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Jacques 4
Bible Annotée (interlinéaire)

Plan du commentaire biblique de Jacques 4

A. Convoitises funestes. Amour du monde et amour de Dieu. La médisance

Les passions qui créent des dissensions et rendent la prière impuissante

Vos querelles viennent des mauvaises passions qui vous agitent. Vos prières ne sont pas exaucées, parce qu’elles sont inspirées par la soif de jouir (1-3).

L’amour du monde et l’humble soumission à Dieu

Les lecteurs devraient savoir qu’une telle manière d’être fait d’eux des adultères qui, en aimant le monde, se constituent ennemis de Dieu. L’Écriture n’enseigne-t-elle pas que Dieu nous aime d’un amour jaloux ? Mais il nous accorde une grâce d’autant plus excellente. C’est pour cela qu’un autre passage dit : Il résiste aux orgueilleux, mais fait grâce aux humbles. Il faut donc vous soumettre à Dieu, c’est le moyen de vaincre le diable ; vous approcher de Dieu, pour qu’il s’approche de vous ; vous purifier, si votre cœur a été partagé ; sentir votre misère et vous repentir profondément ; vous humilier devant Celui qui vous élèvera (4-10).

La médisance

Médire de son frère ou le juger, c’est se mettre au-dessus de la loi. Celui-là seul est législateur et juge qui a le pouvoir de sauver et de perdre (11-12).

1 D’où viennent les guerres et d’où les combats parmi vous ? N’est-ce pas de ceci, de vos voluptés qui luttent dans vos membres ?
Relations avec le prochain, avec le monde, avec Dieu 4.1 à 5.6
Chapitre 4

1 à 12 Convoitises funestes. Amour du monde et amour de Dieu.

La « sagesse terrestre, charnelle et diabolique » qu’a décrite l’apôtre (Jacques 3.15) a pour fruits naturels ces guerres et ces combats, mots choisis à dessein pour exprimer fortement l’idée des divisions et des querelles.

Le premier indique l’état permanent, le second les éclats par lesquels il se manifeste. Il ne s’agit pas de discussions entre docteurs, mais de disputes sur le tien et le mien. Jacques en appelle à la conscience de ses lecteurs. Elle leur montrera la cause de ces luttes dans leurs passions charnelles (versets 1-3), dans leur cœur partagé entre l’amour de Dieu et l’amour du monde (verset 4 et suivants).

Jacques considère ces voluptés (grec plaisirs) établies dans nos membres, dans la chair en général (Romains 6.13 ; Romains 7.23), comme sur un terrain, où elles luttent (grec batailler) contre les meilleures dispositions de l’âme (1 Pierre 2.11) et portent en elle le trouble. Toute convoitise à laquelle on laisse un libre cours détruit tôt ou tard l’union entre les chrétiens.

2 Vous convoitez, et vous ne possédez pas : vous êtes meurtriers et jaloux ; et vous ne pouvez pas obtenir : vous combattez et vous menez guerre. Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas.

Puis, vos espérances déçues vous remplissent d’envie les uns contre les autres.

L’auteur ne parle pas du meurtre proprement dit, mais de cette haine mortelle qui est un meurtre aux yeux de Dieu (Matthieu 5.21 ; Matthieu 5.22 ; 1 Jean 3.15). L’enchaînement des idées, dans ce verset, n’apparaît pas clairement et a été expliqué de diverses manières.

Le plus simple est d’admettre que l’auteur a voulu marquer trois degrés dans le développement par lequel les voluptés produisent les guerres et les combats (verset 1). Vous convoiter et (grec) vous n’avez pas : alors (grec) vous tuer et jalousez  ; et cependant vous ne pouvez pas obtenir : alors vous combattez et vous menez guerre.

Par la dernière proposition du verset 2, Jacques amène un nouvel ordre d’idées : « Vous ne possédez pas, parce que vous oubliez ou négligez le seul moyen d’acquérir les vrais biens, la prière » (Matthieu 7.7 ; Matthieu 7.8).

3 Vous demandez, et vous ne recevez point, parce que vous demandez dans une mauvaise intention, afin de dépenser pour vos voluptés.

Ici l’auteur s’adresse à d’autres, qui à la vérité demandent, prient, mais qui obtiennent tout aussi peu que les précédents. Ou bien, il se ravise : il s’est trop avancé en déclarant à ses lecteurs qu’ils ne demandent pas.

Sans doute, ils demandent, mais ils demandent dans une mauvaise intention (grec mal). Dans leurs convoitises égoïstes, ils ne songent qu’à eux-mêmes, qu’à leurs voluptés (grec plaisirs).

Ils demandent à Dieu les biens de ce monde, afin d’avoir de quoi dépenser pour (grec dans) leurs plaisirs, quand ils s’y livrent, et obéissent à la soif de jouir. Comment Dieu exaucerait-il de telles prières ?

4 Adultères, ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu ? Celui donc qui voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu.

Le mot adultères doit se prendre au sens spirituel, d’après l’image connue dans laquelle Dieu figure comme l’époux de son peuple (Ésaïe 54.5 ; Jérémie 3.6 et suivants ; Psaumes 73.27 ; Ézéchiel 23.27 ; Osée 2.4) ou Jésus-Christ comme l’époux de son Église (Matthieu 9.15, Éphésiens 5.22 et suivants).

L’adultère (Matthieu 12.39) de celle-ci consiste dans l’infidélité dont elle se rend coupable par son amour du monde, incompatible avec l’amour de Dieu (Matthieu 6.24 ; comparez Romains 8.7).

Tandis que le texte reçu (Majuscule, Peschito) porte : Hommes et femmes adultères, on lit seulement le féminin : « Femmes adultères », dans Codex Sinaiticus, B. A.

C’est l’épouse, en effet, c’est-à-dire le peuple de Dieu, l’Église, ou, si l’on préfère individualiser, puisque le mot est au pluriel, ce sont les âmes qui deviennent infidèles, adultères, par l’amour du monde.

5 Ou pensez-vous que ce soit en vain que l’Écriture dise : Il chérit avec jalousie l’esprit qu’il a fait habiter en nous ? 6 Mais il accorde une grâce d’autant plus grande. C’est pourquoi l’Écriture dit : Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles.

La parole du verset 5 introduite par la formule : Pensez-vous que l’écriture dise en vain, est présentée comme une citation de la Bible. Il est vrai qu’elle ne se trouve pas textuellement dans l’Ancien Testament. Mais nous ne saurions éluder la difficulté en traduisant, avec la plupart de nos versions : « Pensez-vous que l’Écriture parle en vain » ? Cette traduction permet de considérer la pensée suivante comme une réflexion de l’auteur.

Mais les mots : l’Écriture dit sont la formule de citation ordinaire : elle se retrouve au verset 6. Il n’est pas admissible que sa signification change d’un verset à l’autre. Il est plus probable que Jacques a cru que ces mots se trouvaient dans l’écriture. Paul commet une semblable erreur de mémoire dans 1 Corinthiens 2.9 ; Éphésiens 5.14 (voir les notes).

L’idée exprimée par cette citation se retrouve en plus d’un passage : Exode 20.5 ; Zacharie 8.2. C’est celle d’un amour de Dieu pour son peuple, qui va jusqu’à la jalousie, idée qui a son point de départ dans la comparaison de l’amour conjugal appliquée aux relations de Dieu avec les siens (verset 4).

Ce qu’il y a de particulier, dans notre passage, c’est qu’il indique, comme objet de cet amour jaloux, l’esprit qu’il a fait habiter en nous, non le Saint-Esprit communiqué au chrétien (Romains 8.9), mais plutôt l’esprit dont tout homme est doué (Jacques 2.26 ; Genèse 2.7). Cette version nous paraît la plus exacte et la mieux appropriée au contexte.

On pourrait traduire aussi : L’Esprit qu’il (Dieu) a fait habiter en nous chérit avec jalousie notre cœur, et par conséquent ce cœur ne doit pas être partagé (verset 8) entre lui et le monde.

Le sens est au fond le même ; mais le Saint-Esprit, comme représentant de Dieu en nous, n’est pas nommé ailleurs dans notre épître ; de plus, il n’est pas naturel de supposer des sujets différents aux verbes : a fait habiter et chérit et de laisser celui-ci sans régime.

Cette construction devient plus acceptable si, au lieu de la leçon de Codex Sinaiticus, B, À : qu’il a fait habiter, on adopte celle de quelques majuscules, des minuscules, du texte reçu : qui a pris sa demeure, élu domicile. Les deux leçons ne diffèrent en grec que par une voyelle, souvent confondue dans les manuscrits.

Il faut rejeter, en tout cas, la traduction : « L’Esprit que Dieu a fait habiter en nous est-il porté à la jalousie » ? Il n’est plus question ici du sentiment humain de l’envie (verset 2).

Les premiers mots du verset 6 sont une réflexion que l’auteur ajoute à sa citation : Mais Dieu accorde une grâce plus grande qu’il ne pourrait le faire s’il n’aimait pas de cet amour jaloux. Une antithèse semblable se trouve dans la parole : « Je punis l’iniquité jusqu’à la troisième et à la quatrième génération, je fais grâce jusqu’à la millième génération » (Exode 20.5 ; Exode 20.6).

D’autres interprètent, d’une manière moins naturelle : « Plus excellente que les biens de ce monde, auxquels ils nous demandent de renoncer ».

C’est pourquoi, parce que Dieu réclame de ceux qui lui appartiennent une entière dépendance, une consécration absolue, l’Écriture (ce mot est sous-entendu dans l’original) dit : Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles (Proverbes 3.34). Cette citation est conforme au texte des Septante. L’auteur remplace : le Seigneur par Dieu. Même variante dans 1 Pierre 5.5.

7 Soumettez-vous donc à Dieu ; mais résistez au diable, et il s’enfuira de vous.

Nous donnons prise au diable, qui nous induit à aimer le monde (verset 4), par notre orgueil, notre désir d’une indépendance illusoire ; au contraire, nous triomphons de lui par une humble soumission du cœur à Dieu et à sa sainte volonté (1 Pierre 5.6 ; 1 Pierre 5.8-9).

8 Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs ; et purifiez vos cœurs, vous dont l’âme est partagée.

Les mains, instruments des actions, sont le symbole de toute la conduite.

Pour qu’elles soient nettoyées, il faut d’abord que le cœur, source de toute la vie, soit purifié (Psaumes 24.4 ; 1 Pierre 1.22), rendu chaste, dégagé de cet adultère spirituel (verset 4) qui résulte d’une âme partagée entre Dieu et le monde, condition de ceux qui sont doubles d’âme.

Notre auteur a déjà employé (Jacques 1.8) cette expression dans une application un peu différente.

9 Sentez votre misère, et menez deuil et pleurez ; que votre rire se change en deuil et votre joie en tristesse.

Ces exhortations, qui renferment tout le secret de la conversion (Luc 18.13) et de la vie chrétienne s’inspirent des discours de Jésus (comparer Matthieu 5.3 ; Matthieu 5.4 ; Luc 6.21 et suivants).

10 Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera.
Job 5.11 ; Ecclésiastique 2.17 Matthieu 23.12 ; Luc 14.11 ; 1 Pierre 5.6
Comme un arbre, afin de s’élever bien haut, doit d’abord enfoncer ses racines profondément dans la terre, de même quiconque n’a pas son cœur affermi par les profondes racines de l’humilité ne s’élève que pour une ruine certaine.
— Augustin
11 Ne médisez point les uns des autres, frères. Celui qui médit de son frère, ou qui juge son frère, médit de la loi et juge la loi. Or, si tu juges la loi, tu n’es point observateur de la loi, mais juge.

Exhortation à ne pas médire ni juger (versets 11, 12). Autre face du déficit signalé dans versets 4-10 : le manque d’amour pour Dieu conduit à manquer de charité envers les frères.

La loi prend le prochain sous sa sainte protection en nous ordonnant de l’aimer comme nous-mêmes.

Celui qui attaque son frère par des médisances, s’élève donc au-dessus de la loi. Il ne garde pas la position humble d’un observateur de la loi, il prend celle d’un juge ; il n’obéit qu’à son propre jugement.

12 Un seul est le Législateur et Juge, Celui qui a le pouvoir de sauver et de perdre. Mais qui es-tu, toi qui juges le prochain ?

Dieu, le seul Législateur et Juge est jaloux de son autorité, comme il l’est de sa gloire : quiconque s’érige en juge de son prochain usurpe les droits de Dieu. « Qui es-tu, toi qui ne crains pas de commettre ce crime de lèse-majesté divine » (Romains 14.4) ?

Dans ce verset trois variantes sont à noter : les mots et juge (Codex Sinaiticus, B. A), et la particule adversative Mais (majuscules) manquent dans le texte reçu, qui, en outre, remplace le prochain (Codex Sinaiticus, B. A), par l’autre.

13 À vous maintenant, qui dites : Aujourd’hui ou demain nous irons dans telle ville, et nous y passerons une année, et nous trafiquerons et nous gagnerons ;
Plan
B. Les projets sans Dieu

Jacques s’adresse à ceux qui disposent de l’avenir dans leurs projets, oubliant qu’ils ne sont qu’une vapeur passagère. Ils devraient subordonner leurs desseins à la volonté de Dieu. Leur présomption orgueilleuse est coupable, d’autant plus qu’ils connaissent ce qui est bien.

13 à 17 les projets sans Dieu

Au lieu de : « Aujourd’hui ou demain » (Codex Sinaiticus, B) plusieurs critiques admettent, comme plus difficile, la leçon : « aujourd’hui et demain » (A, majuscules).

On s’est demandé si ceux auxquels Jacques s’adresse dans les versets 13-16 étaient des Juifs encore inconvertis. On ne saurait le conclure du fait qu’il ne les appelle pas « frères ». L’exemple d’Aquilas et de Priscille montre que les chrétiens, dès les premiers temps, étaient amenés, par leurs affaires ou par d’autres circonstances, à de fréquents déplacements.

La phrase est interrompue à la fin de ce verset, pour être reprise au verset 15. L’auteur intercale une réflexion propre à faire ressortir l’insanité des paroles qu’il blâme, avant d’indiquer la manière dont il convient à un chrétien de s’exprimer (comparer Proverbes 27.1).

14 vous qui ne savez pas ce que sera demain ! Qu’est-ce que votre vie ? Car vous êtes une vapeur visible pour un peu de temps, et puis disparaissant.

Vous êtes une vapeur, leçon de la plupart des majuscules

Le texte reçu porte : elle est une vapeur. L’image est employée Psaumes 102.4 ; Sapient 2.4.

15 Au lieu que vous devriez dire : Si le Seigneur le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela. 16 Mais maintenant, vous vous glorifiez dans vos pensées orgueilleuses : toute vanterie de cette sorte est mauvaise.

Ces dernières paroles montrent clairement ce que l’auteur condamne. Il y a dans les plans d’avenir auxquels les hommes se livrent avec tant de confiance, non seulement méconnaissance de l’instabilité de leur existence, mais encore oubli de Dieu, de sa bénédiction nécessaire à tout succès, comme à la conservation même de notre vie.

Ces pensées orgueilleuses, cette attitude présomptueuse (le même mot est traduit par « orgueil » de la vie 1 Jean 2.16, note) sont une véritable impiété. De nombreux passages des Écritures nous mettent en garde contre cette fausse confiance (Luc 12.16 et suivants ; Job 14.1 et suivants ; Psaumes 102.11 ; Psaumes 102.12 ; Psaumes 144.4).

17 Pour celui donc qui sait faire le bien et qui ne le fait pas, il y a péché.

On dirait que l’auteur veut prévenir par ces derniers mots une autre objection de l’orgueil : « Nous savons bien toutes ces choses » ! Et en effet, ce sont là des vérités que l’expérience de la vie suffit à enseigner à tout homme.

Oui, répond Jacques, le savoir n’est pas difficile, mais ce savoir même vous rend d’autant plus coupables, il constitue pour vous un péché de plus, si vous ne mettez pas ces vérités en pratique (comparer Luc 12.47 ; Luc 12.48).