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Luc 22
Bible Annotée (interlinéaire)

Verset à verset  Double colonne 

Plan du commentaire biblique de Luc 22

La situation aux approches de la fête de Pâque

Les chefs du peuple cherchent un moyen de faire mourir Jésus, mais ils craignent le peuple (1, 2).

Les propositions de Judas

Satan entre dans Judas, l’un des douze. Celui-ci va s’aboucher avec les autorités sacerdotales et leur offre de leur livrer Jésus. Les chefs l’accueillent avec joie. Ils conviennent avec lui du prix de sa trahison. Judas cherche dès lors l’occasion de faire arrêter Jésus secrètement (3-6).

1 Or la fête des pains sans levain, appelée la Pâque, approchait.

Les souffrances et la mort de Jésus

Le complot contre Jésus

Versets 1 à 6 — La trahison de Judas

Voir Matthieu 26.1-5, notes et Marc 14.1-2, notes.

Luc se borne à dire que la Pâque approchait ; Matthieu et Marc indiquent d’une manière plus précise que cette fête allait avoir lieu « dans deux jours ».

Quant à la date du jour où Jésus célébra la Pâque, l’Évangile de Jean indique le 13 nisan, tandis que les synoptiques paraissent la fixer au 14 nisan.

Voir, sur cette question difficile, Jean 13.1, note.

2 Et les principaux sacrificateurs et les scribes cherchaient comment ils pourraient le faire mourir ; car ils craignaient le peuple.

Matthieu (Matthieu 26.3-5, note) nous dit, avec plus de détails, quelle était la perplexité des chefs de la théocratie.

Déjà ils avaient résolu dans un conseil solennel de faire mourir Jésus (Jean 11.47 et suivants) ; mais ils cherchaient de quelle manière ils le feraient mourir (grec le comment) à cause de la crainte qu’ils avaient du peuple, empressé à écouter le Sauveur (Luc 21.38) et parmi lequel Jésus avait une foule d’adhérents.

Ils craignaient qu’il ne se fit quelque sédition parmi les foules immenses qui remplissaient la ville à ce moment. L’autorité romaine serait alors intervenue et aurait fait avorter leurs desseins. Il fallait donc éviter de les exécuter pendant la fête ; mais l’offre de Judas (verset 3) les amena à se départir de ces prudentes résolutions et vint accomplir les desseins de Dieu.

3 Mais Satan entra dans Judas, nommé Iscariot, qui était du nombre des douze ;

Voir Matthieu 26.14-16, notes et Marc 14.10-11.

Outre les causes morales du crime de Judas, l’avarice et la haine, Luc et Jean s’accordent à l’attribuer à l’influence de Satan. Ce dernier évangéliste marque même une gradation dans cette influence en disant (Jean 13.2) que Satan lui avait « mis au cœur » de trahir Jésus et en ajoutant (Jean 13.27) qu’au dernier moment Satan entra en lui.

Cette expression, dans laquelle se rencontrent les deux évangélistes, signifie que Satan finit par vaincre les derniers scrupules du disciple et déterminer sa résolution. Telle est l’histoire de toutes les chutes.

Le Sauveur lui-même voit une œuvre de la « puissance des ténèbres » dans le crime individuel et national que son peuple allait commettre (verset 53).

Les mots ajoutés au nom de Judas : qui était du nombre des douze apôtres, relèvent le contraste tragique entre la vocation et l’action de cet homme.

4 et il s’en alla s’entendre avec les principaux sacrificateurs et les officiers, sur la manière dont il le leur livrerait.

C’est-à-dire que Judas, prenant l’initiative de sa trahison, alla offrir aux chefs du peuple de leur livrer son Maître (Matthieu 26.15, note). Puis il y eut entre eux et lui une convention mutuelle (verset 5).

Les officiers étaient les commandants de la garde du temple (Luc 22.52 ; Actes 4.1). Ils assistaient à ce conciliabule, parce qu’ils devaient opérer l’arrestation de Jésus.

5 Et ils en eurent de la joie, et ils convinrent de lui donner de l’argent ; 6 et il s’engagea, et il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer sans attroupement. 7 Or, le jour des pains sans levain arriva, dans lequel devait être immolée la Pâque.

Les préparatifs

Le jour des pains sans levain, où l’agneau pascal devait être immolé, Jésus ordonne à Pierre et à Jean de préparer la Pâque. Il leur dit que lorsqu’ils seront entrés en ville, ils rencontreront un homme portant une cruche ; ils n’auront qu’à le suivre. Le maître de la maison où il entrera leur montrera une chambre haute, où ils feront les préparatifs. Les disciples agissent selon les indications de Jésus (7-13).

Le commencement du repas

L’heure venue, Jésus se met à table avec les apôtres. Il exprime les sentiments qui l’animent : ce repas est l’accomplissement de son désir ardent, car il ne mangera plus la Pâque avec eux jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. Il prend la coupe et la leur donne à distribuer entre eux, en disant qu’il ne boira plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu (14-18).

L’institution de la sainte cène

Jésus prend du pain, le rompt et le donne à ses disciples, en disant : Ceci est mon corps qui est donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi. De même après le souper, il leur donne la coupe, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui est répandu pour vous (19, 20).

La trahison de Judas dénoncée

Jésus, frappé du contraste entre ce repas d’amour, symbole de la communion avec lui et la présence du traître, déclare que celui qui le livre est à table avec lui. La mort du Sauveur sera l’effet d’un décret divin, toutefois malheur à l’homme qui en sera l’instrument. Les disciples se demandent entre eux qui commettrait une telle action (21-23).

Dernière soirée de Jésus avec ses disciples

Versets 7 à 23 — La Pâque et la Cène

Voir, sur ce récit, Matthieu 26.17-29, notes et Marc 14.12-25, notes.

Luc est plus précis encore que les deux premiers évangélistes sur ce jour qui arriva, auquel il fallait (selon la loi) immoler la Pâque. Évidemment il désigne ainsi le 14 du mois de nisan. Seulement, comme chez les Juifs un jour de sabbat ou de fête commençait la veille à six heures du soir, au coucher du soleil et durait toute la nuit et le lendemain, on a supposé qu’il pouvait s’agir ici de la veille du 14, c’est-à-dire le 13 au soir.

Cette question est importante dans la recherche d’une harmonie entre les synoptiques et saint Jean (voir Jean 13.1, note ; Marc 15.21, note).

8 Et il envoya Pierre et Jean disant : Allez nous préparer la Pâque, afin que nous la mangions. 9 Et ils lui dirent : Où veux-tu que nous la préparions ?

D’après Matthieu et Marc, ce sont les disciples qui prennent l’initiative en demandant à Jésus : « Où veux-tu que nous te préparions le repas de la Pâque ? »

Luc seul nomme Pierre et Jean. Il importait à Jésus d’envoyer les deux disciples en qui il avait le plus de confiance (voir la note suivante).

10 Et il leur dit : Voici, lorsque vous serez entrés dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le dans la maison où il entrera.

Le mystère dont Jésus entoure leur mission s’explique par les dangers de la situation où il se trouvait (voir Marc 14.15, note).

11 Et vous direz au maître de la maison : Le Maître te dit : Où est le logis où je dois manger la Pâque avec mes disciples ? 12 Et il vous montrera une grande chambre haute, meublée ; là, faites les préparatifs. 13 Et étant allés, ils trouvèrent comme il leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque.

Cette préparation consistait à se procurer avant le soir tout ce qui, selon la loi, était nécessaire pour le repas de la Pâque : un agneau rôti, des herbes amères, du vin, etc.

14 Et quand l’heure fut venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui.

L’heure, celle que Jésus avait fixée à ses disciples et qui était l’heure ordinaire du repas pascal.

Le texte reçu porte : les douze apôtres ; le mot souligné est emprunté à Matthieu et Marc, qui disent simplement : avec les douze.

Les évangélistes insistent sur le fait que Jésus célébra la Pâque et la cène avec les apôtres seuls.

15 Et il leur dit : J’ai désiré ardemment de manger cette Pâque avec vous, avant que je souffre ;

Grec : J’ai désiré avec désir : locution par laquelle les Septante rendent souvent un hébraïsme destiné à marquer l’intensité de l’action ou du sentiment. Comparer les expressions similaires : se réjouir avec joie (Jean 3.29) ; menacer avec menace (Actes 4.17, etc.).

Qu’est-ce qui inspirait au Sauveur cet ardent désir ? C était son amour pour les siens, pour notre humanité que ses souffrances allaient sauver, pour Dieu son Père que la rédemption du monde devait glorifier.

Jésus s’oublie, se sacrifie entièrement lui-même. Il n’avait qu’une crainte : c’est qu’au milieu des embûches de ses ennemis, il ne pût célébrer avec les siens la Pâque et instituer la cène.

Les mots : avant que je souffre trahissent ce sentiment délicat et profond. Luc seul nous a conservé cette parole.

16 car je vous dis que je n’en mangerai pas, jusqu’à ce que qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu.

Voir, sur le sens de ces paroles et du Luc 22.18, Matthieu 26.29, note.

D’après Matthieu et Marc, Jésus aurait exprimé cette pensée profonde, non en célébrant la Pâque, mais après avoir institué la cène, ce qui parait plus naturel.

Mais, au fond, comme Jésus envisageait ces deux institutions dans leur sens spirituel le plus élevé, elles pouvaient se confondre dans sa pensée. N’allait-il pas substituer à l’agneau pascal « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » et qui est le vrai objet de la cène ?

17 Et ayant pris une coupe et rendu grâces, il dit : Prenez-la et distribuez-la entre vous ;

Grec : ayant reçu, accepté, une coupe (qu’on lui présentait), non la coupe, comme disent nos versions ordinaires, mais l’une des coupes qui servaient au repas de la Pâque et qui circulaient plusieurs fois pendant ce repas (Matthieu 26.16, 1re note).

Ce n’est qu’au verset 20 que Jésus donne la coupe de la cène.

18 car je vous dis que je ne boirai plus désormais du produit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu.

Ces deux expressions : accomplie dans le royaume de Dieu (verset 16) et le royaume de Dieu venu, sont synonymes ; elles indiquent l’état de perfection où les symboles auront fait place aux réalités éternelles.

On peut conclure de ces paroles « je ne boirai plus désormais (grec dès maintenant) du produit de la vigne » que Jésus n’a pas bu de la coupe de la cène (verset 20).

Matthieu, qui place cette parole après l’institution de la cène, affirmerait au contraire la participation de Jésus à la coupe ; mais c’est peut-être presser un peu trop les termes du premier évangile.

19 Et ayant pris du pain, et rendu grâces, il le rompit et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ;

Voir, sur l’institution de la cène, Matthieu 26.26-28, notes et Marc 14.22-25, notes.

Les deux premiers évangiles disent simplement : ceci est mon corps ; les mots : qui est donné pour vous, sont particuliers à Luc, dont la relation est conforme à celle de Paul (1 Corinthiens 11.24), sauf qu’elle substitue le mot donné à celui de rompu.

Ce dernier terme correspondait exactement à l’action symbolique que Jésus accomplissait alors en rompant le pain ; et il annonçait que le corps du Sauveur allait être brisé dans les souffrances et la mort. L’expression de Luc revient au même : donné pour vous, signifie livré à la mort, ainsi que l’indiquent clairement le contexte et la situation (comparer Galates 1.4 ; 1 Timothée 2.6 ; 1 Timothée 2.14).

Ces dernières paroles, omises par Matthieu et Marc, sont aussi rapportées par Paul, qui les répète deux fois, en ajoutant, au sujet de la coupe : toutes les fois que vous en boirez.

Par là il devient évident que Jésus n’entendait pas seulement célébrer la cène avec ses premiers disciples, mais qu’il l’établissait dans son Église comme un « mémorial » de sa personne et de son œuvre pour tous les temps. Jésus, en se séparant des siens qu’il aime, veut ainsi rester et vivre au milieu d’eux.

Pensée touchante et profonde que Paul commente en ces mots : « toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11.26).

Dix-neuf siècles se sont écoulés depuis lors, des empires et des royaumes ont disparu et ce mémorial si simple est encore célébré avec amour sur toute la face de la terre ; et il le sera jusqu’à la fin des siècles.

La doctrine zwinglienne, selon laquelle la cène est un souvenir de Christ et de sa mort, se fonde sur une parole prononcée par Jésus au moment où il distribua les symboles de son sacrifice, mais elle n’épuise pas la signification de ce sacrement, comme le montrent les autres paroles de l’institution.

20 et de même aussi la coupe, après avoir soupé, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous.

Ce de même aussi reporte la pensée sur le verset précédent et signifie : « Il prit la coupe et, avant rendu grâce, il la leur donna », ce qui se trouve expressément dans Matthieu et Marc.

Les termes de Luc sont littéralement empruntés à l’apôtre Paul (1 Corinthiens 11.25). Luc dit que Jésus prit la coupe après avoir soupé, exactement comme Paul (1 Corinthiens 11.25).

On a voulu conclure de cette indication que Jésus n’institua la cène qu’après l’achèvement complet du souper pascal. Mais elle ne se rapporte qu’à la distribution de la coupe. Elle marque plutôt qu’un certain temps s’écoula entre le moment où Jésus rompit le pain et celui où il donna la coupe (comparer Matthieu 26.26, 1re note).

Dans Matthieu et Marc, on lit d’après le vrai texte : « Ceci est mon sang de l’alliance » ; dans Luc et Paul : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. La seule différence à constater dans ces termes, c’est le mot nouvelle alliance (par opposition à l’ancienne) ; car mon sang de l’alliance et alliance en mon sang sont des expressions synonymes.

Quant à la seconde partie de notre verset, les mots particuliers à Luc : qui est répandu pour vous, sont en pleine harmonie avec les termes plus explicites de Matthieu : qui est répandu pour plusieurs en rémission (ou pour le pardon) des péchés.

Sur le sens si profond et si riche de ces paroles, voir Matthieu 26.28, notes.

Le Nouveau Testament renferme deux relations de l’institution de la cène, qui, en pleine harmonie pour les pensées, diffèrent en quelques termes pour la rédaction : d’une part, celles de Matthieu et de Marc, qui pourtant n’emploient pas des expressions identiques ; d’autre part, celles de Paul et de Luc, qui ne sont pas non plus une reproduction littérale l’une de l’autre. Cette unité dans la diversité est un des caractères de tout l’Évangile.

La tradition apostolique n’a jamais été coulée dans un moule uniforme. Comme des deux formules en présence, celle de Paul et de Luc est, à certains égards, la plus complète et que, d’autre part, l’apôtre déclare solennellement qu’il a « reçu du Seigneur » ce qu’il écrit sur l’institution de la cène (1 Corinthiens 11.23, note), l’Église l’a généralement adoptée dans la célébration de la cène.

21 Toutefois, voici, la main de celui qui me livre est avec moi à table,

Voir sur la désignation du traître, Matthieu 26.21-25, notes et comparez Marc 14.18-21 et Jean 13.21-30.

Il ne paraît pas que Luc observe ici l’ordre dans lequel les faits se succédèrent. Il semble bien plutôt se proposer de mettre en contraste l’amour du Sauveur, l’élévation sublime de ses pensées, avec les desseins odieux de Judas et même avec les sentiments encore si égoïstes des autres disciples (verset 24).

En effet, il place l’incident relatif à Judas immédiatement après la célébration de la cène, en sorte que le traître, que Jésus allait dévoiler, l’aurait reçue de sa main, avec les autres.

Matthieu et Marc rapportent ce fait dès le commencement du repas de la Pâque ; et comme nous savons par Jean (Jean 13.30) que Judas s’éloigna immédiatement après avoir été désigné par Jésus comme étant celui qui allait le livrer, il ressort clairement de ces témoignages qu’il n’assista pas à la cène.

La vérité morale de la situation n’exige pas moins impérieusement cette conclusion.

Comment Jésus aurait-il donné les sceaux de son corps rompu, de son sang répandu pour les péchés, à celui qui, déjà en la puissance de Satan, s’était engagé à livrer son Maître ? (versets 3-5)

Comment le Sauveur aurait-il fait aux autres disciples une révélation qui les remplit de trouble et d’épouvante, aussitôt après avoir célébré avec eux le repas de son amour ? (verset 22, note).

Non, Judas était sorti et Jean nous rapporte l’immense soulagement que Jésus éprouva alors et qu’il exprima en ces mots : « Maintenant le fils de l’homme est glorifié ! » (Jean 13.31) Dès ce moment, seul avec ceux qui l’aiment, il se livre tout entier aux saintes et intimes communications qu’il a à leur faire.

Ils sont donc dans l’erreur, les nombreux théologiens qui, depuis les Pères de l’Église jusqu’à nos jours, se fondent sur notre récit pour rejeter toute discipline tendant à exclure de la table du Seigneur les communiants indignes.

Par des raisons semblables, quoique moins péremptoires, il parait que la contestation entre les disciples (verset 24 et suivants) eut lieu des le premier moment du repas de la Pâque et fut occasionnée par le rang auquel chacun prétendait en se mettant à table ; inspiration de l’orgueil, à laquelle Jésus répondit en s’humiliant lui-même jusqu’à laver les pieds de ses disciples.

Cet ordre des faits, assez clairement indiqué par les récits évangéliques et par la nature des choses, est aujourd’hui généralement adopté par les exégètes. M. Godet, dans ses Commentaires sur saint Luc et saint Jean, a cru pouvoir, par des raisons qui ne nous ont pas convaincu, défendre l’ordre du récit de Luc. Il pense toutefois que la distribution de la coupe, qui termina le souper, eut lieu après le départ de Judas.

22 parce que le fils de l’homme s’en va, il est vrai, selon ce qui a été déterminé, toutefois malheur à cet homme par qui il est livré !

Ce qui a été déterminé par Dieu même. Matthieu et Marc disent : « selon qu’il est écrit de lui ». Jésus voit donc dans sa mort, qu’allait amener le crime de Judas, l’accomplissement de la volonté de Dieu son Père.

Ce malheur ! est accompagné, dans les deux premiers évangiles, de l’énoncé de la triste condition dans laquelle Judas se place. Le traître demande alors, comme les autres disciples : Est-ce moi, rabbi ? Sur quoi Jésus lui répond : Oui, tu l’as dit.

Et ces paroles du Sauveur auraient été prononcées immédiatement après que Judas aurait reçu la cène de sa main !

23 Et eux commencèrent à se demander les uns aux autres, qui était celui d’entre eux qui ferait cela. 24 Or il s’éleva aussi une contestation parmi eux, pour savoir lequel d’entre eux était estimé le plus grand.

La vraie grandeur des disciples

Une contestation s’élève parmi les disciples sur cette question : qui est le plus grand ? Jésus leur dit de ne pas se régler sur l’exemple des rois des nations et sur le principe du triomphe de la force. Dans la société nouvelle qu’ils forment entre eux, le plus grand sera comme le plus petit, conformément à l’exemple que Jésus leur donne, lui qui est au milieu d’eux dans l’attitude d’un serviteur. L’ambition qui les anime, dans ce qu’elle a de légitime, recevra cependant satisfaction : ceux qui ont persévéré avec lui dans ses épreuves, Jésus leur promet de disposer en leur faveur du royaume : ils mangeront à sa table, et, assis sur des trônes, jugeront les douze tribus d’Israël (24-30).

Le reniement de Pierre prédit

Jésus révèle aux disciples et à Simon en particulier, la grande tentation par laquelle ils vont passer. Il a prié pour Pierre afin que sa foi ne défaille pas ; il lui commande, une fois relevé, d’affermir ses frères. Pierre se déclare prêt à aller avec Jésus en prison et à la mort. Jésus lui annonce alors sa chute prochaine (31-34).

La position des disciples transformée

Jésus leur rappelle les débuts faciles de leur vocation, quand il les a envoyés sans ressources aucunes et que pourtant ils n’ont manqué de rien. Maintenant leur condition va être changée : ils devront se munir de provisions et de moyens de défense, car la parole qui annonçait que leur maître serait mis au rang des malfaiteurs va s’accomplir et sa destinée terrestre touche à sa fin. Les disciples présentent à Jésus deux épées. Jésus leur dit : cela suffit ! (35-38).

Derniers entretiens (24-38)

Ce n’était pas la première fois que les disciples étaient occupés de ces pensées d’orgueil et d’ambition (Luc 9.46 ; Matthieu 18.1 ; Marc 9.35, voir les notes).

La raison de la nouvelle contestation, qui s’éleva au moment où l’on se mettait à table (verset 21 note) pouvait être la place d’honneur à laquelle chacun prétendait, ou encore le fait que nul ne voulait se charger des soins relatifs à l’ablution des pieds, qui était en usage chez les Juifs avant chaque repas. Si telle était la cause de leur dispute, l’acte de profonde humilité qu’accomplit Jésus en lavant lui-même les pieds de tous était encore plus propre à les couvrir de confusion.

Quoi qu’il en soit, ce débat si inconvenant à cette heure avait ses vraies causes dans le pauvre cœur de l’homme ; il a constamment reparu dans l’Église et a puissamment contribué à la corrompre.

25 Mais il leur dit : Les rois des nations les asservissent ; et ceux qui exercent leur puissance sur elles sont appelés bienfaiteurs. 26 Mais pour vous, qu’il n’en soit pas ainsi ! Au contraire, que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert.

Voir, sur ces paroles, Matthieu 20.25-28, notes ; Marc 10.42-45.

Dans les deux premiers évangiles, cette exhortation s’adressait aux fils de Zébédée : elle était destinée à réprimer leur ambition. N’est-il pas tout naturel de penser que Jésus en fit dans une situation analogue une application nouvelle à tous ses disciples ?

Le terme de bienfaiteur était un titre souvent donné par flatterie à des princes qu’on voulait distinguer comme ayant bien mérité de leur pays et de leur peuple.

Le mot que nous traduisons par le plus petit signifie proprement le plus jeune et l’on peut, avec plusieurs interprètes, l’entendre dans ce sens, parce que c’est ordinairement le plus jeune qui doit respecter les plus âgés et les servir.

27 Car, qui est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert !

Quelle puissance il y avait dans l’exemple d’humilité et de dévouement que Jésus donnait à ses disciples !

Dans toute sa vie, il fut comme celui qui sert (comparez Matthieu 20.28 ; Philippiens 2.7) ; mais il est probable qu’ici il fait une allusion particulière au service d’esclave qu’il venait de rendre aux siens, en leur lavant les pieds.

28 Mais vous, vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes épreuves.

Après avoir humilié ses disciples, Jésus les relève en approuvant leur fidélité à rester auprès de lui dans ses épreuves et en leur annonçant la haute position qu’il leur destine dans son royaume (versets 29 et 30).

Ce que le Sauveur appelle ses épreuves ou ses tentations (le mot original a les deux sens), ce sont toutes les persécutions, les mépris, les haines, les souffrances qu’il dut essuyer de la part du monde et que ses disciples partagèrent avec lui (Hébreux 2.18 ; Hébreux 4.15).

29 Et moi, je dispose en votre faveur du royaume, comme mon Père en a disposé en ma faveur ; 30 afin que vous mangiez et que vous buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, jugeant les douze tribus d’Israël.

Toutes ses prérogatives, le Fils de Dieu les partage avec ses disciples.

Être assis à sa table, dans son royaume, c’est l’image d’une communion intime avec lui et de la plénitude de la vie et de la joie célestes (verset 16, note ; Luc 13.29 ; Matthieu 8.11, note).

Être assis sur des trônes et prendre part au jugement du monde, c’est être associé à la puissance et à la gloire du Sauveur lui-même (Matthieu 19.28, note).

Ici, Jésus ne dit plus douze trônes ; Judas était déchu de sa dignité d’apôtre.

31 Mais le Seigneur dit : Simon, Simon, voici, Satan vous a demandés pour vous cribler comme le blé ;

Comparer Matthieu 26.31-35 ; Marc 14.27-31.

Si les mots : Mais le Seigneur dit sont authentiques (ils manquent dans B et quelques manuscrits et dans les versions égyptiennes, Tischendorf et Westcott et Hort les suppriment), ils indiquent que Jésus commence ici un nouveau discours pour dévoiler aux disciples les dangers qui les menacent ; et, par la particule mais, ces dangers sont opposés aux magnifiques destinées que Jésus venait d’ouvrir à leurs yeux (versets 29 et 30).

Luc seul nous a conservé ces paroles profondes et émues de Jésus à Pierre (versets 31 et 32). Elles devaient le rendre attentif à la révélation d’une grande tentation qui l’attendait, lui et tous ses condisciples (vous).

Par cette allocution Simon, deux fois répétée, Jésus fait allusion à son caractère naturel et le met en garde contre la présomption qui en est le trait dominant.
— Godet

Satan veut les cribler, c’est-à-dire les ébranler et les perdre par une violente tentation, pendant laquelle ils seront comme le blé agité vivement dans un crible ou un van. Jésus exprime cette pensée en des termes qui sont une allusion au prologue du livre de Job, où Satan demande à Dieu de livrer son serviteur en sa puissance.

Tel est le sens du mot que nous traduisons ici par vous a demandés, réclamés, afin de vous posséder en son pouvoir. La terrible épreuve à laquelle furent bientôt exposés tous les disciples et Pierre en particulier n’explique que trop la vérité et la force de cet avertissement.

On voit par ces paroles combien Jésus pénétrait clairement à l’avance l’histoire de ses souffrances. Non seulement le fait de son supplice imminent lui est connu, il l’a annoncé, mais même les causes mystérieuses de ce drame, les influences de la puissance des ténèbres, sont à nu devant ses yeux.

32 mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. Et toi, quand tu seras une fois converti, affermis tes frères.

Quel contraste entre ces paroles et celles qui précèdent Satan veut vous perdre, mais moi qui le sais, qui veille sur vous, qui suis plus puissant que lui, j’ai prié pour toi !

Quand ? Si l’on admet, avec Matthieu et Marc, que cet entretien eut lieu sur le chemin de Gethsémané, on peut penser que Jésus fait allusion à la prière sacerdotale (Jean 17.9 et suivants) ; si, comme le rapportent Luc et Jean, ces paroles ont été prononcées encore dans la salle du souper, Jésus indique une prière spéciale qui s’est élevée de son cœur à Dieu pour la délivrance de son disciple.

Quoi qu’il en soit, ce qu’il demande pour lui, c’est que sa foi ne défaille point, c’est-à-dire qu’il ne perde point la confiance en son Maître, en son amour ; car alors, tout eût été perdu, il serait tombé dans le désespoir, comme Judas. Le souvenir de cette parole de son Maître dut contribuer puissamment à relever la foi de Pierre.

Grec : quand tu seras retourné, revenu de ta chute, converti, dans toute la plénitude du mot. Les disciples avaient mis leur confiance en Jésus, ils l’aimaient ; mais avant la Pentecôte, ils n’avaient ni compris l’œuvre de la rédemption, ni reçu le Saint-Esprit, double condition de toute conversion véritable.

Quand il y sera parvenu, Pierre pourra affermir ses frères dans la foi et la vie chrétiennes ; et il le devra d’autant plus que son exemple les avait scandalisés. L’apôtre remplit bien ce mandat ; il fut le fondateur de l’Église naissante, tant chez les Juifs (Actes 2) que chez les païens (Actes 10), et, jusqu’à la conversion de Paul, il fut le plus puissant instrument de Dieu pour l’avancement de son règne.

33 Et Pierre lui dit : Seigneur, je suis tout prêt à aller avec toi, et en prison et à la mort. 34 Mais il lui dit : Je te dis, Pierre, que le coq ne chantera point aujourd’hui, qu’auparavant tu n’aies nié trois fois de me connaître.

Voir, sur ces versets (versets 33 et 34), Matthieu 26.33-35 ; Marc 14.29-31, notes ; comparez Jean 13.37-38.

Ni l’avertissement du Sauveur, ni la prédiction si précise de sa chute ne purent dissiper la présomptueuse confiance du disciple en ses propres forces. Il apprendra à ses dépens à se connaître lui-même.

35 Puis il leur dit : Lorsque je vous ai envoyés sans bourse, et sans sac, et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? Et ils dirent : De rien.

La fin du discours (versets 35-38), que Luc seul a conservée, est bien en harmonie avec les avertissements qui précèdent et les images saisissantes dont Jésus revêt sa pensée sont de nature à les faire pénétrer plus profondément dans le cœur des disciples.

Il leur rappelle d’abord les temps plus faciles de leur première mission où, étant encore avec eux, il les avait envoyés sans provisions de voyage et où Dieu avait pourvu à tout pour eux, tellement qu’ils confessent avec joie qu’ils n’ont manqué de rien (Luc 9.3 ; Luc 10.4 ; Matthieu 10.9 ; Marc 6.8).

Mais maintenant qu’il leur sera ôté, ils vont entrer dans une période beaucoup plus rude et plus dangereuse de leur vocation et ils doivent se munir de tout ce qui leur sera nécessaire dans leurs privations et leurs combats. On trouve une idée analogue exprimée par d’autres images dans Matthieu 9.15 et dans Luc 5.34.

36 Mais il leur dit : Maintenant, au contraire, que celui qui a une bourse la prenne ; de même aussi celui qui a un sac ; et que celui qui n’en a point vende son manteau et achète une épée.

Prenne sa bourse et son sac dans ses voyages, afin de se rendre, autant qu’il est possible, indépendant des hommes, quand ceux-ci lui seront hostiles.

Depuis Théodore de Bèze, nos versions ordinaires rendent ainsi cette dernière phrase : « et que celui qui n’a point d’épée vende son manteau et en achète une ».

Et plusieurs interprètes soutiennent ce sens, qui n’est point inadmissible. Le tour que nous adoptons, avec un grand nombre de traducteurs et d’interprètes, est plus conforme au texte original et plus naturel, car celui-là seul qui n’a ni bourse ni sac (point d’argent) se trouve dans la nécessite de vendre son manteau pour acheter une épée.

Quant à la pensée du Sauveur, il serait inutile d’observer qu’il n’entendait point recommander à ses disciples l’usage de l’épée pour se défendre dans les dangers (Matthieu 26.52), ou pour assurer leur subsistance ; il voulait seulement leur faire sentir vivement, par cette image, que les temps du combat approchaient et qu’ils devaient s’y préparer.

Sans spiritualiser cette image, avec Olshausen, jusqu’à y voir « l’épée de l’Esprit qui est la parole de Dieu » (Éphésiens 6.17), il est certain que Jésus invitait les siens à s’armer de toute la force morale dont ils pouvaient avoir besoin dans les dangers. Mais les disciples, comme toujours, prirent sa parole à la lettre (versets 38 et 50).

37 Car je vous dis que ceci qui est écrit :
Et il a été compté parmi les iniques, doit s’accomplir en moi ; en effet, ce qui me concerne touche à sa fin.

Ésaïe 53.12. Jésus, en citant cette prophétie, motive l’exhortation qui précède (car) ; les disciples d’un Maître compté parmi les iniques ou les transgresseurs de la loi, les malfaiteurs, ne doivent pas s’attendre à être traités mieux que lui dans le monde.

Et non seulement cette prophétie va s’accomplir en lui, mais tout ce qui le concerne, tout ce qui a été écrit de lui, toute sa destinée sur la terre touche à sa fin.

Le texte reçu avec quelques majuscules et les anciennes versions (syriaque, Itala) ont : « doit encore s’accomplir en moi ». Le mot souligné manque dans Codex Sinaiticus, A, B, D, M. Godet, Weiss et d’autres le maintiennent parce qu’on s’explique difficilement qu’il ait été introduit s’il n’est pas authentique.

38 Et ils dirent : Seigneur, voici deux épées. Mais il leur dit : Cela suffit.

Dans leur naïve ignorance, les disciples produisent deux épées, dont ils s’étaient pourvus en prévision des dangers qui les attendaient durant la nuit ; et Jésus, avec une douloureuse ironie, leur dit : Cela suffit !

On a prétendu que cette dernière parole ne renfermait aucune allusion aux deux épées ; qu’elle avait ce sens : Assez de ces pensées auxquelles vous n’entendez rien, n’en parlons plus. Mais il est plus naturel d’admettre que Jésus a voulu dire : Ces deux épées sont plus que suffisantes, puisque ce n’est pas avec des armes de ce genre que vous défendrez la vérité et établirez mon règne dans le monde !

39 Et étant sorti, il s’en alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers. Et les disciples aussi le suivirent.

L’agonie de Jésus

Jésus va, selon sa coutume, avec ses disciples, à la montagne des Oliviers. Arrivé là, il les invite à prier. Lui-même s’éloigne à la distance d’un jet de pierre. Tout en se soumettant à la volonté de son Père, il le supplie d’éloigner la coupe. Un ange vient le fortifier. Sa sueur est de sang. Revenu auprès de ses disciples, il les trouve endormis et les exhorte à prier pour ne pas tomber dans la tentation (39-46).

L’arrestation de Jésus

Comme il parle encore, survient une troupe conduite par Judas. Celui-ci baise Jésus. Jésus lui dit : C’est par un baiser que tu trahis le fils de l’homme ! Les disciples demandent à Jésus s’ils doivent frapper de l’épée ; l’un d’eux coupe l’oreille droite du serviteur du souverain sacrificateur. Jésus arrête les siens et guérit le blessé. Puis il constate que ses adversaires sont venus après lui comme après un brigand, tandis qu’il était tous les jours dans le temple. C’est leur heure, où la puissance des ténèbres se déploie (47-53).

Gethsémané

Versets 39 à 53 — L’agonie de Jésus

Voir, sur les souffrances morales de Jésus en Gethsémané, Matthieu 26.36-46 ; Marc 14.32-42, notes.

Luc rapporte cette scène plus en abrégé que les deux premiers évangélistes ; mais il y ajoute quelques traits importants qui lui sont propres et que nous devons relever.

Étant sorti, de la maison et de la ville, il descendit dans la vallée du Cédron ; au-delà du torrent s’élève la montagne des Oliviers. Au pied de cette montagne, se trouvait, dans un lieu solitaire, le jardin de Gethsémané, qu’on montre encore aux voyageurs. Il s’y rendit selon sa coutume, ajoute Luc, parce que, quand il était à Jérusalem (comparez Luc 21.37-38), il se retirait dans cette solitude avec ses disciples. Il ne cherche donc pas à échapper à Judas.

40 Mais quand il fut arrivé en cet endroit, il leur dit : Priez pour ne pas entrer en tentation.

D’après Matthieu et Marc, Jésus adressa cette exhortation aux disciples un peu plus tard, après avoir prié lui-même et lorsque, revenant à eux, il les trouva endormis.

Mais il est probable qu’il les exhorta plus d’une fois à la vigilance et à la prière (verset 46), dans cette nuit terrible, où Satan allait les « cribler comme le blé » (verset 31).

41 Et lui-même s’éloigna d’eux à la distance d’environ un jet de pierre, et s’étant mis à genoux, il priait,

Lui-même, lui seul, en particulier, s’éloigna d’eux.

Ici se trouve un verbe au passif qui indique un mouvement violent : il fut arraché, entraîné loin d’eux par la force de l’angoisse, qui lui faisait éprouver l’impérieux besoin d’être seul, seul avec Dieu.

Et c’est devant Dieu, en effet, qu’il se mit à genoux et pria.

Matthieu dit ici qu’il « tomba sur son visage ».

Marc qu’il « tomba sur la terre ».

42 en disant : Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse.

Grec : si tu veux faire passer cette coupe loin de moi ! Après ce mot : si tu veux on attendrait l’impératif fais passer et c’est ainsi que corrigent, d’après Marc, Codex Sinaiticus, B, D et quelques autres manuscrits, mais il est naturel que dans la violence de l’émotion la phrase soit incorrecte.

À peine le Sauveur a-t-il prononcé son ardente supplication que, par un soudain retour sur lui-même et sur le sacrifice qui lui est assigné, il se livre tout entier à la volonté de son Père.

Dans les trois synoptiques, la prière de Jésus est rendue en termes légèrement différents ; mais la pensée exprimée est la même.

L’image de la coupe est employée dans les trois récits pour désigner les indicibles souffrances du Sauveur.

43 Et un ange venu du ciel lui apparut pour le fortifier.

Grec : le fortifiant.

Jésus aurait pu succomber dans la lutte ; son âme aurait pu être accablée sous le poids des péchés du monde et sous l’effort de la puissance des ténèbres (verset 53 ; comparez Matthieu 26.38 ; Hébreux 5.7). Mais Dieu ne le permit pas.

Le fils vient de se livrer tout entier à la volonté du Père (verset 42), le Père lui envoie du ciel un messager de paix et d’espérance, qui lui communique les « puissances du siècle à venir » et le fortifie de corps et d’âme pour achever le combat. Comment lui apparut cet ange du ciel, comment il lui communiqua ces forces nouvelles, ce sont des questions que l’exégèse n’a pas à discuter. On peut comparer ici Matthieu 4.11 ; Jean 12.28.

44 Et étant entré en agonie, il priait plus instamment ; et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang, qui tombaient sur la terre.

La lutte continue ; Jésus la soutient avec les forces nouvelles qu’il a reçues.

Le mot agonie signifie combat ; il désigne, plus spécialement, l’état de celui qui lutte contre la mort. Dans les circonstances où se trouve Jésus, ce mot a un sens insondable pour nous. L’arme du Sauveur, c’est la prière. Il priait plus instamment.

Et telle fut la violence de la lutte, que sa sueur, provoquée par l’angoisse physique et morale, était formée de grosses gouttes (grec caillots) de sang descendant jusque sur la terre.

Ce phénomène est la manifestation d’une terrible souffrance morale qui demeure inexplicable, si l’on n’admet que le Sauveur accomplissait alors la rédemption du monde, en s’offrant lui-même à la justice divine (comparer Matthieu 26.46, note).

Les versets 43 et 44 manquent dans quatre majuscules, dont B et A, dans trois minuscules et dans quelques versions anciennes ; dix manuscrits les marquent d’un signe de doute ; enfin quelques Pères de l’Église, Hilaire de Poitiers, Jérôme, Epiphane, déclarent que ces versets ne se trouvaient point dans plusieurs manuscrits grecs et latins.

Ces témoignages et le fait que Matthieu et Marc ne mentionnent ni l’apparition de l’ange ni la sueur de sang, ont inspiré à quelques exégètes la pensée que ce récit était dû à une tradition postérieure à la rédaction de notre évangile.

Mais, d’autre part, Codex Sinaiticus, D et dix majuscules ont les versets 43 et 44 ; ils se trouvent également dans l’Itala et la version syriaque. Et ce qui paraîtra décisif, c’est que des Pères de l’Église aussi rapprochés de l’âge apostolique que Justin et Irénée citent le verset 44.

M. Godet remarque avec raison qu’ils ont pu être retranchés, parce que les faits qu’ils rapportent ne se trouvent pas dans Matthieu et Marc et qu’ils semblaient contraires à la divinité de Jésus. Aussi Tischendorf, Tregelles, Westcott et Hort ont-ils conservé les deux versets dans leurs éditions.

45 Et s’étant levé de sa prière, il vint vers ses disciples et les trouva endormis de tristesse.

Voir Matthieu 26.40, note.

Luc seul indique la cause de ce sommeil des disciples, si peu naturel dans un pareil moment ; il l’attribue à la tristesse.

La douleur du Maître avait gagné les disciples ; n’étant point préparés et soutenus par la prière (verset 46), ils ne purent résister au sommeil ; celui-ci, on le sait, est l’effet habituel d’une souffrance intense et prolongée.

46 Et il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation.

Maintenant le Sauveur a vaincu !

Il a encore devant lui la voie douloureuse qui doit aboutir à la croix ; mais le sacrifice moral, pleinement accompli, lui a rendu la force et le calme avec lesquels il va se livrer à ses ennemis et c’est lui qui réveille, exhorte, encourage ses disciples ; car eux aussi vont avoir leur part dans les dangers.

47 Comme il parlait encore, voici une troupe, et le nommé Judas, l’un des douze, marchait devant eux, et il s’approcha de Jésus pour l’embrasser.

Voir, sur l’arrestation de Jésus, Matthieu 26.47-56, notes ; Marc 14.43-52, notes ; et comparez Jean 18.2-11, notes.

Les trois synoptiques s’accordent à marquer le moment précis de cette scène : Comme il parlait encore.

Luc dira plus loin (verset 52) de qui se composait la troupe. Judas marchait devant eux. Par ce trait, aussi bien que par les expressions le nommé Judas, l’un des douze (verset 3), Luc fait ressortir d’une manière sinistre le rôle du traître dans cette scène.

Il mentionne aussi ce premier mouvement odieux par lequel Judas s’approcha de Jésus pour le baiser. C’était là le signe dont il était convenu avec les chefs de la troupe (voir Matthieu et Marc).

Le baiser était une forme respectueuse de salutation, naturelle de la part d’un disciple.

48 Mais Jésus lui dit : Judas, par un baiser tu trahis le fils de l’homme ?

Le mot de baiser mis en tête de la phrase fait ressortir tout l’odieux de cet acte.

Luc seul rapporte ces paroles. Jésus les prononça sans doute à la suite de celles que rapporte Matthieu : (Matthieu 26.50) « Pour quel sujet es-tu ici ? »

Plusieurs interprètes se refusent à voir une interrogation dans le texte de Matthieu. Ils sous-entendent un verbe à l’impératif et traduisent : « Fais ce pourquoi tu es ici ».

Si on lui donne ce sens, cette parole a été prononcée après celle que Luc nous a conservée.

49 Et ceux qui étaient avec lui, voyant ce qui allait arriver, lui dirent : Seigneur, frapperons-nous de l’épée ?

Cette question posée à Jésus, aussi bien que l’acte qui la suit (verset 50), fut inspirée par la parole mal comprise des versets 36 et 38.

50 Et l’un d’entre eux frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui emporta l’oreille droite.

Sans attendre la réponse du Maître, l’un des disciples, bouillant d’impatience, tira son épée et frappa.

Jean nous apprend que ce disciple était Pierre et que celui qu’il blessa s’appelait Malchus ; à l’époque où il écrivait, le sanhédrin n’existait plus et il n’y avait plus de danger à révéler ces noms.

L’oreille droite, petit détail conservé par Jean (Jean 18.10) et par Luc et qui, comme tant d’autres, atteste la vérité historique de nos récits.

51 Mais Jésus répondant, dit : Laissez faire. Et lui ayant touché l’oreille, il le guérit.

Grec : Laissez jusqu’à ceci, c’est-à-dire : Laissez-les procéder jusqu’à cette arrestation et à tout ce qui doit la suivre, car tel est le conseil de Dieu (comparer verset 22, note).

Le mot : Jésus répondant montre que cette parole est adressée aux disciples et non à ceux qui venaient le saisir ; elle ne peut donc signifier : Laissez-moi aller jusqu’à cet homme blessé, afin que je le guérisse. Ni même : Laissez-moi libre pour ce moment-ci. Ce n’est qu’au verset 52 que Jésus adresse la parole à ses ennemis.

Cette guérison est rapportée par Luc seul ; plusieurs historiens la relèguent dans le domaine de la légende. Ils oublient que cette guérison était d’une immense importance pour la cause du Sauveur, compromise par l’acte imprudent de son disciple. Si ce mal n’avait pas été réparé, comment comprendre que les ennemis n’en eussent pas fait un chef d’accusation contre Jésus ?

52 Puis Jésus dit aux principaux sacrificateurs et aux officiers du temple et aux anciens, qui étaient venus contre lui : Vous êtes sortis avec des épées et des bâtons comme contre un brigand ;

Luc seul signale, dans la troupe venue contre Jésus, non seulement des officiers du temple qui la commandaient, mais aussi des principaux sacrificateurs et des anciens.

Encore ici, le silence des autres évangélistes a paru suffisant pour accuser Luc d’inexactitude. La passion que les membres du sanhédrin apportaient à l’exécution de leurs desseins meurtriers et qui se manifesta dans toute leur attitude pendant le procès et le supplice de Jésus, explique fort bien que plusieurs d’entre eux aient accompagné la troupe chargée de l’arrestation.

53 pendant que j’étais tous les jours avec vous, dans le temple, vous n’avez point mis les mains sur moi ! Mais c’est ici votre heure et la puissance des ténèbres.

Voir, sur ces paroles, Matthieu 26.56, note.

Jésus s’élève bien haut au-dessus des instruments de sa mort, auxquels pourtant il laisse toute leur terrible responsabilité et il leur déclare que si jusqu’ici ils n’ont pas mis la main sur lui, bien qu’ils en eussent tous les jours l’occasion, c’est qu’ils ont été arrêtés dans leurs desseins par une volonté supérieure et que si maintenant ils viennent contre lui avec une troupe armée, comme s’il s’agissait d’arrêter un brigand, c’est qu’ils obéissent à la puissance des ténèbres, dont ils sont les aveugles instruments (verset 3, note).

Dans Matthieu, Jésus désigne cette volonté de Dieu comme étant l’accomplissement des « Écritures des prophètes » ; dans notre évangile, il leur dit : c’est ici votre heure, l’heure déterminée par le conseil de Dieu, où il vous est permis d’accomplir vos desseins en obéissant à la puissance de Satan.

Les ténèbres de la nuit, à la faveur desquelles les ennemis de Jésus font leur œuvres, étaient l’image de ce pouvoir diabolique qui les dominait, mais qui ne fera après tout qu’amener le triomphe de la lumière (Colossiens 1.13, note).

54 Et l’ayant saisi, ils l’emmenèrent et le conduisirent dans la maison du souverain sacrificateur. Mais Pierre suivait de loin.

Le reniement de Pierre

  1. Le premier reniement. Jésus est conduit dans la maison du souverain sacrificateur. Pierre le suit de loin et s’assied parmi ceux qui se chauffent auprès d’un feu dans la cour. Signalé par une servante comme disciple de Jésus, il nie de le connaître (54-57).
  2. Le second et le troisième reniement. Peu après, un autre désigne de nouveau Pierre. Il nie encore. Au bout d’une heure environ, un assistant assure que Pierre est disciple de Jésus, en se fondant sur sa qualité de Galiléen. Pierre le nie. À l’instant, un coq chante (58-60).
  3. Le repentir de Pierre. Un regard de Jésus fait souvenir Pierre de la prédiction qui lui a été faite. Il sort et pleure amèrement (61, 62).

Jésus exposé aux mauvais traitements de ses gardes

Ils se moquent de lui et, après lui avoir couvert la tête, lui disent de deviner qui l’a frappé (63-65).

Jésus Jugé par le sanhédrin

  1. Le sanhédrin demande à Jésus s’il est le Christ. Quand le jour est venu, le sanhédrin s’assemble, et, après avoir fait comparaître Jésus, il lui demande s’il est le Christ. Jésus relève le parti pris de ses juges, qui les rend incapables de recevoir la vérité ; puis il déclare qu’ils le verront à la droite de la puissance de Dieu (66-69)
  2. Le sanhédrin demande à Jésus s’il est le fils de Dieu. L’affirmation que Jésus vient d’émettre amène ses juges à lui demander s’il est le Fils de Dieu. Jésus l’atteste. Ils prennent acte de sa déclaration, qui les dispense de chercher d’autres témoignages (70, 71).

Caïphe. Comme les deux premiers évangélistes, Luc passe sous silence l’interrogatoire de Jésus devant Anne. La tradition avait réuni en une seule les deux comparutions, et cela, d’autant plus facilement qu’Anne, beau-père de Caïphe, habitait avec lui le même palais sacerdotal (voir 3.2, note et Jean 18.13, note).

55 Or, comme ils avaient allumé du feu au milieu de la cour, et qu’ils s’étaient assis ensemble, Pierre était assis au milieu d’eux.

Voir, sur le reniement de Pierre, Matthieu 26.58, notes ; Marc 14.54, notes ; comparez Jean 18.15-18, notes.

Les quatre évangélistes sont d’accord sur les trois reniements de Pierre et sur les circonstances dans lesquelles ils se produisirent. Le disciple, intimidé, cherchait à se dissimuler dans la foule des serviteurs et des soldats qui entouraient un feu allumé dans la cour du palais.

La scène, qui dura assez longtemps (verset 59), se passa en partie pendant que Jésus était chez Anne, en partie pendant son jugement devant Caïphe (Jean 18.17-25).

56 Mais une servante, le voyant assis à la lueur du feu et le regardant attentivement, dit : Celui-ci était aussi avec lui. 57 Mais lui, le nia, disant : Femme, je ne le connais point. 58 Et peu après, un autre le voyant, dit : Toi aussi, tu es des leurs. Mais Pierre dit : homme ! Je n’en suis point.

D’après les quatre évangélistes, la première interpellation qui surprit Pierre fut le fait d’une femme. Jean nous apprend qu’elle était portière du palais.

Selon Matthieu et Marc, la seconde attaque serait venue aussi d’une femme, la même ou une autre.

Luc l’attribue à un homme ; d’après Jean, plusieurs auraient parlé à la fois.

Enfin, d’après Jean, la troisième interrogation aurait été faite par un serviteur de Caïphe, parent de ce Malchus auquel Pierre avait coupé l’oreille, ce qui rendait la position de celui-ci plus critique encore, tandis que Matthieu et Marc font simplement parler « ceux qui étaient présents » et Luc un autre (verset 59).

Ces divergences s’expliquent d’autant mieux que, dans cette scène tumultueuse, plusieurs des assistants parlaient à la fois.

Les rédacteurs de nos évangiles ont reproduit fidèlement les diverses versions des sources où ils puisaient. Leur accord sur les faits essentiels en ressort d’autant mieux.

59 Et une heure environ s’étant écoulée, un autre affirmait, en disant : En vérité celui-ci était aussi avec lui, car aussi il est Galiléen.

C’est à son accent galiléen que ces Juifs de Judée reconnaissaient Pierre et ils en concluaient qu’il était disciple de Jésus.

Ce mot : une heure s’étant écoulée, nous montre que la terrible tentation du pauvre disciple dura longtemps.

Tourmenté sans doute dans sa conscience, il est pourtant incapable d’échapper aux pièges qui lui sont tendus. Ce trait met le récit de Luc en harmonie avec celui de Jean (comparer verset 66, note).

60 Mais Pierre dit : homme ! Je ne sais ce que tu dis. Et au même instant, comme il parlait encore, un coq chanta.

Le texte reçu, avec quelques minuscules seulement, porte : « Le coq… »

Luc et Jean passent sous silence les serments et les imprécations de Pierre rapportés par les deux premiers évangélistes.

61 Et le Seigneur, s’étant retourné, regarda Pierre ; et Pierre se ressouvint de la parole du Seigneur, comme il lui avait dit : Avant que le coq ait chanté aujourd’hui, tu me renieras trois fois.

Pierre était dans la cour ; on a supposé que Jésus subissait son jugement dans une salle élevée seulement de quelques marches, d’où l’on pouvait voir et entendre ce qui se passait dans la cour.

Cependant l’expression de Marc : « Pierre était en bas dans la cour » est peu favorable à cette hypothèse.

Il vaut mieux admettre que Jésus traversait à ce moment la cour, étant conduit d’Anne chez Caïphe (Jean 18.24).

D’après Jean, le reniement de Pierre eut lieu pendant l’interrogatoire de Jésus par Anne et non, comme le donneraient à entendre les deux premiers évangiles, pendant sa comparution devant le sanhédrin réuni chez Caïphe.

Le Sauveur se retourne et regarde Pierre, éclairé par la lueur du feu (verset 55) ; le disciple lui aussi voit le Maître arrêter sur lui son regard. Si le chant du coq le ramena à lui-même, ce regard le sauva.

62 Et, étant sorti, il pleura amèrement.

Voir, sur ces derniers mots, Matthieu 26.75 ; Marc 14.72 notes.

63 Or les hommes qui tenaient Jésus se moquaient de lui et le frappaient ; 64 et, l’ayant couvert d’un voile, ils l’interrogeaient, en disant : Prophétise quel est celui qui t’a frappé. 65 Et ils disaient beaucoup d’autres choses contre lui, en l’injuriant.

Voir, sur ce récit, Matthieu 26.67-68 ; Marc 14.65, notes.

Luc parait n’attribuer ces mauvais traitements qu’à ceux qui tenaient Jésus, c’est-à-dire aux soldats de la troupe.

Mais, d’après Matthieu et Marc, il n’y a pas de doute que quelques-uns des membres du sanhédrin eux-mêmes ne se soient abaissés jusqu’à injurier celui qu’ils venaient de condamner.

Selon notre évangéliste, cette horrible scène aurait précédé le jugement et la sentence de mort, ce qui n’est sûrement pas l’ordre dans lequel les faits se sont succédé. La différence vient probablement de ce que Luc omet ici une première délibération et ne rapporte que celle qui eut lieu au point du jour (verset 66, voir la note).

66 Et dès que le jour fut venu, les anciens du peuple, les principaux sacrificateurs et les scribes, s’assemblèrent, et ils l’amenèrent dans leur sanhédrin,

Voir, sur le jugement de Jésus, Matthieu 26.59-66, notes et Marc Marc 14.55-64, notes.

Les anciens (grec le presbytère), ou corps des anciens du peuple, mot propre à Luc (Actes 22.5), désigne suivant les uns le sanhédrin tout entier, composé non seulement des anciens proprement dits, mais de ces deux autres ordres de personnes : les principaux sacrificateurs et les scribes.

Suivant d’autres, ce terme désignerait seulement la classe des anciens.

Luc abrège considérablement le récit de l’audiences où Jésus fut jugé et condamné. En outre, il la place dans une séance qui eut lieu quand le jour fut venu, tandis que, selon Matthieu et Marc, la condamnation du Sauveur avait déjà été prononcée dans une séance de nuit, omise par Luc, en sorte que la délibération du matin ne porta que sur les moyens d’exécuter la sentence, c’est-à-dire de la faire ratifier par Pilate (Matthieu 27.1 ; Marc 15.1).

De cette différence, on a conclu qu’il y avait eu deux assemblées du sanhédrin, dont la seconde seulement aurait été une assemblée plénière, réunie dans la salle officielle, le Lischkath Haggazith et seule compétente pour porter une sentence de mort, parce qu’elle siégeait de jour. Telle est l’opinion de Keim et de M. Godet (voir son Commentaire sur Saint Luc, 3e édition, page 495 et suivants, page 503).

Avec plusieurs interprètes, nous croyons plutôt qu’il y eut deux délibérations en une seule assemblée.

Voici comment les choses se seraient passées. Il était déjà fort tard dans la soirée lorsque Jésus, après avoir célébré la Pâque et la cène et avoir achevé les entretiens de la chambre haute, se rendit avec ses disciples à Gethsémané. Là, eut lieu la scène de ses souffrances morales, puis l’arrestation, puis enfin le retour à Jérusalem jusqu’au palais du grand sacrificateur. Dès que les membres du sanhédrin eurent avis de l’arrestation de Jésus, ils s’assemblèrent, ou (grec) furent assemblés, convoqués (aoriste passif) et non étaient assemblés, comme disent nos versions dans Matthieu 26.57. Marc dit au présent s’assemblent. Tout cela prit encore beaucoup de temps.

C’est dans cette audience, assez prolongée, qu’eurent lieu le jugement et la condamnation du Sauveur (Matthieu 26.59 et suivants ; Marc 14.55 et suivants). Sur ces entrefaites, le jour était venu. Alors, Jésus ayant été éloigné, la même assemblée n’eut plus qu’à délibérer sur la manière d’exécuter la sentence, c’est-à-dire d’en obtenir de Pilate la confirmation (Matthieu 27.1-2 ; Marc 15.1)

Il n’était matériellement pas possible de convoquer une seconde assemblée dans l’intervalle. Et d’ailleurs à quoi bon ? N’étaient-ce pas les mêmes hommes qui venaient de prononcer la sentence, qui devaient trouver les moyens de l’exécuter ?

67 disant : Si tu es le Christ, dis-le-nous. Et il leur dit : Si je vous le dis, vous ne le croirez point ;

Le Christ, le Messie. Ce n’était pas la question capitale, car la prétention d’être le Messie n’aurait point constitué le crime de blasphème et entraîné la peine de mort.

Elle était destinée à introduire la vraie question (verset 70) et à provoquer la réponse de Jésus qui détermine la sentence (voir Matthieu et Marc).

68 et si je vous interroge, vous ne me répondrez point.

Le texte reçu porte : et si même je vous interroge, vous ne me répondrez point ni ne me laisserez aller.

Ces derniers mots se lisent dans A, D, la plupart des majuscules, l’Itala, les versions syriaques.

M. Godet les maintient comme conclusion logique du raisonnement. D’autres y voient une très ancienne glose.

Cette réponse de Jésus est particulière à Luc. Elle signifie : Votre parti pris de haine et d’endurcissement vous rend incapables soit d’écouter la vérité (comparer Luc 20.9 et suivants), soit de répondre aux questions par lesquelles je chercherais à vous amener à la lumière (comparer Luc 20.3 et suivants ; Luc 20.41 et suivants).

69 Mais désormais le fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu.

Voir, sur cette déclaration, Matthieu 26.64, 2e note, Marc 14.62.

Selon les deux premiers évangélistes, ce fut la dernière parole que Jésus prononça devant le sanhédrin. Faisant suite à sa déclaration qu’il était le Fils de Dieu, elle mit le comble à l’indignation de ses juges et provoqua contre lui la sentence de mort. Luc a adopté un ordre différent, qui est moins naturel.

70 Et ils dirent tous : Tu es donc le fils de Dieu ? Et il leur dit : Vous le dites, je le suis.

Matthieu 26.64, 1re note ; Marc 14.62, 1re note.

Vous-mêmes le dites, ou comme on peut traduire aussi : vous dites vous-mêmes que je le suis, est un hébraïsme qui signifie : À l’affirmation impliquée dans votre question, je donne mon plein assentiment et je la fais mienne.

71 Mais ils dirent : Qu’avons-nous encore besoin de témoignage ? Car nous-mêmes, nous l’avons entendu de sa bouche.

C’est-à-dire, selon les deux premiers évangiles, nous avons entendu de sa bouche son blasphème.

Luc ne rapporte pas l’issue du procès, la question solennelle posée par Caïphe sanhédrin : « Que vous en semble ? » et la réponse unanime de celui-ci : « Il est digne de mort ! »