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Jean 8
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1 Mais Jésus alla à la montagne des Oliviers.
Chapitre 8

On trouve une description semblable dans Luc 21.37-38.

Le dernier verset de Jean 7 et les deux premiers par lesquels s’ouvre notre Jean 8 forment une sorte d’introduction à l’histoire de la femme adultère qui va suivre. Ils font partie du fragment dont l’authenticité est contestée.

Voici d’abord, à cet égard, l’état des documents sur lesquels s’appuie la critique du texte.

  1. Un grand nombre de manuscrits, Codex Sinaiticus, B, A, C, etc., du quatrième au neuvième siècle, omettent entièrement ce récit, et plusieurs de ceux qui l’ont conservé le marquent de signes de doute.
  2. Les versions anciennes, sauf quelques manuscrits de l’Itala ne le renferment pas davantage.
  3. Les Pères de l’Église des trois premiers siècles, et même Chrysostome, ne le mentionnent pas comme renfermé dans notre évangile. Origène, qui s’est occupé spécialement de l’état du texte, n’en parle pas.
  4. Dans plusieurs documents, ce morceau se trouve placé à la fin de l’Évangile de Jean ; dans quelques autres à la suite de Luc 21.
  5. Ces versets abondent en variantes diverses, ce qui est toujours un signe peu favorable à l’authenticité.
  6. Le style de ce récit n’est pas celui de Jean ; il porte tous les caractères des narrations synoptiques.

Aussi la plupart des critiques et des exégètes se refusent-ils à considérer ce récit comme faisant partie de l’Évangile de Jean. Ainsi Erasme, Calvin, Bèze Lücke, Tholuck, Olshausen, de Wette Reuss, Hengstenberg, Meyer, MM. Weiss, Luthardt, Keil, Godet, et tous les modernes éditeurs du texte. Rappelons, d’autre part, que sept majuscules (dont D), du sixième au neuvième siècle, et un très grand nombre de minuscules, aussi bien que quelques exemplaires de l’Itala, la Vulgate, la version syriaque de Jérusalem, contiennent ce récit sans le marquer d’aucun signe de doute.

Jérôme, écrivant au quatrième siècle, témoigne (Adversus Pelagium, 2, 17) que cette relation se trouvait « en plusieurs manuscrits, tant grecs que latins ».

Aussi plusieurs interprètes éminents, Augustin, Bengel, Hug, Ebrard, Stier, Lange, soutiennent-ils l’authenticité de ce fragment alléguant avec Augustin qu’il n’a été retranché, à l’origine, que par la crainte de l’influence morale qu’il pouvait exercer à une époque où, d’une part, un grand relâchement des mœurs et, d’autre part, un faux ascétisme s’étaient introduits dans l’Église.

Quant à la vérité historique du fait, on peut dire avec Meyer :

Cette histoire porte un tel cachet d’originalité, il est si évident qu’elle n’est imitée d’aucun autre récit de la tradition évangélique, qu’il est impossible d’y voir une légende d’un temps postérieur, sa vérité interne se justifie facilement par l’exégèse, malgré les doutes qu’on a soulevés.

Le récit est en tout cas fort ancien, Eusèbe rapporte (Histoire Ecclésiastique 3.39) que l’écrit de Papias sur les évangiles contenait l’histoire d’une femme qui, à cause de ses péchés, fut accusée devant le Seigneur. « Cette histoire, ajoute-t-il, se trouve dans l’Évangile des Hébreux ».

Cela prouverait que notre récit appartient à la tradition apostolique. Il a été inséré dans la suite à cette place, parce que le piège tendu à Jésus (verset 6) paraissait en harmonie avec les dispositions hostiles des autorités à son égard (Jean 7.32-45 et suivants).

2 Mais à la pointe du jour, il se rendit de nouveau dans le temple, et tout le peuple venait à lui ; et s’étant assis, il les enseignait. 3 Alors les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qui avait été surprise en adultère,

Qui étaient ces scribes (terme étranger au style de Jean) et ces pharisiens, et quelle était leur mission ?

Souvent on a vu en eux des délégués du sanhédrin et, par conséquent, des juges de la malheureuse femme qu’ils amènent. Ils viendraient, avant d’instruire son procès, proposer à Jésus une question juridique concernant l’accusée.

Cette vue fausse de la situation a été la source de la plupart des difficultés historiques qu’on a trouvées dans notre récit. Quelle apparence que le conseil souverain de la nation juive, qui méprisait et haïssait Jésus, et venait d’envoyer des huissiers pour l’arrêter (Jean 7.32-45), voulût lui soumettre officiellement la cause d’une accusée qu’il avait à juger ! Et quelle apparence que Jésus eût consenti à se prononcer dans une affaire qui ressortissait exclusivement au tribunal ! (comparer Luc 12.14).

Non, ces hommes n’agissent que sous leur inspiration individuelle, et ils viennent, comme ils l’avaient fait souvent, proposer à Jésus une question captieuse (verset 6, note). Pour cela, aveuglés par l’hypocrisie et la haine, ils auront la cruauté de produire en public la malheureuse femme dont ils se sont emparés, et qui n’était encore ni jugée, ni condamnée (verset 9, note).

4 et l’ayant placée au milieu, ils lui disent : Maître, cette femme a été prise sur le fait, commettant adultère. 5 Or, dans la loi, Moïse nous a ordonné de lapider de telles femmes ; toi donc, que dis-tu ?

Ici encore on a contesté la vérité de notre récit. La peine de mort était prononcée contre l’adultère (Lévitique 20.10 ; Deutéronome 22.22) mais la lapidation, n’était infligée, selon la lettre de la loi, qu’à la fiancée infidèle (Deutéronome 22.24) les pharisiens n’auraient donc pas eu le droit de dire que Moïse avait ordonné ce genre de supplice. Mais comme, en fait, on l’appliquait lorsque la loi n’en prescrivait pas d’autre (Exode 31.14 ; comparez avec Nombres 15.32-36), ils pouvaient s’appuyer de l’usage, pour prononcer ces paroles.

Meyer résout autrement la difficulté. Pour retrouver ici exactement la lettre de la loi, il admet que la femme dont il s’agit était en effet une fiancée devenue infidèle. Cela est très peu probable.

6 Ils disaient cela pour l’éprouver, afin d’avoir de quoi l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.

En quoi consistait l’épreuve, ou le piège tendu au Sauveur ? Cette question est résolue de manières diverses par les interprètes.

Lücke et de Wette la déclarent même insoluble !

La plupart l’expliquent ainsi : si Jésus se prononçait contre la lapidation, les pharisiens l’auraient accusé auprès du sanhédrin comme contempteur de la loi de Moïse, s’il s’était prononcé pour le supplice, ils l’auraient dénoncé à l’autorité romaine comme les incitant à usurper un droit — celui de mettre à mort qui ne leur appartenait plus.

Cette dernière supposition est invraisemblable. Pilate ne se serait pas ému du fait qu’un simple rabbin galiléen avait donné son avis dans une question semblable. Et lors même que Jésus eût été compétent pour prononcer une sentence capitale, le gouverneur restait toujours libre de ne pas la confirmer.

Le sanhédrin lui-même n’hésitera pas à condamner Jésus à mort sans s’être assuré au préalable si Pilate ratifierait son jugement, et Pilate ne lui en fera pas un grief.

Nous comprenons donc le piège dressé à Jésus d’une manière un peu différente : si Jésus s’était prononcé pour l’application rigoureuse de la loi, les pharisiens l’auraient accusé non auprès de l’autorité romaine, mais devant tout le peuple juif, comme un homme déchu de son rôle de Messie miséricordieux, qui jusqu’ici avait annoncé la grâce et le pardon aux plus grands pécheurs, et Lui, maintenant, voulait rétablir une loi que sa rigueur même avait fait tomber en désuétude.

Ainsi, selon sa réponse, accuser Jésus devant le sanhédrin comme méprisant la loi, ou le discréditer devant le peuple comme rigoriste, tel était le dilemme dans lequel ses ennemis espéraient l’enfermer. Cette explication est celle de Luther, Calvin, Bengel, Tholuck et d’autres.

Jésus était assis dans l’un des parvis du temple (verset 2) ; il n’avait donc qu’à se baisser en avant pour écrire sur la terre.

Mais quelle était son intention ? Évidemment, comme cette attitude était peu respectueuse à l’égard de ceux ; qui lui adressaient la parole, c’était leur dire tacitement qu’il ne voulait pas leur répondre, ni, en particulier, s’immiscer dans une affaire juridique qui ne regardait que leurs tribunaux (comparer Luc 12.14).

L’exégète ne doit donc pas se demander ce que Jésus écrivait. Tout au plus pourrait-on penser qu’il écrivait la sentence qu’il va prononcer (verset 7).

D’abord, lorsque la femme est accusée, Christ, comme s’il était occupé d’autre chose, ne répond rien, voulant écarter de lui cette question qui appartenait à la connaissance du magistrat politique. Ensuite, comme on le pressait, il prononce une sentence, non sur la femme, mais sur les péchés de ceux-là même qui l’accusaient.
— Mélanchthon
7 Or comme ils continuaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.

Réponse divine qui confond la ruse des accusateurs, enfonce dans leur conscience les traits brûlants de leurs propres péchés, laisse la loi intacte, sanctionne la Justice, donne un libre cours à la miséricorde et, sans atténuer le crime, fait comprendre qu’il peut y avoir au dedans de l’homme des péchés pires, aux yeux de Dieu, que les plus grossières transgressions !

Cette sentence tombant comme un coup de foudre sur les adversaires, leur enlève tout moyen et toute envie d’accuser le Sauveur, soit devant le sanhédrin, soit auprès du peuple. S’ils veulent appliquer la loi dans sa rigueur, c’est leur affaire et même ils devront eux-mêmes y mettre la main, car, d’après cette loi, ce sont les témoins qui doivent, les premiers, jeter la pierre sur le condamné (Deutéronome 17.7 ; comparez Actes 7.58).

Mais Jésus met à cela une condition qu’aucun ne pourra remplir : Que celui de vous qui est sans péché !… Ce n’est pas que Jésus veuille accuser ainsi tous ces hommes d’être des adultères, mais si l’on considère ce péché à la lumière du principe qu’il a posé lui-même (Matthieu 5.28), qui en est innocent ? Et combien de convoitises charnelles sont des violations flagrantes du commandement de Dieu !

Telle est l’interprétation de cette parole, d’après le contexte. Mais quelques interprètes pensent que Jésus entend par ce mot, sans péché, être exempt de toute transgression quelconque. Nous ne pouvons partager cette opinion, car Jésus aurait posé ainsi une condition impossible qui, comme telle, n’aurait pu atteindre la conscience des accusateurs de la femme.

Cette parole de Jésus a une portée morale qui s’étend bien au-delà du cas actuel, elle est propre à faire rentrer en eux-mêmes tous ceux qui, comme les pharisiens du texte, se constituent les accusateurs et les juges de leurs frères, en sondant leur cœur ils y trouveront toujours assez de raisons de garder le silence, de s’humilier et de n’éprouver pour les plus grands pécheurs qu’une tendre compassion (Matthieu 7.1-5 ; Romains 2.1).

8 Et s’étant encore baissé, il écrivait sur la terre.

Cette seconde fois, Jésus voulait sans doute signifier qu’il n’ajouterait plus aucune parole en cette affaire (verset 6, note).

9 Mais eux, ayant entendu cela, et étant repris par la conscience, ils sortaient un à un, commençant depuis les plus âgés jusqu’aux derniers ; et Jésus demeura seul, avec la femme qui était là au milieu.

Quels que fussent l’aveuglement et l’endurcissement de ces pharisiens, il est des situations où l’homme ne peut résister à la force de la vérité morale. Que sera ce au jour du jugement ? Chaque pécheur, se voyant à la lumière de la sainteté divine, prononcera lui-même sa propre sentence.

Il faut remarquer cet imparfait qui peint la scène, ils sortaient, on les voit défiler un à un. Ce sont les plus âgés qui commencent, étant assez avisés pour ne pas s’exposer à une nouvelle confusion, et tous suivent, jusqu’aux derniers.

Ce mot désigne les derniers qui sortent, et non un rang qu’ils auraient observé entre eux.

Le fait qu’ils abandonnent ainsi la femme qu’ils accusaient, montre jusqu’à l’évidence qu’il n’y avait rien d’officiel dans la mission qu’ils s’étaient donnée à eux-mêmes, par haine contre le Sauveur.

Les mots repris par la conscience manquent dans un grand nombre de manuscrits ; s’ils ne sont pas authentiques, ils n’en expriment pas moins un fait intérieur qui est évident par lui-même.

Au milieu des disciples et du peuple, car il est clair que ceux-ci n’étaient pas sortis avec les pharisiens. La femme restant seule avec Jésus, c’était, comme le dit si bien Augustin : « la misère avec la miséricorde ».

Le fait qu’elle reste là, au lieu de profiter de la confusion pour se dérober à tous les regards, montre que la première parole de Jésus a produit sur elle une impression d’humiliation un mouvement de repentance que bien des interprètes n’ont pas su voir dans cette histoire. La parole que Jésus va prononcer suppose et prouve cette impression. L’angoisse de la mort est ôtée à cette pauvre femme, mais c’est pour faire place à l’angoisse de la conscience qui n’est pas moins grande. Que va lui dire le Sauveur, lui qui est « sans péché ! » Après avoir rappelé le droit mosaïque de « la première pierre », contredira-t-il la loi de Moïse, ou va-t-il la confirmer contre la pécheresse ? Elle reste là et attend sa sentence.
— R. Stier
10 Mais Jésus, s’étant redressé, et ne voyant personne que la femme, lui dit : Femme, où sont-ils tes accusateurs ? Personne ne t’a-t-il condamnée ?

Condamnée à passer en jugement pour y être traitée selon la loi ; car ces hommes, dans ce moment, n’étaient pas ses juges. De là ce mot individuel personne, aucun d’eux.

11 Elle dit : Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit : Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus.

Ce mot plein de respect, Seigneur, montre aussi l’impression que faisaient sur la femme la présence et la parole du Sauveur.

Cette grande parole de Jésus, comme tous les traits de ce récit, écarte toute idée d’une sentence juridique qu’il n’aurait jamais voulu prononcer. Il se place au point de vue tout moral de son royaume, où il est venu pour « chercher et sauver ce qui est perdu ».

Il ne dit pas à cette femme, comme à une autre pécheresse, « tes péchés te sont pardonnés » (Luc 7.48), mais ne pas condamner, c’est absoudre, et cette miséricorde divine était tout ce qu’il y avait de plus propre à opérer dans le cœur de la femme la repentance et la régénération. L’avenir le prouvera, de là cette dernière parole qui garantit la moralité de cette histoire parce qu’il n’y a rien de plus sanctifiant que la grâce : Va, et ne pèche plus !

Donc, Jésus aussi condamne, mais le péché, et non la pécheresse.
— Augustin
12 Jésus leur parla donc de nouveau, disant : Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.
12 à 59 dernières déclarations de Jésus point culminant de la lutte à la fête des Tabernacles

Ces mots n’indiquent pas avec précision le moment ou eurent lieu les enseignements et les discussions qui vont suivre ; si l’on omet l’histoire de la femme adultère, ils se rattachent au Jean 7.52, mais d’une manière assez vague, car celui ci se terminait par le récit d’une séance du sanhédrin. Il semble que Jésus a devant lui un autre auditoire (voir la fin de la note suivante), assemblé dans un autre endroit (verset 20).

D’autre part, les mots de nouveau, donc, montrent que dans la pensée de l’évangéliste ces nouveaux témoignages rendus par Jésus se rattachent à ceux qui sont rapportés en Jean 7.

Quoi qu’il en soit, on reconnaît facilement, dans ce discours de Jésus, trois parties distinctes : dans la première (versets 12-20), Jésus déclare qu’il est la lumière du monde ; dans la seconde (versets 21-29), il fait ressortir le contraste profond qui existe entre sa personne et le peuple qui l’entoure ; dans la troisième enfin (versets 30-59), il poursuit ce contraste jusque dans ses raisons les plus profondes.

Sans cesse interrompus par quelques-uns des auditeurs les enseignements de Jésus prennent ici là forme du dialogue. Les adversaires d’abord retenus par la main de Dieu (verset 20), puis divisés, parce que plusieurs parmi le peuple crurent en Jésus (verset 30), finissent par donner essor à toute leur haine, au point d’attenter à la vie du Sauveur (verset 59).

Ce grand témoignage que le Sauveur se rend à lui-même ne laisse au lecteur de l’Évangile d’autre alternative que de croire pleinement sa divinité ou de l’accuser d’une prétention extravagante. Jésus n’est pas seulement la lumière de son peuple, auquel il révélait la vérité divine, mais la lumière du monde, c’est-à-dire de notre humanité tout entière (comparer Jean 9.5 ; Jean 12.35).

Comment saisir cette pensée immense ? Notre évangéliste a dit ailleurs : « Dieu est lumière » (1 Jean 1.5), or, ce que Dieu est en lui-même, le Sauveur l’est pour le monde, car Dieu n’est connu que par lui et en lui.

Quand Jésus dira plus tard : « Je suis la vérité », il n’exprimera pas une idée différente.

Mais il faut se garder de donner à ces mots de « vérité » et de lumière un sens purement intellectuel, car Jésus les met toujours en relation avec la vie. « Je suis la vérité et la vie » (Jean 14.6), « celui qui me suit aura la lumière de la vie ».

En effet comme le soleil est pour notre terre à la fois lumière, chaleur et vie, tel est le Sauveur pour notre humanité (comparer Jean 1.4, note). Aussi s’est-il d’abord présenté, comme la vie (Jean 6.32-58) avant de se déclarer la lumière, car il n’est lumière que pour ceux dont il est la vie.

Cette affirmation suppose que le monde n’a pas la lumière, qu’il est plongé dans les ténèbres et c’est ce qui ressort de la seconde partie de ce verset. Pour ne pas marcher dans les ténèbres, qui sont à tous égards l’opposé de la lumière, l’homme doit suivre Jésus, c’est-à-dire recevoir ses enseignements, entrer en communion avec lui par une foi vivante et conformer toute sa vie à la vie sainte du Sauveur.

Ainsi non seulement il ne marchera plus dans les ténèbres, mais il aura en sa possession la lumière de la vie c’est-à-dire une lumière qui procède de la vie (Jean 1.4). En effet, de même que les ténèbres sont l’erreur, le péché et la mort, de même la lumière est, pour l’âme croyante, inséparable de la sainteté et de la vie (Éphésiens 5.8 ; Colossiens 1.13). comparez avec (Galates 2.20).

Comme Jésus avait rattaché son précédent témoignage à l’un des souvenirs évoqués par les cérémonies de la fête des Tabernacles (Jean 7.37, 2e note), plusieurs interprètes pensent que l’idée de se désigner comme la lumière du monde lui fut inspirée par la vue de l’immense candélabre qu’on allumait durant la fête dans le parvis des femmes et qui, de là, illuminait une partie de la ville.

M. Godet préfère ici encore (comparez Jean 7.37, 2e note) remonter du symbole établi au temps de Jésus, au fait miraculeux dont il était le mémorial, il pense que Jésus se compare à la colonne de feu qui, au désert, éclairait la marche d’Israël durant la nuit, et qu’il n’avait qu’à suivre pour ne pas s’égarer.

On peut objecter à cette double supposition que la fête des Tabernacles était passée. En effet, Jésus prononça la déclaration de Jean 7.37 et suivants « Le dernier et grand jour de la fête ». Or il paraît résulter de divers indices que les enseignements et les discussions rapportés à Jean 8 eurent lieu le lendemain ou l’un des jours qui suivirent la fête.

La situation a changé ; l’auditoire n’est plus le même.

À Jean 7 c’était « la foule », composée surtout de pèlerins (Jean 7.20-31, suivants, Jean 7.40-43) ; l’évangéliste distingue de celle-ci les « habitants de Jérusalem » (Jean 7.25).

À Jean 8, il n’est plus fait aucune mention de cette « foule », d’où l’on a conclu que la fête était achevée. D’autre part, le candélabre auquel on pense n’était allumé, d’après certains auteurs, que le premier soir de la fête.

Est-il donc nécessaire de supposer une allusion à cette cérémonie spéciale ? Ne suffisait-il pas de rappeler que les Écritures présentes à la mémoire de tous les auditeurs de Jésus annoncent partout la venue du Sauveur en employant cette belle image de la lumière qui luit dans les ténèbres ? (Ésaïe 49.6 ; Ésaïe 60.1-3 ; Malachie 4.2 comparez Luc 1.79 ; Luc 2.32)

13 Les pharisiens lui dirent donc : Tu rends témoignage de toi-même ; ton témoignage n’est pas vrai.

Cette étonnante déclaration provoque la contradiction des pharisiens ; sans toucher au fond, ils soulèvent une question de forme.

Ils auraient pu rétorquer à Jésus une de ses paroles (Jean 5.31).

Il est en effet admis, soit en justice, soit dans la société, qu’un homme ne peut rendre témoignage de lui-même.

Dans sa réponse Jésus traite d’abord la question de fond, puis il revient à l’objection de forme (versets 16-18).

14 Jésus répondit et leur dit : Si même je rends témoignage de moi, mon témoignage est vrai ; car je sais d’où je suis venu, et où je vais ; mais vous, vous ne savez d’où je viens, ni où je vais.

La règle de droit que lui opposent les adversaires ne s’applique pas à lui, parce qu’il ne se rend pas témoignage comme un homme ordinaire, mais avec la conscience claire qu’il est venu de Dieu pour remplir de sa part sa sainte mission, et qu’il s’en va à lui pour reprendre possession de sa gloire.

Son témoignage qu’il est « la lumière du monde » est donc revêtu de l’autorité même de Dieu.

Par une raison inverse, la cause pour laquelle ses auditeurs ne croient pas son témoignage, c’est que, dans leur aveuglement moral, ils ne savent, ni d’où il vient, ni où il va. Ils se sont rendus incapables de reconnaître, dans ses paroles et dans ses œuvres, les signes évidents de son origine divine.

15 Vous, vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne.

Les adversaires venaient de porter sur Jésus un jugement injuste (verset 13), il affirme que c’est là juger selon la chair (comparer 7.24).

Les uns traduisent selon la chair par « charnellement : » les dispositions charnelles des contradicteurs faussent leur jugement ; les autres lui donnent le sens de « selon l’apparence : » les adversaires s’arrêtent dans leur appréciation de Jésus à son apparence infirme, à sa « forme de serviteur ».

La présence de l’article (la chair) recommanderait ce second sens, qui comprend du reste le premier.

Tandis que les adversaires se permettent de le juger Jésus leur fait entendre cette parole pleine de miséricorde : Moi, je ne juge personne.

Cette déclaration n’est elle pas en contradiction avec le verset 16 ? Plusieurs commentateurs restreignent sa portée de diverses manières, en faisant dire à Jésus : « Je ne juge personne selon la chair, comme vous ; » ou bien : « Je ne juge pas maintenant ; » ou encore : « Ce n’est pas moi seul qui juge, puisque le Père est avec moi ; » (verset 16) ou, enfin, en mettant l’accent sur personne : « Je ne juge aucun individu en particulier, mais seulement l’état moral du peuple dans son ensemble ».

Il faut expliquer cette parole par celle de Jean 3.17, dans laquelle Jésus déclarait que son office de Messie n’était pas de juger, mais de sauver. Ce caractère général de sa mission n’exclut pas les appréciations morales qu’il est appelé à formuler dans ce monde pécheur où il poursuit son œuvre (verset 16).

16 Et si je juge, moi, mon jugement est vrai ; parce que je ne suis pas seul, mais le Père qui m’a envoyé est avec moi.

Son jugement est vrai et digne de foi, parce qu’il est celui de Dieu même qui est avec lui et qui parle par sa bouche.

Grec : mais moi et le Père qui m’a envoyé, sous-entendu : nous sommes là, ensemble, pour juger (Jean 5.30 ; comparez Jean 9.39).

Codex Sinaiticus, D omettent : le Père.

17 Et il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai. 18 C’est moi qui rends témoignage de moi-même ; et le Père qui m’a envoyé me rend aussi témoignage.

Par l’affirmation qu’il n’est pas seul, mais que le Père est avec lui (verset 16), Jésus est revenu à l’objection de forme que lui faisaient ses contradicteurs (verset 13).

Il leur cite maintenant l’article de la loi qui exige le témoignage de deux hommes et leur montre qu’il remplit cette condition, car, à son propre témoignage, s’ajoute celui du Père qui l’a envoyé (versets 17, 18). Et quelle autorité que celle de Dieu même parlant par son Envoyé !

La prescription légale à laquelle Jésus fait une simple allusion, sans la citer textuellement se lit Deutéronome 17.6 ; Deutéronome 19.15 (comparer Matthieu 18.16). Il faut remarquer cette expression : votre loi (comparez Jean 10.34 ; Jean 15.25), cette loi sur laquelle les Juifs s’appuyaient pour repousser le témoignage de Jésus et qui les condamnera. Jésus ne nie point par là l’autorité de la loi pour lui-même, et ne la déclare point abolie comme l’ont pensé quelques interprètes, mais, dans sa position unique, il ne pouvait ni ne voulait dire notre loi, ce qui eût été se mettre au niveau de ses auditeurs.

C’est ainsi qu’il ne dit jamais en parlant de Dieu : notre Père, mais : mon Père et votre Père (Jean 20.17, comparez Matthieu 5.16 ; Matthieu 6.8).

Les interprètes se demandent quel est ce témoignage du Père auquel Jésus en appelle ici.

Les uns pensent aux déclarations solennelles de Dieu à l’occasion du baptême de Jésus ou de sa transfiguration, d’autres y voient ses miracles (Jean 5.36). Il s’agit plutôt de la conscience intime qu’il avait de son unité avec Dieu, qui se manifestait à ceux qui l’approchaient dans un rayonnement de toute sa personne et faisait de sa belle et sainte vie, de ses enseignements comme de ses œuvres, un évident témoignage rendu par Dieu.

19 Ils lui disaient donc : Où est ton Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.

La question des Juifs : Où est ton Père ? est une raillerie impie, car ils ne pouvaient pas ignorer que Jésus leur parlait de Dieu et de son témoignage qui est tout intérieur.

Le Sauveur se contente donc de leur déclarer qu’ils rejettent ce témoignage, parce qu’ils ne connaissent d’une manière vivante, ni son Père, ni lui-même, par qui seul Dieu se révèle.

S’ils le connaissaient, ils verraient qu’il n’est pas seul (verset 16), ils reconnaîtraient le Père en lui (Jean 14.9 ; Matthieu 11.27).

20 Il prononça ces paroles dans le lieu où était le trésor, enseignant dans le temple ; et personne ne se saisit de lui, parce que son heure n’était pas encore venue.

Cette remarque de l’évangéliste sur le lieu où Jésus venait de prononcer ces paroles montre l’importance que celles ci prirent à ses yeux ; leur souvenir est demeuré lié à celui de l’endroit où il les entendit.

De plus, elle nous rend attentifs à ce fait très significatif : Jésus enseignait dans une dépendance du temple, dans le lieu où était le trésor ou la trésorerie (voir Marc 12.41, note), où il se trouvait sur le passage de la foule.

Or ce lieu était voisin de la salle où le sanhédrin tenait ses séances ; et pourtant personne ne se saisit de lui, parce qu’une puissance divine retenait la main des adversaires. C’est là ce que Jean indique par les mots : parce que son heure n’était pas encore venue (voir Jean 7.30, note).

21 Il leur dit donc de nouveau : Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché ; là où je vais vous n’y pouvez venir.

Il leur dit donc de nouveau ; donc parce qu’il en avait encore la liberté (verset 20) ; de nouveau, c’est-à-dire en s’adressant à des auditeurs qui avaient déjà reçu ses précédentes déclarations (comparer verset 12).

Comparer Jean 7.33-34. Cette annonce réitérée de son départ était, pour les auditeurs de Jésus, un sérieux avertissement car s’ils persistaient à repousser la lumière et la grâce qu’il leur offrait, il ne leur resterait plus, après lui, que les ténèbres et la condamnation.

C’est ce qu’il leur annonce en ces termes clairs et terribles : Vous mourrez dans votre péché.

Le péché, c’est la corruption naturelle du cœur et l’incrédulité qui rend impossible le renouvellement moral. Les péchés (verset 24) ne sont que les fruits mauvais et inévitables de cet état d’âme. Sous les jugements de Dieu qui fondront sur eux, ils le chercheront, non avec la foi qui aspire au salut, mais poussés par le seul désir d’un secours terrestre, et ils ne le trouveront point, parce que là où il va, dans le ciel, dans la gloire, ils ne pourraient l’atteindre que par une foi vivante, et leur péché, c’est l’incrédulité (verset 35, note). Il ne restera donc que la ruine !

22 Les Juifs disaient donc : Se tuera-t-il lui-même, puisqu’il dit : Là où je vais vous n’y pouvez venir ?

Aux redoutables paroles du Sauveur, les Juifs, incrédules et frivoles, répondent par la moquerie.

Naguère (Jean 7.35), ils se demandaient ironiquement s’il allait se faire le Messie des païens, ici, s’il s’en ira par le suicide ! Et ils insinuent que, dans ce cas, ils ne se soucient pas de le suivre là où il va (verset 21).

C’est ainsi que l’impiété interprétait les paroles de Jésus !

23 Et il leur disait : Vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut ; vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde.

Sans s’arrêter à leurs sarcasmes, Jésus leur révèle la cause profonde des dispositions de leurs cœurs et leur expose en même temps pourquoi ils ne peuvent ni le comprendre, ni le suivre là où il va (verset 21).

Ils sont d’en bas, littéralement des choses d’en bas ; ce que Jésus explique par ces mots : de ce monde, où règnent les ténèbres, le péché et la mort ; ils en proviennent, ils y sont nés et y vivent ; tel est l’état moral de tout homme naturel.

Jésus, au contraire, est d’en haut, du ciel, et ce terme exprime, à la fois, son origine et l’esprit céleste qui l’anime. Il y a un abîme entre les deux termes de cette antithèse qui se retrouve souvent dans les enseignements de Jésus et de ses apôtres (Jean 3.31 ; 1 Jean 4.5-6 ; Colossiens 3.1-2 ; Philippiens 3.19-20).

24 Aussi vous ai-je dit que vous mourrez dans vos péchés ; car si vous ne croyez pas que c’est moi, vous mourrez dans vos péchés.

Aussi (grec donc), à cause de cette corruption naturelle de votre cœur, je vous ai dit… et le Sauveur répète ici deux fois cette terrible prédiction : vous mourrez dans vos péchés.

Une seule chose aurait pu délivrer les Juifs de cet état moral et de cette condamnation, la foi ; de là ces mots conditionnels qui laissent encore ouverte la porte du salut : Si vous ne croyez pas.

Mais que devaient-ils croire ? Que c’est moi… (comparer verset 28 et 58).

On supplée ordinairement : que c’est moi qui suis le Messie, le Christ (d’après Jean 4.26), et cette interprétation est vraie ; mais en omettant tout attribut et en disant simplement : que c’est moi, Jésus donne à sa pensée quelque chose de majestueux qui laisse entendre tout ce qu’il est pour notre humanité.

Qu’est il, en effet, comme objet de la foi, sinon la plénitude du salut, le contenu de toutes les promesses de Dieu, qui étaient l’espérance et la foi d’Israël dès le commencement ? Il est la vie, la lumière, le chemin, la vérité ; en un mot il est tout, dans un sens absolu.
— Luthardt

En parlant ainsi, Jésus adopte simplement la parole divine de l’Ancien Testament : Je suis.

Comme Dieu, dans son Je suis résume la somme entière de la foi des fidèles dans l’ancienne alliance (Exode 3.14 ; Deutéronome 32.39 ; Ésaïe 41.13 ; Ésaïe 43.10) ainsi Christ, par cette même parole, exprime tout l’objet de la foi dans la nouvelle.
— Meyer
25 Ils lui disaient donc : Toi, qui es-tu ? Jésus leur dit : Précisément ce qu’aussi je vous déclare.

Au lieu de recevoir l’avertissement que Jésus leur donnait, les adversaires lui demandent avec mépris : Toi, qui es tu ? D’où te vient le droit de nous parler ainsi ?

La réponse de Jésus a donné lieu à diverses interprétations.

Elles peuvent être groupées en deux classes.

Les uns ne voient dans la parole de Jésus qu’une manière de rompre l’entretien : En général, pourquoi je parle encore avec vous, je n’en sais rien, ou : Vous devriez vous le demander ! (Lücke, Weiss, Holtzmann, Westcott).

Les autres lui donnent plus de portée et en font une réponse directe à la question posée : Qui es-tu ?

Je suis précisément ou avant tout, ce qu’aussi je vous déclare.

Cette explication est celle de Winer, de Wette, Reuss et M. Godet (voir pour sa légitimation le commentaire de ce dernier).

Jésus, au lieu de répondre par une définition de sa personne, qui serait restée inintelligible pour ses auditeurs, en appelle simplement à sa parole, aux témoignages nombreux qu’il a rendus de sa personne et de sa mission divine. Ils remplissent ce chapitre même et ceux qui précèdent. Ils constituaient pour les Juifs le seul moyen de savoir qui il est.

Mais encore fallait-il que sa parole fût reçue par la foi. Or les adversaires la rejetaient, il ne restait donc à Jésus que de leur refuser toute autre révélation sur sa personne ; ils ne l’auraient ni comprise ni crue.

La plupart des exégètes modernes rejettent la traduction : Je suis ce que je vous dis dès le commencement.

26 J’ai à votre sujet beaucoup de choses à dire et à juger ; mais Celui qui m’a envoyé est vrai, et moi, les choses que j’ai entendues de lui, je les dis dans le monde.

Il ne faut pas rattacher ces paroles à celles du verset 25, qui ne renferme qu’un incident, mais au verset 24, Où Jésus adresse comme ici des reproches à ses auditeurs et énonce les jugements qu’il a à porter sur eux.

Il continue : J’ai maintenant encore beaucoup à dire de vous et à juger en vous, et cela à proportion de votre coupable résistance à la vérité ; mais quelque sévères que puissent vous paraître mes paroles, Celui qui m’a envoyé, et au nom duquel je les prononce, est vrai, il est la vérité même, et je ne révèle dans le monde que ce que j’ai entendu de lui.

C’est-à-dire que, dans son unité absolue avec le Père, Jésus a la conscience claire que toutes les paroles et tous les jugements qu’il prononce sont les paroles et les jugements de Dieu même.

Ce mot dans le monde, ou pour le monde montre que Jésus savait fort bien que les vérités qu’il énonçait n’étaient pas destinées seulement au cercle limité de ses auditeurs actuels, mais qu’elles prendraient possession du monde entier, comme révélation divine et définitive.

27 Ils ne comprirent point qu’il leur parlait du Père.

Cette remarque de l’évangéliste attribue aux auditeurs de Jésus une inintelligence que plusieurs exégètes (de Wette entre autres), trouvent inexplicable.

Il n’est pourtant pas nécessaire, pour lever la difficulté, d’admettre, comme on l’a fait, que Jésus n’avait pas devant lui les mêmes auditeurs que dans les discours qui précèdent, ou d’insister sur le fait que, dans ce dernier entretien, en parlant de « Celui qui l’a envoyé », le Sauveur ne l’avait pas nommé son Père (voir verset 16), ou enfin que c’était le rapport intime de Jésus avec Dieu que les Juifs ne comprenaient pas.

Non, il suffit, pour trouver naturelle cette observation, de relire le verset 19, et d’ajouter, avec Bengel : « Par cette remarque, Jean exprime son étonnement sur l’incrédulité et l’aveuglement des Juifs, comme au Jean 12.37 »

28 Jésus leur dit donc : Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez que c’est moi, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je dis ces choses selon que le Père m’a enseigné.

Donc, par suite de cette incurable ignorance volontaire de ses auditeurs, Jésus porte son regard vers un avenir prochain, ou la lumière se fera nécessairement. Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez… Elevé… sur la croix (Jean 3.14 ; Jean 12.32).

Jésus n’a pas seulement une vue claire de cette issue qui lui est réservée, il sait que c’est son peuple (vous) qui l’attachera à la croix (Actes 5.30).

Mais la croix est pour le Sauveur le chemin de la gloire d’une gloire qui se manifestera dans sa mort, dans sa résurrection, par l’effusion de l’Esprit de Dieu par la fondation de l’Église et la création d’une humanité nouvelle.

Alors vous connaîtrez, les faits vous obligeront d’admettre ce que maintenant vous ne croyez pas sur ma parole (verset 24).

Nous lisons l’accomplissement de cette prédiction dans Matthieu 27.54 ; Luc 23.47-48 ; Actes 2.41 ; Actes 21.20
— Bengel
Après l’envoi du Saint-Esprit, l’essence sainte et divine de la personne de Jésus a été manifestée en Israël par la prédication apostolique, par l’apparition de l’Église, puis enfin par le jugement qui a frappé Jérusalem et tout le peuple. À cette vue l’inintelligence a pris fin pour tous bon gré mal gré, et s’est transformée en foi chez les uns, chez les autres n’endurcissement volontaire.
— Godet

Le grand objet de cette connaissance sera la divinité de Christ même : vous connaîtrez que c’est moi (verset 24, note), vous connaîtrez, enfin, que tout ce que je fais et tout ce que je dis émane du Père avec lequel je parle et j’agis dans une unité parfaite Dieu en Christ, tel est l’objet de la connaissance et de la foi chrétiennes.

29 Et celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.

En face de l’incrédulité qui le repousse, Jésus a exprimé l’espérance que l’avenir le fera connaître (verset 28), il exprime maintenant la certitude qu’il a de la présence et de l’appui de Dieu. Telle est la relation que M. Weiss établit entre les versets 28, 29.

Meyer et M. Godet font encore dépendre la première proposition du verbe : Vous connaîtrez.

Malgré la solitude et l’abandon où Jésus paraît être en présence de ses adversaires, il a la conscience que le Père est avec lui et que jamais, dans sa vie d’humiliation sur la terre, il ne l’a laissé seul.

Cette présence permanente du Père a eu pour condition la constante et parfaite obéissance du Fils : parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.

Grâce à cette obéissance complète, grâce à sa sainteté parfaite, Jésus jouit sans interruption, et jouira jusqu’à la fin, de la communion du Père. L’on conçoit que Jésus éprouva une consolation profonde en prononçant cette grande parole.

30 Comme Jésus disait ces choses, plusieurs crurent en lui.

Ces choses que Jésus disait sont les paroles du verset 29.

Plusieurs de ses auditeurs, touchés de tout ce qu’il y avait de douceur, de résignation, de confiance en Dieu dans son langage, crurent en lui. C’étaient des âmes sincères qui inclinaient à reconnaître Jésus comme le Messie.

Quelle que fût encore la faiblesse de leur foi, cette foi, comme l’observe de Wette a un autre fondement que celle des auditeurs dont il est parlé Jean 2.23 ; Jean 7.31, qui ne croyaient que pour avoir vu les miracles de Jésus. Aussi Jésus cherche-t-il à l’éclairer et à l’affermir (verset 31).

Mais ici se présente une difficulté : Jésus adresse bientôt à ses auditeurs des paroles d’une extrême sévérité (versets 34, 37, 43, 44), et eux, de leur côté, manifestent une hostilité croissante, une haine qui va jusqu’à chercher la mort de Jésus (versets 37, 59).

Ces auditeurs sont-ils les mêmes hommes que ceux dont l’évangéliste nous dit qu’ils crurent en Jésus ?

Plusieurs exégètes le pensent, et en concluent que leur foi était une foi de mauvais aloi, qui laissait subsister dans le fond de leur cœur les germes de leur inimitié naturelle. Mais n’est-ce pas là une contradiction psychologique et morale ? Donc, avec de Wette, Lücke, Tholuck, Meyer et d’autres, nous pensons que ce discours s’adresse à un auditoire mélangé, où, avec ceux qui croyaient, se trouvaient les adversaires de la vérité, assez clairement désignés par l’évangéliste.

Il y eut aussi sans doute quelques défections parmi ceux qui avaient été d’abord touchés des paroles de Jésus… (verset 30) S’il se trouvait dans leur nombre des chefs du peuple, la promesse, par laquelle Jésus chercha à développer et à épurer la foi de ces nouveaux croyants (versets 31, 32), révolta bientôt leur orgueil (verset 33).

Ce sont ces hommes et leurs pareils que Jean appelle dans la suite de l’entretien les Juifs, terme qui lui est familier pour indiquer les chefs de la théocratie (versets 48, 52, 57, comparez Jean 1.19, note).

Ce sont ces hommes encore qui, dans cette discussion, s’emportent contre Jésus jusqu’à une haine amère (versets 48, 52) et jusqu’à des desseins meurtriers (versets 37, 40).

Cela seul explique les paroles sévères que le Seigneur leur adresse (verset 44). « la foule était mélangée », selon l’expression de Bengel, et l’on peut distinguer, par les paroles mêmes de Jésus, ceux de ses auditeurs auxquels il les adresse.

31 Jésus, disait donc aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes véritablement mes disciples ; 32 et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres.

Cette promesse est un encouragement et constitue en même temps une épreuve pour ceux qui avaient cru, et que Jésus distingue de la foule par ces mots : Vous, si vous demeurez dans ma parole.

Demeurer dans la parole de Jésus, c’est la pratiquer dans une obéissance persévérante et en vivre par l’intelligence, par la conscience, par le cœur ; nous demeurons semblablement dans l’air que nous respirons.

Ailleurs Jésus dit : « Que mes paroles demeurent en vous » (Jean 15.7) l’idée est la même. Si telle est votre attitude, vous êtes (présent) véritablement mes disciples, vous l’êtes et le resterez, et n’aurez point reçu seulement une impression passagère de la parole que vous venez d’entendre.

La vérité qui est le contenu de ma parole, cette vérité qui est la parfaite révélation de l’essence du Dieu qui est amour, cette vérité que je suis moi-même (Jean 14.6), et qui est en moi le rayonnement de ma sainteté, cette vérité vous rendra libres, libres de toute servitude morale, du péché, de la corruption (comparez verset 34) ; elle vous rendra libres, en vous ramenant à Dieu qui est votre destination.

Un être n’est libre en effet que lorsqu’il peut se développer conformément à la nature que Dieu lui a donnée, et atteindre le but de son existence. En leur présentant ainsi la vraie liberté, Jésus encourage ses auditeurs à persévérer dans leur foi naissante, mais en même temps il met cette foi à l’épreuve et cherche à l’épurer en la débarrassant des éléments de propre justice, d’orgueil national, d’espérances politiques et charnelles dont elle était encore entachée.

33 Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et nous n’avons jamais été les esclaves de personne ; comment dis-tu : Vous deviendrez libres ?

Le ton hautain de cette réponse trahit les chefs de la théocratie ; ils étaient présents, et en faisant appel à l’orgueil de race, si profond chez les Juifs, ils entraînent d’autres auditeurs dans une opposition hostile à la parole du Sauveur.

Se méprenant sur le sens de ce mot : être rendus libres, ils s’imaginent que Jésus méconnaît les privilèges qu’ils tiennent de leur descendance d’Abraham, et dont ils étaient si fiers (comparer Matthieu 3.9).

Quelle est la liberté dont ils se vantent, en disant : Nous ne fumes jamais esclaves de personne ?

Les interprètes diffèrent sur cette question.

Les uns pensent que les Juifs s’attribuent la liberté politique, oubliant dans l’aveuglement de leur orgueil national les diverses servitudes de leur peuple en Égypte, à Babylone, niant même qu’à cette époque ils sont sous la domination des Romains.

D’autres, estimant impossible une prétention si contraire aux faits, croient qu’ils parlent de la liberté religieuse que leur assurait leur privilège de peuple élu, la connaissance du vrai Dieu les élevant au-dessus des autres peuples asservis aux ténèbres du paganisme.

Les promesses faites à Abraham (Genèse 17.16 ; Genèse 22.17-18), prises à la lettre, les entretenaient dans cette idée de leur supériorité et de leur indépendance spirituelles. Mais cette explication est alambiquée, et l’on a peine à croire que les adversaires de Jésus se soient arrêtés à de telles pensées. Il est plus simple d’admettre avec Lücke, MM. Weiss et Godet, qu’ils entendent la promesse de Jésus : la vérité vous rendra libres, de la liberté civile, et qu’ils se vantent de n’avoir jamais été asservis à leurs concitoyens, la loi (Lévitique 25.39 et suivants) interdisant de réduire en esclavage un Israélite. La réponse de Jésus (verset 35) montre qu’il s’agissait bien d’esclaves domestiques.

34 Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous dis que quiconque fait le péché, est esclave du péché.

Cette parole claire et profonde, rendue plus pénétrante encore par l’affirmation solennelle : En vérité, en vérité, je vous dis, replace la question de liberté ou d’esclavage sur son vrai terrain, celui de la conscience morale.

Le péché est, dans son essence, la révolte contre Dieu, la folie de vouloir être indépendant de lui. L’homme qui s’y adonne tombe donc par là dans l’esclavage de la chair, du monde du prince de ce monde, il a mille maîtres, tous étrangers à sa nature.

Le développement des passions, en particulier, est un commentaire effrayant de cette parole (comparer Romains 6.17-18 ; Luc 15.11 et suivants).

35 Or, l’esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; le fils y demeure toujours.

Jésus explique et développe sa pensée de l’esclavage moral en le comparant à l’esclavage social.

L’esclave n’a aucun droit dans la maison ; il n’y demeure pas toujours ; son maître peut le vendre ou le renvoyer. Telle était partout dans l’antiquité sa déplorable condition.

Peut-être même, pour répondes à l’objection des Juifs (verset 33), Jésus fait-il allusion au fils d’Agar chassé de la maison, bien qu’il fût « la postérité d’Abraham » (Genèse 21.10, Galates 4.30).

Le fils, au contraire, a tous ses droits dans la maison, il y demeure toujours il en sera l’héritier ; alors il aura le droit d’affranchir tous les esclaves (verset 36).

Si maintenant on se souvient que cette maison est la maison de Dieu, sa famille, son royaume, on comprendra quel sérieux avertissement il y avait dans cette parole pour les auditeurs de Jésus !

Plusieurs interprètes pensent qu’ici déjà Jésus se désigne lui-même par ce mot : le fils. Mais ce terme ne désigne encore que la qualité d’un fils et non la personne du Fils ; ce n’est qu’au verset suivant que Jésus se fait à lui-même l’application de l’image.

36 Si donc le Fils vous rend libres, vous serez réellement libres.

Si donc (puisqu’il en a le droit et la puissance) le Fils vous rend libres vous serez réellement libres.

Réellement, non de la fausse liberté dont vous prétendez jouir (verset 33), mais de « la liberté des enfants de Dieu » (Romains 8.21).

Jésus substitue ici sa propre personne à cette vérité dont il disait : (verset 32) elle vous affranchira. C’est qu’il est la vérité vivante et que la vérité ne resplendit pour l’homme que dans sa parole.
— Godet (2e édition)
37 Je sais que vous êtes la postérité d’Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne pénètre pas en vous.

Jésus ne nie pas les privilèges extérieurs que ces Juifs tenaient de leur descendance d’Abraham ; mais il leur prouve, en dévoilant les mauvais desseins de leurs cœurs, combien ils sont éloignés d’être ses enfants.

Il leur montre ainsi qu’il connaissait leurs sentiments, et que la haine dont il les savait animés, devait aboutir à sa mort : Vous cherchez à me faire mourir (grec à me tuer) ! Et la raison qu’il en donne, c’est que sa parole, qui les aurait rendus libres de leurs passions, ne pénètre pas en eux.

D’autres traduisent : ne fait pas de progrès en vous, et pensent que cette déclaration s’adressait à. ceux qui avaient commencé à croire (verset 30). Le verbe signifie proprement avancer.

38 Ce que j’ai vu chez mon Père, je le dis ; vous donc aussi, ce que vous avez entendu de votre père, vous le faites.

Pourquoi ma parole n’a-t-elle aucun empire sur vous ? C’est parce que cette parole provient d’une tout autre source que vos sentiments et vos actions. Moi je dis ce que j’ai vu chez mon Père ; c’est donc lui qui parle par ma bouche.

Vous donc aussi (ce donc marque une ironie pleine de tristesse), ce que vous avez entendu de votre père, vous le faites.

Il ne dit point encore qui est ce père, il le dira au verset 44. Ainsi Dieu et le prince des ténèbres, tels sont les deux êtres invisibles desquels dépendent Jésus d’une part et ses auditeurs d’autre part.

Comment pourrait il y avoir entre eux harmonie ? Comment la parole de Jésus pourrait-elle pénétrer en ceux qui l’entendent ?

Le texte reçu porte : mon Père et votre père. Mon est omis dans B, C ; votre dans B. il reste alors, dans les deux propositions, simplement le père.

Ce texte adopté par les éditeurs modernes donne à la pensée un caractère encore plus finement énigmatique et ironique.

En outre, le texte reçu avec. Codex Sinaiticus, D, Itala porte : ce que vous avez vu, au lieu de : entendu. Les copistes auront voulu rendre semblables les deux phrases parallèles.

39 Ils répondirent et lui dirent : Notre père, c’est Abraham. Jésus leur dit : Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham.

En entendant Jésus leur parler d’un père qu’ils imitent dans leurs actions, ses auditeurs se réclament pour la seconde fois (verset 33) de leur descendance d’Abraham ; mais le Seigneur, plongeant son regard dans leur cœur et dans leur vie leur prouve qu’ils ne sont point moralement enfants d’Abraham, puisqu’ils font des œuvres tout opposées aux siennes (verset 40).

D’après une variante, Jésus aurait dit : « Si vous êtes (Codex Sinaiticus, B, D) enfants d’Abraham, vous feriez ou (impératif) faites (B, vulgate) les œuvres d’Abraham ». L’idée serait la même au fond.

40 Mais maintenant, vous cherchez à me faire mourir, moi, un homme qui vous ai annoncé la vérité que j’ai entendue de Dieu : cela, Abraham ne l’a point fait.

Quel contraste criant entre une telle conduite et les œuvres d’Abraham !

Le trait le plus saillant de son caractère fut une humble obéissance à Dieu ; et vous, vous cherchez à faire mourir un homme qui vous annonce la vérité de Dieu !

41 Vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes pas des enfants illégitimes ; nous n’avons qu’un seul Père, Dieu.

Pour la seconde fois (verset 38), Jésus cherche à leur faire sentir que, loin d’être moralement les enfants d’Abraham, ils sont sous l’influence d’un autre père dont ils imitent les œuvres (verset 44) et qu’il évite encore de nommer.

S’apercevant enfin que Jésus parle d’une filiation spirituelle et leur reproche d’être les enfants d’un père invisible auquel ils obéissent, ils affirment hardiment qu’ils n’ont qu’un seul père, et que ce Père, c’est Dieu.

Pour le prouver, ils disent avec un orgueil indigné : « Nous ne sommes pas des enfants illégitimes » (grec nous ne sommes pas nés de la fornication ou de l’adultère).

Puisqu’il s’agit de leur prétention d’avoir Dieu pour père, ils entendent ces paroles dans un sens spirituel.

En effet, dans le langage de l’Écriture, Dieu est le Père de son peuple (Ésaïe 63.16, Malachie 2.10), les Israélites, qui se détournent de lui pour suivre d’autres dieux, sont nommés les enfants de l’adultère (Ésaïe 1.21 ; Ésaïe 57.3 ; Osée 2 ; 4 ; Jérémie 3.8).

C’est dans ce sens, de leur fidélité au seul vrai Dieu, que les auditeurs de Jésus s’empressent d’affirmer qu’ils ne sont pas des enfants illégitimes, mais qu’ils n’ont qu’un Père, Dieu. On a donné diverses autres explications de cette parole, celle que nous venons d’indiquer nous paraît la plus conforme aux idées que les Juifs empruntaient aux Écritures.

Tout au plus pourrait-on ajouter avec M. Godet que, « même en s’élevant avec Jésus au point de vue moral, ils ne peuvent se dégager de leur idée de filiation physique », et que, en se comparant aux Samaritains, ils se vantent de « n’avoir pas une goutte de sang idolâtres dans les veines », d’être « Hébreux, nés d’Hébreux » (Philippiens 3.5).

42 Jésus leur dit : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez ; car c’est de Dieu que je suis issu et que je viens ; car aussi je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé.

Si Dieu était votre Père, vous auriez en vous les sentiments dont ses enfants sont animés, et vous m’auriez reconnu des l’abord ; bien plus, vous m’aimeriez, puisque c’est de lui que je tire mon origine : c’est de Dieu que je suis issu ; c’est de son essence même que j’émane (comparez Jean 13.3 ; Jean 16.27-28 ; Jean 16.30 ; Jean 17.8), et c’est aussi de lui que je tiens ma mission : c’est lui qui m’a envoyé.

43 Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole.

Le langage, c’est la forme, l’accent l’idiome (Matthieu 26.73), la parole, c’est le fond, le contenu, la pensée.

Or les auditeurs de Jésus ne reconnaissent pas son langage, parce qu’ils ne peuvent pas écouter sa parole de manière à la recevoir dans leurs cœurs ; ils s’en sont rendu moralement incapables. C’est ainsi que, bien souvent, le langage même de l’Évangile est inintelligible a ceux qui n’en sentent pas la vérité.

44 Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a point de vérité en lui. Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur, et le père du mensonge.

Grec : Vous, vous êtes du père, le diable, c’est-à-dire le père dont vous êtes les enfants, c’est le diable.

Jésus venait de dénier à ses adversaires qu’ils fussent enfants de Dieu (verset 42). Deux fois il avait insinué qu’ils avaient un autre père (versets 38, 41) maintenant, en présence de leurs orgueilleuses prétentions, il nomme ce père duquel ils sont issus, sans reculer devant la sévérité de cette révélation.

Il est évident qu’il ne faut entendre ce mot de père, ni dans son sens naturel, ni dans un sens métaphysique, mais lui donner une signification morale. Dans le langage de l’Écriture, chacun est fils de celui dont il reçoit les inspirations et qui l’anime de son esprit.

De même que nous sommes nommés enfants de Dieu, non seulement parce que nous lui sommes semblables, mais aussi parce qu’il nous gouverne par son Esprit et parce que Christ vit en nous, afin qu’il nous conforme a l’image de son Père, de même, au contraire, le diable est appelé père de ceux dont il aveugle les entendements, et dont il pousse les cœurs à commettre toute injustice.
— Calvin (comparer 1 Jean 3.10)

Il est donc tout naturel d’ajouter que de tels hommes veulent agir a la manière de celui qui les inspire, accomplir ses désirs ou ses convoitises.

Quels sont ces désirs ? Jésus va le dire, en retraçant en traits saisissants le caractère de Satan, caractère dans lequel les adversaires du Sauveur seront forcés de se reconnaître.

Il y a dans ces mots une allusion évidente à l’histoire de la chute, bien connue des auditeurs de Jésus.

Satan a été meurtrier ou homicide en entraînant le premier homme dans le péché, cause de la mort temporelle et éternelle (Romains 5.12 ; comparez 2 Corinthiens 11.3 ; 1 Jean 3.8).

Le mot dès le commencement, c’est-à-dire dès l’origine de notre humanité, confirme cette interprétation. D’autres, se fondant sur 1 Jean 3.12-15, voient dans ces paroles une allusion au meurtre d’Abel ; mais nulle part la Bible n’attribue à Satan un rôle spécial dans ce crime.

Il est évidant, d’ailleurs, que Jésus a en vue un fait universel dans ses conséquences et qui a constitué enfants du diable ceux qui, comme lui, portent dans leur cœur des desseins meurtriers. C’est ce qui ressort clairement de ce discours (versets 37, 40, 44) et surtout de ces mots : « vous voulez accomplir les désirs de votre père ».

Jésus emploie ici les mots de vérité et de mensonge dans leur sens absolu.

La vérité, c’est la parfaite harmonie d’un être avec lui-même et avec la pensée qui a présidé à sa création ; en d’autres termes, l’harmonie entre sa nature et sa destination, qui est Dieu. Dès qu’un être tombe de cette vérité, se sépare de Dieu qui est la vérité suprême, il devient une vivante contradiction, un mensonge, et il vit dans le mensonge. C’est là ce que Jésus nous révèle sur la nature de Satan.

On ne doit pas traduire, avec la Vulgate et la plupart des anciennes versions : il ne s’est point tenu dans la vérité, ni voir dans ces mots, avec Augustin et la plupart des interprètes catholiques, une affirmation de la chute du démon (2 Pierre 2.4).

Le sens est : il ne se tient point dans la vérité, et ces mots caractérisent la position actuelle de Satan.

Il n’est pas moins vrai que la chute de Satan est supposée par notre passage. Satan n’a pas été créé dans le mal, et la conception dualiste d’un principe éternel du mal est étrangère à notre évangile. Satan ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a point de vérité en lui.

M. Godet fait remarquer l’absence d’article devant le mot vérité et paraphrase ainsi : « Satan est privé de la vérité, parce qu’il manque de vérité, de cette droiture de la volonté qui aspire à la réalité divine »

Le mensonge est sa nature, et quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds.

Et enfin, non seulement il est menteur, mais le père du mensonge, parce qu’il l’a introduit dans ce monde, en prononçant ce premier mensonge : « Vous ne mourrez nullement » (Genèse 3.4), et parce qu’il a inspiré dès lors tous les mensonges qui ont eu cours parmi les hommes.

Le grec porte ici littéralement : il est menteur et son père, plusieurs interprètes rapportent le pronom son à menteur et entendent qu’il est le père du menteur qu’il l’inspire.

Mais, avec de Wette et d’autres, nous préférons la version admise dans le texte, qui fait du mensonge un principe émanant du diable. Un homme pourrait être le « père du menteur » en lui inspirant la fausseté, mais être le « père du mensonge » ne peut se dire que du démon.

Quand Jésus parle ainsi de Satan, on ne saurait lui imputer une accommodation aux idées reçues, car « c’est spontanément que Jésus donne cet enseignement sur la personne, le caractère et le rôle de cet être mystérieux », Godet.

À quoi on peut ajouter, avec Tholuck, que si les déclarations de ce verset s’appliquent fort bien à un être personnel déchu, elles résistent au contraire à toute explication qui tendrait à ne faire du diable qu’une personnification, propre au langage populaire, de l’esprit du monde ou du mal.

45 Mais moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez point.

Ce mot : mais moi, placé en tête de la phrase, marque l’opposition absolue qu’il y a entre Jésus et « le Père du mensonge » (verset 44).

Moi, je dis la vérité ; et c’est précisément la raison (parce que) pour laquelle vous, les enfants de ce père, ne me croyez point. Si je proférais le mensonge, vous me croiriez, parce que je parlerais selon l’esprit qui vous anime (verset 47). Abîme de dépravation morale et intellectuelle !

46 Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?

La preuve sans réplique que Jésus dit la vérité, c’est la sainteté de sa vie : (Jean 8.29 ; Jean 7.18) Qui de vous (grec) me convainc de péché ?

Il faut se représenter cette question suivie d’une pause propre à laisser le temps à quiconque voudra l’accuser de se faire entendre… Nul n’ouvre la bouche. L’aveu renfermé dans ce silence sert de prémisse au raisonnement suivant. Eh bien donc, si, comme votre silence le démontre, j’enseigne la vérité, pourquoi, vous, ne croyez-vous pas ?
— Godet

La question que Jésus jette comme un défi à ses adversaires,

témoignage d’une confiance infaillible qui ne craint aucune contradiction, porte sa preuve en soi. Se sentir intérieurement pur de tout péché, telle est la vraie apologie.
— De Wette

La sainteté parfaite de Jésus-Christ ressort avec évidence de l’assurance avec laquelle il pose cette question.

En effet, comme le dit M. Godet,

à supposer que Jésus ne fût qu’un homme plus saint que les autres un sentiment moral aussi délicat que celui qu’impliquerait un tel état n’aurait pas laissé inaperçue la moindre tache, soit dans sa vie, soit dans son cœur ; et quelle hypocrisie n’eut-il pas fallu dans ce cas pour adresser à d’autres une question dans le but de la leur faire résoudre autrement qu’il n’y répondait lui-même dans son for intime ! En d’autres termes : donner une preuve fausse dont il espère que nul ne pourra démontrer le peu de solidité !

Ce fait de la sainteté de Jésus-Christ s’impose donc à la conscience humaine et doit gagner au Sauveur la confiance de toute âme sincère. Et comme ce fait est absolument unique dans l’histoire de notre humanité, il forcera tout homme non prévenu à conclure de la sainteté du Sauveur à sa divinité.

C’est ce qu’a fait Ullmann dans son beau livre : La sainteté parfaite de Jésus-Christ traduit par Th. Bost.

Il faut donc bien se garder de donner ici au mot de péché le sens d’erreur et de dire, comme Calvin, que Christ « défend plutôt sa doctrine que sa personne ; » car Jésus ne cherche pas à provoquer une discussion tout intellectuelle, qui serait contraire à sa méthode habituelle.

Cette explication dépouille la parole de Jésus de sa signification profonde en méconnaissant la solidarité qu’elle établit entre la sainteté et la vérité.

47 Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu ; c’est pour cela que vous n’écoutez pas, parce que vous n’êtes point de Dieu.

Telle est la vraie réponse à la question qui précède : Pourquoi ne me croyez-vous pas ? Et cette réponse est en même temps une sentence prononcée sur leur incrédulité.

Pour croire la vérité, il faut être de Dieu dont elle émane, c’est-à-dire être sous l’influence de son Esprit, éprouver « l’attrait du Père ; » (Jean 6.44) c’est ce que Jésus nomme ailleurs « être de la vérité » (Jean 18.37).

Or, ses adversaires ne sont pas de Dieu ; ils sont du diable (verset 44, la préposition qui indique ce rapport est la même dans les deux cas), et voilà pourquoi ils n’écoutent point ses paroles.

Ce verbe a ici le sens de l’hébreu qui signifie, à la fois, écouter avec attention, comprendre, obéir.

48 Les Juifs répondirent et lui dirent : N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain, et que tu as un démon ?

Les Juifs haïssaient et méprisaient les Samaritains, parce qu’ils les considéraient comme des ennemis du peuple de Dieu et des schismatiques (Matthieu 10.5-6, note ; comparez Jean 4.9).

Appeler quelqu’un Samaritain était une injure.

Mais, non contents de cet outrage, les adversaires de Jésus en ajoutent un second, plus haineux encore, par ces mots : Tu as un démon, c’est-à-dire tu en es possédé, tu es fou.

Les Juifs voyaient dans la folie un effet de l’influence satanique (Jean 8.52 ; Jean 7.20). Ainsi, plus les vérités que proférait le Sauveur devenaient claires et sévères, plus la haine de ses adversaires augmentait. Ne pouvant réfuter ses paroles, ils l’injurient.

49 Jésus répondit : Je n’ai point un démon ; mais j’honore mon Père, et vous, vous me déshonorez.

Sans s’émouvoir de ces injures, Jésus se contente de répondre avec calme et dignité que, dans tout ce qu’il vient de dire, il ne cherche que l’honneur de Dieu, non sa propre gloire, et il remet sa cause et tout jugement à son Père céleste.

Eux, au contraire, le déshonorent par leurs outrages il le sent fort bien mais il s’en remet à Dieu (1 Pierre 2.23).

50 Mais moi je ne cherche point ma gloire ; il en est un qui la cherche, et qui juge. 51 En vérité, en vérité, je vous le dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.

À qui s’adressent ces paroles ?

Les interprètes se divisent sur cette question.

Les uns, Calvin, de Wette, M. Godet, pensent que Jésus, après une pause, se tourne vers ses auditeurs les mieux disposés, vers ceux qui avaient éprouvé un premier mouvement de foi (verset 30) et rempli la condition posée par lui au verset 31 ; il fait maintenant briller à leurs regards la magnifique promesse du verset 51.

D’autres comme Meyer, Weiss, Luthardt, pensent que ces paroles se relient immédiatement à celles qui précèdent, et que Jésus, tout en annonçant le jugement de Dieu (verset 50), déclare une dernière fois que la parole qu’il annonce est le seul moyen d’échapper à la mort.

Si la première supposition paraît plus conforme à la teneur du verset 51 on peut remarquer, à l’appui de la seconde, qu’au verset 52 ce sont les mêmes adversaires qui répondent en reproduisant la pensée injurieuse qu’ils avaient énoncée (verset 48).

Quoi qu’il en soit, Jésus proclame une de ces vérités profondes qui renferment des trésors de consolation et d’espérance.

Garder sa parole, c’est y demeurer (verset 31), en faire l’élément de sa vie intérieure, la pratiquer dans toute sa conduite (Jean 14.23-24 ; Jean 17.6).

Quiconque vit de cette parole, possède la vie éternelle : il ne verra jamais la mort.

Il ne faut pas diminuer la portée de cette parole en la paraphrasant : « Il mourra bien, mais non à jamais ».

Cette déclaration absolue et paradoxale doit s’expliquer à la lumière de Jean 11.25-26 ; comparez Jean 5.24 ; Jean 6.50.

Aux yeux de Jésus la mort du corps n’est pas la mort mais un sommeil (Matthieu 9.24 ; Jean 11.11), le passage à la plénitude de la vie. La mort vraie, complète, est celle de l’âme sa séparation d’avec Dieu, or une telle mort est devenue impossible pour celui qui possède en Dieu la vie éternelle.

Sur cette expression significative : voir la mort, comparez Luc 2.26.

52 Les Juifs lui dirent : Maintenant nous connaissons que tu as un démon : Abraham est mort et les prophètes aussi ; et toi, tu dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera jamais la mort ! 53 Es-tu plus grand que notre Père Abraham, qui est mort ? Les prophètes aussi sont morts. Qui prétends-tu être ?

Les Juifs, prenant le mot de mort dans un sens purement matériel, s’affermissent dans leur opinion injurieuse que Jésus est fou, qu’il parle sous l’influence d’un démon (verset 48, note).

Les plus grands hommes de Dieu, Abraham, les prophètes sont morts ; et toi, tu prétends avoir la puissance d’exempter de la mort !

Qui prétends-tu être ? (grec qui te fais-tu toi même ?).

Au lieu du terme : voir la mort, ces disputeurs disent goûter la mort. L’idée est la même, avec cette différence que ce dernier mot offre l’image d’une coupe amère qu’il s’agit de vider (comparer Matthieu 16.28).

54 Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : Il est notre Dieu.

Jésus répond à ceux qui l’accusent de s’élever lui-même jusqu’à prétendre délivrer de la mort : Si c’est moi, moi seul, qui me glorifie, cette gloire est vaine ; mais je la puise tout entière dans mon unité avec mon Père (comparer verset 16).

C’est lui, dont vous dites : Il est notre Dieu, qui me glorifie. S’il était vraiment votre Dieu, vous croiriez en moi ; mais votre opposition contredit vos paroles.

Le texte reçu avec Codex Sinaiticus, B, D porte : « Qu’il est votre Dieu ».

Meyer, Tischendorf, Tregelles préfèrent le texte de A, C, la plupart des majuscules, estimant que votre est une correction faite sous l’influence du vous qui précède.

55 Et vous ne le connaissez point ; mais moi je le connais ; et si je dis que je ne le connais pas, je serai semblable à vous, un menteur ; mais je le connais, et je garde sa Parole.

Vous ne le connaissez point ; il y a en grec le parfait qui signifie : vous n’avez pas appris à le connaître et vous ne le connaissez pas actuellement.

Malgré la révélation de Dieu dans sa Parole, ils sont dans cette profonde ignorance, à cause de leur aveuglement moral.

Mais Jésus le connaît et il garde sa parole, car il est avec lui dans une complète unité de volonté et d’amour. C’est à ce caractère que les Juifs auraient dû reconnaître la vérité divine de ses paroles.

Indigné de leur résistance à cette vérité, Jésus leur rappelle encore l’esprit de mensonge qui en est la cause et qu’il leur a déjà signalé au verset 44.

56 Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et il s’est réjoui.

Jésus, après s’être justifié du reproche de se glorifier lui-même, aborde la question posée par les Juifs : « Es-tu plus grand qu’Abraham ? » (verset 53) Oui, je le suis, répond-il hardiment, puisque j’ai été l’objet de l’espérance et de la joie de ce patriarche.

Il y a de l’ironie dans ce mot : Abraham, votre père, celui que vous vénérez, s’est humblement réjoui dans l’espoir de ma venue.

Quel contraste avec leur attitude !

L’événement après lequel soupirait Abraham, et que Jésus appelle mon jour, ne peut être que l’apparition du Sauveur sur la terre, pour accomplir la rédemption du monde (Luc 17.22). En effet, quoique ce terme désigne fréquemment sa seconde venue (Luc 17.24-26 ; 1 Corinthiens 1.8, Philippiens 1.6 ; 1 Thessaloniciens 5.2 etc)., il n’est pas probable qu’il faille l’entendre ici dans ce sens.

Mais quand est-ce qu’Abraham a tressailli dans l’espérance de voir ce jour de Christ ? Et quand est-ce qu’il l’a vu et s’en est réjoui ? car ce sont bien ces deux joies successives que Jésus attribue au patriarche.

Sur la première question, les interprètes sont d’accord : les promesses de Dieu, auxquelles Abraham crut, furent la cause de sa joyeuse espérance, car elles avaient pour objet le salut du monde (Genèse 18.17-18 ; Genèse 22.18, etc.).

Sur la seconde question : quand est-ce qu’Abraham a vu ces espérances réalisées et s’en est réjoui ? les opinions sont diverses.

Les Pères de l’Église et les réformateurs ont généralement rapporté ce fait à la vie d’Abraham sur la terre et l’expliquent, soit, encore ici, par sa foi aux promesses de Dieu, soit par une vision prophétique (comparez Hébreux 11.13), ou quelque révélation, qui lui auraient été accordées à un moment de sa carrière que nous ne connaissons pas, soit par quelque événement important de sa vie, par exemple, lorsqu’Isaac lui fut donné dans sa vieillesse ou lui fut rendu après l’épreuve de Morija (Genèse 22).

Mais les interprètes modernes objectent à cette explication que les deux propositions du verset : il a tressailli de voir mon jour et il l’a vu et s’est réjoui n’exprimeraient qu’une même émotion, ce qui n’est pas naturel ; et que, d’autre part, elle ne rend pas compte de ce terme précis mon jour, ou lui donne un sens forcé. Ils admettent donc qu’Abraham a réellement vu le jour du Sauveur, c’est-à-dire sa venue sur la terre, et cela du haut du ciel où il vit.

Ce serait en même temps, une réfutation indirecte de la parole des Juifs : « Abraham est mort » (verset 52), et une confirmation de la déclaration du Sauveur : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (verset 51).

C’est l’interprétation admise par la plupart des exégètes modernes, Lücke, Tholuck, de Wette, Lange, MM. Luthardt, Weiss, Godet.

On pourrait objecter que l’idée de mettre ainsi un habitant du ciel en rapport avec la terre et de lui attribuer la connaissance de ce qui s’y passe est étrangère au Nouveau Testament. Divers indices significatifs montrent cependant que les deux mondes ne sont pas absolument fermés l’un à l’autre. Voir, relativement à ce même Abraham, Luc 16.23.25.

Et quand il s’agit d’un fait aussi immense que la venue du Sauveur, pouvait-il être ignoré dans le ciel ? Moïse et Élie n’en furent-ils ; pas les témoins (Matthieu 17.3 ; Marc 9.4 ; Luc 9.30-31) ? Ne fut-il pas annoncé à la terre par des anges (Luc 2.10-11 ; Luc 2.13-14) ?

57 Les Juifs lui dirent donc : Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham !

De ce qu’Abraham a vu le jour de Christ, il paraissait résulter que Christ avait dû voir Abraham, c’est-à-dire avoir existé deux mile ans avant son temps. Quelle absurdité aux yeux des Juifs !

Bien que Jésus n’eût que trente et quelques années, les Juifs disent : Tu n’as pas encore cinquante ans, afin d’être sûrs de dépasser son âge dans leur estimation. Ils veulent dire : Tu n’es pas encore un vieillard (Nombres 4.3-39 ; Nombres 8.24-25).

58 Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : Avant qu’Abraham fût, je suis.

Grec : Avant qu’Abraham devint, naquit à l’existence, moi, je suis.

Le devenir appartient à tout ce qui est créé ; l’être absolu, éternel, appartient à Dieu seul, et c’est dans ce sens que Jésus-Christ parle ici (comparer verset 24, note).

Il faut bien remarquer ce présent : je suis ; Jésus ne dit pas : j’étais, comme le voudrait la grammaire et comme traduit Ostervald, pour lui, le temps n’existe pas. Cette grande vérité de sa préexistence éternelle, Jésus l’affirme solennellement, en présence de ses ennemis, comme il l’exprimera en parlant à Dieu son Père, dans sa dernière prière (Jean 17.5).

C’est donc de la bouche même de son Maître que Jean à tiré l’idée sublime de son prologue (Jean 1.1).

Il est tristement instructif de voir les efforts d’imagination que faisait l’ancien socinianisme, et que font encore aujourd’hui bien des théologiens, pour échapper à la vérité révélée par ces paroles.

59 Ils ramassèrent donc des pierres pour les jeter contre lui ; mais Jésus se cacha, et il sortit du temple.

Ils ont compris. « Devant cette réponse, il ne restait aux Juifs qu’à adorer, … ou à lapider ». Godet (Jean 5.18 ; Jean 10.31-33).

Jésus se cacha dans la foule qui l’entourait et où ses disciples purent faciliter son évasion. Ainsi il sortit du temple pour se soustraire aux desseins meurtriers de ses ennemis.

Le texte reçu ajoute : passant au milieu d’eux ; et ainsi il s’en alla.

Ces mots qui manquent dans Codex Sinaiticus, B, D, Itala sont presque littéralement empruntés à Luc 4.30, et ont été introduits dans notre texte afin de marquer que Jésus recourut à un miracle pour se soustraire au danger.

Mais l’expression : il se cacha exclut plutôt qu’elle ne suppose une action surnaturelle.

C’est ici le terme de la lutte la plus violente que Jésus ait eu à soutenir en Judée. La victoire générale l’incrédulité y est décidée pour la Judée comme elle l’a été à Jean 6 pour la Galilée. Aussi, dès maintenant, Jésus abandonne graduellement le champ de bataille à ses adversaires jusqu’à cet autre il se cacha définitif (Jean 12.36), qui clora son ministère public en Israël.