×

Appuyez sur Entrée pour rechercher ou ESC pour annuler.

Josué 24
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Josué 24

Adieux de Josué ; renouvellement de l’alliance

Moïse, avait terminé son ministère en renouvelant dans les plaines de Moab l’alliance de Sinaï (Deutéronome 29.1 et suivants). Josué de même prend congé de ses frères en scellant tout de nouveau leur alliance avec Dieu.

1 Et Josué assembla toutes les tribus d’Israël à Sichem et il convoqua les Anciens d’Israël, ses chefs, ses juges et ses officiers, et ils se présentèrent devant Dieu.

Toutes les tribus : celles aussi de l’autre côté du Jourdain ; c’était l’assemblée plénière du peuple et de ses chefs.

À Sichem. Tandis que le lieu où s’étaient réunis les représentants du peuple n’était pas désigné (Josué 23.2), celui de cette assemblée-ci, beaucoup plus importante, est expressément indiqué ; voir encore verset 25. La localité de Sichem était chère au peuple par des souvenirs récents (Josué 8.30-35) et par les séjours prolongés que les patriarches y avaient faits. C’est à Sichem qu’Abraham avait reçu la promesse que sa postérité posséderait Canaan (Genèse 12.6) et que Jacob à son retour de Mésopotamie avait fait disparaître du sein de sa famille les dieux étrangers (Genèse 35.2). C’est à une décision toute pareille que Josué désire amener, en cette grande journée, son peuple tout entier (verset 14).

Devant Dieu : non sans doute que l’arche eût été transportée de Silo à Sichem, mais par les dispositions de recueillement et d’adoration du peuple et de ses chefs.

2 Et Josué dit à tout le peuple : Ainsi a parlé l’Éternel, le Dieu d’Israël : Vos ancêtres, Thérach, père d’Abraham et père de Nachor, ont habité au-delà du fleuve et ont servi d’autres dieux.

2 à 13

Dans la première partie de son discours, Josué signale quatre séries de bienfaits dont Israël a été l’objet :

  1. la vocation d’Abraham, versets 3 et 4
  2. la sortie d’Égypte, versets 5 à 7
  3. les victoires remportées sur les Amorrhéens, versets 8 à 10
  4. la conquête et le partage de Canaan, versets 11 à 13.

Vos ancêtres. Au lieu de s’arrêter à Abraham, Josué remonte jusqu’à Thérach, non seulement parce que, par Nachor, son fils et frère d’Abraham, Thérach était l’ancêtre de Rébecca et de Laban, le père de Léa et de Rachel (Genèse. 11.27), mais aussi à cause de ce qui est dit ensuite : Ils ont servi d’autres dieux. L’idolâtrie du père d’Abraham, à laquelle la grâce divine avait arraché celui-ci, n’est nulle part dans le Pentateuque aussi expressément signalée qu’ici. Genèse 31.19, Genèse 31.53 (note) et Genèse 35.2 sont tout à fait d’accord avec cette donnée.

3 Et j’ai pris votre père Abrabam d’au-delà du fleuve ; je lui ai fait parcourir tout le pays de Canaan et j’ai rendu nombreuse sa postérité et lui ai donné Isaac.

Genèse 11.31 ; Genèse 12.1 ; Genèse 21.2.

4 Et j’ai donné à Isaac Jacob et Ésaü, et j’ai donné à Ésaü la montagne de Séir pour la posséder, et Jacob et ses fils descendirent en Égypte.

Genèse 25.24-26 ; Genèse 36.8 (Séir) ; Genèse 46.1 (en Égypte).

5 Puis j’envoyai Moïse et Aaron, et je frappai l’Égypte de ma main, ainsi que je l’ai fait au milieu d’elle, et ensuite je vous en fis sortir.

Exode 3.10 (Moïse) ; Exode 4.14 (Aaron).

Je frappai l’Égypte. Exode chapitres 7 à 11.

Ainsi que je l’ai fait : formule sommaire qui rend tout détail superflu. Voir une formule analogue Deutéronome 1.46.

6 Et je fis sortir d’Égypte vos pères et vous vîntes vers la mer, et les Égyptiens poursuivirent vos pères avec des chars et de la cavalerie jusqu’à la mer Rouge.

Vers la mer : Exode 14.10.

Les Égyptiens… : Exode 14.9.

7 Et ils crièrent à l’Éternel, qui mit des ténèbres entre vous et les Égyptiens, et il fit venir sur eux la mer et elle les couvrit, et vos yeux ont vu ce que je fis aux Égyptiens, et vous demeurâtes longtemps dans le désert.

Et ils crièrent : Exode 14.10.

Ténèbres : Exode 14.20.

Il fit venir sur eux la mer : Exode 14.27.

Vos yeux ont vu : Exode 14.30.

Dans le désert : Nombres 14.33.

8 Et je vous menai au pays des Amorrhéens qui habitaient au-delà du Jourdain ; et ils combattirent contre vous, et je les livrai entre vos mains et vous prîtes possession de leur pays, et je les exterminai de devant vous.

Au pays des Amorrhéens : Nombres 21.21-35.

9 Et Balak, fils de Tsippor, roi de Moab, se leva et fit la guerre à Israël, et il fit appeler Balaam, fils de Béor, pour vous maudire ;

Fit la guerre : non à la lettre et par les armes, car il fut arrêté par la crainte que lui inspirèrent les bénédictions de Balaam sur Israël ; mais par l’appel même de ce devin qui devait procurer à ses armées la bénédiction divine. On objecte Deutéronome 2.9, où il est dit que Dieu avait défendu à Israël de conquérir le territoire des Moabites ; mais ce qu’Israël conquit sur eux n’était plus leur territoire, mais celui que Sihon, roi des Amorrhéens, leur avait récemment pris (voir la note). Quant à Juges 11.25, qu’on objecte également, voir à ce passage.

10 et je ne voulus point écouter Balaam, et il vous bénit, et je vous délivrai de sa main.

Point écouter Balaam (Deutéronome 23.5). Dieu ne céda point aux sollicitations du devin qui cherchait à se le rendre favorable par ses sacrifices (Nombres 23.1, note).

Je vous délivrai de sa main : de la main de Balak, qui finit par ne pas faire la guerre à Israël.

11 Et vous passâtes le Jourdain et vîntes à Jéricho ; et les hommes de Jéricho combattirent contre vous, et je livrai entre vos mains les Amorrhéens, les Phéréziens, les Cananéens, les Héthiens, les Guirgasiens, les Héviens et les Jébusiens.

Combattirent contre vous : par leur résistance armée.

Josué 3.10, mêmes peuplades, mais dans un ordre différent.

12 Et j’envoyai devant vous les frelons qui les chassèrent de devant vous [comme j’avais fait] les deux rois des Amorrhéens ; ce ne fut ni par ton épée, ni par ton arc !

Les frelons : voir Exode 23.28 et Deutéronome 7.20, notes.

Les deux rois des Amorrhéens. Il y a dans le texte simplement ces mots. Nous ajoutons : comme j’avais fait. L’exemple de ces deux rois est particulièrement rappelé, parce qu’il n’y en avait pas alors, dans la contrée à l’occident du Jourdain, d’aussi puissants que ces deux-là. Voir, Josué chapitre 12, le grand nombre des rois qui se partageaient alors la contrée à l’ouest du Jourdain et de la mer Morte.

Ni par ton épée, ni par ton arc : Psaumes 44.4.

13 Je vous donnai une terre que vous n’aviez point labourée, des villes que vous n’aviez point bâties ; et vous y avez habité, et vous avez mangé du fruit de vignes et d’oliviers que vous n’aviez point plantés.

Deutéronome 4.10.

14 Et maintenant craignez l’Éternel, servez-le en intégrité et en vérité, et ôtez les dieux que vos pères ont servis au-delà du fleuve et en Égypte, et servez l’Éternel.

14 et 15 seconde partie du discours

C’est l’application de la première.

Et maintenant… Obligations imposées par de tels bienfaits.

En intégrité : de tout votre cœur ; en vérité : sans hypocrisie.

Ôtez les dieux. L’idolâtrie existait toujours en secret, comme autrefois dans la famille de Jacob (Genèse 35.2) ; comparez verset 23 ; Amos 5.26 ; Ézéchiel 20.7 ; Ézéchiel 20.18 ; Ézéchiel 20.21 ; Ézéchiel 23.8 ; Lévitique 17.7, note.

15 Que s’il vous déplaît de servir l’Éternel, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir, soit les dieux que vos pères, au-delà du fleuve ont servis, soit les dieux des Amorrhéens dont vous habitez le pays ; pour moi et ma maison, nous servirons l’Éternel.

Choisissez aujourd’hui : 1 Rois 18.21.

16 Et le peuple répondit et dit : Loin de nous d’abandonner l’Éternel pour servir d’autres dieux !

16 à 18 Réponse du peuple

17 Car c’est l’Éternel notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, de la maison de servitude, et qui a accompli sous nos yeux ces grands prodiges ; et qui nous a gardés tout le long du chemin que nous avons parcouru, et parmi tous les peuples au milieu desquels nous avons passé !

Début du verset, comparez Exode 20.2.

Fin du verset et suivant : Retour à l’idée du commencement, celle des bienfaits.

18 Et l’Éternel a chassé de devant nous tous ces peuples et les Amorrhéens habitant le pays. Nous aussi nous servirons l’Éternel, car il est notre Dieu.

Et les Amorrhéens. Ici aussi, comme au verset 12, ces ennemis sont mentionnés à part à cause de leur puissance.

Nous aussi, comme toi (verset 15).

19 Et Josué dit au peuple : Vous ne pouvez servir l’Éternel, car c’est un Dieu saint, un Dieu jaloux ; il ne pardonnera pas votre rébellion et vos péchés.

19 et 10 Réplique de Josué

Vous ne pouvez servir… Josué craint qu’Israël ne s’engage trop légèrement et sans s’être rendu compte de sa propre faiblesse. Il lui rappelle toute la difficulté et même l’impossibilité, au point de vue des forces naturelles, de satisfaire aux exigences d’un Dieu si saint, non pour qu’il renonce à s’engager à son service, mais pour qu’il ne le fasse qu’en s’appuyant sur son secours et qu’en rompant avec tout culte étranger.

20 Si vous abandonnez l’Éternel pour servir des dieux étrangers, il changera et vous fera du mal, et vous détruira, après vous avoir fait du bien.

Il changera : de conduite envers vous. Dieu ne change pas en réalité, quand, l’homme venant à changer, il change sa relation avec lui ; comparez 2 Timothée 2.13.

21 Et le peuple dit à Josué : Non ! Car c’est l’Éternel que nous voulons servir !

21 à 28 Conclusion

Israël refuse d’échapper par cette porte de l’apostasie que Josué ouvre devant lui ; comparez Jean 6.67 et suivants.

22 Et Josué dit au peuple : Vous êtes témoins contre vous-mêmes que vous-mêmes vous avez choisi l’Éternel pour le servir !
Et ils répondirent : [Nous en sommes] témoins !

Ce solennel entretien aboutit en quelque sorte à un acte judiciaire.

Vous êtes témoins… C’est comme si Josué voulait dire : J’ai entendu souvent vos frères se plaindre de ce qu’on les avait obligés contre leur gré à sortir d’Égypte ; si jamais vous veniez à prétendre aussi que je vous ai obligés contre votre gré à servir l’Éternel seul, vous serez les meilleurs témoins à citer contre vous-mêmes.

23 Et maintenant ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous, et tournez vos cœurs vers l’Éternel, le Dieu d’Israël.

Début du verset, voir verset 14.

Vos cœurs : Deutéronome 6.5.

24 Et le peuple dit à Josué : Nous servirons l’Éternel notre Dieu, et nous obéirons à sa voix. 25 En ce jour-là, Josué conclut une alliance avec le peuple et lui donna à Sichem des prescriptions et des ordonnances.

Des prescriptions et des ordonnances. Mêmes termes que Exode 25.25. Comparez la note, qui s’applique aussi à la situation actuelle du peuple.

26 Et Josué écrivit ces paroles au livre de la loi de Dieu, et il prit une grande pierre, et la dressa-là, sous le chêne qui était dans l’endroit consacré à l’Éternel.

Écrivit ces paroles : tout ce qui s’est dit de la part du peuple dans cette grande journée de Sichem.

Au livre de la loi de Dieu : Deutéronome 31.26. À tout ce que Moïse avait consigné dans un livre (Josué 8.31.33.6), Josué ajouta ce qu’à la suite de cette scène il trouva bon d’en consigner lui-même.

Sous le chêne : Genèse 12.6 ; Deutéronome 11.30, notes.

Qui était dans l’endroit consacré à l’Éternel. Il y avait là à Sichem une localité consacrée par les événements qui s’y étaient passés (Genèse 12.6 ; Genèse 33.20 ; Genèse 35.4 et plus récemment Josué 8.33 et suivants). Le voyageur Tristram a trouvé au pied du Garizim un enfoncement dans le rocher, de forme carrée, que les Mahométans appellent aujourd’hui le Pilier et dans lequel ils disent que se trouve une colonne dressée. Eux seuls ont le droit d’y entrer. Deux siècles après Josué, il est parlé (Juges 9.6) du chêne du monument qui est dressé à Sichem. Les Samaritains affirment que c’est là l’emplacement de la grande pierre que Josué dressa selon notre passage. Le mot de chêne doit être pris ici dans le sens collectif dans lequel il désigne un bois de chêne ; comparez Genèse 12.6, note.

27 Et Josué dit à tout le peuple : Voici, cette pierre servira de témoignage contre nous ; car elle a entendu toutes les paroles que l’Éternel nous a dites. Et elle servira de témoignage contre vous, afin que vous ne reniiez pas votre Dieu.

Elle a entendu. Les Orientaux aiment les expressions hardies : la terre dévore ses habitants ; elle rejette les impies ; le sang d’Abel, les crimes de Sodome, la rouille de l’argent des avares, les pierres crient à Dieu.

Afin que vous ne reniiez pas. Josué ne dit pas seulement : si vous venez à renier ; mais cette menace doit prévenir le reniement.

28 Et Josué renvoya le peuple, chacun dans son territoire.

Josué congédie le peuple sans se donner un successeur. Désormais c’est aux autorités légalement instituées en Israël à le diriger. Cependant sa présence même dans cette retraite, exerce encore une influence bienfaisante (verset 31).

29 Après ces choses, Josué, fils de Nun, serviteur de l’Éternel, mourut, étant âgé de cent et dix ans.

29 à 33 Mort et ensevelissement de Josué et d’Eléazar

Cent et dix ans : comme Joseph, son aïeul, Genèse 50.26.

Thimnath-Sérah : Josué 19.50. Guérin a retrouvé en 1863, à 10 km de marche au nord de Gifné (Gofna), des ruines considérables appelées Dibneh ou Tibneh. En face de la colline qui porte ces ruines se trouve une montagne dont les flancs recèlent plusieurs excavations sépulcrales. La huitième d’entre elles consiste en un vestibule oblong taillé dans le rocher et soutenu par quatre piliers, sans autre ornement qu’une simple moulure dans la partie supérieure. Les parois en sont percées de 288 petites niches disposées pour recevoir des lampes dans le but de l’illuminer. Ces parois sont percées aussi de quatorze fours destinés à recevoir des cercueils et d’un quinzième, placé en face de l’entrée qui s’ouvre sur une petite chambre sépulcrale évidemment destinée à recevoir le corps du chef de la famille à laquelle cette crypte était consacré. Ce sépulcre ne pouvait être destiné qu’a un défunt illustre, et, la localité répondant pour le nom et la situation à celle dont parle notre récit (Tibné = Thimna), il est bien probable que c’est là le tombeau de Josué. Un fait curieux a confirmé plus récemment ce rapprochement. Il est dit, non dans le texte hébreu, mais dans la traduction des Septante, à deux reprises, qu’on déposa dans le sépulcre de Josué les couteaux de pierre avec lesquels il avait circoncis le peuple à Guilgal. Or en 1870 l’abbé Richard a trouvé, dans les casiers de la chambre funéraire et dans les débris dont elle est remplie, une quantité de couteaux en silex. Il en a trouvé également en dehors de cette chambre, dans le vestibule et devant le vestibule et il a constaté la ressemblance de ces couteaux avec ceux qu’il avait recueillis dans la plaine du Jourdain, à Guilgal, où eut lieu la circoncision du peuple.

30 Et on l’ensevelit dans le territoire qu’il avait eu en partage à Thimnath-Sérah, dans la montagne d’Éphraïm, au nord du mont Gaas. 31 Et Israël servit l’Éternel pendant toute la vie de Josué, et pendant toute la vie des Anciens qui survécurent à Josué et qui avaient connu toute l’œuvre que l’Éternel avait accomplie en faveur d’Israël. 32 Et on ensevelit aussi à Sichem les os de Joseph, que les enfants d’Israël avaient emportés d’Égypte, dans la pièce de terre que Jacob avait achetée pour cent késitas des enfants de Hémor, père de Sichem, et les fils de Joseph les reçurent en propriété.

Avaient emportés d’Égypte : Genèse 50.25 ; Exode 13.19.

Dans la pièce de terre : Genèse 33.19. Jacob l’avait spécialement léguée à Joseph : Genèse 48.22 ; voir note.

Les reçurent en propriété. Il ne faut pas traduire contre le texte : la reçurent. Comme la pièce de terre était dans le territoire des fils de Joseph, il n’y avait plus à la leur donner ; il s’agit bien plutôt des os de Joseph (malgré le genre masculin du pronom les et le genre féminin du mot os en hébreu). Ce sens explique en même temps la place de cette notice. Ce dépôt des os de Joseph avait eu lieu sans doute bien avant la mort de Josué ; s’il est raconté ici, c’est en rapport avec la mention de l’ensevelissement de Josué : Éphraïm posséda dans son territoire ces deux tombes. La relation que nous signalons est expressément indiquée par le mot aussi. Comme Juda possédait Macpéla, avec les corps des patriarches, Éphraïm eut également sa part des reliques sacrées.

33 Et Éléazar, fils d’Aaron, mourut, et on l’ensevelît à Guibéa, ville de Phinées, son fils, auquel elle avait été donnée, dans la montagne d’Éphraïm.

Au récit de la mort du successeur de Moïse est rattaché celui de la mort du successeur d’Aaron.

Auquel elle avait été donnée. Si Guibéa était une ville lévitique, on comprend qu’on avait pu, par reconnaissance, en donner au souverain sacrificateur toute la partie non occupée par des Lévites. Dans ce cas il faudrait voir dans notre Guibéa soit Guéba (Josué 21.17) en Benjamin, soit Guibbéthon (Josué 21.23) en Éphraïm, villes désignées comme lévitiques. Josèphe parle d’une ville de Gabatha où se trouvait le sépulcre d’Eléazar.

Conclusion

Le livre de Josué est la clôture de l’histoire patriarcale. La famille d’Abraham, devenue un peuple durant son séjour en Égypte, a été mise en possession du lieu de repos que Dieu avait promis à ses pères et où ce peuple devra servir désormais à préparer le salut du monde. Avant de le suivre dans la manière dont il a accompli cette tâche, relevons encore trois objections que l’on a faites fréquemment contre la moralité ou la vérité du récit contenu dans ce livre.

On s’est scandalisé de la guerre d’extermination que Dieu doit avoir ordonnée à son peuple. Mais pour comprendre cette mesure sévère on doit tenir compte de deux choses : la première que dès le temps d’Abraham l’existence de ces peuples, livrés déjà à la plus affreuse corruption (exemple de Sodome et Gomorrhe), n’était plus qu’une affaire de tolérance, comparez Genèse 15.10 où Dieu dit : L’iniquité des Amorrhéens n’est pas encore arrivée à son comble. Elle avait atteint le degré fatal. Puis il faut considérer que dans l’état d’infirmité morale où était encore Israël, avec ses dispositions à l’idolâtrie, à l’impureté et aux autres vices dans lesquels croupissaient les Cananéens, Dieu ne pouvait exposer son peuple à une communauté de vie avec eux sans perdre le premier, tout en ne sauvant pas les derniers ; comparez Deutéronome 7.2-4 : Tu ne t’allieras point avec eux, tu ne prendras point leurs filles pour tes fils car elles détourneraient tes fils de mon service et ils serviraient d’autres dieux et la colère de l’Éternel s’allumerait contre vous et il t’exterminerait aussitôt. C’est l’idolâtrie et la corruption que Dieu extirpe et non les ennemis d’Israël, puisqu’il extirpera Israël lui-même, si celui-ci vient à se livrer aux mêmes péchés. Ce qui le prouve encore, c’est que Dieu distingue expressément, Deutéronome 20.10 et suivants, entre la manière de procéder avec les villes des Cananéens et celles des ennemis étrangers. Un père interdit à son fils la société intime d’un camarade corrompu. Dieu n’avait pas d’autre moyen d’empêcher la communauté de vie entre Israël et les Cananéens, qui occupaient le pays destiné au premier, que de les détruire. Et il avait laissé écouler quatre siècles, jusqu’à ce que le jugement fût complètement mérité. Voilà le vrai sens des documents.

On signale en second lieu une contradiction dans le récit. D’un côté il semble parfois que la conquête soit absolument achevée, de l’autre il est dit qu’il reste encore beaucoup à conquérir ; comparez par exemple Josué 21.43-45 et Josué 23.1 avec Josué 23.4. Mais remarquons que deux de ces passages, que l’on dit contradictoires, se trouvent dans le même discours de Josué. Il est donc impossible qu’ils se contredisent réellement. Il faut seulement ne pas exagérer le sens des expressions employées. En un sens la conquête a eu un caractère soudain et complet, c’est-à-dire que les deux grandes batailles, avec les expéditions qui ont suivi immédiatement, ont livré en une seule fois le pays au pouvoir d’Israël, dans le sens, par exemple, où l’Algérie était au pouvoir de la France à la suite des premières expéditions par lesquelles fut conquis le pays. Était-ce à dire que la soumission fût complète ? Non, car les, tribus arabes ont bien des fois depuis lors relevé la tête et la guerre a dû recommencer à plusieurs reprises. De même la conquête de Canaan, à côté de son caractère soudain et immédiat, a eu aussi un caractère progressif. Les Cananéens s’étaient maintenus dans certaines villes fortifiées qu’il fallut prendre et reprendre et dans certains districts difficilement accessibles aux Israélites et lors même que ces districts avaient été assignés à telle ou telle tribu, ils étaient loin d’être complètement soumis. La guerre générale concernant tout le pays et tout le peuple était achevée ; mais les guerres particulières concernant les tribus et leurs districts devaient recommencer bientôt après le premier établissement, à moins qu’Israël ne faillit à sa mission.

Enfin l’on découvre une contradiction dans les trois explications différentes qui sont données du fait que Dieu laissa subsister une partie des Cananéens au milieu d’Israël : d’une part il est dit que ce fut pour empêcher la multiplication des bêtes sauvages dans un pays qui autrement fût resté en partie inhabité (Exode 23.29) ; dans d’autres passages ce fait est mis sur le compte de la lâcheté et de l’indolence d’Israël, dans d’autres enfin il est dit que Dieu voulait se servir de la présence de ces peuples pour exercer la fidélité morale et développer les capacités militaires de son peuple. On s’explique le premier motif quand on considère qu’à peu près un quart du peuple s’était fixé à l’orient du Jourdain et quand on se rappelle ce qui est raconté de la multiplication des bêtes féroces dans la Samarie à la suite de la prise du pays par les Assyriens (2 Rois 17.25). Quant au second et au troisième motif, ils ne se contredisent pas en ce sens que la tolérance des Israélites à l’égard des Cananéens dépassa de beaucoup la mesure dans laquelle l’Éternel aurait consenti à laisser subsister quelques peuplades de ces derniers sur les confins du pays de Canaan et comme voisins d’Israël. Le peuple aurait dû les détruire dans son propre sein, mais il devait demeurer moralement et militairement en lutte avec eux comme ennemis extérieurs. Malgré l’existence reconnue de documents divers au moyen desquels a été composé le récit, aucune contradiction réelle ne nous paraît compromettre la vérité des faits racontés dans ce livre.