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Jérémie 4
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1 Si tu te convertis, Israël, dit l’Éternel, si tu te convertis à moi, et si tu ôtes de devant moi tes abominations, tu ne seras plus vagabond ;

La construction de la phrase est très discutée. Celle que nous avons adoptée nous paraît répondre au mouvement naturel de la pensée. À une première condition : la vraie conversion à Jéhova accompagnée de la renonciation à l’idolâtrie, répond la promesse qu’Israël ne subira plus un nouvel exil. À la seconde condition : la confession sincère du nom de Jéhova, répond la promesse déjà faite à Abraham Genèse 12.1, qui s’accomplira enfin dans et par sa postérité.

Vagabond : comme Caïn, le même mot est employé Genèse 4.12.

2 et si tu jures : L’Éternel est vivant ! avec vérité, avec droiture et avec justice, les nations se diront bénies en lui et se gloriferont en lui.

Comparez Jérémie 5.2. Le parjure est un des vices des Juifs dans leurs relations avec les autres nations. Ils faisaient par là blasphémer le nom de l’Éternel parmi les païens (Ézéchiel 36.20-23).

En lui : en l’Éternel, qu’elles auront appris à connaître par la conversion d’Israël.

3 Car ainsi parle l’Éternel aux hommes de Juda et à Jérusalem : Défrichez vos jachères et ne semez pas dans les épines !
4.3 à 6.30 Une invasion étrangère

Le prophète revient au temps présent et n’a par conséquent plus devant lui que Juda ; il lui annonce les jugements qui vont fondre sur lui, à moins qu’un renouvellement moral complet n’intervienne.

3 à 31

La description qui suit est extrêmement dramatique :

  • on apprend d’abord la nouvelle de l’approche de l’ennemi, et l’on assiste à la fuite générale du peuple des campagnes vers les villes fortes, versets 3 à 12
  • puis l’on entend la nouvelle que l’ennemi arrive de la montagne d’Éphraïm contre Jérusalem, verset 13 à 22
  • le prophète voit en vision la dévastation du pays, versets 23 à 26.
  • L’on entend enfin la sentence divine annonçant la ruine, mais une ruinequi ne sera pourtant pas l’anéantissement, versets 27 à 31.
3 à 4

Ce renouvellement nécessaire réclamé par le prophète, mais qu’il n’attend pas, est décrit dans deux images, l’une empruntée à la nature (verset 3), l’autre au rituel de la théocratie (verset 4). La première de ces images se trouve déjà Osée 10.12. Juda ressemble à un champ jadis cultivé et redevenu sauvage ; il a besoin non d’un simple labour, d’un amendement partiel, mais d’un nouveau défrichement ; car si le renouvellement du fonds même de sa vie morale n’avait pas lieu, les épines (tous les vices enracinés dans la nation) étoufferaient la semence qu’on jetterait dans ce mauvais terrain. Comparez Matthieu 13.7.

Israël est comparé ensuite aux païens incirconcis. La circoncision morale était déjà demandée à Israël (Deutéronome 10.16), et prédite comme devant être opérée par Jéhova (Deutéronome 30.6).

Circoncisez-vous pour l’Éternel, et non plus seulement pour la forme et par coutume ; enlevez de votre cœur, et non seulement de votre chair, tout ce qui vous sépare de Dieu.

Sans que personne éteigne. comparez Ésaïe 1.31.

4 Circoncisez-vous pour l’Éternel et enlevez les prépuces de votre cœur, hommes de Juda et habitants de Jérusalem ; de peur que ma colère n’éclate comme un feu et ne consume sans que personne éteigne, à cause de la méchanceté de vos actions. 5 Publiez dans Juda et annoncez dans Jérusalem, et parlez ; et sonnez de la trompette dans le pays ; criez à pleine voix et dites : Rassemblez-vous, et allons dans les villes fortes.

Quel est ce peuple ennemi venant du nord ? Pour tous les anciens interprètes et chrétiens, ce sont les Chaldéens. Quelques modernes ont voulu y voir les Scythes, qui auraient envahi la Palestine en 626. Hérodote (I, 105) rapporte que ces peuples, qui habitaient le nord de la mer Noire et de la mer Caspienne, après s’être emparés de la Médie, tentèrent une expédition en Égypte, puis, à leur retour, pillèrent le temple d’Ascalon. La Terre Sainte aurait subi leurs ravages, et ils auraient même laissé leur passage dans le nom de Scythopolis (ville des Scythes), donné par Josèphe et les Maccabées à la ville de Bethséan. Mais cette hypothèse d’une invasion du pays de Juda par les Scythes ne s’appuie que sur des conjectures, sans témoignage historique. Rien n’empêche que le peuple annoncé par Jérémie ne soit celui des Chaldéens ; les différents traits indiqués verset 13 leur conviennent ; comparez Habakuk 1.1-17 ; et bien que ce peuple n’ait joué son grand rôle qu’après la ruine de Ninive, il avait déjà eu des relations avec Juda au temps d’Ézéchias (2 Rois 20.12) ; Esaie 23.13 parle déjà de leurs ravages. Il serait étrange que si Jérémie avait eu en vue l’invasion des Scythes, il ne l’eût jamais rappelée ailleurs ; au chapitre 25, où il désigne Nébucadnetsar comme l’exécuteur des jugements de Dieu, il ne parle point d’un châtiment antérieur.

Sonnez de la trompette. La trompette servait aux mêmes usages que nos cloches ; elle conviait le peuple aux saintes assemblées dans les grandes fêtes nationales et donnait le signal d’alarme. Elle doit avertir ici les habitants des campagnes de se réfugier avec leurs biens dans les villes fortifiées.

6 Élevez un étendard du côté de Sion, sauvez-vous, ne vous arrêtez pas, car j’amène du septentrion malheur et grand désastre.

L’étendard du côté de Sion : on plaçait probablement dans chaque région du pays un signal qui indiquait la direction où il fallait fuir pour arriver, par le plus court chemin à Jérusalem. Comparez Jérémie 1.14.

7 Un lion sort de son fourré, et un destructeur des nations lève sa tente, sort de son lieu pour réduire ton pays en désert ; vos villes seront désolées au point qu’il n’y aura plus d’habitant.

Son fourré : les halliers et les bois épais sont les retraites des lions.

Destructeur des nations : épithète semblable donnée à Babylone, Jérémie 51.25.

8 C’est pourquoi ceignez le cilice, frappez-vous et lamentez-vous, car l’ardeur de la colère de l’Éternel ne s’est pas détournée de nous. 9 Et il arrivera en ces jours-là, dit l’Éternel, que le cœur manquera au roi et aux princes ; les sacrificateurs seront consternés et les prophètes stupéfaits.

Comparez Jérémie 2.8 ; Jérémie 2.26.

Le cœur : chez les Hébreux le siège de l’intelligence et de la volonté ; ils perdront à la fois le sens et le courage.

Prophètes : les faux prophètes ; comparez la sentence sur Hanania (Jérémie 28.15-17).

10 Et je dis : Ah ! Seigneur Éternel, en vérité, tu as trompé ce peuple et Jérusalem en disant : Vous aurez la paix ! … et l’épée atteint jusqu’à l’âme !

Tu as trompé ce peuple : par le moyen de ces faux prophètes que Dieu envoie pour aveugler les pécheurs endurcis (comparez 1 Rois 22.19). C’est un des plus grands jugements de Dieu sur les peuples qu’il va frapper de leur enlever les conseillers sévères mais utiles, en même temps qu’il leur envoie les apôtres séduisants, mais funestes ; il n’y a rien là qui contredise l’idée d’un Dieu juste et saint. Les païens mêmes avaient observé ce phénomène du monde moral, et un poète latin a dit que Jupiter frappe de folie ceux qu’il veut perdre.

11 En ce temps-là, on dira à ce peuple et à Jérusalem : Un vent brûlant vient des collines du désert sur le chemin qui mène à la fille de mon peuple ; non point pour vanner ni pour nettoyer ;

Après l’image du lion, celle du simoun ; qui dessèche, brûle, suffoque.

Non pour vanner : séparer la balle du blé ; ni pour nettoyer : enlever. la paille, de l’aire. Les Orientaux foulent leur blé sur de grandes aires exposées au vent, dont ils font ainsi leur auxiliaire. Le vent que Dieu va envoyer n’est pas un de ceux qui nettoient, mais qui balaient. Il apparaît d’abord à l’horizon comme une nuée ; mais cette nuée est déjà un ouragan, et cet ouragan est déjà la dévastation.

12 c’est un vent plus fort que pour cela, qui vient à mes ordres ; maintenant, à mon tour, je vais prononcer leur sentence.

Le fléau est annoncé au verset 11 ; au verset 12, il est désigné comme un fléau de Dieu.

À mon tour. Littéralement : moi aussi ; réponse aux jugements prononcés sur Dieu par le peuple et par les chefs, Jérémie 2.29 ; Jérémie 2.35.

M. Reuss entend le vent brûlant du verset 11 de la conduite du peuple, et traduit : Un vent rude des pasteurs du désert : telle est la conduite de mon peuple… Un vent violent me vient de leur part ; eh bien ! Moi aussi, je veux plaider ma cause contre eux.

Les mots : non pour vanner ni pour nettoyer, ne sont pas favorables à cette interprétation.

13 Voici, il monte comme les nuées ; comme l’ouragan sont ses chars ; plus rapides que les aigles, ses chevaux ; malheur à nous, car nous sommes dévastés !

Allusion à Deutéronome 28.49. Comparez Habakuk 1.8.

14 Détache ton cœur de la méchanceté, Jérusalem, pour que tu sois sauvée ; jusques à quand demeureront-elles dans ton cœur, tes pensées de ruine ?

Les événements extérieurs sont tellement liés aux faits du monde moral, que le prophète revient sans cesse des menaces aux exhortations. Comparez versets 1 à 5. Rien ne serait perdu encore s’il y avait conversion réelle, complète.

Tes pensées de ruine ; littéralement : les pensées de ta ruine ; les épines du verset 3. Ce ne sont pas seulement des pensées qui mènent à la ruine ; mais elles sont elles-mêmes des ruines morales, les ruines du dedans auxquelles répondront celles du dehors ; de là la répétition du mot au verset 15.

15 Car une voix publie depuis Dan et annonce des ruines depuis la montagne d’Éphraïm ;

Dan. La ville la plus septentrionale de la Palestine.

La montagne d’Éphraïm, par où devait passer l’armée chaldéenne. Même mouvement oratoire Ésaïe 10.27-33, où le prophète décrit l’arrivée de l’Assyrien d’étape en étape.

16 faites-le savoir aux nations ; holà ! Faites-leur dire : À Jérusalem ! Des assiégeants arrivent d’une terre lointaine et poussent leurs cris contre les villes de Juda ;

Faites-le savoir aux nations : c’est ce que crie la voix de malheur du verset 15 ; elle invite toutes les nations voisines à se joindre à la grande curée que l’armée ennemie va faire à Jérusalem.

17 comme des gardes des champs, ils sont à l’entour de Jérusalem ; car elle s’est rebellée contre moi, dit l’Éternel.

Comme des gardes des champs. Il y a une ironie dans cette image de paix rapprochée de ces lugubres réalités.

18 Voilà ce que te vaudront ta conduite et tes actes ; voilà l’effet de ta méchanceté ; oui, cela est amer ; oui, cela atteint jusqu’à ton cœur !

Nouveau retour aux causes morales de tous ces désastres matériels.

19 Mes entrailles, mes entrailles ! Le cœur me fait mal ; le cœur me palpite ; je ne puis me taire, car tu entends, ô mon âme, le son de la trompette, le cri de guerre.

Cette identification du prophète avec son peuple est d’une grande beauté. Tous les prophètes ont souffert les premiers du contenu de leurs sentences (Ésaïe 16.9-11 ; Ésaïe 21.3 ; Ésaïe 21.4).

Tentes et pavillons : images pour désigner les maisons.

20 On annonce brèche sur brèche car tout le pays est ravagé ; tout d’un coup on détruit mes tentes ; en un instant, mes pavillons. 21 Jusques à quand verrai-je l’étendard ? Entendrai-je le son de la trompette ?

Mêmes plaintes du peuple Jérémie 52.14. Le son de la trompette ennemie, les étendards du conquérant se promenant çà et là sans résistance : c’est la torture morale du patriote ajoutée à la ruine de la patrie.

22 C’est que mon peuple est fou ; ils ne me connaissent pas ; ce sont des fils insensés ; ils n’ont pas d’intelligence ; ils sont habiles à faire le mal, et ils ne savent pas faire le bien.

Le prophète répond au soupir du verset 24, que le châtiment ne peut cesser tant que ses causes morales subsistent. La folie consiste à ne pas connaître Dieu ; cette folie est toute morale, puisqu’elle s’allie avec l’habileté dans le mal.

23 Je regarde la terre, et voici elle est sans forme et vide ; les cieux, et leur lumière n’est plus.
23 à 26 Quatre courts tableaux de la dévastation du pays

Le pays reviendra à l’état de chaos où était la terre avant que fût prononcée la parole : Que la lumière soit ! Les mots thohou va bohou ne se trouvent que Genèse 1.2 et dans notre texte.

24 Je regarde les montagnes, et voici elles tremblent, et toutes les collines chancellent.

Images de la commotion morale, produite par l’arrivée de l’ennemi. Tous les fondements de l’ordre physique, social et moral paraîtront ébranlés ensemble ; la nature semble s’associer et concourir à la destruction générale. Tout ce morceau est d’une grande beauté.

25 Je regarde, et voici, il n’y a personne, et tous les oiseaux du ciel ont fui. 26 Je regarde, et voici le verger est devenu le désert, et toutes ses villes sont détruites devant l’Éternel, devant l’ardeur de sa colère.

Verger : en hébreu carmel. Ce mot est tantôt nom propre, tantôt nom commun ; cette dernière acception convient mieux ici à cause du parallélisme avec toutes ses villes.

Devant l’Éternel : car les Chaldéens sont l’instrument de l’Éternel.

27 Car ainsi a dit l’Éternel : Tout le pays ne sera que désolation ; cependant je ne le détruirai pas entièrement.

La différence entre le peuple de Dieu et les autres (Édom, Moab, Babylone, Sodome) consiste en ce que Dieu se réserve toujours en Israël un reste auquel se rattacheront les grandes promesses faites aux pères (comparez Jérémie 5.10 ; Jérémie 5.18 ; Jérémie 30.11) ; et c’est ainsi que Dieu accorde sa justice avec sa fidélité. Mais nous n’avons ici qu’une éclaircie fugitive, un rayon unique dans ce tableau aussitôt envahi de nouveau par les ténèbres.

28 Pour cela, la terre est en deuil, et les cieux sont obscurcis en haut, parce que je l’ai dit, parce que je l’ai résolu, et je ne m’en repens pas, et je n’en reviendrai pas. 29 À la voix du cavalier et de l’archer, toute ville est en fuite ; on entre dans les forêts ; on monte sur les rochers ; toute ville est abandonnée ; il n’y reste personne.

Le prophète fait le tableau détaillé, de la catastrophe dont les effets viennent d’être décrits.

30 Et toi, dévastée, que fais-tu de te vêtir de pourpre, de te parer d’ornements d’or, de border tes yeux de fard ? C’est en vain que tu te fais belle ; tes amants te dédaignent ; c’est ta vie qu’ils veulent.

Dévasté ; elle l’est déjà en idée.

Que fais-tu ?… Dernières tentatives diplomatiques des rois de Juda. Ces artifices de la courtisane, destinés à séduire encore ses vainqueurs, seront en pure perte ; car ceux-ci ne veulent plus que la tuer. Comparez Jérémie 2.24.

Les femmes se mettaient, sur le bord des paupières à l’intérieur, un fard noir composé de substances métalliques, pour faire paraître leurs yeux plus grands et plus brillants. Comparez le récit de la fin de Jézabel 2 Rois 9.30 et Ésaïe 54.11.

31 Car j’entends une voix comme celle d’une femme en travail ; un cri d’angoisse, comme de celle qui enfante une première fois ; c’est la voix de la fille de Sion ; elle est haletante, elle étend les mains : Malheur à moi ! Car mon âme succombe aux coups des meurtriers.

La nation, atteinte au cœur, n’a plus que la force de pousser une dernière plainte avant de rendre le dernier soupir.