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Jérémie 29
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Plan du commentaire biblique de Jérémie 29

Ce chapitre nous transporte dans les commencements du règne de Sédécias. Il fait revivre sous nos yeux la situation nouvelle où se trouvait le peuple d’Israël à la suite de la première déportation. Il était comme partagé en deux tronçons qui aspiraient à se rejoindre sur le sol de la patrie. Tandis que ceux qui étaient restés en Canaan s’enorgueillissaient de cet avantage (chapitre 24) et se berçaient de l’espoir que l’orage qui avait passé sur eux ne les atteindrait plus (chapitre 25), les Israélites déportés, qui formaient l’élite de la nation, attendaient leur retour en Canaan avec la chute prochaine de leurs vainqueurs. Les uns et les autres étaient fortifiés dans ces pensées présomptueuses par les faux prophètes qui vivaient en grand nombre au milieu d’eux. Le prophète de Dieu, Jérémie, se devait à ses compatriotes exilés, comme à ceux qui se trouvaient encore sur le sol de la patrie, et le chapitre 29 contient l’extrait d’une lettre écrite par lui aux premiers et destinée à les remettre dans la vérité de la situation (versets 4 à 19). La fin de cette lettre est une menace contre deux des faux prophètes vivant en captivité, Achab et Sédécias (versets 20 à 23). La fin du chapitre (versets 24 à 32) a trait à l’incident du prophète Sémaïa, provoqué par la lettre de Jérémie envoyée à Babylone.

1 Voici le texte de l’écrit que Jérémie le prophète envoya de Jérusalem au reste des anciens de la captivité, aux sacrificateurs, aux prophètes et à tout le peuple que Nébucadnetsar avait déporté de Jérusalem à Babylone,

Voici le texte : Jérémie reproduit ici le contenu de sa lettre, probablement à cause des accusations dont elle fut le motif (versets 14 et 19).

Au reste des anciens. Le mot reste désigne soit les anciens qui n’étaient ni sacrificateurs ni prophètes, soit, plus probablement ceux qui avaient échappé aux dangers de la guerre ou résisté aux fatigues de la déportation.

2 après que furent sortis de Jérusalem le roi Jéchonias, la reine-mère, les hommes de la cour, princes de Juda et de Jérusalem, les charpentiers et les serruriers.

Après que furent sortis : comparez Jérémie 24.1 ; 2 Rois 24.15.

Reine-mère : voir Jérémie 13.18, note.

3 Il le leur envoya par Eléasa, fils de Saphan, et Guémaria, fils de Hilkija, que Sédécias, roi de Juda, avait envoyés à Babylone vers Nébucadnetsar, roi de Babylone. Cet écrit disait :

Eléasa, fils de Saphan : peut-être un frère d’Achikam, protecteur de Jérémie (Jérémie 26.24) ; Guémaria, fils d’Hilkija, pourrait être un frère de Jérémie (Jérémie 1.1).

4 Ainsi parle l’Éternel des armées, Dieu d’Israël, à tous les captifs que j’ai exilés de Jérusalem à Babylone : 5 Bâtissez des maisons et habitez-les ; plantez des jardins et mangez-en le fruit ;

Les exilés, entretenus dans leurs illusions par les faux prophètes qui leur annonçaient un prochain retour, se refusaient à rien entreprendre en vue d’un établissement durable sur la terre étrangère ; rien de plus propre à dissiper leurs vaines espérances que ce conseil très ferme de Jérémie. Au terme de l’exil, il faudra au contraire les arracher à leur nouvelle patrie, où ils auront trouvé la richesse et le bien-être, pour les ramener sur le sol sur lequel seul doivent s’accomplir leurs véritables destinées.

6 prenez des femmes et ayez des fils et des filles ; prenez des femmes pour vos fils et donnez des maris à vos filles, et qu’elles enfantent des fils et des filles ; multipliez-vous là et ne diminuez pas ; 7 et recherchez le bien de la ville où je vous ai exilés et priez l’Éternel pour elle, car son bien sera votre bien.

Recherchez le bien. C’est la règle de conduite qui sera plus tard donnée aux chrétiens par rapport à l’État, sous la protection duquel ils sont appelés à vivre. Souhaiter le malheur du pays où l’on vit, dans l’espoir d’y trouver une issue conforme à ses propres vues, c’est, pour ne rien dire de plus, méconnaître ses propres intérêts. Les habitants d’un même sol sont trop solidaires entre eux pour que le malheur de l’un puisse faire le bonheur des autres. L’enfant de Dieu doit faire descendre la bénédiction sur la société qui l’a reçu et qui le protège.

Priez : comparez 1 Timothée 2.1-2.

8 Car ainsi parle l’Éternel des armées, Dieu d’Israël : Ne vous laissez pas séduire par vos prophètes qui sont au milieu de vous, ni par vos devins, et n’écoutez pas les songes que vous vous donnez.

Les songes… ; littéralement : vos songes que vous vous faites songer. Ils s’entretenaient les uns les autres dans un état de surexcitation qui allait croissant en se prolongeant.

9 Car c’est en mentant qu’ils, vous prophétisent en mon nom ; je ne les ai point envoyés, dit l’Éternel. 10 Car voici ce que dit l’Éternel : Lorsque soixante-dix ans seront accomplis pour Babylone, je vous visiterai et j’exécuterai pour vous ma bonne parole en vous ramenant en ce lieu.

Soixante-dix ans : comparez Jérémie 25.11-12.

11 Car je connais, moi, les pensées que j’ai pour vous, dit l’Éternel, pensées de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et une espérance.

Je connais : comparez Hébreux 12.11. Les voies de Dieu semblent d’abord sévères, mais la bénédiction est au terme pour ceux qui les acceptent humblement ; néanmoins elle n’est qu’au terme. Vouloir anticiper impatiemment les temps et les moments dont Dieu s’est réservé à lui seul la disposition, c’est s’exposer à tout perdre, les bienfaits du châtiment comme ceux de la délivrance.

Un avenir : belle parole qui marque la supériorité d’Israël sur tous les autres peuples de l’antiquité. Israël seul a attendu un véritable avenir, les autres se bornent plutôt à regretter le passé.

12 Et vous m’appellerez, et vous viendrez, et vous me prierez, et je vous écouterai.

Il est remarquable que la première grâce que le prophète annonce pour cet avenir, soit le droit rendu au peuple de prier son Dieu. Ainsi la condition pour obtenir toute grâce, la prière, est elle-même une grâce.

13 Vous me chercherez et vous me trouverez, parce que vous me chercherez de tout votre cœur,

Vous me chercherez de tout votre cœur. Il y a chercher et chercher. Les faux prophètes cherchaient Dieu sans doute. Mais ils le cherchaient pour la satisfaction de la chair, et non pour la sanctification du cœur ; comparez Deutéronome 4.29 ; Deutéronome 30.1-5.

14 et je me laisserai trouver par vous, dit l’Éternel ; je ramènerai vos captifs, et je vous rassemblerai d’entre toutes les nations et de tous les lieux où je vous ai chassés, dit l’Éternel, et je vous ramènerai au lieu d’où je vous ai exilés. 15 Vous dites : L’Éternel nous a suscité des prophètes jusqu’à Babylone.

La présence de prophètes nombreux au milieu d’eux paraissait aux exilés une garantie de la faveur divine.

16 Ainsi a dit l’Éternel au sujet du roi qui est assis sur le trône de David, et de tout le peuple qui habite dans cette ville, de vos frères qui ne sont point allés avec vous en exil ;

Réponse sévère de l’Éternel à ce motif trompeur de sécurité. Les menaces qui suivent coupent court à tout vain espoir (comparez Ézéchiel chapitres 4, 9, 11, 12).

17 ainsi a dit l’Éternel des armées : Voici, j’envoie contre eux l’épée, la famine et la peste, et je les traite comme les figues détestables qu’on ne mange pas, tant elles sont mauvaises ;

J’envoie contre eux. Ceux qui sont demeurés en Canaan seront encore plus misérables que vous.

Les figues : peut-être allusion à la vision du chapitre 24. Mais les exilés pouvaient sans la connaître comprendre l’image.

18 et je les poursuis avec l’épée, la famine et la peste, et je les livre à l’agitation dans tous les royaumes de la terre, à la malédiction, à la désolation, à la risée, à l’outrage chez toutes les nations où je les aurai chassés, 19 en punition de ce qu’ils n’ont pas écouté mes paroles, dit l’Éternel, moi qui leur ai envoyé mes serviteurs les prophètes, me levant matin pour les envoyer ; et vous n’avez point écouté, dit l’Éternel.

Vous n’avez point écouté. Il semble qu’il devrait y avoir ici la troisième personne, puisque Jérémie parle aux exilés de ceux qui ne sont pas encore emmenés en captivité. Mais il réunit ici tous les membres du peuple, parce que le péché des uns est celui de tous.

20 Et vous, écoutez la parole de l’Éternel, tous les captifs que j’ai envoyés de Jérusalem à Babylone ! 21 Ainsi parle l’Éternel des armées, Dieu d’Israël, au sujet d’Achab, fils de Kolaïa, et de Sédécias, fils de Maaséia, qui vous prophétisent en mon nom des mensonges : Voici, je les livre aux mains de Nébucadretsar, roi de Babylone ; et il les frappera sous vos yeux ;

Achab et Sédécias : personnages inconnus du reste. Sous les yeux même du gouvernement chaldéen ils osaient. fomenter la révolte contre lui ; il était juste qu’ils tombassent sous ses coups.

22 on tirera d’eux une formule de malédiction, chez tous les captifs de Juda qui sont à Babylone, en disant : Que l’Éternel te traite comme Sédécias et comme Achab, que le roi de Babylone a fait rôtir au feu !

Rôtir au feu : supplice en usage chez les Chaldéens (Daniel 3.6).

23 parce qu’ils ont fait une infamie en Israël, et commis adultère avec les femmes de leurs prochains, et prophétisé en mon nom des choses fausses que je ne leur avais pas commandées ; et moi, je suis celui qui sait et qui voit, dit l’Éternel.

Commis adultère. Ce crime a toujours été fréquent chez les mercenaires du sanctuaire en Israël. Il n’était pas nécessaire d’attendre l’événement pour confondre de pareils hommes comme faux prophètes.

24 Tu parleras aussi à Sémaïa, le Néhélamite, en ces termes :

Sémaïa : connu par ce seul passage. Néhélamite : soit originaire d’une ville appelée Néhélam, soit descendant d’un homme de ce nom, qui ne se retrouve pas dans l’Ancien Testament.

25 Ainsi a dit l’Éternel des armées, Dieu d’Israël : Tu as donc envoyé en ton propre nom des écrits à tout le peuple de Jérusalem, au sacrificateur Sophonie, fils de Maaséia, et à tous tes sacrificateurs, pour dire :

La lettre envoyée par Jérémie à Babylone avait exaspéré ce personnage, qui usait de l’influence qu’il avait conservée à Jérusalem pour nuire au prophète.

Sophonie : sacrificateur en second au moment de la ruine (2 Rois 25.18)

26 L’Éternel t’a établi sacrificateur à la place du sacrificateur Jéhojada, afin qu’il y ait des surveillants dans la maison de l’Éternel, pour tout homme qui fait l’inspiré et le prophète, afin de le mettre aux ceps et au carcan.

À la place de Jehojada. Il ne peut être question ici du grand sacrificateur qui fit périr Athalie. C’est un personnage qui avait probablement succédé à Paschur (chapitre 20). Voir sur cette charge Jérémie 20.1, note. Sémaïa reproche à Sophonie de ne pas infliger à Jérémie un traitement pareil à celui que Paschur lui avait fait subir.

Ceps, serrant les pieds ; carcan, collier en fer serrant le cou, mais comme instrument de torture, plutôt que d’exposition publique.

Qui fait l’inspiré : il applique évidemment à Jérémie lui-même ces épithètes dénigrantes. Comparez 2 Rois 9.11.

27 Et maintenant, pourquoi n’as-tu pas réprimé Jérémie d’Anathoth qui vous prophétise ? 28 Car il nous a fait dire à Babylone : Ce sera long ! Bâtissez des maisons et habitez-les ; plantez des jardins et mangez-en le fruit ! 29 Et Sophonie le sacrificateur lut cet écrit aux oreilles de Jérémie le prophète ;

L’intention de Sophonie, en communiquant cette lettre à Jérémie, était sans doute bienveillante ; car il ne céda point aux suggestions qui y étaient contenues.

30 et la parole de l’Éternel fut adressée à Jérémie en ces mots : 31 Envoie à tous les exilés ces paroles : Ainsi a parlé l’Éternel au sujet de Sémaïa, le Néhélamite : Parce que Sémaïa vous a prophétisé sans que je l’eusse envoyé, et vous a fait croire un mensonge,

Envoie : par une voie qui nous est inconnue et à une époque évidemment postérieure à l’expédition de la lettre rapportée ci-dessus.

32 à cause de cela l’Éternel parle ainsi : Voici, je vais visiter Sémaïa, le Néhélamite, et sa postérité ; il n’aura personne des siens qui habite au milieu de ce peuple, et il ne verra pas le bien que je vais faire à mon peuple, dit l’Éternel ; car sa parole a été une révolte contre l’Éternel.

Sa postérité… : le plus terrible châtiment au point de vue d’alors ; comparez la sentence de Jéhojakim (Jérémie 22.30). Voir la contre-partie dans 2 Samuel 7.10-29 ; Psaumes 25.13.

Il ne verra pas le bien : comparez 2 Rois 7.2 ; 2 Rois 7.19.

Sa parole a été une révolte : voir à Jérémie 27.16 ; comparez Deutéronome 13.6.