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Jacques 3
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Plan du commentaire biblique de Jacques 3

A. Ne pas prétendre enseigner, mais tenir sa langue en bride

Responsabilité de ceux qui usent de la parole

Qu’il n’y ait pas beaucoup de chrétiens qui aspirent à parler dans les assemblées ; que la crainte d’un jugement plus sévère nous retienne ! Nous commettons tous bien des fautes. Celui qui n’en commet pas avec la parole est un homme accompli, entièrement maître de soi, comme le cavalier l’est de son cheval par le moyen du mors (1-3).

Le pouvoir de la langue

Elle est comme le gouvernail qui, tout petit qu’il est, dirige de grands navires au gré du pilote, comme un petit feu qui allume une grande forêt. Elle excite dans tout le corps des passions impures et dévorantes, étant elle-même inspirée du diable (4-6).

Son caractère indomptable

Toutes les bêtes sont domptées par l’homme ; nul ne peut dompter la langue ; elle contient un poison mortel (7, 8).

Les péchés de la langue et la foi en Dieu

La langue nous sert à bénir Dieu et à maudire l’homme créé à son image. Cela est inadmissible. Une source ne peut produire de l’eau douce et de l’eau amère, un arbre des fruits d’espèces différentes (9-12).

1 Ne soyez pas nombreux à vous ériger en docteurs, mes frères, sachant que nous en serons jugés plus sévèrement.
Avertissement à ceux qui s’érigent en docteurs, la puissance redoutable de la langue, la vraie sagesse
Chapitre 3

1 à 12 Ne pas prétendre enseigner, mais tenir sa langue en bride.

Grec : Ne devenez pas de nombreux docteurs, … nous recevrons un plus grand jugement, une condamnation plus grande que si nous avions gardé un modeste silence. Par cet empressement à enseigner les autres, nous assumons une responsabilité redoutable.

Jacques revient à l’un des défauts qu’il avait déjà signalés (Jacques 1.19 ; Jacques 1.26) chez les judéo-chrétiens de son temps formés à l’école des pharisiens : une religion des lèvres, le besoin de paraître, de se mettre en avant dans les assemblées.

Cette tendance devait produire les péchés de la langue, que Jacques décrit dans les versets qui suivent par des images où la justesse s’unit à la beauté. Le travers qu’il flétrit ne consiste pas dans des médisances ou des jugements que les membres de l’Église auraient formulés les uns contre les autres (Calvin), ni dans l’ambition qui les aurait portés à aspirer à la charge de docteur mais dans le besoin qu’ils éprouvaient à tout propos d’enseigner leurs frères.

L’apôtre Paul combattait chez les Juifs de son temps cette même orgueilleuse démangeaison d’être les « conducteurs des aveugles », « les docteurs des ignorants ». Romains 2.17 et suivants La faculté accordée à chacun de prendre la parole dans les assemblées offrait à ces dispositions des occasions nombreuses de se manifester.

2 Car nous bronchons tous de bien des manières. Si quelqu’un ne bronche pas en parole, c’est un homme parfait, capable de tenir en bride aussi son corps entier.

Motif (car) à l’appui de l’exhortation : « Ne soyez pas nombreux à vous ériger en docteurs ».

En disant : nous bronchons tous beaucoup, Jacques a en vue les fautes nombreuses de notre conduite toute entière : nous commettons assez de péchés de toute sorte, dont nous aurons à répondre devant Dieu ; ne nous engageons pas à la légère sur ce terrain de l’enseignement à donner aux autres, où nous nous rendrons coupables de nouvelles fautes.

Celles-ci sont si fréquentes, si facilement commises, si inévitables sans une sainte vigilance, que Jacques n’hésite pas à affirmer que, si quelqu’un était à cet égard exempt de reproche, il serait un homme parfait, capable de se dominer sous tous les rapports.

Par les mots : tenir son corps en bride, l’apôtre, considérant le corps comme l’instrument de l’âme, entre déjà dans l’image qui va suivre (verset 3).

3 Or si nous mettons le mors dans la bouche des chevaux, afin qu’ils nous obéissent, nous dirigeons aussi leur corps entier.

On peut admettre aussi une phrase interrompue : « Or si nous mettons le mors… et si nous dirigeons leur corps entier, … (sous-entendu) nous devrions brider aussi notre langue ».

4 Voyez aussi les navires ; quelque grands qu’ils soient, et quoique poussés par des vents violents, ils sont dirigés par un très petit gouvernail, là où le désir de celui qui les gouverne le veut. 5 De même aussi la langue est un petit membre, et elle peut se vanter de grandes choses. Voyez quelle grande forêt un petit feu peut allumer ! 6 La langue aussi est un feu ; c’est le monde de l’iniquité. La langue se manifeste parmi nos membres, elle qui souille le corps entier et enflamme le cours de la vie, et est enflammée par la géhenne.

Deux images frappantes qui peignent avec autant de justesse que de force l’action puissante de la langue, pour le bien ou pour le mal : un grand vaisseau qu’un petit gouvernail dirige au sein des tempêtes ; un petit feu qui embrase une grande forêt (grec un combien petit feu allume une combien grande forêt) : telle est la langue.

Elle peut se vanter de grandes choses. Quel motif de vigilance, pour qu’elle ne devienne pas le monde de l’iniquité ! Cette énergique expression dit bien tout le mal que peut faire la langue.

Quand il ajoute que c’est un monde d’iniquité, c’est autant que s’il l’appelait une mer ou abîme.
— Calvin

Les éditeurs adoptent diverses ponctuations, et les commentateurs construisent de diverses manières les premiers mots de ce verset. On peut traduire aussi : « Comme le monde de l’iniquité, la langue se montre parmi nos membres…  »

Elle souille le corps entier, parce qu’elle éveille les passions les plus diverses.

Les mots rendus par :

le cours de la vie, signifient littéralement, la roue de la naissance (Jacques 1.23 ; Jacques 1.24, note) c’est-à-dire : toute la sphère, tout l’ensemble de notre vie.

La langue se manifeste (grec se place, prend position, dans Jacques 4.4, le même verbe signifie : se constituer) comme un feu au centre de cette sphère d’où l’embrasement se répand sur toute la circonférence ; et elle-même est embrasée par le feu de la géhenne (Matthieu 5.22, note), c’est-à-dire par la malignité et par les passions du démon.

Il n’y a donc point de péché dont la langue ne puisse être la cause et l’instrument.

7 Car toute espèce de bêtes sauvages et d’oiseaux, de reptiles et de poissons de mer, se dompte et a été domptée par l’espèce humaine ; 8 mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c’est un mal déréglé ; elle est pleine d’un venin mortel.

La caractéristique effrayante du verset 6 est justifiée ; car nul homme ne peut dompter, par sa propre force, sa langue, ou celle des autres. Il n’y a de suffisant pour cela que la puissance de Dieu, régénérant par sa grâce le cœur de l’homme, d’où procède le mal.

C, majuscules portent : un mal qu’on ne peut réprimer, Codex Sinaiticus, B, À : un mal désordonné, déréglé (Jacques 1.8), ce qui se trouverait expliqué au verset 9.

Allusion au serpent, dont la langue passait chez les anciens pour porter le venin dans la plaie.

9 Par elle nous bénissons le Seigneur et Père ; et par elle nous maudissons les hommes, qui ont été faits à la ressemblance de Dieu.

Ces paroles supposent une croyance en Dieu sans vie, une piété des lèvres qui est en pleine contradiction avec la conduite.

Bénir le Seigneur (Codex Sinaiticus, B. A, C ; les autres majuscules : Dieu), c’est prononcer sa louange : (Psaumes 103.1 ; Psaumes 145.21)

Maudire les hommes ne signifie pas seulement prononcer sur eux une malédiction, mais implique tout le mal que nous pouvons leur faire, de tant de manières, par les péchés de la langue.

Ce mal est d’autant plus horrible qu’il porte ses ravages sur un être immortel créé à la ressemblance de Dieu (Genèse 1.26), enfant de Dieu, ou destiné à le devenir par sa Grâce.

Si altérée par le péché que soit l’image de Dieu,

il nous reste, de cette origine, une noblesse indélébile, que nous devons respecter en nous et dans les autres.
— Bengel
10 D’une même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut point, mes frères, qu’il en soit ainsi. 11 La source fait-elle jaillir par la même ouverture, l’eau douce et l’eau amère ? 12 Un figuier, mes frères, peut-il produire des olives, ou une vigne des figues ? Une source salée ne peut pas non plus produire de l’eau douce.

Puisqu’il est contradictoire en soi que d’une même bouche sorte la bénédiction et la malédiction, que de la même source jaillisse (grec) le doux et l’amer, qu’un figuier produise des olives et une vigne des figues, et qu’une source salée (ou un sol salé, grec du salé, adjectif neutre) produise de l’eau douce (Codex Sinaiticus, B. A, D ; texte reçu, majuscules : aucune source ne peut produire du salé et du doux), il est évident que bénir Dieu (verset 9) n’est point un acte de reconnaissance et de piété sincères, procédant d’un cœur régénéré, mais l’acte d’une foi morte et hypocrite (comparer 1 Jean 4.20 ; 1 Jean 4.21 ; Matthieu 7.16 et suivants).

13 Qui est sage et intelligent parmi vous ? Qu’il montre ses œuvres par une bonne conduite dans la douceur de la sagesse.
Plan
B. Les deux sagesses

La sagesse se révèle par l’action

Si quelqu’un prétend être intelligent, qu’il le montre par une conduite inspirée d’un esprit de douceur (13).

La sagesse terrestre

Celui qui est animé d’un zèle amer ne saurait se glorifier sans mentir à la vérité. Sa sagesse n’est pas du ciel ; elle procède du monde, du cœur naturel, du démon ; elle produit des désordres et toute espèce de mauvaises actions (14-16).

La sagesse d’en haut

Ses caractères sont la pureté, l’esprit pacifique, la modération, la douceur ; elle est miséricordieuse, féconde en bons fruits, exempte de duplicité et d’hypocrisie. Elle sème dans la paix le fruit de la justice, qui profitera à ceux qui procurent la paix (17, 18).

13 à 18 les deux sagesses

Tous ceux-là prétendaient l’être qui s’érigeaient en docteurs (verset 1).

Mais Jacques leur a montré, par tous les péchés de la langue qu’il leur a reprochés, combien ils manquaient de sagesse.

Par ce mot il entend (comme Jacques 1.5) la connaissance de la vérité chrétienne, non en théorie seulement, mais pénétrant et dominant la vie pratique toute entière.

Citer les principaux traits de cette sagesse sera un second moyen de prouver à ses lecteurs combien ils y étaient étrangers. C’est là ce qu’il va faire (versets 13-18).

Ramenant tout à la vie pratique, Jacques montre que c’est dans une bonne conduite que doit se manifester la vraie sagesse ; elle produit des œuvres, faites avec la douceur qu’elle inspire et qui contraste avec le zèle amer dont il va parler (versets 14-16).

14 Mais si vous avez dans votre cœur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité.

Se glorifier contre la vérité, c’est la professer des lèvres en la reniant dans la conduite, et ajouter à ce mensonge d’orgueilleuses vanités.

15 Ce n’est point là la sagesse qui descend d’en haut, mais une sagesse terrestre, animale et diabolique !

La vraie sagesse vient d’en haut (comparez verset 17), elle est un don par lequel Dieu répond à la prière (Jacques 1.5) ; la fausse sagesse, dont se vante l’homme naturel, est de ce monde, où règnent les ténèbres et le péché ; elle est terrestre.

Jacques l’appelle encore animale (littéralement psychique), provenant des forces naturelles de l’âme, dénuée de l’esprit de Dieu (1 Corinthiens 2.14), croissant sur le sol naturel du moi humain, dans son éloignement de Dieu (comparer 1 Thessaloniciens 5.23, note).

Enfin, aux yeux de l’apôtre, elle est diabolique c’est-à-dire inspirée à l’homme par les influences du prince des ténèbres (comparer verset 6).

16 Car là où il y a un zèle amer et un esprit de dispute, il y a du désordre et toute mauvaise action.

Le grec porte seulement : un zèle, il faut ajouter amer, d’après verset 14.

17 Au contraire, la sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, douce, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans duplicité, sans hypocrisie.

La sagesse que l’Esprit de Dieu inspire à l’homme, et que l’apôtre oppose ici à celle du verset 15, est premièrement pure de toute souillure sensuelle, et surtout de toute arrière-pensée et de tout motif égoïste (2 Corinthiens 7.11 ; 1 Jean 3.3).

Ensuite, elle est pacifique, parce qu’elle est dominée par l’amour, qui tend sans cesse à la paix ; elle est modérée, sachant céder aux autres, se désister de son droit (Philippiens 2.4 ; Philippiens 3.2) ; elle est douce (1 Timothée 3.3), facile à persuader, se laissant toujours convaincre d’un tort ou d’une erreur, lorsque la vérité se montre à elle ; elle est pleine de miséricorde (Jacques 2.13) et de bons fruits, c’est-à-dire de bonnes œuvres (Matthieu 3.8 ; Galates 5.22) ; elle est sans duplicité (littéralement point critique), mot traduit de diverses manières, et pouvant signifier : exempte d’esprit de jugement ou encore n’ayant point de doute (Jacques 1.6), ou encore étant impartiale, sans distinction de personnes (Jacques 2.4) ; enfin, elle n’est point dissimulée, ou proprement sans hypocrisie ; en d’autres termes, sincère en elle-même et dans toutes ses manifestations

Tous ces traits réunis forment une image parfaite de la vraie sagesse.

18 Or le fruit de la justice se sème dans la paix, pour ceux qui procurent la paix.

Le fruit de La justice est l’action que la sagesse d’en haut exerce dans la vie pratique. Jacques vient de la décrire (verset 17). Elle est l’opposé du fruit que produit le zèle amer et l’esprit de dispute (verset 16).

La dernière phrase du verset peut se traduire de deux manières : pour ceux ou par ceux qui font la paix (Matthieu 5.9).

Dans le premier cas, Jacques voudrait dire que ceux qui procurent la paix recueillent la moisson du fruit de la justice semé à leur profit par eux-mêmes ou par d’autres, ce qui est une vérité confirmée par l’expérience, et en même temps une encourageante promesse.

Dans le second cas, la pensée de Jacques serait que le fruit de la justice se sème par ceux-là seuls qui procurent la paix. En d’autres termes, il affirmerait que la sagesse chrétienne ne peut ni se répandre ni produire ses fruits au sein des contentions et du trouble (verset 16). Sérieux avertissement pour les chrétiens de tous les temps.

Le premier sens est le plus naturel ; puisque Jacques avait déjà dit que le fruit de la justice se sème dans le paix, il n’avait pas besoin d’ajouter : par ceux qui procurent la paix ; tandis qu’il n’était pas superflu d’affirmer qu’ils récolteraient aussi le fruit de ces semailles.