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Luc 5
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Plan du commentaire biblique de Luc 5

Jésus, de la barque de Simon, annonce la Parole de Dieu

Jésus, pressé par la foule, au bord du lac, avise deux barques, dont les pêcheurs sont descendus. Il monte dans celle de Simon et enseigne la multitude (1-3).

Jésus accorde à Simon une pêche miraculeuse

Après avoir achevé son enseignement, Jésus ordonne à Simon de jeter le filet. Bien qu’ils eussent travaillé toute la nuit inutilement, Simon obéit, et son filet se remplit tellement qu’il menace de se rompre. Leurs compagnons dans l’autre barque viennent à leur aide. Les deux barques sont près d’enfoncer (4-7).

Jésus institue des pêcheurs d’hommes vivants

Simon demande à Jésus de se retirer de lui pécheur. Il est saisi de crainte, ainsi que Jacques et Jean. Jésus le rassure, et lui annonce qu’il sera désormais pêcheur d’hommes. Les disciples, laissant tout, suivent Jésus (8-11).

1 Or il arriva, comme la foule le pressait et qu’elle écoutait la Parole de Dieu, qu’il se tenait, lui, debout au bord du lac de Génézareth ;
Premiers disciples et premiers opposants
Chapitre 5

1 à 11 Vocation des premiers disciples.

2 et il vit deux barques qui étaient au bord du lac, et les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. 3 Or, étant monté dans l’une des barques, qui était à Simon, il le pria de s’éloigner un peu de la terre, et s’étant assis, il enseignait de la barque les foules.

Comparer Matthieu 4.18-22 ; Marc 1.14-20.

Luc n’établit pas de lien chronologique entre le fait qu’il va raconter et ceux qui précèdent. Jésus était au bord du lac de Génézareth (comparez Matthieu 4.18, note) ; la foule le pressait et écoutait (Le texte reçu, avec C. D, Itala, version syriaque, porte : pour écouter).

Il monta sur une barque qui se trouvait là et qui était à Simon ; il le pria de s’éloigner à une petite distance du rivage, de manière à pouvoir être vu et entendu de toute la foule assemblée.

Et de la barque (Codex Sinaiticus, D, portent : « assis dans la barque »), dont il fait sa chaire, il annonce la parole divine (voir sur une scène toute semblable Matthieu 13.2, note).

4 Et quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher.

L’ordre : avance en pleine eau (au singulier) s’adresse à Simon, patron de la barque sur laquelle se trouvait Jésus, et que l’événement qui va suivre concernait en première ligne.

Les mots : jeter vos filets, s’adressent aux autres pêcheurs qui étaient avec lui (versets 2, 9) et qui auront aussi leur part dans l’action symbolique qui va s’accomplir.

Il n’y a pas de doute, en effet, que ce récit ne rapporte le même fait que celui de Matthieu (Matthieu 4.18-22) et celui de Marc (Marc 1.16-20, voir les notes), c’est-à-dire qu’il ne renferme la vocation des premiers disciples de Jésus.

Seulement, les deux premiers évangélistes ne font que rapporter brièvement le fait de la vocation, tandis que Luc raconte le miracle qui devait symboliser d’une manière saisissante cette parole de Jésus : « Je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Luc 5.10 ; Matthieu 4.19 ; Marc 1.17).

5 Et Simon répondant lui dit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais sur ta parole je jetterai le filet.

Variante de Codex Sinaiticus, B. D : les filets ; de même au verset suivant.

La nuit était le temps favorable à la pêche ; après un travail inutile, ces hommes avaient renoncé à la poursuivre de jour ; mais Pierre, dont la foi naissante avait sans doute été fortifiée par le discours qu’il venait d’entendre (verset 3), n’hésite pas à obéir, se confiant en la parole de Jésus.

Le titre qu’il lui donne, et que nous traduisons par Maître, signifie en général préposé, surveillant. Ce terme ne se trouve que dans l’Évangile de Luc.

6 Et l’ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons ; et leur filet se rompait.

Commençait à se rompre, à se déchirer.

7 Et ils firent signe à leurs compagnons dans l’autre barque de venir leur aider. Et ils vinrent, et ils remplirent les deux barques, tellement qu’elles enfonçaient.

Il est évident, par les termes de ce récit et surtout par l’impression profonde qu’en reçut Pierre (verset 8), que l’évangéliste croit à une action miraculeuse du Sauveur.

En mainte occasion, Jésus commande en maître à la nature.

Cependant il n’est pas probable que, dans cette circonstance, le miracle fut un acte créateur. Il consista plutôt dans la connaissance que Jésus eut de la présence d’un banc considérable de poissons, au moment et à l’endroit où il ordonna aux disciples de jeter le filet.

Ce phénomène est très fréquent, au dire des voyageurs, dans la mer de Galilée ; il se rencontre aussi dans les lacs de la Suisse.

8 Ce que voyant, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, disant : Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur !

Le verset suivant explique l’action et l’exclamation de Pierre. Il voit dans cette pêche miraculeuse une manifestation de la présence et de la puissance divines, qui fait un contraste douloureux avec sa conscience d’homme pécheur (comparer Luc 7.6).

Comme expression d’une profonde humilité, ces paroles sont d’une vérité saisissante ; mais une connaissance plus complète de la grâce que Jésus apportait, aurait amené le disciple à une conclusion tout opposée : « Seigneur, je suis pécheur, viens à moi, sauve-moi ! »

9 Car la frayeur l’avait saisi, et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche des poissons qu’ils avaient faite ; et de même aussi Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient les compagnons de Simon.

Luc distingue d’une part ceux qui étaient avec lui (Pierre) dans sa barque, et d’autre part ses compagnons ou associés, les fils de Zébédée, qui étaient dans l’autre barque (verset 7).

Tous avaient reçu la même impression d’une frayeur religieuse.

10 Et Jésus dit à Simon : Ne crains point ; désormais tu seras pêcheur d’hommes vivants.

Grec : désormais tu prendras vivants (terme de chasse ou de pêche) des hommes.

Ces paroles si caractéristiques, adressées à des pêcheurs, expriment toute la pensée de notre récit. Prendre, saisir du milieu du monde, par la prédication de l’Évangile, des âmes vivantes, et les amener dans le royaume de Dieu, telle sera la belle et sainte vocation des disciples.

Dans Matthieu (Matthieu 4.19) et Marc (Marc 1.17), Jésus se contente de leur conférer ce grand privilège en paroles ; ici, il le leur révèle en action.

Et cet enseignement par lequel Jésus voulait inspirer a Pierre la foi en sa vocation apostolique, il le renouvellera plus tard (Jean 21.3 et suivants), afin de lui rendre la confiance qu’il aura perdue par sa chute. C’est donc arbitrairement qu’on prétend identifier ces deux événements, en accusant les évangélistes de les avoir confondus.

11 Et après avoir ramené leurs barques à terre, quittant tout, ils le suivirent.

Ces disciples avaient déjà fait une première connaissance avec Jésus et avaient même travaillé sous sa direction (Jean 1.35 et suivants ; comparez Luc 3.22 ; Luc 4.2), mais revenus en Galilée, ils étaient retournés à leurs occupations ordinaires : (verset 5) maintenant ils les abandonnent pour consacrer leur vie au Sauveur (Matthieu 4.20).

C’est ainsi que Jésus fonda en fait et en droit le ministère de la Parole.

12 Et il arriva que, comme il était dans une des villes, voici un homme couvert de lèpre. Et, voyant Jésus, il tomba sur sa face et le pria disant : Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier.
Plan
Le lépreux

Dans une ville, un lépreux très gravement atteint implore le secours de Jésus en affirmant que celui-ci a le pouvoir de le guérir. Jésus le guérit en le touchant. Il lui défend de le dire, et l’envoie offrir le sacrifice que la loi prescrit pour la purification (12-14).

La renommée de Jésus

Elle se répand et lui attire des foules. Il demeure dans la retraite et en prière (15, 16).

Le paralytique

a) Le malade amené aux pieds de Jésus. Tandis que Jésus enseigne au milieu de pharisiens et de docteurs de la loi venus de toutes les parties du pays, des hommes lui amènent un paralytique : ils le descendent, par un trou fait dans le toit, aux pieds de Jésus (17-19).

b) Le scandale causé par le pardon accordé. Jésus dit au malade : Tes péchés te sont pardonnés. Les pharisiens l’accusent de blasphème (20, 21).

c) Jésus justifié par la guérison. Jésus, connaissant leurs pensées, les leur reproche et leur fournit la preuve qu’il a le pouvoir de pardonner : sur son ordre, le paralytique se lève, prend son lit et marche. Les spectateurs, saisis de crainte, glorifient Dieu (22-26).

12 à 36 Guérison d’un lépreux et d’un paralytique

Une des villes, sous-entendu : de la Galilée. Il s’agit d’une des « autres villes » mentionnées Luc 4.43. Comparer ci-dessous verset 17, note.

Grec : plein de lèpre, expression qui indique le plus haut degré dans cette maladie incurable et mortelle. La phrase sans verbe dépeint la surprise causée par l’arrivée inattendue du lépreux : il violait les ordonnances en pénétrant dans la ville et en s’approchant de Jésus.

Voir, sur cette guérison, Matthieu 8.1-4, notes ; Comparer Marc 1.40-44, notes.

Matthieu place ce récit immédiatement après le sermon sur la montagne, en en indiquant avec précision le temps et le lieu.

Luc l’intercale ici sans aucune détermination pareille.

13 Et étendant la main, Jésus le toucha, disant : Je le veux, sois purifié. Et aussitôt la lèpre le quitta. 14 Et il lui commanda de ne le dire à personne : Mais va, lui dit-il, montre-toi au sacrificateur, et offre pour ta purification selon que Moïse a commandé, afin que cela leur serve de témoignage. 15 Et sa renommée se répandait de plus en plus, et des foules nombreuses s’assemblaient pour l’entendre et pour être guéries de leurs maladies.

Le texte reçu porte : guéries par lui, complément qui manque dans Codex Sinaiticus, B. C, D, Itala, et qui s’entend de soi-même.

16 Mais lui se retirait dans les déserts et priait.

Il faut remarquer le contraste indiqué par ces mots : Mais lui.

Tandis que sa renommée se répandait parmi les foules, que sa popularité s’accroissait, lui cherchait la solitude dans les déserts et priait (grec : il était se retirant et, priant : tournée qui marque une action prolongée et fréquemment répétée).

Jésus déployait tant de forces physiques et morales, qu’il devait souvent venir retremper son âme dans la communion de son Dieu. Ces temps de retraite permettaient en même temps à l’agitation produite par la vue de ses miracles de se calmer.

Luc est celui des évangélistes qui relève le plus fréquemment ce côté intime de la vie de Jésus (Luc 3.21 ; Luc 6.12 ; Luc 9.18 ; Luc 9.29 ; Luc 11.1 ; Luc 22.41 ; Luc 22.44).

17 Et il arriva un de ces jours que Jésus enseignait, et des pharisiens et des docteurs de la loi, qui étaient venus de tous les bourgs de la Galilée et de la Judée, et de Jérusalem, étaient là assis. Et une puissance du Seigneur s’exerçait pour qu’il guérît.

Comparer Matthieu 9.1-8, notes, et Marc 2.1-12, notes.

Grec : un des jours du voyage d’évangélisation dont le début est rapporté 4.43. Cette expression correspond à celle du verset 12 « une des villes ».

D’autres interprètes voient dans cette tournure un hébraïsme qu’ils traduisent par un jour, dans une ville, et nient quelle établisse un lien entre notre passage et Luc 4.43.

Ce grand concours des adversaires du Sauveur, venus de divers lieux de la Galilée et de la Judée, avait certainement été provoqué par un mot d’ordre émané de Jérusalem.

Le temps approchait où la haine croissante des chefs du peuple amènerait la catastrophe ; ils s’appliquent dès ce moment à épier et à surveiller Jésus.

(voir, sur les pharisiens, Matthieu 3.7, note, et sur les docteurs de la loi ou scribes, Matthieu 23.2, note).

Grec : une puissance du Seigneur était pour qu’il guérit. Le texte reçu porte : « pour les guérir ».

À quoi pourrait se rapporter ce les ? Non pas certainement à ces adversaires qui viennent d’être nommés. Si ce pronom était authentique, il faudrait admettre que l’évangéliste pense encore à ces foules qui amenaient à Jésus leurs malades (verset 15), mais dont il ne parle plus ici.

Avec la variante : « qu’il guérit », adoptée sur l’autorité de Codex Sinaiticus, B. tout est clair et précis.

Une puissance du Seigneur (de Dieu) agissait pour rendre Jésus capable de guérir toute maladie. Par cette remarque, Luc prépare le miracle qui va suivre et en particulier l’assurance avec laquelle le Sauveur jettera à ses adversaires le défi qui se lit aux versets 23, 24.

18 Et voici des hommes portant sur un lit un homme qui était paralysé ; et ils cherchaient à le faire entrer et à le déposer devant lui.

À le faire entrer dans la maison où Jésus enseignait (versets 17, 19).

19 Et ne trouvant par où le faire entrer à cause de la foule, ils montèrent sur la maison et le descendirent par les tuiles avec le petit lit, au milieu, devant Jésus.

Voir, sur cette action, Marc 2.4, note.

Ce que Luc appelle les tuiles, c’étaient les briques ou les dalles dont était recouverte la terrasse qui, en Orient, sert de toit aux maisons.

Cette expression par (grec), à travers les tuiles, indique qu’ils pratiquèrent une ouverture dans la toiture même.

20 Et ayant vu leur foi, il lui dit : homme ! Tes péchés te sont pardonnés.

D’après Matthieu, Jésus adresse d’abord au pauvre malade cette parole pleine de compassion : Prends courage, mon fils.

Marc conserve également ce terme affectueux : Mon fils (grec mon enfant).

Luc dit : Ô homme !

21 Et les scribes et les pharisiens se mirent à raisonner, disant : Qui est celui-ci qui prononce des blasphèmes ? Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul ?

Le mot de Luc : se mirent à, commencèrent, marque le moment précis où les murmures éclatèrent : il fait penser que ceux-ci se prolongèrent quelque temps avant que Jésus intervint.

22 Mais Jésus connaissant leurs pensées, répondit et leur dit : Pourquoi raisonnez-vous dans vos cœurs ? 23 Lequel est le plus aisé, de dire : Tes péchés te sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi et marche ? 24 Or, afin que vous sachiez que le fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés : Je te dis (dit-il au paralytique), lève-toi, et, prenant ton petit lit, va dans ta maison. 25 Et à l’instant, s’étant levé en leur présence, ayant pris le lit sur lequel il avait été couché, il s’en alla en sa maison, glorifiant Dieu.

Grec : « il emporta ce sur quoi il avait été couché ».

26 Et l’étonnement les saisit tous et ils glorifiaient Dieu ; et ils furent remplis de crainte, disant : Nous avons vu des choses étranges aujourd’hui !

Grec : des paradoxes, c’est-à-dire des choses contraires à l’opinion, inattendues, inouïes (Marc 2.12, note).

27 Et après cela il sortit ; et il vit un péager nommé Lévi, assis au bureau des péages, et il lui dit : Suis-moi.
Plan
La vocation de Lévi

Jésus voit au bureau des impôts un péager nommé Lévi, qu’il appelle à le suivre. Et lui, quittant tout, le suit (27, 28).

Le banquet et la réplique de Jésus aux pharisiens

Lévi fait dans sa maison un grand festin où se trouvent beaucoup de péagers ; les pharisiens en murmurent. Mais Jésus leur dit : Ce sont les malades qui ont besoin de médecin ; je suis venu appeler à la repentance, non des justes, mais des pécheurs (29-32).

L’enseignement sur le jeûne

Ils lui font encore cette objection : Pourquoi les disciples de Jean et ceux des pharisiens jeûnent-ils souvent, tandis que les tiens ne jeûnent pas ? Jésus leur dit : Pouvez-vous exiger que les amis de noce jeûnent, pendant que l’époux est avec eux ? Le temps viendra où l’époux leur sera ôté, alors ils jeûneront. Ce contraste qui lui a été signalé entre l’attitude de ses disciples et celle des disciples de Jean, conduit Jésus à relever l’opposition tranchée de l’ancienne et de la nouvelle alliance dans ces deux paraboles : Personne ne déchire une pièce d’un habit neuf pour la mettre à un vieil habit ; personne aussi ne met du vin nouveau dans de vieilles outres. Dans une troisième parabole enfin, il excuse l’attachement à l’ancienne religion, en même temps qu’il met en garde contre ce joug de l’accoutumance : Personne, dit-il, après avoir bu du vin vieux, n’en désire aussitôt du nouveau (33-39).

27 à 39 vocation de Lévi, questions sur le jeûne

Il sortit de la maison où il enseignait (verset 17) et où il guérit le paralytique (verset 19).

Il sortit même de la ville (de Capernaüm, verset 17 et suivants ; comparez Marc 2.1), pour se rendre au bord de la mer ; c’est là que se trouvait, selon toute apparence, le bureau des péages, d’où Lévi (Matthieu) fut appelé à suivre Jésus (Marc 2.13).

Voir, sur ce récit, Matthieu 9.9-17, notes, et Marc Marc 2.13-22, notes.

Voir, sur ce nom, Matthieu 9.9, note, et sur les péagers, Matthieu 5.46, note.

28 Et ayant tout quitté, s’étant levé, il le suivait. 29 Et Lévi lui fit un grand festin dans sa maison. Et il y avait une grande foule de péagers et d’autres personnes qui étaient à table avec eux. 30 Et les pharisiens et leurs scribes murmuraient, disant à ses disciples : Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les péagers et les pécheurs ?

Le texte reçu porte : leurs scribes et les pharisiens.

Le pronom leurs devrait, dans ce cas, se rapporter aux habitants du lieu et signifier : les scribes qui se trouvaient parmi eux.

Mais la leçon adoptée, d’après.Codex Sinaiticus, B. C, D, Itala : les pharisiens et leurs scribes, se comprend beaucoup mieux. Elle signifie que ces scribes étaient ceux que les pharisiens avaient amenés avec eux (verset 17).

Les reproches que ces hommes adressent aux disciples, n’osant pas les faire directement au Maître, se fondaient sur ce que, dans les mœurs de l’Orient, manger et boire avec quelqu’un, c’était entrer avec lui dans des relations de familiarité et de confiance qui révoltent ici l’orgueil pharisaïques.

31 Et Jésus, répondant, leur dit : Ceux qui sont en santé n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. 32 Je ne suis pas venu appeler à la repentance des justes, mais des pécheurs.

Voir, sur cette réponse de Jésus, Matthieu 9.12.

Les mots : à la repentance, manquent dans Matthieu et Marc.

33 Mais ils lui dirent : Pourquoi les disciples de Jean jeûnent-ils fréquemment et font-ils des prières, de même aussi ceux des pharisiens, tandis que les tiens mangent et boivent ?

Les pharisiens, confondus par la réponse de Jésus, portent la discussion sur un autre sujet : les jeûnes prescrits par la loi et les prières offertes à certaines heures fixes.

Pour donner plus de poids à leur objection, ils invoquent l’exemple des disciples de Jean.

De là vient que Matthieu attribue la question à ceux-ci, qui sans doute y prirent part, et que Marc la met dans la bouche des uns et des autres (voir Matthieu 9.14, note, et Marc 2.18, note).

34 Mais il leur dit : Pouvez-vous faire jeûner les amis de l’époux pendant que l’époux est avec eux ? 35 Mais des jours viendront, et quand l’époux leur sera ôté, alors ils jeûneront en ces jours-là.

Voir, sur le sens de cette réponse, Matthieu 9.15, note, et Marc Marc 2.19-20, notes.

Codex Sinaiticus, D, l’Itala portent : Les amis de l’époux peuvent-ils jeûner ? Leçon probablement tirée de Matthieu et de Marc.

Luc rend cette pensée d’une manière pleine de solennité et de tristesse : « Les amis de noce ne peuvent pas jeûner maintenant ; mais des jours viendront ».

Quels sont ces jours ? On le pressent : cependant Jésus le dit expressément dans un second membre de phrase : et quand l’époux leur sera ôté, alors ils jeûneront en ces jours-là.

Il faut remarquer la répétition de ces derniers mots : Jésus prévoit dans un prochain avenir ces jours redoutables pour ses pauvres disciples. Dans Codex Sinaiticus, C, quelques majuscules et des versions, et, devant quand l’époux, est omis.

Il est authentique, mais sa vraie place est probablement celle qu’il occupe dans Matthieu 9.15 : et alors ils jeûneront.

36 Or il leur disait aussi une parabole : Il n’y a personne qui déchirant une pièce d’un habit neuf la mette à un vieil habit ; autrement, d’un côté il déchire le neuf, et d’autre part, la pièce prise du neuf ne s’accorde pas avec le vieux.

Le texte reçu omet : déchirant de.

La traduction est dès lors : « Personne ne met une pièce d’un habit neuf à un vieil habit ».

Cette leçon a au fond le même sens, mais elle indique moins clairement qu’il faut déchirer l’habit neuf pour se procurer la pièce.

Matthieu et Marc disent : « une pièce de drap neuf ».

De ce procédé résulteraient deux maux : d’abord on déchire le neuf ; ensuite cette pièce prise du neuf ne s’accorde pas avec le vieux, elle fait avec lui une disparate désagréable à la vue.

Matthieu et Marc énoncent un autre inconvénient : « La pièce neuve emporte une partie de l’habit et la déchirure en devient pire ».

Voir, sur le sens de cette parabole et de la suivante, Matthieu 9.16-17, notes.

37 Et il n’y a personne qui mette du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement le vin nouveau rompra les outres, et il se répandra, et les outres seront perdues. 38 Mais du vin nouveau doit être mis dans des outres neuves.

Le texte reçu avec A, C, D, ajoute : et tous deux se conservent. Ces mots ont été empruntés à Matthieu.

39 Et il n’y a personne, qui, buvant du vieux, désire aussitôt du nouveau ; car il dit : Le vieux est bon.

Cette troisième parabole, particulière à Luc, ne parait pas, au premier abord, être en harmonie d’idées avec les deux précédentes.

Aussi manque-t-elle dans D, et l’Itala. B. C omettent : aussitôt, mais c’est le mot essentiel de la parabole. Le texte reçu porte « le vieux est meilleur », au lieu de « est bon ». C’est apparemment une correction des copistes.

Mais quel est le sens de cette nouvelle comparaison, et quel est son rapport avec les deux précédentes ? Littéralement, le sens est bien simple. Tout le monde préfère le vin vieux, qui est plus doux, meilleur, au vin nouveau qui est plus fort, mais d’un goût plus acerbe.

Le sens spirituel doit ressortir des versets 36, 37 ; la vie nouvelle que Jésus apporte dans les âmes et dans le monde est incompatible avec les vieilles institutions théocratiques et avec la vieille nature humaine ; il faut que tout soit renouvelé pour la recevoir et la supporter, ou plutôt c’est elle-même qui fait toutes choses nouvelles.

Mais il n’est pas naturel de s’attendre à ce que des hommes tels que les disciples de Jean et ceux des pharisiens (verset 33), habitués aux formes et à l’esprit de l’ancienne alliance, y renoncent aussitôt, pour embrasser la vie nouvelle qui leur est présentée. L’habitude, les préjugés, et la pente naturelle de leurs cœurs leur font dire : L’ancienne religion est bonne.

Ainsi Jésus avec beaucoup d’indulgence adoucit ce qu’il y a d’absolu dans les deux premières paraboles, ou du moins exprime la pensée qu’il faut supporter avec patience ceux qui ne peuvent se déprendre tout à coup de leurs vieilles convictions judaïques pour embrasser l’Évangile.

On reconnaît bien là la charité du Maître qui « ne brise pas le roseau froissé et n’éteint pas le lumignon fumant ». Cette miséricorde se comprend d’autant mieux ici, qu’elle s’exerçait surtout à l’égard des disciples de Jean-Baptiste qui, selon Matthieu (Matthieu 9.14), avaient soulevé la question des jeûnes, occasion de tout ce discours.