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Jean 18
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1 Ayant dit ces choses, Jésus sortit avec ses disciples pour se rendre au-delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples.
Quatrième partie chapitres 18 à 20
La mort et la résurrection du Fils de Dieu consommant l’incrédulité des Juifs et la foi des disciples
La Passion
Chapitre 18
1 à 11 Jésus se livre à ses ennemis

Grec : Jésus sortit au-delà du torrent. C’est, selon toute apparence, alors seulement qu’il quitta la salle où il avait célébré La Pâque et prononcé tous les discours qui précèdent, jusqu’à Jean 17. On peut, il est vrai, sous-entendre : (il sortit) de la ville. Le circonstanciel qui suit : au-delà du torrent fait croire que l’évangéliste pensait à la sortie de la ville plutôt qu’à celle de la salle (de Wette) ; mais il n’en résulte pas que Jésus eût quitté la salle avant la fin des entretiens (voir Jean 14.31, note).

Le torrent du Cédron est un ravin sans eau, un « ouadi » suivant l’expression usitée en Palestine.

Le mot grec, qui ne se trouve qu’ici dans le Nouveau testament, mais que les Septante appliquent au Cédron dans 2 Samuel 15.23 ; 1 Rois 2.37, désigne un ruisseau « qui coule en hiver », ou à la suite de pluies exceptionnelles. De nos jours on ne voit un peu d’eau dans le Cédron qu’à la suite de chutes d’eau extraordinairement abondantes, qui sont loin de se produire tous les hivers.

Il est possible que dans les temps anciens, où la contrée était moins aride, le vallon moins comblé par les débris, et où les eaux du temple, avec le sang des victimes et les détritus de toute sorte, se déversaient dans ce ravin, on y vit couler plus souvent un ruisseau aux ondes bourbeuses. Celles-ci lui auraient valu son nom de Cédron, le « noirâtre » (Job 6.16).

D’autres dérivent ce nom de la couleur du terrain.

Le texte présente deux variantes qui proviennent de la confusion que les copistes ont faite du nom propre Cédron avec le substantif cèdre. Codex Sinaiticus, D portent : le torrent du cèdre, B, C : le torrent des cèdres.

Le jardin où Jésus se rend est appelé, dans les synoptiques, Gethsémané (Matthieu 26.36. Note ; Luc 22.39).

L’enclos que la tradition désigne comme l’emplacement de ce jardin est situé au bas de la pente du mont des Oliviers, à peu de distance du lit du Cédron.

2 Or Judas, qui le livrait, connaissait aussi ce lieu, parce que Jésus s’y était souvent réuni avec ses disciples.

Cette remarque de l’évangéliste prépare le récit de la trahison de Judas. Pendant ses séjours à Jérusalem, Jésus s’était réuni souvent avec ses disciples dans ce lieu solitaire (comparer Luc 21.37 ; Luc 22.39).

C’est à ce moment que se place le combat moral du Sauveur raconté par les synoptiques et omis par Jean. La critique négative explique cette omission en prétendant que les profondes souffrances morales de Jésus en Gethsémané ont paru à notre évangéliste incompatibles avec le caractère divin du Christ, tel qu’il nous le représente.

Que faut-il taire alors de la scène si semblable à celle de Gethsémané qu’il nous raconte au Jean 12.20-23 de son Évangile ?

Et pourquoi omet-il l’histoire de la transfiguration, si propre à faire ressortir la gloire du Christ ? Pourquoi encore passet-il sous silence l’institution de la cène et tant d’autres traits rapportés par les premiers évangiles ? Précisément parce qu’il savait que ces traits de la vie de Jésus étaient trop connus de toute l’Église pour qu’il fut nécessaire de les répéter.

3 Judas ayant donc pris la cohorte et des huissiers de la part des principaux sacrificateurs et des pharisiens, vient là avec des lanternes et des flambeaux et des armes.

Il faut remarquer ces mots : de la part des principaux sacrificateurs et des pharisiens, qui nous montrent ces deux classes d’hommes comme les instigateurs de toute cette scène. Judas ne faisait que servir de guide à la troupe envoyée par eux.

La cohorte était probablement un détachement de la légion romaine qui occupait la citadelle Antonia et non, comme le prétendent plusieurs exégètes, la garde lévitique du temple (Matthieu 27.27 ; Actes 21.31).

Le sanhédrin avait obtenu du gouverneur que cette cohorte, commandée par le tribun lui-même (verset 12), prêtait main forte à ses huissiers, non qu’il s’attendît à une résistance sérieuse de la part de Jésus et de ses disciples, mais parce qu’il redoutait que l’arrestation du prophète galiléen ne suscitât quelque tumulte parmi le peuple (Matthieu 26.5).

Ces lanternes, ces flambeaux et ces armes trahissent les précautions exagérées de la peur chez les ennemis du Sauveur.

4 Jésus donc, sachant toutes les choses qui allaient lui arriver, s’avança et leur dit : Qui cherchez-vous ?

Il le savait, non seulement parce qu’il le concluait de ce qui se passait sous ses yeux, mais par sa science divine (Jean 2.25 ; Jean 6.64 ; Jean 19.28).

5 Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C’est moi. Or Judas aussi, qui le livrait, se tenait là avec eux.

C’est au moment où Jésus s’avança (grec sortit) hors du cercle de ces disciples ou de l’intérieur du jardin, que Judas, qui précédait la troupe (Matthieu 26.47), lui donna son perfide baiser.

On a prétendu (de Wette) que puisque ce signal convenu avait déjà été donné, il devenait inutile pour Jésus de faire cette question : Qui cherchez-vous ? et de se désigner lui-même par ce mot : C’est moi.

Ainsi on met le récit de Jean en contradiction avec celui des premiers évangiles. Mais on oublie que Jésus ne pouvait pas laisser croire qu’il était la dupe et la victime d’une indigne ruse ; il voulait, au contraire, prouver, dès l’abord, qu’il se livrait volontairement, héroïquement à la mort. Il voulait, en outre, protéger ses disciples du danger présent (versets 8, 9). Voilà pourquoi il s’avance au-devant de ses ennemis et se nomme à eux.

Pourquoi cette remarque, qui paraît superflue après le verset 3 ? Les interprètes l’expliquent de diverses manières. Les uns y voient une preuve de l’impudence du traître qui pouvait se tenir là en un tel moment (Lücke, Tholuck), d’autres (Meyer), le signe de ce qu’il y avait de tragique dans sa situation (Jean 17.12, note) ; de telles remarques sont très fréquentes dans notre Évangile ; d’autres encore, parce que ces mots se trouvent entre la réponse de Jésus et l’effet redoutable qu’elle eut (verset 6), pensent qu’ils doivent servir à expliquer cet effet, Judas aurait été, lui le tout premier, saisi de crainte, et son impression se serait communiquée aux autres (Luthardt, Weiss, Godet).

Il nous semble que l’opinion de Meyer est la plus simple et la plus vraisemblable.

6 Lors donc qu’il leur eut dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre.

Les exégètes se divisent sur la question de savoir si ce fut là un effet naturel psychologiquement explicable par la situation, en ce moment tragique, ou si ce fut un miracle par lequel Jésus prouvait qu’il avait la puissance de rester libre, et qu’il se livrait volontairement, parce que son heure était venue (Jean 17.1).

Sans aucun doute, ce fut la majesté divine de son regard et de sa parole qui eut cet effet (comparer Jean 2.13-17 ; Jean 7.44-46).

Mais que cet effet fût accidentel, ou voulu de celui qui le produisit, c’est ce que le texte ne dit pas et ce qu’il est vain de conjecturer.

7 Il leur demanda donc encore : Qui cherchez-vous ? Eux dirent : Jésus de Nazareth. 8 Jésus répondit : Je vous-ai dit que c’est moi ; si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci ; 9 afin que fût accomplie la parole qu’il avait dite : Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés.

On le voit, Jésus veut se livrer seul au danger et en préserver ses disciples.

Quoi qu’en dise Meyer, ces mots : laissez aller ceux-ci, font supposer que les huissiers avaient déjà mis la main sur quelques-uns d’entre eux.

Aussi Jean voit-il dans cette délivrance un dernier accomplissement de la parole de son Maître (Jean 17.12). Non qu’il limite le sens de cette parole à une préservation toute corporelle, mais il sait bien que si les disciples avaient dû, alors, subir le jugement et le supplice de leur Maître, la foi de plusieurs aurait défailli et ne se serait pas relevée comme celle de Pierre.

De leur sauvegarde matérielle dépendait donc à ce moment le salut de leur âme.

10 Alors Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, et frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui coupa l’oreille droite ; or ce serviteur s’appelait Malchus.

Voir, sur ce récit, Matthieu 26.51 ; Marc 14.47 ; Luc 22.50.

Cette action de Pierre dénote chez lui un grand courage, beaucoup d’amour pour son Maître, la résolution de tenir la parole qu’il avait donnée peu auparavant (Jean 13.37), mais aussi un zèle charnel, qui courait le risque de compromettre la cause de Jésus ; aussi Jésus repousse-t-il ce moyen de la défendre (verset 11).

Notre évangéliste consigne ici les noms de Simon Pierre et de Malchus, que les synoptiques avaient prudemment passés sous silence.

Un tel fait, ainsi que ce petit détail : l’oreille droite, montre le témoin oculaire et la vérité historique du récit.

Comment, demande M. Godet, se persuader qu’un chrétien sérieux du second siècle, écrivant loin de la Palestine, ait affiché la prétention de connaître le nom d’un domestique de la maison sacerdotale, et de plus le rôle joué par un parent de ce domestique ? (verset 26) Un si pitoyable charlatanisme est il compatible avec le caractère de l’auteur du quatrième Évangile ?
11 Jésus dit donc à Pierre : Mets l’épée dans le fourreau : ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée ?

Donc, à la vue du danger que le faux zèle de Pierre allait faire courir à sa cause, Jésus l’arrête et le désapprouve.

Que de maux épargnés à l’Église et à l’humanité si l’on n’avait pas si souvent oublié ou méprisé ce saint enseignement !

Après avoir ainsi réprouvé l’emploi des armes charnelles dans son règne, Jésus accepte humblement toute la volonté de Dieu, la coupe qu’il lui a donnée.

Cette image douloureuse de ses souffrances et de sa mort, la coupe, est certainement ici un écho de la prière de Jésus en Gethsémané (comparer Matthieu 26.39-46, note).

12 La cohorte donc, et le tribun, et les huissiers des Juifs se saisirent de Jésus, et le lièrent.
12 à 27 Jésus devant Anne, reniement de Pierre

Jean nomme avec une intention marquée tous ceux qui coopérèrent à l’arrestation de Jésus : la cohorte, le tribun, les huissiers, puis il ajoute (grec) : prirent ensemble Jésus et le lièrent.

M. Luthardt fait observer que cette expression peint l’effet de la terreur que tous ces gens venaient d’éprouver (verset 6) ; ils croient devoir réunir toutes leurs forces pour s’assurer d’un seul homme ; et, en outre, ils le lient. Jésus lié est resté dans le souvenir de son Église comme l’image touchante du sacrifice complet de la volonté.

13 Et ils le conduisirent premièrement vers Anne ; car il était beau-père de Caïphe, qui était souverain sacrificateur de cette année-là.

Voir, sur Anne (en hébreu Chanan, en grec Annas ou Ananos), Luc 3.2, note.

Jean indique ici la raison (car) de cette comparution de Jésus devant Anne, omise par les premiers évangiles : c’est qu’il était beau-père de Caïphe, le souverain sacrificateur, et qu’ayant lui-même revêtu longtemps cette charge, on crut que cette marque de déférence était due à son âge et à son influence.

Il devait donc, pendant qu’on assemblait le sanhédrin chez Caïphe, préparer l’audience qui allait suivre et peut-être, en interrogeant Jésus, lui arracher quelque parole dont on pût profiter (verset 19).

Sur cette expression : sacrificateur de cette année-là, voir Jean 11.49, note, et, quant à la différence du récit de Jean avec celui des synoptiques, comparez verset 16, note.

14 Or Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : Il est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple.

Comparer Jean 11.49-51.

Notre évangéliste rappelle cette parole inique de Caïphe pour montrer ce que Jésus avait à attendre d’un juge dont le parti était ainsi pris d’avance. La prophétie involontaire de Caïphe allait s’accomplir.

15 Or, Simon Pierre suivait Jésus avec un autre disciple. Or ce disciple était connu du souverain sacrificateur, et il entra avec Jésus dans la cour du souverain sacrificateur ;

Les manuscrits se partagent entre un autre (Codex Sinaiticus, B, A) et l’autre disciple (avec l’article). Même en admettant la première leçon, Il n’y a pas lieu de penser que ce disciple soit un inconnu, citoyen de Jérusalem (Augustin, Calvin, Grotius) ou Jacques, frère de Jean (Godet).

C’est notre évangéliste lui-même, qui, selon son habitude, évite de se nommer (Jean 20.2-4 ; Jean 20.8. Voir l’introduction).

Le verbe à l’imparfait : suivait Jésus, peint la situation.

16 mais Pierre se tenait dehors, près de la porte. L’autre disciple, qui était connu du souverain sacrificateur, sortit donc et parla à la portière, et fit entrer Pierre.

Comment Jean était connu dans la maison du souverain sacrificateur, c’est ce qu’on ignore et sur quoi il n’y a que des conjectures.

Mais ici se pose une question plus importante. Quel est ce souverain sacrificateur dans la maison duquel les deux disciples viennent d’entrer ? Est ce Anne chez qui Jésus a d’abord été conduit (verset 13) et qui portait encore ce titre ? Ou bien est-ce Caïphe, que l’évangéliste vient de désigner expressément comme le « souverain sacrificateur de cette année là ? » (versets 13, 14).

La solution de cette question nous permettra de fixer le lieu de l’interrogatoire que va subir Jésus (versets 19-23), et celui des divers reniements de Pierre, que notre récit fait commencer ici même (verset 17).

Après les mots : ils l’emmenèrent à Anne (verset 13), il ne peut être question que de ce beau-père de Caïphe et de son palais C’est là que Jésus fut interrogé par Anne lui-même et c’est là que Pierre le renia.

Selon les synoptiques, au contraire, Jésus fut conduit directement chez Caïphe, dont le palais fut le théâtre de tous ces faits.

Pour sauvegarder leur exactitude et faire disparaître le désaccord qu’il y a entre leur relation et le récit de Jean, on a prétendu que, dans tout ce récit (versets 13, 15, 19, 23, 24), le titre de souverain sacrificateur n’est donné qu’à Caïphe seul, qui en avait la charge ; et que, par conséquent, nous sommes ici dans son palais et qu’il est seul acteur dans cette scène.

Mais comment expliquer alors le fait mentionné au verset 24 à la suite de l’interrogatoire ? (versets 19-23) L’ancienne exégèse intercalait ce verset 24 immédiatement après le verset 13, ou prenait le verbe pour un plus-que-parfait, comme le traduit Ostervald : « Or Anne l’avait renvoyé à Caïphe », etc.

C’est là ce qu’Ebrard appelle, avec raison, une exégèse de casse-cou. Il faut donc laisser toute cette scène chez Anne, où l’a placée notre évangéliste, voulant rétablir ainsi un fait omis par les synoptiques.

Seulement, il faut bien se garder de conclure de là que Jean nie ou ignore le jugement de Jésus devant le sanhédrin, sous la présidence de Caïphe, jugement que les premiers évangiles racontent en détail.

En effet, Jean n’attribue aucune action officielle, aucune sentence à Anne, qui n’eut, avec Jésus, qu’un entretien privé (verset 13, note).

Tout, au contraire, dans notre récit, suppose et affirme le jugement officiel par Caïphe. On conduit Jésus premièrement à Anne (verset 13), et ce mot fait attendre ce qui eut lieu ensuite. Anne renvoie Jésus à Caïphe. le souverain sacrificateur, son vrai juge (verset 24).

Enfin, après sa condamnation, Jésus est emmené de chez Caïphe au prétoire (verset 28).

Mais comment expliquer que les synoptiques aient non seulement confondu l’interrogatoire chez Anne avec la comparution devant Caïphe, mais placé le reniement de Pierre dans le palais de Caïphe, tandis qu’il avait eu lieu dans celui d’Anne ? Une telle erreur n’est elle pas invraisemblable ?

La solution est des plus simples : ces deux dignitaires, le beau-père et le gendre, habitaient le même palais, n’ayant qu’une seule cour. Ce n’est point là une supposition, mais un fait qui ressort avec évidence du récit de Jean. En effet, au verset 18 nous voyons Pierre se chauffer près d’un feu dans la cour d’Anne où il est entré ; et au verset 25, après que Jésus a été conduit chez Caïphe, nous retrouvons ce disciple auprès du même feu dans la même cour.

Ce fait indubitable est constaté même par de Wette, ainsi que par beaucoup d’autres interprètes. M. Godet, tout en admettant la double comparution de Jésus devant Anne d’abord, puis devant Caïphe, pense que, d’après notre récit, même en présence d’Anne, Jésus fut interrogé par Caïphe (versets 19-23) ; la mention de Caïphe, au verset 13, fixerait dès ce moment l’attention du lecteur sur lui et reléguerait Anne à l’arrière-plan.

Mais si c’est Caïphe qui a présidé à l’interrogatoire (versets 19-23), il serait peu naturel que l’évangéliste ajoutât, sans autre : (verset 24) « Anne donc l’envoya lié à Caïphe, le souverain sacrificateur ».

Le titre de souverain sacrificateur est donné à Anne (Actes 4.6 ; comparez Luc 3.2, note). Et dans notre Évangile même, ce terme, au pluriel, les souverains sacrificateurs, est appliqué à toute la classe des prêtres d’ordre supérieur qui constituaient une portion notable du sanhédrin, et qui tiennent le rôle principal dans le procès de Jésus (Jean 12.10 ; Jean 18.35 ; Jean 19.6-21).

Il n’y a donc rien d’anormal à ce que dans notre passage, et notamment dans les versets 19, 22, ce titre désigne Anne.

17 La servante donc, la portière, dit à Pierre : N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? Il dit : Je n’en suis point.

Voir, sur le reniement de Pierre : Matthieu 26.69-75 ; Marc 14.66-72 ; Luc 22.55-62, notes.

Cette servante, qui remplissait l’office de portière, savait sans doute que Jean était disciple de Jésus (verset 15), et comme c’est à sa demande qu’elle laisse entrer Pierre, elle en conclut que ce dernier doit l’être aussi, de là sa question : N’es-tu pas, toi aussi ?

Il y a du mépris dans les mots : disciple de cet homme.

Jean place le premier reniement pendant la comparution de Jésus devant Anne ; les deux autres eurent lieu après qu’il eut été conduit à Caïphe (versets 25-27).

Luc confirme indirectement le récit de Jean en rapportant « qu’environ une heure » s’écoula entre les deux premiers reniements et le dernier (Luc 22.59).

Cette circonstance aggrave singulièrement le péché de ce pauvre disciple, puisqu’il eut, entre la première attaque et la troisième, tout le temps de la réflexion.

18 Or les serviteurs et les huissiers se tenaient là, ayant fait un brasier, parce qu’il faisait froid, et ils se chauffaient. Or Pierre aussi se tenait avec eux, et se chauffait.

Jean, si exact en tous ces détails distingue ici les serviteurs de la maison et les huissiers du sanhédrin.

Même cette remarque qu’il faisait froid, dénote le témoin oculaire.

Pierre se mêlait à cette foule, moins, sans doute, pour se chauffer que pour n’être pas aperçu, et peut-être aussi pour apprendre quelque chose de ce qui se passait dans le palais à l’égard de son Maître.

19 Le souverain sacrificateur donc interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine.

Par cette particule donc l’évangéliste reprend son récit du verset 13.

C’est donc Anne qui interroge Jésus (verset 16, note) et, en effet, il n’y a pas le moindre rapport entre ses questions et l’interrogatoire que Caïphe fit subir au Sauveur devant le Sanhédrin (Matthieu 26.59 et suivants ; Marc 14.55 et suivants ; comparez verset 16, note).

Les questions posées à Jésus par Anne concernent d’abord ses disciples, leur nombre, leur caractère, peut-être aussi la manière dont il se les était attachés, puis sa doctrine, c’est-à-dire les principes qu’il professait dans son enseignement.

La réponse de Jésus peut jeter quelque lumière sur la nature et le but de ces questions qui avaient sûrement une intention insidieuse.

20 Jésus lui répondit : C’est ouvertement que j’ai parlé au monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai rien dit en secret ;

Cette réponse de Jésus indique assez clairement qu’il remarquait, dans les questions qu’on lui adressait, l’intention de lui faire avouer qu’il formait avec ses disciples quelque société secrète, dans laquelle il enseignait des principes subversifs de l’ordre religieux social ou politique.

De là, ces termes multipliés pour exprimer la parfaite franchise, la liberté et la publicité de son enseignement. Il a parlé ouvertement, librement, au monde, devant tout le peuple, il a toujours enseigné (grec) en synagogue, c’est-à-dire en pleine synagogue, et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent (Le texte reçu porte : où les Juifs s’assemblent de toutes parts, quelques majuscules : s’assemblent toujours).

Il n’y a donc eu, dans tout son ministère, rien de secret qu’on pût suspecter, car même quand il parlait dans le cercle intime de ses disciples, tous pouvaient avoir accès jusqu’à lui et il enseignait alors les mêmes vérités qu’en public.

Il faut remarquer encore que Jésus garde le silence sur la question concernant ses disciples, soit afin de ne point les compromettre, soit parce que ce qu’il venait de dire rendait une réponse inutile.

21 pourquoi m’interroges-tu ? Interroge sur ce que je leur ai dit ceux qui m’ont entendu : voici, ceux-là savent ce que je leur ai dit.

En effet, interroger ses auditeurs, les témoins de tout son ministère, c’était le plus sûr moyen de connaître la vérité.

Et comment Jésus aurait-il pu faire, devant ce sadducéen, une exposition de sa doctrine, qui ne se laissait point enfermer dans quelques formules ? Il y a donc, dans cette réponse, un refus tacite.

Bonne leçon, observe de Wette pour tous les inquisiteurs en matière de foi et d’opinion.
22 Quand il eut dit cela, un des huissiers, qui était à côté de lui, donna un soufflet à Jésus, disant : Est-ce ainsi que tu réponds au souverain sacrificateur ?

Le mot que nous traduisons par un soufflet signifie aussi un coup de bâton ou de verge (Marc 14.65) ; mais nous préférons le premier sens, qui nous paraît analogue à Matthieu 5.39 et Actes 23.2.

Cette action et ces paroles trahissent, dans cet huissier, un vil adulateur qui pensait se rendre agréable au souverain sacrificateur.

23 Jésus lui répondit : Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?

Grec : Témoigne touchant le mal.

Quelle dignité, quel calme, quelle douceur dans ces paroles, en présence d’un odieux outrage ! Elles sont le meilleur commentaire de Matthieu 5.39.

24 Anne l’envoya donc lié à Caïphe le souverain sacrificateur.

Donc (cette particule doit être maintenue, d’après B, C, Itala) Anne, n’ayant rien obtenu de Jésus qui pût le faire accuser, et n’étant pas compétent pour prononcer une sentence, l’envoya lié (verset 12) à Caïphe, qui seul avait le droit de le juger, et qui, dans l’intervalle, avait assemblé le sanhédrin durant la nuit (voir Luc 22.66, note).

En rapportant cet envoi de Jésus à Caïphe, l’évangéliste distingue nettement sa comparution devant Anne de l’audience officielle qui allait avoir lieu en présence du sanhédrin.

Les interprètes qui confondent ces deux actions, et qui s’efforcent de déplacer notre verset, ou traduisent : Anne l’avait envoyé à Caïphe (comparez verset 16, note), introduisent ainsi une véritable confusion dans le récit de Jean.

Cet évangéliste ne raconte pas le jugement de Jésus devant le sanhédrin, parce qu’il le suppose connu par les récits de ses trois devanciers et qu’il en a déjà indiqué clairement le résultat (Jean 11.50-53, comparez ci-dessus verset 14).

25 Et Simon Pierre se tenait là, et se chauffait. Ils lui dirent donc : N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples ? Il le nia et dit : Je n’en suis point.

Comparer verset 16, note, et verset 18, note.

26 L’un des serviteurs du souverain sacrificateur, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, dit : Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ?

Dans notre récit, comme dans les synoptiques, la première question fut adressée à Pierre par une servante (verset 17), les auteurs de la seconde attaque sont ici indiqués d’une manière vague : Ils lui dirent donc (verset 25) ; l’auteur de la troisième l’est, au contraire, avec beaucoup de précision : c’est l’un des serviteurs de la maison, parent de celui que Pierre avait blessé, ce qui rendait plus dangereuse encore la situation de ce disciple, cette circonstance fait aussi mieux comprendre sa crainte et son reniement.

Heureusement pour lui, cet homme n’était pas sûr de le reconnaître, comme l’indique sa question : Ne t’ai-je pas vu dans le jardin ? Jean a seul conservé ce détail qui dénote le témoin oculaire (Voir, sur le reniement de Pierre, les récits et les notes indiqués au verset 17, et sur les diverses questions qui lui furent adressées, Luc 22.58, note).

27 De nouveau donc Pierre le nia ; et aussitôt le coq chanta.

Jean ne raconte ni les imprécations de Pierre contre lui-même, qui donnent à sa chute tant de gravité, ni sa repentance par laquelle commença le relèvement.

Il suffit à son but d’avoir remis ces trois reniements à leur vraie place par le récit de la comparution devant Anne, et surtout d’avoir montré l’accomplissement de la triste prédiction de Jésus à son disciple (Jean 13.38).

28 Ils conduisent donc Jésus de chez Caïphe au prétoire ; or, c’était le matin. Et ils n’entrèrent point eux-mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller, mais de pouvoir manger la Pâque.
18.28 à 19.16 Jésus devant Pilate

Israël a rejeté et condamné à mort son Messie, son Sauveur, et, comme depuis que ce peuple est sous la domination romaine, il a perdu le droit d’exécuter des sentences capitales (verset 31), il a la honte de le livrer à l’autorité païenne alors représentée par Pilate.

Le prétoire (Matthieu 27.27) était à Rome le lieu où le prêteur rendait la justice. Dans les provinces, on appelait de ce nom le palais du gouverneur. À Jérusalem, c’était, selon les uns, l’ancien palais d’Hérode dans la partie occidentale de la ville haute ; selon d’autres, un édifice attenant à la citadelle Antonia, où logeait la garnison romaine, à l’angle nord-ouest du temple. Bien que le Gouverneur résidât à Césarée, il venait à Jérusalem durant les grandes fêtes, afin de prévenir les troubles qui s’y produisaient souvent.

C’était le matin, car la nuit s’était écoulée d’abord chez Anne, puis devant le sanhédrin, où Jésus venait d’être condamné à mort. Pilate, sans doute prévenu dès la veille, consentit à donner cette audience matinale (comparer sur ce procès devant Pilate Matthieu 27.11-30, Marc 15.1-20 ; Luc 23.1-25, note).

Dans le récit qu’il fait de celle-ci, Jean est plus complet que les synoptiques, et il a seul conservé plusieurs traits d’une grande importance.

M. Godet résume ces transactions dans les termes suivants :

Les Juifs demandent à Pilate de confirmer sans examen leur sentence (verset 30). Celui-ci s’y refuse : c’est la première phase des négociations : versets 38-32. Alors ils articulent une accusation politique : il s’est fait roi. Pilate juge cette accusation non fondée ; puis il fait deux tentatives infructueuses pour délivrer Jésus avec l’appui du peuple, c’est la seconde phase : verset 33 à 19.6. Les Juifs avancent alors un grief religieux : Il s’est fait Fils de Dieu. À l’ouïe de cette accusation, Pilate s’efforce de plus en plus de délivrer Jésus, c’est la troisième phase : versets 7-12. À ce moment, les Juifs voyant leur proie prête à leur échapper, mettent de côté toute pudeur et emploient le moyen odieux de l’intimidation personnelle pour faire plier la conscience du juge. Sur cette voie, ils se laissent entraîner jusqu’au reniement de leur plus chère espérance, celle du Messie : ils s’inféodent à César ; c’est la quatrième phase : versets 12-16.

Les chefs du peuple, qui venaient livrer Jésus à Pilate, refusent d’entrer dans le prétoire, afin de ne pas se souiller. Effrayante hypocrisie dans ces ministres de la religion, qui, la haine au cœur, vont commettre le plus odieux des crimes et se font scrupule d’entrer dans une maison païenne où il y avait du levain !

C’est ici le passage principal de notre Évangile sur lequel se fondent les interprètes qui admettent que Jean, contrairement aux synoptiques, place la mort de Jésus au 14 Nisan (voir Jean 13.1, note).

Nous voyons, en effet, les Juifs craindre de se souiller et de ne pouvoir manger la Pâque.

Cette expression manger la Pâque signifie ordinairement manger l’agneau pascal.

Ceux qui pensent que nous sommes au 15 Nisan s’efforcent d’étendre cette expression à la célébration de la fête tout entière. Mais les passages cités (Deutéronome 16.2-3 ; 2 Chroniques 30.22 ; 2 Chroniques 35.7-9) sont peu concluants.

29 Pilate sortit donc vers eux, et dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme ?

Donc, en conséquence de ce que les chefs du peuple ne voulaient pas entrer dans le prétoire.

Cette condescendance pour des scrupules qui devaient lui paraître absurdes et peu respectueux pour lui, montre, dès l’abord, chez ce gouverneur, une certaine crainte qu’il avait des Juifs, à cause des accusations qu’ils pouvaient porter à Rome contre lui ; et c’est cette crainte qui finit par triompher de sa conscience (Jean 19.12-16).

Voir, sur Pilate, Matthieu 27.2, note.

30 Ils répondirent et lui dirent : Si cet homme n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré.

Rien n’était plus naturel que la question de Pilate (verset 29), mais les membres du sanhédrin le trouvent encore trop exigeant, ils entendent que le gouverneur les croie sur parole et ratifie leur sentence sans examiner leur cause.

31 Pilate leur dit donc : Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre loi. Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de faire mourir personne.

Puisque vous ne voulez pas produire vos raisons, chargez-vous seuls de la cause et juger vous-mêmes l’accusé selon votre loi, bien entendu dans les limites de votre compétence.

Le sanhédrin n’avait plus le droit de mettre à mort, mais il pouvait excommunier, condamner à la peine du fouet, à la prison.

Pilate saisit avec empressement l’occasion de se débarrasser de l’affaire, mais il n’autorise nullement les Juifs à mettre à mort Jésus sous leur responsabilité. La situation est autre Jean 19.6.

La concession de Pilate ne fait pas le compte des Juifs. Ils ont condamné Jésus à mort ils ont dans l’esprit le dessein arrêté de l’exécuter sans délai, ils sont donc forcés de se récuser, quelque pénible qu’il leur soit d’avouer tout haut et de reconnaître devant Pilate leur dépendance (comparer verset 19.15).

32 C’était afin que fût accomplie la parole que Jésus avait dite, indiquant de quelle mort il devait mourir.

Jésus avait prédit, à diverses reprises, qu’il serait élevé sur la croix, crucifié, et cela par la main des païens (Jean 3.14 ; Jean 8.28 ; Jean 12.32 ; Matthieu 20.19).

S’il avait été condamné par le sanhédrin, jouissant encore du droit de vie ou de mort, ou s’il avait été exécuté comme Étienne, contre l’ordre établi et à la faveur d’un mouvement séditieux, il aurait été lapidé, car c’était, d’après le Talmud le supplice réservé aux faux prophètes.

Le supplice de la croix, au contraire était d’institution romaine. Or, l’évangéliste voit, avec raison, dans ce fait que les Juifs doivent se reconnaître incompétents, une direction divine par laquelle la parole de Jésus était accomplie.

33 Pilate rentra donc dans le prétoire, et il appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ?

Grec : Toi, tu es le roi Les Juifs ?

Le ton de ces paroles était sans doute celui de l’étonnement et de l’ironie.

Mais cette question de Pilate que rien ne motive dans ce qui précède ne se comprend qu’en admettant que les Juifs, malgré leur prétention du verset 30, ont fini par articuler leur accusation (comparez Matthieu 27.11, 1re note) qui, en effet, est tout entière rapportée par Luc 23.2.

Le chef principal de cette accusation était que Jésus se disait être Messie, Roi.

L’iniquité du procédé des Juifs consistait à transformer le grief religieux pour lequel ils avaient condamné Jésus (Matthieu 26.63-65, note), en une accusation politique, qu’ils renforçaient encore de cette calomnie. « Il défend de payer le tribut à César » (Luc 23.2).

34 Jésus lui répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?

La question de Jésus a été diversement interprétée.

Meyer pense que Jésus faisait simplement usage du droit qu’a tout accusé de connaître ses accusateurs, car il ne pouvait supposer que Pilate prit le titre de roi dans un autre sens que son sens politique. Mais quel eut été le but d’une telle question ? Demanderons-nous avec M. Godet. D’ailleurs, si Jésus voulait simplement se renseigner sur ses accusateurs, pourquoi demande-t-il à Pilate : Est-ce de toi-même que tu dis cela ?.

D’autres pensent que Jésus voulait rendre suspecte, aux yeux de Pilate, une accusation qui venait de ses ennemis.

Mais tout cela ne rend pas bien compte de la double question du Sauveur. Jésus fait évidemment ici une distinction importante : dans le sens politique qu’un Romain devait donner à ce titre de roi, il pouvait simplement le nier, mais, dans la signification théocratique et religieuse que les Juifs donnaient au nom de Messie, Roi, il se serait bien gardé de le refuser, car il se serait mis en contradiction avec ses propres paroles (Matthieu 26.64, note, comparez versets 36, 37).

C’est pourquoi il demande à Pilate s’il est arrivé par lui-même à le soupçonner d’aspirer à la royauté ; en ce cas, il aurait répondu par une simple dénégation, certain que ce titre de roi ne pouvait impliquer que des visées politiques. Mais si cette question a été suggérée à Pilate par le sanhédrin, la franchise fait à Jésus un devoir de s’expliquer sur ce titre de Messie, qu’il a réellement revendiqué, et sur le sens dans lequel il l’a pris.

Tel est, pensons-nous avec MM. Weiss et Godet, le vrai sens de la double question, qui prend ainsi une grande importance et paraît pleine de sagesse.

35 Pilate répondit : Suis-je Juif, moi ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ?

Cette réponse du fonctionnaire romain trahit quelque mépris pour le nom de Juif et signifie : Est-ce que je puis entendre la moindre chose à vos subtiles distinctions judaïques ?

Laissons cela, et puisque c’est ta nation et ses prêtres qui t’accusent, réponds nettement : qu’as-tu fait ? quel est ton crime ?

36 Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde ; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant, mon royaume n’est point d’ici-bas.

Trois fois Jésus prononce avec solennité ce mot mon royaume (comparez Matthieu 3.2, 2e note), ou mieux encore, ici, ma royauté ; et c’est pour déclarer trois fois que cette royauté n’est pas de ce monde, pas d’ici-bas.

Par son origine, par sa nature, par son esprit, par son but, elle n’a rien de commun avec les royautés de ce monde ; elle n’émane point de l’humanité déchue et corrompue, ni d’aucune force qui soit en elle ; mais elle vient d’en haut, du ciel.

La preuve que Jésus en donne, c’est qu’il répudie, pour établir cette royauté, toutes les armes charnelles et terrestres ; ses serviteurs n’ont point combattu pour sa cause ; il n’agira que sur les cœurs, par la puissance de la vérité divine (verset 37).

Mais quels sont ces serviteurs ?

Ceux qu’il aurait eus, dont il n’aurait pas manqué de se pourvoir, si son règne était de ce monde ; ainsi répondent quelques exégètes (Lücke, de Wette, Tholuck) ; mais, selon d’autres (Meyer, Weiss, Godet), Jésus entend par là les serviteurs qu’il a réellement, ses adhérents, ces multitudes qui l’acclamaient quelques jours auparavant, lors de son entrée à Jérusalem, et qui, en effet, avaient voulu le proclamer roi (Jean 6.15).

Qui dira ce que Jésus, avec son pouvoir sur les masses, aurait pu faire d’elles, s’il avait voulu exciter leur enthousiasme et leurs passions nationales ? L’une et l’autre de ces interprétations sont admissibles.

Mais ce qui ne l’est pas, c’est d’entendre par ces serviteurs les anges, comme le font Bengel et Stier, sans doute d’après Matthieu 26.63. Jésus aurait-il exprimé une telle pensée en présence de Pilate ?

37 Pilate donc lui dit : Ainsi donc tu es roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. C’est pour cela que je suis né et c’est pour cela que je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.

Pilate conclut des paroles qui précèdent que Jésus s’attribue réellement une royauté quelconque, dont il ne comprend pas la nature et il s’écrie avec étonnement : Tu es donc roi ?

Parle-t-il encore avec ironie, ou avec mépris ? Ou bien, impressionné par les paroles et la dignité du Sauveur, est-il devenu plus sérieux, comme semble l’indiquer la suite de ces transactions ? Les interprètes sont partagés sur ce point, difficile à décider.

Tu le dis est une affirmation directe qui signifie : oui, comme tu le dis (Matthieu 26.25-64).

Jésus ajoute avec solennité : Je suis roi, et il explique dans quel sens il l’est, en rendant témoignage à la vérité.

C’est à cette grande vocation que se rapporte dans l’original le mot deux fois répété : c’est pour cela. Jésus affirme donc avec solennité que c’est pour rendre témoignage à la vérité divine, que lui-même a révélée, qu’il est et qu’il est venu dans le monde.

Le premier de ces termes indique sa naissance humaine, le second sa venue d’en haut, du ciel, où il existait avant sa naissance.

Telle est, dans notre évangile, la signification de cette expression : venir dans le monde (Jean 9.39 ; Jean 11.27 ; Jean 16.28). Il est donc contraire au langage de cet Évangile d’entendre ces mots de l’entrée de Jésus dans son ministère, comme le veulent quelques interprètes. C’est précisément parce que le Sauveur est venu du ciel, où il a contemplé la vérité en Dieu même, qu’il peut en rendre témoignage (Jean 3.11-32 ; Jean 1.7).

Être roi par la vérité, c’est la seule royauté véritable ; on le comprend si l’on entend ce mot de vérité dans son sens le plus profond, le plus absolu ; qui renferme la réalité éternelle des choses, l’harmonie avec Dieu, la sainteté. Les disciples de Jésus sont appelés à la haute destination de prendre part, avec lui, à cette royauté.

Être de la vérité, c’est en dépendre, se sentir en harmonie avec elle (Jean 3.21) se soumettre avec joie à son influence (Jean 7.17), comme être de Dieu (Jean 8.47), c’est lui appartenir par le cœur. Jésus désigne ainsi ceux que le Père attire à lui (Jean 6.44-65) ; et ceux-là écoutent sa voix (Jean 10.4-16) et la reconnaissent avec bonheur.

Par ces paroles, Jésus s’est expliqué clairement sur sa royauté ; il a déclaré, d’une part, qu’il est roi, et avec quelle destination il l’est ; d’autre part, quels sont les sujets de son royaume ; et ainsi il a pleinement résolu la question posée par Pilate.
— Meyer
38 Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Et quand il eut dit cela, il sortit de nouveau vers les Juifs, et il leur dit : Moi, je ne trouve aucun sujet de condamnation en lui.

Pilate, dans cette question qu’il jette avec une superbe indifférence, sans attendre de réponse, manifeste toute la présomptueuse légèreté de l’homme du monde, en même temps que la sagesse à courte vue de l’homme d’État, qui ne croit qu’au règne de la violence et de la ruse.

Après cela, Pilate, ne voyant plus en Jésus qu’un exalté fort peu dangereux, le déclare innocent quant à l’accusation politique formulée contre lui.

Mais au lieu de le renvoyer libre, par crainte des Juifs, qu’il ne veut pas s’aliéner davantage, il recourt à divers expédients pour le délivrer. Le premier fut de renvoyer Jésus à Hérode (Luc 23.6 et suivants) ; le second fut d’offrir aux Juifs de leur relâcher Jésus, en prenant occasion du privilège qu’ils avaient de demander, à la fête de Pâque, la libération d’un prisonnier (versets 39, 40).

39 Mais vous avez une coutume, que je vous relâche quelqu’un à la fête de Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? 40 Ils crièrent donc de nouveau, disant : Non pas celui-là, mais Barabbas ! Or Barabbas était un brigand.

Voir, sur cet incident relatif à Barabbas, Matthieu 27.15-21 ; Marc 15.6-15 ; Luc 23.17-19, notes ; comparez Actes 3.14.

Marc est celui qui le raconte avec le plus de détails. Selon lui c’est le peuple qui prit l’initiative, en réclamant le prisonnier que le gouverneur relâchait à la fête, et qui excité par ses chefs demanda la liberté de Barabbas.

Mais Pilate, désireux de libérer un accusé dont il reconnaissait l’innocence, saisit avec empressement l’occasion qu’on lui offrait ainsi.

Sur le titre roi des Juifs, que Pilate donne à Jésus, voir Marc 15.10, note.

Les Juifs manifestent, encore ici, les mauvaises passions qui les animent en réclamant, par leurs cris, Barabbas, qu’ils préfèrent à Jésus. L’évangéliste juge leur attitude par cette simple remarque, que la situation rend tragique : Or Barabbas était un brigand.

Le mot : crièrent de nouveau, étonne dans le récit de Jean où les chefs du peuple n’ont point encore fait entendre ces cris passionnés. Jean suppose connues les relations de ses devanciers (voir Marc 15.8 ; Luc 23.5-10).