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Luc 2
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Plan du commentaire biblique de Luc 2

Jésus naît à Bethléhem

Un décret de César Auguste ordonnant le recensement des sujets de l’empire, Joseph amène, de Nazareth à Bethléhem, Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Pendant qu’ils sont à Bethléhem, où ils n’ont pas trouvé de place dans l’hôtellerie, Marie met au monde son fils premier-né et le couche dans une crèche (1-7).

Les anges apparaissent aux bergers

Un ange apparaît à des bergers qui gardaient leurs troupeaux durant la nuit, leur annonce cette naissance comme le sujet d’une grande joie, et leur donne un signe auquel ils reconnaîtront le petit enfant. Une multitude de l’armée céleste entonne un cantique à la gloire de Dieu (8-14).

Les bergers constatent et publient la naissance du Sauveur

Les bergers s’empressent de se rendre à Bethléhem, où ils trouvent le petit enfant, et se mettent à raconter autour d’eux ce qui leur avait été révélé. Tous étaient dans l’étonnement de leurs récits, mais Marie conservait toutes ces choses dans son cœur. Les bergers s’en retournent, glorifiant Dieu (15-20).

1 Or il arriva, en ces jours-là, qu’un décret fut publié de la part de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre.
Chapitre 2

1 à 20 Naissance de Jésus.

En ces jours-là, expression un peu vague, désignant l’époque qui suivit la naissance de Jean-Baptiste ; celle-ci eut lieu six mois avant la naissance de Jésus (Luc 1.36).

Grec : toute la terre habitée être enregistrée.

Cette expression désigne l’empire romain, qu’on appelait souvent le monde romain, ou simplement le monde, parce qu’il renfermait tout le monde civilisé.

Un tel recensement consistait dans l’enregistrement de la population de chaque province, de chaque ville, ainsi que des biens des habitants. Il était destiné à faciliter la perception des impôts.

Cet événement de l’histoire amena l’accomplissement des prophéties, d’après lesquelles Jésus devait naître à Bethléhem (Matthieu 2.5). La naissance d’un enfant, qui n’était pas prévue dans cette grande mesure politique, allait changer la face du monde.

La critique a fait à ce récit de Luc diverses objections. Elle lui a opposé d’abord le fait que les historiens du temps ne mentionnent pas ce recensement, qui pourtant était d’une grande importance.

Mais on sait ce que valent les conclusions fondées uniquement sur le silence. Et si l’histoire n’a pas rapporté spécialement le recensement dont il s’agit ici, elle permet de constater que ce même César Auguste s’était longuement occupé de travaux de statistique ; il avait laissé à sa mort un état des ressources de tout l’empire, qui fut communiqué au sénat et qui renfermait le chiffre

de la richesse publique, des citoyens, des alliés sous les armes, des flottes, des royaumes, des provinces des tributs ou impôts.
— Tacite, Annales, I, 11

On objecte encore qu’une telle mesure n’aurait pas dû comprendre la Judée, qui, sous le gouvernement d’Hérode, n’avait point encore été réduite en province romaine. Mais il ne faut pas oublier que ce prince, qui ne régnait que par la faveur de l’empereur, ne jouissait que d’une indépendance très relative. Depuis la prise de Jérusalem par Pompée, les Juifs payaient un tribut à l’empire et prêtaient serment de fidélité à l’empereur (Josèphe, Antiquités Juives, XVII, 2, 4).

Pourquoi donc César Auguste n’aurait-il pas appliqué son décret au gouvernement d’Hérode, qu’il considérait plutôt comme son vassal que comme un prince souverain ? Seulement, on peut admettre que l’exécution de cette mesure fut confiée, non à des Romains, mais à des Juifs, serviteurs d’Hérode, ce qui ferait comprendre pourquoi elle provoqua moins d’opposition qu’un autre recensement plus récent (voir la note suivante) et pourquoi, selon l’usage des Juifs, Joseph et Marie durent se rendre à Bethléhem, leur lieu d’origine (voir, pour plus de détails et de preuves historiques, Godet, Commentaire sur l’Évangile de saint Luc).

2 Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.

Cette remarque, incidemment jetée dans le récit, a donné lieu à un reproche adressé à Luc. Il aurait commis une double erreur : d’abord, en confondant le recensement dont il parle avec un autre qui eut lieu dix ans plus tard, sous le gouvernement de Quirinius, et ensuite, en admettant que ce personnage était déjà gouverneur de Syrie à l’époque dont il parle.

Il y a là, en effet, une sérieuse difficulté et l’on remplirait des volumes de tout ce qui a été écrit pour l’aplanir.

Mais il faut remarquer que la première de ces erreurs, c’est-à-dire la confusion des deux recensements, n’existe pas.

En effet, le but évident de Luc, dans ce verset, est précisément d’établir une distinction entre les deux recensements ; car dire que ce fut ici le premier suppose nécessairement qu’il y en eut un second. Ce second eut lieu, en effet, comme le rapporte l’historien Josèphe (Antiquités Juives, XVIII, 1), non sous le règne d’Hérode, mais après la destitution d’Archélaüs, et lorsque la Judée, devenue province romaine, eut été placée sous l’autorité de Quirinius, gouverneur de Syrie.

Ce recensement, resté célèbre dans l’histoire juive, parce qu’il donna lieu à une révolte sanglante du peuple, était connu de tout le monde ; et Luc l’ignorait moins que personne, puisqu’il en parle avec détail dans le livre des Actes (Actes 5.37) où il nomme le principal auteur de cette révolte, « Judas le Galiléen, aux jours du dénombrement ».

Il ne reste donc que l’erreur de chronologie qui fait Quirinius gouverneur de Syrie sous le règne d’Hérode, à l’époque de la naissance de Jésus. Cette erreur est considérable ; aussi a-t-on eu recours pour l’expliquer à toutes les ressources de la critique du texte et de l’exégèse. Le texte offre bien quelques légères variantes, mais qui sont sans importance pour la question.

Plusieurs critiques, Tholuck, de Pressensé, en prenant le mot premier (recensement) dans un sens différent, ont cru pouvoir traduire ainsi : « Ce recensement eut lieu avant que Quirinius fût gouverneur de Syrie ».

D’autres interprètes, en changeant un simple accent grec au premier mot de la phrase, traduisent au lieu de : ce recensement, « le premier recensement lui-même » (celui qu’on appelle premier depuis la domination romaine et qui est si connu), « eut lieu sous le gouvernement de Quirinius ».

Le verset 2 serait d’après M. Godet, qui a recours à cette accentuation,

une parenthèse explicative que Luc a intercalée de son chef dans le récit tiré du document qu’il employait. Il importait à Luc de bien distinguer le cens dont il parlait ici de cet autre cens postérieur et de rappeler que, malgré ce nom de premier dénombrement, sous lequel celui-ci était resté gravé dans la mémoire du peuple, il y en avait eu auparavant un autre, généralement oublié, accompli dans de tout autres conditions.

Ceux qui estimeront ces tentatives d’explication, sinon inadmissibles, du moins quelque peu forcées, trouveront plus simple de supposer que Quirinius, qui, on le sait par l’histoire (Tacite Ann. III, 48), eut les honneurs du triomphe pour une victoire remportée à cette époque sur une peuplade de Cilicie, exerça déjà alors un commandement en Syrie et présida comme commissaire impérial au recensement dont parle Luc.

Le mot traduit ici par gouverneur s’appliquait à toute charge élevée dans l’État. Cette explication, en faveur de laquelle on peut faire valoir des raisons sérieuses, est celle de Hug, Neander (voir le Commentaire de M. Godet sur notre passage).

Ceux qu’aucune de ces interprétations ne satisfait, attribuent à Luc, sur ce point, un défaut de mémoire, qu’il est bien difficile d’admettre à propos de faits d’une si grande notoriété, surtout en présence de sa déclaration si positive, d’après laquelle il a « suivi avec exactitude toutes ces choses dès l’origine » (Luc 1.3).

3 Et tous allaient pour être enregistrés, chacun dans sa propre ville.

Non celle de son domicile, mais celle de son origine.

Ceci aussi prouve que le recensement se fit, non par des employés romains, qui l’auraient effectué pour chacun au lieu de son domicile, mais par des Juifs, serviteurs d’Hérode, qui inscrivaient les habitants dans leur tribu et à leur lieu d’origine (voir verset 4).

4 Or Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui est nommée Bethléhem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David ;

Voir sur Nazareth Matthieu 2.23, note, et sur Bethléhem Matthieu 2.1, note et 1 Samuel 16.1 ; 1 Samuel 17.12.

Les mots : maison et famille de David ne sont pas synonymes.

Tous les descendants de chacun des douze fils de Jacob formaient une tribu ; les fils de ces patriarches, divisés en branches diverses, formaient les familles ; enfin, les diverses familles provenant de chaque branche étaient les maisons.

Par les deux termes dont il se sert, Luc veut marquer que Joseph appartenait à la famille de David et descendait directement de lui.

5 pour être enregistré avec Marie, sa femme, qui lui avait été fiancée, laquelle était enceinte.

Marie était bien alors la femme de Joseph (Matthieu 1.24) ; Codex Sinaiticus, B, D omettent : sa femme, mais il est plus probable que ce mot ait été retranché qu’ajouté postérieurement : « sa femme qui lui avait été fiancée », ou « sa femme fiancée ».

Luc, par ces termes, exprime exactement et délicatement la pensée de Matthieu (Matthieu 1.25).

6 Or il arriva, pendant qu’ils étaient là, que les jours où elle devait accoucher furent accomplis ; 7 et elle enfanta son fils premier-né et elle l’emmaillota et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

L’accord de Luc avec Matthieu dans l’emploi de ce terme : fils premier-né, est remarquable (Matthieu 1.25, note). Ce terme implique que Marie a eu d’autres enfants après celui-ci.

Peut-être n’y avait-il à Bethléhem qu’une seule hôtellerie, qui se trouvait remplie d’étrangers, par la même cause qui y avait amené Joseph et Marie ; ou bien, s’il y en avait plusieurs, ils avaient dû, dans leur pauvreté, choisir la plus modeste. Le terme employé par Luc peut désigner aussi un logement dans une maison amie (Luc 22.11).

De ce que le petit enfant fut couché dans une crèche, on a conclu, avec assez de vraisemblance, que ses parents habitaient l’étable où elle se trouvait.

Selon une ancienne tradition, provenant de Justin et d’Origène, c’était une grotte située près de la ville, et sur laquelle Hélène, mère de Constantin fit plus tard bâtir une église (voir Robinson, Voyage en Palestine et en Syrie, page 159 et suivants ; Philippe Bridel, La Palestine Illustrée, II).

Celui qui devait renouveler la face du monde naquit dans une crèche, et mourut sur une croix !

8 Et il y avait dans la même contrée des bergers qui demeuraient aux champs et gardaient leurs troupeaux pendant les veilles de la nuit.

Grec : qui veillaient les veilles de la nuit sur leur troupeau. La nuit était divisée en quatre veilles de trois heures (Matthieu 14.25 ; Luc 12.38).

L’usage de passer la nuit en plein air avec les troupeaux existe encore en Orient.

9 Et un ange du Seigneur se présenta à eux, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux, et ils furent saisis d’une grande crainte.

Le mot grec que nous traduisons par : se présenta à eux, signifie littéralement : se trouva là avec eux.

Il s’applique à des apparitions d’anges (Luc 24.4 ; Actes 12.7), mais il se dit aussi (Luc 20.1) d’hommes qui surviennent inopinément.

Par la gloire du Seigneur, il faut entendre une lumière céleste, symbole de celle que Jésus apportait à la terre.

En toute humiliation de Christ se produit quelque grande protestation de sa gloire divine.
— Bengel

Sur la crainte des bergers, voir Luc 1.12, note.

10 Et l’ange leur dit : Ne craignez point, car voici je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie, qui sera pour tout le peuple :

Grec : je vous évangélise une grande joie, termes dont le sens est rendu dans notre version. Cette grande joie, joie du salut, est destinée par Dieu à tout le peuple ; le peuple d’Israël d’abord, qui, tout entier, aurait pu la recevoir ; le peuple de Dieu ensuite, recueilli du sein de toutes les nations.

11 C’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est Christ, Seigneur.

Un Sauveur, voilà le mot principal de ce message de l’ange, le sujet de la grande joie qu’il annonce. Les bergers doivent savoir encore que ce Sauveur est Christ, Oint de Dieu, le Messie qu’ils attendaient avec tous les Israélites pieux (comparer Matthieu 1.16, note). Il est enfin Seigneur, « le Seigneur de tous » (Actes 10.36), celui que toute langue doit confesser comme tel (Philippiens 2.11).

Il ne faut jamais oublier que, dans la version grecque des Septante, d’où le langage du Nouveau Testament est tiré, le mot de Seigneur est la traduction constante du nom de Jéhova.

La juxtaposition des termes : Christ Seigneur, sans et, paraît étrange.

On a supposé que nous avions ici la traduction erronée de l’expression hébraïque : « Messie (de) Jéhova », expression qui aurait été exactement rendue au verset 26. N’y aurait-il pas plutôt une faute dans le texte, qu’on devrait corriger d’après le verset 26 ? Les manuscrits, il est vrai, ne présentent pas trace de variante.

Les mots : dans la ville de David rappelaient à des Israélites la prophétie qui venait de s’accomplir (Michée 5.2).

12 Et ceci en sera pour vous le signe : vous trouverez un petit enfant emmailloté dans une crèche.

Ce signe était bien suffisant pour que les bergers trouvassent, dans le village de Bethléhem et dans une crèche, un petit enfant qui venait de naître (aujourd’hui, verset 11).

Par là aussi le Sauveur nouveau-né se trouvait à leur portée ; il leur était accessible dans leur humble position. Si on leur avait annoncé sa naissance dans le palais d’Hérode, ils n’y seraient pas allés ou n’y auraient pas été admis.

Un petit enfant, c’est le signe de notre humanité ; une crèche, c’est le signe de la pauvreté : double abaissement du Fils de Dieu et du Fils de l’homme !

La plupart des manuscrits portent : « emmailloté et couché dans une crèche ». Les mots soulignés manquent dans Codex Sinaiticus, D ; ils ont été ajoutés d’après le verset 7.

13 Et soudain, il y eut, avec l’ange, une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant :

L’armée céleste, ce sont les anges, intelligences pures et heureuses, dont Dieu a rempli le monde invisible et dont il fait ses messagers (1 Rois 22.19 ; 2 Chroniques 18.18 ; Psaumes 103.21 ; Matthieu 26.53).

Ces anges prennent part avec amour à la grande œuvre de notre rédemption (Luc 15.10 ; Hébreux 1.14) ; ils se retrouvent, exerçant un saint ministère, dans les moments les plus solennels de la vie du Sauveur (Luc 1.19-26 ; Matthieu 4.11 ; Luc 22.43 ; Luc 24.4 ; Actes 1.10).

Ici, des anges sont les premiers prédicateurs de l’Évangile ; des bergers en sont les premiers auditeurs. Petitesse et grandeur, tels sont les deux caractères de ces inimitables récits (verset 9, note).

14 Gloire à Dieu, dans les lieux très hauts et paix sur la terre ! Bienveillance envers les hommes !

En conservant la leçon du texte reçu, ce magnifique cantique se divise naturellement en trois sentences, dont les deux premières sont parallèles, et dont la troisième indique la cause ou le fondement des deux autres.

Par la rédemption du monde que chantent les anges, Dieu s’est glorifié dans les lieux très hauts, aux yeux des anges et des justes (Luc 19.38 ; Éphésiens 3.10) ; la paix est faite sur la terre, car les hommes se sont réconciliés avec Dieu et les uns avec les autres.

Enfin, il en est ainsi, grâce à la manifestation de la miséricorde infinie de Dieu, de sa bienveillance envers les hommes ; tel a été son bon plaisir. Il faut remarquer l’harmonie de ces contrastes : gloire et paix, dans les lieux très hauts et sur la terre, Dieu et les hommes.

Et ce n’est pas un vœu qu’expriment les anges : ils chantent ce qui est, dans le dessein de Dieu, et ce qui sera pleinement réalisé en tous ceux qui auront part à la rédemption qu’ils annoncent. Jusque-là, nous pouvons et devons faire des vœux et des prières pour le plein accomplissement de cette œuvre divine.

Ce verset présente une variante qui se lit dans Codex Sinaiticus, A, B, D, l’Itala, et qui est admise par la plupart des critiques. Elle donne au dernier membre de la phrase un autre tour et, si l’on adopte l’explication vulgaire, un sens tout différent : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Nous aurions donc ici l’expression, non de la bienveillance de Dieu, de son amour, mais d’une disposition du cœur de l’homme nécessaire pour avoir la paix. La Vulgate a popularisé en France cette version, qui convient parfaitement aux tendances pélagiennes du catholicisme. Mais la leçon du texte reçu a pour elle des autorités critiques considérables, la plupart des majuscules et des versions.

Et même en admettant la variante, il faut traduire : aux hommes de la bienveillance (de Dieu), ou, comme Rilliet : « parmi les hommes de prédilection » car le mot grec exprime, non un sentiment de l’homme envers Dieu, mais une disposition miséricordieuse de Dieu envers l’homme (Matthieu 11.26 ; Éphésiens 1.5-9 ; Philippiens 2.13). Il en est ainsi du verbe formé de la même racine (Matthieu 3.17 ; Matthieu 17.5 ; Marc 1.11 ; Luc 3.22).

15 Et il arriva, lorsque les anges s’en furent allés d’avec eux dans le ciel, que les bergers se dirent les uns aux autres : Allons donc jusqu’à Bethléhem, et voyons cet événement qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître.

Le texte reçu avec A, D, majuscules porte ici : les hommes aussi, les bergers, se dirent, etc. Si cette leçon est authentique, elle établit un contraste entre les anges et les hommes ; les anges se retirent ; et les hommes s’empressent de suivre la révélation qu’ils viennent de recevoir.

Grec : « voyons cette parole qui est arrivée, ou accomplie, et que le Seigneur nous a fait connaître ».

Il est possible qu’il ne faille voir dans les termes soulignés qu’un hébraïsme, signifiant la chose qui vient de nous être annoncée ; mais comme c’est la parole des anges qui importe aux bergers, et qu’ils veulent vérifier en allant à Bethléhem, il est possible aussi que Luc prenne le mot dans ce sens.

16 Et ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche.

Le verbe : ils trouvèrent est composé d’une particule grecque qui indique une découverte successive : ils aperçurent Marie, puis Joseph, puis le petit enfant.

Peut-être aussi Marie est-elle nommée avant Joseph, parce que c’était la mère qui, avec le petit enfant, importait le plus aux bergers.

17 Et l’ayant vu, ils firent connaître la parole qui leur avait été dite au sujet de ce petit enfant,

Dans l’original, ayant vu n’a pas de régime.

Ainsi les bergers furent les premiers d’entre les hommes à annoncer ce que Dieu venait de révéler.

18 Et tous ceux qui entendirent furent dans l’étonnement des choses qui leur étaient dites par les bergers. 19 Mais Marie conservait toutes ces choses, les repassant dans son cœur.

Il faut remarquer ce : Mais Marie, effacé par la plupart de nos versions ; il indique le contraste entre ce qui se passe en elle et l’étonnement encore très extérieur et superficiel de ceux qui entendirent les récits des bergers.

Pour elle, elle conservait toutes ces choses sans en rien perdre, et elle les méditait (grec les comparait) dans son cœur.

Elle comparait ce qui lui avait été divinement annoncé, neuf mois auparavant, avec ce qui lui arrivait et son cœur était pénétré de la fidélité de Dieu dans l’accomplissement de sa parole. M. Godet voit dans cette remarque du verset 19 l’indice que tout ce récit a pour auteur Marie elle-même.

20 Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été dit.

Les bergers aussi savent maintenant qu’il y a pleine harmonie entre ce qui leur a été dit et ce qu’ils ont entendu et vu.

Le premier de ces verbes se rapporte sans doute au récit qu’on leur a fait des circonstances extraordinaires qui ont précédé la naissance de Jésus ; le second, à ce qu’ils ont pu contempler de leurs propres yeux. Voilà pourquoi ils glorifient et louent Dieu.

21 Et quand furent accomplis les huit jours au terme desquels on devait le circoncire, il fut appelé du nom de Jésus, qui lui avait été donné par l’ange, avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.
Plan
La circoncision

L’enfant reçoit le nom de Jésus (21).

La présentation dans le temple

Ses parents amènent l’enfant au temple pour accomplir les prescriptions-de la loi relatives à la purification de la mère et à la consécration du fils premier-né. Ils offrent le sacrifice des pauvres (22-24).

Jésus accueilli par Siméon et par Anne

a) Siméon. Cet homme juste et pieux, qui attendait le salut et avait reçu la promesse de le voir avant de mourir, vient au temple, conduit par l’Esprit, et reçoit l’enfant dans ses bras en bénissant Dieu (25-28).

b) Cantique de Siméon. Siméon exprime ses sentiments personnels : il peut s’en aller en paix, puisqu’il a vu le salut ; puis il célèbre ce salut que Dieu a préparé et qui sera la lumière des païens et la gloire d’Israël (29-32).

c) La prophétie de Siméon. À l’admiration du père et de la mère, Siméon répond en prophétisant le triage que le Messie opérera, l’opposition qu’il rencontrera, la grande douleur qu’il causera à sa mère. Le but de ces dispensations sera la manifestation des pensées cachées (33-35).

d) Anne. Cette veuve, très avancée en âge et qui passait sa vie dans le temple, survient et loue Dieu en présence de tous (36-38).

Le retour à Nazareth

Marie et Joseph rentrent à Nazareth, où l’enfant se développe corporellement et spirituellement sous l’action de la grâce divine (39, 40).

21 à 40 la circoncision et la présentation de l’enfant dans le temple

Tout enfant israélite mâle devait être circoncis le huitième jour (Genèse 17.12 ; Lévitique 12.3).

C’était là le signe distinctif de l’alliance que Dieu traita avec Abraham et qui, comme le baptême, était le symbole de la purification. C’est dans cette cérémonie qu’on donnait son nom au petit enfant (Luc 1.59 et suivants).

Jésus, dès son entrée dans la vie, entre dans l’alliance de son peuple ; il est soumis à la circoncision. Il est « né de femme » et « né sous la loi » (Galates 4.4, note). C’est par là qu’il a commencé à réaliser son nom de Jésus, ou Sauveur.

22 Et quand furent accomplis les jours de leur purification selon la loi de Moïse, ils le conduisirent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur ;

Ce pronom pluriel leur (grec d’eux) purification a embarrassé les copistes, comme il embarrasse encore les interprètes.

Le texte reçu, avec quelques minuscules seulement, le remplace par le pronom féminin d’elle, se rapportant à Marie seule, et D par le pronom masculin singulier de lui, se rapportant à l’enfant.

Quelques interprètes ont pensé que ce pronom pluriel devait s’appliquer aux Juifs en général, à leur usage relatif à la purification des nouvelles accouchées. Mais le contexte oblige à le rapporter soit d’une manière indéterminé à toute la famille qui devait se rendre à Jérusalem pour une double cérémonie religieuse, soit à Marie et à Joseph qui sont le sujet du verbe. On a proposé de le rapporter à Marie et à l’enfant, mais cela n’est pas indiqué dans la construction de la phrase et Jésus n’avait pas à être purifié.

Il est vrai que Joseph non plus n’avait pas à se purifier, mais, comme le remarque M. Godet, il eût été, en tant que chef de famille, responsable, si la purification n’avait pas été accomplie. La loi de Moïse prescrivait (Lévitique 12.2 et suivants) qu’après sept jours de souillure légale et trente-trois jours passés dans la retraite, la mère israélite devait offrir pour sa purification un sacrifice, dont la nature est indiquée ci-après (verset 24).

23 selon qu’il est écrit, dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur,

Grec : sera appelé saint au Seigneur, c’est-à-dire lui sera consacré, sera mis à part pour son service (Exode 13.2 ; Nombres 3.12).

D’après ce dernier passage, tout premier-né appartenait à l’Éternel et devait être exclusivement consacré à son service ; mais la tribu de Lévi ayant été choisie pour ce service, il fallait que tous les premiers-nés des autres tribus fussent rachetés à prix d’argent (Nombres 8.16 ; Nombres 18.15-18), afin que le droit divin fût constaté, et que le futur chef de famille se souvînt toujours de ses saintes obligations.

C’est là aussi le sens de cette expression : le présenter au Seigneur. En ceci, comme dans sa circoncision (verset 21), comme plus tard dans son baptême, il fallait que Jésus « accomplît toute justice » (Matthieu 3.15).

24 et pour offrir le sacrifice, selon ce qui est prescrit dans la loi du Seigneur : une paire de tourterelles ou deux jeunes pigeons.

Après avoir dit (verset 23) ce qui concernait l’enfant, Luc revient à la mère et à sa purification (verset 22).

Elle devait offrir un agneau en holocauste et un jeune pigeon ou une tourterelle pour le péché ; mais, si ses moyens ne le lui permettaient pas, elle pouvait remplacer ce sacrifice par celui de deux tourterelles ou de deux jeunes pigeons (Lévitique 12.6-8).

Luc ne mentionne ici que ce dernier sacrifice, celui des pauvres, parce que ce fut celui de Marie. Alors déjà s’accomplit une parole profonde de saint Paul (2 Corinthiens 8.9).

25 Et voici, il y avait à Jérusalem un homme qui s’appelait Siméon ; et cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était sur lui.

Siméon est inconnu dans l’histoire ; son nom signifie « exaucement ». Il était juste (comparez Luc 1.6, note) et pieux (ce mot a aussi le sens de prudent, circonspect, intelligent) ; il attendait la venue du Sauveur, ici désignée par ce terme si beau et si intime : la consolation d’Israël.

Ce mot est emprunté aux promesses de Dieu données par les prophètes, et sur lesquelles reposait toute l’espérance de ce saint vieillard (Ésaïe 40.1-2 ; Ésaïe 49.13 ; Ésaïe 51.3 ; Ésaïe 51.12 ; Ésaïe 61.1-3).

On voit par les exemples de Siméon, d’Anne (verset 38), de Zacharie, de Joseph d’Arimathée (Marc 15.43), et d’autres encore, qu’il y avait d’humbles Israélites qui étaient prêts à recevoir le Seigneur sous quelque chétive apparence qu’il plairait à Dieu de le leur manifester.

Le sacerdoce officiel n’accueillit pas le Seigneur qui, pour la première fois, entrait dans son temple (Malachie 3.1). Un sacerdoce libre s’était formé pour le suppléer ; il est représenté par Siméon et Anne.

La source de la vie religieuse de Siméon est clairement indiquée. C’était l’Esprit-Saint qui était sur lui. D’après les expressions de l’original, on pourrait traduire : qui était venu sur lui, c’est-à-dire que, dans ce moment solennel de sa vie, il reçut une nouvelle mesure de cet Esprit divin qui lui communiqua le don de prophétie (versets 26, 27, 30 et suivants, verset 34).

26 Et il avait été divinement averti par l’Esprit-Saint qu’il ne verrait pas la mort avant qu’il n’eût vu le Christ du Seigneur ;

Le Christ du Seigneur, terme de l’Ancien Testament qui signifie le Messie ou l’Oint de l’Éternel, le Sauveur que l’Éternel avait promis à son peuple et qu’il venait de lui donner (Sur le mot que nous traduisons par « divinement averti », voir Matthieu 2.12-22 ; Hébreux 11.7 ; Actes 10.22).

Il faut remarquer cette antithèse : « ne pas voir la mort avant d’avoir vu le Christ ».

27 et il vint dans le temple poussé par l’Esprit. Et comme les parents amenaient le petit enfant Jésus, pour faire à son égard ce qui est en usage selon la loi,

« Il vint dans le temple dans l’Esprit », ou par l’Esprit, c’est-à-dire éclairé et conduit par l’Esprit, et c’est par cet Esprit qu’il reconnut aussitôt son Sauveur dans le petit enfant (verset 30).

Ce qui était en usage, selon la loi, a été décrit au verset 23.

28 lui le reçut dans ses bras, et bénit Dieu, et dit : 29 Maintenant, Maître, tu laisses aller ton serviteur en paix, selon ta parole ; 30 car mes yeux ont vu ton salut,

Chaque mot de ce beau cantique a une signification profonde :

Maintenant que ta parole est accomplie (verset 26), que mes yeux ont vu ton salut, tu laisses aller ton serviteur (grec) ; tu le délies de toutes les servitudes de la vie, tu le mets en liberté pour qu’il s’en aille jouir de la pleine possession de la lumière et de la paix ! (Genèse 15.15 ; 2 Rois 22.20)

Il faut remarquer ce verbe au présent qui exprime l’attente prochaine de cette délivrance ; Siméon sent que rien ne le retient plus sur la terre. Mais il s’en remet à Dieu qu’il appelle Maître, souverain dominateur de sa vie et de toutes choses.

31 que tu as préparé en présence de tous les peuples, 32 lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple d’Israël.

Par l’Esprit qui est en lui (verset 26), Siméon devient prophète ; il ne parle plus de lui, sa pensée s’élève jusqu’à ce salut que Dieu a préparé pour tous les peuples, et que tous verront (grec devant la face de).

Cette préparation a eu lieu durant des siècles par toutes les révélations de l’ancienne alliance. Ce grand salut destiné à tous se répartit en deux courants divers.

D’une part, il est lumière pour éclairer les nations païennes (grec), pour la révélation des nations qui, pour la révélation qui leur est destinée, à elles, sont plongées dans les ténèbres les plus profondes ; d’autre part, il est la gloire du peuple d’Israël qui, tout en ayant part à ce salut, aura l’immortel honneur de l’avoir donné au monde (Ésaïe 46.13).

On peut faire dépendre les mots lumière et gloire du verbe : que tu as préparé, et traduire : « que tu as préparé comme lumière…et gloire, …ou l’on peut les considérer comme une apposition du mot salut ».

Ces vues lumineuses sur l’universalité du salut ne s’expliquent en Siméon que par l’action de l’Esprit qui était sur lui, et par la connaissance qu’il avait des prophéties (Ésaïe 42.6 ; Ésaïe 60.3) ; car même les apôtres ne les comprendront que par une révélation spéciale (Actes 10.1), et plusieurs Juifs, après leur conversion au christianisme, y trouveront encore un sujet de scandale (Actes 11.2-3).

33 Et son père et sa mère étaient dans l’étonnement des choses qui étaient dites de lui.

Le texte reçu, avec la plupart des majuscules (Codex Sinaiticus, B. D exceptés) et l’Itala, porte Joseph, au lieu de son père ; correction dictée par une préoccupation dogmatique, bien inutile, puisque Luc lui-même vient de parler des parents du petit enfant (verset 27).

Nul ne pouvait s’y méprendre, après le récit qui précède (Luc 1.35). Le langage de l’évangéliste est conforme aux apparences et même à d’impérieuses convenances.

Ils étaient dans l’étonnement ou l’admiration (le mot grec a les deux sens), malgré tout ce qu’ils savaient déjà concernant le petit enfant. C’est que, sous la forme d’une prophétie, les paroles de Siméon leur ouvraient des horizons plus vastes encore que ce qui leur avait été révélé jusque-là.

34 Et Siméon les bénit, et dit à Marie sa mère : Voici, celui-ci est destiné à être une occasion de chute et de relèvement pour plusieurs en Israël, et à être un signe auquel on contredira ;

Les bénit, c’est-à-dire les parents ; il les bénit au nom de Dieu, implore sur eux la bénédiction divine.

Les promesses magnifiques qu’ils venaient d’entendre pouvaient faire naître dans le cœur de Joseph et de Marie des espérances charnelles, pleines d’illusions ; Siméon les réprime en leur présentant l’aspect douloureux de l’avenir réservé à leur enfant. Il adresse les sérieuses paroles qui suivent à Marie, à la mère personnellement, parce que cette prophétie la concernait directement.

L’expression : celui-ci est (grec) mis pour, indique la destination d’une personne ou d’une chose, selon le dessein de Dieu (Philippiens 1.16 ; 1 Thessaloniciens 3.3).

Ici ce dessein de Dieu est déterminé par les dispositions opposées de ceux auxquels le Sauveur est envoyé : aux uns, il sera une occasion de chute, aux autres de relèvement.

Ces expressions reposent sur une image empruntée à Ésaïe (Ésaïe 8.14), qui annonce que l’Éternel lui-même sera une « pierre d’achoppement, un rocher de chute aux deux maisons d’Israël ».

Partout où la vérité se présente à une âme, un jugement divin s’exerce en elle ; par son incrédulité et son endurcissement, elle tombe (comparer Matthieu 21.44 ; Romains 9.33 ; 1 Pierre 2.6 et suivants).

Mais la crise peut avoir une tout autre issue : par la repentance, par la foi, l’âme se relève jusqu’à la plénitude de la vie morale et spirituelle.

Dans ce double sens, la présence du Sauveur est toujours un signe ; et Siméon prévoit qu’il sera (grec) mis pour un signe (comparez Ésaïe 11.12 ; Ésaïe 13.2 ; Ésaïe 5.26 ; la version grecque traduit par signe le mot hébreu que nos versions rendent par : « bannière, signal ») contredit, ou auquel on contredira. On sait combien cette prophétie fut littéralement accomplie dans la vie de Jésus, et combien elle l’est encore pour ses serviteurs les plus fidèles (Hébreux 12.3 ; Actes 28.22).)

35 et toi-même, une épée te transpercera l’âme ; afin que les pensées du cœur de plusieurs soient révélées.

Cette contradiction ira jusqu’à clouer le Sauveur sur la croix ; c’est alors que, semblable à une épée tranchante, une douleur sans nom transpercera l’âme de sa mère témoin de son supplice (Jean 19.25).

C’est aussi en présence de la croix que les pensées du cœur se révèlent, selon la foi ou l’incrédulité, l’amour ou la haine à l’égard du Crucifié.

Il est possible que les mots : afin que les pensées du cœur de plusieurs soient révélées indiquent la raison pour laquelle cette grande douleur ne peut être épargnée à Marie ; mais il est plus naturel d’y voir la conclusion de toute la prophétie des versets 34, 35 : la croix, couronnement de l’œuvre du Messie, manifestera dans toute sa profondeur l’opposition des hommes et mettra au jour leurs dispositions secrètes, en les contraignant à se prononcer pour ou contre le Sauveur (1 Corinthiens 1.23).

36 Et il y avait Anne, prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu d’Asser. Elle était fort avancée en âge ; elle avait vécu avec son mari sept ans, depuis sa virginité, 37 et elle était restée veuve et avait atteint l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait point du temple, rendant un culte par des jeûnes et des prières, nuit et jour.

Anne, fille de Phanuel, n’est connue dans l’histoire évangélique que par ce trait.

Le mot de prophétesse indique que, comme Siméon, elle avait reçu l’esprit de prophétie, par lequel elle aussi reconnut dans le petit enfant le Sauveur promis, et en glorifia Dieu (verset 38).

L’évangéliste rappelle encore à sa louange qu’après un temps assez court de mariage, elle avait vécu jusqu’à l’âge de quatre-vingt-quatre ans dans un long veuvage, ce qui était considéré comme très honorable chez les Juifs. M. Godet traduit : « veuve depuis déjà quatre-vingt-quatre ans ». Cela justifierait l’affirmation du récit qu’elle était (grec) avancée en beaucoup de jours.

Touchant portrait d’une veuve dont la piété remplissait toute la vie ! Saint Paul décrit à peu près dans les mêmes termes la veuve chrétienne « réellement veuve » (1 Timothée 5.5).

Les mots nuit et jour signifient sans doute qu’elle assistait à des services religieux qui avaient lieu le soir et le matin avant le lever du jour, ou qu’elle passait une partie de ses nuits en prières.

38 Elle aussi, étant survenue à cette même heure, louait Dieu et parlait de lui à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Les mots : elle louait Dieu (texte reçu, le Seigneur), pourraient se traduire : confessait ou glorifiait Dieu.

Ce verbe est composé d’une particule qui signifie à son tour ; allusion au cantique de Siméon, auquel Anne répondait par ses louanges.

Les paroles d’Anne ne sont pas rapportées, parce que sans doute elles exprimaient les mêmes pensées que celles de Siméon (verset 29).

En outre, par l’esprit de prophétie qui l’animait, elle parlait de lui (de Dieu) et des glorieuses révélations qu’il venait d’accorder à son peuple.

Le texte reçu, porte : Ceux qui attendaient la délivrance (grec la rédemption) dans Jérusalem. La leçon de Codex Sinaiticus, B. versions et Pères, est admise par la plupart des critiques modernes. Ils considèrent celle du texte reçu comme une correction de cette expression insolite : délivrance de Jérusalem. Il faut supposer que la capitale est prise pour le pays entier (comparer Ésaïe 40.2).

39 Et après qu’ils eurent tout accompli selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.

Luc 1.26 ; Matthieu 2.23.

Luc passe sous silence divers faits rapportés par Matthieu : la visite des mages, la fuite en Égypte, le meurtre des petits enfants de Bethléhem, soit que ces faits ne rentrassent pas dans son plan, soit qu’il les ait ignorés.

Il est nécessaire d’admettre, dit M. Godet, que les deux évangélistes ont écrit chacun sans connaître le livre de l’autre.

La critique négative s’est hâtée de déclarer les deux récits inconciliables. Elle oublie que, pendant les quarante jours qui s’écoulèrent entre la naissance de Jésus et sa présentation dans le temple, bien des événements avaient pu s’accomplir à Bethléhem. Elle oublie encore que le retour de la sainte famille à Nazareth n’a pas eu lieu nécessairement aussitôt après la présentation au temple. Le voyage en Égypte suivit celle-ci, et l’établissement de la famille à Nazareth ne se fit qu’après son retour d’Égypte (Matthieu 2.23).

Les faits rapportés s’enchaînent naturellement et les deux récits se complètent (comparer Matthieu 2.16, note, voir, sur ces questions historiques, la belle dissertation de M. Godet dans son Commentaire sur Saint Luc, tome I, page 218 de la 3e édition, et comparez Jules Bovon, Théologie du Nouveau Testament, I, page 213 et suivants).

40 Cependant le petit enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

Par ces quelques traits, Luc nous donne une idée du développement graduel qui s’accomplit en Jésus durant son enfance. C’est ce qu’il avait fait pour Jean-Baptiste (Luc 1.80).

Pour Jésus il répétera plus loin cette esquisse (verset 52).

Il grandissait ; ce mot indique le développement physique, tandis que les termes : il se fortifiait, complétés par ceux-ci : étant rempli de sagesse, décrivent les progrès intellectuels, spirituels et religieux.

La sagesse, comprenant la connaissance de Dieu et celle des hommes, dans son application pratique à la vie, fut le trait saillant du caractère de Jésus enfant. Jésus passa par toutes les phases d’un développement normal, le seul qui se soit accompli sur la terre, le seul qui ait été exempt de toutes les atteintes délétères du mal et se soit poursuivi d’une manière harmonique par une communion constante avec Dieu (verset 49).

Cette dernière pensée est clairement indiquée par ces belles paroles : et la grâce de Dieu était sur lui.

Grâce (charis) signifie aussi faveur, amour ; tout en Jésus était agréable à Dieu.

Le texte reçu porte : « il se fortifiait en esprit » ; ce dernier terme, inauthentique, a été copié de Luc 1.80.

41 Et ses parents allaient chaque année à Jérusalem, à la fête de Pâque. 42 Et quand il fut âgé de douze ans, comme ils y montaient selon la coutume de la fête,

D’après la loi (Exode 23.17 ; Exode 34.23 ; Deutéronome 16.16), tous les Israélites hommes devaient se rendre chaque année à Jérusalem pour y célébrer les trois grandes fêtes de Pâque, de Pentecôte et des Tabernacles.

La loi ne prescrivait rien aux femmes, mais elles s’y rendaient fréquemment, quand leur piété leur en inspirait le désir ; ce fut le cas pour Marie. Quant aux jeunes gens, les préceptes rabbiniques ordonnaient qu’ils fussent conduits au temple un ou deux ans avant l’âge de treize ans, à partir duquel ils étaient tenus de remplir toutes les obligations légales et devenaient les fils de la loi.

43 et après qu’ils eurent accompli les jours, comme ils s’en retournaient, l’enfant Jésus demeura dans Jérusalem, et ses parents ne s’en aperçurent point ;

Les jours, peuvent être les sept jours prescrits par la loi pour la durée de la fête ou les quelques jours qu’ils s’étaient proposé de passer a Jérusalem, car la présence a la fête n’était obligatoire que les deux premiers jours (Exode 12.15 ; Lévitique 23.6 ; Deutéronome 16.3).

44 mais pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin, et ils le cherchaient parmi leurs parents et leurs connaissances ; 45 et ne l’ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem le cherchant.

Une journée de chemin.

Ce fut le soir, sans doute, remarque M. Godet, au moment où chaque famille se réunissait pour la nuit, que Marie et Joseph s’aperçurent de l’absence de l’enfant.

D’autres, insistant sur l’imparfait : ils le cherchaient, pensent qu’ils le cherchèrent déjà tout en faisant cette journée de marche.

Au premier abord, on a de la peine à comprendre que Jésus soit reste seul a Jérusalem, et que ses parents aient quitté la ville sans s’inquiéter de son absence. Aussi une certaine critique s’est-elle empressée d’accuser l’enfant d’un manque d’égards envers ses parents et ceux-ci de négligence. Quant à ces derniers, l’expression de Luc : pensant qu’il était dans la (grec) compagnie de route, indique une circonstance qui peut mettre en quelque mesure leur responsabilité à couvert.

En effet, les caravanes de pèlerins se composaient de parents et d’amis (verset 44) parmi lesquels un enfant de douze ans pouvait être en parfaite sécurité.

Pour ce qui est de Jésus, nous touchons à un moment de sa vie qui déjà l’élève au-dessus des conditions ordinaires. D’une part, Luc a soin de signaler la soumission de l’enfant a sa famille (verset 51) ; d’autre part, la parole de Jésus qu’il va rapporter (verset 49) explique pleinement ses motifs.

Pour lui, les jours de la belle fête de Pâque, qu’il a célébrée pour la première fois, et dont il pénétrait déjà la signification religieuse, avaient laissé dans son cœur des impressions profondes, auxquelles il se livre avec bonheur et sans arrière-pensée.

Le sentiment croissant de son rapport tout spécial avec Dieu l’élève en ce moment au-dessus des relations purement humaines. C’est ce qu’il déclarera expressément plus tard (Marc 3.32 et suivants ; Jean 2.4).

46 Et il arriva, qu’après trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, et les écoutant et les interrogeant.

Par ces trois jours il faut entendre la première journée de chemin qu’ils avaient faite, une seconde pour retourner à Jérusalem et la troisième, celle où ils le trouvèrent.

Dans le temple, ou le lieu sacré, c’est-à-dire dans quelque salle dépendante de l’édifice, ou même sur la terrasse. Les membres des sanhédrins s’y réunissaient le jour du sabbat et à l’époque des fêtes et enseignaient.

L’expression : assis au milieu des docteurs, ne signifie point que Jésus occupas un siège au même rang qu’eux ; mais que, dans le cercle qu’ils formaient, il s’était placé parmi les auditeurs. Dans ces instructions religieuses les docteurs adressaient aux assistants des questions et répondaient aux leurs. De là ces expressions choisies à dessein, et qu’il faut bien remarquer : les écoutant et les interrogeant, ou leur adressant des questions dans le désir de s’instruire.

Luc n’a nullement l’intention d’ériger l’enfant Jésus en petit docteur, comme le font les évangiles apocryphes.

47 Et tous ceux qui l’entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses.

Grec : ils étaient hors d’eux-mêmes.

Son intelligence des vérités religieuses paraissait, soit dans les questions qu’il faisait, soit dans ses réponses à celles qu’on lui adressait. Ainsi se vérifiait la parole de l’évangéliste (verset 40).

Comparer sur l’éducation de Jésus et spécialement sur cette première visite à Jérusalem, Edersheim, La société juive, trad. par G. Roux, ch. VII

48 Et en le voyant, ses parents furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu ainsi agi envers nous ? Voici, ton père et moi nous te cherchions avec angoisse.

L’étonnement des parents vient de ce qu’ils ne s’étaient point attendus à le trouver dans un tel lieu et engagé dans de tels entretiens. Jamais encore Jésus ne s’était ainsi produit publiquement.

Il y a dans les paroles de Marie un ton de reproche qui vient, sans doute, de l’inquiétude qu’elle avait éprouvée et qu’elle exprime vivement. Certains critiques prétendent que Luc, en nous montrant Marie inquiète, oublie les révélations qu’elle avait reçues.

Marie savait que son enfant était le Fils de Dieu, pouvait-elle dès lors éprouver de l’angoisse à son sujet ?

M. Godet répond :

La critique raisonne comme si le cœur de l’homme et de la mère fonctionnait à la façon d’un syllogisme.
49 Et il leur dit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ?

Grec : Qu’est-ce que cela que vous me cherchiez ? Quelle en est l’importance, en comparaison de ce que j’avais à faire ?

Sans cette version littérale, la question ne se comprend pas, car il est bien clair que le devoir de ses parents était de le chercher. La même tournure se retrouve dans Marc 2.16 ; Actes 5.9, en grec, et elle a partout le même sens. La question de Jésus est du reste expliquée par les paroles qu’il ajoute (comparer verset 45, note).

Grec : Dans les choses de mon Père.

Un grand nombre d’anciennes versions et de Pères, et plusieurs commentateurs modernes traduisent : dans les demeures (la maison) de mon Père.

M. Godet réunit les deux sens : là où on s’occupe des affaires de Dieu. Il est plus naturel de choisir et d’adopter la première traduction, qui conserve le caractère indéterminé de l’expression grecque.

Ainsi, Jésus avait alors déjà conscience de son origine divine. Il nomme Dieu son Père (il ne dit pas, il ne dira jamais notre Père), sentant que ce nom peut seul exprimer la réalité et l’intimité de son rapport avec Dieu. Il en est si rempli, qu’il lui parait naturel d’oublier tout le reste pour être aux choses de son Père ; c’est là pour lui une nécessité morale : Il faut ; ne le saviez-vous pas ?

Dans cette première parole de Jésus qui nous soit parvenue, tout est vérité, vie, amour ; il ne faut point y chercher de dogmatique.

50 Et eux ne comprirent point la parole qu’il leur avait dite.

Cette observation encore a donné prise à la critique.

Si les récits de Luc (Luc 1.32) sont vrais, a-t-on dit, comment Marie ne comprend-elle pas que son fils doit être consacré tout entier aux affaires de son Père ? C’est méconnaître la situation dans laquelle se trouvait Marie après ces douze années pendant lesquelles son fils s’était développé d’une manière insensible.

Tous les parents ne sont-ils pas surpris quand un jour ils découvrent que leurs enfants ont cessé d’être des enfants ? Les parents de Jésus, tout prévenus qu’ils étaient, durent éprouver cette surprise avec une force redoublée.

Malgré la sagesse dont il était rempli, Jésus n’avait encore jamais exprimé d’une manière aussi claire son rapport spécial avec Dieu ; la parole qu’il vient de prononcer est donc pour Marie une révélation nouvelle qui ne pénétrera que par degrés dans son intelligence (comparer verset 23, note). Il était même nécessaire qu’il en fût ainsi, pour que Marie pût conserver à l’égard de Jésus sa position de mère (verset 51).

Quelques interprètes ont vu dans cette parole : mon Père, une allusion et une opposition à celle que Marie venait de prononcer : ton père et moi. Rien de plus improbable qu’une telle pensée qui, même indirectement et discrètement exprimée, serait tout à fait déplacée dans ces circonstances.

51 Et il descendit avec eux et vint à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur.

Voir, sur ce retour à Nazareth, verset 39, note.

Par ce seul mot : il leur était soumis, Luc décrit toute l’adolescence de Jésus dans ses rapports avec sa famille. La forme du verbe grec exprime la continuité ou la permanence de cette soumission.

La conscience qu’il avait de son rapport unique avec son Père (verset 49), loin d’être en opposition avec cette humble obéissance, en était bien plutôt la source. Jésus fut ainsi le modèle de l’enfance, comme il est resté, pour tous les âges, le type accompli d’une vie humaine sans péché et se développant dans le bien absolu.

Voir verset 19, note. Le verbe employé ici signifie proprement conserver au travers des circonstances qui pouvaient les faire oublier.

Cette observation relative à Marie, ainsi que plusieurs autres traits de ces premiers récits qui sont des révélations de son expérience la plus intime, ne peuvent avoir été connus que par elle-même. On a donc pu supposer, avec toute vraisemblance, qu’elle avait consigné ces précieux souvenirs dans quelque document de famille, d’ou Luc a tiré les matériaux de ses deux premiers chapitres.

52 Et Jésus faisait des progrès en sagesse et en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

Comparer verset 40, note.

Quand il s’agit du petit enfant, Luc dit « qu’il grandissait et se fortifiait » ; ici, l’adolescent fait des progrès, avance dans son développement physique et spirituel. Luc met la sagesse avant la stature, parce que c’était là le plus important à ses yeux, et peut-être aussi pour marquer le développement des rapports intimes avec Dieu, que Jésus venait de révéler (verset 49), et qui étaient la source de toute sa sagesse.

Enfin Luc ajoute qu’il faisait des progrès, non seulement dans la faveur et l’amour de Dieu, mais qu’il inspirait aux hommes ce même sentiment.

Tandis que Jean-Baptiste grandissait dans la solitude du désert, Jésus, destiné à une tout autre tâche, se développait sous le regard satisfait de Dieu et en contact avec les hommes que charmaient ses aimables qualités ; comparez Luc 7.33-34. Ainsi cet être humain parfaitement normal était un commencement de réconciliation entre le ciel et la terre.