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Jérémie 25
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Jérémie 25

Chapitres 25 à 29 : Le terme de la captivité

Ce discours pourrait être appelé un chapitre de l’histoire universelle. Il marque une des dates cardinales de l’histoire ancienne (606). Nébucadnetsar et la puissance chaldéenne succèdent sur le théâtre du monde à l’Assyrie, dont la capitale, Ninive vient d’être détruite. Cette date partage également le ministère de Jérémie en deux périodes (voir l’introduction). C’est dès maintenant qu’il met ses prophéties par écrit (chapitre 36) et que, par les vues qu’il jette sur l’avenir des puissances étrangères dans le mouvement desquelles Israël va être complètement entraîné, il prend, pour ainsi dire, possession de son titre de prophète des nations (voyez Jérémie 1.5 ; Jérémie 1.10, note).

En effet, les fameuses soixante-dix années assignées par le prophète, dans le chapitre 25 comme dans la lettre qu’il adresse aux captifs (chapitre 29), à la durée de l’exil, n’intéressaient pas seulement Juda et Israël mais tous les peuples, puisqu’elles exprimaient en même temps la durée totale de la monarchie chaldéenne. Ainsi : Juda et tous les peuples qui l’ont frappé, asservis au roi de Babylone ; puis la puissance de Babylone elle-même recevant d’autres conquérants à venir la rétribution de ses longues injustices : tel est le tableau grandiose qui se déroule aux regards de Jérémie. C’est le point de départ de celui que contemplera le spectateur des révolutions des grandes monarchies, le prophète Daniel.

Division de ce chapitre :

  • titre et dates, versets 1 et 2
  • annonce d’une ruine qui fera disparaître le royaume de Juda pendant soixante-dix ans, versets 3 à 11
  • mais qui sera suivie de la ruine de Babylone elle-même, versets 12 à 14
  • la coupe de la colère est présentée à tous les peuples de la terre, versets 15 à 29
  • le jugement ainsi figuré est annoncé en termes propres, versets 30 à 38.
1 La parole qui fut adressée à Jérémie touchant tout le peuple de Juda, en la quatrième année de Jébojakim, fils de Josias, roi de Juda, qui fut la première de Nébucadretsar, roi de Babylone ;

La quatrième année de Jéhojakim. C’est la date de la bataille de Carkémis, où Pharaon Néco fut vaincu par Nébucadnetsar (voir introduction). Le morceau Jérémie 46.1-12 présente le tableau animé de cette bataille, qui mit fin à la grandeur de l’Égypte. Nébucadnetsar poursuivit ses succès du côté de l’occident et soumit Jérusalem (voir introduction). C’est de ce moment où Juda fut soumis à la puissance chaldéenne que datent les soixante-dix années de l’exil auquel mit fin, en 536, l’édit de Cyrus.

La première de Nébucadretsar. Ce prince n’était encore que le co-régent de son père (qui mourut seulement l’année suivante), mais il exerçait déjà la plénitude du pouvoir royal.

2 parole que Jérémie le prophète prononça sur tout le peuple de Juda et pour tous les habitants de Jérusalem, en ces termes : 3 Depuis la treizième année de Josias, fils d’Amon, roi de Juda, jusqu’à ce jour, voici vingt-trois ans que la parole de l’Éternel m’a été adressée et que je vous ai parlé, me levant matin pour vous parler, sans que vous ayez écouté.

Vingt-trois ans : dix-neuf ans sous Josias ; trois mois sous Joachaz ; quatre ans sous Jéhojakim. Combien peu de fruits de vie pour un si long ministère ! Que de fruits de mort pour un ministère si fidèle !

Dès le matin. Comparez Jérémie 7.13 ; Jérémie 11.7 ; expression émouvante de la sollicitude de Dieu pour le salut de son peuple.

4 Et l’Éternel vous a envoyé tous ses serviteurs les prophètes, en les envoyant dès le matin, et vous n’avez pas prêté l’oreille pour écouter. 5 Ils disaient : Retirez-vous donc chacun de votre mauvaise voie et de la méchanceté de vos actions, et habitez de siècle en siècle dans le pays que l’Éternel a donné à vous et à vos pères.

Et habitez. C’est une promesse qui est exprimée ici sous la forme d’un ordre, parce que l’accomplissement dépend réellement de la conduite et par conséquent de la volonté de l’homme.

6 Ne suivez pas d’autres dieux pour les servir et les adorer, et ne m’irritez pas par l’œuvre de vos mains, et je ne vous ferai point de mal. 7 Mais vous ne m’avez pas écouté, dit l’Éternel, afin de m’irriter par l’œuvre de vos mains, pour votre malheur. 8 C’est pourquoi l’Éternel des armées parle ainsi : Parce que vous n’avez point écouté mes paroles, 9 voici, j’envoie et je prends toutes les tribus du septentrion, et je les amène à Nébucadretsar, roi de Babylone, mon serviteur ; je les fais venir contre ce pays et contre ses habitants et contre toutes les nations d’alentour, que je mettrai à l’interdit et que je réduirai en désolation, en objet de dérision, en dévastation éternelle.

Toutes les tribus du septentrion : comparez Jérémie 1.15. Dieu réunit ces peuples du nord sous le sceptre de Nébucadnetsar, pour les amener tous ensemble contre Jérusalem.

Mon serviteur. Il est bien remarquable que ce titre auguste de serviteur de l’Éternel, qui dans la dernière partie d’Ésaïe s’applique tour à tour au peuple d’Israël et à son Messie, soit donné ici à un roi païen, exécuteur aveugle des plans divins. Dieu veut légitimer en quelque sorte le pouvoir de Nébucadnetsar sur son peuple, qu’il lui livre. On peut rapprocher de ce titre celui, plus noble encore, d’oint de l’Éternel, qui est appliqué à Cyrus dans la dernière partie d’Ésaïe (chapitre 45). Nébucadnetsar fut l’instrument, de la destruction du peuple, annoncée par les prophètes ; Cyrus, celui de la restauration promise par eux.

Contre toutes les nations d’alentour : voir versets 15 à 26.

À l’interdit : le même mot qui avait été appliqué jadis à l’extermination des Cananéens. En Dieu il n’y a pas d’acception de personnes.

10 Je ferai disparaître de chez eux la voix de la joie et la voix de l’allégresse, la voix du marié et la voix de la mariée, le bruit de la meule et la lumière de la lampe ;

Comparez Jérémie 16.9. Jérémie ajoute ici le bruit de la meule. Les anciens se servaient de moulins à bras ; chaque maison avait le sien pour préparer son pain de la journée. Toute famille orientale a de même une lampe allumée la nuit ; c’est le dernier luxe que les pauvres se retranchent. Ainsi, tout signe de vie et de prospérité, soit pour les yeux, soit pour les oreilles, aura cessé.

11 et tout ce pays sera mis en dévastation et en désolation, et ces nations seront asservies au roi de Babylone pendant soixante-dix ans.

Soixante-dix ans. Ce nombre est sans doute en rapport avec la durée moyenne de deux générations. C’est ce que paraît indiquer la parole Jérémie 27.7 (son fils et le fils de son fils).

12 Et lorsque les soixante-dix ans seront accomplis, je demanderai compte de leur péché au roi de Babylone et à cette nation-là, dit l’Éternel, et au pays des Chaldéens ; et j’en ferai des solitudes éternelles ;

Lorsque ces soixante-dix ans seront accomplis. La monarchie chaldéenne n’a duré proprement que soixante-huit ans, de 606 à 538, où Babylone fut prise par les Mèdes et les Perses (deux ans avant l’édit de Cyrus) ; le nombre soixante-dix est un nombre rond (voir verset 11).

Nous rencontrons ici l’accomplissement de la loi énoncée déjà Ésaïe 10.5 (voir note), savoir que les instruments de Dieu dans l’exécution de ses jugements demeurent responsables de la manière en laquelle ils remplissent leur mandat.

13 et je ferai venir sur ce pays toutes les paroles que j’ai prononcées contre lui, tout ce qui est écrit dans ce livre, ce que Jérémie a prophétisé sur toutes les nations.

Tout ce qui est écrit dans ce livre. Cette notice, qui a trait au contenu des chapitres 46 à 51, paraît avoir été adjointe lors de la rédaction définitive du recueil (voir au verset 18, note). Mais ce n’est point une raison suffisante pour révoquer en doute l’authenticité de tout le passage versets 11 à 14, comme l’ont fait quelques interprètes. En tout cas, la prophétie des soixante-dix ans de captivité se retrouve dans la lettre aux exilés (chapitre 29).

14 Car des nations nombreuses et de grands rois les assujettiront, eux aussi, et je leur rendrai selon leurs actes et selon l’œuvre de leurs mains.

Eux aussi : on devait avoir peine à le croire.

15 Car ainsi m’a dit l’Éternel, Dieu d’Israël : Prends de ma main cette coupe du vin de la colère, et fais-la boire à toutes les nations vers lesquelles je t’enverrai.

Le jugement qui va se promener sur toutes les nations de la terre, est annoncé sous la figure, fréquemment usitée, d’une coupe. Cette coupe doit être présentée par Jérémie à chacun des peuples nommés ici. Comme le contenu de la coupe est la colère de Dieu, il est clair que l’acte lui-même ne se passe point dans le domaine de la réalité extérieure. Dans cette énumération de peuples, le prophète commence par Juda et par Pharaon, son allié et de là remonte au nord, en s’écartant tantôt à droite, tantôt à gauche, pour finir par Babylone. Cette prophétie est le thème général des menaces contre les peuples païens développées dans la dernière partie du livre (chapitres 46 à 51). C’est là sans doute la raison pour laquelle la traduction des LXX a placé ces dernières ici même.

16 Elles en boiront ; elles chancelleront ; elles seront prises de délire devant l’épée que je jette au milieu d’elles.

Prises de délire. Ce terme se rapporte à la frénésie qui s’empare des peuples à la veille des grandes catastrophes : c’est l’effet immédiat de la coupe ; après cela vient l’épée, c’est-à-dire le carnage lui-même.

17 Et je pris la coupe de la main de l’Éternel et je la fis boire à toutes les nations vers lesquelles l’Éternel m’envoyait : 18 à Jérusalem et aux villes de Juda, à ses rois, à ses princes, pour en faire une dévastation, une désolation, un objet de risée et de malédiction, comme ils le sont aujourd’hui ;

Comme ils le sont aujourd’hui. Ces mots sont une glose, ajoutée au texte après l’accomplissement de la prédiction, pour en constater la vérité.

19 à Pharaon, roi d’Égypte, à ses serviteurs, à ses princes et à tout son peuple ; 20 à tout le mélange de peuples, et à tous les rois du pays de Uts, à tous les rois du pays des Philistins, à Askalon, Gaza, Ékron et aux restes d’Asdod ;

À tout le mélange de peuples. L’Égypte a de tout temps reçu dans son sein quantité d’étrangers qu’elle s’assimilait plus ou moins (Exode 12.38) : On a pensé aussi aux mercenaires ioniens et cariens dont Psammétique, père de Pharaon Néco, avait fait récemment ses auxiliaires et auxquels il avait assigné des terres près des bouches du Nil. La prophétie contre l’Égypte est développée au chapitre 46.

Uts, le pays de Job ; d’après Lamentations 4.21, vaste contrée à l’orient de l’Idumée.

Rois du pays des Philistins. Il y avait cinq villes capitales dans le pays des Philistins (1 Samuel 6.4). Mais l’une d’entre elles, Gath, dès longtemps ruinée ou privée de son indépendance, n’est déjà plus mentionnée par Amos (Amos 1.8). Elles avaient chacune leur roi.

Les restes d’Asdod. Cette ville avait été saccagée par Psammétique après un siège de vingt-neuf ans.

La prophétie contre les-Philistins est reprise en détail au chapitre 47.

21 à Édom, à Moab et aux fils d’Ammon ;

Édom, Moab, les fils d’Ammon. Jérémie réunit ici les peuples parents des Israélites. Sur Édom comparez Jérémie 49.7-22 ; sur Moab, chapitre 48 ; sur les Ammonites, Jérémie 49.4-6.

22 à tous les rois de Tyr, à tous les rois de Sidon et aux rois des îles qui sont par-delà la mer ; 23 à Dédan, à Théma, à Buz et à tous ceux qui se rasent les tempes ;

Dédan : tribu commerçante voisine du peuple des Édomites (Ézéchiel 25.13 ; Ézéchiel 27.15 ; comparez Ésaïe 21.13). La Genèse compte un Dédan parmi les Cuschites (Genèse 10.7) et un autre parmi les fils de Kétura (Genèse 25.3).

Théma : autre tribu arabe, descendant d’Ismaël, selon Genèse 25.15 ; réunie à Dédan Ésaïe 21.13 ; nommée aussi Job 6.9.

Buz : descendant de Nachor (Genèse 22.21) ; c’est de sa famille qu’était Élihu (Job 32.2). Les Buzites habitaient sans doute, avec les tribus précédentes, l’Arabie déserte.

Qui se rasent les tempes. Voir Jérémie 9.26.

Sur les prophéties contre les tribus arabes, voir Jérémie 49.28-33.

24 à tous les rois d’Arabie, à tous les rois des peuples mélangés qui habitent le désert ;

Les peuples mélangés : comparez Ézéchiel 30.5.

25 à tous les rois de Zimri, à tous les rois d’Elarn et à tous les rois de Médie ;

Zimri : inconnu.

Elam, selon la plupart des interprètes, l’Elymaïs ou Suziane des anciens (le Chusistan), qui paraît avoir fait partie de l’empire d’Assyrie ; voir Ésaïe 22.6 ; Esdras 4.9. Il est joint aux Mèdes, Ésaïe 21.2. Sur la prédiction contre Elam, voir Jérémie 49.34-39.

26 et à tous les rois du septentrion, rapprochés et éloignés, à l’un comme à l’autre, et à tous les royaumes du monde qui sont sur la face de la terre ; et le roi de Sésac boira après eux.

Sésac. Jérémie 51.41 montre que ce nom désigne Babylone. D’après la tradition juive, ce serait simplement le nom de Babel, prononcé d’après l’alphabet Athbasch, usité en Orient, qui consiste à remplacer la première lettre de l’alphabet par la dernière, la seconde par l’avant-dernière et ainsi de suite (ainsi dans le mot Babel Sch pour B et C pour L). Comparez Jérémie 51.1. Mais il ne faudrait pas voir ici un simple jeu d’esprit. Le nom de Sésac paraît faire allusion au mot schaka, s’affaisser, s’enfoncer et son sens devient ainsi symbolique. Il trouve son commentaire dans le texte même du prophète Jérémie 51.64 : Babylone sera plongée, submergée.

27 Et tu leur diras : Ainsi parle l’Éternel des armées, Dieu d’Israël : Buvez, enivrez-vous, vomissez et tombez pour ne plus vous relever, devant l’épée que je jette parmi vous ! 28 Et s’ils refusent de prendre la coupe de ta main pour boire, tu leur diras : Ainsi parle l’Éternel des armées : Vous boirez !

S’ils refusent. Cette supposition appartient toujours à la vision. Elle signifie que toute résistance de leur part au dessein de Dieu sera inutile.

29 Car, voici, c’est dans la ville sur laquelle mon nom est invoqué que je commence à sévir, et vous, vous échapperiez ? Vous n’échapperez pas ; car j’appelle l’épée sur tous les habitants de la terre, dit l’Éternel des armées.

Le jugement de Dieu commence par sa maison, 1 Pierre 4.17.

30 Et toi, tu leur prophétiseras toutes ces choses, et tu leur diras : L’Éternel rugit d’un lieu élevé ; de la demeure de sa sainteté il fait entendre sa voix, il rugit contre son domaine ; il répond à tous les habitants de la terre en criant comme les pressureurs qui foulent le raisin.

L’Éternel rugit. Allusion à Joël 3.16 et Amos 1.2. Mais dans ces deux passages, l’Éternel rugit de Sion contre les païens ; ici il rugit du ciel contre Sion.

Il répond. Les jugements de Dieu sont la réponse aux péchés de l’homme. Comparez Genèse 18.21.

Comme les pressureurs, qui accompagnaient de cris cadencés le piétinement du raisin dans la cuve. Même image Ésaïe 63.1-6 ; Lamentations 1.15 ; Apocalypse 14.19 ; Apocalypse 19.15. C’est un jugement général qui s’approche ; un type du jugement final, qui se confond avec celui-ci dans l’intuition prophétique.

31 Le bruit en est arrivé jusqu’au bout de la terre, car l’Éternel plaide contre toutes les nations ; il fait le procès à toute chair ; il livre les méchants au glaive, dit l’Éternel. 32 Ainsi parle l’Éternel des armées : Voici, le malheur passe de nation à nation ; une grande tempête s’élève des extrémités de la terre ; 33 et il y aura des blessés de l’Éternel en ce jour-là d’un bout de la terre jusqu’à l’autre bout ; ils ne seront ni pleurés, ni ramassés, ni enterrés ; ils seront du fumier sur le sol.

Des blessés de l’Éternel : comparez Ésaïe 66.16 ; blessés de l’Éternel par la main de Nébucadnetsar.

Ni enterrés… Comparez Jérémie 8.1-3.

34 Hurlez, pasteurs ; criez et roulez-vous dans la poussière, chefs du troupeau ; car le temps est venu pour vous d’être égorgés, je vous disperserai, et vous tomberez comme des vases de prix.

Pasteurs : les rois.

Chefs du troupeau : les grands ; l’aristocratie ; les brebis grasses, Ézéchiel 34.16.

Des vases de prix ; on attendrait plutôt l’image contraire : des vases de rebut ; comparez Jérémie 22.28. Mais Jérémie veut dire : les vases les plus délicats et les plus fragiles.

35 Plus de retraite pour les bergers ; plus de refuge pour les chefs du troupeau ! 36 On entend les cris des bergers et les hurlements des chefs du troupeau ; car l’Éternel dévaste leur pâturage. 37 Les champs de la paix sont désolés par l’ardeur de la colère de l’Éternel ; 38 il quitte sa retraite, comme un lionceau son fourré ; car leur pays va être désolé par l’ardeur du destructeur, par l’ardeur de sa colère.

Il quitte sa retraite. L’Éternel sort de son ciel pour ravager le monde.