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Luc 17
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Plan du commentaire biblique de Luc 17

Les scandales

Il est impossible qu’ils ne se produisent. Malheur à qui en est l’auteur ! Prenez garde à vous ! (1-3a)

Le pardon des offenses

Si ton frère pèche contre toi, reprends-le et pardonne-lui même des offenses réitérées (3b, 4).

La puissance de la foi

En face d’une telle obligation, les apôtres demandent à Jésus de leur augmenter la foi. Jésus répond qu’il suffit d’en avoir gros comme un grain de sénevé pour transplanter un mûrier dans la mer (5, 6).

Le non-mérite des œuvres

Jésus l’enseigne par la parabole de l’esclave que son maître n’a garde de servir, duquel il exige au contraire des services, sans lui devoir de reconnaissance. Vous de même, ajoute Jésus, quand vous aurez fait tout votre devoir, regardez-vous comme des serviteurs inutiles (7-10).

1 Or il dit à ses disciples : Il est impossible que les scandales n’arrivent ; mais malheur à celui par qui ils arrivent !
Enseignements divers
Chapitre 17

1 à 10 Les scandales. Le pardon des offenses. La foi. Les œuvres.

Il faut entendre ici, comme souvent dans Luc, ce mot de disciples au sens large ; il ne s’agit pas seulement des apôtres.

Les versets qui vont suivre (versets 1-10) ont été rattachés de diverses manières à ce qui précède, mais aucune de ces tentatives n’est satisfaisante.

Le plus naturel est de les considérer comme des fragments de discours. La plupart se retrouvent ailleurs. Ils traitent du scandale (versets 1, 2), du pardon des offenses (versets 3, 4), de la foi (versets 5, 6), du non-mérite des œuvres (versets 7-10).

Comparer Matthieu 18.7, note. Il est impossible, ou il est inadmissible qu’il n’arrive des scandales, c’est-à-dire des occasions de chute et de péché.

Matthieu emploie un terme encore plus fort. Il y a nécessité à ce qu’ils arrivent. Triste nécessité, fondée sur la corruption du monde, les mauvais exemples, et les tentations qui en résultent.

Mais rien de tout cela n’excuse celui qui donne du scandale : Malheur à lui ! s’écrie le Sauveur.

2 Il vaudrait mieux pour lui qu’une pierre de moulin fût attachée autour de son cou et qu’il fût jeté dans la mer, que de scandaliser un de ces petits.

Voir Matthieu 18.6, note, et Marc 9.42.

Le texte reçu porte ici, comme dans Matthieu, une meule à âne, c’est-à-dire la meule d’un moulin mise en mouvement par un âne.

C’est là une simple correction d’après le premier évangile.

Il faut lire dans Luc, avec Codex Sinaiticus, B, D, et l’Itala : une pierre de moulin.

Sur ce qu’il faut entendre par un de ces petits, voir Matthieu 18.5, note.

3 Prenez garde à vous-mêmes ! Si ton frère pèche, reprends-le ; et s’il se repent, pardonne-lui.

Cette exhortation à la vigilance appartient évidemment à ce qui précède : Puisque le scandale est inévitable dans le monde, vous, mes disciples, prenez garde d’y donner lieu !

Mais peut-être cette parole a-t-elle aussi, dans la pensée de Luc, un rapport avec ce qui suit ; car nulle part nos relations ne sont plus difficiles qu’avec ceux qui pèchent et qui nous offensent.

Comparer Matthieu 18.15, note.

Le texte reçu avec D et la plupart des majuscules porte : pèche contre toi.

Si l’on retranche ces mots, avec Codex Sinaiticus, A, B, l’Itala, on pourrait penser qu’il s’agit d’abord d’un péché qui ne nous concerne point personnellement, et que pourtant nous devons reprendre dans notre frère avec fidélité et charité.

Cependant, l’ordre de lui pardonner, s’il se repent, semble indiquer qu’ici déjà, comme au verset suivant, le Seigneur a en vue une offense personnelle.

4 Et si sept fois le jour il a péché contre toi, et que sept fois il revienne vers toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras.

Ce développement de la pensée appartient à Luc seul. Le devoir du pardon des offenses, qui est un acte de la vraie charité, n’a pas de limites, parce que la charité n’en a point (comparer Matthieu 18.22, note).

Il ne faut pas s’arrêter à cette supposition hyperbolique d’un homme assez dénué de caractère moral pour offenser un autre homme sept fois le jour, et en demander le pardon (le texte reçu, avec A, des majuscules et des versions ajoute même : « et que sept fois le jour il revienne »).

Il faut simplement retenir cette vérité, que la charité pardonne toujours.

5 Et les apôtres dirent au Seigneur : Augmente-nous la foi.

Les apôtres, ainsi désignés pour les distinguer des disciples (verset 1), ont pris au sérieux le devoir que Jésus vient de prescrire ; mais ce devoir leur parait impossible à remplir.

De là leur prière : Augmente-nous la foi (grec ajoute-nous de la foi.) Ils sont donc assez éclairés pour sentir qu’une foi plus puissante que la leur, une foi qui change le cœur et qui soit opérante par la charité (Galates 5.6), les rendra seule capables de pardonner, de pardonner toujours.

6 Mais le Seigneur dit : Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi et te plante dans la mer ; et il vous obéirait.

Vous feriez ce qui semble absolument impossible ; car la foi s’empare de la puissance même de Dieu. Et même le moindre degré de cette vraie foi (si vous l’avez, selon Codex Sinaiticus, A, B, majuscules, et non l’aviez) vous donnerait ce pouvoir.

Jésus paraît supposer que les disciples ont assez de foi, qu’ils doivent seulement la mettre en œuvre ; peu importe que leur foi soit grande ou petite ; fût-elle comme un grain de sénevé, ils n’ont qu’à se servir d’elle et ils accompliront des prodiges.

Deux fois cette déclaration de Jésus sur la puissance de la foi est répétée dans Matthieu (Matthieu 17.20 ; Matthieu 21.21), mais avec la comparaison d’une montagne transportée dans la mer, au lieu d’un mûrier.

7 Or, qui de vous ayant un esclave qui laboure ou paît les troupeaux, lui dira quand il revient des champs : Approche vite et te mets à table ? 8 Ne lui dira-t-il pas plutôt : Prépare-moi à souper et ceins-toi, et me sers, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; et après cela, tu mangeras et boiras ? 9 A-t-il de la reconnaissance envers cet esclave, parce qu’il a fait ce qui était commandé ? Je ne le pense pas.

Il ne faut chercher aucune connexion entre ces versets et ceux qui précèdent. Luc seul a conservé cette instruction importante. Jésus démontre, par une comparaison tirée de la société d’alors, que jamais l’homme ne peut avoir de mérite devant Dieu (verset 10).

Un esclave, dont tout le temps appartient à son maître, ne fait que ce qu’il est obligé de faire, quand, après avoir travaillé tout le jour, il sert encore à table le soir. Son maître ne lui en a point de reconnaissance particulière, tout cela lui était commandé.

Les derniers mots : Je ne le pense pas, manquent dans Sin, B. etc. Tischendorf les omet, avec plusieurs critiques.

En tout cas, la pensée reste la même, car la question qui précède suppose une réponse négative.

10 Vous aussi, de même, quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles : nous avons fait ce que nous étions obligés de faire.

Cette conclusion, qui applique la parabole aux rapports de l’homme avec Dieu, est d’une vérité incontestable.

Car, d’abord, aucun homme pécheur n’a fait tout ce qui lui était commandé par la loi, qui n’exige rien de moins que la perfection de l’obéissance. Mais l’eût-il fait, il aurait simplement accompli une obligation sacrée et n’aurait aucun mérite à faire valoir devant Dieu.

Un ange même ne saurait prétendre à un droit devant Dieu, à qui il doit ses services les plus parfaits. Il est lui-même un serviteur inutile, dans ce sens que Dieu n’a pas besoin de son obéissance.

Cette idée est renfermée dans le mot grec que nous traduisons par inutile, et qui signifie littéralement une personne ou une chose dont il ne revient aucun avantage, aucun profit. Ce mot se retrouve, dans un sens plus absolu encore, Matthieu 25.30.

Tout cela est vrai au point de vue du droit, et cette instruction de Jésus met à néant la propre justice, la prétention de l’homme à mériter quoi que ce soit devant Dieu ; elle ne lui laisse d’autre moyen de salut que la grâce.

Mais il y a une sphère supérieure à celle du droit, celle de l’amour ; dans celle-ci s’accomplit par l’homme un travail d’une autre nature, celui qui a le caractère du joyeux et filial dévouement ; et aussitôt se produit une appréciation divine fondée sur un autre principe, le cas infini que l’amour fait de l’amour. Jésus a formulé cet autre point de vue (Luc 12.36-37).
— Godet
11 Et il arriva, comme il était en route pour Jérusalem, que lui-même passait entre la Samarie et la Galilée.
Plan
La rencontre

Comme Jésus poursuit sa route vers Jérusalem et passe entre la Samarie et la Galilée, dix lépreux le rencontrent, et, de loin, implorent sa pitié (11-13).

La guérison

Dès qu’il les voit, Jésus leur ordonne d’aller se montrer aux sacrificateurs. En y allant, ils sont guéris (14).

Le Samaritain reconnaissant

L’un d’eux revient glorifiant Dieu ; et se jetant aux pieds de Jésus, il lui rend grâces. C’était un Samaritain. Sa conduite inspire à Jésus cette réflexion attristée : Les dix n’ont-ils pas été guéris ? Ne s’est-il trouvé aucun des neuf autres qui soit revenu, comme cet étranger, pour donner gloire à Dieu ? Puis il dit au lépreux : Va, ta foi t’a sauvé (15-19).

Scènes et instructions des derniers temps du voyage
Les dix lépreux

11 à 19 Les dix lépreux

Luc donne ici une nouvelle indication de ce long voyage de Jésus vers Jérusalem, interrompu et retardé par diverses excursions et de nombreux travaux (Luc 9.51, note).

Dans ce moment il passait (grec traversait) entre la Samarie et la Galilée, en se dirigeant de l’ouest à l’est vers le Jourdain et la Pérée. Il ne suit point, pour se rendre à Jérusalem, l’une des deux routes ordinaires, par la Pérée ou par la Samarie.

C’est ce que Luc indique par ce mot qui se trouve déjà à Luc 9.51 : lui-même, lui de son côté.

Cette mention de la Samarie, tout en indiquant le chemin que suivait Jésus, prépare le lecteur à trouver un Samaritain (verset 16) parmi les lépreux que Jésus va guérir.

12 Et comme il entrait dans un bourg, dix hommes lépreux vinrent à sa rencontre et s’arrêtèrent à distance ; 13 et ils élevèrent la voix, disant : Jésus, Maître, aie pitié de nous !

Ces malheureux lépreux, exclus par la loi de toute communication avec la société (Lévitique 13.46 ; comparez Matthieu 8.2, note), s’étaient réunis, afin de se rendre mutuellement les soins que tout le monde leur refusait.

C’est à cause de la même interdiction (Lévitique 13.46) qu’ils s’arrêtèrent à distance et durent ainsi élever la voix pour implorer la pitié de Jésus.

14 Et les ayant vus, il leur dit : Allez, montrez-vous aux sacrificateurs. Et il arriva que, comme ils s’en allaient, ils furent purifiés.

Les sacrificateurs avaient seuls le droit de constater la guérison d’un lépreux et de le réintégrer dans ses privilèges d’Israélite (Lévitique 13.2 ; Lévitique 14.3 ; Matthieu 8.4, note).

Jésus n’estime pas que la guérison miraculeuse dont ils sont l’objet dispense ces lépreux d’observer la loi ; et, en même temps, comme ils devaient aller en se confiant en sa seule parole, c’était pour eux un exercice de foi (verset 19)

Ils furent guéris comme ils s’en allaient, dans l’acte même de leur obéissance à la parole de Jésus. Et cette guérison fut si complète, qu’ils ne purent pas en avoir le moindre doute (verset 15).

15 Mais l’un d’entre eux, voyant qu’il était guéri, revint, glorifiant Dieu à haute voix ; 16 et il se jeta sur sa face, aux pieds de Jésus, lui rendant grâces. Or c’était un Samaritain.

Voir, sur les Samaritains, Matthieu 10.5-6, note.

Cet homme qui possède moins de lumières que ses compagnons israélites, les surpasse de beaucoup par son ardente reconnaissance pour un bienfait si inespéré.

Il en fait remonter la gloire jusqu’à Dieu (verset 15), mais il n’oublie pas celui qui le lui a immédiatement conféré ; il lui en rend grâces avec une profonde humilité.

17 Et Jésus, prenant la parole, dit : Les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Mais les neuf, où sont-ils ? 18 Ne s’est-il trouvé que cet étranger qui soit revenu pour donner gloire à Dieu ?

Grec : Mais les neuf où (sont-ils) ? Ils ne se sont point trouvés retournant pour donner gloire à Dieu, si ce n’est cet étranger !

Jésus prononce ces paroles avec la tristesse que lui inspire l’ingratitude des enfants de son peuple. « Les premiers seront les derniers ». Jésus fait ressortir ailleurs le même contraste entre des Juifs et un Samaritain (Luc 10.31-33).

19 Et il lui dit : Lève-toi, va ; ta foi t’a sauvé.

Ta foi t’a sauvé, et non guéri, comme traduisent ici et ailleurs nos anciennes versions.

La foi de cet homme, puis sa vive reconnaissance envers Dieu et envers le Sauveur, furent certainement le point de départ d’un développement tout nouveau dans sa vie religieuse, le dernier terme fut le salut le son âme. De là cette expression que Jésus emploie à dessein.

20 Les pharisiens lui ayant demandé quand le royaume de Dieu viendrait, il leur répondit et dit : Le royaume de Dieu ne vient point de manière à être observé ;
Plan
La question des pharisiens

Ils interrogent Jésus sur l’époque de la venue du royaume de Dieu. Il leur répond que ce royaume ne viendra pas avec éclat, car il est au milieu d’eux (20, 21).

L’enseignement aux disciples

a) L’apparition du fils de l’homme. Les disciples auront le désir ardent de cette apparition et devront se garder des fausses nouvelles qu’on en donnera. Cette apparition sera comme l’éclair qui traverse le ciel. Mais auparavant le fils de l’homme doit souffrir et être rejeté (22-25).

b) Les temps qui précéderont le retour du Seigneur. Ils seront semblables aux temps qui précédèrent le déluge et la destruction de Sodome (26-30).

c) La condition du salut en ce jour-là. Ne pas redescendre du toit dans la maison, ni revenir des champs. Se souvenir de la femme de Lot. Qui voudra sauver sa vie la perdra, qui la perdra la conservera (31-33).

d) Le triage opéré. Dans cette nuit, de deux personnes dans un même lit, l’une sera sauvée et l’autre perdue. Où sera-ce ? demandent les disciples. Jésus répond : où sera le corps, là s’assembleront les aigles (34-37).

L’avènement du fils de l’homme

20 à 37 La question des pharisiens et l’enseignement aux disciples.

Luc rapporte cette question des pharisiens sans indiquer les circonstances qui purent y donner lieu, ni les motifs qui la leur inspirèrent. À ce dernier égard, on ne peut guère supposer qu’ils voulussent simplement s’instruire auprès de Jésus sur ce sujet important. Comme à l’ordinaire, ils pensaient plutôt à l’éprouver, à le mettre dans l’embarras, ou à lui faire dire quelque hérésie dont ils pourraient profiter contre lui.

On sait d’ailleurs que les pharisiens se faisaient du royaume de Dieu et de la venue du Messie qui l’établirait des idées tout extérieures, politiques et terrestres. Ils attendaient le rétablissement glorieux du royaume d’Israël, délivré de tout pouvoir étranger. De là la réponse de Jésus sur la vraie nature de son règne.

21 et l’on ne dira point : Voici, il est ici, ou voici, il est là ; car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous.

Voir, sur le terme royaume de Dieu, Matthieu 3.2, note.

La venue du royaume de Dieu n’est point un événement qui se produit avec éclat, de manière à attirer les regards, à pouvoir être observé des yeux de la chair (grec avec observation).

Et pour rendre sa pensée plus claire et plus pittoresque, Jésus ajoute qu’on ne dira point : (grec) voici, ici ! ou voici, là !

C’est un royaume spirituel et intérieur. Sans doute, les hommes éclairés par l’Esprit de Dieu peuvent reconnaître sa présence à des signes certains, et même il apparaîtra un jour avec un éclat et une gloire que nul ne pourra ignorer (verset 24). Mais Jésus parle ici de son établissement actuel et progressif.

Aussi faut-il bien se garder de traduire avec nos anciennes versions : « Le royaume de Dieu ne viendra point avec apparence ».

Le mot grec que nous traduisons par au milieu de vous, peut signifier aussi au dedans de vous, et beaucoup d’excellents interprètes l’entendent ainsi.

Ce royaume spirituel s’établit en effet dans les âmes, et là où il n’est pas dans l’intérieur, il n’existe pas du tout (comparer Jean 3.1-10 ; Romains 14.17 ; 1 Corinthiens 4.20 ; Colossiens 1.13).

Cependant, la traduction : au milieu de vous s’impose par la raison que, Jésus parlant à des pharisiens encore aveuglés par leurs préjugés et leur inimitié, ne pouvait leur dire que le royaume de Dieu était au dedans d’eux. Ils demandaient quand viendrait ce royaume extérieur qu’ils attendaient.

En réponse à cette question, le Sauveur affirme que le vrai royaume de Dieu est déjà au milieu d’eux, par la présence, la prédication et l’action de Jésus et de ses disciples. Si ses auditeurs n’avaient pas persiste dans leur aveuglement, ils l’auraient reconnu.

La même pensée se retrouve ailleurs : Jean 1.26 ; Matthieu 12.28.

22 Mais il dit aux disciples : Des jours viendront où vous désirerez de voir un des jours du fils de l’homme, et vous ne le verrez point.

Il faut remarquer ce mais, qui établit une sorte d’opposition entre la réponse aux pharisiens et le discours adressé aux disciples : « Le royaume de Dieu est déjà présent au milieu de vous dans ses humbles commencements, inaperçu du monde ; mais le jour vient où il apparaîtra avec éclat aux yeux de tous » (verset 24).

Matthieu (Matthieu 24) et Luc (Luc 21) ont conservé, l’un et l’autre, un grand discours prophétique de Jésus sur la ruine de Jérusalem et sur son retour pour le jugement du monde.

Notre évangéliste reproduit ici un discours analogue, où il n’est pas question de la ruine de Jérusalem, mais exclusivement de la seconde venu du Sauveur.

Cet enseignement est parfaitement motivé dans notre chapitre par la question des pharisiens et par la réponse de Jésus (versets 20, 21). Jésus devait désirer compléter celle-ci pour les disciples, en élevant leurs regards vers le terme à la fois glorieux et redoutable de son règne.

Pourquoi donc ne pas admettre, avec Meyer et quelques autres commentateurs, que Jésus a donné alors déjà ces instructions aux disciples, et en a répété quelques-unes dans son grand discours final ? La haute importance de ces prédictions en expliquerait la répétition.

Ces jours qui viendront, ce sont le temps où les disciples, au sein de leurs travaux, de leurs souffrances et de leurs luttes contre le monde, regretteront la présence de cet ami puissant et plein d’amour, qui les soutenait durant sa vie, et soupireront après le jour de son apparition, qui sera celui de leur délivrance.

Mais, tant que durera pour eux l’épreuve, ils ne le verront point ; ils devront se résigner à son absence et se contenter de leur communion spirituelle et invisible avec lui.

Ces paroles sont en pleine harmonie avec ce que Jésus vient de dire sur la nature actuelle de son règne (verset 21).

23 Et on vous dira : Voici, il est ici ; voici, il est là ! N’y allez point, et ne courez pas après. 24 Car, comme l’éclair qui brille à une extrémité du ciel, resplendit jusqu’à l’autre extrémité du ciel, ainsi sera le fils de l’homme en son jour.

Voir, sur ces deux versets, Matthieu 24.26-27, notes.

Là, cette même pensée est plus développée ; on voit que ceux qui diront : Il est ici, il est là, seront de faux prophètes et même de faux Christs.

L’avènement du Christ sera visible partout à la fois, comme l’éclair qui resplendit d’une extrémité à l’autre de l’horizon ; il ne sera pas nécessaire de courir ici ou pour le voir.

25 Mais il faut auparavant qu’il souffre beaucoup et qu’il soit rejeté par cette génération.

Comparer Luc 9.22 ; Matthieu 16.21.

Ce jour de sa gloire doit être précédé, pour le Sauveur comme pour ses disciples, par les jours de la souffrance, tandis que le monde profane poursuivra son train de vie au sein de ses jouissances matérielles et de ses intérêts terrestres (versets 26 à 30).

La génération qui rejettera son Sauveur, ce sont les Juifs, ses contemporains.

26 Et comme il arriva aux jours de Noé, il en sera de même aux jours du fils de l’homme : 27 on mangeait, on buvait, on se mariait, et on donnait en mariage, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche : et le déluge vint, et les fit tous périr.

Voir Matthieu 24.37-39, note.

Quelques différences dans les termes, entre les deux évangélistes, sont sans importance pour la pensée.

28 De même aussi, comme il arriva aux jours de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ; 29 mais le jour où Lot sortit de Sodome, il tomba du ciel une pluie de feu et de soufre, qui les fit tous périr ; 30 il en sera de même au jour où le fils de l’homme sera révélé.

Genèse 19. Ce second exemple des jugements de Dieu, fondant à l’improviste sur un monde profane, a été conservé par Luc seul. Jésus en tire encore le sérieux avertissement du verset 32. On voit qu’il croyait à la réalité de l’histoire biblique et l’envisageait avec une grande hauteur de vues.

Le terme : sera révélé, suppose que jusqu’alors le Sauveur est caché, voilé (Colossiens 3.3). Sa venue sera sa révélation aux yeux du monde entier (1 Corinthiens 1.7 ; 2 Thessaloniciens 1.7 ; 1 Pierre 1.7).

31 En ce jour-là que celui qui sera sur le toit, et qui aura ses effets dans la maison ne descende pas pour les emporter ; et que celui qui sera aux champs de même, ne retourne point en arrière.

Voir, sur ces paroles, Matthieu 24.17-18, notes.

Il faut remarquer que, dans le premier évangile, ces conseils se rapportent à la ruine de Jérusalem et à la précipitation avec laquelle les disciples devront fuir devant ces calamités.

Luc, qui parle ici de l’avènement du Seigneur, les entend dans un sens différent, mais également vrai : alors les disciples devront être détachés de tout, tout abandonner pour s’en aller au-devant du Seigneur (verset 33).

32 Souvenez-vous de la femme de Lot !

Par ce souvenir historique, Jésus confirme l’exhortation qui précède. La femme de Lot, en fuyant Sodome, regarda en arrière (Genèse 19.26), parce qu’elle n’avait pas renoncé de tout son cœur aux biens qu’elle laissait dans cette ville, et elle en porta la peine. Que sera-ce à la venue du Seigneur !

33 Quiconque cherchera à sauver sa vie, la perdra ; et quiconque la perdra, la conservera.

Comparer Luc 9.24 ; Matthieu 10.39, note.

Jésus fit souvent entendre cette parole ; mais nulle part elle n’a une signification plus pénétrante que dans cette prophétie de son apparition.

Au lieu de sauver sa vie, B et un autre majuscules portent acquérir sa vie. Ce terme, qui ne se trouve qu’ici, est probablement authentique.

Le dernier mot de la sentence peut se traduire (grec) : la conservera en vie ou l’engendrera, l’enfantera à la vie.

Si l’on admettait cette dernière interprétation, Jésus affirmerait que, par le renoncement absolu à sa vie propre et par le secours du Saint-Esprit qui renouvelle tout son être, l’homme entre en possession d’une vie spirituelle et impérissable. Ce sens profond est admissible (comparer 1 Timothée 6.13).

Toutefois Luc, dans un autre passage (Actes 7.19) emploie ce même verbe pour dire : être conservé en vie, et en ce sens le mot est plus directement l’opposé de : il la perdra.

34 Je vous dis qu’en cette nuit-là, deux seront sur un même lit, l’un sera pris et l’autre laissé.

Cette nuit-là, la nuit, à l’heure des ténèbres et de la plus grande sécurité (Luc 12.38 ; Luc 12.40 ; Matthieu 25.6).

Ce moment solennel de la décision est aussi celui de la séparation, selon les dispositions intérieures de l’âme à l’égard du Sauveur. Alors les rapports les plus intimes de la vie terrestre seront brisés, c’est ce qu’indique ce premier exemple, que Luc seul a conservé.

Être pris, signifie être reçu, accepté par le Seigneur (Jean 14.3), tandis que être laissé veut dire être abandonné de lui.

35 Deux femmes moudront ensemble, l’une sera prise et l’autre laissée.

Ce second exemple se retrouve dans Matthieu 24.41 (voir la note).

Le texte reçu en ajoute un troisième (verset 36), ainsi conçu : « Deux seront au champ, l’un sera pris et l’autre laissé ». Ce verset n’est pas authentique dans le texte de Luc ; il a été copié de Matthieu (Matthieu 24.40). Il manque dans la plupart des majuscules

36 [Deux seront au champ, l’un sera pris et l’autre laissé.] 37 Et répondant, ils lui disent : Où, Seigneur ? Mais il leur dit : Là où est le corps, là aussi s’assembleront les aigles.

Ce sont les disciples qui, vivement frappés de ce discours, prennent la parole et demandent à Jésus : «  aura lieu cette redoutable séparation que tu annonces ? »

Sa réponse signifie que ce sera partout où il y aura des âmes mûres pour le jugement définitif.

Quant à l’image par laquelle Jésus illustre cette réponse, voir Matthieu 24.28, note. Quelques majuscules portent : le cadavre ; cette leçon est tirée de Matthieu.