×

Appuyez sur Entrée pour rechercher ou ESC pour annuler.

Job 31
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Job 31

Chapitre 31 Job établit son innocence

Ce troisième discours complète les deux précédents, Job jette un coup d’œil rétrospectif sur toute sa vie passée ; il mentionne les uns après les autres divers péchés dans lesquels un homme de sa condition est particulièrement exposé à tomber, mais à chaque fois il affirme solennellement et avec des imprécations contre lui-même qu’il les a évités et même qu’il a pratiqué les vertus opposées. Ce discours est exempt de toute récrimination, de toute révolte, de toute acrimonie et se distingue par là de ceux qui ont précédé et surtout des premières explosions de sa douleur et de son indignation. Le poète, avec un art consommé, sait varier les développements de son thème, au fond toujours le même. Un calme relatif s’est fait dans l’âme de Job ; sa conscience est pure. Il sent que Dieu est pour lui et il a réduit ses adversaires au silence.

Il n’y a pas dans ce beau chapitre de suite logique ; mais il est plein de vie. Convoitise des yeux, mensonge, adultère, dureté envers les esclaves et les indigents, orgueil favorisé par la richesse, idolâtrie, joie maligne qu’inspire si facilement le malheur d’un ennemi, refus d’exercer l’hospitalité, hypocrisie, rapines, péchés grossiers et péchés subtils, il passe de l’un à l’autre en protestant de son innocence et semble même parfois perdre le fil de son discours (versets 35 à 37).

1 J’avais fait un pacte avec mes yeux ; Comment aurais-je fait attention à une vierge !
1 à 4 pour éviter tout désordre de mœurs, Job a tenu ses yeux en servitude

J’avais fait un pacte avec mes yeux, ou plus exactement : J’avais imposé un pacte à mes yeux, car dans cette alliance les deux parties n’ont pas des droits égaux.

Attention à une vierge. Ceci nous transporte en plein sermon sur la montagne (Matthieu 5.27-28), et s’élève, en fait de délicatesse, bien au-dessus de ce qui a été dit aux anciens. Les Septante ont retranché ces quatre versets, probablement parce qu’ils les trouvaient d’un rigorisme exagéré. Les scrupules que Job exprime ici n’ont guère pu naître que chez un homme d’élite qui avait profité de la discipline de la loi (dixième commandement). Au reste, les regards ne sont pas séparés ici des péchés auxquels ils peuvent conduire.

2 Quelle part Dieu [m’] aurait-il envoyée d’en haut, Et quel lot le Puissant, du haut des cieux ? 3 La ruine n’est-elle pas pour le méchant, Et le malheur pour ceux qui pratiquent l’iniquité ? 4 Dieu ne voit-il pas ma conduite, Ne compte-t-il pas tous mes pas ?

Dieu ne voit-il pas …? Littéralement : Lui, ne voit-il pas ? tandis que ce sont là des choses qui échappent aux regards des hommes.

5 Si j’ai marché dans le mensonge, Si mon pied a couru après la fausseté !…
5 à 8 le mensonge pratique, la fausseté

Dans le mensonge, plus exactement avec le mensonge, ayant la fausseté pour compagne de voyage, vivant dans l’intimité avec cette disposition.

6 Que Dieu me pèse dans une balance exacte, Il reconnaîtra mon intégrité.

Construction brisée, comme versets 28, 30, 32.

7 Si mon pied s’est détourné du chemin, Si mon cœur a suivi mes yeux, Si quelque souillure s’est attachée à mes mains,

Du chemin : du droit chemin, du seul qui conduise au but.

Mon cœur, le siège des décisions.

Si quelque souillure, proprement tare ; ici une de ces injustices contre le prochain qui font dans une vie une tache ineffaçable.

8 Que je sème, et qu’un autre mange, Et que mes plants soient déracinés !

Mes plants : les produits de mes champs.

9 Si mon cœur s’est laissé séduire pour une femme, Si j’ai fait le guet à la porte de mon prochain,
9 à 12 adultère proprement dit

Le guet à la porte de mon prochain : pour y entrer dès qu’il en est sorti.

10 Que ma femme tourne la meule pour un autre, Que d’autres abusent d’elle.

Tourne la meule : travail des plus misérables esclaves (Exode 11.5 ; Ésaïe 47.2), qui étaient obligés de céder à tous les caprices de leurs maîtres.

11 Car c’est là un crime, C’est une iniquité punie par les juges.

Une iniquité punie par les juges : combien plus par Dieu (verset 12) !

12 C’est un feu qui dévore jusqu’au lieu de perdition Et qui aurait déraciné tout mon bien.

Châtiments à venir, châtiments temporels : l’adultère désagrège la famille et sape par la base prospérité et bonheur.

13 Si j’ai méprisé le droit de mon serviteur et de ma servante, Quand ils contestaient avec moi,
13 à 15 conduite envers les esclaves

Ici, plus encore peut-être que dans les versets 1 à 4, nous admirons le point de vue élevé de l’auteur. L’égalité d’origine et de droits entre le maître et l’esclave est chose inconnue dans l’antiquité. Malachie 2.10 ne proclame que l’égalité de tous les Israélites ; il faut descendre jusqu’à Éphésiens 6.9 pour trouver un pendant à notre passage.

14 Que ferais-je quand Dieu se lèvera ? Quand il m’examinera, que répondrais-je ? 15 Celui qui m’a formé dans le sein de ma mère, ne l’a-t-il pas formé de même ? N’est-ce pas un même Dieu qui nous a créés dans le sein maternel ?

Qui nous a créés. Comparez Job 10.8-12.

16 Si j’ai refusé aux pauvres leur désir, Si j’ai fait languir les yeux de la veuve ;
16 à 23 conduite envers les pauvres

Comparez Job 29.12-17 et les assertions contradictoires d’Éliphaz, Job 22.6-9.

17 Si j’ai mangé mon pain seul, Sans que l’orphelin en ait goûté, 18 Lui qui m’a eu pour père dès ma jeunesse ; Elle, je l’ai dirigée dès le sein de ma mère,

Lui, l’orphelin ; elle, la veuve.

Dès le sein de ma mère : hyperbole poétique. Il ne se rappelle pas avoir eu à l’endroit des petits et des faibles des sentiments autres que ceux qui l’animent.

19 Si j’ai vu quelqu’un périr faute de vêtement, Et le pauvre sans couverture ; 20 Si ses reins ne m’ont pas béni, Et s’il n’a pas été réchauffé par la toison de mes brebis ;

Si ses reins… Voir Job 19.27, où toutefois le mot hébreu diffère. Nous dirions : S’il ne m’a pas béni du fond de son cœur.

21 Si j’ai menacé de ma main l’orphelin, Parce que je me savais soutenu par les juges,

Je me savais soutenu par les juges, littéralement : Je me voyais du secours à la porte, là où se rend la justice. Job savait que grâce à sa haute situation, il aurait facilement trouvé des juges disposés à le disculper, alors même qu’il aurait abusé de son pouvoir pour écraser un orphelin.

22 Que mon épaule se détache de mon dos, Que mon bras soit brisé hors de sa jointure !

Il y aurait correspondance entre le châtiment (bras) et le péché (main, verset 21).

23 En effet je redoutais le châtiment de Dieu, Je me sentais impuissant devant sa majesté.

Pour Job, le Dieu qui parle à la conscience avant, était déjà celui qui punit après le péché commis.

24 Si j’ai fait de l’or mon assurance, Si j’ai appelé l’or pur ma confiance ;
24 à 28 orgueil et idolâtrie favorisés par l’opulence

Quand on est-à-dire à son âme : Tu as des biens assurés pour longtemps… on pense aussi pouvoir plus facilement se passer du vrai Dieu. Les heureux ont volontiers des croyances relâchées.

25 Si je me suis réjoui de ce que mes biens étaient grands, Et de ce que ma main avait beaucoup amassé ;

Réponse indirecte au reproche d’Éliphaz, Job 22.24.

26 Si j’ai regardé la lumière du soleil quand elle brillait, Et la lune s’avançant dans sa splendeur ;

La lumière du soleil… et la lune. Le culte des astres était très répandu chez les Sémites. Le nom d’Aschéra, la déesse de la lune et l’épouse de Baal, le Dieu du soleil, signifie l’heureuse, celle qui porte bonheur (Ésaïe 17.8, note).

27 Si mon cœur s’est laissé séduire en secret, Si ma main s’est portée à ma bouche…

Si ma main s’est portée à ma bouche : pour envoyer à ces astres un baiser d’adoration. Le mot adorer signifie proprement porter la main à la bouche. Sur la valeur de ce baiser, voyez Psaumes 2.12 ; 1 Rois 19.18.

28 Cela encore est un crime puni par les juges, Car j’aurais, renié le Dieu d’en haut !

Au lieu de l’indication du châtiment qu’il aurait mérité, nous avons ici le simple énoncé de la gravité d’un pareil péché.

Puni par les juges. Voici un détail qui trahit un auteur israélite, car, en dehors de la théocratie (Deutéronome 4.19 ; Deutéronome 17.3), où donc l’adoration des astres aurait-elle constitué un crime civil ? Remarquons aussi que ceci ne peut guère avoir été écrit dans le temps des Achaz et des Manassé, où l’adoration de l’armée des cieux était devenue si générale en Israël.

29 Si je me suis réjoui de la ruine de celui qui me haïssait, Si j’ai tressailli de joie quand le malheur l’atteignait !…
29 à 30

Loin de haïr ses ennemis, il a toujours tenu sa langue et son cœur en bride à leur égard.

30 Mais non, je n’ai pas permis à ma langue de pécher, De réclamer sa vie par une imprécation.

De réclamer : de Dieu, par une prière (1 Rois 3.11).

31 Si les gens de ma maison ne disaient pas : Où trouver quelqu’un qui ne se soit pas rassasié de sa table !
31 et 32 conduite envers les étrangers

Si les gens de ma maison, littéralement : de ma tente.

32 L’étranger ne passait pas la nuit dehors, J’ouvrais mes portes au voyageur. 33 Si, à la manière des hommes, j’ai caché mes fautes, Renfermant mon iniquité dans mon sein,
33 et 34 horreur que lui a toujours inspirée l’hypocrisie

S’il peut, comme il vient de le faire, repousser hautement tant d’accusations, ce n’est pas qu’il ait réussi comme beaucoup d’autres à se faire passer pour juste ; il l’est en effet.

Si, à la manière des hommes. La traduction : Si, à la manière d’Adam, qui est grammaticalement possible, doit être abandonnée, car il s’agit ici de cacher ses péchés aux hommes et non pas à Dieu.

34 Parce que j’avais peur de la grande multitude, Que le mépris des tribus m’effrayait, Et que je me tenais coi, sans sortir de ma porte !… 35 Ah ! Si j’avais quelqu’un qui voulût m’écouter ! Voici ma signature ; que le Puissant me réponde ! Ah ! Si j’avais l’acte d’accusation écrit par mon adversaire !
35 à 37

An lieu de l’imprécation à laquelle on s’attend après le verset 34, Job réclame instamment qu’on veuille une fois l’entendre. Voir déjà le verset 6.

Voici ma signature. Il garantit par là l’innocence qu’il déclare ; il engage son nom.

Ah ! Si j’avais l’acte d’accusation. Il ne le craint pas ; il souffre, au contraire, d’avoir à se défendre contre des imputations qui n’ont pas été énoncées, car il ne compte pas ici les accusations de ses amis : il pense à son adversaire invisible, qui n’a parlé encore que par les maux terribles qu’il lui a dispensés.

36 Certes, je le porterais sur mon épaule, Je m’en ceindrais comme d’une couronne ; 37 Je lui rendrais compte du nombre de mes pas, Je m’approcherais de lui comme un prince.

Comme un prince, la tête haute.

38 Si ma terre crie contre moi, Et que tous ses sillons pleurent ;
38 à 40 Job enfin a évité toute injustice dans l’acquisition de ses terres

Si ma terre crie contre moi, désirant de retourner à ses légitimes propriétaires, que j’en aurais dépouillés.

39 Si j’en ai mangé les récoltes sans l’avoir payée, Et si j’ai arraché l’âme à ses [anciens] propriétaires,

Arraché l’âme : soit à la longue par d’incessantes violences, soit par quelque brusque coup de force (1 Rois 21.1-29). Ces trois versets (38, 39, 40) semblent être hors de leur vraie place, et l’on a supposé que, primitivement, ils se trouvaient à la suite soit du verset 8, soit du verset 12, ou encore du verset 32. Simple erreur de copiste, disent les uns. Transposition intentionnelle, pensent les autres et principalement ceux qui estiment que les discours d’Élihu (chapitres 32 à 37) n’ont pas toujours fait partie de notre poème. L’apparition de l’Éternel (chapitre 38) répondait trop bien au soupir de nos versets 35 à 37. L’auteur du discours d’Élihu aura voulu faire accepter plus aisément son adjonction en séparant du chapitre 38 les versets 35 à 37. Cette hypothèse est fort ingénieuse ; on ne voit guère d’erreurs de copistes portant sur trois versets entiers. Mais est-il certain que les versets 38 à 40 ne soient lus où l’auteur les avait mis ? Plusieurs interprètes ne le pensent pas et rappellent ici, à juste titre selon nous, la grande liberté d’allure de la poésie antique.

Quant aux mots : Fin des discours de Job, que les Massorètes ont mal à propos intercalés dans le texte du verset 40 et que nous en avons sortis, ils sont uniques en leur genre ; rien de pareil dans tout notre livre, ni à la fin des discours des trois amis, ni à la fin du discours d’Élihu. Nous disons volontiers avec Reuss : À la rigueur, ces mots peuvent avoir été écrits par l’auteur, ils font cependant l’effet d’une note de copiste.

40 Qu’au lieu de froment elle produise des épines, Et au lieu d’orge, des herbes fétides ! Fin des discours de Job.