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Jean 20
Bible Annotée (interlinéaire)

1 Or, le premier jour de la semaine, Marie-Magdelaine vient au sépulcre le matin, comme il faisait encore obscur, et elle voit la pierre ôtée du sépulcre.
Chapitre 20 la résurrection
1 à 18 le tombeau vide, apparition à Marie-Magdelaine

Voir sur Marie Magdelaine Luc 8.2 ; Luc 7.37, notes.

Jean parle d’elle comme si elle était venue seule au sépulcre, tandis que les autres évangélistes mentionnent plusieurs femmes qui s’empressent également de visiter le tombeau, dans l’intention d’embaumer le corps du Seigneur (Matthieu 28.1-2, note, Marc 16.1 ; Luc 24.1, note).

Pour concilier cette différence, plusieurs exégètes admettent qu’elles y seraient allées toutes ensemble, mais que Jean ne mentionne que Marie Magdelaine sur laquelle se concentre tout son intérêt, à cause du rôle important qu’elle va remplir.

L’évangéliste n’ignorait pas, du reste, qu’elle avait des compagnes, puisqu’il la fait parler au pluriel et en leur nom (verset 2).

D’autres interprètes pensent que Marie Magdelaine serait réellement allée au sépulcre seule et avant toutes les autres, ce que semblerait indiquer cette expression de Jean : Comme il faisait encore obscur (voir la note suivante).

S’il en est ainsi, Jean aurait distingué cette course empressée de Marie Magdelaine de celle des autres femmes, tandis que les premiers évangélistes réunissent les deux faits dans un même récit.

L’apparition de Jésus à Marie seule (versets 11-18) n’est du reste pas étrangère à la tradition apostolique des premiers évangiles (Marc 16.9).

Les choses pourraient s’être passées ainsi :

  1. Marie Magdelaine va au sépulcre, elle voit avec étonnement que la pierre qui le fermait a été ôtée, et elle court en avertir Pierre et Jean (versets 1, 2).
  2. Pendant qu’elle rentre dans la ville, les autres femmes arrivent près du tombeau ouvert et voient un ange qui leur annonce que Jésus est ressuscité. Puis elles s’éloignent promptement et courent annoncer cette nouvelle aux disciples (Matthieu 28.5-8).
  3. Cependant Marie Magdelaine revient avec les deux disciples et quand ceux-ci, après avoir vu le tombeau vide, s’en retournent chez eux, Marie reste près du sépulcre en pleurant, et c’est alors qu’elle voit deux anges dans le sépulcre (versets 11-13) et que le Seigneur enfin lui apparaît (versets 14-17).

Telle est l’interprétation d’Ebrard, d’Ewald, de M. Luthardt et d’autres. Ces deux moyens de concilier les récits évangéliques sont l’un et l’autre admissibles, et en tout cas, ils ne laissent à la critique négative aucune raison de voir entre ces récits une contradiction insoluble.

Voici comment M. Godet accorde la seconde manière de concevoir la suite des événements avec la relation du premier évangile, d’après laquelle Jésus serait apparu à tout le groupe des femmes qui étaient venues au sépulcre :

Matthieu Matthieu 28.9-10, raconte qu’à leur retour du sépulcre ces femmes eurent une apparition de Jésus. Mais le récit de Marc (Marc 16.8) et surtout la parole des deux disciples d’Emmaüs : Elles (Luc 24.22-23) ont eu une apparition d’anges disant qu’il est vivant, sont incompatibles avec ce fait. Cette apparition aux femmes n’est donc pas autre que l’apparition à Marie Magdelaine (qui va suivre chez Jean) généralisée. Tous les détails de l’apparition coïncident. Le premier Évangile applique au groupe entier ce qui s’est passé pour l’un de ses membres. Comme Marie Magdelaine n’a vu le Seigneur qu’après que les autres femmes étant retournées à la ville, on comprend que les deux disciples d’Emmaüs aient pu partir de Jérusalem sans avoir entendu parler d’aucune apparition de Jésus (Luc 24.24). Il n’y a donc eu, en réalité, d’autres apparitions, le matin de ce jour, que celle des anges aux femmes, puis à Marie Magdelaine et enfin celle de Jésus à cette dernière.

Tous les évangélistes s’attachent à marquer avec soin le moment précis où les femmes et les disciples allaient renaître à la foi et à la joie, en voyant le tombeau vide ou le Seigneur lui-même. Mais il y a quelque différence dans les termes dont ils se servent pour cela. Voir, à ce sujet Marc 16.2, note.

L’expression de Jean comme il faisait encore obscur, paraît indiquer que Marie Magdelaine précéda les autres femmes au sépulcre (voir la précédente note), car lorsque celles-ci y arrivèrent, Marc dit que « le soleil venait de se lever ».

Matthieu (Matthieu 28.2) raconte comment la pierre avait été ôtée de l’entrée du sépulcre (comparer Marc 16.3-4).

Il faut remarquer ces verbes au présent : Marie Magdelaine vient, voit, court, vient, dit (versets 2, 5, 6) ; ils rendent la scène actuelle et vivante. La plupart de nos versions, sacrifiant à l’élégance du style, effacent ces nuances délicates et importantes.

2 Elle court donc et vient vers Simon Pierre, et vers l’autre disciple que Jésus aimait, et elle leur dit : Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l’ont mis.

Le verbe au pluriel : nous ne savons, montre que Marie Magdelaine n’était pas venue seule au sépulcre (Matthieu 28.1 ; Marc 16.1).

L’émotion et l’effroi de Marie Magdelaine se peignent dans les termes par lesquels elle raconte cette nouvelle aux disciples. L’idée que Jésus pourrait être ressuscité n’a point encore abordé son esprit, puisqu’elle ne pense qu’à un enlèvement de son corps.

L’autre disciple que Jésus aimait est Jean, notre évangéliste, qui aime à se désigner ainsi, sans jamais se nommer (comparer Jean 13.23 ; Jean 19.26 ; Jean 21.7-20 ; voir l’Introduction).

3 Pierre sortit donc, ainsi que l’autre disciple, et ils allaient au sépulcre.

Ce trait se retrouve très abrégé dans Luc 24.12-24.

4 Ils couraient tous deux ensemble ; et l’autre disciple courut en avant, plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre. 5 Et s’étant baissé, il voit les linges gisant ; cependant il n’y entra pas. 6 Simon Pierre, qui le suivait, arrive donc, et il entra dans le sépulcre, et il voit les linges gisant, 7 et le suaire qui avait été sur sa tête, et qui n’était pas gisant avec les linges, mais à part plié dans un lieu. 8 Alors donc l’autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi, et il vit, et il crut.

Les deux disciples, remplis de la plus vive émotion à l’ouïe des paroles de Marie Magdelaine (verset 2), s’élancèrent hors de la ville ; et ils allaient au sépulcre, ils couraient ensemble vers le lieu où Jésus était enseveli. Jean, sans doute plus jeune et plus agile, devance son condisciple et arrive le premier au sépulcre.

S’étant baissé pour regarder dans la grotte, il y voit les linges dont le corps avait été enveloppé (Jean 19.40) ; mais retenu par la crainte instinctive que lui inspirent le mystère de la mort et l’incertitude de la situation, il n’ose pas y pénétrer.

Pierre arriva en ce moment, et, plus résolu que Jean, il entra dans le sépulcre, et il voit (grec il observe), d’une part, les linges gisant à terre, et, d’autre part, le suaire qui avait recouvert la tête de Jésus (Jean 11.44), soigneusement plié à part en un lieu, tandis que les linges avaient été jetés çà et là (comparer Luc 24.12-24).

Alors donc, encouragé par l’exemple de son condisciple, Jean entra aussi dans la grotte, et il vit, et il crut.

Qu’est-ce qu’il crut ?

L’évangéliste ne veut pas dire qu’il crut les paroles de Marie Magdelaine (verset 2) ; car l’ordre remarquable que le Seigneur avait voulu laisser dans son sépulcre (versets 6, 7) excluait absolument l’idée d’un enlèvement opéré à la hâte par ses ennemis. Non, il crut que Jésus était ressuscité, et cette conviction l’affermit dans sa foi que Jésus était le Christ, le Fils de Dieu (verset 31). Le verset suivant ne laisse aucun doute sur cette interprétation.

Mais il faut remarquer ici, avec M. Godet, qu’en employant ces deux verbes au singulier : il vit et il crut, l’auteur veut rapporter une expérience qui lui est propre. « Il ne peut témoigner pour l’autre disciple ; mais il peut le faire pour lui-même. Il nous initie à un souvenir personnel incomparable ».

9 Car ils ne comprenaient pas encore l’Écriture qui dit qu’il devait ressusciter d’entre les morts.

Il devait ressusciter : « Nécessité divine », comme s’exprime Meyer (comparer Luc 24.26).

Comme Thomas (verset 25), les deux disciples eurent besoin de voir pour croire.

Jean marque en s’humiliant la cause de leur lenteur à croire : ils ne comprenaient pas encore, même alors, l’Écriture qui dit que Jésus devait ressusciter d’entre les morts.

En effet, ils auraient pu trouver la résurrection du Sauveur annoncée dans des passages tels que Psaumes 16 ; Psaumes 22 ; Psaumes 110 ; Ésaïe 53 etc.

Les enseignements de Jésus (Luc 24.25-27, Luc 24.45) et surtout la lumière du Saint-Esprit ouvrirent les yeux des apôtres sur ce point, comme sur tant d’autres. Alors ils comprirent les Écritures (Actes 2.25-34 ; Actes 8.32-33 ; Actes 13.33-35).

Outre les révélations de l’Ancien Testament, les disciples avaient entendu les déclarations claires et nombreuses de Jésus sur sa mort et sa résurrection (Matthieu 16.21, Luc 18.31 et suivants, et ailleurs).

On est donc étonné que l’évangéliste ne les mentionne point ici, et la critique négative n’a pas manqué d’en inférer que ces prédictions avaient été inventées après l’événement.

Mais les évangélistes eux-mêmes nous ont appris, avec une candeur et une humilité inimitables, que les disciples n’avaient pas mieux compris ces prédictions de Jésus que les Écritures (Luc 18.34 et surtout Marc 9.10).

Ils les entendaient dans un sens figuré parce que, selon leurs préjugés messianiques, les souffrances et la mort de Jésus leur paraissaient impossibles et sa résurrection un événement tellement inouï, que jamais il n’avait pénétré dans leur esprit.

10 Les disciples donc s’en retournèrent chez eux. 11 Mais Marie se tenait près du sépulcre, en dehors, pleurant. Gomme donc elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre ;

Marie, après avoir annoncé aux deux disciples qu’elle avait vu le tombeau vide (verset 2), y était revenue à leur suite et lorsqu’ils s’éloignent, elle y reste pour pleurer.

Son amour la retient près de ce sépulcre vide ; elle pleure, parce qu’aucune espérance n’a encore pénétré dans son cœur (verset 13).

12 et elle voit deux anges vêtus de blanc, assis au lieu où le corps de Jésus avait été couché, l’un à la tête, et l’autre aux pieds.

Ce fait n’est point en contradiction avec l’apparition antérieure de l’ange (Matthieu 28.2, Marc 16.5), ou des deux anges (Luc 24.4, note) aux femmes.

Les anges ne sont pas immobiles et visibles à la façon de statues de pierre.
— Godet

Il y a, en grec, le participe présent : s’asseyant, qui peut signifier qu’elle les aperçut au moment où ils vinrent s’asseoir dans le sépulcre

13 Et eux lui disent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis.

Comparer verset 2 et verset 11, notes.

14 Ayant dit cela, elle se retourna en arrière, et elle voit Jésus qui se tenait là ; et elle ne savait pas que c’était Jésus.

Jésus lui-même vient à cette âme qui le cherche avec amour, au sein de ses larmes et de son angoisse.

Mais pourquoi ne le reconnaît-elle pas ?

Il ne suffit pas, pour répondre à cette question, de dire, avec divers exégètes, que peut-être Marie ne le regardait pas en face ou que ses yeux remplis de larmes l’empêchaient de voir, ou que la pensée de la résurrection était trop éloignée de son esprit, ou que Jésus se présentait à elle sous un costume différent de son ordinaire.

De nombreux passages des évangiles nous montrent clairement qu’il devait s’être produit dans la personne de Jésus un grand changement, causé par ses souffrances, sa mort, et surtout sa résurrection. Ce fut là pour lui le premier degré de la glorification de son corps, dont l’ascension fut l’accomplissement suprême.

Telle a été la vraie cause du fait qui nous occupe et d’autres phénomènes semblables dans les apparitions de Jésus ressuscité (comparer Luc 24.16 ; Marc 16.12, notes, et voir ci-dessous Jean 20.19-26 ; Jean 21.4).

Il est très important d’observer que Marie-Magdelaine voit le Seigneur debout devant elle, sans le reconnaître au premier abord. C’est une preuve que la résurrection de Jésus fut un fait objectif et nullement une représentation subjective dans l’esprit des disciples. Si elle avait été une hallucination par laquelle Marie se serait imaginé voir le Seigneur vivant devant elle, sans qu’il y fût réellement cette hallucination aurait dû être produite par l’attente que le Seigneur devait ressusciter, mais cette attente n’existait à aucun degré chez les disciples (Luc 24.21 ; Jean 20.25). Si donc Marie, et plus tard les disciples d’Emmaüs, en voyant devant eux une figure humaine, ne reconnaissent pas en elle leur Seigneur, c’est que leur imagination n’avait pas la moindre part dans cette rencontre et qu’ils ne furent convaincus que lorsque Jésus se fit clairement connaître à eux.
— Ebrard
15 Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, croyant que c’est le jardinier, lui dit : Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai.

C’est avec une compassion profonde pour Marie et pour sa douleur que Jésus lui adresse cette question. Souvent il interroge ainsi les malheureux qui le cherchent, uniquement afin d’attirer sur lui leur attention et de les encourager à lui ouvrir leur cœur avec confiance et à lui demander tout ce dont ils ont besoin (Jean 5.6 ; Marc 10.51).

Afin d’expliquer comment Marie Magdelaine prit le personnage qui se tenait là pour le jardinier, une minutieuse exégèse a supposé que Jésus avait emprunté les vêtements de celui-ci, ou qu’il apparaissait à Marie ayant pour tout vêtement la ceinture avec laquelle il avait été crucifié, ce qui fit croire à Marie qu’il était un serviteur occupé à quelque travail dans le jardin (Jean 21.7).

Mais il était tout naturel, en voyant quelqu’un dans une propriété particulière, à cette heure matinale, de penser que c’était l’homme chargé d’en prendre soin ; et Marie s’arrête à cette supposition, sa douleur ne lui permettant pas de considérer les traits de Celui qui se présente à elle.

En effet, s’il est dit au verset 14 « Elle se retourna, et elle voit Jésus », ce ne fut qu’un regard fugitif qu’elle jeta sur lui ; elle reprit aussitôt sa position première ; cela ressort du verset 16, où, à l’appel de Jésus, elle se retourne de nouveau.

Marie parle avec respect à cet étranger : Seigneur, lui dit elle, c’est que la souffrance et le besoin de secours rendent humble. Puis, sans nommer Jésus, elle dit : Si tu l’as emporté, je le prendrai, ne supposant pas qu’on puisse penser à nul autre qu’à Celui qui remplit son âme tout entière.

16 Jésus lui dit : Marie ! Et elle s’étant retournée, lui dit en hébreu : Rabbouni ! C’est-à-dire : Maître !
Ce qu’il y a de plus personnel dans les manifestations humaines, c’est le son de la voix ; c’est par ce moyen que Jésus se fait connaître à Marie. L’accent que prend, dans sa bouche, ce nom de Marie, exprime tout ce qu’elle est pour lui, tout ce qu’il est pour elle.
— Godet

Aussi est ce avec un tressaillement de joie que Marie, à son tour, pousse cette exclamation dans laquelle elle met toute son âme : Rabbouni ! Maître ! Elle ne peut en dire davantage.

Ce seul mot, prononcé dans une telle situation, a paru si important à l’évangéliste, qu’il l’a conservé dans la langue originale, et il remarque expressément pour ses lecteurs grecs qu’il le cite en hébreu.

Ce dernier mot, omis par le texte reçu, est sûrement authentique. Il se lit dans Codex Sinaiticus, B, D, Itala, versions syriaques.

17 Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers le Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu.

Les mots de Jésus : Ne me touche pas, supposent que Marie voulait se jeter à ses pieds, embrasser ses genoux (Matthieu 28.9). Jésus le lui défend.

Quelle était donc la pensée qui inspirait l’attitude de Marie et que Jésus désapprouve ? Comment comprendre la parole par laquelle Jésus motive sa défense : car je ne suis pas encore monté vers le Père ? (Le texte reçu porte : mon Père. Codex Sinaiticus, B, D, Itala omettent le pronom possessif).

  1. Meyer pense que Marie, en touchant le Seigneur de ses mains, voulait s’assurer qu’il était bien ressuscité, corporellement présent, qu’elle ne voyait pas une simple apparition de son esprit. Et Jésus lui donnerait cette assurance en disant : C’est bien moi, car je ne suis pas encore monté dans la gloire du Père. Mais peut-on supposer ces doutes en Marie, quand elle venait de s’écrier, pleine d’assurance et de joie : Maître ! Et d’ailleurs pourquoi Jésus refuserait-il à Marie un moyen de conviction qu’il offrait lui-même à d’autres disciples ? (Jean 20.20-27 ; Luc 24.39)
  2. La pensée de Marie serait de l’adorer, et Jésus lui dirait qu’elle ne doit le faire qu’après qu’il sera entré dans sa gloire (Lücke et d’autres). Mais cette explication méconnaît la divinité du Fils de Dieu, aussi réelle avant son ascension qu’après, et Jésus n’a point désapprouvé cet élan d’adoration dans un autre de ses disciples (verset 28).
  3. Quelques interprètes (Bèze, Bengel) s’arrêtant surtout à la seconde parole de Jésus : « Va vers mes frères… », pensent qu’il aurait simplement voulu dire à Marie : Ne t’attarde pas maintenant à ces témoignages de ta joie, mais hâte-toi d’aller annoncer à mes frères que je monte… Cette idée ne nous paraît point convenir à la situation, et d’ailleurs elle n’explique pas les mots : car je ne suis pas encore monté vers mon Père.
  4. Marie aurait voulu retenir près d’elle le Seigneur, s’assurer qu’il ne va pas la quitter de nouveau. À quoi Jésus répondrait que le moment de son départ définitif n’est pas venu et qu’elle le reverra encore (Néander Ebrard). Mais ce dernier motif paraît peu en harmonie avec la solennité d’un tel moment et aussi avec le message dont Jésus va charger Marie.
  5. Elle aurait pensé que déjà les nombreuses promesses de Jésus concernant son retour vers les siens, telles que Jean 16.16, étaient accomplies : et elle aurait voulu s’attacher à lui et jouir pleinement de sa présence.

La parole de Jésus signifierait alors que ce n’est qu’après sa glorification qu’il sera réellement avec les siens et vivra en eux (Calvin et, avec quelques modifications, M. Godet).

Cette interprétation, vraie au fond, nous paraît seulement, en ce qui concerne Marie, lui supposer une trop claire intelligence des promesses du Sauveur et une trop haute spiritualité.

Nous pensons avec de Wette, Tholuck MM. Weiss, Keil, que Marie, s’élançant vers Jésus pour le toucher (comparez Luc 7.38-39) et lui témoigner son amour et sa vénération, croyait que ses rapports antérieurs et habituels avec lui allaient recommencer, sans qu’il y eût rien de changé en eux, et qu’elle se livrait tout entière, avec bonheur, à cette pensée.

Il fallait donc la tirer de cette erreur, la déprendre de ces relations terrestres avec son Maître, élever ses affections vers le moment prochain, où, soustrait à ses regards, monté vers son Père, le Sauveur entrerait avec les siens dans une communion infiniment plus intime, plus élevée, plus sainte (comparer 2 Corinthiens 5.16).

« Toucher », dit saint Augustin, « c’est trouver la limite de l’idée que nous nous faisons d’un objet » ; Jésus glorifié s’offre à l’âme comme l’infini qui seul la satisfait.

Je monte vers mon Père, telle est la grande pensée dont Marie doit se pénétrer et dont elle doit être la messagère auprès des « frères » de Jésus.

Mes frères, dit Jésus ; il les nomme ainsi pour la première fois, avec autant de solennité que d’amour, parce que, son œuvre maintenant achevée, il a fait d’eux des enfants de Dieu. Ils sont ses frères, par la raison que son Père est leur Père. Matthieu 28.10, Hébreux 2.11 (comparez Psaumes 22.23), .

Le message de Marie doit être celui de la gloire éternelle du Sauveur à laquelle ils auront part.

Je monte vers mon Père, ce verbe au présent exprime la certitude et l’imminence de ce grand événement, peut-être aussi la pensée que l’ascension de Jésus, comme sa glorification, est graduelle et s’accomplit déjà.

Mon Père, votre Père ; mon Dieu, votre Dieu, paroles d’une inépuisable profondeur et d’un amour infini, par lesquelles Jésus élève les siens jusqu’à son propre rapport avec Dieu. Par là aussi il leur fait part de la gloire et de la félicité où il va entrer.

Dans le nom de Père, fait observer M. Godet, il y a l’intimité filiale ; dans celui de Dieu, la complète dépendance, et cela pour les disciples comme pour Jésus lui-même.

Désormais les disciples comprendront toute la réalité et la douceur de ce nom de Père que Jésus donnait à Dieu (comparer Romains 8.15 ; Galates 4.6).

Cependant il ne dit pas : notre Père ; il ne l’a jamais dit, parce qu’il est seul Fils de Dieu, dans un sens unique, exclusif, divin.

18 Marie-Magdelaine vient annoncer aux disciples qu’elle a vu le Seigneur, et qu’il lui avait dit ces choses.

Grec : arrive Marie Magdelaine annonçant aux disciples… Le présent peint vivement l’émotion et la joie de celle qui apporte une telle nouvelle et la surprise de ceux qui l’entendent. Elle a vu le Seigneur, il lui a parlé, et elle répète les choses qu’il lui a dites !

Codex Sinaiticus, B portent : J’ai vu le Seigneur, leçon qui est adoptée par la plupart des éditeurs récents, mais qui ne peut se rendre dans la traduction, à cause de la proposition suivante : « Et qu’il lui avait dit ces choses ».

Ce brusque passage du discours direct au discours indirect n’a rien d’extraordinaire en grec. Il est effacé d’ailleurs dans la variante de D : et elle leur rapporta les choses qu’il lui avait dites.

La tradition apostolique, recueillie dans Marc (Marc 16.10-11), nous apprend comment les disciples reçurent ce message : au premier abord « ils ne le crurent point » (comparer Luc 24.11 ; Luc 24.22-24).

19 Le soir donc étant venu, ce même jour, le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées, à cause de la crainte qu’ils avaient des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous !
19 à 23 Apparition aux disciples réunis

Grec : Jésus se tint là au milieu d’eux, sans qu’ils vissent comment il était entré, les portes étant fermées.

Il est évident que l’évangéliste voit dans cette apparition de Jésus quelque chose de mystérieux, d’autant plus qu’il mentionne la même circonstance lors de la seconde apparition de Jésus (verset 26) ; toutes les tentatives faites pour expliquer l’entrée de Jésus d’une manière naturelle font violence au texte.

Calvin et quelques autres exégètes pensent que les portes s’ouvrirent sur un signe de la majesté divine du Sauveur. S’il en était ainsi, Jean l’aurait raconté simplement. Et d’ailleurs, cela aussi serait un miracle.

Il est plus conforme à divers traits de la vie de Jésus ressuscité d’admettre qu’alors déjà son corps se trouvait en voie d’être glorifié, se rapprochait de l’état de « corps spirituel » (1 Corinthiens 15.44), et qu’il était, dès lors, affranchi des lois de l’espace (comparer verset 14, note).

Le terme employé dans Luc 24.31 « Il disparut de devant eux », autorise la même conclusion.

De là vient que souvent les disciples ne le reconnurent pas au premier abord et qu’il dut leur prouver que c’était bien lui qu’ils voyaient (Jean 20.14 ; Jean 20.20-27 ; Luc 24.16 ; Luc 24.37-40).

Cette apparition de Jésus au milieu de ses disciples, le jour même de sa résurrection, est la même dont nous trouvons le récit plus complet dans Luc 24.36-48 (voir les notes).

Comparez Luc 24.36, seconde note. Cette belle salutation, en usage chez les Israélites, se revêtait dans la bouche de Jésus, surtout dans un tel moment, d’une signification et d’une puissance toutes nouvelles ; non seulement il souhaitait la paix, mais il la donnait.

20 Et quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent donc, en voyant le Seigneur.

Ses mains percées et son côté portant la plaie du coup de lance (Jean 19.34). Jésus, connaissant toute la faiblesse de ses disciples et la grande difficulté qu’il y avait pour eux à croire sa résurrection condescend à leur en donner des preuves visibles et tangibles (Jean 20.27 ; Luc 24.40 ; comparez 1 Jean 1.1), mais en même temps il leur dira clairement que ce n’était pas là ce qui constituait la foi, qui est un acte libre de la conscience et du cœur (verset 29).

En voyant le Seigneur, les disciples se réjouirent ; cette vive joie succéda dans leurs cœurs aux doutes pleins d’angoisse dont ils souffraient depuis trois Jours. C’était pour eux comme le soleil se levant au sein des ténèbres et de la tempête. Alors déjà fut accomplie en eux la promesse de Jésus (Jean 16.22).

21 Jésus leur dit donc de nouveau : La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.

Codex Sinaiticus, D, Itala omettent Jésus.

Il y a quelque chose de solennel dans la répétition de cette grande et douce parole : La paix soit avec vous.

Voyant les disciples convaincus et joyeux (donc), Jésus tient à leur assurer ce bien suprême, la paix, plus précieuse encore, à ses yeux, que la joie.

Quelques exégètes rattachent cette parole au verset suivant : Jésus, après avoir donné à ses disciples la paix pour eux-mêmes (verset 19), voudrait la leur communiquer aussi pour la mission dont il va les charger. La distinction est peut-être un peu subtile.

Comparer Jean 17.18 ; Matthieu 28.19. Jésus charge ainsi solennellement ses disciples de cette mission qui doit continuer la sienne dans le monde, et à laquelle il donne un caractère divin, en lui attribuant la même origine qu’à sa propre mission (comme).

Le moment actuel était admirablement choisi ; car Jésus revêt ses disciples de leur apostolat après sa résurrection, dont ils devaient être les témoins devant le monde (Actes 1.21-22 ; Actes 2.32 ; Actes 4.2, et ailleurs).

22 Et quand il eut dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit-Saint.

Nous trouvons ici, à la fois le symbole et la réalité : le symbole dans cette action de Jésus : Il souffla sur eux, action d’autant plus significative que, en hébreu et en grec, le souffle, ou le vent, est désigné par le même mot que l’esprit (Ézéchiel 37.5 suivants, Jean 3.8 comparez Actes 2.2) ; la réalité est clairement indiquée par cette parole : Recevez l’Esprit Saint.

Celle-ci n’est pas seulement un renouvellement de la promesse (versets 14-16) qui devait s’accomplir à la Pentecôte ; et d’autre part l’évangéliste ne prétend pas raconter ici l’effusion puissante de l’Esprit qui eut lieu alors, comme le pensent ceux qui prétendent que Jean place au jour même de la résurrection l’ascension (verset 17) et la descente du Saint-Esprit (verset 22).

Le verset verset 20 prouve que Jésus n’était pas encore pleinement glorifié. Il ne pouvait donc, d’après notre évangéliste lui-même (Jean 7.39 ; Jean 16.7), envoyer le Saint Esprit aux siens.

D’un autre côté, l’acte accompli par lui n’est pas purement symbolique, puisqu’il ajoute : Recevez l’Esprit-Saint.

Il suffit, pour en comprendre le sens, de considérer que les disciples, au moment même où ils recevaient la charge de l’apostolat (verset 22), avaient le besoin urgent d’un secours divin qui ranimât leur foi et leur espérance, et leur servit de réconfort jusqu’au jour où ils auraient la plénitude de l’Esprit.

Ils devaient, en effet, vivre dans l’attente et dans la prière (Actes 1.4-14) ; ils devaient même prendre de solennelles décisions (Actes 1.13-26). Ils ne pouvaient donc, dans cet important intervalle, être abandonnés à eux-mêmes et à leur ignorance. C’est à ce besoin que Jésus pourvut, avec sa sollicitude ordinaire.

23 À ceux auxquels vous remettrez les péchés, ils leur sont remis ; à ceux auxquels vous les retenez, ils leur sont retenus.

Jésus venait d’assimiler la mission de ses disciples à la sienne propre, qu’ils devaient continuer sur la terre (verset 22).

Or, comme il était venu afin d’ouvrir ou de fermer le ciel à tous les hommes, de prononcer leur absolution ou leur condamnation (Matthieu 9.6, Jean 9.41 ; Jean 15.22), il veut que ses envoyés exercent aussi cette fonction redoutable, qui était le couronnement de son œuvre (comparer Matthieu 16.19 ; Matthieu 18.18, note).

Il faut donc laisser aux mots : remettre les péchés, toute leur signification. Ils n’emportent pas seulement le pouvoir d’annoncer le pardon des péchés, mais celui de le prononcer.

Mais à quelle condition ?

Jésus vient de communiquer aux disciples le Saint-Esprit dont bientôt ils seront remplis. Or, c’est uniquement par l’Esprit qu’ils pourront accomplir cette partie essentielle de leur mission.

L’Esprit en sera le principe, la force qui s’y manifestera. Cette activité ne sera donc pas le privilège des seuls apôtres ou de leurs prétendus successeurs.

Tous les croyants étant des agents du Saint-Esprit, tous seront aptes à remettre et à retenir les péchés. Revêtus de la puissance de l’Esprit, ils rempliront cet office, non de leur propre autorité, mais uniquement au nom de Dieu et du Sauveur.

Cet Esprit de lumière et de vie leur donnera le discernement nécessaire pour s’assurer que ceux auxquels ils remettront ainsi les péchés, sont des âmes pénétrées de repentance et de confiance en la grâce qui leur est offerte.

Dans ces conditions, l’expérience a prouvé que ce peut être, pour une âme découragée et angoissée un immense bienfait que de recevoir directement et personnellement, par la voix d’un serviteur de Dieu, l’assurance du pardon de ses péchés. Il n’y a rien là qui ressemble à l’absolution sacerdotale pratiquée dans quelques Églises.

Suivant le texte le plus autorisé il faut lire le présent pour le premier verbe : ils sont remis. Ce présent indique un effet immédiat, Dieu ratifie au moment même. Le second verbe, par contre : ils sont retenus est au parfait, indiquant l’effet persistant un état d’endurcissement ou d’incrédulité. On peut donc traduire : ils demeurent retenus, non pardonnés.

24 Or, Thomas, l’un des douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint.
24 à 29 Seconde apparition de Jésus, en présence de Thomas

Par deux traits déjà notre évangéliste nous a dépeint ce disciple avec son caractère sombre, enclin au doute, à la critique, au découragement (Jean 11.16 ; Jean 14.5).

Mais c’est surtout dans ce récit que Thomas se montre à nous tel qu’il était.

Et tout d’abord, nous le voyons absent du cercle de ses condisciples, quand Jésus leur apparut. Sans doute, n’ayant plus aucune espérance, il avait cherché la solitude pour se livrer à ses tristes pensées et il s’était privé ainsi d’une grâce immense.

25 Les autres disciples lui disaient donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois en ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.

Ce fut, sans doute, dans une réunion subséquente que les disciples dirent à Thomas, avec la joie qui rayonnait sur leurs visages : Nous avons vu le Seigneur !

Il faut remarquer dans sa réponse l’obstination de son doute qui s’exprime par des termes énergiques et répétés (cette répétition intentionnelle est effacée quand, avec Tischendorf et M. Weiss, on lit, la seconde fois, place au lieu de marque. Cette variante ne se trouve que dans A, Itala).

Thomas aboutit à cette conclusion : je ne croirai point.

Il y a, dans le grec, une double négation qui signifie : je ne croirai certainement pas.

En parlant ainsi, ce disciple pensait n’obéir qu’à sa raison, et pourtant il était très déraisonnable (verset 29, note).

26 Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, les portes étant fermées, et il se présenta au milieu d’eux, et dit : La paix soit avec vous !

Il paraît que, durant ces huit jours, il n’y eut point de nouvelle apparition de Jésus, bien que, sans doute, les disciples se fussent réunis souvent, comme pour l’attendre.

Enfin, il vient. Il faut remarquer ce verbe au présent, qui fait sentir la solennité du moment. Le Sauveur se présenta au milieu d’eux de la même manière et dans la même maison (verset 19). Cette fois, Thomas était là.

27 Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant.

Dès que le Seigneur à prononcé sur les disciples sa douce parole de paix, il s’adresse directement à Thomas.

Il connaissait son état, car « il savait par lui-même ce qui est dans l’homme » (Jean 2.25). Il condescend à donner à ce disciple toutes les preuves qu’il avait demandées.

Si un pharisien avait posé ces conditions comme Thomas, il n’aurait rien obtenu ; mais à un disciple, jusqu’ici éprouvé, rien n’est refusé.
— Bengel

Toutefois, en répétant à dessein les paroles de Thomas, Jésus lui fait sentir son tort et le couvre de confusion. Il conclut par ce sérieux avertissement : ne deviens pas incrédule, mais croyant.

Il ne faut donc pas traduire avec toutes nos versions : ne sois pas.

Par l’expression : ne deviens pas, Jésus lui fait sentir dans quelle position critique il se trouve actuellement, à ce point où se séparent les deux routes : celle de l’incrédulité décidée et celle de la foi parfaite.
— Godet
28 Thomas répondit et lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu !

Plus Thomas avait opposé de résistance à la foi en Jésus ressuscité et glorifié, plus il est pénétré de la lumière divine qui inonde son âme.

La toute science, la charité du Sauveur le saisissent, l’humilient. Dans cet instant, toutes les déclarations de Jésus sur sa divinité Qui n’avaient pu vaincre les doutes de Thomas, lui deviennent autant de traits de lumière et, après avoir été le dernier à croire la résurrection du Sauveur, il est le premier à l’appeler d’un nom qu’aucun autre peut-être n’avait encore prononcé : Mon Seigneur et mon Dieu !

Dans l’original, l’article précède chacun de ces deux noms et les distingue l’un de l’autre ; puis ce mot : mon, deux fois répété, donne encore plus d’intimité et d’amour à ce cri de la foi et de l’adoration, qui s’élève du fond de l’âme de Thomas.

Toutes les tentatives de l’exégèse rationaliste pour expliquer ces paroles comme si elles étaient une exclamation de surprise ou d’action de grâce adressée à Dieu, à cause du miracle de la résurrection, tombent en présence de ces mots : Thomas répondit et LUI dit.

C’est donc bien Jésus en qui ce disciple, devenu croyant, reconnaît son Seigneur et son Dieu.

Et Jésus, loin de repousser cet hommage comme un acte d’idolâtrie l’approuve (verset 29).

Ainsi, le récit de Jean nous montre les disciples arrivant graduellement à la foi en cette grande vérité que son Évangile était destiné à prouver : la Parole était Dieu (Jean 1.1).

29 Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !

Tu as cru ! (Le texte reçu insère ici le nom de Thomas qui manque dans tous les majuscules).

Malgré le reproche affectueux que Jésus exprime dans ces paroles, nous ne croyons pas qu’il faille les prendre dans un sens interrogatif, comme si Jésus mettait en question la foi de ce disciple.

Non, cette foi, il la reconnaît, l’approuve et la confirme telle que Thomas vient de l’exprimer avec effusion de cœur.

Jésus emploie même le verbe au parfait, exprimant un acte de l’âme accompli et permanent. Et, malgré cela, il y a un léger blâme dans ces mots : Parce que tu m’as vu, ainsi que dans la seconde partie du verset.

Pourquoi ? Est-ce que tous les autres disciples n’ont pas cru la résurrection de Jésus parce qu’ils l’ont vu ? Ou bien, en déclarant heureux ceux qui ont cru sans voir, Jésus entend-il que la foi puisse naître sans raison de croire ?

Non, mais Thomas s’était trouvé dans une situation particulière qui lui donnait toutes les raisons de croire. Dix de ses condisciples, dont il ne pouvait suspecter ni l’intelligence ni la bonne foi, lui avaient dit avec joie : Nous avons vu le Seigneur (verset 25), et lui, récusant ce témoignage, avait exigé une démonstration matérielle des sens.

C’est là ce qui était déraisonnable (verset 25, note) ; car c’était méconnaître et nier la valeur du témoignage, sur lequel pourtant reposent la plupart de nos connaissances et de nos convictions, même dans les choses de ce monde ; et combien plus dans les vérités religieuses qui doivent rattacher notre âme au Dieu invisible !

Voilà pourquoi Jésus pose ici pour son royaume ce grand principe : Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru !

La foi est, en effet, un acte moral de la conscience et du cœur, indépendant des sens, tous les objets de la foi appartiennent au monde invisible, l’Église chrétienne, depuis dix-neuf siècles, croit en Jésus-Christ et en sa résurrection sur ce même témoignage apostolique que Thomas récusait (comparer 1 Pierre 1.8).

Quiconque fait dépendre sa foi de la vue, des sens, ou du raisonnement, l’expose à une désolante instabilité, puisque « les choses visibles ne sont que pour un temps et que les invisibles seules sont éternelles » (2 Corinthiens 4.18).

C’est pourquoi Jésus déclare heureux ceux qui croient en lui ; car la foi, en nous unissant à lui, nous met en possession des trésors de grâce, de paix, d’amour, de vie qui sont en lui et qui seuls constituent le vrai bonheur de l’âme humaine.

30 Jésus donc a fait encore, en présence des disciples, beaucoup d’autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre ;
Conclusion de l’évangile
30, 31 Caractère et but de ce livre

Grec : Il est vrai que Jésus donc a fait beaucoup d’autres signes… mais…

Par cette tournure Jean fait ressortir qu’il n’a pas eu l’intention de présenter le récit complet d’une vie aussi remplie que celle de Jésus. Il va dire pourquoi il n’a rapporté qu’un nombre de faits comparativement restreint.

À cette occasion, il nous apprend ce qu’il a voulu et ce qu’il a fait en écrivant ce livre ; il nous dit clairement quel a été son but.

Jésus a fait encore beaucoup d’autres signes c’est-à-dire un très grand nombre de miracles qui ont été des manifestations de sa puissance divine (comparez Jean 12.37), que notre évangéliste n’a ni voulu ni pu écrire dans ce livre.

Le terme signes s’applique en premier lieu aux œuvres de Jésus mais n’exclut pas ses discours, car « le témoignage que Jésus se rend à lui-même, dit M. Weiss, est en quelque sorte le commentaire de ses miracles ».

La vie du Sauveur fut si riche en signes que Jean a dû choisir ; et ce qui a dirigé son choix, c’est le but qu’il s’était proposé (verset 31).

M. Godet ajoute :

Il me paraît difficile de ne pas voir dans la position du pronom ce, après le substantif livre : ce livre-ci, une opposition tacite à d’autres écrits renfermant les choses omises dans celui-ci. Cette expression ainsi comprise concorde avec toutes les preuves que nous avons rencontrées de la connaissance que Jean avait de nos synoptiques. L’apôtre confirme donc par ces mots le contenu de ces évangiles antérieurs au sien et fait entendre qu’il a travaillé à les compléter.

Les mots : en présence des disciples (Codex Sinaiticus, C, D : de ses), ne signifient point que les œuvres du Sauveur n’aient pas été faites devant tout le peuple, mais bien qu’il avait surtout en vue ses disciples, qu’il s’agissait d’instruire et de persuader, afin qu’ils pussent devenir ses témoins pour le monde entier.

31 mais ces choses sont écrites, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et afin qu’en croyant vous ayez la vie en son nom.

Tel est donc le but élevé et saint que s’est proposé le disciple que Jésus aimait, c’est à la lumière de cette déclaration qu’il faut lire son Évangile tout entier.

Afin que vous croyiez, dit-il à ses lecteurs, que Jésus est le Christ, le Messie (Jean 1.42-46), l’Oint de l’Éternel, le Sauveur du monde, promis à son peuple.

Mais Jésus ne peut être tout cela que s’il est le Fils de Dieu, dans le sens exclusif que tout notre Évangile donne à ce nom.

Une telle foi n’est point une froide opinion de l’intelligence ; ceux qui la possèdent ont en même temps la vie, la vie de l’âme, la vie éternelle, ainsi que portent Codex Sinaiticus, C, D, versions.

Enfin, la source unique de cette vie est en son nom, ce nom, qui est l’expression de tout son être.