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Joël 3
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Plan du commentaire biblique de Joël 3

La fin des choses

Ce chapitre contient deux tableaux qui se rapportent à la consommation du règne de Dieu :

  1. Celui du jour de l’Éternel comme jugement des adversaires de ce règne, versets 1 à 17
  2. Celui de l’établissement de l’état de choses parfait, de la transformation de la Terre Sainte et du peuple de Dieu, à la suite du jugement des païens, versets 18 à 21

Le premier morceau expose d’abord les motifs du jugement (versets 1 à 8), puis décrit le jugement lui-même (versets 9 à 17).

1 Car, voici, en ces jours et en ce temps-là où je ramènerai les captifs de Juda et de Jérusalem,
1 à 8

C’est ici l’acte d’accusation dressé contre les ennemis du règne de Dieu. Ces considérants de la sentence sont présentés sous la couleur des circonstances qui avaient précédé le moment où Joël prononça cet oracle. Quelque lointaine que soit la portée des discours prophétiques, ils se rattachent toujours aux faits les plus rapprochés de la vie du prophète.

En ces jours : ceux de l’envoi du Saint-Esprit, qui, en conduisant le peuple de Dieu à l’accomplissement de sa destination, préparent la suprême manifestation de la haine de ses adversaires. L’expression : en ce temps, n’est pas une répétition de : en ces jours ; elle se lie étroitement aux mots suivants : où je ramènerai.

Je ramènerai les captifs. Il s’agit évidemment de ceux dont parle Joël dans les versets suivants, qui avaient été faits prisonniers et vendus à des peuples éloignés, par les Phéniciens, les Philistins et les Édomites. Comparez 2 Chroniques 21.16-17. Voir verset 6, note. Mais si l’on se rappelle qu’il s’agit dans ce paragraphe du jugement général des païens qui aura lieu après l’envoi du Saint-Esprit, on reconnaîtra qu’aux yeux du prophète les nombreuses incursions dont Juda avait souffert jusqu’à son temps se confondent avec toutes les déportations futures, dont ce même peuple sera la victime jusqu’à la fin. Comparez Lévitique 26.33-35 ; Deutéronome 28.36-37 ; Deutéronome 28.41.

2 j’assemblerai toutes les nations, et je les ferai descendre dans la vallée de Josaphat, et là je débattrai mon droit avec elles au sujet de mon peuple et de mon héritage, Israël, qu’ils ont dispersé parmi les nations, et de mon pays qu’ils ont partagé.

J’assemblerai les nations. Pour leur arracher leurs captifs, il faut qu’elles soient vaincues, et pour qu’elles soient vaincues, il faut qu’elles se soulèvent. Si donc elles croient agir spontanément, elles se trompent, elles ne font qu’accomplir les secrètes volontés de Dieu.

La vallée de Josaphat. Ce nom n’est mentionné que dans ce verset et au verset 12. Nous constatons seulement que depuis les temps d’Eusèbe et de Jérôme (IVième siècle après Jésus-Christ), on l’applique à la partie de la vallée du Cédron située à l’est de Jérusalem, entre la colline du temple et la montagne des Oliviers. On appelle également encore aujourd’hui tombeau de Josaphat un monument tumulaire qui se trouve dans cette vallée sur le versant de la montagne des Oliviers, lors même que, d’après 2 Chroniques 21.1, ce roi doit avoir été enseveli dans la cité de David, à l’ouest de la colline du temple. L’on ne conçoit pas bien comment une armée innombrable, comme celle que suppose le tableau de Joël, pourrait se trouver réunie dans un espace aussi étroit que cette vallée du Cédron au pied du temple. Le mot dont se sert Joël (émek) désigne d’ailleurs non une gorge, mais une très large vallée. On pourrait penser avec quelques interprètes à la partie plus septentrionale de la vallée du Cédron, près de la source du torrent, à laquelle plusieurs appliquent le nom de vallée de la plaine, ou vallée royale (Genèse 14.17). Mais n’est-il pas plus probable que le prophète a formé lui-même le nom de vallée de Josaphat, en faisant allusion à la vallée dans laquelle avait été détruite par l’Éternel l’armée des peuples du midi qui, au temps de Josaphat, avaient fait irruption dans le pays (2 Chroniques 20.16-17), et qui avait reçu dès lors le nom de vallée (émek) de la bénédiction, à cause des cantiques de louange qu’avait fait retentir là le peuple si miraculeusement délivré (versets 22 et 26). Le prophète change ici le nom de vallée de bénédiction en celui de vallée de Josaphat, non seulement en souvenir de ce qui s’était passé sous ce roi, mais aussi par allusion au sens de son nom : l’Éternel juge. C’est ainsi qu’il crée lui-même au verset 14 le nom de vallée de la décision.

La situation de la vallée de la bénédiction (beraca) est sans doute indiquée par le nom de la ruine de Bereikout, qui se trouve aujourd’hui à l’ouest du village de Tékoa, à deux lieues au sud de Bethléhem. Et comme le nom de vallée de Josaphat n’a pour le prophète qu’un sens typique, il est probable que la localité désignée n’est qu’un symbole du théâtre de la dernière défaite du monde païen en lutte avec le peuple de Dieu. Comparez l’emploi semblable du mot Armagueddon (montagne de Méguiddo), Apocalypse 16.16. C’est probablement notre passage qui a fait donner à la vallée du Cédron le nom de Josaphat.

Mon peuple dispersé. Cette dispersion n’avait eu lieu que dans une faible mesure dans les agressions précédentes. Les expressions de Joël font prévoir une dispersion de tout le peuple et une conquête du pays bien plus complète dans l’avenir.

Mon peuple, mon pays. C’est contre l’Éternel lui-même que péchent ces païens ; c’est pourquoi c’est lui qui les juge. Comparez Jérémie 12.14.

3 Car ils ont jeté le sort sur mon peuple, et ils ont donné le jeune garçon pour le salaire de la prostituée, et ils ont vendu la jeune fille pour du vin, et ils ont bu.

Il était d’usage de partager les prisonniers de guerre entre les vainqueurs ; ce partage se faisait au sort. Après la conquête de la Palestine par les Romains, le peuple juif tout entier fut ou massacré, ou condamné aux travaux forcés dans les mines à perpétuité, ou vendu en esclavage à des prix dérisoires. Un auteur rapporte que, sous le règne d’Adrien, des Juifs furent vendus sur le marché à Hébron au prix d’une mesure d’orge pour quatre hommes.

Ce verset caractérise bien le mépris avec lequel ont été traités les membres du peuple de Dieu. On faisait de l’un le prix de la satisfaction de la luxure, de l’autre celui de l’intempérance.

4 Et vous aussi, que me voulez-vous, Tyr et Sidon, et tous les districts des Philistins ? Est-ce une vengeance que vous voulez tirer de moi, ou est-ce une provocation ? Je la ferai bien vite retomber sur votre tête.

Et vous aussi… Le prophète avait parlé dans ce qui précède des peuples au sud et à l’est de la Palestine, mais les Phéniciens et les Philistins au nord et à l’ouest n’échapperont pas non plus. Ces deux peuples habitant au bord de la mer avaient vendu les captifs aux trafiquants étrangers.

Est-ce une vengeance… ? Non, car ils n’avaient aucun motif pour cela ; c’est donc une provocation, elle retombera sur eux.

5 Vous qui avez pris mon argent et mon or, et qui avez emporté dans vos temples mes joyaux les plus précieux !

Mon argent, mon or. Ces expressions ne s’appliquent pas seulement à ce qu’ils ont pillé dans le temple de Dieu (2 Chroniques 12.9 ; 2 Chroniques 36.7 ; 2 Chroniques 36.18), mais en général à ce qu’ils ont enlevé sur la terre d’Israël, qui est proprement celle de Dieu.

6 Et vous avez vendu les enfants de Juda et les enfants de Jérusalem aux enfants des Ioniens pour les éloigner de leur pays.

Les Phéniciens s’entendaient avec les Arabes pillards pour leur acheter leurs prisonniers de guerre, dont ils faisaient trafic avec les Grecs, appelés ici Ioniens ou fils de Javan (les Grecs descendent de Javan d’après Genèse 10.2 ; Genèse 10.4). Ceux-ci avaient, comme l’on sait, de riches colonies sur les côtes de l’Asie-Mineure. Être captif dans un pays éloigné, c’était pour l’Israélite le comble du malheur, parce qu’il était à la fois privé de patrie et de culte.

7 Voici, je vais les faire lever du lieu où vous les avez vendus, et je ferai retomber sur votre tête ce que vous avez fait.

L’accomplissement ne peut se comprendre que d’une manière générale, lorsque, par les jugements qui frapperont les nations rebelles à Dieu, les fidèles seront délivrés de l’oppression sous laquelle ils gémissent. Cependant on peut citer comme accomplissement particulier le fait rapporté par Josèphe, qu’Alexandre et ses successeurs rendirent plusieurs fois la liberté à de nombreux Juifs captifs en Grèce (Antiquités XIII, 2 et 3).

Faire lever, proprement réveiller.

8 Et je vendrai vos fils et vos filles aux enfants de Juda qui les vendront aux Sabéens, peuple lointain…. Car l’Éternel a parlé.

Expression figurée de l’idée de la rétribution.

9 Publiez ceci parmi les nations : Déclarez la guerre ! Faites lever les hommes vaillants ! Qu’ils viennent, qu’ils marchent, tous les hommes de guerre !
9 à 17

L’Éternel convoque, lui-même toutes les nations à la guerre finale contre son peuple, afin de pouvoir les juger toutes ensemble. On l’a dit : le mal doit arriver à son comble pour que le jugement intervienne. Voir ce qui est dit de Gog Ézéchiel 38.3 ; Ézéchiel 38.8 ; Ézéchiel 39.2 ; Ézéchiel 39.21, et de l’Antéchrist dans le Nouveau Testament.

10 Forgez de vos socs des épées et de vos serpes des lances ; que le faible dise : Je suis un brave !

L’entraînement qui s’exerce sur le monde païen est tel que les paysans eux-mêmes abandonnent leurs champs et font de leurs instruments de labourage des armes de guerre ; comparez la transformation inverse Ésaïe 2.4 ; Michée 4.3.

11 Hâtez-vous et venez, vous toutes les nations d’alentour, et rassemblez-vous ! Ô Éternel ! Fais descendre là tes braves !

Ô Éternel ! Fais descendre… Courte invocation du prophète, interrompant ce tableau sinistre. En présence de cette multitude, l’Éternel ne ferait-il pas avancer ses braves ?

Descendre. Ce mot prouve qu’il s’agit d’une armée céleste, des légions d’anges dont parle Jésus, Matthieu 26.53. Comparez Josué 5.13-15 ; 2 Rois 6.17 ; Psaumes 103.20-21 ; Daniel 10.13.

12 Que les nations se lèvent et qu’elles montent à la vallée de Josaphat, car c’est là que je siégerai pour juger toutes les nations d’alentour.

Je siégerai : comme un juge sur son tribunal ; allusion au nom de Josaphat (Dieu juge).

13 Mettez la faucille ; car la moisson est mûre ; venez, foulez, car le pressoir est rempli, les cuves regorgent ; car leur méchanceté est grande.

Les ennemis qui s’avancent de toutes parts, pour gagner le lieu du rendez-vous que leur donne à leur insu l’Éternel, sont comparés à une moisson mûre qu’il est temps de faucher, à une cuve remplie de raisins qu’il est temps de fouler. Comparez Ésaïe 63.1-6, Apocalypse 14.14-20 ; Apocalypse 19.15-18.

14 Quelles foules, quelles foules, dans la vallée de la décision ! Car le jour de l’Éternel est proche dans la vallée de la décision.

Vallée de la décision. C’est l’expression, sous une forme locale, de ce grand acte de jugement par lequel Dieu décidera entre ceux qui, dans cette crise suprême, ont pris parti pour ou contre lui.

15 Le soleil et la lune se sont obscurcis, et les étoiles ont retiré leur éclat.

La nature elle-même s’associe à cet acte solennel (voir Joël 2.10). Le jugement n’est pas décrit. Le rideau se tire sur la scène de destruction. Il suffit que l’ordre soit venu de l’Éternel pour qu’on soit sûr de son exécution.

16 Et l’Éternel rugira de Sion, et de Jérusalem il fera entendre sa voix. Les cieux et la terre trembleront. Mais l’Éternel est un refuge pour son peuple et une retraite pour les enfants d’Israël.

Lorsque le rugissement du lion retentit dans les solitudes du désert, il produit un saisissement à nul autre pareil ; de même la voix de l’Éternel épouvantera les cieux et la terre.

Un refuge… Comparez les réchappés Joël 2.32. Ce qui fait trembler les païens, rassure l’Israël fidèle.

17 Et vous saurez que je suis l’Éternel, votre Dieu, qui habite Sion, ma montagne sainte ; et Jérusalem sera chose sacrée ; et les étrangers n’y passeront plus.

Après une telle déroute, le mal sera à jamais impuissant contre le peuple de Dieu.

18 Et il arrivera en ce jour-là que les montagnes dégoutteront de moût, les coteaux découleront de lait, et tous les torrents de Juda seront pleins d’eau. Une source sortira de la maison de l’Éternel et elle arrosera la vallée des Acacias.

La prospérité spirituelle et temporelle du peuple de Dieu est décrite sous des images empruntées au bien-être terrestre. L’avenir seul pourra montrer dans quelle mesure cette description doit se réaliser littéralement. Dans tous les cas, comme on l’a dit, elle ne comprend rien de matériel qui ne doive être animé du souffle divin, rien de divin qui ne doive se manifester extérieurement.

La vallée des Acacias (hébreux : Sittim) ne peut être sans doute l’endroit de ce nom situé à l’est du Jourdain dans le pays de Moab (Josué 2.1 ; Josué 3.1). Mais ce peut bien être la partie inférieure de la vallée du Jourdain, à l’occident du fleuve connue par l’aridité extrême de son sol. Ce serait la même localité que dans le tableau tout semblable Ézéchiel 47.8 (note). Cependant on peut aussi appliquer ce nom à la vallée du Cédron au-dessus de son embouchure dans la mer Morte ; ainsi s’expliquerait bien l’expression : Les torrents de Juda seront pleins d’eau. Car le lit du Cédron est à sec la plus grande partie de l’année. Ainsi s’explique bien aussi ce trait du tableau d’après lequel la source sort de la maison de l’Éternel, car le Cédron coule au pied de la colline du temple.

L’acacia croît dans les parties les plus arides de la Palestine.

La source qui sort du temple est évidemment l’emblème des bénédictions spirituelles qui se répandront sur les fidèles. Comparez la belle description d’Ézéchiel, chapitre 47, qui est à la parole de Joël ce que le tableau est au croquis, ainsi que les développements nouveaux donnés à la même image Zacharie 14.8 et Apocalypse 22.12. Cette grâce spirituelle aura naturellement pour effet les bénédictions temporelles.

19 L’Égypte deviendra une solitude, Édom un désert désolé, à cause de la violence faite aux fils de Juda, dans le pays desquels ils ont versé le sang innocent.

Tandis que les parties les plus stériles du territoire de Juda sont fertilisées par la source sortant du temple, l’Égypte, ce pays arrosé avec tant d’art par les hommes, est privée de sa fécondité, et les pâturages (un désert) d’Édom sont désolés. Ces deux pays sont désignés, comme patrie des deux peuples qui venaient de jouer le rôle le plus hostile envers le peuple d’Israël. Pour Édom, voir Abdias ; Ésaïe, chapitre 24. Pour l’Égypte, 1 Rois 14.25-26 et 2 Chroniques 12.2-9.

À cause de la violence. Cette désolation est le châtiment du traitement des fils de Juda, dont ils ont tué une partie et vendu l’autre (verset 6).

On pourrait traduire : des Fils de Juda dont ils ont versé le sang dans leur propre pays (celui d’Édom et celui d’Égypte) ; mais il est plus naturel et plus conforme au verset 21 de penser au pays de Juda, sur le sol duquel ils avaient répandu le sang de ses habitants.

Comme la prospérité de Juda, verset 18, figure celle du peuple de Dieu à la fin des temps, de même la désolation de l’Égypte et d’Édom représente le sort final du monde ennemi de Dieu. La vaste intuition de la justice divine, jusque dans ses plus lointaines applications, se présente à l’œil du prophète sous des formes empruntées aux circonstances récentes de son temps. Il en est de même dans les deux versets suivants, qui dépeignent le bonheur final du peuple de Dieu.

20 Mais Juda subsistera éternellement et Jérusalem d’âge en âge.

La ligne de démarcation tracée entre les rebelles et les fidèles se prolonge jusqu’à l’infini.

21 Et je laverai leur sang que je n’avais point encore lavé. Et l’Éternel habite en Sion.

Je laverai… par le jugement éternel dont je frapperai les meurtriers.

Et l’Éternel habite. En vertu de cette expiation opérée, rien n’empêche plus l’Éternel d’accomplir la pensée suprême de son amour, de venir habiter lui-même au sein de son peuple. Apocalypse 21.3 décrit ainsi ce moment : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il y habitera avec eux. C’est le règne de Dieu parfaitement réalisé, à la suite du jugement définitif.

Conclusion

Aucun prophète ne part d’un fait aussi particulier et en apparence aussi insignifiant que Joël pour s’élever à des vues plus générales : une plaie de sauterelles, une sécheresse, voici son point de départ. À l’occasion de cette circonstance vulgaire contemplée la lumière d’en-haut, les plus hautes pensées de Dieu lui sont dévoilées. La nature n’est pas une machine obéissant à une loi aveugle, c’est un instrument préparé et manié par le Créateur, en vue de son règne parmi les hommes. Chaque fléau, comme en général chaque souffrance particulière, est un avertissement qui doit mettre l’homme en face du jugement final, de la journée de l’Éternel. Si, placé dans cette position sérieuse, entre le châtiment actuel et le jugement futur, l’homme rentre en lui-même, s’humilie et en appelle sincèrement de la justice à la grâce, non seulement Dieu le délivre du mal présent et éloigne de lui le châtiment à venir, mais à l’occasion de ce retour à lui, il lui fait part des plus précieux de ses dons et l’élève à une vie nouvelle. La journée de l’Éternel n’en reste pas moins là pour ceux qui persistent dans leur inimitié naturelle contre Dieu et contre son peuple. Une dernière agression de ces rebelles amènera leur ruine éternelle, tandis que les fidèles, ceux d’Israël et ceux des autres peuples qui auront accepté l’appel divin, habitant dans un jardin de Dieu deviendront eux-mêmes sa vivante demeure.

Telles sont les pensées de Joël. Elles planent au-dessus de l’histoire dans laquelle elles descendent et s’incarnent au fur et à mesure que les conditions morales de leur réalisation sont fournies par l’homme, soit en bien, soit en mal. C’est le cas sans doute des pensées exposées par tous les prophètes ; mais Joël a ceci de particulier qu’il les présente sous un jour absolument favorable au peuple de Dieu. Il montre celui-ci repentant et détournant par là le châtiment présent et le jugement futur. C’est comme si la voie du salut était encore ouverte devant Israël, sans que le peuple fût déjà corrompu au point de devoir nécessairement passer par la journée de l’Éternel, le jugement de la destruction nationale.

Il n’en est plus ainsi chez Osée, qui ne prophétise pas longtemps après Joël ; à ses yeux, le mal est déjà si grave (il est vrai qu’il parle spécialement du royaume des dix tribus), que le jugement d’extermination ne peut plus être évité, ce sera de la ruine complète, du sépulcre, que Dieu retirera son peuple : il ne peut plus arriver au salut que par la voie de la mort et de la résurrection.

Ce trait caractéristique de Joël provient sans doute de ce que, au moment où il prophétisait, le peuple marchait encore dans les voies de la piété et de la fidélité à Jéhova. Les parvis du temple sont ouverts pour la prière et pour le jeûne, les sacrificateurs fonctionnent à l’autel, les sacrifices et les oblations sont offerts régulièrement ; aucun reproche ni d’idolâtrie, ni d’immoralité ne se fait jour dans le discours du prophète ; le peuple est dans un état relativement normal ce qui confirme la date antérieure à celle de tous les autres prophètes (sauf Abdias) que nous lui avons assignée.

De l’avenir messianique, un seul trait ressort d’une manière saillante et propre à Joël, c’est la promesse de l’envoi du Saint-Esprit qui fera du peuple entier un peuple de prophètes. Joël avait sans doute devant lui un peuple marchant en général dans les voies de la piété et de l’obéissance ; mais, s’il n’avait pas des méfaits positifs à lui reprocher, il sentait néanmoins tout ce qui lui manquait et surtout ce que l’alliance première ne pouvait donner. Au don de la loi devait succéder un jour celui de l’Esprit, qui seul rend la loi vivante dans le cœur. Dès le commencement de la période prophétique, Joël énonce la promesse que Jérémie développera vers la fin de cette période (Jérémie 31.31 et suivants).