que Jean « dans sa prison, ouït parler des œuvres de Christ ».

Ainsi, quoique les récits de Matthieu et de Luc n’occupent pas chronologiquement la même place, ils s’accordent en ceci que la question de Jean-Baptiste à Jésus fut provoquée par les miracles qu’il accomplissait. C’est précisément là ce qui étonne. Comment de si grands miracles ne portaient-ils pas dans l’âme de Jean la conviction que Jésus était bien le Libérateur attendu ? Sans doute, il devait reconnaître, dans de telles œuvres, la main de l’Envoyé de Dieu ; mais il restait tout un côté de l’action du Messie, telle que Jean l’avait annoncée, qui ne se réalisait point : c’était le jugement qu’il devait exercer sur son peuple et sur le monde (Matthieu 3.10-12), et par lequel il devait établir son règne.

Jésus n’accomplissait que des œuvres de miséricorde et avait même déclaré qu’il n’était pas venu pour juger, mais pour sauver (Jean 3.17). Là était pour Jean la contradiction ; de là son doute momentané.

Voir aussi sur le sens de la question de Jean et sur les diverses interprétations qu’on en a données, Matthieu 11.3, note.

19 Et Jean, ayant appelé à lui deux de ses disciples, les envoya vers Jésus, pour lui dire : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?

Grec : celui qui vient (voir Matthieu 11.3, note).

B et quelques autres documents portent : « les envoya vers le Seigneur ».

20 Et ces hommes, étant venus vers Jésus, dirent : Jean-Baptiste nous a envoyés vers toi, pour te dire : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? 21 À cette heure même, il guérit plusieurs personnes de maladies, de maux, et de méchants esprits, et il rendit la vue à plusieurs aveugles.

Grec : il donna par grâce le voir.

La réponse que Jésus va faire aux envoyés de Jean est la même que dans Matthieu ; mais Luc seul rapporte ce trait que Jésus accomplit tous ces miracles à cette heure même et sous leurs yeux.

La critique s’est empressée d’en conclure que c’était là une amplification de la tradition postérieure, recueillie par Luc.

Mais n’est-il pas très naturel de se représenter que les envoyés de Jean trouvèrent Jésus entouré de la foule (comparez Matthieu 11.7), occupé à ces œuvres de bienfaisance, et qu’ils furent témoins de quelques guérisons ?

Dans le message de Jésus à Jean, tel que l’a consigné Matthieu, il est dit d’ailleurs : « Allez et rapportez ce que vous entendez et voyez » (Matthieu 11.4).

22 Et répondant, il leur dit : Allez et rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’Évangile est annoncé aux pauvres. 23 Et heureux est celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute !

Grec : qui ne se sera pas scandalisé en moi.

Allusion à Ésaïe 8.14

Voir Matthieu 11.4-6. notes.

24 Mais quand les envoyés de Jean furent partis, il se mit à dire à la foule, au sujet de Jean : Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ?

Voir, sur le but de ce discours, Matthieu 11.7, note.

25 Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un homme revêtu d’habits délicats ? Voici, ceux qui sont vêtus d’un vêtement magnifique et qui vivent dans les délices sont dans les palais.

Ces mots : et qui vivent dans les délices, sont particuliers à Luc et forment un contraste encore plus frappant avec l’austérité et les renoncements de la vie de Jean-Baptiste (voir Matthieu).

26 Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. 27 C’est ici celui de qui il est écrit : Voici, j’envoie devant ta face mon messager, qui préparera ton chemin devant toi.

Celui qui est l’objet de la prophétie est plus grand qu’un prophète.

Ce qu’il y a de très remarquable dans cette citation de Malachie 3.1, c’est que dans les trois évangiles (Matthieu 11.10 ; Marc 1.2), elle n’est faite exactement ni d’après l’hébreu, ni d’après les Septante, mais modifiée de manière à ce que la venue de Jéhova, annoncée par cette prophétie, se trouve accomplie en la personne du Sauveur.

(voir Matthieu 11.10, note).

28 Car je vous dis qu’entre ceux qui sont nés de femme il n’y a nul prophète plus grand que Jean ; cependant celui qui est plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui.

Le texte reçu porte : Jean-Baptiste. Codex Sinaiticus, B. majuscules, Itala omettent le mot prophète. Tischendorf, Meyer et d’autres critiques le maintiennent, estimant que sa suppression est une imitation de Matthieu.

Si ce terme est authentique, il confirme la déclaration de Jésus que Jean est plus qu’un prophète.

Si, au contraire, il doit être supprimé, Jean serait comparé, non aux autres prophètes, mais à ceux qui sont nés de femme, c’est-à-dire aux hommes en général, et spécialement à tous les fidèles de l’ancienne alliance, auxquels il serait déclaré supérieur. Dans l’un et l’autre cas, c’est la plus grande louange que Jésus ait faite d’aucun homme.

Voir, sur cette parole souvent mal traduite et mal comprise, Matthieu 11.11, note.

29 Et tout le peuple, l’ayant écouté, et les péagers, ont justifié Dieu, en se faisant baptiser du baptême de Jean. 30 Mais les pharisiens et les légistes ont anéanti le dessein de Dieu à leur égard en ne se faisant pas baptiser par lui.

Tout le peuple qui avait écouté Jean, dont la prédication avait excité l’attention universelle, et particulièrement les péagers qui avaient humblement reçu son baptême, ont justifié Dieu, c’est-à-dire rendu hommage à sa justice et démontré par leur conduite l’excellence de ses voies pour le salut des hommes, en confessant leurs péchés et en recourant aux moyens de grâce qu’il leur offrait (comparer verset 35).

Les pharisiens, au contraire, et les légistes, ou docteurs de la loi, ayant repoussé la prédication et le baptême de Jean, ont anéanti ou rendu nul le dessein de la miséricorde de Dieu à leur égard. Dieu voulait les sauver, ils ne l’ont pas voulu.

Ces deux versets (versets 29, 30) ne se trouvant pas dans le discours de Jésus d’après Matthieu (qui, par contre, renferme une pensée omise par Luc), quelques interprètes les ont considérés comme une observation historique et explicative intercalée par Luc.

Ce qui a pu encore donner lieu à cette idée, c’est que, d’après le texte reçu, le récit reprend au verset 31 par ces mots : Alors le Seigneur dit ; mais cette phrase n’étant pas authentique, c’est bien le discours de Jésus qui continue sans interruption ; et ainsi ces deux versets en font partie.

31 À qui donc comparerai-je les hommes de cette génération, et à qui ressemblent-ils ? 32 Ils ressemblent à des enfants qui sont assis dans une place publique et qui crient les uns aux autres et disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez point dansé ; nous vous avons chanté des complaintes, et vous n’avez point pleuré. 33 Car Jean-Baptiste est venu ne mangeant point de pain, et ne buvant point de vin ; et vous dites : Il a un démon. 34 Le fils de l’homme est venu mangeant et buvant, et vous dites : Voici un mangeur et un buveur, un ami des péagers et des pécheurs. 35 Mais la sagesse a été justifiée de la part de tous ses enfants.

Voir Matthieu 11.17-19, notes.

Les deux évangélistes rendent à peu près dans les mêmes termes cette parabole si humiliante pour la génération qu’elle concernait. C’est avec une ironie pleine de tristesse que Jésus la compare à des enfants mécontents et boudeurs, que rien ne peut intéresser.

Dans Matthieu, Jésus décrit l’austérité de la vie de Jean en ces termes : « ne mangeant ni ne buvant », expression évidemment hyperbolique. Luc y a substitué celle-ci : ne mangeant point de pain et ne buvant point de vin, ce qui était rigoureusement vrai (Matthieu 3.4).

Matthieu (Matthieu 11.19, voir la 2e note) rapporte ainsi la dernière parole de ce discours, que Jésus dut prononcer avec une joie profonde : « Mais la sagesse a été justifiée de la part de ses enfants ».

Luc ajoute ce mot significatif : « tous ses enfants ».

Codex Sinaiticus porte : « œuvres » au lieu de enfants.

36 Or, l’un des pharisiens l’invitait à manger avec lui ; et étant entré dans la maison du pharisien, il se mit à table.
Plan
La pécheresse aux pieds de Jésus

Jésus a accepté l’invitation d’un pharisien, il est à table chez lui, quand une pécheresse apporte un vase d’albâtre, arrose de ses larmes les pieds du Sauveur, les essuie avec ses cheveux, les baise et les oint de parfum (36-38).

À Simon scandalisé Jésus répond par la parabole des deux créanciers

a) La parabole. Simon conclut de ce qui se passe que Jésus n’est pas un prophète, puisqu’il ignore le caractère de cette femme. Jésus répond aux pensées du pharisien en lui proposant l’exemple de deux débiteurs qui avaient l’un une dette considérable, l’autre une dette moindre. Le créancier leur remet à tous deux leur dette. Lequel l’aimera le plus ? Simon répond que c’est celui à qui il a remis davantage. Jésus loue cette réponse (39-43).

b) L’application de la parabole. Jésus se tourne alors vers la pécheresse, et, la désignant à Simon, il lui fait remarquer tous les témoignages de respect et d’amour qu’elle n’a cessé de lui prodiguer ; puis, concluant de l’effet à la cause, il déclare au pharisien que les nombreux péchés de cette femme lui sont pardonnes. Il ajoute que celui qui est l’objet d’un moindre pardon ressent un moindre amour (44-47).

Jésus s’adresse à la pécheresse

Jésus confère à la femme le pardon de ses péchés. Cette déclaration scandalise les assistants, mais Jésus assure à la pécheresse que sa foi l’a sauvée, et il la renvoie en paix (48-50).

36 à 50 la pécheresse chez Simon le pharisien

Ce pharisien (voir Matthieu 3.7, note), qui invite Jésus avait moins de préventions contre lui que les autres représentants de son parti. Frappé de sa sainteté et de ses miracles, il hésitait à reconnaître en lui un envoyé de Dieu (verset 39).

Il l’avait invité pour l’observer, peut-être aussi pour se procurer l’honneur de recevoir à sa table un rabbi devenu célèbre dans tout le pays. Jésus accepte son invitation, certain qu’il pourra à la table du pharisien aussi bien qu’ailleurs, faire son œuvre, sauver les âmes, glorifier Dieu.

Parce que ce pharisien s’appelait Simon, et parce que chez lui apparaît une femme qui porte un vase de parfum et oint le Seigneur, plusieurs interprètes ont identifié ce fait avec celui qui se passa plus tard à Béthanie, quand Marie, sœur de Lazare, rendit un semblable hommage à Jésus (Matthieu 26.6 et suivants, Marc 14.3 et suivants ; Jean 12.1 et suivants).

Ils se fondent encore sur ce que Matthieu et Marc omettent ce récit de Luc, tandis que Luc ne rapporte pas celui du repas de Béthanie. L’omission de ce dernier fait par Luc ne prouve rien ; car il est une foule de traits de la vie de Jésus au sujet desquels nul ne saurait dire pourquoi tel évangéliste les omet, tandis que tel autre les raconte.

Qu’on songe au possédé de Capernaüm, passé sous silence par Matthieu, à la guérison du serviteur du centenier, omise par Marc, à la résurrection du jeune homme de Nain, conservée par Luc seul, et à celle de Lazare, racontée par Jean seul.

Quant au nom de Simon, il était si fréquent chez les Juifs, que deux hôtes du Sauveur peuvent l’avoir porté.

Enfin, l’onction d’huile pratiquée par les deux femmes était un honneur si fréquemment rendu en Orient, que Jésus s’étonne de n’avoir pas reçu du pharisien cette marque de considération (verset 46).

Pour le reste, tout est différent dans les deux histoires. Ici la Galilée, là la Judée ; ici le temps de la plus grande activité du Sauveur dans son ministère, là l’époque de sa passion ; ici le blâme de Simon, là celui de Judas et des disciples ; ici une femme étrangère à la maison, là Marie dont la sœur sert à table ; et, surtout, ici une pauvre femme perdue de réputation, là la sœur de Lazare, qui ne saurait être confondue avec elle (comparez Luc 10.39-42, et Jean 11) ; ici, enfin, un entretien de Jésus avec Simon sur le péché, le pardon et l’amour du pécheur sauvé ; là Jésus prenant la défense de Marie et mentionnant sa mort prochaine.

Il faut être bien décidé à confondre deux faits pour ne pas voir que ceux-ci n’ont de commun que quelques coïncidences fortuites.

37 Et voici, une femme de la ville, qui était pécheresse, ayant appris qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum ;

Il ressort évidemment de cette histoire, et surtout du verset 39, que les péchés de cette femme avaient acquis une notoriété publique. C’est ce que nos versions ordinaires ont rendu par cette périphrase : une femme de mauvaise vie.

Une variante dans l’ordre des mots, dans Codex Sinaiticus, B, accentue cette idée : « Et voici, une femme qui était pécheresse dans cette ville », ce qui paraît vouloir dire qu’elle exerçait cette honteuse profession.

La ville n’est point nommée. Des interprètes ont supposé que c’était Magdala et ont identifié la pécheresse avec Marie-Madeleine.

Ainsi est née dans l’Église latine, dès les temps anciens, la légende célèbre dans la littérature religieuse et dans les arts, de la Madeleine pénitente. Mais l’identification de ces deux femmes ne repose sur aucun fondement, et tout dans l’Évangile parait y être contraire.

Luc Luc 8.2 mentionne pour la première fois Marie-Madeleine avec d’autres femmes que Jésus avait « délivrées de malins esprits et d’infirmités » et nous apprend, en particulier, que Madeleine avait été, plus que d’autres, en proie à la puissance des ténèbres. Or, rien, dans notre récit, ne montre que Jésus se trouve en présence d’une possédée dont il chasse le démon.

Luc ajoute que Marie-Madeleine était au nombre de ces femmes qui suivaient Jésus et ses disciples et « les assistaient de leurs biens ». La pécheresse pouvait-elle être admise à jouer un tel rôle ? Non, l’Évangile a fût, par délicatesse, le nom de cette femme. L’exégèse ne peut faire mieux que de respecter son silence.

Quels mobiles furent assez puissants pour amener cette femme dans une maison étrangère, où elle savait bien qu’elle ne rencontrerait qu’un orgueilleux mépris ? Ce n’était probablement pas sa première rencontre avec Jésus. Pressée par le remords, animée d’une vraie repentance, elle avait cherché déjà à le voir, à l’entendre, et sans doute, par la parole ou par le regard, le Sauveur lui avait témoigné une compassion qui avait été pour elle la révélation de la miséricorde divine. Un rayon d’espérance avait pénétré dans son âme ; il fallait qu’elle revit, qu’elle entendit encore

Celui dont elle avait reçu ce premier soulagement, qu’elle reçût de lui le pardon seul capable de la sauver de sa misère. Elle va donc, trop humiliée devant Dieu pour craindre d’être humiliée devant les hommes, et elle apporte avec elle ce parfum par lequel elle témoignera à Jésus sa reconnaissance et sa vénération.

On comprend mieux le courage qu’eut cette femme de s’approcher de Jésus au sein d’une telle société, si l’on se souvient qu’en Orient on prend le repas du soir

sous le porche de la maison, dans une cour ouverte à tout venant. Ce fait explique bien des traits de l’Évangile qui ne s’accorderaient guère avec nos habitude européennes.
— Félix Bovet, Voyage en Terre Sainte, page 402
38 et se tenant derrière lui, à ses pieds, en pleurant, elle se mit à mouiller ses pieds de ses larmes ; et elle les essuyait avec les cheveux de sa tête ; et elle baisait ses pieds et les oignait de parfum.

Quelle scène ! Pour se la représenter, il faut se souvenir que Jésus, ainsi que les autres convives (verset 49), était à table, selon l’usage antique, à demi couché sur le bras gauche, appuyé sur les coussins d’un divan, et les pieds nus étendus en arrière (Jean 13.23, note).

La pécheresse put ainsi s’approcher et se tenir derrière lui, à ses pieds, agenouillée probablement. Elle ne prononce pas une parole, mais son cœur, plein d’humiliation et de douleur, se répand en larmes abondantes qui tombent sur les pieds de Jésus. Ses cheveux dénoués pendent épars en signe de deuil, et elle s’en sert pour essuyer les pieds du Maître, qu’elle baise avec vénération.

Elle voudrait l’honorer en répandant sur sa tête le parfum dont elle s’est munie ; mais n’osant élever ses mains ni son regard jusqu’à la tête de Jésus, elle se contente d’oindre ses pieds. Impossible d’exprimer avec plus d’éloquence le respect, la reconnaissance, l’amour qui débordent de son cœur brisé.

L’amour lui enseigne à faire ce qui paraîtrait inepte à quiconque n’aime pas, ce que nul n’exigerait d’un esclave ; et l’amour le lui enseigne sans instruction humaine.
— Bengel

(Ainsi Luc 17.15 ; Luc 19.37)

39 Mais le pharisien qui l’avait invité, voyant cela, se dit en lui-même : Si celui-ci était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est cette femme qui le touche, il connaîtrait que c’est une pécheresse.

Le pharisien, dans sa froide dignité, ne comprend rien à cette scène, ni à ce qui en faisait la profonde signification morale. Il en conclut que ce rabbi, qui se laissait approcher et toucher par une telle femme, ignorait ce qu’elle était et, par conséquent, ne pouvait être un prophète.

Moins aveuglé par le sentiment de sa propre justice, moins étranger aux saintes douleurs de la repentance, sa conclusion aurait été tout autre, et il se serait dit sans doute : Cet homme est le Sauveur, puisque, en recevant ainsi une âme pénitente, il représente sur la terre la miséricorde de Dieu même.

Mais loin de là, le blâme qu’il prononce tacitement sur Jésus retombe lourdement sur la femme qui pleure à ses pieds. Ces termes multipliés : qui elle est, quelle elle est (dans sa vie morale) et que c’est une pécheresse, expriment un profond mépris.

40 Et Jésus répondant lui dit : Simon, j’ai quelque chose à te dire. Maître, parle, dit-il.

Répondant à quoi ? À la pensée du pharisien que pourtant il n’a point exprimée, car « il se disait en lui-même » (verset 39 ; comparez Jean 2.25).

Voir sur cet usage du verbe répondre, Matthieu 11.25, note.

41 Un créancier avait deux débiteurs ; l’un devait cinq cents deniers, l’autre cinquante.

Cinq cents deniers, environ 400 fr. ; cinquante deniers, à peu près 40 fr.

42 Comme ils n’avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux la dette. Lequel donc des deux l’aimera le plus ?

Jésus lui-même va expliquer cette parabole (verset 47).

Le créancier, c’est lui, le débiteur qui doit le plus, c’est la pécheresse. Celui qui doit le moins, c’est Simon. Mais il est débiteur pourtant, et même il n’a pas de quoi payer, aussi bien que la pécheresse.

En effet, la dette, ce sont les péchés de Simon et de la pécheresse (verset 47), et non les bienfaits qu’ils auraient reçus de Jésus comme l’ont prétendu quelques interprètes. Or, ces péchés, nul ne saurait en acquitter un seul ; devant Dieu tous les hommes sont parfaitement insolvables.

Et voici l’unique ressource du pécheur condamné, telle que Jésus la révèle dans le dernier mot de la parabole : il remit la dette à tous deux (grec : il donna par grâce ou il fit grâce à l’un et à l’autre). La grâce, telle est la grande révélation, la bonne nouvelle apportée par Jésus aux hommes pécheurs.

Le texte reçu porte : dis-moi, après lequel des deux.

Ce mot manque dans Codex Sinaiticus, B, D et la plupart des versions. Jésus, se fondant sur les sentiments naturels au cœur humain, admet que la générosité du créancier produira la reconnaissance, que le pardon produira l’amour, et cela en proportion de la grandeur du pardon.

Tel est en effet le principe de la morale évangélique confirmé par l’expérience du chrétien : « Nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier » (1 Jean 4.19).

43 Simon répondant dit : J’estime que c’est celui à qui il a remis le plus. Jésus lui dit : Tu as bien jugé.

Le pharisien a mis une certaine gravité dans sa réponse à une question si simple. Aussi paraît-il y avoir une sorte de bienveillante ironie dans la réplique de Jésus. « Tu as droitement jugé ».

Et en jugeant si bien, tu t’es condamné toi-même. C’est le très bien de Socrate quand il avait pris son interlocuteur dans ses filets. Mais ce qui établit entre Jésus et le sage grec une distance incommensurable, c’est la manière dont Jésus s’identifie, ici et dans ce qui suit, avec le Dieu offensé qui pardonne et qui devient en lui, Jésus, l’objet de l’amour du pécheur reconnaissant.
— Godet
44 Et s’étant tourné vers la femme, il dit à Simon : Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison ; tu ne m’as pas donné d’eau pour les pieds ; mais elle a arrosé mes pieds de larmes et les a essuyés avec ses cheveux. 45 Tu ne m’as pas donné de baisers ; mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a cessé de me baiser les pieds. 46 Tu n’as pas oint ma tête d’huile, mais elle a oint mes pieds de parfum.

Ce n’est pas sans une intention marquée que Jésus commence l’application de la parabole par ces mots : Je suis entré dans ta maison.

Par là, il avait fait au pharisien un honneur que celui-ci ne lui a pas rendu. À trois égards, en effet, il avait manqué à ces bienveillantes et respectueuses attentions avec lesquelles, dans les temps anciens, on recevait dans sa maison un hôte qu’on tenait à honorer.

D’abord, on lui faisait présenter par un esclave de l’eau pour se laver et se rafraîchir les pieds (Genèse 18.4). La chaleur du climat et l’usage de ne porter que des sandales rendaient ce service bienfaisant et nécessaire. Le pharisien l’avait négligé.

Mais la pénitente, au lieu d’eau, avait offert ses larmes.

Ensuite, on recevait son hôte en lui souhaitant par un baiser la bienvenue. Le mot grec signifie amitié, affection ; et tels sont les sentiments qu’on lui témoignait en l’accueillant ainsi. Les premiers chrétiens avaient conservé l’usage des Israélites (Romains 16.16 ; 1 Corinthiens 16.20 ; 1 Pierre 5.14).

Simon n’avait pas donné à Jésus cette marque d’affection. Mais la pécheresse, avec autant d’humilité que d’amour, lui avait baisé les pieds.

Enfin, en Orient, où la chaleur et les vents brûlants dessèchent la peau et les cheveux, on éprouvait le besoin de les oindre d’une huile parfumée (Psaumes 23.5).

Ici encore, même contraste entre la conduite du pharisien et celle de la femme. Il n’y a plus qu’à en conclure l’amour qui les anime l’un et l’antre.

47 C’est pourquoi, je te le dis, ses péchés qui sont en grand nombre, lui sont pardonnés, car elle a beaucoup aimé, mais celui à qui il est peu pardonné, aime peu.

Cette conclusion renferme une difficulté grammaticale qui a donné lieu à beaucoup de discussions.

On s’attendait à ce que Jésus dirait : « Ses péchés lui sont pardonnés, et c’est pour cela ou à cause de cela qu’elle a beaucoup aimé ».

Ce car paraît, au contraire, présenter l’amour comme la cause et non comme l’effet du pardon.

De là une controverse qui n’est pas près de finir, surtout entre catholiques et protestants, les premiers se servant de cette parole pour appuyer leur doctrine du pardon obtenu par des œuvres de piété ou de charité, les derniers s’efforçant de donner à cette particule car un sens qui soit en harmonie, non seulement avec l’histoire de la pécheresse et la parabole des deux débiteurs, mais avec le grand principe évangélique du pardon et du salut par la foi seule.

Si l’amour était la cause du pardon, Jésus n’aurait pas dû demander : (verset 42) « Lequel des deux l’aimera le plus ? » mais : « lequel l’aimait le plus avant son bienfait ? »

Au lieu de conclure : (verset 47) « Celui à qui il est peu pardonné aime peu », il aurait dû dire : « Celui qui aime peu, il lui est peu pardonné », Le Sauveur montre du reste clairement quelle est la cause du pardon et du salut quand il dit à la pécheresse : (verset 50) « Ta foi t’a sauvée ».

Tout cela ressort avec évidence de notre récit et est en pleine harmonie avec tout l’Évangile. Ce n’est donc pas sans raison qu’on s’est efforcé de donner a cette particule car un sens qui soit en accord avec tout le contexte.

Ce mot, a-t-on dit, peut exprimer l’effet aussi bien que la cause, comme dans ces phrases : « Le soleil est levé, car il fait jour » ;

« cet homme est guéri de sa maladie, car il a repris son activité ».

Cette explication est très admissible, d’autant plus que nous ne savons pas de quelle particule Jésus s’est servi en araméen. Et toutefois on se demande involontairement pourquoi Luc a ainsi rendu la pensée du Sauveur. Bien plus, il ne dit pas seulement : car, mais parce que elle a beaucoup aimé.

N’y aurait-il pas là une intention, et ne serait-on pas tenté d’admettre avec Olshausen que ces termes doivent nous faire sentir que la foi, la confiance du cœur qui reçoit le pardon est inséparable de l’amour, ou plutôt est déjà l’amour ? (Galates 5.6)

Croire que Dieu pardonne, c’est croire qu’il aime, et aucun pécheur ne se livre à l’assurance de cet amour si déjà il n’aime.

L’amour est le critère du pardon, même si celui qui aime n’avait pas cette idée du pardon.
— Bengel

On peut remonter plus haut dans l’expérience chrétienne, et dire sans craindre de se tromper que la repentance implique déjà de l’amour pour Dieu et qu’il n’y a point de vraie repentance sans amour. Ainsi comprise, l’admirable histoire qui nous occupe conserve toute sa vérité, et l’on ne fait aucune violence au texte.

Jésus a fait la part de la femme ; ces dernières paroles sont la part du pharisien. Le pharisien aime peu, extrêmement peu, s’il se compare à la pécheresse. Mais pourquoi lui est-il peu pardonné ? parce qu’il avait peu péché ? Non, mais parce qu’il ne le sentait pas dans sa conscience et ne s’en humiliait pas. T

ant qu’un homme n’est point encore réconcilié avec Dieu par l’assurance du pardon, il se peut qu’en se comparant à la loi il reconnaisse et sente tel ou tel péché particulier, qu’il s’en repente, qu’il en demande le pardon et qu’il l’obtienne. Mais s’il ne considère ce péché que comme un fait extérieur et isolé dans sa vie, si de là il n’est pas conduit à découvrir dans son cœur sa corruption, source de tous ses péchés, Dieu lui pardonne peu et seulement dans la mesure de sa repentance.

Dans une telle situation le pécheur devrait reconnaître sa misère à la froideur de son cœur impénitent, orgueilleux, étranger à l’amour. Jamais il n’aimera beaucoup si sa repentance ne devient plus profonde, plus douloureuse, et si l’amour infini de Dieu ne lui est pas personnellement révélé par le pardon complet de tous ses péchés.

48 Et il dit à la femme : Tes péchés te sont pardonnés.

Cette parole de miséricorde et de salut, la pauvre femme était venue la chercher aux pieds de Jésus. Elle la reçoit non comme un vœu que Jésus ferait pour elle, mais comme une déclaration expresse, elle y trouve la communication même du pardon qui descend dans son cœur et y produit un silencieux tressaillement de joie.

Une première rencontre avec Jésus lui avait révélé la miséricorde divine, lui avait donné l’espérance d’y avoir part, et tout son cœur s’était tourné vers ce Sauveur avec un amour qui lui avait fait tout braver pour parvenir jusqu’à lui (verset 37 notes).

Cet amour, elle le lui avait témoigné d’une manière touchante. De là ce verbe au passé : « Elle a beaucoup aimé ». Maintenant elle possède dans sa plénitude l’assurance personnelle du pardon et du salut. Elle pourra « s’en aller en paix ».

Il nous semble que c’est affaiblir la déclaration de pardon qui est le dénouement de toute cette histoire, en diminuer la saisissante actualité, que de la considérer, avec plusieurs interprètes, comme une simple confirmation d’un pardon qu’elle aurait déjà reçu personnellement auparavant.

On se fonde pour cela sur ce que le verbe est au parfait passif ; mais cette forme exprime plutôt la permanence que le passé de l’action. C’est ce que prouve avec évidence la même parole adressée au paralytique (Luc 5.20 ; Matthieu 9.2), qui, bien certainement, n’avait pas reçu avant ce moment-là le pardon de ses péchés.

49 Et ceux, qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci qui même pardonne les péchés ?

Dans leur ignorance, ces hommes se scandalisent de ce qui aurait dû les toucher profondément.

(voir. Matthieu 9.3 ; Luc 5.21, note).

50 Mais il dit à la femme : Ta foi t’a sauvée ; va en paix.

Jésus continue à s’adresser à la femme, sans se mettre en peine des pensées non exprimées des adversaires, qui pourtant ne lui ont pas échappé, comme le montre ce mot : Mais il dit.

C’est une nouvelle assurance de son salut que Jésus donne à la pécheresse, par cette parole qui est le commentaire lumineux de tout le récit et qui aurait dû mettre fin à toutes les controverses sur ce sujet : Ta foi t’a sauvée.

Par ces derniers mots : Va en paix, Jésus congédie la femme, afin de la soustraire aux observations blessantes des convives ; mais il la congédie avec le plus grand des biens dans son cœur, la paix de Dieu (Luc 8.48).