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Jean 21
Bible Annotée (interlinéaire)

1 Après ces choses, Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur les bords de la mer de Tibériade, et voici comment il se manifesta.
Appendice
Apparition de Jésus sur les bords de la mer de Tibériade
Chapitre 21
1 à 14 Apparition de Jésus aux disciples

Après ces choses, c’est-à-dire après la résurrection et les premières apparitions de Jésus à ses disciples, dont Jean 20 contient le récit.

Cette indication vague du temps est familière à Jean (Jean 5.1 ; Jean 6.1 ; Jean 7.1).

Ici, elle suffit pour placer le récit qui va suivre dans les quarante jours qui s’écoulèrent entre la résurrection et l’ascension du Sauveur.

Ainsi, dès les premiers mots, ce chapitre Jean 21 est intimement rattaché à celui qui précède. Il faisait partie intégrante du quatrième Évangile dès les premiers temps.

Il se trouve, en effet, dans tous les documents, manuscrits, versions anciennes, et est mentionné par les Pères de l’Église. Il est en tout digne du disciple que Jésus aimait ; on y reconnaît sa pensée et son style.

Quel autre pourrait nous avoir conservé l’inimitable récit des versets 15-17 ?

Mais comme nous avons en Jean 20.30-31 la conclusion évidente de son évangile, il faut considérer ce dernier chapitre comme un appendice ou supplément, écrit par Jean lui-même, ou peut-être par ses disciples qui n’ont fait que rédiger un récit mainte fois entendu de la bouche de l’apôtre, et l’ont ajouté au livre, avant ou bientôt après sa publication.

Jésus se manifesta de nouveau.

Par ce dernier mot l’évangéliste rattache encore son récit à celui des deux premières apparitions de Jésus ressuscité à tous les disciples (Jean 20.19 et suivants, verset 24 et suivants).

Il indique ensuite le lieu de la Scène : c’était au bord de la mer de Tibériade.

Jean seul donne ce nom (Jean 6.1) au lac célèbre que Matthieu appelle mer de Galilée (Matthieu 4.18, voir la note), et Luc Luc 5.1 lac de Génézareth.

Nous sommes donc ramenés en Galilée, où tous les disciples se sont rendus, selon l’ordre de Jésus et comptant sur la promesse qu’il leur avait faite de leur apparaître là (Matthieu 26.31-32 ; Matthieu 28.7-10).

Le récit de Jean est en harmonie avec celui de Matthieu (28.7, 16-20) et celui de Paul (1 Corinthiens 15.6), qui nous font connaître les apparitions de Jésus en Galilée.

2 Simon Pierre, et Thomas, appelé Didyme, et Nathanaël de Cana en Galilée, et les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples étaient ensemble.

Des sept disciples présents à la scène qui va suivre, cinq sont nommés et bien connus : Simon Pierre (Jean 1.43) Thomas (Jean 11.16), Nathanaël (Jean 1.46 et suivants), les fils de Zébédée, Jacques et Jean, notre évangéliste (Matthieu 4.21).

Deux autres disciples ne sont pas nommés, probablement parce qu’ils n’étaient pas du nombre des apôtres. Or, Jacques et Jean occupent ici la dernière place, tandis que dans toutes les listes des apôtres ils viennent immédiatement après Pierre, toujours nommé en tête.

M. Godet dit avec raison que ce fait est significatif et que l’explication la plus plausible qu’on en puisse donner est que notre évangéliste est l’auteur de ce récit et qu’il s’est, par modestie, attribué la dernière place.

3 Simon Pierre leur dit : Je m’en vais pêcher. Ils lui disent : Nous allons aussi avec toi. Ils sortirent et montèrent dans la barque. Et cette nuit-là ils ne prirent rien.

Les disciples, de retour en Galilée, avaient repris momentanément leur ancien métier.

Pierre, comme toujours, a l’initiative.

4 Or, le matin étant déjà venu, Jésus se tint là sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était Jésus.

Sans doute à cause du changement qui s’était opéré dans sa personne depuis sa résurrection (Jean 20.14, note).

5 Jésus leur dit donc : Enfants, n’avez-vous rien à manger ? Ils lui répondirent : Non.

Le mot grec : enfants n’est pas le terme d’affection que Jésus employait d’ordinaire envers ses disciples (13.33) et qui l’aurait fait reconnaître ; c’est plutôt le langage d’un maître parlant à des serviteurs.

Le but de Jésus en leur adressant cette question était d’entrer en rapport avec eux ; il avait en vue le repas qu’il voulait leur proposer (verset 12).

Le mot grec rendu par : quelque chose à manger signifie ce qu’on mangeait avec du pain, c’est-à-dire, dans cette situation du poisson. La réponse négative des disciples donne ainsi lieu à la pêche qui va suivre.

6 Et il leur dit : Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc ; et ils ne pouvaient plus le tirer, à cause de la multitude de poissons.

Le caractère miraculeux de cette pèche consiste dans la science divine par laquelle Jésus connaissait que du côté droit de la barque se trouvait une grande quantité de poissons.

À cette vue, les disciples durent se souvenir de la parole de Jésus, les appelant à l’apostolat : « Suivez-moi, et je vous ferai pécheurs d’hommes » (Matthieu 4.19) et du fait analogue dont ils avaient été témoins (Luc 5.4 et suivants).

C’était aussi une imagé magnifique des immenses bénédictions que le Sauveur devait accorder à leur futur ministère. Le sens symbolique de cette pêche abondante n’est point indiqué dans le texte, mais il ne pouvait échapper à l’esprit des disciples.

7 Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur ! Simon Pierre donc ayant entendu que c’était le Seigneur, ceignit son vêtement de dessus, car il était nu, et il se jeta dans la mer.

La vue de cette pêche miraculeuse et plus encore l’instinct du cœur révèlent à Jean qui était l’étranger qui se tenait sur le rivage. Il nous dévoile la source de sa clairvoyance en se désignant encore ici comme le disciple que Jésus aimait (verset 20, note).

Ému d’une joie intime, il dit à Pierre, à voix basse : C’est le Seigneur !

Plusieurs interprètes voient dans l’emphase avec laquelle Jean est désigné (grec ce disciple-là que Jésus aimait) une preuve que l’Appendice n’a pas été écrit par l’apôtre lui-même.

À peine a-t-il entendu la parole de son condisciple, que Pierre, qui avait déposé son vêtement de dessus pour se livrer à la pèche, se hâte de le remettre, de le ceindre, et se jette à la mer, afin d’atteindre à la nage le rivage et d’arriver le premier auprès de son Maître.

Comme le caractère des deux disciples est admirablement dépeint dans cette scène !

Tandis que Jean jouit intimement de la présence de Jésus, Pierre, plus ardent et plus prompt, s’élance au-devant de lui. Plus qu’aucun autre, il éprouvait un besoin profond d’entendre de sa bouche une parole de pardon, de réconciliation et d’amour. Et il ne fut pas déçu (versets 15-17).

8 Mais les autres disciples vinrent avec la barque, tirant le filet plein de poissons, car ils n’étaient pas éloignés de la terre, mais à environ deux cents coudées.

Les autres disciples, restés dans la barque, vinrent aussi vers le rivage, tirant à leur suite le filet plein de poissons.

L’évangéliste, pour faire sentir qu’ils eurent bien vite franchi cette distance remarque qu’elle n’était que d’environ deux cents coudées, à peu près cent mètres.

9 Quand donc ils furent descendus à terre, ils voient un brasier disposé là, et du poisson placé dessus et du pain. 10 Jésus leur dit : Apportez de ces poissons que vous venez de prendre.

Ce verbe au présent : ils voient, rend actuelle cette scène de leur arrivée, et peut-être peint leur étonnement de trouver là un repas préparé, du poisson et du pain.

(Le mot de brasier ne se lit ailleurs dans le Nouveau Testament que dans l’Évangile de Jean 18.18).

Mais faut-il, avec beaucoup d’interprètes, voir, dans ce fait assez simple un miracle ?

Les uns nous disent que Jésus avait créé le brasier et les aliments ; d’autres, qu’ils avaient été préparés par des anges. Puis au miracle, on ajoute l’allégorie : ces mets préparés sont, pour les uns, une image de la sainte cène ; pour d’autres, le symbole des grâces par lesquelles le Seigneur restaure et fortifie les siens qui travaillent dans son règne ; pour d’autres encore, un emblème du banquet céleste, promis aux bienheureux.

Dès qu’on s’écarte du texte on tombe dans l’arbitraire, en perdant de vue le fait historique. Ce que veut Jésus c’est, l’évangéliste nous l’a dit (verset 1), se manifester à ses disciples, les convaincre complètement de sa résurrection ; et, pour cela, il entre avec eux dans des relations personnelles, dont la plus directe est d’avoir avec eux un repas, précisément comme il l’avait fait deux fois déjà (Luc 24.30-42) ; et tout cela en vue de l’important entretien qui suivra (verset 15).

Quant aux éléments de ce repas, le texte ne nous dit point d’où ils provenaient mais était-il difficile de se procurer du poisson et du pain sur les bords d’un lac où il y avait toujours des pêcheurs ?

Les aliments préparés ne suffisant pas pour les huit personnes qui devaient prendre part au repas (comparez verset 2), Jésus ordonne simplement aux disciples d’apporter de ces poissons qu’ils venaient de prendre.

Ne peut-on pas conclure avec M. Weiss que cet ordre donné par Jésus exclut le caractère miraculeux et symbolique attribué par quelques interprètes à ce repas ?

11 Simon Pierre monta donc dans la barque, et tira le filet à terre, plein de cent cinquante-trois gros poissons ; et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se rompit point.

Pierre, toujours actif, s’empresse d’exécuter l’ordre de son Maître, et les disciples, heureux d’une telle pêche, se donnent le plaisir de compter les poissons.

Même ce chiffre de 153 a dû se prêter aux plus aventureuses allégories. Selon d’anciens interprètes, 100 représentaient les païens, 50 les Juifs et 3 la Trinité !

Jérôme dit que 153 est le nombre total des espèces de poissons, et ce chiffre représenterait l’universalité des nations destinées à être conquises par les apôtres du Christ.

Même le fait signalé par l’évangéliste que le filet ne se rompit point serait l’effet d’un miracle et un symbole ; il ne se rompit point à cause d’une intervention divine, et ce fait signifierait que l’Église ne sera point déchirée !

Il est plus naturel et plus utile de voir dans la mention de ce chiffre précis la preuve que l’auteur de ce récit fut témoin des faits qu’il raconte.

12 Jésus leur dit : Venez, mangez. Mais aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ? Sachant que c’était le Seigneur.

Les disciples sont convaincus que c’est le Seigneur ; mais bien qu’ils désirassent en entendre de sa bouche la confirmation, aucun d’eux n’ose la lui demander ; tous sont retenus par la crainte que leur inspire le Sauveur ressuscité, et, à leurs yeux, déjà glorifié (comparer Marc 9.32 ; Luc 9.45).

Cependant ils avaient, deux fois déjà entendu sa voix et ses paroles (Jean 20.21-27).

13 Jésus s’approche et prend le pain et leur en donne, et de même du poisson.

Jésus remplit ici, comme c’était autrefois son habitude, le rôle de chef de famille (comparez Luc 24.30) ; il se manifestait ainsi à ses disciples comme le Maître bien connu (comparer Jean 6.11).

14 Ce fut déjà la troisième fois que Jésus se manifesta aux disciples, après être ressuscité d’entre les morts.

La troisième fois, dit l’évangéliste rappelant ainsi les deux premières apparitions aux disciples réunis (Jean 20.19-26).

Il ne parle pas de l’apparition à Marie Magdelaine, bien qu’il l’ait racontée lui-même (Jean 20.11 et suivants) ; mais le mot déjà indique qu’il y avait de nouvelles manifestations du Seigneur à attendre (Matthieu 28.16 et suivants).

M. Godet voit dans cette remarque l’intention de rectifier la tradition conservée par Matthieu, d’après laquelle l’apparition en Galilée aurait été la première rencontre du Ressuscité avec ses disciples. Il compare cette expression à celles de Jean 2.11 et Jean 4.54

En tous cas, cette remarque prouve que Jean 21 se rattache étroitement à l’Évangile de Jean.

15 Lors donc qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? Il lui dit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Il lui dit : Pais mes agneaux.

Simon Pierre venait de traverser une crise morale d’où il doit sortir complètement guéri.

Il est vrai que sa repentance profonde avait commencé son relèvement (Matthieu 26.75 ; Marc 14.72 ; Luc 22.62, note). Mais ses rapports avec le Sauveur, profondément troublés par son reniement, devaient être rétablis en leur entier.

Tel est le but de Jésus, dans cet entretien. Il fait subir à son disciple un examen de conscience et de cœur que celui-ci n’oubliera jamais. Jésus ne l’interroge pas sur sa foi, qui n’avait pas défailli, grâce à l’intercession du Sauveur (Luc 22.32) ; mais sur son amour, qui était devenu suspect par son infidélité.

Or, l’amour du Sauveur est l’âme de la vie chrétienne et de tout apostolat véritable. Ce n’est donc pas sans intention que Jésus ne désigne pas son disciple par le nouveau nom qu’il lui avait donné, celui de Pierre, ou de Céphas, Roc (Jean 1.43 ; Matthieu 16.18) ; mais par son ancien nom : Simon, fils de Jona (B, C, D, Itala portent : Jean), trois fois prononcé, et qui rappelait à son disciple son état d’homme naturel et de pécheur.

Quelques exégètes ont prétendu que cette appellation répétée n’avait d’autre but que de donner plus de solennité à l’entretien ; mais l’opinion que nous venons d’exprimer est également soutenue par des interprètes tels que R. Stier, Hengstenberg, MM. Luthardt et Godet.

Toutefois, si la question de Jésus pouvait être humiliante pour son disciple, elle prouve que Jésus n’avait point cessé de l’aimer ; c’est l’amour qui recherche l’amour. Et c’était là, en même temps, la manière la plus délicate d’assurer Pierre qu’il lui pardonnait son coupable reniement.

Il y a, dans la question de Jésus, un mot qu’il faut bien remarquer : M’aimes-tu, plus que ne font ceux-ci ? c’est-à-dire plus que tes condisciples présents à cet entretien.

C’était là une allusion évidente et humiliante pour Pierre, à sa parole présomptueuse (Jean 13.37 ; Marc 14.29).

Puisqu’il s’y était ainsi engagé, Pierre devait l’aimer plus que tous les autres.

Pierre, sûr de sa sincérité, affirme résolument son amour pour son Maître. Mais on remarque, dans sa réponse, trois restrictions importantes.

D’abord, instruit par sa triste expérience, se défiant de lui-même, il en appelle à Celui qui seul connaît son cœur et peut juger de son amour : Tu sais que je t’aime.

Puis, tandis que Jésus en lui disant : M’aimes-tu ? Se sert d’un verbe qui désigne l’amour profond et religieux de l’âme, Pierre emploie un terme qui signifie l’affection du cœur, sentiment purement humain, n’osant pas affirmer plus que cela.

Enfin, il se garde bien de se comparer avantageusement à d’autres, et il ne relève pas ces mots : plus que ceux-ci. Sa chute et sa repentance ont produit l’humilité.

Grec : Mes petits agneaux.

Il y a dans l’original un gracieux diminutif qui trahit une grande tendresse, un cœur ému en faveur de ceux que Jésus désigne ainsi. Et par là, il recommande avant tout aux soins de son disciple les petits et les faibles, ceux qui, comme lui, étaient exposés à tomber.

Par ces paroles et par celles qui vont suivre, il est évident que Jésus réintégrait son disciple dans ses rapports avec lui et dans son apostolat.

Quelques exégètes (M. Weiss, entre autres) n’admettent pas qu’il s’agisse de la réintégration de Pierre dans l’apostolat, attendu qu’il avait déjà été réhabilité avec tous ses condisciples par la parole de Jésus (Jean 20.21), et que l’apostolat n’est jamais comparé à l’office d’un berger.

Le but de Jésus serait donc de replacer Pierre dans sa position de chef de la communauté chrétienne (Matthieu 16.18). Mais cette dernière pensée ne ressort point de notre récit, et il nous paraît évident que Pierre, profondément déchu par son reniement devait être personnellement relevé devant tous et à ses propres yeux, et rétabli d’une manière particulière dans sa dignité d’apôtre de Jésus-Christ.

16 Il lui dit encore une seconde fois : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu ? Il lui dit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Il lui dit : Pais mes brebis.

Il lui dit (grec) de nouveau, une seconde fois.

Ce pléonasme est destiné à marquer fortement la répétition de cette question qui devait faire rentrer Pierre plus profondément en lui-même, pour lui permettre de sonder son cœur et de s’assurer qu’il aimait réellement le Sauveur ; car c’était là, d’après tout l’entretien, la condition de sa réhabilitation.

Jésus, après la seconde et franche déclaration de son disciple, lui confie ce qu’il a de plus précieux, ses brebis, les âmes qu’il a rachetées au prix de son sang.

Et ici, le verbe que nous traduisons encore par paître exprime toute l’action du berger qui nourrit, surveille et conduit son troupeau (Actes 20.28). L’apôtre n’oublia pas la belle et sérieuse signification de cette parole (1 Pierre 5.2).

B, C portent : mes petites brebis, au lieu de mes brebis. Plusieurs éditeurs et exégètes adoptent ce diminutif qui exprimerait le tendre amour de Jésus pour ceux qui lui appartiennent.

17 Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui dit : Seigneur, tu sais toutes choses ; tu connais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis.

Pierre dut sentir que cette troisième question renfermait une allusion évidente à son triple reniement qui devait être réparé par une triple déclaration de son amour pour Celui dont il avait dit : « Je ne connais pas cet homme » (Matthieu 26.72).

Et ici, Jésus emprunte à son disciple le verbe par lequel celui-ci avait, avec modestie, affirmé son attachement pour lui, comme s’il mettait en doute cette affection même (verset 16, seconde note). La question, sous cette forme, dut pénétrer comme un trait jusqu’au fond du cœur de ce pauvre disciple et y atteindre les derniers restes de son ancienne présomption et de sa confiance en lui-même.

Elle était bien naturelle, cette tristesse du disciple ainsi examiné et sondé !

En effet, la troisième question de Jésus dans les termes où elle était formulée, ne lui rappelait pas seulement son péché, mais elle paraissait exprimer une certaine défiance, qui subsistait malgré toutes ses affirmations.

Aussi Pierre, humilié, mais pénétré d’un amour sincère pour son Maître, en appelle avec confiance à la connaissance parfaite que celui-ci avait du cœur de son disciple : Seigneur, tu sais toutes choses, tu connais que je t’aime !

Pierre sort vainqueur de cette rude épreuve. Pour la troisième fois, le Seigneur lui confie le soin de son troupeau, le réintègre dans son apostolat et lui rend la consolante assurance d’une pleine réconciliation avec lui. Mais lui, de son côté, n’oubliera jamais que ce troupeau dont la conduite lui est confiée n’est pas à lui, mais appartient à son Maître, qui trois fois a dit clairement mes agneaux, mes brebis (1 Pierre 5.3).

18 En vérité, en vérité, je te le dis : quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais, mais quand tu seras devenu vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas.

Jésus continue l’entretien avec son disciple ; et par cette déclaration solennelle, qui appartient exclusivement au quatrième Évangile : En vérité, en vérité, il lui annonce ce qui lui arrivera dans cette vocation où il vient de le réintégrer.

C’est au sein de grandes épreuves que Pierre sera appelé à témoigner à son Maître l’amour qu’il lui a déclaré par trois fois.

Cette prédiction revêt la forme d’une image vivante : Pouvoir se ceindre soi-même, rattacher autour des reins, pour la marche ou le travail, le long costume oriental ; aller on l’on veut, c’est la marque de l’indépendance, de l’activité de la force.

Tel était alors Pierre : quand tu étais plus jeune (ce comparatif et le verbe à l’imparfait montrent que Jésus se place au point de vue de cet avenir qu’il va lui annoncer).

Pierre usait abondamment de cette liberté, selon la nature de son caractère ardent et prompt. En effet quand le Sauveur lui parlait ainsi il n’était plus un jeune homme, puisqu’il était marié (Matthieu 8.14).

Bien rapidement viendra la vieillesse qui le mettra dans la dépendance d’un autre, et le forcera à renoncer à sa volonté, à son activité propres. Pour un homme du caractère de Pierre, une telle abdication devait être déjà un pénible sacrifice.

Mais voici qui est plus grave encore : il sera réduit à étendre ses mains et à se livrer passivement à cet autre qui le ceindra, le liera et le mènera de force (grec portera) où il ne voudra pas, c’est-à-dire à la mort (verset 19). Alors il prouvera, à lui-même et aux autres, qu’il aime le Sauveur, auquel il saura faire le sacrifice de sa vie.

Tel est évidemment le sens de cette prédiction.

Mais les interprètes se divisent sur la signification de ces mots : tu étendras tes mains.

Les uns, depuis les Pères jusqu’à de Wette, Tholuck, Hengstenberg, Ewald, prennent cette expression dans un sens littéral signifiant que Pierre souffrira le supplice de la croix. Nous aurions donc ici la prédiction précise du fait rapporté par Tertullien, Origène, Eusèbe (Histoire Ecclésiastique III, 1), que Pierre fut crucifié. Le verset verset 19 semble confirmer cette explication.

D’autres exégètes (Meyer MM. Weiss, Luthardt, Godet) pensent que ces mots : tu étendras tes mains ne peuvent désigner l’attitude de l’homme qui se laisse clouer sur la croix, car ils précèdent ceux qui dépeignent l’apôtre saisi et conduit au supplice, qu’ils appartiennent donc simplement à l’image par laquelle Jésus représente la passivité qui n’oppose aucune résistance.

19 Or il dit cela indiquant de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu. Et ayant ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi.

Ce verset est une remarque de l’évangéliste, par laquelle il explique l’image qui précède.

Jésus disait cela, indiquant de quelle mort, c’est-à-dire de quelle espèce de mort Pierre mourrait.

C’est ici la troisième fois que cette phrase se trouve, identique, dans notre évangile (Jean 12.33 ; Jean 18.32), et elle montre, pour le dire en passant, que notre chapitre en fait partie.

Les deux premières fois, elle s’applique à la mort de Jésus et le contexte montre qu’il s’agit de sa mort sur la croix.

Des interprètes en ont conclu que dans notre passage de même, elle désigne le crucifiement de Pierre.

Ceux au contraire qui ne trouvent pas cette idée dans l’image du verset précédent pensent que l’évangéliste a voulu dire que Pierre glorifierait Dieu par la mort du martyre sans spécifier le genre du supplice.

C’est par cette mort que Pierre devait glorifier Dieu. Mourir au service de Dieu et pour la vérité divine c’est bien la manière la plus éminente de contribuer à sa gloire dans ce monde (comparer Philippiens 1.20 ; 1 Pierre 4.16).

Aussi, parmi les chrétiens des premiers siècles, glorifier Dieu était devenu synonyme de souffrir le martyre.

Suis-moi dans cette voie où tu t’es engagé (versets 15-17), dont je viens de te prédire l’issue, et qui, pour toi comme pour moi, aboutira à la mort (comparer Jean 21.22 ; Jean 13.36 ; Matthieu 10.38 ; Matthieu 9.9).

On a donné de cet ordre si solennel, qui, au fond, concerne tous les chrétiens, des explications qui le rendent parfaitement insignifiant.

Ainsi, Jésus aurait voulu dire : « Suis-moi, là où je vais te conduire pour m’entretenir seul avec toi ».

Les interprètes modernes adoptent cette explication, parce que le même verbe suivre est employé au verset 20 pour désigner l’acte de Jean qui vient après Jésus et Pierre (grec qui suit).

Mais elle n’est admissible que si l’on ajoute, avec M. Godet :

Il ne résulte pourtant pas de là que le sens de l’ordre : suis-moi, soit purement extérieur. Il est clair que par ce premier pas Pierre rentre dans cette voie de l’obéissance envers Jésus qui le conduira au terme tragique de son apostolat. C’est ainsi que le sens supérieur se lie naturellement à l’inférieur, aussi bien que Jean 1.44. Ce symbolisme fait le fond de l’Évangile de Jean tout entier.
20 Pierre, s’étant tourné, voit venir après lui le disciple que Jésus aimait, celui qui pendant le souper était penché sur le sein de Jésus et avait dit : Seigneur, qui est celui qui te livre ?

Il paraît que Jésus, pendant son entretien avec Pierre, s’était mis en marche et que Jean les suivait, afin de ne pas rester séparé de son Maître.

Pierre s’étant retourné le voit et adresse à Jésus la question du verset 21.

On a vu que la manière dont Jean se désigne comme le disciple que Jésus aimait lui est très habituelle (Jean 13.23 ; Jean 19.26 ; Jean 20.2) ; et ici, il ajoute même avec émotion un souvenir récent (Jean 13.25) qui explique fort bien pourquoi il ne pensait pas être indiscret en suivant Jésus et Pierre pour prendre part à leur entretien.

D’autres interprètes pensent que cette désignation si complète de Jean montre que ce n’est pas lui qui tient la plume (comparer verset 7, 1re note).

21 Pierre le voyant donc dit à Jésus : Seigneur, et celui-ci, que lui arrivera-t-il ?

Pierre a compris ce que Jésus venait de lui annoncer sur son avenir (versets 18, 19) et, plein d’un sérieux et sympathique intérêt pour un condisciple qu’il aimait, il demande : (grec) Seigneur, mais celui-ci, quoi ? que lui arrivera-t-il dans l’avenir ? Devra-t-il aussi te suivre jusqu’à la mort ?

Question très naturelle pour un caractère tel que celui de Pierre, et il faut méconnaître étrangement les dispositions qui alors, remplissaient son cœur (versets 15-17), pour attribuer ces paroles à une simple curiosité (de Wette) ou même à un sentiment de jalousie à l’égard de Jean (Meyer).

22 Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi.

Il y a sûrement une légère désapprobation de la question de Pierre dans ces mots, que t’importe ? et dans ceux-ci : toi, suis-moi ! (verset 19, seconde note).

Peut être Jésus trouvait-il que Pierre dans la vivacité de ses impressions, s’oubliait trop vite lui-même et les sérieuses paroles qu’il venait d’entendre, pour s’occuper de son condisciple. Et pourtant il donne à Pierre une réponse qu’il lui expliqua sans doute, mais qui, pour nous, reste obscure.

Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait été l’objet d’interprétations très diverses. Nous signalerons ici les principales, afin de mettre le lecteur sur la voie de se former une conviction personnelle. Toute la difficulté gît dans ces mots : jusqu’à ce que je vienne.

  1. Meyer les prend dans leur sens le plus ordinaire, comme signifiant le retour de Christ pour le jugement du monde, que l’âge apostolique attendait dans un avenir prochain ; en sorte que Jésus voudrait dire : Jean vivra jusqu’à cet événement et ne passera pas par la mort (verset 23), mais sera « changé » à la venue du Seigneur (1 Corinthiens 15.51-52 ; 1 Thessaloniciens 4.17).
  2. D’autres appliquent ces mots à la destruction de Jérusalem envisagée comme prélude de la venue de Christ et du jugement dernier (Lange Luthardt).
  3. Selon d’autres (Bengel, Hengstenberg, Ebrard), il s’agirait de la venue du Seigneur à l’époque de la grande lutte du christianisme contre le paganisme sous Domitien, époque où Jésus viendrait à son disciple Jean et lui révélerait les destinées de l’Église décrites dans l’Apocalypse.
  4. Olshausen et Ewald pensent que Jésus prédisait à Jean une longue vie suivie d’une mort douce quand il viendrait le prendre à lui, selon sa promesse (Jean 14.3).
  5. M. Godet, en déclarant l’explication de Lange et de Luthardt (N2) la moins invraisemblable de celles qui ont été proposées, ajoute : « Comme l’époque primitive de l’humanité a eu son Hénoch l’époque théocratique son Élie, l’époque chrétienne pourrait bien avoir son Jean… Jean n’accompagnerait-il pas d’une manière mystérieuse la marche de l’Église terrestre, comme dans la scène de la pêche il avait accompagné jusqu’au rivage la barque abandonnée brusquement par Pierre ? » (voir la note suivante).
23 Ce bruit se répandit donc parmi les frères, que ce disciple ne mourrait pas. Mais Jésus ne lui avait pas dit qu’il ne mourrait pas ; mais : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?

Codex Sinaiticus, Itala omettent : que t’importe ?

Grec : « Cette parole se répandit parmi les frères (les chrétiens), que ce disciple ne meurt pas ».

Cette parole est celle de Jésus (verset 22) interprétée dans le sens que Jean ne mourrait pas.

Le verbe au présent ne meurt pas, montre que ce disciple, quoique très âgé, vivait encore. Mais si, dans un prochain avenir, il arrivait qu’il mourût, il se trouverait que la parole de Jésus, ainsi comprise, ne se vérifierait pas, et ce serait là un sujet d’achoppement pour la foi des frères.

C’est pourquoi l’évangéliste a à cœur de rectifier l’interprétation qu’on donnait de cette parole.

Pour cela, il rappelle d’abord simplement que Jésus n’a pas dit qu’il ne mourrait pas ; puis il cite textuellement le verset 22 en lui laissant son sens hypothétique : si je veux (Quelle autorité divine dans ce mot : si je veux !).

Il fallait donc que Jean lui-même n’admit pas l’interprétation qu’il réfute comme une erreur, ou du moins qu’il fût dans l’incertitude à cet égard. Cette rectification ne nous conduirait-elle pas au vrai sens du verset 22 ?

Jésus ne voulant pas répondre à la question de Pierre, lui imposerait le silence par une simple supposition : si je veux, ce n’est pas ton affaire, mais la mienne, toi, suis-moi !

24 C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites ; et nous savons que son témoignage est vrai.

Ce disciple est évidemment celui dont il est parlé dans les versets 20-23, Jean notre évangéliste, qui s’est si clairement désigné au verset 20.

Il faut remarquer le verbe au présent, rend témoignage (grec témoigne), faisant un contraste frappant avec cet autre verbe à l’aoriste : les a écrites.

Le premier montre que Jean vivait encore, le second certifie que, non seulement Jean 21, mais tout l’Évangile a cet apôtre pour auteur : c’est lui qui a écrit ces choses.

En effet, cette attestation est beaucoup trop solennelle pour ne s’appliquer qu’aux quelques récits de l’appendice. Ainsi en jugent la plupart des exégètes.

On comprend dès lors de quel poids est cette solennelle déclaration de la vérité du témoignage que notre évangéliste a laissé à l’Église chrétienne pour tous les temps, en écrivant ce livre.

Mais on a soulevé, au sujet de ce verset, une question qui est résolue en deux sens divers : qui rend ce témoignage à la vérité de notre Évangile ? Plusieurs éminents interprètes (Tholuck, Brückner, Luthardt MM. Weiss, Godet) l’attribuent aux anciens de l’Église d’Éphèse qui entouraient l’apôtre et qui auraient été chargés par lui de publier et de répandre son évangile.

Cette opinion se fonde d’abord sur ce verbe au pluriel : nous savons, qui ne se retrouve pas ailleurs dans notre Évangile et qui indique une pluralité dans ceux qui rendent ce témoignage ; elle se fonde, ensuite, sur une tradition très ancienne conservée par des Pères de l’Église et consignée dans le fragment de Muratori et selon laquelle Jean écrivit son Évangile à la demande de ces mêmes anciens, auxquels il confia ensuite le soin de le publier.

Nous aurions donc ici leur important témoignage, le plus ancien de tous ceux qui confirment l’authenticité de notre évangile.

D’autres interprètes, frappés de la ressemblance de cette attestation et de l’affirmation Jean 19.35 (comparez 3 Jean 1.12), soutiennent qu’elle est de Jean lui-même (Ainsi Hengstenberg, Lange, Meyer et d’autres).

S’il en est ainsi, nous aurions dans ce verset la confirmation par l’évangéliste du témoignage consigné au Jean 19.35, et la conclusion de tout son livre, qu’il aurait ajoutée après l’avoir achevé, à la conclusion précédente (Jean 20.30).

De ces deux suppositions la première nous paraît cependant la mieux fondée.

25 [Or il est encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites, et si elles étaient écrites en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on en écrirait.]

Ce verset est retranché par Tischendorf, sur l’autorité, il est vrai, du seul manuscrit du Sinaï. Dans ce document même il a été introduit, d’après Tischendorf, par un correcteur.

D’après d’autres critiques, il faisait partie déjà du texte primitif de ce manuscrit.

Mais si on le considère en lui-même, on arrive facilement à la conviction qu’il n’appartenait pas originairement à notre évangile.

En effet :

  1. Il ne renferme qu’une répétition assez gauche de la belle conclusion de Jean 20.30
  2. Il a recours à une hyperbole qui, prise à la lettre, renferme une étrange exagération.
  3. On ne retrouve dans ce verset ni le style ni la noble simplicité de Jean qui jamais ne dit je et jamais n’emploie le verbe que nous rendons par je pense.
  4. Le verset 24 est évidemment une conclusion du récit de Jean après laquelle il ne peut pas avoir répété celle du Jean 20.30 en en dénaturant le sens.
  5. Les Exégètes qui attribuent le verset 24 aux anciens d’Éphèse, qui disent nous, supposent que le verset 25 (dont l’auteur dit je) a été écrit par un autre personnage ; la fin de ce chapitre proviendrait donc de deux sources différentes : les anciens et un inconnu supposé !

L’affirmation claire et ferme du verset 24 clôt tout le récit de Jean et, en particulier, l’admirable Jean 21 dans lequel l’apôtre raconte la manifestation que Jésus ressuscité accorda à ses disciples : d’abord dans un acte de sa puissance qui symbolisait les immenses bénédictions dont leurs travaux seront couronnés ; ensuite dans un acte de son insondable amour qui rétablit un disciple déchu dans sa relation avec son Sauveur et dans son apostolat ; enfin par un acte de sa science divine, annonçant à ses deux principaux disciples leur destinée future.

Ainsi, comme l’observe avec justesse M. Godet, ce dernier chapitre de notre Évangile nous ramène au premier.

Là (Jean 1.35 et suivants) Jean nous fait connaître les commencements de ces relations intimes et saintes de Jésus avec ses disciples ; ici, il les confirme définitivement sur le fondement de la foi qu’ils ont acquise.

Désormais il ne leur restera plus qu’à entrer dans une communion beaucoup plus intime encore avec leur Sauveur glorifié et invisible.