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Luc 14
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Luc 14

Guérison d’un hydropique

Jésus accepte une invitation un jour de sabbat chez un pharisien. Il y est observé par les convives. Entré dans la maison, il aperçoit un hydropique. Il demande aux assistants s’il est permis de le guérir. Ils se taisent. Jésus guérit et congédie le malade ; puis il se justifie en alléguant la pratique de ses adversaires qui, malgré le sabbat, retirent du puits leur fils ou leur bœuf (1-6).

Une leçon d’humilité

Remarquant que les invités recherchent les premières places, il combat ces dispositions orgueilleuses en leur montrant dans une parabole l’intérêt qu’ils ont à se mettre à la dernière place pour être honorés quand le maître de la maison les invitera à monter plus haut (7-11).

Une leçon de bienfaisance

Jésus engage son hôte à ne pas inviter ses égaux, mais ceux qui ne peuvent le lui rendre ; il recevra la pareille à la résurrection des justes (12-14).

La parabole du souper
  1. Les premiers invités. Un convive célèbre le bonheur de ceux qui auront part au banquet dans le royaume de Dieu. Jésus répond par un avertissement sous forme de parabole : Un homme donne un grand souper. Il fait dire par son serviteur aux nombreux invités que le repas est prêt (15-17).
  2. Leurs excuses : le premier allègue son champ, le second ses bœufs ; le troisième répond qu’il vient de se marier (18-20).
  3. Les seconds invités. Le serviteur fait rapport à son maître. Celui-ci, irrité, lui ordonne d’aller sur les places et dans les rues de la ville chercher les malheureux sans asile. Le serviteur répond qu’il l’a fait, et que la salle n’est pas encore pleine. Le maître l’envoie au dehors, dans les chemins, le long des haies, et lui dit de presser les gens d’entrer, car, déclare-t-il, aucun des premiers invités ne goûtera du souper (21-24).
1 Et il arriva, comme il entrait, un jour du sabbat, dans la maison d’un des chefs des pharisiens pour y prendre un repas, qu’ils étaient là, l’observant.
Chapitre 14

1 à 24 Repas chez un pharisien. Parabole du souper.

Grec : manger du pain, hébraïsme qui signifie prendre un repas.

Le pharisien qui l’avait invité avec beaucoup d’autres convives (verset 7) est désigné comme l’un des chefs de ce parti, à la fois politique et religieux (Matthieu 3.7, note), d’où l’on a conclu qu’il devait être membre du sanhédrin.

Cela ne ressort pas nécessairement du terme de l’original ; il pouvait être simplement l’un des plus influents du parti.

Jésus, selon sa coutume (Luc 7.36 ; Luc 11.37 et ailleurs), accepte cette invitation, même en un jour de sabbat.

L’hostilité décidée que manifestaient alors les pharisiens contre Jésus donne à cette acceptation un caractère tout particulier de support et de charité.

Ils étaient là, l’observant ; c’est-à-dire que d’autres pharisiens, également invités (verset 7), épiaient le Sauveur, de même que le faisait le maître de la maison, pour le surprendre en quelque faute contre la loi du sabbat. Peut-être même avaient-ils déjà aperçu le malade qui se trouvait là et pensaient-ils que Jésus le guérirait.

2 Et voici, un homme hydropique était devant lui.

Le mot voici indique le moment où Jésus découvre ce fait inattendu. Comment ce malheureux se trouve-t-il là devant lui ?

On a supposé que les pharisiens l’avaient fait venir à dessein, afin de tendre un piège au Sauveur. Ce n’est pas impossible, mais il n’y a rien de pareil dans le texte, et il ne faut pas rendre même des pharisiens plus mauvais qu’ils ne sont.

Comme cette scène se passe avant qu’on se fût mis à table (verset 7), on peut la placer dans quelqu’une de ces cours intérieures qui, en Orient, précèdent les appartements ; et l’on conçoit que le malade se fût timidement approché jusque-là, espérant être guéri, mais n’osant rien demander, parce que c’était le sabbat et à cause des pharisiens.

3 Et Jésus, prenant la parole, dit aux légistes et aux pharisiens : Est-il permis de guérir au jour du sabbat ou non ? Mais eux gardèrent le silence.

Grec : Et Jésus, répondant, dit.

Il répond réellement aux pensées non exprimées qu’il lit dans les regards (ils l’observaient, verset 1) et dans les cœurs de ceux qui l’entourent.

Ce ou non (est-il permis ou non ?), omis par le texte reçu, exige une réponse catégorique. La question s’adresse non seulement aux pharisiens, mais avant tout aux légistes, ou docteurs de la loi, dont la compétence était reconnue pour interpréter les dispositions de la loi.

Ils se taisent, soit parce qu’ils ont honte de trancher la question négativement, soit parce que, dans leur hostilité à l’égard de Jésus, ils ne veulent pas lui donner de réponse.

4 Et ayant pris le malade, il le guérit, et le renvoya.

Grec : L’ayant pris à lui, par la main, ou en posant la main sur lui, afin de lui témoigner sa compassion et d’entrer directement en rapport avec lui, il opéra sa guérison.

Quelquefois Jésus se contente d’un léger attouchement (Matthieu 8.3), quand il ne guérit pas par sa seule parole, ce qu’il fait le plus fréquemment.

5 Puis, répondant, il leur dit : Qui est celui d’entre vous qui, lorsque son fils ou son bœuf tombera dans un puits, ne l’en retirera aussitôt, le jour du sabbat ?

Comparer Matthieu 12.11 ; Luc 13.15, note.

Répondant, il leur dit

Comme au verset 3, Jésus répond au blâme que trahit leur attitude.

Le mot répondant est omis par B, D, version syriaque

Le texte reçu, avec Codex Sinaiticus et quelques majuscules porte : « celui d’entre vous dont l’âne ou le bœuf » ; correction, faite dans le but de conformer cet exemple à celui qui est cité Luc 13.15.

Selon le vrai texte : le fils, la question posée par Jésus est beaucoup plus incisive.

Aussi ne purent-ils rien répondre à cela (verset 6 ; comparez verset 4, note).

6 Et ils ne purent répliquer à cela. 7 Or, il disait aux invités une parabole, remarquant comment ils choisissaient les premières places à table ; il leur disait : 8 Quand tu es invité par quelqu’un à des noces, ne te mets pas à table à la première place, de peur qu’un plus honorable que toi ne soit invité par lui, 9 et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne et ne te dise : Cède la place à celui-ci ; et que tu n’aies alors la honte d’aller occuper la dernière place. 10 Mais quand tu seras invité, va te mettre à la dernière place, afin que, quand viendra celui qui t’a invité, il te dise : Ami, monte plus haut. Alors cela te fera honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi. 11 Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé.

Pour comprendre cette instruction dans sa profondeur, il faut remarquer qu’elle revêt la forme d’une parabole (verset 7).

En effet, Jésus n’a point l’intention de donner à ses convives une leçon de politesse ou de modestie. Tous les hommes recherchent la première place, parce qu’ils sont orgueilleux devant Dieu ; et jamais ils ne deviennent humbles les uns à l’égard des autres, au point que « l’un estime l’autre plus excellent que soi-même » (Philippiens 2.3), avant de s’être humiliés devant Dieu dans le sentiment d’une profonde repentance.

C’est là le commentaire que Jésus nous donne de sa parabole dans les paroles qui la terminent : s’élever devant les hommes a pour conséquence certaine d’être abaissé devant Dieu, et l’inverse (comparer Matthieu 23.12 ; Luc 18.14 ; 1 Pierre 5.5).

12 Et il disait aussi à celui qui l’avait invité : Quand tu donnes un dîner ou un souper, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’ils ne t’invitent à leur tour, et qu’on ne te rende la pareille.

Il disait aussi. Comme au verset 7, et souvent dans Marc et dans Luc, cette locution introduit une pensée nouvelle et importante, que Jésus ajoute à ses discours.

L’instruction qui va suivre, de même que celle qui précède, est empruntée aux circonstances du repas auquel il assistait. Il n’y avait là que des invités appartenant au rang et à la position sociale de l’hôte qui les recevait dans sa maison. Et, comme il arrive presque toujours dans les festins, les pauvres, les malheureux étaient oubliés.

13 Mais quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des aveugles, des boiteux ; 14 et heureux seras-tu de ce qu’ils n’ont pas de quoi te rendre la pareille ; car la pareille te sera rendue à la résurrection des justes.

Nous ne répéterons pas, après tant d’autres, qu’il ne faut pas prendre ces paroles à la lettre ; le cœur égoïste de l’homme le dira lui-même à chaque lecteur. Mais pourquoi les spiritualiser jusqu’au point qu’elles ne signifient plus rien ?

Certainement Jésus ne nous défend pas d’inviter nos proches nos amis, puisque lui-même assistait à des repas de cette nature. Mais l’ordre positif qu’il donne, pratiqué avec simplicité et avec une sympathie chrétienne pour les malheureux qu’il désigne, serait un exercice de la charité tout autre que les plus riches aumônes qui ne nous mettent point dans un rapport cordial avec ceux qui souffrent. Et, en outre, le Sauveur fait intervenir un motif moral de la plus haute importance : le désintéressement, qui n’attend pas qu’on lui rende la pareille.

Tout est fait pour Dieu, par amour pour ses enfants malheureux et en vue de la rétribution éternelle à la résurrection des justes.

De ce dernier terme on a voulu conclure que Jésus enseigne deux résurrections, celle des justes, d’abord, puis celle des injustes. Il n’y a rien de pareil dans le texte ; mais le Sauveur, comme Paul dans une multitude de passages (1 Corinthiens 15.42-44 ; 1 Corinthiens 15.53-57 ; Philippiens 3.21 ; 1 Thessaloniciens 4.13-18, etc)., voulant mettre sous les yeux des fidèles leurs espérances éternelles, ne parle que de la résurrection bienheureuse.

15 Or l’un de ceux qui étaient à table, ayant entendu ces paroles, lui dit : Heureux celui qui sera du banquet dans le royaume de Dieu !

Grec : mangera du pain, hébraïsme qui signifie participer à un repas (verset 1). La résurrection des justes, dont Jésus avait parlé (verset 14), éveille chez l’un des convives l’espérance du bonheur céleste, de ce banquet dans le royaume de Dieu qui en était le symbole (Matthieu 8.11 ; Luc 13.29).

Jésus répond à cette exclamation, inspirée peut-être par une assurance présomptueuse, en donnant à ses auditeurs un sérieux avertissement. La parabole qu’il prononce leur dépeint comment plusieurs des invités au banquet céleste n’y auront aucune part, et cela par leur faute.

16 Mais il lui dit : Un homme faisait un grand souper, et il invita beaucoup de gens ;

Voir, sur une parabole très semblable, mais non identique à celle-ci, Matthieu 22.1-14, notes.

Il est probable que Jésus décrivit plus d’une fois l’ingratitude et la révolte de son peuple par cette similitude, en en modifiant certains traits.

L’homme qui faisait un grand souper, c’est Dieu, dont la miséricorde infinie offre à l’homme, perdu dans sa misère, l’immense privilège de rentrer en communion avec lui, et de trouver auprès de lui tous les biens qui peuvent rassasier sa faim et remplir son cœur de la joie d’un banquet céleste. L’invitation à ce grand souper avait retenti fréquemment et longtemps en Israël par le ministère des prophètes.

17 et il envoya son serviteur, à l’heure du souper, dire aux invités : Venez, car c’est déjà prêt.

Son serviteur, c’est le Sauveur lui-même, envoyé dans l’accomplissement des temps pour réitérer d’une manière plus pressante et plus solennelle l’invitation.

Seul il pouvait dire : C’est déjà prêt, car lui-même avait tout préparé, tout accompli pour le salut de l’humanité perdue.

Les termes dont il se sert expriment la parfaite gratuité de ce salut. Le texte reçu porte « tout est déjà prêt ». Ce mot omis par Codex Sinaiticus, B, est probablement emprunté à Matthieu.

18 Mais ils se mirent tous unanimement à s’excuser. Le premier lui dit : J’ai acheté un champ, et il me faut nécessairement sortir pour le voir ; je te prie, tiens-moi pour excusé.

Grec : Et ils commencèrent tous d’une seule voix ou d’une seule opinion.

Ces termes font ressortir ce qu’il y avait dans une telle conduite de surprenant, d’ingrat, d’injurieux pour celui qui invitait. C’est l’inimitié du cœur de l’homme contre Dieu prise sur le fait.

19 Et un autre dit : J’ai acheté cinq couples de bœufs, et je m’en vais les éprouver ; je te prie, tiens-moi pour excusé. 20 Et un autre dit : J’ai épousé une femme, et c’est pourquoi je ne puis venir.

Les excuses diffèrent, mais l’esprit est le même (verset 18, note).

Il y a cependant une gradation : le premier se croit sous la nécessité absolue de refuser ; le second dit simplement qu’il part pour éprouver ses bœufs ; le troisième ne cherche pas même une excuse, il se sent dispensé par l’importance de ce qui le retient (son mariage), et il se contente de répondre : Je ne puis.

Tous les motifs allégués sont honnêtes, légitimes, plausibles aux yeux des hommes : ce sont les possessions, les affaires, les affections de famille. Mais comme il n’y a aucune incompatibilité entre ces choses-là et la communion avec Dieu, elles ne sont, au fond, que de vains prétextes. Le vrai obstacle est ailleurs, dans le cœur de l’homme.

21 Et le serviteur, étant de retour, rapporta ces choses à son maître. Alors le maître de la maison, en colère, dit à son serviteur : Sors promptement dans les places et les rues de la ville, et fais entrer ici les pauvres et les estropiés et les aveugles et les boiteux.

Le serviteur, de retour de sa mission, rend compte au maître des refus qu’il a essuyés.

Stier voit dans ce trait un écho des douloureuses plaintes que l’ingratitude et l’endurcissement de son peuple arrachaient au Sauveur et qu’il exhalait dans ses prières à son Père.

La colère du maître de la maison n’est que trop justifiée par la secrète inimitié de ceux qui ont méprisé son invitation. Plus l’amour de Dieu est grand, plus sa colère sera terrible.

La seconde invitation s’adresse a tous les malheureux ici désignés, qui n’ont d’autre retraite que les places et les rues de la ville.

On peut entendre ces mots à la lettre, car « l’Évangile est annoncé aux pauvres » (Luc 7.22) ; mais en supposant que leur misère extérieure les a amenés à sentir leur pauvreté morale. Ce sentiment seul les rend capables de répondre à l’invitation et d’entrer dans la salle du festin. À ce point de vue, on peut admettre que, sous les traits de ces malheureux, Jésus a voulu représenter aussi les péagers et les pécheurs qui venaient à lui pressés par le repentir (Luc 15.1).

22 Et le serviteur dit : Seigneur, ce que tu as commandé a été fait, et il y a encore de la place.
On se représente ordinairement que le serviteur, ayant reçu l’ordre de son maître (verset 21), était reparti pour faire la seconde invitation, et que c’est après son retour qu’il prononce ces paroles. Mais de quel droit suppose-t-on ce fait non exprimé dans un récit aussi circonstancié ? Non, le serviteur, repoussé par les premiers invités, a fait de lui-même ce que le maître lui commande ici, en sorte qu’il peut répondre aussitôt (grec, vrai texte) : c’est fait, ce que tu as ordonné. Ce sens s’applique admirablement à Jésus ; il a pleinement accompli ce conseil de Dieu qui lui était connu, d’annoncer l’Évangile aux pauvres.
— Meyer

Mais quelle révélation de la miséricorde infinie de Dieu, dans ces dernières paroles ajoutées par le serviteur : et il y a encore de la place ! S’il en est un plus pauvre, plus misérable encore que ces derniers invités, il peut reprendre courage et se dire : Il y a aussi de la place pour moi.

23 Et le maître dit au serviteur : Sors dans les chemins et le long des haies, et presse d’entrer, afin que ma maison soit remplie.

Le maître entre avec joie dans la pensée que le serviteur lui suggère par sa remarque : « Il y a encore de la place ».

Aussi le charge-t-il d’une troisième invitation ; ce n’est plus dans les places et les rues de la ville (Jérusalem et le peuple juif) qu’il doit la porter, mais au dehors, dans les chemins et le long des haies, à tous ces êtres errants et sans refuge qui vivent sans Dieu et sans espérance au monde.

Ici est clairement prédite et ordonnée la grande vocation des païens, qui sera commencée par les apôtres et ne cessera plus jusqu’au dernier jour, où la maison du Maître sera remplie !

Quel ardent amour de Dieu, pour les pécheurs qu’il veut sauver, s’exprime dans ce mot : et presse d’entrer (grec contrains, fais-en une nécessité absolue).

Il s’agit d’une contrainte toute morale, qui ne diminue en rien la liberté, puisque rien n’est plus libre que la foi, l’obéissance, l’amour. Cette contrainte s’exerce sur les consciences par la sainteté de la loi, sur les cœurs par la puissance de l’amour divin, sur la volonté par l’action de l’Esprit de Dieu.

Dieu ne force personne, mais il fait qu’on veut
— Gaussen

Qui aurait pu croire que jamais on chercherait dans ces paroles une légitimation de l’horrible contrainte par le fer et le feu !

24 Car je vous dis qu’aucun de ces hommes qui ont été invités ne goûtera de mon souper.

Ces dernières paroles, conclusion de la parabole (car), font encore partie de celle-ci, et sont mises dans la bouche du maître de la maison ; elles ne sont pas une déclaration de Jésus aux convives, comme on l’a prétendu, puisque lui-même apparaît dans cette histoire comme serviteur.

Elles expriment toute la sévérité de Dieu, à la fin de cette parabole destinée à révéler tout son amour.

25 Or, de grandes foules faisaient route avec lui ; et se retournant, il leur dit :
Plan
L’avertissement aux foules

De grandes foules font cortège à Jésus. U les prévient que pour être son disciple, il faut être capable de haïr les siens, et porter sa croix en le suivant (25-27).

Deux paraboles destinées à enseigner la prévoyance
  1. L’homme qui bâtit une tour. Jésus invite ceux qui se d’une tour, qui calcule la dépense, de peur de s’attirer les moqueries, s’il ne peut venir à bout de son entreprise (28-30).
  2. Le roi qui fait la guerre. Qu’ils soient prudents, comme un roi qui n’entreprend la guerre que s’il se sent de force à vaincre (31-32).
Conclusion, appuyée d’une comparaison qui montre l’importance du rôle des disciples

Celui qui ne renonce pas à tout ne peut être un disciple de Jésus. Les disciples ont un beau rôle, celui du sel, mais s’ils ne le remplissent pas, leur condition est d’autant plus misérable. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ! (33-35)

25 à 35 conditions nécessaires pour suivre Jésus

Jésus, après avoir quitté la maison du pharisien (verset 1), avait repris la route de Jérusalem.

Parmi ces grandes foules qui faisaient route avec lui se trouvaient sans doute des pèlerins qui allaient aussi à Jérusalem pour la fête de Pâques. Il y avait encore chez la plupart un entraînement enthousiaste et charnel ; Jésus, pour dissiper tout malentendu, et pour les mettre en garde contre une profession précipitée, leur adresse un avertissement sérieux, sévère même.

26 Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père et sa mère et sa femme et ses enfants et ses frères et ses sœurs et même, de plus, sa propre vie, il ne peut être mon disciple.

Comparer Matthieu 10.37, note ; Matthieu 19.29.

Ces paroles, au premier abord, paraissent être en contradiction avec les préceptes et l’esprit de l’Évangile.

Celui-ci nous enseigne l’amour de tous les hommes, de nos ennemis mêmes, à plus forte raison de nos proches.

Comment faut-il donc les comprendre ? On a cherché à donner à ce mot haïr le sens de : aimer moins (comparez Genèse 29.30-31), ce qui reviendrait à la signification des paroles de Jésus rapportées par Matthieu : (Matthieu 10.37) « Celui qui aime père ou mère plus que moi n’est pas digne de moi » ; et l’on peut admettre que telle est dans notre passage aussi la pensée du Sauveur.

Cependant, il ne faut pas affaiblir l’expression plus énergique, et évidemment choisie à dessein, qu’il emploie ici. Elle exprime aussi une vérité (comparer Matthieu 6.24). Jésus suppose que ces affections de la famille, entrant en conflit avec l’amour que nous lui devons, sont devenues un obstacle à notre communion avec lui et nous empêchent de devenir ses disciples.

Nous devons haïr ce mal, cet éloignement de Dieu sous peine de renoncer à l’amour du Sauveur (comparer Luc 12.53).

C’est exactement par le même principe que le disciple de Jésus doit haïr sa propre vie (grec sa propre âme), sa personnalité, son moi, dès que l’amour de lui-même s’oppose à l’amour de Dieu.

Enfin, il est évident, d’après ces paroles, que le chrétien doit être prêt à sacrifier sa vie terrestre tout entière pour la cause de son Maître. Mais qui est-il donc, ce Maître, qui se pose ainsi comme l’objet de l’amour suprême de ses disciples ?

27 Et quiconque ne porte pas sa propre croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple.

Matthieu 10.38, note ; Matthieu 16.24 ; Marc 8.34 ; Luc 9.23.

Ainsi le renoncement absolu que Jésus vient de prescrire ne suffit pas pour faire d’un homme son disciple ; il n’y a pas seulement des affections et des biens à sacrifier, il y a des souffrances à endurer dans cet esprit d’obéissance et d’amour dont Jésus lui-même était animé, et dont il devait donner l’exemple jusqu’à son dernier soupir.

Ces souffrances ont pour emblème l’instrument qui servira au supplice du Maître. Comme le Maître, chaque disciple a sa propre croix, qu’il doit porter en le suivant. Or, la croix est toujours et pour tous un instrument d’ignominie, de souffrance et de mort.

28 Car lequel d’entre vous, voulant bâtir une tour, ne s’assied premièrement et ne calcule la dépense, pour voir s’il a de quoi achever, 29 de peur qu’après avoir posé le fondement, il ne puisse achever, et que tous ceux qui le voient ne se mettent à se moquer de lui, 30 disant : Cet homme a commencé à bâtir, et n’a pu achever !

Le but de cette parabole, comme de la suivante, est de motiver (car) l’exhortation, impliquée dans la règle précédente, à s’examiner soi-même pour voir si l’on est capable de remplir ces sévères conditions.

Être disciple de Jésus (versets 26, 27), le suivre, l’imiter en toutes choses, jusqu’à la croix, jusqu’à la mort, est une tâche difficile, bien plus au-dessus des forces de l’homme naturel que bâtir une tour ou une forteresse n’est au-dessus de la fortune d’un pauvre ; ce n’est donc pas avec l’enthousiasme éphémère d’une première émotion religieuse qu’on doit s’engager dans cette difficile carrière.

Il faut s’asseoir, se recueillir, calculer la dépense, avant de faire hautement profession d’être disciple de Jésus. Sans cette précaution, on court le risque de provoquer les moqueries du monde et de devenir une cause d’opprobre pour l’Évangile.

31 Ou quel roi, partant pour faire la guerre à un autre roi, ne s’assiéra premièrement, et ne consultera s’il peut, avec dix mille hommes, aller à la rencontre de celui qui vient contre lui avec vingt mille ? 32 Autrement, pendant que celui-ci est encore loin, il lui envoie une ambassade, pour lui demander la paix. 33 Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a, ne peut être mon disciple.

La seconde parabole a le même sens que la première, avec cette nuance que la vie chrétienne n’est plus comparée à une tour dont la construction exige une grosse dépense, mais à une guerre périlleuse contre un ennemi dont les forces sont bien supérieures à celles que nous pouvons lui opposer par nous-mêmes. Mieux vaudrait rester en paix avec cet ennemi, que de s’exposer à de honteuses défaites.

Plutôt rester un honnête homme religieusement obscur, que de devenir ce qu’il y a de plus triste au monde, un chrétien inconséquent.
— Godet

Grec : ne renonce pas à tous ses biens propres, les objets spéciaux de ce renoncement ont été indiqués au verset 26.

Telle est la conclusion de tout ce discours. Il y a quelque chose de saisissant dans ce mot répété pour la troisième fois : ne peut être mon disciple.

34 C’est une bonne chose que le sel ; mais si le sel même perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? 35 Il n’est propre ni pour la terre, ni pour le fumier ; on le jette dehors. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !

Comparer, sur cette image, Matthieu 5.13, note, et Marc Marc 9.50, note.

Jésus fait diverses applications de cette image si vraie du sel, dont l’action pénétrante empêche la corruption et communique aux aliments une vivifiante saveur.

Ici, le sel indique le rôle que le disciple joue dans le monde.

On peut donc, avec Meyer, paraphraser ainsi ce verset :

C’est une belle chose d’être mon disciple et, comme tel, de servir à conserver la vie spirituelle parmi les hommes, de même que le sel conserve la pureté et la saveur dans les choses matérielles. Mais si même mon disciple, sous l’influence d’intérêts terrestres, perd cette puissance vivifiante, avec quoi lui sera-t-elle rendue ? Il n’est plus bon à rien, et il sera jeté dehors, hors du royaume de Dieu.

Il y a un profond mépris dans ces termes : ni pour la terre, ni pour le fumier ! On peut traduire aussi : ni comme sol ni comme fumier. Le sel ne peut devenir un terrain que l’on ensemence (Psaumes 107.34), et il ne peut servir d’engrais.

Cette parole, qui revient si souvent dans les discours de Jésus, doit attirer l’attention sur la dernière comparaison, aussi bien que sur les enseignements qui précèdent.