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Luc 6
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Plan du commentaire biblique de Luc 6

Les épis arrachés

Jésus traversant des champs de blé, un jour de sabbat, ses disciples froissent des épis entre leurs mains et en mangent les grains. Ils en sont blâmés par les pharisiens. Jésus répond à ceux-ci par l’exemple de David qui prit, malgré la loi, les pains de proposition et en mangea ; puis il déclare qu’il est maître du sabbat (1-5).

Guérison de l’homme à la main sèche

Un autre jour de sabbat, Jésus enseigne dans une synagogue où se trouve un homme dont la main droite est sèche. Les pharisiens l’observent. Mais lui, connaissant leurs desseins, ordonne à cet homme de se lever au milieu de l’assemblée, et leur demande s’il est permis de faire du bien le jour du sabbat ou de faire du mal ; puis, après un long regard promené sur les assistants, il dit au malade : Étends ta main. Il le fait et est guéri. À cette vue, les adversaires sont remplis de fureur et ils cherchent ce qu’ils pourraient faire à Jésus (6-11).

1 Or il arriva, au sabbat second-premier, qu’il passait au travers des blés ; et ses disciples arrachaient les épis, et, les froissant entre leurs mains, ils les mangeaient.
Chapitre 6

1 à11 Deux violations du sabbat.

Comparer Matthieu 12.1-8, notes, et Marc 2.23-28, notes.

Ce mot étrange : sabbat second-premier, ne se retrouvant nulle part ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament, ni dans la littérature classique, reste à peu prés inintelligible.

Toutes les explications qu’on s’est efforcé d’en donner, depuis les Pères de l’Église jusqu’à nos jours, ne reposent que sur des hypothèses sans preuves historiques.

On peut voir plusieurs de ces tentatives d’explication dans le Commentaire de M. Godet sur ce passage, ou dans celui de Meyer, qui n’en expose pas moins de dix, sans en accepter aucune.

La plus vraisemblable, due à Scaliger, est exposée ainsi par de Wette, qui parait l’adopter :

Le premier sabbat après le second jour de la Pâque. Depuis ce second jour jusqu’à la Pentecôte, on comptait, d’après Lévitique 23.15, sept sabbats, dont le premier serait celui que Luc mentionne. Ce temps convient au récit, car la moisson mûrissait à cette époque, et c’était au second jour de Pâque qu’on en offrait les prémices.

Mais cette interprétation, assez obscure en elle-même, est une pure supposition. Il en est une autre citée par M. Godet, et qui a du moins le mérite de la simplicité et de la clarté : l’année civile chez les Juifs commençait en automne (au mois de tischri), l’année religieuse au printemps (au mois de nisan) ; il y avait ainsi chaque année deux premiers sabbats, l’un inaugurant l’année civile, l’autre inaugurant l’année religieuse.

On aurait appelé ce dernier second-premier.

Weiss objecte à toutes ces explications que si le terme de sabbat second-premier avait été un terme consacré, usuel, comme le supposerai le fait que Luc l’emploie sans l’expliquer à ses lecteurs, il serait étrange qu’il ne se rencontrât ni dans les Septante, ni dans Philon, ni dans Josèphe, ni dans le Talmud.

Cette objection n’est pas sans valeur, et elle a poussé maint interprète à chercher l’origine de ce terme dans une incorrection du texte. On a pensé que Luc, ayant à raconter deux faits qui s’étaient passés en deux sabbats successifs (verset 6), avait pu écrire ici : au premier sabbat, et que quelque copiste inintelligent, se souvenant du sabbat mentionné (Luc 4.31), aurait écrit en marge le mot second, qui aurait ensuite passé dans le texte.

Le mot second-premier manque, en effet, dans Codex Sinaiticus, B, plusieurs versions Cependant Tischendorf lui-même le conserve.

2 Mais quelques-uns des pharisiens leur dirent : Pourquoi faites-vous ce qu’il n’est pas permis de faire les jours de sabbat ? 3 Et Jésus, répondant, leur dit : N’avez-vous pas même lu ce que fit David, quand il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui ?

1 Samuel 21.

Pas même lu ! Il y a, dans ce terme, une ironie que Marc rend par une expression semblable : « N’avez-vous jamais lu ? »

4 Comment il entra dans la maison de Dieu, et prit les pains de proposition, et en mangea, et en donna aussi à ceux qui étaient avec lui, bien qu’il ne soit permis qu’aux seuls sacrificateurs d’en manger ?

Voir, sur cette réponse de Jésus, Matthieu 12.4, note, et sur sa valeur comme argumentation, Marc 2.26, note.

D’après Matthieu (Matthieu 12.5 et suivants), Jésus ajoute ici d’autres raisons qui devaient justifier pleinement ses disciples.

5 Et il leur disait : Le fils de l’homme est maître même du sabbat.

Voir, sur cette parole, Matthieu 12.8, note, et Marc 2.28, note.

Il faut remarquer ce verbe à l’imparfait : Et il leur disait indiquant une pensée nouvelle et importante, qui s’ajoute aux précédentes.

Dans D, on lit à la suite du verset 4 « Le même jour, Jésus, voyant quelqu’un qui travaillait pendant le sabbat, lui dit : Ô homme ! Si tu sais ce que tu fais, tu es heureux ; mais si tu ne le sais pas, tu es maudit et transgresseur de la loi ».

Ces paroles ne sont pas authentiques et le fait qu’elles rapportent n’est guère vraisemblable ; un homme qui aurait travaillé publiquement eût été arrêté et puni ; et il n’est pas probable que Jésus eût approuvé une infraction directe au commandement mosaïque, même si celui qui s’en rendait coupable avait su ce qu’il faisait, c’est-à-dire s’il s’était élevé, par une vraie spiritualité, au-dessus de la lettre de la loi et jusqu’à la liberté chrétienne.

6 Or, il arriva, un autre sabbat, qu’il entra dans la synagogue, et qu’il enseignait ; et il y avait là un homme, et sa main droite était sèche.

Voir, sur ce second récit, Matthieu 12 ; 9-14, notes, et surtout Marc Matthieu 3.1-6, notes.

C’est ce dernier évangéliste qui dépeint la scène de la manière la plus vive et la plus complète.

Le texte reçu avec A, majuscules, porte : il arriva aussi.

7 Or les scribes et les pharisiens l’observaient pour voir s’il guérissait le jour du sabbat, afin de trouver de quoi l’accuser.

Le pronom le devant observaient est omis par A, majuscules Son authenticité parait garantie par Codex Sinaiticus, B. D, etc.

Le texte grec dans Codex Sinaiticus, A, D, etc., a le verbe au présent : « pour voir s’il guérit ».

L’idée est que les adversaires voulaient voir si Jésus avait en général l’habitude de guérir au jour du sabbat, ce qui eût été plus grave. B et la plupart des majuscules portent le verbe au futur : s’il guérira, ne se rapportant qu’au cas actuel.

Le texte reçu avec A, majuscules porte : trouver un sujet d’accusation. Les autres : trouver à l’accuser (infinitif).

8 Mais lui connaissait leurs pensées ; et il dit à l’homme qui avait la main sèche : Lève-toi, et tiens-toi là au milieu. Et s’étant levé il se tint debout. 9 Jésus donc leur dit : Je vous demande s’il est permis, les jours de sabbat, de faire du bien ou de faire du mal ; de sauver une vie ou de la perdre.

Le texte reçu avec quelques minuscules porte : « Je vous demanderai quelque chose : Est-il permis ? etc. » ; À et quelques majuscules ont : « Je vous demanderai : Qu’est-ce qui est permis ? » Dans le vrai texte, la question est plus simple.

Voir, sur ces dernières paroles, Marc 3.4, note.

D’après cet évangéliste, Jésus dit : « de sauver une vie, ou de la tuer ». Ce dernier terme, si énergique, se trouve également dans plusieurs documents du texte de Luc : A, majuscules, versions.

La leçon du texte reçu : perdre ou faire périr est autorisée par Codex Sinaiticus, B, D, l’Itala et d’autres versions.

10 Et ayant porté ses regards tout autour sur eux tous, il lui dit : Étends ta main. Et il le fit, et sa main fut guérie.

Grec : fut rétablie.

Le texte reçu ajoute : saine comme l’autre.

Il peut y avoir quelque doute sur les mots : comme l’autre, omis seulement par Codex Sinaiticus, B, mais l’épithète saine est sûrement inauthentique. Les deux expressions paraissent empruntées à Matthieu.

11 Mais eux furent remplis de fureur, et ils s’entretenaient ensemble de ce qu’ils pourraient faire à Jésus.

Grec : remplis de démence, de folie.

La fureur et la haine leur ôtent le bon sens. Et la cause en est une manifestation éclatante de la puissance et de l’amour du Sauveur. Ils croient n’obéir qu’à leur zèle pour la loi de Dieu, mais ce zèle s’est corrompu et changé en passion.

Matthieu dit : « Ils tinrent conseil contre lui, afin de le faire périr ». Marc ajoute : « Ils tinrent conseil avec les hérodiens ».

12 Or il arriva en ces jours-là, qu’il s’en alla sur la montagne pour prier ; et il passa toute la nuit à prier Dieu.
Plan
Election des douze

Jésus en ces jours-là passe une nuit en prières sur la montagne. Le jour venu, il assemble autour de lui ses disciples dont il choisit douze, auxquels il donne le titre d’apôtres. Noms des douze (12-16).

Jésus revenu auprès de la foule opère des guérisons

Jésus avec ses disciples redescend jusqu’à un plateau de la montagne. Il y trouve une grande multitude, accourue de toute la Palestine. Une puissance divine, sortant de lui, opère des guérisons (17-19).

L’apogée du ministère galiléen
Jésus proclame le royaume de Dieu

12 à 19 Choix des douze apôtres. Guérisons.

Ces mots : en ces jours-là, se rapportent à ce qui précède immédiatement.

D’une part, Jésus était parvenu au faite de son activité et de sa puissance divine (versets 17, 18 ; comparez Luc 7 tout entier).

D’autre part, la haine de ses adversaires et leurs desseins meurtriers hâtaient la crise qu’il prévoyait déjà comme inévitable.

Dans ces graves circonstances, il va choisir parmi ses disciples les douze apôtres et les établir comme ses témoins et ses ambassadeurs (Actes 1.8 ; 2 Corinthiens 5.20), chargés de continuer après lui son œuvre dans le monde.

Il se prépare à cet acte solennel par la prière dans un lieu écarté. Il (grec) sortit dans la montagne (Marc 3.13, note) pour prier ; et là (grec) il était passant la nuit, ou veillant la nuit, dans la prière de Dieu.

Nous avons vu (Luc 5.16, note) combien notre évangéliste raconte fréquemment que Jésus se retirait dans la solitude pour prier. Mais ici on sent qu’il donne à la mention de ce fait une importance particulière ; les termes qu’il emploie sont solennels, inusités. Celui-ci : passer la nuit en veillant dans la prière, ne se trouve pas ailleurs, non plus que cet autre : la prière de Dieu, qui indique un état de recueillement et de supplication intense dans la communion de Dieu.

Le mot que nous rendons par prière signifie aussi le lieu où l’on prie (Actes 16.13-16), une maison de prière ; et c’est ainsi que quelques interprètes ont voulu l’entendre dans notre passage. Ce sens serait beau : Jésus aurait fait de la solitude de la montagne une maison de Dieu où l’on prie (Genèse 28.17), et où il aurait passé toute la nuit. Mais le premier sens indiqué est plus probable.

13 Et quand le jour fut venu, il appela à lui ses disciples, et il en choisit douze d’entre eux, qu’il nomma aussi apôtres ;

Comparer, sur cette élection des douze, Matthieu 10.2-4, notes, et Marc Marc 3.3-15, notes.

Luc ajoute seul que Jésus leur donna le beau titre d’apôtres, envoyés auprès de notre humanité pour continuer son œuvre par la prédication de l’Évangile.

L’expression employée n’implique pas qu’il le leur donna à ce moment même (comparer verset 14 : Simon qu’il nomma Pierre). Mais cela parait naturel.

14 Simon qu’il nomma aussi Pierre et André son frère, et Jacques et Jean et Philippe et Barthélemi ;

Pierre, en hébreu Céphas (Jean 1.43, note ; Matthieu 16.18, note).

Aussi, celui que l’on connaît sous ce nom.

Voir, sur cette liste des apôtres, Matthieu 10.4, note et comparez Marc 3.16-19 ; Actes 1.13

15 et Matthieu et Thomas et Jacques, fils d’Alphée, et Simon appelé le Zélote,

Voir, sur ce nom de Zélote que Luc seul emploie, ici et Actes 1.13, la note sur Matthieu 10.4.

16 et Jude, fils de Jacques, et Judas Iscariot, qui devint traître.

Le nom de Jude, fils de Jacques, est propre à Luc. L’existence d’un apôtre de ce nom est confirmée par Jean 14.22 (comparer Matthieu 10.3-4, note).

On a traduit parfois frère de Jacques, mais cela est contraire au texte.

Les évangélistes n’omettent jamais de rappeler que Judas trahit ou livra son Maître ; mais ce passage est le seul où le nom odieux de traître lui soit donné.

Il faut remarquer encore que Matthieu, dans sa liste des apôtres, les nomme deux par deux : Pierre et André, Jacques et Jean, etc. Ce groupement répondait à la réalité historique, chaque paire ainsi réunie était liée en effet, soit par des liens de parenté, soit d’une autre manière. Le texte reçu a voulu imiter cette division dans notre Évangile ; mais, selon le vrai texte, tous les noms sont liés les uns aux autres par la même particule : Pierre et André et Jacques et Jean, etc.

17 Et étant descendu avec eux, il s’arrêta sur un plateau, et il y avait là une foule nombreuse de ses disciples et une grande multitude de peuple de toute la Judée et de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon, qui étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies ;

Grec : un lieu plain, ou en plaine.

Ce mot ne désigne point la plaine par opposition à la montagne, mais bien un plateau situé sur le penchant de la montagne, par opposition au sommet, d’où Jésus descendait.

C’est ce que montre clairement le terme choisi : il s’arrêta sur un plateau. Ce mot ne serait point approprié à l’idée, si Jésus était réellement descendu jusque dans la plaine.

Ainsi disparaît la prétendue contradiction entre Matthieu et Luc, d’où l’on a voulu conclure que les deux évangélistes ne rapportaient pas le même discours (voir Matthieu 5.1, note).

18 et ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs, étaient guéris. 19 ? Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une puissance sortait de lui et les guérissait tous.

Quel auditoire se trouve là réuni pour entendre le discours de Jésus ! Une foule nombreuse (Codex Sinaiticus, B) de ses disciples, c’est-à-dire de ceux qui s’assemblaient fréquemment autour de lui pour l’entendre, une grande multitude de peuple, accourue de toutes les contrées environnantes, soit pour l’entendre, soit pour être guéris de leurs maladies ; plusieurs de ces malheureux qui étaient en proie à la puissance des ténèbres : et ils étaient guéris.

Ceux même qui ne pouvaient pas attirer sur eux l’attention du Sauveur, au milieu de cette foule, cherchaient à le toucher, et ils éprouvaient qu’une puissance divine sortait de lui et les guérissait tous.

(comparer Marc 5.28-29 ; Luc 5.17 ; Matthieu 14.36, et, en général, sur le grand nombre de guérisons opérées par le Sauveur, Marc 1.34, note).

20 Et lui, levant les yeux sur ses disciples, disait : Heureux vous pauvres, parce qu’à vous est le royaume de Dieu !
Plan
Les membres du royaume de Dieu

Jésus proclame le bonheur de ceux que leur condition rend propres à avoir part au royaume de Dieu, et le malheur de ceux qui en sont exclus par leurs dispositions (20-26).

La loi du royaume de Dieu

a) L’amour et ses diverses manifestations. La règle première, que Jésus énonce avant tout, c’est la charité. Elle nous porte à aimer ceux qui nous haïssent, à supporter ceux qui nous maltraitent et nous

dépouillent. Elle se résume dans ce précepte : faire aux autres ce que nous voudrions qui nous fût fait (27-31).

b) L’amour opposé aux sentiments naturels. Jésus fait ressortir les caractères distinctifs de la charité en l’opposant aux sentiments naturels qui se bornent à rendre le bien pour le bien, tandis que la charité se montre absolument désintéressée (32-38a).

c) Le but et le modèle de l’amour. Cette charité désintéressée a pour unique but Dieu, dont elle nous fait les fils en nous rendant miséricordieux comme lui. C’est là sa grande récompense (35b-36).

d) L’esprit de jugement et les relations fraternelles. Jésus met en garde contre l’esprit de jugement, si opposé à la vraie charité ; il promet en retour l’indulgence et le pardon. Il exhorte à donner, et promet ample compensation à celui qui donnera. Un aveugle ne peut conduire un aveugle ; le disciple n’est pas plus que le Maître. Ne regardez pas la paille dans l’œil de votre frère. Pour ne pas vous rendre coupables d’une telle hypocrisie, et pour être dans vos relations avec vos frères tout ce que vous devez être, souvenez-vous que le fruit répond à l’arbre ; efforcez-vous d’être de bons arbres, d’avoir dans votre cœur un bon trésor (37-45)

Conclusion pratique du discours

Jésus recommande à ses auditeurs de ne pas se contenter de l’appeler Seigneur, mais de pratiquer fidèlement le principe du royaume de Dieu. Ils seront ainsi semblables à l’homme qui a bâti sa maison sur le roc ; tandis que ceux qui ne mettent pas en pratique les paroles du Maître ressemblent à l’homme qui bâtit sa maison sur la terre (46-49).

20 à 49 le discours sur la montagne

Matthieu et Luc marquent, chacun à sa manière, avec une certaine solennité, ce moment où Jésus commence un discours prolongé, Matthieu dit : « Et ouvrant la bouche, il les enseignait en disant » ; Luc : « Et lui, levant ses yeux sur ses disciples, disait ».

L’un et l’autre font ainsi attendre une instruction importante du Sauveur. La situation, d’ailleurs, l’exigeait. Jésus, parvenu au faite de son activité messianique, entouré de foules immenses attirées auprès de lui par son enseignement et ses miracles, pouvait-il ne pas saisir une telle occasion de les initier plus complètement à la vérité divine qu’il était venu révéler ?

Ce discours a donc été réellement prononcé par Jésus. Il n’est pas une composition de Matthieu et de Luc, dans laquelle chacun d’eux aurait fait entrer des enseignements donnés par Jésus en diverses occasions.

Comparer Matthieu 5.2, note, au sujet de certains éléments du discours que Luc place dans des situations différentes (Luc 11.9-13 ; Luc 12.22-34 ; Luc 12.58-59 ; Luc 13.24 ; Luc 16.17-18).

Pour expliquer ces divergences, il faut admettre que nos évangélistes nous ont conservé les rédactions du discours sur la montagne qui avaient cours dans leurs milieux respectifs.

Matthieu a recueilli la relation qui s’était formée dans les églises judéo-chrétiennes, Luc celle des églises de la gentilité. Et chacune de ces relations répond à la tendance de l’Évangile qui la renferme.

Celle de Matthieu appuie sur la « justice », elle expose la polémique de Jésus contre l’interprétation que les pharisiens donnaient de la loi et contre leurs pratiques religieuses : (Luc 5.17-6.18) elle convient à l’Évangile destiné aux Hébreux.

La relation de Luc présente la charité comme la disposition essentielle de ceux qui font partie du royaume de Dieu : elle s’accorde admirablement avec l’Évangile universaliste, l’Évangile de la grâce. L’accord de ces relations avec le but des écrits qui nous les ont transmises ne doit pas cependant nous amener à cette conclusion que les évangélistes les auraient composées de leur chef, en façonnant à leur guise une rédaction première. Elles sont bien plutôt le produit inconscient des milieux dans lesquels les paroles du Sauveur s’étaient conservées par tradition orale d’abord.

Cette explication laisse aux auteurs de nos évangiles le caractère de témoins fidèles et respectueux, qu’ils revendiquent, et elle dispense les interprètes de se livrer à des recherches aussi vaines que subtiles pour reconstituer le discours original dans sa teneur exacte. Elle permet aussi d’écarter une opinion qui remonte aux Pères de l’Église et d’après laquelle nous aurions deux discours différents dans nos deux évangiles.

Ceux qui défendent ce point de vue se fondent, d’abord, sur le verset 17 mal compris, admettant que, dans Luc, nous avons un discours de la plaine et dans Matthieu un autre, prononcé sur la montagne ; ensuite, sur les notables différences des deux rédactions.

Mais nous avons vu (verset 17, note) que le premier de ces arguments repose sur une erreur ; et, quant au second, il est largement contrebalancé par les parties communes aux deux discours. Peut-on admettre, en effet, que Jésus aurait répété deux fois de suite une instruction qui commence par les béatitudes, qui se poursuit par des enseignements à peu près identiques et se termine par la même parabole ?

On prétend que l’un des discours (Luc) était surtout destiné aux disciples de Jésus, l’autre (Matthieu) à tout le peuple. Mais cette idée n’est justifiée ni par nos deux récits ni par le contenu des discours. Luc (verset 20) dit que Jésus lève les yeux sur ses disciples au moment de prendre la parole, mais il est évident qu’il entend par ce terme tous ceux qui s’étaient assemblés autour de Jésus pour l’écouter (verset 17). Le Sauveur voulait leur faire du bien à tous, quel que fût le degré de leur développement moral, et jamais il ne professa, à la manière des philosophes, une doctrine ésotérique, destinée aux seuls initiés.

21 Heureux vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés ! Heureux vous qui pleurez maintenant, parce que vous serez dans la joie !

Voir, sur ces deux premières paroles, Matthieu 5.3-6, notes.

D’après le premier évangile, Jésus dit : « pauvres en esprit » et parle d’une « faim et d’une soif de la justice ».

Ces mots indiquent clairement qu’il s’agit d’une pauvreté spirituelle à laquelle Jésus promet des biens qui ne sont pas de ce monde. Il déclare heureux ceux qui ressentent cette pauvreté-là, parce qu’ils éprouvent le besoin de sa grâce.

En désignant de la sorte ceux qui sont qualifiés pour être admis dans le royaume de Dieu, il révèle toute la spiritualité de ce royaume qui, disait-il, « est au dedans de vous » (Luc 17.21).

Ce caractère spirituel est moins apparent dans la rédaction que Luc nous a conservée des béatitudes. En effet, quand Jésus, d’après Luc, déclare heureux les pauvres, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent ; et que, d’autre part, il prononce un malheur sur les riches, sur ceux qui jouissent des prospérités de la terre, il a l’air de dire que la pauvreté et la souffrance sont par elles-mêmes des titres au royaume de Dieu, et que la possession des biens et des joies de cette vie est en soi un malheur, et presque une malédiction.

Cette interprétation paraît autorisée encore par ce mot maintenant, ici-bas, qui oppose la condition terrestre actuelle à la vie à venir. Elle semble conforme à d’autres enseignements de notre évangile, comme la parabole du mauvais riche et de Lazare (Luc 16.19 et suivants). Mais un examen plus attentif montre qu’une telle conception n’est certainement pas dans la pensée du Sauveur, ni dans celle de notre évangéliste.

Les béatitudes telles que Luc nous les a conservées, ne diffèrent pas d’une manière essentielle de celles de Matthieu. Elles doivent être interprétées à la lumière de ces dernières. Elles revêtent une forme abrégée, parce qu’elles sont des paroles adressées directement aux auditeurs spéciaux que Jésus avait devant lui sur la montagne. Ceux-ci, quelle que fût leur position matérielle, étaient venus à lui pressés par les besoins de leur âme et le désir d’un secours d’en haut. Le Maître répond à leurs aspirations.

D’ailleurs il ne faut pas oublier que la pauvreté et la souffrance, sans donner encore aucun droit aux glorieuses promesses de l’Évangile, sont très souvent dans la main de Dieu un moyen d’éclairer, d’humilier les âmes, de les déprendre de l’idolâtrie des choses visibles, pour les faire soupirer après les biens éternels ; et que d’autre part, les richesses, les prospérités et les joies de la terre exercent sur les âmes une influence fatale, qui les aveugle sur leurs vrais intérêts et les endurcit.

C’est pourquoi Jésus peut prononcer un quadruple malheur ! sur ceux qui possèdent des richesses (comparer Jacques 2.5 ; Jacques 5.1 et suivants). Mais encore ici, il ne s’adresse pas à tous les riches, pris d’une manière abstraite.

Grec : vous rirez, comme au verset 25. Le rire est l’expression de la joie (Psaumes 126.2), comme les pleurs sont l’expression de la tristesse. Matthieu, suivant de plus près les gradations de la pensée du Sauveur, déclare « heureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés » (Matthieu 5.4, note).

22 Vous serez heureux quand les hommes vous haïront, et quand ils vous excluront et vous injurieront et rejetteront votre nom comme mauvais, à cause du fils de l’homme.

Matthieu 5.11, note.

Il y a une gradation dans tous ces actes qui procèdent de la haine. Ils vous excluront de leurs sociétés, de leurs synagogues, de leurs églises, même bien souvent de vos droits civils (Jean 9.22-34 ; Jean 12.42 ; Jean 16.2).

Rejeter le nom de quelqu’un comme mauvais, c’est mépriser ce nom au point de ne vouloir pas même le prononcer, comme s’il était le résumé de tout ce qu’il y a de plus méchant.

Ce nom est suivant les uns le nom individuel du croyant, suivant d’autres la désignation collective des disciples comme Nazaréens ou chrétiens (Jacques 2.7). Le premier sens est plus naturel dans notre contexte.

Et tout cela, à cause du fils de l’homme ! (Matthieu dit plus simplement et plus directement : à cause de moi).

C’est lui qui est l’objet de toute cette haine, parce qu’il est le témoin vivant de la vérité. Et voilà pourquoi il déclare heureux ceux qui, par la même cause, souffrent avec lui.

23 Réjouissez-vous en ce jour-là, et tressaillez de joie ; car voici, votre récompense sera grande dans le ciel, car c’est de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes.

Matthieu 5.12, note.

Voir, sur cette joie recommandée et promise aux disciples persécutés, Actes 5.41, et sur ces mêmes traitements infligés aux prophètes, Luc 11.47-48 ; Matthieu 23.34 ; Actes 7.52.

24 Mais malheur à vous riches, parce que vous avez reçu votre consolation !

Comparer verset 21, note.

Luc oppose à ses quatre béatitudes quatre malheurs ! qui y correspondent exactement, et que Matthieu a omis.

Le premier concerne les riches, qui sont malheureux parce qu’en mettant leur confiance dans les richesses (Marc 10.24), en en faisant leur dieu, ils ont reçu actuellement leur consolation et qu’ils n’en auront point d’autre quand ils verront s’évanouir leurs illusions ; comparez Luc 16.25.

Le mot que nous traduisons par mais signifie seulement, excepté, et désigne les personnes mentionnées dans ce verset comme exceptées, exclues de la catégorie précédente.

25 Malheur à vous qui êtes rassasiés maintenant, parce que vous aurez faim ! Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous mènerez deuil et pleurerez !

C’est l’opposé du verset 21 ;

Luc ne dit pas seulement « vous qui êtes rassasiés » mais « vous qui êtes remplis », de telle sorte qu’il ne reste en vous aucune place pour des biens d’une autre nature. Et l’homme peut être ainsi comblé sans être véritablement rassasié.

Le texte reçu omet maintenant : ce mot se trouve dans Codex Sinaiticus, B et plusieurs majuscules

Le rire est l’expression d’une joie bruyante qui éclate au dehors.

Le mot : maintenant oppose l’état actuel à l’avenir indiqué par ces verbes au futur : vous mènerez deuil, vous pleurerez.

26 Malheur, quand tous les hommes diront du bien de vous ! Car c’est de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes.

Opposition directe avec le verset 22.

D’après le vrai texte, cette exclamation malheur ! n’est pas suivie des mots à vous.

C’est que Jésus n’adresse point ces paroles à ses auditeurs actuels, qui ne risquent guère de se trouver dans une telle position (comparez verset 22), mais aux pharisiens et aux chefs théocratiques du peuple, honorés de tous, et qui recherchaient avidement cette influence et cette popularité.

Ce qui n’empêche pas que, de nos jours, les disciples de Jésus-Christ ne sauraient trop méditer ces paroles, dans le sens de Galates 1.10.

27 Mais je vous dis, à vous qui écoutez : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent ; 28 bénissez ceux qui vous maudissent ; priez pour ceux qui vous outragent.

Jésus a annoncé à ses disciples qu’ils seront haïs et outragés (verset 22), puis il a prononcé des malédictions sur le monde ennemi de Dieu. Ses auditeurs auraient pu conclure de là qu’il leur était permis de haïr leurs ennemis.

Jésus, en se tournant vers eux, prévient leur pensée par ces mots : Mais je vous dis, à vous qui écoutez. Il revient, des riches absents, à ses auditeurs réels.

(D’autres prennent ces mots : vous qui écouter dans un sens moral : vous qui êtes dociles à mes enseignements. Ce sens est moins simple).

Jésus énonce ce précepte profond qui dépasse les forces de l’homme naturel : aimer ceux qui nous haïssent. Ce commandement de l’amour, qui ne peut être accompli que sous la loi nouvelle de l’Évangile, est motivé d’une manière différente dans Matthieu (Matthieu 5.44-45), où il se trouve directement opposé à l’esprit de la loi ancienne, et rattaché à l’amour des enfants de Dieu pour leur Père céleste (voir les notes).

C’est sans doute ainsi que Jésus présenta ce contraste profond dans le sermon sur la montagne.

29 À celui qui te frappe sur la joue, présente aussi l’autre ; et celui qui enlève ton manteau, ne l’empêche point de prendre aussi ta tunique.

Matthieu 5.40, note.

Dans le premier évangile, Jésus nomme ces deux vêtements dans l’ordre inverse : si quelqu’un veut t’ôter la tunique, laisse-lui aussi le manteau.

Il suppose un créancier (« si quelqu’un veut plaider contre toi ») qui saisit d’abord la tunique, de moindre valeur, puis, s’il n’est pas assez payé, réclame le manteau.

Jésus qui, jusqu’ici, parlait d’une manière générale, au pluriel (vous), passe brusquement au singulier (tu), afin d’obliger chacun de ses auditeurs à s’appliquer individuellement ces paroles. Il en est de même dans Matthieu.

30 Donne à quiconque te demande ; et ne redemande pas à celui qui enlève ce qui est à toi.

Matthieu 5.42, note.

La seconde partie de ce verset est un peu différente dans le premier évangile, qui dit : « et ne te détourne point de celui qui veut emprunter de toi ».

31 Et comme vous voulez que les hommes vous fassent, vous aussi faites-leur de même. 32 Et si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment ; 33 et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? Car les pécheurs aussi font la même chose. 34 Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi prêtent aux pécheurs, afin de recevoir la pareille.

Matthieu 5.46-47, notes.

Cette question deux fois répétée : (versets 32, 33) quel gré vous en saura-t-on ? signifie proprement : quelle grâce vous en revient-il ? De la part de Dieu ; car il serait directement contraire à l’esprit de ces paroles d’attendre quelque grâce ou quelque bienfait de la part des hommes, pour prix de la charité qu’on leur témoigne.

Dans Matthieu, Jésus dit : « Quelle récompense en aurez-vous ? » Le sens est le même au fond, bien que l’expression de Luc dise plus clairement que, de la part de Dieu, tout est grâce.

Selon le premier évangile, Jésus se plaçant au point de vue des Juifs, dit : « les péagers mêmes » ;

Luc, écrivant pour des étrangers, exprime la même idée par un terme plus général : les pécheurs, les hommes mauvais, corrompus.

35 Mais aimez vos ennemis, et faites du bien et prêtez sans rien espérer, et votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très-Haut ; parce que lui est bon envers les ingrats et les méchants.

Matthieu 5.44-45, notes.

Mais (grec excepté, même mot qu’au verset 24, ce faux amour écarté) voici la conduite que vous devez tenir.

Aimer, faire le bien, prêter, sans rien espérer, c’est agir dans l’esprit et l’amour de Dieu lui-même, c’est prouver à nous-mêmes et aux autres que nous sommes ses enfants.

Tel est l’exemple divin que Jésus nous propose, même dans nos rapports avec les ingrats et les méchants.

Matthieu donne pour preuve de cette miséricorde de Dieu égale pour tous « qu’il fait lever son soleil et répand les pluies du ciel » sur tous indistinctement.

Le verbe que nous traduisons par espérer signifie ordinairement désespérer.

Quelques-uns appliquent ici ce sens : sans désespérer de rien, sans regarder comme perdu ce que vous donnez, puisque vous êtes assurés de la récompense céleste qui sera grande.

Mais la signification reçue : n’espérant rien en retour de qui vous demande, est plus conforme au parallélisme avec le verset 34. Une variante dans Codex Sinaiticus et les versions syriaque porte : « ne désespérant personne » (par un refus).

36 Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux.

La miséricorde de Dieu, tel est le modèle sublime que Jésus propose à ses disciples.

Le but vers lequel ils doivent tendre constamment, c’est de devenir les fils de ce Père, en étant miséricordieux comme lui ; et ce sera là leur grande récompense.

Matthieu (Matthieu 5.48) conclut la première partie de son discours par une pensée analogue, mais exprimée en termes différents : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait ».

Comme cet évangéliste venait de rappeler la bonté ou la miséricorde de Dieu envers tous, c’est bien aussi cette perfection spéciale qu’il nous exhorte à imiter et à atteindre (voir la note) ; en sorte qu’au fond la pensée est la même dans les deux évangiles.

37 Et ne jugez point, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; absolvez, et vous serez absous.

Matthieu 7.1-3, note.

Luc fait découler très logiquement cette disposition contraire à l’esprit de jugement de sa source naturelle, la miséricorde (verset 36).

Et tandis que Matthieu se borne à dire : « Ne jugez point », Luc ajoute : ne condamnez point, donnant à entendre par là que, dans tous les jugements sévères que nous portons sur nos frères, il y a une disposition méchante à les condamner, tandis que nous devrions être désireux de pouvoir toujours les absoudre, lorsqu’ils sont accusés.

Tel est bien le sens de ce dernier mot, que nos versions ordinaires rendent par pardonner (Luc 23.16). Il ne s’agit point, en effet, d’offenses personnelles, mais des torts supposés du prochain, soit envers Dieu, soit envers les hommes.

La récompense promise à l’accomplissement de ces saints devoirs, c’est de n’être pas jugés, condamnés mais absous par Dieu lui-même. En effet, la mesure de son jugement est puisée dans le cœur même des hommes (verset 38, comparez Matthieu 7.2, note).

38 Donnez, et il vous sera donné ; on vous donnera dans votre sein une bonne mesure, pressée, secouée, débordante ; car de la mesure dont vous mesurez, il vous sera mesuré en retour.

Cet esprit miséricordieux (versets 36, 37) est aussi toujours disposé à donner ; et par là même il s’attire, de la part de Dieu, les plus riches dons de sa grâce.

Cette dernière pensée est illustrée par une image frappante, dont les épithètes multipliées sont destinées à dépeindre la richesse de la libéralité divine.

L’expression : dans votre sein, est empruntée à la forme du costume oriental qui, très ample sur la poitrine et resserré par une ceinture, fournit une sorte de poche d’une capacité assez grande (Ruth 3.15 ; voir aussi le Voyage en Terre Sainte de M. Félix Bovet, 7e édition, page 205).

39 Et il leur dit aussi une parabole : Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans une fosse ?

Il est difficile de trouver une liaison entre cette parabole et les pensées qui précèdent.

Ceux qui veulent maintenir l’unité et la suite de cette partie du discours dans la relation de Luc appliquent l’image de l’aveugle conduisant un aveugle à la prétention de juger le prochain (verset 37) et la rapprochent de la comparaison employée au verset 41 (comparer Matthieu 7.5, note).

Matthieu cite cette image dans une autre circonstance (Matthieu 15.14), où l’application en est des plus naturelles (comparer Matthieu 23.16 ; Jean 9.40-41).

40 Un disciple n’est point au-dessus du maître ; mais tout disciple accompli sera comme son maître.

D’autres traduisent : « chacun sera formé (1 Corinthiens 1.10, note) comme son maître ». L’ordre des mots dans le grec rend la traduction ordinaire plus probable.

Pour trouver un rapport entre ce verset et le précédent, on admet que, des deux aveugles qui tombent dans la fosse, l’un est le maître (conducteur), l’autre le disciple.

Pour qu’ils n’y tombassent pas, il faudrait que le disciple fut supérieur ou plus clairvoyant que le maître, ce qui n’est pas le cas ordinairement. Ce rapport n’est pas très évident ; mais Jésus a souvent employé cette même comparaison dans des discours où l’application en est lumineuse (Matthieu 10.24-25 ; Jean 13.16 ; Jean 15.20).

41 Et pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, tandis que tu n’aperçois pas la poutre qui est dans ton propre œil ? 42 Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, permets que j’ôte la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Matthieu 7.3-5, note.

Cette image est destinée, dans le premier évangile, à faire sentir la folie de ceux qui jugent les défauts des autres tout en étant aveuglés sur les leurs propres. L’application est directe.

Dans Luc, l’image a le même sens, qu’on la rapporte au verset 37 ou au verset 39.

43 Car il n’y a pas de bon arbre qui produise de mauvais fruit, ni de mauvais arbre qui produise de bon fruit. 44 Car chaque arbre se reconnaît à son propre fruit. Car on ne recueille pas sur des épines des figues, et l’on ne vendange pas le raisin sur des ronces.

Matthieu 7.16-20, note.

Dans le premier évangile, la liaison de ces paroles avec ce qui précède, est différente.

Là Jésus avait dit : « Gardez-vous des faux prophètes ! » Et c’est à leur sujet qu’il indique le signe certain auquel on pourra les reconnaître : les fruits.

Luc applique cette comparaison à l’homme aveuglé et hypocrite qui veut corriger son frère, tandis qu’il a lui-même des défauts plus graves (versets 41, 42).

Comment peut-il prétendre faire du bien à son frère, tant qu’il produit de mauvais fruits ? Le mot grec, traduit par mauvais, signifie proprement gâté, pourri.

Cet arbre est une image de la corruption morale de l’homme.

On voit souvent en Palestine, derrière les haies d’épines et de ronces, des figuiers tout enguirlandés des jets grimpants de ceps de vigne.
— Godet
45 L’homme bon tire le bien du bon trésor de son cœur, et l’homme mauvais tire le mal du mauvais trésor ; car de l’abondance du cœur sa bouche parle.

Jésus explique l’image qui précède : c’est du cœur que procèdent les sources de la vie, c’est-à-dire le bien ou le mal.

Le texte reçu avec A, C, majuscules répète, dans le second membre de la phrase, le mot du premier : mauvais trésor de son cœur, qui exprime bien l’idée dont il s’agit.

Matthieu, qui n’a pas ces paroles dans le sermon sur la montagne, les reproduit ailleurs (Matthieu 12.35).

Les paroles, et d’une manière générale tous les actes que nous accomplissons, procèdent du cœur. Ici cette pensée se rattache encore à l’avertissement donné à l’homme qui a la prétention d’enseigner son frère (versets 41, 42).

Dans Matthieu (Matthieu 12.34) la même sentence se retrouve, mais appliquée à des hommes qui abusaient de la parole pour blasphémer contre le Saint-Esprit.

Il est un grand nombre de ces sentences courtes et pénétrantes que Jésus dut prononcer à plus d’une reprise.

46 Mais pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que je dis ?

Matthieu 7.21, note.

Là, Jésus insiste sur ce reproche sévère, et cite des exemples de la manière dont on peut encourir cette terrible responsabilité.

47 Tout homme qui vient à moi et entend mes paroles et les met en pratique, je vous montrerai à qui il est semblable : 48 Il est semblable à un homme qui bâtit une maison, qui a creusé et foui profondément, et a posé le fondement sur le roc ; et une inondation étant survenue, le torrent s’est jeté contre cette maison, et il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle avait été bien bâtie. 49 Mais celui qui a entendu et n’a pas mis en pratique, est semblable à un homme qui a bâti une maison sur la terre, sans fondement ; le torrent s’est jeté contre elle, et aussitôt elle s’est écroulée, et la ruine de cette maison-là a été grande.

Voir, sur cette conclusion de tout le discours, Matthieu 7.24-27, note.

Nous ferons remarquer quelques traits propres à Luc.

Il a seul ces mots solennels : Tout homme qui vient à moi et entend (verset 47). C’est à chacun de ses auditeurs qu’incombe la responsabilité des effets produits par la parole divine. Quelle autorité il y a dans cette pensée ! Comme Jésus avait la conscience que ses paroles étaient les paroles de Dieu même !

À Luc encore appartient cette double expression : (verset 48) qui a creusé et foui profondément (grec creusé et approfondi).

Il y a sur les terrains en pente qui entourent le lac de Génézareth des coteaux où une couche de terre (Luc) ou de sable (Matthieu) peu épaisse recouvre le rocher. L’homme prudent creuse à travers ce terrain meuble et creuse même profondément jusqu’au roc…
— Godet

Malheur à qui s’arrête à la superficie !

Les éléments qui menacent cette maison sont, selon Luc, une inondation, formant un torrent descendant des montagnes. Matthieu est plus complet et plus pittoresque : c’est la pluie qui tombe, les torrents qui débordent, les vents qui soufflent et se précipitent sur cette maison. Tout cela n’a pas même pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie.

Le texte reçu avec A, C. D, majuscules porte conformément à Matthieu : car elle avait été fondée sur le roc.

L’homme imprudent bâtit sur la terre (Luc) ; Matthieu, plus expressif : sur le sable.

Luc peint la ruine (grec déchirure) soudaine de cette maison par ce mot : aussitôt.

Les évangélistes ont tous deux cette remarque finale : Grande est cette destruction !

Une âme perdue, une seule, c’est une grande ruine, aux yeux de Dieu. Voilà la solennelle pensée sous l’impression de laquelle Jésus laisse ses auditeurs en terminant ce discours. Chacun d’eux, à l’ouïe de cette dernière parole, entend, en quelque sorte, le fracas de cet édifice qui s’écroule et doit se dire : Ce désastre sera le mien, si je suis inconséquent ou hypocrite.